La démesure, l’ignorance systémique, et la destruction du monde naturel (par Nicolas Casaux)

Quelques élé­ments de réflexion sur la civi­li­sa­tion, la déme­sure, l’ignorance sys­té­mique et la des­truc­tion du monde natu­rel (l’écocide) :

Une des choses qui m’ont tou­jours sem­blé cho­quante, comme si elle témoi­gnait de l’impasse dans laquelle s’enlise la civi­li­sa­tion, c’est qu’au sein du panel exces­si­ve­ment diver­si­fié de ses « pro­grammes » édu­ca­tifs, la bio­lo­gie (« Science de la vie, étude des êtres vivants ») ne soit qu’une option par­mi tant d’autres. Bien sûr, elle incor­pore les SVT (Sciences de la vie et de la Terre) dans son ensei­gne­ment pri­maire et secon­daire, mais il s’agit uni­que­ment de rudi­ments assez som­maires, bien sou­vent anthro­po­cen­trés, témoi­gnant de bien peu de res­pect du vivant (vivi­sec­tion indus­trielle) et vite oubliés. Cette absence d’enseignement se double d’une absence d’expérience per­son­nelle, puisque la rela­tion du cita­din — qui évo­lue dans un envi­ron­ne­ment entiè­re­ment arti­fi­ciel — au monde natu­rel est extrê­me­ment appau­vrie, et détra­quée (phé­no­mène d’alié­na­tion).

« Aujourd’hui, nous vivons pour la plu­part dans des villes. Cela signi­fie que nous vivons pour la plu­part dans ces cel­lules iso­lées, com­plè­te­ment cou­pées de tout type d’information ou d’expérience sen­so­rielle qui ne soit pas de fabri­ca­tion humaine. Tout ce que l’on voit, tout ce que l’on entend, tout ce que l’on sent, tout ce que l’on touche, est pro­duit par l’humain. Toutes les infor­ma­tions sen­so­rielles que l’on reçoit sont fabri­quées, et bien sou­vent véhi­cu­lées par l’intermédiaire de machines. Je pense que la seule chose qui rende cela sup­por­table est le fait que nos capa­ci­tés sen­so­rielles soient si ter­ri­ble­ment atro­phiées — comme elles le sont chez ce qui est domes­ti­qué — afin que nous ne nous ren­dions pas compte de ce qui nous manque. L’animal sau­vage reçoit des infor­ma­tions pour tous les sens, d’une quan­ti­té innom­brable de sources dif­fé­rentes, à chaque moment de la vie. Nous n’en rece­vons que d’une seule source — nous-mêmes. Cela s’apparente à une déten­tion en soli­taire dans une chambre d’écho. Les indi­vi­dus qui sont confi­nés en soli­taire font des choses étranges. Et l’expérience com­mune des vic­times de pri­va­tions sen­so­rielles est l’hallucination. Je pense que le patri­moine cultu­rel que l’on reçoit, nos croyances et idéo­lo­gies anthro­po­cen­trées, peuvent aisé­ment être per­çues comme des hal­lu­ci­na­tions institutionnalisées. »

— John Living­ston, natu­ra­liste canadien.

Ce qui signi­fie et ce qui fait que, concrè­te­ment, la plu­part des gens ne savent que très peu de choses sur la vie et sur le vivant en géné­ral, sur ses équi­libres, ses imbri­ca­tions, ses inter­dé­pen­dances, ses sym­bioses, et ses condi­tions. Sur la rela­tion et la dépen­dance de l’humain au monde natu­rel. La plu­part des gens ne savent pas com­ment vivent les plantes, les fleurs, les arbres (et le planc­ton) qui font l’air qu’ils res­pirent, et qui font, avec les ani­maux, les insectes et d’innombrables autres orga­nismes, le sol dont ils dépendent.

Et pour­tant, quoi de plus impor­tant, de plus fon­da­men­tal, pour celui qui vit sur Terre, que d’en connaître l’écologie (du grec oikos : mai­son et logos : dis­cours ou science). Celui qui ne connaît pas la science de sa mai­son, qui ne connaît pas sa mai­son, com­ment peut-il y vivre ?

Mal­heu­reu­se­ment, il n’y a pas que dans le domaine de l’écologie que l’ignorance pose pro­blème. La socié­té indus­trielle dans laquelle nous vivons repose sur un nombre tou­jours crois­sant de tech­no­lo­gies et de struc­tures poli­ti­co-éco­no­miques de plus en plus com­plexes, éla­bo­rées (et donc com­prises, au moins un mini­mum) par un nombre d’individus tou­jours plus restreint.

Arrive ce qui devait arri­ver dans une telle confi­gu­ra­tion : plus per­sonne n’est en mesure d’appréhender les tenants et les abou­tis­sants de la socié­té dont nous par­ti­ci­pons tous. Au mieux, cer­tains peuvent deve­nir des spé­cia­listes d’un de ses innom­brables aspects. C’est ain­si que quelques « experts » règnent cha­cun sur leur domaine d’expertise, tan­dis que la plu­part des gens ne com­prennent du monde que ce que les médias de masse en relatent (c’est-à-dire bien peu de choses, sou­vent erro­nées, mais désor­mais en haute définition).

Cette situa­tion gro­tesque et dan­ge­reuse peut être illus­trée par le sou­tien aveugle de masses d’individus envers telle ou telle poli­tique gou­ver­ne­men­tale, dont ils ne savent presque rien, ou par la foi reli­gieuse qui carac­té­rise le com­por­te­ment de l’homo consom­ma­tus (cet « ani­mal dépen­sant, c’est-à-dire qui cesse de pen­ser »). En effet, lorsque ce der­nier achète un pro­duit, quel qu’il soit, dans un super­mar­ché ou sur inter­net (un sham­pooing, un ordi­na­teur por­table, un cou­teau, un sirop de fram­boise, une fenêtre en double-vitrage, une table en bois…), il ignore presque tout de sa pro­ve­nance, des matières pre­mières néces­saires à sa fabri­ca­tion, de leur pro­ve­nance, des êtres humains exploi­tés au cours de sa concep­tion, etc. Beau­coup ne cherchent même pas à savoir, ratio­na­lisent leur achat et n’y voient aucun problème.

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Dans une socié­té hau­te­ment tech­no­lo­gique et de taille déme­su­rée, inhu­maine, dont l’ampleur dépasse l’entendement d’un homme, par défi­ni­tion, rien ne peut résoudre ce pro­blème de l’ignorance géné­ra­li­sée, qui ne peut être réso­lu que dans une socié­té à taille humaine.

« Parce que dans la réa­li­té, la taille n’est pas un para­mètre que l’on pour­rait fixer à volon­té : chaque être vivant n’est viable qu’à l’échelle qui est la sienne. En deçà ou au-delà, il meurt, à moins qu’il ne par­vienne à se méta­mor­pho­ser. Il en va de même pour les socié­tés et les cultures. »

— Oli­vier Rey, Une ques­tion de taille, 4ème de cou­ver­ture (2014)

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Les tech­no­lo­gies dites « vertes » ou « propres », ou « renou­ve­lables » (pour prendre en exemple la prin­ci­pale solu­tion mise en avant par les médias de masse pour résoudre tous nos pro­blèmes éco­lo­giques), en tant que pro­duits de l’économie indus­trielle mon­dia­li­sée, se déve­loppent éga­le­ment sur le sub­strat infer­tile de l’ignorance sys­té­mique. Quelques exemples :

La plu­part des gens ignorent tout de la bio­lo­gie des rivières, des fleuves, ou de tel ou tel rivière ou fleuve en par­ti­cu­lier, ils ne savent pas quelles espèces de pois­sons ou d’oiseaux y vivent, quelles espèces végé­tales en dépendent, etc., et pour­tant beau­coup pensent (croient) de manière assez vague que les bar­rages pro­duisent une hydro­élec­tri­ci­té « renou­ve­lable » sans endom­ma­ger les cours d’eau où ils sont implantés.

Mais les bar­rages consti­tuent tou­jours d’importantes nui­sances éco­lo­giques, et par­fois sociales (pour plus de détails, je vous ren­voie à un autre article, inti­tu­lé « Com­ment les bar­rages détruisent le monde natu­rel »).

La plu­part des gens pensent (croient) que les pan­neaux solaires sont une inven­tion mer­veilleuse per­met­tant de pro­duire de l’électricité sans endom­ma­ger le monde natu­rel. Et pour­tant la plu­part des gens ignorent tout des maté­riaux néces­saires à leur fabri­ca­tion, de leur pro­ve­nance, de leur toxi­ci­té, de la main d’œuvre requise, de son salaire, de ses condi­tions de tra­vail, etc.

La plu­part des gens pensent (croient) la même chose des éoliennes.

Mais les pan­neaux solaires requièrent d’importantes extrac­tions minières de matières pre­mières, dont : l’arsenic (semi-conduc­teur), l’aluminium, le bore (semi-conduc­teur), le cad­mium (uti­li­sé dans cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le cuivre (câblage et cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le gal­lium, l’indium (uti­li­sé dans les cel­lules pho­to­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (uti­li­sé dans les cel­lules pho­to­vol­taïques), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tel­lure et le titane. Les éoliennes dépendent éga­le­ment des extrac­tions d’un cer­tain nombre de matières pre­mières, dont le néo­dyme, et de la fabri­ca­tion de tonnes de ciment, d’acier, etc.

Rien de tout cela n’est ano­din pour le monde natu­rel. Où sont extraits ces maté­riaux, dans quels bio­topes ? Avec quels impacts, quelles consé­quences sur le court et le long terme ? Que néces­site leur extrac­tion en termes de machines, de main d’œuvre, d’énergie, de transport ?

En y regar­dant de plus près, on s’aperçoit rapi­de­ment que le déve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies dites « vertes » s’inscrit lui aus­si dans une logique d’extractivisme, d’utilisation de res­sources non-renou­ve­lables, de sur­ex­ploi­ta­tion de res­sources renou­ve­lables, de per­tur­ba­tions et de pol­lu­tions de nom­breux éco­sys­tèmes. Autant de pra­tiques éco­lo­gi­que­ment insoutenables.

Et pour quoi ?

Pour ali­men­ter en élec­tri­ci­té une myriade d’appareils élec­triques (futurs « e-déchets », ce que nous allons voir) dont les humains ont été ren­dus dépen­dants au cours, seule­ment, des der­nières décen­nies. Pour ali­men­ter en élec­tri­ci­té ces innom­brables appa­reils super­flus (mani­fes­te­ment, puisque l’humanité s’en est pas­sée durant la qua­si-tota­li­té de son exis­tence), pro­duits en masses.

S’ils venaient à se pen­cher sur ces ques­tions (comme sur tant d’autres), la plu­part des gens com­pren­draient rapi­de­ment de quoi il retourne (pour plus de détails sur le pro­blème des éner­gies dites renou­ve­lables, vous pou­vez consul­ter cet article : « L’étrange logique der­rière la quête d’énergies ‘renou­ve­lables’ »).

Mal­heu­reu­se­ment, la plu­part n’en ont ni le temps ni l’envie ; l’asservissement sala­rial, épui­sant, écra­sant, léthar­gi­sant, et la culture du diver­tis­se­ment, son corol­laire tout aus­si toxique, s’en assurent.

« Pas éton­nant que nous ne défen­dions pas la terre où nous vivons. Nous n’y vivons pas. Nous vivons dans des séries télé­vi­sées, ou dans des films, des livres, ou aux côtés de célé­bri­tés, ou au para­dis, selon des règles, des lois et toutes sortes d’abstractions inven­tées par des gens que nous ne connais­sons pas. Nous vivons à la fois nulle part et un peu par­tout, sauf dans nos propres corps, sur ce ter­ri­toire par­ti­cu­lier, à ce moment pré­cis, et dans ces cir­cons­tances spé­ci­fiques. Nous ne connais­sons même pas l’endroit où nous vivons. Avant de pou­voir accom­plir quoi que ce soit, nous devons remé­dier à cela. »

— Der­rick Jen­sen, End­game Vol. 2

Si tu ne com­prends pas ce qui est en jeu, abs­tiens-toi, devrait être un prin­cipe de pré­cau­tion élé­men­taire, res­pec­té en tous lieux et en tous temps.

Para­doxa­le­ment, étant don­né les innom­brables crises éco­lo­giques et sociales aux­quelles la pla­nète et les humains sont confron­tés, il devrait être clair que nos diri­geants sont soit des inca­pables, soit des fous dan­ge­reux, soit les deux. Et pour­tant, la plu­part des gens conti­nuent à leur faire confiance, ou du moins à espé­rer qu’un meilleur diri­geant advienne, sans com­prendre la nature sys­té­mique de l’arrivée au pou­voir d’incapables et/ou de fous dangereux.

Un des pre­miers gestes sociaux et éco­lo­giques que l’on peut faire, ce n’est donc pas de sou­te­nir aveu­glé­ment les « solu­tions » qu’ils nous pré­sentent, comme le déploie­ment des tech­no­lo­gies « vertes », mais de se ren­sei­gner sur leur réa­li­té. Sur ce qu’est un bar­rage, par exemple, sur les maté­riaux néces­saires à sa construc­tion, leur pro­ve­nance, leur quan­ti­té, leur renou­ve­la­bi­li­té, sur les espèces qui vivent dans, sur, ou aux envi­rons du cours d’eau concer­né (les pois­sons, les amphi­biens, les rep­tiles, les oiseaux, la macro­faune en géné­ral, la micro­faune, les espèces végé­tales), et qui en dépendent, sur l’importance de l’eau et des sédi­ments char­riés pour l’ensemble des zones que le cours d’eau tra­verse, et ain­si de suite.

Un des pre­miers gestes sociaux et éco­lo­giques que l’on peut faire, c’est donc d’apprendre, d’étudier le monde de manière proac­tive (au contraire de la manière sco­laire, coer­ci­tive, impo­sée, et, dans une socié­té pro­fon­dé­ment inéga­li­taire, néces­sai­re­ment biai­sée, cf. « Sco­la­ri­ser le monde », un excellent docu­men­taire de Carol Black).

Le monde natu­rel est infi­ni­ment com­plexe, et consti­tué d’un enche­vê­tre­ment consi­dé­rable de rela­tions. Et de la bonne san­té des bio­topes dépend la bonne san­té des socié­tés humaines : une rivière où le pois­son abonde et dont l’eau est propre consti­tue une source de sub­sis­tance sou­te­nable pour les humains prêts à res­pec­ter ses équi­libres bio­lo­giques. Au contraire, une rivière où le pois­son se fait rare, dont le char­riage des sédi­ments est entra­vé, et où l’eau est pol­luée n’est plus en mesure de sou­te­nir la pros­pé­ri­té des espèces vivantes, ain­si que les cycles natu­rels des­quels elle par­ti­ci­pait ; elle s’enlise alors dans un cercle vicieux de dégra­da­tions, qui, du fait des nom­breuses intri­ca­tions de la bio­sphère, dépasse son seul ter­ri­toire géographique.

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Les mêmes remarques pour­raient être for­mu­lées à pro­pos de la plu­part des acti­vi­tés, des pra­tiques et des construc­tions de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui altèrent le monde natu­rel. Quels équi­libres bou­le­versent-elles ? Avec quels impacts, quelles consé­quences sur le court et le long terme ?

Le fait que la plu­part d’entre nous sommes inca­pables de répondre pré­ci­sé­ment à ces ques­tions témoigne de l’irresponsabilité qui sous-tend toute la civi­li­sa­tion industrielle.

Les innu­mé­rables per­tur­ba­tions, des­truc­tions et sur­ex­ploi­ta­tions de la bio­sphère qu’impliquent les pro­duc­tions indus­trielles de tout — des réfri­gé­ra­teurs aux sty­los BIC, en pas­sant par les fours, rasoirs élec­triques, rasoirs jetables, télé­vi­seurs, télé­phones por­tables, 4x4, bri­quets BIC, ordi­na­teurs por­tables, vélos élec­triques, voi­tures élec­triques, avions de ligne, sous-marins, mis­siles, mitraillettes, bombes en tous genres, tablettes, skate-boards, sèche-che­veux, etc. — , aux­quelles s’ajoutent l’Internet, les infra­struc­tures de trans­ports, de com­mu­ni­ca­tions, et fina­le­ment la plu­part des acti­vi­tés et des construc­tions humaines qui consti­tuent la civi­li­sa­tion indus­trielle, sont autant de consé­quences de son igno­rance et de son mépris des réa­li­tés de la biosphère.

En 2014, l’ensemble de l’industrie mari­time mon­diale a trans­por­té 10 mil­liards de tonnes de mar­chan­dises. En tout, 90% des volumes trans­por­tés et 80% des valeurs tran­sitent par la voie mari­time, la prin­ci­pale route étant celle qui relie la Chine à l’Europe via le canal de Suez (der­niè­re­ment agran­di). En com­pa­rai­son, le fret aérien trans­porte à peine 2 mil­lions de tonnes de mar­chan­dises. Aujourd’hui 50 000 navires sillonnent les mers : des porte-conte­neurs, des vra­quiers ou encore des pétro­liers. « Gour­mands en éner­gie, cha­cun de ces monstres flot­tants génère autant de pol­lu­tion aux par­ti­cules ultra­fines qu’un mil­lion de voi­tures », explique l’ONG France Nature Envi­ron­ne­ment dans un article consa­cré à « L’insoutenable pol­lu­tion de l’air du trans­port mari­time ». On y apprend éga­le­ment que : « La rai­son majeure pour laquelle les navires pol­luent autant est l’utilisation du fuel lourd comme car­bu­rant. Même à quai, le trans­port mari­time brûle ce déchet non raf­fi­né, par­ti­cu­liè­re­ment pol­luant, afin d’alimenter en éner­gie les navires. » Le trans­port mari­time compte pour 10% de la consom­ma­tion éner­gé­tique mon­diale. Dans un rap­port publié par l’OCDE ( l’Organisation de Coopé­ra­tion et de Déve­lop­pe­ment Éco­no­miques) en 2010, on apprend que : « Les pro­jec­tions jusqu’à l’année 2020 indiquent une crois­sance de la consom­ma­tion de com­bus­tibles fos­siles du sec­teur mari­time d’environ 30%. […] D’ici 2050, les émis­sions de CO2 du trans­port mari­time pour­rait atteindre deux ou trois fois leur niveau actuel. » Ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet peuvent regar­der le docu­men­taire d’Arte, « Car­gos, la face cachée du fret », ci-après :

Les tech­no­lo­gies « vertes » (pour reprendre en exemple la prin­ci­pale solu­tion mise en avant par les médias de masse pour résoudre tous nos pro­blèmes), impliquent davan­tage de dégra­da­tion et d’exploitation, et ne sont d’aucun recours contre la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources qui ravage actuel­le­ment la pla­nète (et, puisqu’elle en dépend, qui menace la civi­li­sa­tion indus­trielle). Elles ne sont d’aucun recours contre la sur­ex­ploi­ta­tion et l’épuisement en cours des nappes phréa­tiques et des aqui­fères (ain­si qu’un rap­port de la NASA le sou­li­gnait en 2015 : 21 des 37 aqui­fères les plus impor­tants sont pas­sés en-des­sous du seuil de dura­bi­li­té — ils perdent plus d’eau qu’ils n’en accu­mulent). Elles ne sont d’aucun recours contre la défo­res­ta­tion ; ou contre l’empoisonnement de l’air, des eaux et des sols, lié aux émis­sions de pol­luants indus­triels, aux épan­dages et à la pro­duc­tion de pro­duits chi­miques toxiques. Elles ne sont d’aucun recours contre la des­truc­tion des sols arables par l’urbanisation, ou par l’agriculture indus­trielle. Elles ne sont d’aucun recours contre la sixième extinc­tion de masse, prin­ci­pa­le­ment liée à la des­truc­tion des habi­tats natu­rels des espèces non-humaines, c’est-à-dire à l’urbanisation, à l’agriculture indus­trielle, et à tous les maux pré­cé­dem­ment cités.

La liste des désastres éco­lo­giques engen­drés par la civi­li­sa­tion — qui s’entremêlent et s’enveniment mutuel­le­ment — s’allonge effec­ti­ve­ment d’année en année.

Avez-vous enten­du par­ler de la « guerre du sable » ? Cet élé­ment essen­tiel dans la pro­tec­tion des côtes et vital pour l’équilibre des éco­sys­tèmes marins, dont le pillage s’accélère pour les besoins de la construc­tion en béton, avec pour consé­quence prin­ci­pale l’érosion des lit­to­raux et la des­truc­tion d’un grand nombre de bio­topes. Alors que le sable des déserts est impropre à la construc­tion, les groupes du bâti­ment ont long­temps exploi­té les rivières et les car­rières. Puis ils se sont tour­nés vers la mer, pro­vo­quant ce qui est en train de deve­nir une véri­table catas­trophe éco­lo­gique. Les besoins en sable sont énormes, et crois­sants. Il en faut 200 tonnes pour construire une mai­son, 30 000 tonnes pour faire un km d’autoroute, et 12 mil­lions de tonnes pour construire une cen­trale nucléaire. Cette pra­tique menace entre 75 et 90 % des plages du monde (en Flo­ride, 9 plages sur 10 sont en voie de dis­pa­ri­tion) et a englou­ti des îles entières, en Indo­né­sie et aux Mal­dives, tan­dis que Sin­ga­pour ou Dubaï ne cessent d’étendre leur ter­ri­toire en impor­tant, par­fois frau­du­leu­se­ment, du sable. Un autre docu­men­taire d’Arte, inti­tu­lé « Le sable : enquête sur une dis­pa­ri­tion », met en lumière cette problématique :

Par­mi les pires pro­blèmes engen­drés par la civi­li­sa­tion indus­trielle, on retrouve aus­si celui des déchets. Entre 5 et 13 mil­lions de tonnes de plas­tique finissent chaque année dans les océans, où il est esti­mé qu’il y aura plus de plas­tique que de pois­sons d’ici 2050. Dans le monde, chaque minute, 1 mil­lion de bou­teilles en plas­tique sont ache­tées, un chiffre qui ne va faire qu’augmenter (de 20%, au moins, d’ici 2021). En 2020, il est ain­si esti­mé que plus de 500 mil­liards de bou­teilles seront ven­dues (en 2016, 480 mil­liards de bou­teilles ont été ven­dues). La pro­duc­tion glo­bale de plas­tique devrait dou­bler au cours des 20 pro­chaines années, et qua­dru­pler d’ici 2050 (pour les sources et plus de détails, sui­vez ce lien). Au Liban, un accord conclu entre le gou­ver­ne­ment et une com­pa­gnie pri­vée per­met à celle-ci de déver­ser ses déchets en pleine Médi­ter­ra­née (désor­mais la mer la plus pol­luée du monde); ain­si, chaque jour, des poids lourds en va-et-vient per­ma­nent, qui trans­portent des déchets reti­rés à la tonne, les jettent en pleine mer. Les pays du monde, pris ensemble, pro­duisent actuel­le­ment envi­ron 50 mil­lions de tonnes de déchets élec­tro­niques (ou e‑déchets) par an, dont l’immense majo­ri­té (90%) ne sont pas recy­clées. Ces déchets non-recy­clés sont expor­tés vers des pays pauvres, où ils s’entassent dans des « cime­tières élec­tro­niques » et autres « e‑décharges », où ils pol­luent gra­ve­ment les sols, l’air et les cours d’eaux (comme à Agbog­blo­shie au Gha­na, ce que vous pou­vez consta­ter dans le docu­men­taire Toxi­Ci­té, ci-après, ou comme à Guiyu en Chine, à Sher­shah au Pakis­tan, à Dha­ka au Ban­gla­desh, et en Inde, et en Thaï­lande, et aux Phi­lip­pines, et ailleurs), où ils détruisent la san­té des humains qui tra­vaillent à les trier (c’est-à-dire qui les brûlent n’importe où et n’importe com­ment, sans pro­tec­tion, à l’air libre afin d’en sor­tir du cuivre et d’autres métaux qu’ils revendent ensuite pour une bou­chée de pain), et la san­té des ani­maux non-humains qui vivent sur place. Un récent article de France Info, publié le 24 juillet 2017, rap­porte que :

« Des mil­lions de télé­phones usa­gés, des télé­vi­seurs, des ordi­na­teurs et appa­reils élec­tro­mé­na­gers… le monde entier conti­nue de déver­ser en Afrique, en toute illé­ga­li­té, de grandes quan­ti­tés d’équipements désaf­fec­tés. Ces appa­reils, dont les com­po­sants peuvent se révé­ler très toxiques, finissent sou­vent dans des décharges clan­des­tines des grands centres urbains.

Les experts sont una­nimes, l’Afrique est en passe de deve­nir le conti­nent-pou­belle des ordures toxiques du monde déve­lop­pé. Ils devraient atteindre 67 mil­lions de tonnes en 2017, soit une hausse d’un tiers par rap­port à 2014.

Selon un rap­port du pro­gramme des Nations Unies pour l’environnement, la France, l’Allemagne et la Grande Bre­tagne sont les prin­ci­paux pays expor­ta­teurs de déchets élec­tro­niques en Afrique où ils atter­rissent sur le mar­ché de l’occasion. »

Et avez-vous enten­du par­ler des « déchets dan­ge­reux » (par­mi les­quels on retrouve les « déchets ultimes ») ? 355 mil­lions de tonnes de déchets ont été pro­duites sur le ter­ri­toire fran­çais en 2010. Une par­tie de ces déchets, clas­sés comme non-dan­ge­reux, est enfouie : en 2010, 244 ISDND (Ins­tal­la­tions de sto­ckage de déchets non dan­ge­reux) ont reçu un peu moins de 20 mil­lions de tonnes de déchets dont 36 % d’ordures ména­gères rési­duelles. L’impact de cet enfouis­se­ment pose déjà un cer­tain nombre de pro­blèmes sur le court terme ; sur le long terme, il est tout à fait incon­nu. La même année, près de 14 mil­lions de tonnes de déchets ont été inci­né­rées (l’incinération des déchets est une catas­trophe éco­lo­gique en elle-même, puisqu’elle émet énor­mé­ment de CO2 et par­ti­cipe donc du réchauf­fe­ment cli­ma­tique). Les sol­vants, les restes de pein­ture, les vieilles piles et les « déchets ultimes », sco­ries des usines d’incinération de déchets, comptent par­mi les rebuts les plus toxiques du sec­teur indus­triel. Pro­duits en masse, ils contiennent des métaux lourds, comme le cad­mium, le plomb, le zinc ou le cuivre, à des concen­tra­tions dan­ge­reu­se­ment éle­vées. Chaque année, des mil­lions de tonnes de ces « déchets dan­ge­reux » sont pro­duites, en France, puis répar­ties et tout sim­ple­ment sto­ckées dans les 13 « ins­tal­la­tions de sto­ckage de déchets dan­ge­reux » (ISDD) que compte le pays — les autres États du globe font face aux mêmes pro­blèmes. Rien de tout cela n’est sou­te­nable. Tout cela est dément. Lit­té­ra­le­ment. Et ter­ri­ble­ment nocif pour le monde natu­rel et donc pour les humains, qui en par­ti­cipent et en dépendent, sur le court terme et/ou sur le long terme. Un docu­men­taire, d’Arte encore, inti­tu­lé « Toxique ! : que faire des déchets ultimes ? » traite de ce sujet (plus ou moins bien ; on retrouve, à la fin de celui-ci comme à la fin de chaque docu­men­taire dif­fu­sé par un média grand public, une conclu­sion dan­ge­reu­se­ment naïve, basée sur une espérance/foi inébran­lable en la toute-puis­sance de notre civi­li­sa­tion, qui par­vien­dra, soyons en sûrs, à gérer tous les pro­blèmes qu’elle crée ; tout va très bien madame la mar­quise) :

À cause, entre autres, de la sur­pêche, des tech­niques des­truc­trices de pêche, du tou­risme, de la pol­lu­tion, et du chan­ge­ment cli­ma­tique, la civi­li­sa­tion indus­trielle a détruit 50% des récifs coral­liens en moins de 30 ans :

Le chan­ge­ment cli­ma­tique, lié, prin­ci­pa­le­ment, à l’utilisation de com­bus­tibles fos­siles, mais aus­si à de nom­breuses acti­vi­tés indus­trielles, comme l’agriculture, l’urbanisation, la défo­res­ta­tion, etc., menace l’ensemble des espèces vivantes.

Nous pour­rions conti­nuer presque indé­fi­ni­ment à décrire la myriade des pro­blèmes engen­drés par la civi­li­sa­tion indus­trielle (qui sont de plus en plus nom­breux et qui s’aggravent sou­vent mutuel­le­ment). Nous aurions pu détailler le pro­blème de l’acidification des océans, ou celui de la baisse du taux de dioxy­gène dans l’air, de la per­tur­ba­tion de la cir­cu­la­tion océa­nique (liée au réchauf­fe­ment cli­ma­tique), de la lumière arti­fi­cielle noc­turne qui per­turbe la pol­li­ni­sa­tion, de l’effondrement glo­bal des popu­la­tions d’insectes (et donc des pol­li­ni­sa­teurs) à cause des pes­ti­cides (et des des­truc­tions d’habitat, et des pol­lu­tions atmo­sphé­riques, et d’autres choses encore), du « chan­ge­ment impré­vi­sible dans la dis­tri­bu­tion spa­tiale, la sai­son­na­li­té, l’incidence et par­fois la gra­vi­té des mala­dies sen­sibles aux aléas du cli­mat », de la frag­men­ta­tion des habi­tats natu­rels ter­restres de mil­liers d’espèces par un réseau rou­tier en expan­sion per­ma­nente (sachant que « d’ici 2050 la lon­gueur du réseau rou­tier mon­dial aura aug­men­té de 40 à 65 mil­lions de kilo­mètres »), des déchets nucléaires, de la sur­pêche et de son impact sur la vie marine et la san­té des océans, de l’impact du chan­ge­ment cli­ma­tique sur l’agriculture, des pénu­ries de métaux à venir, des ravages envi­ron­ne­men­taux liés à l’extraction d’étain en Chine et en Indo­né­sie (qui en sont les prin­ci­paux four­nis­seurs mon­diaux), de l’impact dévas­ta­teur des opé­ra­tions de dra­gage (« Le dra­gage et le rejet de boues et sédi­ments pol­lués, opé­ra­tions qui consistent à extraire des sédi­ments situés sur le fond d’un plan d’eau pour per­mettre notam­ment la navi­ga­tion dans les ports, conduisent à dis­per­ser des sub­stances pol­luées accu­mu­lées durant des années et/ou à reje­ter des blocs vaseux qui étouffent des habi­tats et espèces sous-marines et per­turbent la trans­pa­rence des eaux. Ces opé­ra­tions sont donc néfastes pour l’environnement. […] Chaque année, en France, 50.000.000 m³ de sédi­ment sont dra­gués et 90% de ces dra­gages ont lieu dans des ports estua­riens, quant au deve­nir de ces sédi­ments dra­gués : 95% sont immer­gés et 5% sont gérés à terre »), ou encore celui du phé­no­mène de la « nou­velle Pan­gée » créé par la mon­dia­li­sa­tion et le « pro­grès tech­nique » (à cause des nou­veaux moyens de trans­port rapides qui qua­drillent désor­mais la pla­nète, les bar­rières spa­tio-tem­po­relles qui pro­té­geaient autre­fois ses dif­fé­rents biomes de la conta­mi­na­tion et de toute per­tur­ba­tion ont essen­tiel­le­ment été sup­pri­mé : les mala­dies, les cham­pi­gnons, les mam­mi­fères, les amphi­biens, les oiseaux et les plantes sont tous essai­més n’importe com­ment sur toute la pla­nète par les navires, les avions, les voi­tures, les trains, les bagages, les sou­ve­nirs, les chaus­sures, les vête­ments, etc., avec en consé­quences des dépla­ce­ments mas­sifs et intem­pes­tifs d’espèces, qui deviennent par­fois inva­sives et déciment les espèces natives, donc des extinc­tions, des dépla­ce­ments des virus, des bac­té­ries, et toute une gamme de per­tur­ba­tions éco­lo­giques sans pré­cé­dent dans l’histoire de la Terre), et ain­si de suite, ad infi­ni­tum.

Mani­fes­te­ment, la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui a pris la pla­nète entière pour son labo­ra­toire de savant fou, est en train de la détruire. Et mani­fes­te­ment, elle se com­porte de manière tota­le­ment démente, tota­le­ment irres­pon­sable, et tota­le­ment irrespectueuse.

***

La civi­li­sa­tion indus­trielle est éco­lo­gi­que­ment non-viable, donc, et non pas pour une seule rai­son, mais pour une mul­ti­tude de rai­sons. Il est presque impos­sible, aujourd’hui, de trou­ver une pra­tique ou une acti­vi­té sou­te­nable, viable, par­mi toutes celles qui la consti­tuent. Vous pou­vez essayer. Y a‑t-il une seule indus­trie qui ne soit pas pol­luante ? La grande majo­ri­té de nos actions quo­ti­diennes, qui par­ti­cipent d’un sys­tème insou­te­nable, sont ain­si des nui­sances éco­lo­giques. Réa­li­sa­tion dou­lou­reuse mais préa­lable essen­tiel à l’établissement d’un diag­nos­tic sans illusion.

Au cœur de tous les désastres que génère la socié­té indus­trielle, on retrouve la même igno­rance et le même mépris total des équi­libres bio­lo­giques pla­né­taires, de l’organisation des bio­topes, et des cycles natu­rels (ou « bio­géo­chi­miques ») du vivant.

Si on la conce­vait comme une entre­prise four­nis­sant un cer­tain nombre de ser­vices, cha­cun d’eux se dou­ble­rait de consé­quences létales (soit sur le court terme, soit sur le long terme). La seule solu­tion sen­sée serait qu’elle mette la clé sous la porte.

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À « l’âge de l’information », la pla­nète est en train d’être détruite par l’ignorance.

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Je suis né en ville. Au cœur de ce type d’habitat humain qui incarne exac­te­ment l’irrespect des équi­libres bio­lo­giques, en étouf­fant le sol — la terre — , dont ont été extir­pés les maté­riaux néces­saires à sa construc­tion, dont sont et seront extir­pés ceux néces­saires à sa main­te­nance, et à son expansion.

J’ai été éle­vé et édu­qué dans cette culture qui se fiche roya­le­ment de l’écologie.

Depuis que je m’intéresse à l’écologie, à la bio­lo­gie et à la bota­nique, la prin­ci­pale chose que j’ai apprise, c’est que le monde réel, dont nous dépen­dons tous, est incroya­ble­ment com­plexe, et qu’y vivre sai­ne­ment — de manière sou­te­nable, durable — exige de connaître et de res­pec­ter au maxi­mum ses interrelations.

Et aus­si, qu’il ne tolè­re­ra pas long­temps ceux qui les ignorent et les méprisent.

« En ren­dant la pré­vi­sion dif­fi­cile sinon impos­sible, le chan­ge­ment explo­sif inter­dit toute consi­dé­ra­tion du long terme, et même du moyen. […] Ceci au moment même où la socié­té pré­tend se fon­der sur la pla­ni­fi­ca­tion et où elle parle de pros­pec­tive et de futu­ro­lo­gie. Mais ses plans ne sont que des plans de pro­duc­tion qui mul­ti­plient des effets éco­lo­giques et sociaux dont on ne sait rien. Quant à la pros­pec­tive ou futu­ro­lo­gie qui avec ses scé­na­rios s’est mise en retard à pré­voir l’avenir, com­ment peut-elle le faire puisque ses pré­vi­sions sont éta­blies en fonc­tion de condi­tions qui, vingt ans après, ne seront plus du tout les mêmes ? La pré­vi­sion n’est pos­sible qu’à par­tir de condi­tions rela­ti­ve­ment stables. Bien plus qu’un pro­grès dans la maî­trise du temps, la pros­pec­tive et la futu­ro­lo­gie sont le signe d’une angoisse devant l’impossibilité de la pré­vi­sion, et leur fonc­tion est d’en don­ner l’illusion. »

Ber­nard Char­bon­neau, Le chan­ge­ment (1990)

Aldo Leo­pold, un des éco­lo­gistes états-uniens les plus connus de la fin du XIXème, début du XXème siècle, écri­vait très jus­te­ment que :

« Nous abu­sons de la terre parce que nous la consi­dé­rons comme une mar­chan­dise qui nous appar­tient. Lorsque nous la per­ce­vrons comme une com­mu­nau­té à laquelle nous appar­te­nons, nous pour­rons alors com­men­cer à inter­agir avec elle en fai­sant preuve d’amour et de respect. »

La civi­li­sa­tion, en tant que culture, qu’idéologie, consi­dère le vivant comme une mar­chan­dise, en igno­rant et en mépri­sant ses har­mo­nies fon­da­men­tales. Les solu­tions tech­no­lo­giques — éner­gies « renou­ve­lables », géo-ingé­nie­rie, voi­tures élec­triques, bio­plas­tique, etc. — avec les­quelles elle se pro­pose de régler les pro­blèmes créés par tout son sys­tème tech­no­lo­gique et son arti­fi­cia­li­sa­tion du monde, sont, elles aus­si, inté­gra­le­ment issues de cet état d’esprit qui consi­dère le vivant comme une mar­chan­dise, qui ignore et qui méprise les équi­libres bio­lo­giques et les espèces non-humaines ; elles sont éga­le­ment issues de l’idéologie du « pro­grès », cette obses­sion hal­lu­ci­née pour tou­jours plus de déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique, pour tou­jours plus de nou­velles tech­no­lo­gies, qui consi­dère uni­que­ment le vivant comme une res­source à uti­li­ser. Pour ces rai­sons, nous pou­vons être cer­tains qu’elles ne règle­ront rien, bien au contraire.

Beau­coup de choses pour­raient et devraient être dis­cu­tées concer­nant l’idéologie du « pro­grès », deve­nue, au fil des siècles, celle des ins­ti­tu­tions et de la classe domi­nantes, puis, par ruis­sel­le­ment cultu­rel (à défaut d’éco­no­mique), celle des masses. Omni­pré­sente — dis­til­lée à la télé­vi­sion, dans les radios, jour­naux, maga­zines, livres, sur inter­net, par les intel­lec­tuels, les expertset les spé­cia­listesen tous genres — , elle dis­si­mule la catas­trophe socio-éco­lo­gique en cours, à l’aide d’omissions, de dis­tor­sions (voire de dia­bo­li­sa­tions) his­to­riques, de men­songes, et de ras­su­rances basées sur le busi­ness de l’espoir men­son­ger (dont les tech­no­lo­gies dites « vertes » et le mythe du « déve­lop­pe­ment durable »), ce mau­vais numé­ro d’illusionniste. Pour appro­fon­dir ce sujet, on pour­ra consul­ter, par exemple, l’ouvrage du col­lec­tif gre­no­blois Pièces et Main d’Oeuvre (PMO), du men­suel La Décrois­sance, des col­lap­so­logues Pablo Ser­vigne et Raphael Ste­vens, de divers auteurs, anciens et actuels, comme Jacques Ellul, Ber­nard Char­bon­neau, Guy Debord, Pierre Four­nier, Armand Far­ra­chi, Fran­çois Jar­rige, Fabrice Nico­li­no, ou encore les livres des édi­tions L’échappée (dont « Le pro­grès m’a tuer : Leur éco­lo­gie et la nôtre »), etc.

Le terme de civi­li­sa­tion, appa­ru, en France, au XVIIIème siècle, dans « L’ami des hommes » de Mira­beau, fut ini­tia­le­ment uti­li­sé « pour décrire des gens, qui […] obéis­saient à cer­taines orga­ni­sa­tions poli­tiques, dont les arts et lettres fai­saient montre d’un cer­tain degré de sophis­ti­ca­tion, et dont les manières et la morale étaient consi­dé­rées comme supé­rieures à celles des autres membres de leur propre socié­té ou d’autres socié­tés » (Tho­mas C. Pat­ter­son, anthro­po­logue de l’université de Ber­ke­ley, aux États-Unis). C’est-à-dire que la civi­li­sa­tion s’opposait, par exemple, à la sau­va­ge­rie, et les civi­li­sés aux sau­vages (sau­vage étant éty­mo­lo­gi­que­ment rela­tif au bois, ou à la forêt). L’idée de civi­li­sa­tion était et est éga­le­ment liée au concept de gran­deur : on par­lait et on parle encore sou­vent de « grandes civi­li­sa­tions » (par oppo­si­tion aux petits peuples indi­gènes pri­mi­tifs, sau­vages), et éty­mo­lo­gi­que­ment, au concept d’État, de cité. Concept supré­ma­ciste (plu­sieurs titres de livres du XIXème siècle, assez clairs, illus­trent bien le racisme de cette notion, comme, par exemple, Pro­grès de la civi­li­sa­tion en Afrique, de Louis Des­grand, et Plan de colo­ni­sa­tion des pos­ses­sions fran­çaises dans l’Afrique occi­den­tale, au moyen de la civi­li­sa­tion des nègres indi­gènes, de Laurent Basile Hau­te­feuille ; ou cette affiche du Petit Jour­nal du 19 novembre 1911 qui lit : « La France va pou­voir por­ter libre­ment au Maroc la civi­li­sa­tion, la richesse et la paix » ; ou citons sim­ple­ment notre cher Jules Fer­ry : « Il faut dire ouver­te­ment qu’en effet les races supé­rieures ont un droit vis-à-vis des races infé­rieures. (…) Il y a pour les races supé­rieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civi­li­ser les races infé­rieures. »), carac­té­ri­sé par la déme­sure, la civi­li­sa­tion fait par­tie du problème.

Et contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait croire, sa remise en ques­tion, qui s’est un peu per­due en che­min, ou plu­tôt, qui a été désa­mor­cée, ne date pas d’hier. Rous­seau en était et en reste une des prin­ci­pales figures, mais il était loin d’être le seul :

« Comme je n’avais de rap­port avec nul par­ti scien­ti­fique, je réso­lus d’appliquer le doute aux opi­nions des uns et des autres indis­tinc­te­ment, et de sus­pec­ter jusqu’aux dis­po­si­tions qui avaient l’assentiment uni­ver­sel : telle est la civi­li­sa­tion qui est l’idole de tous les par­tis phi­lo­so­phiques, et dans laquelle on croit voir le terme de la per­fec­tion : cepen­dant, quoi de plus impar­fait que cette civi­li­sa­tion qui traîne tous les fléaux à sa suite ? quoi de plus dou­teux que sa néces­si­té et sa per­ma­nence future ?[…] Il faut donc appli­quer le doute à la civi­li­sa­tion, dou­ter de sa néces­si­té, de son excel­lence, et de sa per­ma­nence. Ce sont là des pro­blèmes que les phi­lo­sophes n’osent pas se pro­po­ser, parce qu’en sus­pec­tant la civi­li­sa­tion, ils feraient pla­ner le soup­çon de nul­li­té sur leurs théo­ries qui toutes se rat­tachent à la civi­li­sa­tion, et qui tom­be­raient avec elle du moment où l’on trou­ve­rait un meilleur ordre social pour la remplacer. »

Charles Fou­rier, Théo­rie des quatre mou­ve­ments et des des­ti­nées géné­rales (1808).

Ou citons Lewis Mum­ford (his­to­rien amé­ri­cain, spé­cia­li­sé dans l’histoire de la tech­no­lo­gie et de la science), dans son excellent ouvrage Les trans­for­ma­tions de l’homme (1956) :

« Car la civilisa­tion a entraî­né l’assimilation de la vie humaine à la pro­prié­té et au pou­voir : en fait, la pro­prié­té et le pou­voir ont pris le pas sur la vie. Le tra­vail a ces­sé d’être une tâche accom­plie en com­mun ; il s’est dégra­dé pour deve­nir une mar­chan­dise ache­tée et ven­due sur le mar­ché : même les « ser­vices » sexuels ont pu être acquis. Cette subor­di­na­tion sys­té­ma­tique de la vie à ses agents méca­niques et juri­diques est aus­si vieille que la civi­li­sa­tion et hante encore toute socié­té exis­tante : au fond, les bien­faits de la civi­li­sa­tion ont été pour une large part acquis et pré­ser­vés — et là est la contra­dic­tion suprême — par l’usage de la contrainte et l’embrigadement métho­diques, sou­te­nus par un déchaî­ne­ment de vio­lence. En ce sens, la civi­li­sa­tion n’est qu’un long affront à la digni­té humaine. »

***

« Le salut du monde passe par l’état sauvage. »

— Hen­ry David Thoreau.

***

Que savez-vous des rivières, de leurs habi­tants non-humains, insectes, amphi­biens, rep­tiles, pois­sons, végé­taux, etc. ? Que savez-vous du rôle des cours d’eau dans les cycles natu­rels ? Que savez-vous de l’impact d’un bar­rage ? Que savez-vous du sol ? De sa for­ma­tion ? Des dif­fé­rents types de sol exis­tant ? Des roches ? Des cycles géo­lo­giques ? De l’impact de l’activité minière ? Des maté­riaux néces­saires à la construc­tion des engins miniers ? Des maté­riaux néces­saires à la construc­tion du réseau rou­tier autour de chez vous ? Que savez-vous des sols du Congo d’où sont extraits beau­coup des mine­rais dont nous dépen­dons tous au sein de la socié­té indus­trielle ? Que savez-vous de l’histoire de ce pays ? Que savez-vous du cad­mium ? Du sili­cium pré­sent dans beau­coup de pan­neaux solaires ? Que savez-vous de la Tor­tue d’Hermann et du Pélo­bate brun (éga­le­ment appe­lé Cra­paud à cou­teaux), deux espèces en voie de dis­pa­ri­tion en France (en rai­son des pro­blèmes men­tion­nés dans cet article) ? Que savez-vous des terres bré­si­liennes ou colom­biennes où pousse le café que l’on achète en France ? De Mada­gas­car, où pousse la vanille, de l’Indonésie et du Sri Lan­ka, d’où pro­vient la majeure par­tie de la can­nelle que l’on consomme en France ? Avez-vous une voi­ture ? Si oui, que savez-vous de sa fabri­ca­tion, des matières pre­mières uti­li­sées, de leur pro­ve­nance, de l’énergie consom­mée pour cela, de sa pro­ve­nance ? Que savez-vous des ali­ments dont vous vous nour­ris­sez ? Pour les végé­taux, que savez-vous du sol dans lequel ils ont pous­sé ? Pour les ani­maux, de l’endroit où ils ont gran­di et vécu ?

Je ne pré­tends cer­tai­ne­ment pas pou­voir répondre à toutes ces ques­tions. Mais je me rends bien compte de l’impossibilité d’y par­ve­nir, ain­si que de l’irresponsabilité et des pro­blèmes graves qui en découlent.

Cette culture en expan­sion per­ma­nente — la civi­li­sa­tion indus­trielle — dont la com­plexi­té, l’impact, la consom­ma­tion de res­sources et d’énergie vont crois­sant, a dépas­sé, depuis long­temps déjà, la limite du tolé­rable et du contrô­lable, la mesure de l’homme, et, plus grave encore, celle de la Terre.

En tant que carac­té­ris­tique de la civi­li­sa­tion indus­trielle, la déme­sure, qui peut se défi­nir par — qui implique sys­té­ma­ti­que­ment — l’ignorance de l’individu vis-à-vis des effets de ce dont il par­ti­cipe et donc son impuis­sance face aux struc­tures sociales qui déter­minent son exis­tence, consti­tue l’origine de tous les pro­blèmes aux­quels nous fai­sons face.

« Nous avons créé une civi­li­sa­tion mon­diale dont les élé­ments les plus cru­ciaux dépendent pro­fon­dé­ment de la science et de la tech­no­lo­gie, et dans laquelle presque per­sonne ne com­prend la science et la tech­no­lo­gie. Cela garan­tit une catas­trophe. Nous pour­rons peut-être nous en sor­tir un temps, mais, tôt ou tard, ce mélange instable d’ignorance et de puis­sance va nous explo­ser au visage. »

— Carl Sagan

L’homo consom­ma­tus ignore qua­si­ment tout des objets qu’il uti­lise et de leurs impacts sur le monde réel. Il est tota­le­ment inca­pable — il n’est pas en mesure — de connaître toutes les lois, tous les trai­tés, les amen­de­ments, les arrê­tés, décrets, ordon­nances, direc­tives, et règle­ments de la socié­té dont il par­ti­cipe. Il ignore tout, ou presque, de la vie des espèces vivantes et des cycles natu­rels dont il dépend. Incons­cience et irres­pon­sa­bi­li­té. En consé­quence, il s’intègre très mal dans la toile du vivant — qu’il dés­in­tègre d’ailleurs plus qu’il ne l’intègre.

***

De tout ce qui pré­cède, nous pou­vons déduire plu­sieurs propositions :

  • D’abord, que la géné­ra­li­sa­tion de l’ignorance, de l’impuissance, et de l’irresponsabilité indiquent clai­re­ment le carac­tère déme­su­ré de la socié­té orga­ni­sée à l’échelle pla­né­taire (règle­ments et trai­tés inter­na­tio­naux, etc.) dans laquelle nous vivons.
  • Ensuite, que les mul­tiples crises éco­lo­giques et sociales en cours sont les consé­quences iné­luc­tables de cette démesure.
  • Enfin, que la déme­sure n’est pas viable. Que la réso­lu­tion des mul­tiples crises éco­lo­giques et sociales ne peut se faire par davan­tage de per­fec­tion­ne­ment (de règle­ments, de trai­tés, de régu­la­tions, de lois, de nou­velles tech­no­lo­gies, etc.), ou de sophis­ti­ca­tion, dont l’ajout ne ferait qu’amplifier la déme­sure (sauf si l’on consi­dère, avec Leo­nard de Vin­ci, que « la sim­pli­ci­té est l’ultime forme de la sophistication »).

Et éga­le­ment :

  • Que la via­bi­li­té (ou la sou­te­na­bi­li­té) d’une socié­té requiert la mesure (dans le sens de la modé­ra­tion, de la pon­dé­ra­tion), une connais­sance et un res­pect des équi­libres éco­lo­giques du ter­ri­toire dont elle fait partie.
  • Que la mesure, pour une socié­té, implique éga­le­ment que le cours de la vie de cha­cun de ses membres soit cir­cons­crit dans un ter­ri­toire éco­lo­gique pou­vant être appré­hen­dé par un esprit humain, et que ses arran­ge­ments cultu­rels puissent être connus et influen­cés par tous.

Voi­ci ce qu’on peut lire dans un article récem­ment publié sur le site anglo­phone Ars Tech­ni­ca, basé sur une nou­velle publi­ca­tion scien­ti­fique de la revue Nature, à pro­pos du paléolithique :

Il y a aus­si des leçons que les cita­dins peuvent apprendre des anciens peu­ple­ments de l’hémisphère Sud. Pour faire simple, ces anciens peu­ple­ments prouvent que les humains peuvent vivre de manière sou­te­nable pen­dant des mil­liers d’années dans des envi­ron­ne­ments fra­giles. Au niveau des tro­piques, nos ancêtres l’ont fait en vivant en com­mu­nau­tés de faibles den­si­tés, où des fermes locales ali­men­taient les familles. Au lieu d’une agri­cul­ture sur brû­lis, on trou­vait une mosaïque de clai­rières en lisière des forêts.

Patrick Roberts [archéo­logue de l’institut Max Planck] explique que les pro­blèmes, dans ces endroits, ont vu le jour assez récem­ment, lorsque « les socié­tés colo­niales, indus­trielles » venues d’ailleurs ten­tèrent « d’y implan­ter mono­cul­ture, pas­to­ra­lisme et urba­ni­sa­tion ». Ceci mena « à une alté­ra­tion insou­te­nable du pay­sage et à la des­truc­tion de l’environnement », explique-t-il.

Une des pre­mières condi­tions à rem­plir pour que l’on cesse de détruire serait donc — au contraire de la ten­dance actuelle, cette course au désastre qui consiste à agglo­mé­rer tou­jours plus, à entas­ser, à uni­fier, à stan­dar­di­ser, et à étendre tou­jours plus — de dis­soudre la civi­li­sa­tion indus­trielle en une mul­ti­tude de socié­tés et de cultures à échelle humaine, à la mesure de l’homme, ancrées dans — et adap­tées à — des ter­ri­toires éco­lo­giques spécifiques.

Avec en ligne de mire un aban­don pro­gres­sif de l’utilisation des — et de la dépen­dance aux — pro­duits indus­triels high-tech, de l’électricité indus­trielle et de tous les arti­fices anti-éco­lo­giques de la civi­li­sa­tion indus­trielle ; un retour à un mode de vie simple, low-tech, basé sur un arti­sa­nat local, éco­lo­gique, per­met­tant un maxi­mum d’autonomie, un res­pect com­plet des équi­libres bio­lo­giques, et des espèces vivantes non-humaines.

Autre­ment, cette fuite en avant ne ces­se­ra d’empirer jusqu’à (très) mal finir.

« Les spé­cia­listes en dis­cutent et ne sont pas d’accord sur les causes et les risques pour l’atmosphère et la vie. Mais nous pou­vons être sûrs d’une chose, c’est que nous n’en savons rien ; et qu’il est fou de conti­nuer à fon­cer ain­si dans le noir. Les maux infi­nis dont le chan­ge­ment aveugle nous menace ne se limitent pas à tel ou tel effet repé­rable par la Science et remé­diable par la loi à force d’argent et de contraintes, leur cause pre­mière est dans cette apti­tude à déchaî­ner la cause sans se sou­cier de ses effets. Et le remède n’est pas dans tel ou tel gad­get tech­no-scien­ti­fique, mais dans la volon­té de réflé­chir avant d’agir. Une conver­sion, aux deux sens du terme, qui refuse l’imprévisible par amour de la terre, de l’homme et de sa liberté. »

Ber­nard Char­bon­neau, Le chan­ge­ment (1990)

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  1. Salut Nico­las,

    on est bien par­tis pour l’au­to-des­truc­tion. Peut-être fau­drait-il insis­ter sur ce point ? l’é­co­lo­gie, c’est beau l’é­té quand l’herbe est verte et les forêts lumi­neuses, en pho­to­gra­phies ou vidéos sur le web, à la télé­vi­sion bien calé devant un appé­tis­sant pla­teau-repas. Cer­tains semblent même prendre de l’in­té­rêt à la lec­tures de blogs ou d’ar­ticles comme ceux que vous nous com­met­tez régulièrement.
    Hélas, 500,1000 ou 2000 vues tout au plus. Sou­vent les mêmes d’ailleurs qui reviennent, espoir au ventre, cher­cher l’ar­gu­men­taire, la rhé­to­rique qui tue pour la reprendre et la dis­sé­mi­ner au vent de la connais­sance, ou plu­tôt de la découverte.
    Tiens ! une gageure : ouvrez un compte sur fra­ma­sphère, vous savez l’an­cien dia­spo­ra*, vous ver­rez. Sur ce réseau décen­tra­li­sé en déve­lop­pe­ment vous tou­che­rez plus de monde que sur fez-bouch’ en y copiant-col­lant vos textes.
    Et je ne pas­se­rai plus là-bas pour un spammeur 😉

    Je disais donc, l’au­to-des­truc­tion. Jouer sur l’ins­tinct de conser­va­tion. Pas aban­don­ner le côté altruiste puis­qu’il s’a­git d’ai­der les autres à décryp­ter ce qui est enfoui au plus pro­fond leur âme, recou­vert par cette mor­bi­di­té tenace.
    Car ils savent ce qui nous attend. S’ils ne le savent pas ils le sentent, à l’ex­trême le plus con y pense, parfois…
    Extir­pons les clous de nos mains et cru­ci­fions à notre tour !
    Effrayons nos monstres, ren­dons la mon­naie de la pièce.

    1. Salut, oui il faut que je prenne le temps de regar­der fra­ma­sphère. Et par contre, je n’aime pas et ne pré­fère pas mettre en avant l’au­to-des­truc­tion. Tant que tout tourne autour de nous, nous, nous, ou de moi, moi, moi, du nar­cis­sisme toxique qui détruit actuel­le­ment la pla­nète, on ne règle­ra rien. Si les gens sont trop stu­pides pour ne pas faire le lien entre des océans morts et eux-mêmes, on ne peut pas grand-chose. Le nar­cis­sisme ne sera pas com­bat­tu par le nar­cis­sisme. L’or­ga­nisme plus grand qui est la Terre, ou la com­mu­nau­té éco­lo­gique plus grande qui est le bio­tope, et dont nous fai­sons par­tie, doit pas­ser avant, doit être consi­dé­ré comme pri­mor­dial. Bien sûr qu’en détrui­sant tout, on se détruit nous-mêmes, mais ce n’est pas sim­ple­ment ni avant tout pour ça qu’on ne devrait pas tout détruire, ou qu’on devrait ces­ser de tout détruire.

      1. Salut
        J’ai décou­verts ton blogs et tes réflexions il y a peu, et j’y trouve un dis­cours radi­cal et réa­liste qui me plais. 

        Mais il me semble que sur un point, tu semble opti­miste et moi non. Paul Jorion a dit que com­ment faire com­prendre que la vie sur terre se meure, alors que les hommes n’ar­rivent pas à conce­voir la leur ? Ils on besoin de reli­gions, qui leur pro­met la vie après la mort, ou tout autres arti­fices, mais ne peuvent conce­voir que ce qu’ils sont va dis­pa­raitre. Et que cela n’est ni grave, ni utile a la terre. Alors faire com­prendre que la mer meure, que les ani­maux dis­pa­raissent, mais aus­si que l’ex­trac­tion , la sur­ex­ploi­ta­tion , de toutes les matières, y com­pris humaine est néfaste pour la pla­nète, la vie et logi­que­ment les hommes, est hors de por­tée de la logique qui nous entoure. 

        Cor­dia­le­ment

        Rémi de Nagoya

  2. Le con est un enne­mi mor­tel. Il est l’al­lié objec­tif de la ver­mine mon­dia­liste qui gou­verne ce monde de dégé­né­rés. Les uns et les autres forment 80 % de la popu­la­tion mon­diale. Ils sont les véri­tables nui­sibles de la Nature. La solu­tion s’im­pose d’elle-même… Ni pitié. Ni pardon.

  3. Bon­soir a toutes/tous j’ai par­cou­ru ici un tas de bons articles mer­ci et aus­si pour quelques coms .
    Pour ma part j’ai pas encore trou­vé le temps de faire un site ( un de plus ? ) donc je vais essayer encore une fois quelques traits de plumes vitrio­lés donc jet­té de par­tout , d’un habi­tué du lavage de main dans l’a­cide et d’i­dées pour­tant chry­sa­li­daires … j’aime bien les décla­rés impos­sibles sur ceux qui sont obli­gés d’al­ler dans le maquis essayer de man­ger les der­nieres salades incultes : Cela et ceci , il en faut tout de même un paquet et donc d’en­droits ou ne pas les piller pour se faire un petit plat de sur­vie ou pour ses che­nilles … Si j’ai consta­té par moi même est qu’il faut de la sur­face & que ces non-si-vils ne s’ap­pri­voisent pas c’est seule­ment car ces rapaces anti-renards n’ont rien com­pris ni rien vu à ces « belles » cr&atures ni a la beau­té ni a la vie :
    Il semble en tant que ramas­seur ami de la « Rousse » , qu’on on peut par­fai­te­ment rese­mer des plantes « non domes­tiques » ‚sauf si par mal-enten­du on est trop res­té « civi­li­sé » sur­tout diplo­mo­cus. C’est donc une ques­tion de non Etat ou plu­tot de l’ac­cep­ta­tion de la veu­le­rie si-vile de ce retour a la condi­tion vivante ludique et intui­tive de la Déi­té natu­relle qui est dedans de dehors de nous ou l’in­verse . C’est ce refus cette assas­si­nat de sa propre natu­ra­li­té qui déclenche cette contra­dic­tion du « lyrique pédant  » ‚du dua­lisme si conne­ment utile qui carac­té­rise cette mala­die mor­telle et ce genre de confu­sion fausse si géné­rale et rapporteuse.C’est comme quand les uns et les autres sur leurs bancs aus­si mules que tétus parlent aus­si bien et mal de sciences occultes ou de science qui sont aus­si faus­sées , tout comme leur vision de Ener­gie libre alors que il n’y a que Cela en infi­ni quan­ti­té en réa­li­té Tout le contraire des concepts biai­sés qui inventent de la meme maniere l’argent dette comme la scien­touille du confus « ren­table » de la nou­velle con-fesse des pré­lats mou-dernes . Par exemple tout est Conscience donc ener­gie mais aus­si au com­men­ce­ment non mort mais …VIVANT . Sauf qu’on vit une per­iode sui­ci­daire pour cette espece plus sale que les pires de para­sites . L’es­pece super­ieure …bah une espece qui cultive la mort comme cre­do …Donc ne plus en faire par­tie pour commmencer ? 

    Prise de Conscience /Inconscience contre l’ addic­tion toxi­co­mane des domi­na­teurs para­si­tés du bulbe qu’on nomme « si-vily­zés » au sein de leur fange pédante  » ceux la se la racontent qu’ils trou­ve­ront bien des solu­tions plus tard/jamais …, et tou­jours plus du pétro-péda­lage a l’en­vers illi­mi­té tou­jours oppo­sés mais aus­si faus­se­ment du genre pour ou contre la com­pa­gnie des z’éo­liennes jamais bran­chées dont le seul jus ren­table est LEUR mon­naie de singe comme pour les éco­leux de leur arfeuille seule­ment ou de leur Audi-mat a tiroir : Tous pareils ou presque . C’est donc l’e­co-nouillage faus­se­ment contre l’an­ti- nature c’est aus­si ça le pro­blème autant que les ado­ra­teurs du plu­to­nium en 4X4 a la meme table du moment que petasse-@lecteur par­tie finance leurs ebats faus­se­ment contrat-à-dictoires.

    On change de débat ? ou de tablée ?

    Tous ceux là ne savent que faire du pro­sé­ly­tisme d’of­fi­cines de leurs addic­tions sui­ci­daires et de la dia­lec­tique du diable-col-blanc/­dieu­bar­bu-gilou à la même cêne commes les toquarts polit/buleaux d’un tour de fran­chouille mon­dia­bli­sées mais fai­sant peda­ler le moteurs cach-cash pour leur seul chas­sis. Des boites dans les boites de mafia de la mau­vaise foi et de la confu­sion géné­ra­li­sée, de com­plo­tistes ou anti com­plices des sau­veurs de leur bourse d’hu­ma­mi­teuse anti-condi­tion : Tout çà c’est un poeme de bétise crasse !
    C’est ain­si que je voit hélas la plu­part des indi­vi­dus qui géne­ra­le­ment dans leur apos­to­lat de leur sacro sainte liber­tueuse ( tous autant consu­ma­teurs brû­lant la der­niere lou­fiote du bon sens d’au­tant plus trou­blé que diplo­mo­cus a vou­lu exal­ter sa propre momi­fi­ca­tion collective

    Donc j’ose cette dia­tribe qui n’est pas faite pour me faire adu­ler comme pere goulou . 

    je me per­met d’es­sayer encore une petite fois ‚et le temps qu’il me reste d’es­sayer d’at­ti­rer l’at­ten­tion sur d’autres manieres de voir ceci avant de cre­ver de faim et d’autres choses puisque ce sys­teme a deci­dé de m« éli­mi­ner de plu­sieurs manieres a la fois de croire qu’on peut trou­ver des moyens de contre­car­rer ce qui n’est iné­luc­table que si on n’ose pas se mettre en tra­vers , n’est pas ?

    Pour ma part c’est fait et est ce que par hasard j’au­rai pas tou­ché pas mal de defaut de la cui­rasse de ce « sys­teme » d’a­bord pre­ci­sé­ment dans cette maniere de voir et d’es­sayer de vivre, comme mes petites cou­leuvres, cra­pauds , insectes et crea­tures diverses et variées qui doivent etre assu­re­ment la seule famille que je n’ai jamais eue sans le savoir avant …avec ce qu’elles nous apprennent quand on a ces­sé de savoir …de ces autres qui ont deci­dé de tout tuer et eux avec … 

    Ceci car en ce moment je doit avouer que mon retour a l’e­cole buis­son­niere a donc déclen­ché une reac­tion tres viru­lente non seule­ment du sys­teme mais ega­le­ment dans les rangs de ceux qui sont sen­sé le combattre ?

    L’in­te­ret du mien-constat que je vous trans­met est de voir que ce sys­teme est bien plus fra­gile qu’on croit n’est pas deja un petit espoir ?

    1. Cher ami, votre prose poé­tique est si pleine de sens qu’elle en déborde. Seule­ment les cir­con­vo­lu­tions de votre pen­sée, comme ces ten­ta­tions para­noïaques qui affleurent ça et la, évoquent une confu­sion qui n’est sans me rap­pe­ler celle que connut mon frère peu avant son hos­pi­ta­li­sa­tion pour délire schy­zo­phrene. Je ne suis pas de ces enfer­meurs et autres empê­cheurs de pen­ser en rond, mais si par hasard vous res­sen­tiez un sen­ti­ment d’i­so­le­ment crois­sant, d’hy­per-réa­li­té ou de de-réa­li­té, d’en­fer­me­ment men­tal et social… pen­sez à recher­cher l’aide d’un professionnel.

  4. Plus grave encore que l’i­gno­rance de leur envi­ron­ne­ment, dans leur grande majo­ri­té les hommes ignorent tout de leur propre condi­tion … et s’en foutent bien sou­vent, tout en pré­ten­dant lut­ter pour l’améliorer.

    Pour y remédier :
    https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/I/51cUFB12M‑L._SX331_BO1,204,203,200_.jpg
    Et pour décou­vrir cet ouvrage (Papier & Ebook):
    https://www.amazon.fr/dp/1549526200/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1503304992&sr=1–1&keywords=Pr%C3%A9cis+de+pyramidologie+sociale

  5. Tou­jours aus­si per­ti­nent, comme bien d’autres articles sur ce site…
    Pour ma part, je pense que les dés sont joués, et qu’il est trop tard pour espé­rer quoi que ce soit comme sur­saut col­lec­tif qui per­met­trait un retour­ne­ment de la situation.
    J’a­joute, qu’à la limite, je m’en fiche un peu. Dans la mesure où je n’ai pas choi­si de naître. Et sais que mon temps sur la terre est limi­té. Que je doive dis­pa­raître demain ou après-demain ne m’in­quiète pas. La mort fait par­tie de ma condi­tion et je l’ai inté­grée depuis longtemps.
    Par ailleurs, j’ai aus­si com­pris depuis long­temps que l’es­pèce humaine est assu­ré­ment la plus pré­da­trice qui soit… et qu’un jour, cela s’ar­rê­te­ra par sa propre déme­sure, par sa cer­ti­tude d’être supé­rieur à tout ce qui l’en­toure et que pour­tant il ne connaît pas (comme le démontre très bien cet article), par ses propres conne­ries, et que ce jour approche à grands pas…
    S’il est une chose à rete­nir et qui résume par­fai­te­ment ce qui pré­cède, ce sont ces mots d’une acui­té exem­plaire, repris dans l’article :

    « Pas éton­nant que nous ne défen­dions pas la terre où nous vivons. Nous n’y vivons pas. Nous vivons dans des séries télé­vi­sées, ou dans des films, des livres, ou aux côtés de célé­bri­tés, ou au para­dis, selon des règles, des lois et toutes sortes d’abs­trac­tions inven­tées par des gens que nous ne connais­sons pas. Nous vivons à la fois nulle part et un peu par­tout, sauf dans nos propres corps, sur ce terri­toire parti­cu­lier, à ce moment pré­cis, et dans ces cir­cons­tances spé­ci­fiques. Nous ne connais­sons même pas l’en­droit où nous vivons. Avant de pou­voir accom­plir quoi que ce soit, nous devons remé­dier à cela. » — Der­rick Jen­sen, End­game Vol. 2

    … tout est dit !… sauf que je pense que « nous n’y remé­die­rons pas »…

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