« Recon­naitre cela peut nous aider à évi­ter de perdre notre temps en de naïfs efforts. Par exemple, dans des efforts pour apprendre aux gens à éco­no­mi­ser l’énergie et les res­sources. De tels efforts n’accomplissent rien. Cela semble incroyable que ceux qui prônent les éco­no­mies d’énergie n’aient pas remar­qué ce qui se passe : dès que de l’énergie est libé­rée par des éco­no­mies, le sys­tème-monde tech­no­lo­gique l’engloutit puis en rede­mande. »

Theo­dore Kac­zyns­ki, Anti-Tech Revo­lu­tion : Why and How

Les 10% d’individus les plus riches du monde sont res­pon­sables de la moi­tié des émis­sions de GES d’origine anthro­pique[1]. La moi­tié la plus pauvre de l’humanité est res­pon­sable d’environ 10% des émis­sions de GES d’origine anthro­pique. L’industrie du jet pri­vé qui enre­gis­trait 263 ventes sur l’année 1989[2] en enre­gistre ces temps-ci envi­ron 700 par an[3]. Dans un récent rap­port pré­vi­sion­nel, il est esti­mé que l’industrie du yacht, qui se porte à mer­veille et qui a été éva­luée à 8,123 mil­liards de dol­lars en 2016, attein­dra 14,987 mil­liards de dol­lars entre 2017 et 2025[4]. De manière géné­rale, les indus­tries du luxe se portent très bien et devraient conti­nuer ain­si sur la décen­nie à venir[5]. La France compte 713 golfs, un nombre en aug­men­ta­tion constante ; selon les esti­ma­tions uti­li­sées par le Sénat, un golf consomme en moyenne autant d’eau qu’une com­mune de 12 000 habi­tants ; l’ensemble des golfs, donc, autant que 8 mil­lions de per­sonnes. Le poids de l’industrie de l’armement ne cesse de gran­dir (la France figure d’ailleurs par­mi les cham­pions de la vente d’armes), or on sait que les émis­sions de CO2 des sec­teurs mili­taires des pays du monde sont colos­sales (à elle seule, l’armée US a consom­mé en 2011 presque autant de pétrole que toutes les voi­tures du Royaume-Uni)[6].

Et pour­tant les gou­ver­ne­ments, comme toutes les ins­ti­tu­tions et la doxa domi­nantes, sug­gèrent qu’une manière de dimi­nuer les émis­sions de CO2 afin de faire un geste pour la pla­nète consiste en ce que les gens ordi­naires se brossent les dents à sec et s’éclairent avec des ampoules basse consom­ma­tion. Tout récem­ment, une réité­ra­tion d’un aver­tis­se­ment signé par de nom­breux scien­ti­fiques (15 000) sug­gé­rait plu­sieurs mesures dont le fait de deve­nir végé­ta­rien, de faire du vélo au lieu d’utiliser une voi­ture, de ne plus prendre l’avion, ain­si que le déploie­ment mas­sif d’infrastructures indus­trielles pour déve­lop­per le réseau éner­gé­tique « renou­ve­lable » (ce qui consti­tue une immense catas­trophe éco­lo­gique[7]).

Autant de manières de se don­ner bonne conscience en se sou­la­geant dans un vio­lon, ou pire, en fai­sant empi­rer la situa­tion (adop­ter une consom’action res­pon­sable visant à ache­ter des pro­duits un peu moins nui­sibles pour le monde natu­rel et les êtres vivants, c’est tou­jours par­ti­ci­per à l’empirement de la situa­tion).

Ce qu’on peut remar­quer c’est qu’on ne lit que très rare­ment voire jamais de sug­ges­tion inci­tant les riches à ces­ser d’acheter des yachts ou des jets pri­vés et de les uti­li­ser. Tan­dis qu’on incite le citoyen moyen à faire preuve d’une cer­taine ver­tu éco­lo­gique, les riches du monde, qui sont de plus en plus nom­breux, consomment tou­jours plus. Pas non plus de recom­man­da­tions concer­nant l’achat ou l’utilisation de smart­phones, de télé­vi­seurs et d’appareils élec­tro­niques en géné­ral, dont les ventes sont mon­dia­le­ment crois­santes, dont les pro­duc­tions épuisent les res­sources non-renou­ve­lables aus­si bien que renou­ve­lables tout en émet­tant des quan­ti­tés astro­no­miques de gaz à effet de serre (le KTH Royal Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy de Stock­holm esti­mait en 2010 que les sec­teurs des tech­no­lo­gies de l’information, de la télé­com­mu­ni­ca­tion, des médias et du diver­tis­se­ment émet­taient presque autant de CO2 que le sec­teur de l’aviation).

La plu­part des sug­ges­tions grand public consistent en des chan­ge­ments minimes des modes de vie indi­vi­duels, elles ne visent jamais à s’opposer fron­ta­le­ment aux logiques de crois­sance et de consom­ma­tion qui dirigent la civi­li­sa­tion indus­trielle et son bio­cide pla­né­taire.

La solu­tion au désastre socio-éco­lo­gique en cours passe néces­sai­re­ment par la décrois­sance. Seule­ment, cette décrois­sance n’adviendra cer­tai­ne­ment pas par le biais d’une pseu­do-ascèse éco­lo­gique — une dimi­nu­tion presque imper­cep­tible de l’in­sou­te­na­bi­li­té du mode de vie — d’une mino­ri­té d’individus par­mi ceux qui n’étaient déjà pas les pires pol­lueurs et émet­teurs de GES du monde, n’ayant aucune influence sur les dyna­miques glo­bales d’ex­pan­sion de la socié­té tech­no-indus­trielle.

Pen­dant ce temps-là, les déci­deurs poli­tiques construisent tou­jours plus d’armes, plus de routes (Nico­las Hulot, notre cher ministre des illu­sions vertes vient tout juste d’autoriser une nou­velle auto­route[8]), les orga­nismes gou­ver­ne­men­taux comme l’AFD (Agence Fran­çaise de Déve­lop­pe­ment) conti­nuent de pro­mou­voir le déve­lop­pe­ment et la crois­sance tous azi­muts (sous cou­vert d’électrification de l’Afrique, par exemple, qui est une autre manière de qua­li­fier l’expansion de la socié­té de consom­ma­tion à ce conti­nent, afin d’y écou­ler smart­phones, télé­vi­seurs et appa­reils élec­tro­niques en tous genres, avec ce que cela implique d’ethnocides et de désastres éco­lo­giques) à l’aide de mil­liards d’euros d’argent public, les entre­prises de vente de smart­phones, télé­vi­seurs et d’appareils élec­tro­niques en géné­ral ne cessent d’augmenter leurs ventes, des ultra-riches s’associent dans l’optique de construire des nations flot­tantes en com­men­çant leurs expé­ri­men­ta­tions démentes, finan­ciè­re­ment et maté­riel­le­ment ultra-coû­teuses (gâchis colos­sal de « res­sources natu­relles ») en Poly­né­sie fran­çaise[9], le réseau rou­tier mon­dial qui frag­mente ce qu’il reste d’écosystèmes rela­ti­ve­ment pré­ser­vés ne cesse de s’étendre, ain­si que les zones urbaines du monde dont il est pré­vu qu’elles triplent en sur­face au cours des quelques décen­nies à venir, etc., c’est-à-dire qu’en gros, pen­dant ce temps-là, tout se passe selon les sou­haits du PDG d’Amazon, Jeff Bezos :

« Nous ne vou­lons pas vivre dans un monde rétro­grade. Nous ne vou­lons pas vivre sur une Terre où nous devrions geler la crois­sance de la popu­la­tion et réduire l’utilisation d’énergie. Nous pro­fi­tons d’une civi­li­sa­tion extra­or­di­naire, ali­men­tée par de l’énergie, et par la popu­la­tion. […] Nous vou­lons que la popu­la­tion conti­nue à croître sur cette pla­nète. Nous vou­lons conti­nuer à uti­li­ser plus d’énergie par per­sonne. »

C’est pour­quoi les émis­sions de CO2 atteignent des som­mets en 2017, du fait de l’utilisation record de com­bus­tibles fos­siles[10], et c’est pour­quoi l’AIE (Agence Inter­na­tio­nale de l’Energie) pré­voit leur aug­men­ta­tion jusqu’en 2040[11].

***

Les éco-vil­lages, éco-com­mu­nau­tés, éco­lieux et autres éco­ha­meaux — qui ne sont pas des lieux où les gens vivent de manière sou­te­nable, seule­ment des lieux où ils vivent d’une manière moins nui­sible, au mieux — ont beau être à la mode et pos­si­ble­ment se mul­ti­plier, tous ceux qui se sou­cient de la san­té de la bio­sphère feraient bien de réa­li­ser que leur essai­mage (très rela­tif) n’a stric­te­ment aucune influence sur la tra­jec­toire catas­tro­phique sur laquelle nous nous trou­vons.

Isa­belle Sou­lié le dénon­çait déjà dans le numé­ro 17 du jour­nal La Gueule Ouverte du mois de mars 1974 :

« Rédac­trice en chef que me voi­ci deve­nue, je com­mence par prendre une ini­tia­tive : sup­pres­sion du sous-titre men­suel éco­lo­gique. Prise de dis­tance avec une image débile de l’écologie, celle que donne cer­tains doux far­fe­lus qui prêtent le flanc à toutes les cri­tiques. […] Que d’aucuns passent agréa­ble­ment (si aucun fas­cisme ne vient bri­ser leur idylle) leur vie à se confor­ter en com­mu­nau­té, n’ayant d’autre sou­ci que la pure­té de leurs petits intes­tins ou la contem­pla­tion exta­tique du cou­cher du soleil sur le mil­le­per­tuis de la der­nière col­line non pol­luée qu’ils ont trou­vé, si ça les amuse, je n’ai rien contre. Mais je n’ai pas envie de me cas­ser le chose à faire un jour­nal avec leurs états d’âme. »

Force est de consta­ter, plus de 40 ans après, que ses pro­pos sont tou­jours d’actualité. Tan­dis qu’une mino­ri­té d’individus plus ou moins inquiets, sou­cieux et anxieux vis-à-vis de la catas­trophe socio-éco­lo­gique en cours recherchent dif­fé­rents moyens de la fuir (qu’ils prennent par­fois pour des manières de la com­battre), tout empire.

On pour­rait com­prendre le choix d’une telle stra­té­gie si l’objectif était d’attendre le plus confor­ta­ble­ment pos­sible qu’advienne et passe le déluge. Bien qu’une telle stra­té­gie ne per­mette et ne per­met­tra sûre­ment pas d’éviter d’en souf­frir les consé­quences (comme le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, la pol­lu­tion de l’air, etc.), qui sont d’ores et déjà glo­bales et qui ne s’arrêtent à aucune fron­tière.

En revanche, si l’objectif est de mettre un terme au déluge ou tout au moins d’essayer, cette stra­té­gie s’avère par­ti­cu­liè­re­ment limi­tée et plus que dis­cu­table.

Le désastre en cours ne sera cer­tai­ne­ment pas réso­lu par la fuite d’une mino­ri­té d’individus dans de minus­cules enclaves (rela­ti­ve­ment et tem­po­rai­re­ment) pré­ser­vées des nui­sances exté­rieures.

Nous avons besoin d’un « contre-frot­te­ment pour stop­per la machine » (Tho­reau), d’une résis­tance poli­tique proac­tive et orga­ni­sée à même d’entreprendre des actions véri­ta­ble­ment désta­bi­li­santes et per­tur­ba­trices de la civi­li­sa­tion indus­trielle mon­dia­li­sée.

Au lieu de quoi les médias sup­po­sé­ment alternatifs/libres/indépendants (par­fois les trois à la fois, mar­ke­ting oblige) prennent les illu­sions de l’écocapitalisme pour l’« anti­thèse » du capi­ta­lisme, pour une solu­tion aux pro­blèmes de notre temps. Un récent article de Bas­ta !, en date du 20 juin 2016, inti­tu­lé « L’antithèse des centres com­mer­ciaux : un super­mar­ché bio à basse consom­ma­tion d’énergie sou­te­nu par la finance soli­daire », pré­sente le maga­sin Bio­coop d’Epône comme une révo­lu­tion éco­lo­gique et sociale. « Soli­de­ment iso­lée, la construc­tion récu­père l’eau de pluie, et pro­duit de l’électricité via des pan­neaux solaires posés sur une toi­ture joli­ment végé­ta­li­sée. Pour réunir la somme néces­saire à la mise en place de cet ambi­tieux pro­jet, les consom­ma­teurs ont été sol­li­ci­tés pour par­ti­ci­per au finan­ce­ment. Une quin­zaine de sala­riés ont éga­le­ment pris des parts dans la socié­té. » Et pour­tant ils ne pro­duisent qu’un tiers de leur consom­ma­tion élec­trique, parce qu’en tant que maga­sin, avec ce que cela implique d’appareils élec­tro­niques et élec­triques, « les fri­gos et les éclai­rages » (cer­tai­ne­ment des ampoules basse consom­ma­tion, mais quid des fri­gos, sont-ils éco- ou bio– ?!), ils sont de « gros consom­ma­teurs » d’électricité.

On retrouve dans l’article toutes les absur­di­tés de l’écologie grand public, tous les éco-men­songes qui par­ti­cipent du ver­dis­se­ment ima­gi­naire de la socié­té indus­trielle et fina­le­ment d’un empi­re­ment de la situa­tion : l’apologie des ENR[12], qui per­mettent à ceux qui ne réflé­chissent pas trop de se don­ner bonne conscience ; les inep­ties de l’écoconstruction qui n’a en réa­li­té stric­te­ment rien d’écologique ; le maga­sin bio en pana­cée éco­so­ciale quand on sait qu’une bonne par­tie des pro­duits bio qu’ils vendent sont méca­no-fac­tu­rés, et la pro­prié­té de grandes mul­ti­na­tio­nales[13] et/ou sont des pro­duits exo­tiques d’importation dont la pro­duc­tion requiert sou­vent des des­truc­tions éco­lo­giques (on ne le rap­pel­le­ra jamais assez, le bio n’implique pas le res­pect du monde natu­rel[14]) ; etc.

Un maga­sin Bio­coop ne change rien, ou si peu, aux rap­ports sociaux et à la catas­trophe éco­lo­gique géné­rale, puisqu’il s’inscrit tou­jours dans le cadre du sys­tème mar­chand, on y vient en voi­ture (en voi­ture élec­trique pour les éco­ci­toyens les plus ver­tueux), par la route (pas encore d’éco-route, déso­lé, mais ça ne sau­rait tar­der), les pro­duits y sont livrés en camion (au moins en par­tie), etc. ; les maga­sins bio en géné­ral servent moins la défense du monde natu­rel que la satis­fac­tion, le nar­cis­sisme (le sou­ci de soi, de sa san­té per­son­nelle) et la bonne diges­tion de quelques habi­tants des pays riches.

Une autre manière de le com­prendre est de se deman­der : en quoi la crois­sance du bio, des maga­sins bio, des ENR, etc., freine-t-elle la des­truc­tion des éco­sys­tèmes de la pla­nète ?

Une petite his­toire. Les bar­rages sont consi­dé­rés comme des édi­fices pro­duc­teurs d’énergie « verte ». En France, ils repré­sentent notre deuxième source d’énergie « propre » après celle pro­duite par la filière « bois éner­gie » (la « bio­masse »)[15]. Les bar­rages émettent énor­mé­ment de méthane, ce qui n’a été étu­dié que très récem­ment et n’est donc pas encore pris en compte dans les bilans de leurs impacts envi­ron­ne­men­taux (ain­si que d’autres choses comme l’empoisonnement au mer­cure)[16]. Le gou­ver­ne­ment turc entre­prend actuel­le­ment la construc­tion d’un bar­rage très contro­ver­sé à Hasan­keyf, une petite ville d’Anatolie vieille de 12 000 ans, au bord du Tigre, qui sera englou­tie par le pro­jet. Le quo­ti­dien bri­tan­nique The Guar­dian rap­porte[17] que « le bar­rage fera mon­ter le niveau du Tigre de 60 mètres, sub­mer­geant 80 % de l’ancienne ville et de nom­breux vil­lages envi­ron­nants, par­mi les­quels plus de 300 sites his­to­riques encore inex­plo­rés. » Le site Equal Times rap­porte[18] que « la mor­ta­li­té des pois­sons a déjà été signa­lée dans le cours d’eau et les défen­seurs de l’environnement ont iden­ti­fié des dou­zaines d’espèces qui, selon eux, seront affec­tées par la dis­pa­ri­tion de leur habi­tat lorsque le réser­voir du bar­rage sera rem­pli. Il s’agit d’oiseaux et de chauves-sou­ris, mais aus­si de pois­sons d’eau douce ain­si que d’une tor­tue à cara­pace molle en voie de dis­pa­ri­tion. » Des dizaines de mil­liers de per­sonnes seront dépla­cées : « À Hasan­keyf, per­sonne ne sait exac­te­ment où ils vivront dans la nou­velle ville, quand ils devront démé­na­ger, quelles seront les condi­tions pour faire des affaires ou encore quand les tou­ristes annon­cés com­men­ce­ront à venir. “Si vous deman­dez quelque chose aux fonc­tion­naires locaux, ils se contentent de haus­ser les épaules”, déclare un résident. » Une catas­trophe socio-éco­lo­gique par­mi tant d’autres, à la dif­fé­rence près que celle-ci advient sous la ban­nière du « déve­lop­pe­ment durable » et des « éner­gies vertes ».

L’humanité indus­trielle acca­pare et occupe bien plus de la majo­ri­té des terres émer­gées, au détri­ment de toutes les espèces qui y vivaient aupa­ra­vant, qui se retrouvent pré­ci­pi­tées vers l’extinction, repous­sées aux marges et réduites à une infime por­tion de sur­vi­vantes, ou asser­vies au sein du sys­tème d’exploitation indus­triel (cochons, vaches, etc.). Le « déve­lop­pe­ment durable », le déploie­ment des « éner­gies vertes », l’agriculture bio­lo­gique, toute cette nébu­leuse faus­se­ment éco­lo­giste ne par­ti­cipe pas à frei­ner l’expansion de l’humanité indus­trielle, au contraire. De plus en plus de bar­rages sont construits, les cen­trales solaires acca­parent de plus en plus de terres, ain­si que les parcs éoliens, et tout cela s’ajoute aux exploi­ta­tions minières et aux usines néces­saires à leur fabri­ca­tion, et aux autres sec­teurs de pro­duc­tion d’énergie qui conti­nuent eux aus­si à croître (pétrole, gaz, nucléaire).

***

Tout cela pour dire, en para­phra­sant Tho­reau, qu’il existe un mil­lier de manières d’avoir l’impression de s’attaquer aux branches du mal (qui ne font par­fois que sti­mu­ler leur crois­sance), contre une seule manière de s’attaquer à ses racines.

Que pour l’instant, le mou­ve­ment de résis­tance orga­ni­sé capable de s’attaquer à ces racines, de frap­per où ça fait mal pour para­ly­ser ou mettre hors d’état de nuire la machine indus­trielle à consu­mer des com­bus­tibles fos­siles, à émettre du CO2, à réchauf­fer l’atmosphère, à la satu­rer de par­ti­cules toxiques, à vider les océans, à les rem­plir de plas­tiques et à les aci­di­fier, à raser les forêts, à les rem­pla­cer par des villes, des mono­cul­tures et des routes, à per­fo­rer les sols pour en extraire des « res­sources minières », etc., n’est pas en vue*.

Et qu’il incombe, à ceux qui le com­prennent, de faire ce qu’ils peuvent pour par­ti­ci­per à la créa­tion d’une telle résis­tance.

Nico­las Casaux

* : Il y a bien, en France, ce qui se passe à Bure, à Notre-Dame-des-Landes et dans d’autres endroits, qui cor­res­pond à la fois à la construc­tion d’une alter­na­tive et à une lutte contre l’ex­pan­sion du monde indus­triel. Ces luttes sont extra­or­di­nai­re­ment impor­tantes mais elles relèvent moins d’une dyna­mique plus vaste que de poches de résis­tance rela­ti­ve­ment iso­lées.


  1. https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2015–12-02/les-10-les-plus-riches-de-la-planete-generent-50-des
  2. http://www.nytimes.com/1990/09/30/business/all-about-corporate-jets-the-ultimate-status-symbol-still-sells.html?pagewanted=all
  3. https://www.sherpareport.com/aircraft/sales-business-jets-2016.html
  4. https://globenewswire.com/news-release/2017/11/08/1177838/0/en/Yachts-Charter-to-be-worth-US-14–987-bn-by-2025-globally-Transparency-Market-Research.html
  5. https://www.bcg.com/fr-fr/industries/consumer-products/luxury.aspx
  6. https://newint.org/blog/2015/11/19/the-military-and-greenhouse-gas-emissions
  7. https://partage-le.com/2017/07/letrange-logique-derriere-la-quete-denergies-renouvelables-par-nicolas-casaux/
  8. https://reporterre.net/Hulot-donne-son-feu-vert-a-une-nouvelle-autoroute-a-Rouen
  9. http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=983
  10. http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/apres-un-plateau-de-trois-ans-les-emissions-mondiales-de-co2-repartent-a-la-hausse_5214002_3244.html
  11. http://www.novethic.fr/empreinte-terre/climat/isr-rse/des-emissions-de-co2-en-hausse-jusqu-en-2040-selon-l-aie-145045.html
  12. Voir note 7, ou : https://partage-le.com/2015/10/le-probleme-des-energies-renouvelables-par-kim-hill/, ou ceci : https://partage-le.com/2017/09/7654/, ou encore : https://partage-le.com/2017/02/lecologie-du-spectacle-et-ses-illusions-vertes/
  13. Voir cette série de 5 articles sur le thème de « la bio pira­tée » écrits par Domi­nique Guillet de Koko­pel­li :1.http://kokopelli-semences.fr/quoi_de_neuf/bio_pirate, 2.https://blog.kokopelli-semences.fr/2014/12/la-bio-piratee-second-episode-limadanival-chez-hain-celestial/, 3.https://blog.kokopelli-semences.fr/2014/12/la-bio-piratee-troisieme-episode-lima-euronature-et-la-bio-orgasmique-de-philippe-woitrin‑2/, 4.https://blog.kokopelli-semences.fr/2015/12/sh-html/, et 5.https://blog.kokopelli-semences.fr/2015/12/la-bio-piratee-cinquieme-episode-royal-wessanen-et-delta-partners-son-actionnaire-principal-installe-dans-le-paradis-fiscal-de-dubai/,
  14. Petite illus­tra­tion dans cette vidéo (3 minutes) de Geoff Law­ton : https://www.youtube.com/watch?v=P8HgHh00Kqs
  15. Les illu­sions vertes : brû­ler des forêts (ou des mono­cul­tures d’arbres) pour l’électricité : https://partage-le.com/2016/11/les-illusions-vertes-bruler-des-forets-replanter-des-monocultures-darbres-pour-produire-notre-electricite/
  16. Com­ment les bar­rages détruisent le monde natu­rel : https://partage-le.com/2017/01/les-illusions-vertes-le-cas-des-barrages-non-le-costa-rica-nest-pas-un-paradis-ecologique/
  17. https://www.theguardian.com/world/2017/aug/29/turkeys-12000-year-old-hasankeyf-citadel-faces-obliteration
  18. https://www.equaltimes.org/la-turquie-poursuit-son-projet-de#.WhaVO0riaUk

Pour aller plus loin :

https://partage-le.com/2017/09/7654/

 

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Comments to: De l’impossibilité de l’éco-fuite et de l’inefficacité de la consom’action (par Nicolas Casaux)
  • 26 novembre 2017

    C’est une véri­table décla­ra­tion de guerre. Ou peut-être une inci­ta­tion au sui­cide…

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  • 28 novembre 2017

    Déso­béis­sance civiiiiiiiiiiiile !

    Reply
  • 4 décembre 2017

    Article inté­res­sant.

    Si la décrois­sance paraît en effet indis­pen­sable pour dimi­nuer la vitesse de des­truc­tion de l’é­co­sys­tème, j’ai eu néan­moins de la peine à ima­gi­ner le monde idéal de l’au­teur… Un monde sans élec­tri­ci­té, sans route, avec beau­coup moins d’ha­bi­tants j’i­ma­gine… Pour­riez vous nous éclai­rer sur ce point ?
    C’est très nihi­liste, et par­don mais sans beau­coup de pro­po­si­tion, autre que de tout péter (ce qui est déjà pas mal). Si l’op­po­si­tion peut être mobi­li­sa­trice, la pro­po­si­tion l’est d’a­van­tage…

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    • 4 décembre 2017

      A peu près. Vous pou­vez par­ler de monde idéal (sans routes, sans élec­tri­ci­té). Je pré­fère par­ler de seule socié­té humaine sou­te­nable. On revien­dra à ce monde qu’on le veuille ou pas. A condi­tion, bien sûr, que nous réchap­pions de la catas­trophe en cours.

      Reply
      • 4 décembre 2017

        J’adhère en par­tie, mais néan­moins j’ai une ques­tion de fond, si l’is­sue de cette triste épo­pée est iné­luc­table, alors à quoi bon se mobi­li­ser, entrer en résis­tance ? A quel fin (j’en reviens à votre socié­té humaine sou­te­nable : à quoi res­semble t’elle) ? Com­ment échap­per à la catas­trophe, sachant qu’une socié­té humaine sou­te­nable ne com­porte cer­tai­ne­ment pas 8 Mds d’ha­bi­tants ?

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        • 5 décembre 2017

          Plus il reste de vivant, de bio­topes sains, au moment de l’ef­fon­dre­ment, mieux ce sera. L’is­sue de la civi­li­sa­tion indus­trielle, c’est son effon­dre­ment. Certes, mais plus il reste de vie pour l’a­près plus l’a­près sera vivable. Ma socié­té humaine idéale res­semble, dans la forme, au pas­sé : elle n’est pas une, elles sont très nom­breuses, elles sont qua­si-auto­nomes, etc.

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  • 5 décembre 2017

    Encore un bon article !

    Il y a juste un truc qui me cha­grine un tout petit peu…
    Dans les choix de vie de ceux qui se retirent dans des iso­lats, il y a ceux qui refusent de par­ti­ci­per au désastre, ceux pour qui la décrois­sance n’est pas un vain mot et qui par­viennent à vivre au plus près des besoins humains de rela­tions saines avec le bio­tope comme avec leurs voi­sins. Si ce sont de meilleurs lieux où éle­ver des enfants, ce sont aus­si géné­ra­le­ment des échecs patents quant à l’au­tar­cie réelle, car les besoins com­plé­men­taires demeurent impor­tants : que ce soit un sac de ciment, une poutre ou des pan­neaux solaires, la cou­ver­ture de ces besoins par­ti­cipe à plein au sys­tème indus­triel.

    L’ac­ti­visme pour réel­le­ment influer sur l’en­semble que vous appe­lez de vos vœux me semble, après des décen­nies de vaines ten­ta­tives, des plus illu­soire, car cet ensemble se nour­rit de tout, comme il se nour­rit de tous.

    Néan­moins j’aime à vous lire !
    Mer­ci

    Reply
  • 11 décembre 2017

    Le constat est amer mais réa­liste
    Tou­te­fois, il ne convient pas de décou­ra­ger les choix éco-com­pa­tibles
    à tous les étages. S’ils ne s’a­vèrent pas suf­fi­sants pour sau­ver la situa­tion
    pla­né­taire, il n’en demeurent pas moins en adé­qua­tion avec un équi­libre
    psy­cho­lo­gique sou­te­nable.
    Dans la balance/carbone, je pré­fère peser le moins lourd pos­sible.
    Même si on ne peux pas entrer dans l’as­cèse la plus rigou­reuse, on peut
    quand même sor­tir de la consom­ma­tion aveugle des biens inutiles.
    Man­ger bio et local reste, entre autre, une pra­tique à élar­gir au plus grand nombre. Boy­cot­ter l’a­gro-indus­trie-chi­mique me semble être la pre­mière
    des choses à faire pour cha­cun. Si on n’est pas capable d’au moins ça
    il ne faut pas entrer dans le débat.

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