Dans la première partie de cette enquête, la neutra­lité carbone, la demande prin­ci­pale d’Ex­tinc­tion Rebel­lion, est expo­sée comme une campagne visant à sauver l’éco­no­mie capi­ta­liste et l’in­dus­trie des éner­gies fossiles.

Dans cette deuxième partie, nous nous penchons sur les autres exigences d’Ex­tinc­tion Rebel­lion : que les gouver­ne­ments disent la vérité et mettent en place une Assem­blée citoyenne. Nous nous penchons égale­ment sur leurs tactiques et les solu­tions propo­sées pour parve­nir à ces fins.

Exigence 1 : que les gouver­ne­ments disent la vérité à propos de la crise clima­tique.

DIRE LA VÉRITÉ – Le Gouver­ne­ment doit dire la vérité en décla­rant l’état d’ur­gence clima­tique et envi­ron­ne­men­tal, tout en travaillant avec d’autres insti­tu­tions pour commu­niquer sur l’ur­gence du chan­ge­ment.

Quelle est la vérité de la crise clima­tique ? Il existe telle­ment de théo­ries, de débats et d’in­té­rêts en ce qui concerne l’im­por­tance du chan­ge­ment clima­tique, ses causes et ses consé­quences, qu’il n’est possible pour personne de prétendre déte­nir la vérité. Exiger la vérité de la part d’un gouver­ne­ment à propos d’un problème aussi abstrait pour­rait mener à une campagne de propa­gande n’en présen­tant qu’une vision biai­sée, ainsi qu’à la mise au ban des débats et discus­sions qui ne corres­pondent pas à la vérité gouver­ne­men­tale.

Les gouver­ne­ments n’existent pas pour servir le peuple et dire la vérité. Ils existent pour servir ceux au pouvoir, et pour mentir. Si les élus repré­sen­taient véri­ta­ble­ment le peuple, les condi­tions nous ayant menés où nous en sommes n’au­raient jamais vu le jour, et il n’y aurait aucun besoin de présen­ter des exigences.

Extinc­tion Rebel­lion [XR] n’exige même pas des gouver­ne­ments qu’ils disent la vérité sur les causes du chan­ge­ment clima­tique et de l’ef­fon­dre­ment des écosys­tèmes : crois­sance écono­mique infi­nie, agri­cul­ture indus­trielle, impé­ria­lisme, guerres, extrac­ti­visme et utili­sa­tion de combus­tibles fossiles. Selon eux, la crise clima­tique est en quelque sorte un problème isolé du reste, pouvant être résolu par l’af­fir­ma­tion de véri­tés et le recours à de nouvelles tech­no­lo­gies permet­tant à la société techno-indus­trielle de perdu­rer.

Exiger des gouver­ne­ments de « dire la vérité en décla­rant l’état d’ur­gence clima­tique et envi­ron­ne­men­tal » n’a aucun sens. Le fait d’af­fir­mer qu’il y a urgence ne mène pas à une diffu­sion écla­tante et spon­ta­née de la vérité. D’ailleurs, c’est plus souvent l’in­verse qui se produit : l’état d’ur­gence permet aux gouver­ne­ments d’in­ten­si­fier leur répres­sion et leur réduc­tion au silence des ques­tions et véri­tés qui dérangent.

Cette demande d’XR a été modi­fiée en avril 2019, pour y inclure l’ur­gence clima­tique, après qu’elle ait été décla­rée, à peu près au même moment, au Royaume-Uni. Ceci suggère que leurs demandes peuvent être modi­fiées au gré des déci­sions gouver­ne­men­tales. Les buts pour­sui­vis ne sont pas clairs.

[Traduc­tion du texte de l’image : Le gouver­ne­ment doit dire la vérité à propos de l’ur­gence clima­tique, et plus large­ment de l’ur­gence écolo­gique, abro­ger ses poli­tiques nuisibles et travailler de concert avec les médias pour commu­niquer avec les citoyens] Une précé­dente version de leur première demande. La mention de chan­ge­ment poli­tique a depuis été suppri­mée, et ils ne font plus réfé­rence aux médias mais à « d’autres insti­tu­tions » (proba­ble­ment parce que cela semblait promou­voir, trop ouver­te­ment, une campagne de propa­gande indus­trialo-média­tique).

« Commu­niquer sur l’ur­gence de chan­ger » ne dit rien de ce qui doit chan­ger. Là encore, la demande est vague et peut faci­le­ment être utili­sée pour signi­fier tout et son contraire. S’il s’agit de mettre un terme à l’ex­trac­tion et l’uti­li­sa­tion d’éner­gies fossiles, à la défo­res­ta­tion, cela devrait être spéci­fié. Affir­mer qu’il est urgent d’at­teindre un objec­tif aussi impré­cis, cela semble inci­ter les gouver­ne­ments (et les lobbyistes d’en­tre­prises présents dans les médias et les autres insti­tu­tions) à fabriquer la crise de toute pièce, à créer un état de panique parmi la popu­la­tion, et à tirer avan­tage de ce chaos pour engran­ger toujours plus de profits. Une tactique bien connue, appe­lée « capi­ta­lisme du désastre » ou « stra­té­gie du choc ». Comme nous l’avons vu dans la Partie I, c’est préci­sé­ment ce qu’il s’est passé. Une ques­tion à ce sujet est posée, mais pas correc­te­ment formu­lée, sur la FAQ du site d’Ex­tinc­tion Rebel­lion (la FAQ a depuis été mise à jour, et cette ques­tion a été reti­rée. La version précé­dente est acces­sible ici). Certaines des ques­tions qui s’y trouvent – ainsi que les réponses pour le moins inquié­tantes qui sont données – sont pour le moins révé­la­trices de la nature véri­table de leur Rébel­lion.

Dans un contexte poli­tique où dire la vérité à propos d’un gouver­ne­ment ou de la crise écolo­gique peut vous mener en prison, ou vous valoir d’être torturé ou tué, exiger que les gouver­ne­ments disent la vérité est, au mieux, naïf.

Mon prin­ci­pal problème avec cette demande, c’est qu’elle s’adresse au gouver­ne­ment. Il s’agit sans doute de la dernière entité dont on devrait attendre la vérité. La vision du monde selon laquelle nous devons faire confiance au gouver­ne­ment plutôt qu’à notre expé­rience directe mène à l’im­puis­sance, à la déres­pon­sa­bi­li­sa­tion, à la dépen­dance totale envers l’au­to­rité. Étant donné ce que les gouver­ne­ments sont prêts à faire pour rester au pouvoir – répres­sion violente des mani­fes­ta­tions, guerres inutiles en guise de démons­tra­tions de force – il est évident que nous ferions mieux de trou­ver nos propres véri­tés au travers de recherches et de discus­sions, plutôt que de dépendre d’un gouver­ne­ment pour nous guider.

Il y a quelque chose d’or­wel­lien dans cette demande. Cela revient à exiger un Minis­tère de la Vérité, qui pour­rait donner à un gouver­ne­ment un tel pouvoir sur nos croyances sur nous-mêmes et sur le monde que l’on en arri­ve­rait peut-être à croire que Big Brother nous aime, que la neutra­lité carbone sauvera la planète, et que 2 et 2 font 5.

Éthique de la vertu

La FAQ d’Ex­tinc­tion Rebel­lion stipule : « Au final, nous faisons cela car il s’agit de la chose juste à faire, quels que soient les résul­tats. Ce qui signi­fie que même si nous espé­rons pouvoir sauver quelque chose de la vie sur Terre, nous essayons d’agir en fonc­tion de ce qui est juste (éthique de la vertu) plutôt que ce qui pour­rait fonc­tion­ner (éthique utili­ta­riste). »

Il n’y a donc pas d’objec­tif, et ils ne se demandent pas si leurs actions ont une chance d’être effi­caces. En bref, il s’agit d’une manière d’ex­pri­mer ses préoc­cu­pa­tions, sans chan­ger quoi que ce soit. Compa­rez la cita­tion ci-dessus avec celle-ci, que l’on doit à Strat­for, une entre­prise de consul­tance qui conseille gouver­ne­ments et entre­prises sur la meilleure façon de répri­mer les mouve­ments sociaux :

« La plupart des auto­ri­tés tolé­re­ront un certain niveau d’ac­ti­visme, en consi­dé­rant qu’il s’agit d’un moyen de faire retom­ber la pres­sion. Elles permettent ainsi aux protes­ta­taires de trou­ver un peu d’apai­se­ment, en les lais­sant croire qu’ils font une diffé­rence – aussi long­temps que les protes­ta­taires ne repré­sentent pas une menace. Mais à mesure que les mouve­ments de contes­ta­tion pren­dront de l’am­pleur, les auto­ri­tés agiront plus agres­si­ve­ment pour neutra­li­ser les orga­ni­sa­teurs. »

Les diri­geants d’Ex­tinc­tion Rebel­lion ont étudié les mouve­ments sociaux, et doivent donc être bien au courant de cette stra­té­gie. C’est comme si leur Rébel­lion avait inten­tion­nel­le­ment été créée pour être inef­fi­cace.

La déci­sion d’or­ga­ni­ser les plus grandes mani­fes­ta­tions possibles, dans l’in­ten­tion, suppo­sé­ment, de pertur­ber le quoti­dien des affaires, à Londres, le week-end de Pâques, c’est-à-dire à un moment où aucun membre du gouver­ne­ment ne travaille, a démon­tré leur capa­cité à créer du spec­tacle plutôt qu’à s’en­ga­ger dans des actions ciblées et déci­sives.

Dans cet extrait d’une inter­view de la fonda­trice du mouve­ment XR, Gail Brad­brook, diffu­sée sur Sky News durant les mani­fes­ta­tions du week-end de Pâques, celle-ci affirme :

« […] Les poli­ti­ciens, en coulisse, y compris le gouver­ne­ment actuel, nous disent qu’ils ont besoin d’un mouve­ment social comme le nôtre pour obte­nir la permis­sion sociale de faire le néces­saire. Ils n’ont pas, jusqu’ici, dit la vérité. Nous disons la vérité. Nous avons besoin que les gens se concentrent sur cette urgence, et nous avons besoin d’une action massive. »

Le présen­ta­teur de Sky News lui demande alors : « Que les choses soient claires, vous dites que les poli­ti­ciens du gouver­ne­ment vous disent : nous avons besoin que vous veniez à Londres [pour effec­tuer diverses actions symbo­liques] ? Il y a des ministres du gouver­ne­ment qui vous disent que c’est ce qu’ils veulent ? »

Ce à quoi Gail Brad­brook répond : « Je vais vous parler d’une anec­dote que j’ai enten­due aujourd’­hui qui l’illustre : j’ai rencon­tré deux personnes, aujourd’­hui, qui ont discuté avec des conseillers de Theresa May, qui leur ont dit qu’ils savent à quel point la situa­tion est mauvaise, et qu’ils ont besoin que nous aidions. Donc, en gros, nous faisons le boulot […]. »

Le gouver­ne­ment demande donc aux Rebelles de formu­ler des demandes à l’at­ten­tion du gouver­ne­ment. Le gouver­ne­ment mène ainsi une Rébel­lion contre lui-même. Une rébel­lion, ou une campagne de propa­gande ? Qui tire les ficelles ?

Leur absence de buts pour­rait être vertueuse, mais elle permet surtout au mouve­ment de servir les inté­rêts de ceux qui possèdent le plus de pouvoir.

Solu­tions promues

[Traduc­tion du texte de l’image : Pour plus d’in­for­ma­tions sur les solu­tions possibles : Demandes 1 et 2 : […] ]

Le site web de XR pointe vers diffé­rentes orga­ni­sa­tions censées nous en apprendre plus sur les solu­tions à la crise écolo­gique. Exami­nons-les.

[The Climate Mobi­li­za­tion – TCM, basée aux USA]: TCM défend « une réor­ga­ni­sa­tion en urgence de l’éco­no­mie indus­trielle moderne. Impliquant la majo­rité des citoyens, l’uti­li­sa­tion d’une grande partie des ressources dispo­nibles, et un impact sur toutes les sphères de la société. Rien de moins qu’une révo­lu­tion sociale et indus­trielle coor­don­née par les gouver­ne­ments. » Il s’agit d’un plan pour l’ex­pan­sion du système indus­triel et l’ac­crois­se­ment de l’uti­li­sa­tion des ressources natu­relles, exigeant du gouver­ne­ment qu’il subven­tionne des inté­rêts privés, et non pas d’un plan pour plani­fier la ferme­ture des entre­prises qui exter­minent le vivant. Il n’y a rien, ici, qui traite de la protec­tion de la nature, d’in­ver­ser les méca­nismes de crois­sance, de défendre les droits humains, de réduire la consom­ma­tion, ou de mettre un terme à la domi­na­tion des entre­prises. Tout ce que TCM défend est exac­te­ment le contraire de ce dont nous avons besoin.

Un tel plan est suscep­tible d’exi­ger de la popu­la­tion qu’elle travaille plus pour gagner moins, qu’elle paie plus d’im­pôts, que les services publics soient réduits et le contrôle gouver­ne­men­tal sur les citoyens renforcé. Le tout menant à une qualité de vie large­ment atro­phiée. Le niveau d’aus­té­rité inhé­rent « à l’uti­li­sa­tion de tech­niques poli­tiques simi­laires à celles qui ont eu cours durant la Seconde Guerre mondiale, afin de trans­for­mer l’éco­no­mie de manière urgente au travers d’une puis­sance gouver­ne­men­tale forte­ment augmen­tée dont le rôle serait de diri­ger et plani­fier les inves­tis­se­ments indus­triels, four­nir de l’em­ploi, distri­buer maté­riel et éner­gie et gérer la demande », lorsqu’une grande partie de la popu­la­tion souffre déjà d’un niveau de pauvreté extrême — de trau­mas, de mala­dies, de violence, de répres­sion, d’une bureau­cra­tie écra­sante — pour­rait mener à un effon­dre­ment complet de l’ordre social, à une guerre civile.

Si je dois vivre une révo­lu­tion, je préfé­re­rais qu’elle vise à renver­ser tout le système poli­tique et écono­mique de l’em­pire des USA, et pas qu’elle soit menée par son inhu­maine bureau­cra­tie. Je ne peux rien imagi­ner de pire. Nous parlons de ce même gouver­ne­ment qui vise une « full spec­trum domi­nance » [domi­na­tion totale]. Ce qui signi­fie un contrôle mili­taire total sur la planète – terre, mer, air et espace – au service des inté­rêts indus­triels, d’ici 2020.

Le rapport de TCM inti­tulé Leading the Public into Emer­gency Mode (« Faire passer le public en mode urgence ») déclare que : « La crise clima­tique est de loin la prin­ci­pale menace pour notre sécu­rité natio­nale, pour la santé publique et pour l’éco­no­mie mondiale. » Ainsi l’ar­mée états-unienne, une des forces les plus destruc­trices de la planète (qui brûle plus de 37 millions de litres de pétrole par jour, 1,7 million de dollars par minute), de même que l’éco­no­mie (le système qui conver­tit le monde vivant en marchan­dises mortes et jetables) sont mena­cées par la dévas­ta­tion qu’elles causent. Ce qui devrait, appa­rem­ment, nous inquié­ter. TCM se place du côté de l’ar­mée et de l’éco­no­mie, et présente l’ex­pan­sion mili­taire et écono­mique comme une solu­tion. Plutôt que d’ad­mettre et de nous inquié­ter du fait que la civi­li­sa­tion indus­trielle détruit la nature, nous sommes inci­tés à nous soucier du fait que les phéno­mènes natu­rels tels que les chan­ge­ments météo­ro­lo­giques menacent l’éco­no­mie. La nature devient l’en­nemi. Vive l’éco­lo­gie.

Cette rhéto­rique en appelle à la guer­re… mais contre qui ou quoi ? De toute évidence, pas contre les indus­tries qui anéan­tissent la planète. Les condi­tions atmo­sphé­riques chan­geantes ne repré­sentent pas non plus un ennemi tangible. Étant donné que l’ar­mée et le système écono­mique servent aux plus riches à domi­ner les plus pauvres et le monde natu­rel, les victimes des guerres impé­ria­listes, du système capi­ta­liste, ainsi que le monde vivant lui-même deviennent les enne­mis à abattre. L’ana­lyse présen­tée dans la vidéo inti­tu­lée « Selling Extinc­tion » (Vendre l’Ex­tinc­tion) » suggère que le déclen­che­ment de guerres dans le but de préser­ver la domi­na­tion écono­mique mondiale des USA est en effet le but du TCM.

« Nous appe­lons l’Amé­rique à guider le monde dans une action héroïque pour sauver le monde ! » Étant donné ce qu’il se produit lorsque les USA déclarent être des sauveurs héroïques, je préfé­re­rais que vous vous abste­niez.

On peut d’ailleurs obser­ver des simi­li­tudes entre la rhéto­rique de TCM et cette défi­ni­tion du fascisme : « Le fascisme est une philo­so­phie poli­tique, un mouve­ment ou un régime qui exalte la nation et souvent la race par-delà l’in­di­vidu, et qui défend un gouver­ne­ment auto­cra­tique centra­lisé mené par un dicta­teur, des régle­men­ta­tions sociales et écono­miques sévères ainsi que la suppres­sion par la force de toute oppo­si­tion. » (Merriam Webs­ter)

Extinc­tion Rebel­lion redi­rige une partie de l’argent qu’il reçoit en dons à l’at­ten­tion de TCM.

[Image : Oncle Sam, symbole des USA impé­ria­listes et va-t-en-guerre, mène un bataillon d’éo­liennes géantes dans la guerre pour la crois­sance écono­mique. Source : TCM, The Climate Mobi­li­za­tion.]

Selon « Beyond Zero Emis­sions » (Au-delà des Émis­sions Zéro), une autre orga­ni­sa­tion vers laquelle Extinc­tion Rebel­lion renvoie ceux qui veulent en savoir plus sur les solu­tions possibles, « tous les secteurs de l’éco­no­mie austra­lienne peuvent être décar­bo­nés, renfor­cés, et béné­fi­cier de la tran­si­tion vers la neutra­lité carbone ». Béné­fices écono­miques, encore. Aucun béné­fice pour l’en­vi­ron­ne­ment. Encore.

« Les indus­tries manu­fac­tu­rières peuvent rempla­cer les combus­tibles fossiles par de l’élec­tri­cité renou­ve­lable et élimi­ner jusqu’à 8 % des émis­sions austra­liennes », ce qui semble à peine valoir la peine étant donné que les émis­sions liées à la fabri­ca­tion des nouvelles infra­struc­tures requises pour la tran­si­tion sont sans doute plus élevées que la réduc­tion permise. Même s’il était possible d’éli­mi­ner entiè­re­ment les émis­sions de CO2 liées à ces proces­sus, la fabri­ca­tion du ciment, des plas­tiques, des produits chimiques et de toutes ces salo­pe­ries toxiques conti­nue inexo­ra­ble­ment de polluer, de consti­tuer une des prin­ci­pales causes de l’ex­ter­mi­na­tion du monde vivant.

« Une tran­si­tion vers 100 % de véhi­cules élec­triques élimi­ne­rait au moins 6 % des émis­sions de gaz à effet de serre de l’Aus­tra­lie ». Et si nous arrê­tions, tout simple­ment, de fabriquer des voitures ?!

Pourquoi une rébel­lion contre le gouver­ne­ment du Royaume-Uni, qui se dit concer­née par l’ex­ter­mi­na­tion du vivant, soutient-elle un think-tank lié à l’in­dus­trie manu­fac­tu­rière austra­lienne ? Comment peuvent-ils être connec­tés ? Il est évident que cette dernière ne va jamais soute­nir la seule solu­tion qui ait du sens : arrê­ter la produc­tion.

Green New Deal Group formule comme prin­cipe premier : « Une trans­for­ma­tion envi­ron­ne­men­tale massive de l’éco­no­mie pour empê­cher la triple crise finan­cière, clima­tique et d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en éner­gie. » Il s’agit ici, avant tout, de sauver l’éco­no­mie, et de four­nir plus d’éner­gie aux entre­prises. Pas de proté­ger le monde natu­rel. Rapid Tran­si­tion Alliance et One Million Climate Jobs font égale­ment la promo­tion de la crois­sance écono­mique, et se fichent pas mal de la destruc­tion du monde natu­rel.

Le Break­through Insti­tute propose des solu­tions encore plus trou­blantes. Il s’agit d’un « centre de recherche mondial qui iden­ti­fie et promeut des solu­tions tech­no­lo­giques aux défis de déve­lop­pe­ment humain et envi­ron­ne­men­tal ». Qui défend l’éner­gie nucléaire, la frac­tu­ra­tion (fracking) et l’aug­men­ta­tion des extrac­tions gazières (toutes consi­dé­rées comme des « éner­gies propres »), la modi­fi­ca­tion géné­tique, la nour­ri­ture culti­vée en labo­ra­toires, une augmen­ta­tion signi­fi­ca­tive de la consom­ma­tion d’éner­gie, l’ur­ba­ni­sa­tion et la crois­sance écono­mique. Qui fait la promo­tion des systèmes de produc­tion de nour­ri­ture indus­trielle à grande échelle et techno-dépen­dants, de l’aug­men­ta­tion de l’usage des pesti­cides et engrais de synthèse ainsi que de l’exode rural pour four­nir de la main d’œuvre aux indus­tries (où, j’ima­gine, ils seront mis à contri­bu­tion pour fabriquer les produits chimiques qui vont détruire les terres qui leur auront été volées). En bref : extir­per l’hu­main du monde natu­rel. Et accé­lé­rer le proces­sus de destruc­tion du vivant. Tout cela est clai­re­ment exposé sur leur site web.

Voilà le futur qu’Ex­tinc­tion Rebel­lion promeut. Voilà les solu­tions pour lesquelles des millions de personnes, à travers le monde, ont marché et marchent. Pas pour mettre un terme à l’usage des éner­gies fossiles. Pas pour proté­ger la nature sauvage. Pas pour soigner et régé­né­rer les terres. Pas pour endi­guer les chan­ge­ments clima­tiques et l’ex­ter­mi­na­tion du vivant. Mais plutôt pour sauver le système qui, préci­sé­ment, ravage la terre, la mer, l’air, et nous tue à hauteur de 200 espèces par jour.

Il se peut que vous ayez besoin d’un instant pour digé­rer tout cela. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ressens le besoin de sortir et de crier.

Aucune de ces soi-disant solu­tions ne mentionne les causes de l’ex­ter­mi­na­tion du vivant et des chan­ge­ments clima­tiques, ni le moindre plan pour s’at­taquer à ces problèmes. Les prin­ci­paux facteurs de cette exter­mi­na­tion sont la guerre, la défo­res­ta­tion, l’usage de pesti­cides, les produits chimiques toxiques, les plas­tiques, les extrac­tions minières, la construc­tion de routes, les engrais de synthèse, l’agri­cul­ture indus­trielle, la pêche indus­trielle, les barrages et l’ex­pan­sion urbaine, et tout ce qui détruit les habi­tats natu­rels des espèces. Dans leur plan pour parve­nir à une écono­mie décar­bo­née et pour une crois­sance verte, ces proces­sus ne font pas que conti­nuer sans ambages. Ils s’in­ten­si­fient. On ne trouve aucune mention de la souve­rai­neté indi­gène, de droits de la Nature, de santé humaine ou envi­ron­ne­men­tale, de rési­lience, d’au­to­no­mie, de démo­cra­tie, de commu­nauté. Ces concepts n’ont pas leur place dans la Nouvelle Écono­mie Clima­tique.

Ces suppo­sées « solu­tions » sont complè­te­ment décon­nec­tées de la réalité du monde dans lequel nous vivons. Aucune d’entre elles ne se penche sur les nombreux problèmes liés aux dérè­gle­ments clima­tiques qu’elles prétendent résoudre (pas une seule). Des millions de réfu­giés fuient des zones de conflits. Les fermes-usines et les tests sur animaux réduisent en escla­vage des êtres vivants. La propa­gande, la surveillance et la censure instil­lent la peur et détruisent nos commu­nau­tés, notre auto­no­mie et notre capa­cité à penser. L’ad­dic­tion, la violence, l’en­det­te­ment, le sans-abrisme et les mala­dies chro­niques touchent de plus en plus de personnes. Et de manière dispro­por­tion­née les femmes, les personnes de couleur et les plus pauvres. On dénombre 45 millions d’êtres humains esclaves, au sens histo­rique de l’es­cla­vage. La plupart des autres sont des serfs modernes — plus ou moins volon­taires. Les accords de libre-échange donnent plus de pouvoir aux entre­prises qu’aux pays. Six hommes sont aussi riches que la moitié de la popu­la­tion mondiale. Les peuples indi­gènes conti­nuent d’être massa­crés et contraints de quit­ter leurs terres. Beau­coup, au sein de la société occi­den­tale, sont à ce point trau­ma­ti­sés par cette culture qu’ils vivent dans un état d’an­xiété et de dépres­sion tel qu’ils sont à peine capables de survivre au jour le jour.

Dans ces plans vers lesquels Extinc­tion Rebel­lion renvoie, tout cela, nous toutes et tous, la tota­lité de la vie sur cette planète ne repré­sen­tons rien d’autre que du carbone, rien de plus qu’une oppor­tu­nité de busi­ness, une ressource à vendre et à conver­tir en argent.

Troi­sième demande : « Au-delà de la poli­tique ». Le gouver­ne­ment doit créer et être guidé par les déci­sions d’une Assem­blée citoyenne pour la justice clima­tique et écolo­gique.

Une assem­blée citoyenne. Une manière de contour­ner le proces­sus démo­cra­tique afin que la neutra­lité carbone soit implé­men­tée sans déli­bé­ra­tion par nos repré­sen­tants élus. Extinc­tion Rebel­lion affirme que nous ne pouvons pas faire confiance au proces­sus démo­cra­tique parce qu’il est corrompu par l’in­fluence du secteur indus­triel. Pour­tant, ils ne souhaitent pas détruire ce secteur indus­triel, mais plutôt le conser­ver, et permettre à la corrup­tion de conti­nuer.

Une assem­blée citoyenne n’est pas moins corrup­tible que le système actuel. Les citoyens qui la compo­se­ront ne seront pas doués d’une objec­ti­vité parfaite, ouverte à toutes les possi­bi­li­tés. Ils ne dispo­se­ront pas de pouvoirs magiques en mesure de résoudre les problèmes du monde. Ils auront été aussi expo­sés à la propa­gande et au marke­ting que tous les autres. Et, de toute évidence, on ne leur lais­sera pas la possi­bi­lité de débattre de poten­tia­li­tés ne cadrant pas avec le plan des grandes puis­sances finan­cières et indus­trielles. Plan qui est d’ores et déjà en train de se déployer.

Les experts qui conseille­ront les citoyens seront très proba­ble­ment les mêmes que ceux qui conseillent déjà les gouver­ne­ments en ce qui concerne l’illu­soire tran­si­tion qu’ils nous font actuel­le­ment miroi­ter. Des ingé­nieurs, experts des indus­tries éner­gé­tiques, écono­mistes, repré­sen­tants de la finance et de l’in­dus­trie pétro­lière. Pas de défen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment, de défen­seurs du monde paysan, d’ac­ti­vistes indi­gènes ou d’in­di­vi­dus dont les vies sont mena­cées par les nouvelles indus­tries « vertes ». Et certai­ne­ment pas de personnes s’ex­pri­mant au nom d’autres espèces et d’in­di­vi­dus non humains, ou de futures géné­ra­tions. La tran­si­tion vers la neutra­lité carbone a pour objec­tif l’ex­pan­sion de l’éco­no­mie et des indus­tries éner­gé­tiques. Pas de se pencher sur l’ef­fon­dre­ment des écosys­tèmes. Cette assem­blée ne sera pas conseillée par des experts en régé­né­ra­tion des sols, en écolo­gie humaine, en pratiques indi­gènes, en perma­cul­ture, en déco­lo­ni­sa­tion, en décrois­sance, en entraide, en systèmes poli­tiques alter­na­tifs, en auto­no­mie ou en démo­cra­tie directe.

La tran­si­tion plani­fiée du Royaume-Uni vers une écono­mie décar­bo­née a déjà été expo­sée dans la première partie de cette enquête. Vous pouvez lire l’en­tiè­reté des 277 pages de ce plan ici. Il n’est nulle part stipulé que ce plan pour­rait être verte­ment aban­donné afin que les déci­sions concer­nant son objec­tif puissent être prises par des indi­vi­dus tirés au sort. Le Comité des Affaires, de l’Éner­gie et de la Stra­té­gie Indus­trielle (Busi­ness, Energy and Indus­trial Stra­tegy Commit­tee, ou BEIS Commit­tee) a affirmé que ce plan « devrait consti­tuer le socle de discus­sion de l’As­sem­blée citoyenne », ce qui suggère clai­re­ment un cadre fixé à l’avance. Et, oui, l’As­sem­blée citoyenne est diri­gée par le Comité des Affaires, de l’Éner­gie et de la Stra­té­gie Indus­trielle (BEIS). Logique, puisqu’il est unique­ment ques­tion de busi­ness, d’éner­gie et d’in­dus­trie. Pas de climat, ni d’ex­ter­mi­na­tion des espèces.

« Le Comité BEIS a récem­ment orga­nisé des séances de témoi­gnages (le 8 mai et le 18 juin 2019) avec des témoins tels que Extinc­tion Rebel­lion, le WWF, le Commit­tee on Climate Change et d’autres parties prenantes dans l’objec­tif de la neutra­lité carbone, et dans les actions néces­saires pour y parve­nir. Ces séances font partie du travail du Comité sur la Stra­té­gie de Crois­sance Propre (« Clean Growth Stra­tegy »), et complètent ses enquêtes sur la façon de finan­cer les infra­struc­tures éner­gé­tiques et sur l’ef­fi­ca­cité éner­gé­tique. Le Comité a égale­ment mené des enquêtes sur la capture, l’usage et le stockage du carbone ainsi que sur les véhi­cules élec­triques. »

J’es­père que vous commen­cez à saisir l’objet de cette « rébel­lion » : il s’agit de crois­sance écono­mique, de finance, de nouvelles infra­struc­tures, d’ef­fi­ca­cité, de capture du carbone, et de voitures. Les repré­sen­tants d’Ex­tinc­tion Rebel­lion sont plus qu’heu­reux d’être consul­tés et inclus dans ces plans. « Rebel for life », mon cul.

Les seules préoc­cu­pa­tions expri­mées par les diri­geants de XR à propos de cette propo­si­tion concernent le fait qu’elle n’est pas léga­le­ment contrai­gnante, et qu’elle ne laisse pas les citoyens défi­nir la chro­no­lo­gie de cette tran­si­tion. Ils n’ont formulé aucune objec­tion en ce qui concerne le contenu du plan.

Il est remarquable que le site web de XR décrive en long et en large le proces­sus de tirage au sort pour cette assem­blée ainsi que leur vision sur la manière de la mener, mais ne dise abso­lu­ment rien de ce que signi­fie la neutra­lité carbone, ou la manière dont cet objec­tif pour­rait être atteint. On en apprend beau­coup plus de ce qui n’est pas dit que de ce qui est dit.

Un mouve­ment de masse de cette ampleur dispose peut-être de la capa­cité de renver­ser le système exis­tant et de créer des socié­tés véri­ta­ble­ment équi­tables, soute­nables et centrées sur le respect de l’en­vi­ron­ne­ment et du vivant. Mais ce n’est pas ce qu’il fait. À la place, il offre davan­tage de pouvoir aux gouver­ne­ments et aux indus­triels, en échange d’un simu­lacre de parti­ci­pa­tion citoyenne à un proces­sus dont les grandes lignes sont, dans l’en­semble, déjà déter­mi­nées.

Cette Assem­blée citoyenne servira fina­le­ment à garan­tir le consen­te­ment du grand public aux déci­sions prises. À garan­tir leur accep­ta­bi­lité, étant donné que les citoyens choi­sis sont censés nous repré­sen­ter. La résis­tance est ainsi neutra­li­sée.

S’en remettre à l’au­to­rité du gouver­ne­ment ne parti­cipe pas à la redis­tri­bu­tion du pouvoir au niveau des commu­nau­tés humaines, au contraire. Les rebelles pour­raient, s’ils le choi­sis­saient, orga­ni­ser leurs propres assem­blées citoyennes, ou de nombreuses assem­blées régio­nales, loin de l’in­fluence du gouver­ne­ment, et ainsi consti­tuer leurs propres plans. Cela permet­trait de reprendre le pouvoir aux gouver­ne­ments et aux indus­triels, et de le remettre dans les mains de la popu­la­tion. Cepen­dant, XR a rédigé une décla­ra­tion décou­ra­geant acti­ve­ment toute assem­blée régio­nale, et inci­tant plutôt à se concen­trer sur l’as­sem­blée natio­nale.

Les rebelles pour­raient s’en­ga­ger dans la veine du muni­ci­pa­lisme et de la « poli­tique préfi­gu­ra­tive », travailler à la séces­sion en vue de l’in­dé­pen­dance régio­nale, construire des struc­tures locales favo­ri­sant la démo­cra­tie directe, l’en­traide, les acti­vi­tés vivrières, dans l’op­tique de supplan­ter les struc­tures du capi­ta­lisme mondia­lisé. La rébel­lion pour­rait rejoindre « Symbio­sis » : « une confé­dé­ra­tion d’or­ga­ni­sa­tions de commu­nau­tés à travers l’Amé­rique du Nord, construi­sant de toutes pièces une société démo­cra­tique et écolo­gique. »

Mais XR cherche à pous­ser ceux au pouvoir à agir plutôt qu’à renver­ser le système. Un mouve­ment dont le but est de garan­tir la péren­nité de la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle ne pourra jamais s’at­taquer à la racine du problème de la destruc­tion des écosys­tèmes, étant donné que cette racine, c’est préci­sé­ment la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle. Leur soi-disant tran­si­tion, qui permet au « busi­ness as usual » de conti­nuer sous la bannière de la « décar­bo­na­tion », n’est pas autre chose que du green­wa­shing.

« Ce pays, avec ses insti­tu­tions, appar­tient à la popu­la­tion qui y habite. Si un jour elle se lasse du gouver­ne­ment exis­tant, elle peut exer­cer son droit consti­tu­tion­nel de le modi­fier ou son droit révo­lu­tion­naire de le desti­tuer ou de le renver­ser. »

— Abra­ham Lincoln

« Nous avons besoin d’une révo­lu­tion tous les 200 ans, parce que tous les gouver­ne­ments deviennent viciés et corrom­pus après 200 ans. »

— Benja­min Frank­lin

Puissent les Rebelles saisir l’im­por­tance de ces deux cita­tions de person­nages qu’on n’ac­cu­sera pas d’être de dange­reux djiha­distes verts.

Kim Hill


La partie III explo­rera l’his­toire de la mani­pu­la­tion du mouve­ment Climat par les indus­triels, et la fina­lité de toute cette gesti­cu­la­tion clima­tique : la 4e Révo­lu­tion Indus­trielle.

Traduc­tion : William Blake, Olivier Lennerts

Édition : Nico­las Casaux

Correc­tion : Lola Bear­zatto

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Comments to: À propos d’Ex­tinc­tion Rebel­lion – Partie II : solu­tions et tactiques promues (par Kim Hill)
  • 18 octobre 2019

    Excellent.Militants naïfs voire fanatisés, utopistes biberonnés à l’idéologie dominante incapable d’appréhender le monde dans sa globalité, de “l’écologie” de salon au service du système.

    Reply
  • 4 novembre 2019

    Bonjour

    les revendications mentionnées sur le site XR France différent quelque peu de celles que vous dénoncez.
    https://extinctionrebellion.fr/revendications/

    le point 1 dénonce la croissance
    le point 2 prône l’abandon des énergies fossiles
    le point 3 dénonce le développement de nos sociétés modernes
    le point 4 dénonce la cécité des gouvernements, appelle à une mobilisation civile et solidaire d’une ampleur et d’une visée comparables à celles déployées en temps de guerre

    Reply
  • 23 janvier 2020
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