Glenn Albrecht, un écocharlatan parmi d’autres (par Nicolas Casaux)

GLENN ALBRECHT, UN ÉCOCHARLATAN PARMI D’AUTRES

Le Monde, Usbek et Rica, Libe­ra­tion, France Culture, Le Nou­vel Obs, Fran­cein­fo, Europe 1, L’Express, Les Inrocks, Repor­terre, Thin­ker­view, etc., Glenn Albrecht, ancien­ne­ment « pro­fes­seur de déve­lop­pe­ment durable » à l’u­ni­ver­si­té de Mur­doch en Aus­tra­lie occi­den­tale, est déci­dé­ment à la mode ces der­niers temps. Même le gou­rou de la col­lap­so­so­phie, Pablo Ser­vigne, signe, dans L’OBS, un article de pro­mo­tion de la publi­ca­tion chez Les Liens qui Libèrent d’une tra­duc­tion fran­çaise du livre de Glenn Albrecht.

Cer­tains d’entre vous ont ain­si enten­du par­ler de son plus célèbre néo­lo­gisme : la « solas­tal­gie », ou « éco-anxié­té », une « forme de souf­france et détresse psy­chique ou exis­ten­tielle cau­sée par exemple par les chan­ge­ments envi­ron­ne­men­taux actuels et atten­dus, en par­ti­cu­lier concer­nant le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et la bio­di­ver­si­té ». Selon Albrecht, la « solas­tal­gie » désigne : « Le mal du pays que l’on res­sent même lorsqu’on est encore dans le pays ». Mer­veilleux néo­lo­gisme qui nous per­met à tous de nous sen­tir un peu mieux et de mieux com­battre la des­truc­tion du monde.

D’après France Culture, Glenn Albrecht « prône le retour aux émo­tions par l’invention de mots nou­veaux ». « Prô­nant une entrée dans le « sym­bio­cène », « une ère carac­té­ri­sée par des émo­tions posi­tives envers la terre. » (p.10), le phi­lo­sophe exhorte une géné­ra­tion qui en éma­ne­ra com­plè­te­ment, la « Géné­ra­tion Sym­bio­cène », à main­te­nir les liens vitaux et à en créer de nou­veaux. » Le Monde le qua­li­fie de « for­geur de néologismes ».

En toute logique, lorsque tous les médias de masse chantent les louanges d’un « pen­seur », on peut s’attendre à une belle escro­que­rie. Avec Albrecht, autant dire qu’on n’est pas déçus. Ce génial néo­logue pro­fes­sion­nel n’a jamais vrai­ment renié la dis­ci­pline qu’il ensei­gnait à l’université. Il pro­meut tou­jours, aujourd’hui, l’idée de « déve­lop­pe­ment durable ». Seule­ment, il l’agrémente désor­mais de tout un tas de notions far­fe­lues, ten­tant de com­pen­ser voire de dis­si­mu­ler la misère de sa pen­sée der­rière une fré­né­sie conceptualisatrice.

Chez Albrecht, aucune remise en ques­tion de l’État, du « déve­lop­pe­ment », du tech­no­cen­trisme, des fon­de­ments du capi­ta­lisme, de la tra­jec­toire idéologique/culturelle fon­da­men­tale de la socié­té tech­no-indus­trielle, aucune exa­men cri­tique des pré­ten­tions « vertes » asso­ciées aux tou­jours plus nom­breuses « tech­no­lo­gies vertes », dont les tech­no­lo­gies de pro­duc­tion d’énergie dite « verte » ou « renou­ve­lable », aucune réflexion sur le lien entre le degré de com­plexi­té tech­no­lo­gique d’une socié­té et son régime poli­tique, son mode de gou­ver­nance. À l’instar des éco-bara­ti­neurs régu­liè­re­ment pro­mus dans les médias de masse, il se contente de pro­mou­voir une civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle éco­du­rable, verte et bio, renou­ve­lable et propre, décar­bo­née et sym­bio­tique. Son usage répé­té du terme « sym­bio­tique » rap­pelle d’ailleurs « l’économie sym­bio­tique » d’une Isa­belle Delan­noy, elle aus­si auto­ri­sée et pro­mue dans les mass médias — et pour cause ! : « l’économie sym­bio­tique » d’Isabelle Delan­noy ou le « sym­bio­cène » auquel en appelle Albrecht, c’est du pareil au même.

Dans le mer­veilleux Sym­bio­cène, l’entreprise (l’entité qui domine actuel­le­ment le monde), aura dis­pa­rue, rem­pla­cée par… des « entre­prises sum­bio­ré­gio­nales ». Stu­pé­fiante ima­gi­na­tion ! L’avion aura dis­pa­ru, rem­pla­cé par… « l’avion élec­trique », qui « existe déjà ». En effet, en ali­men­tant les avions « avec des éner­gies renou­ve­lables, nous vole­rons “gra­tui­te­ment” ». Le bio­plas­tique bio­dé­gra­dable aura rem­pla­cé le plas­tique. Les « embal­lages en cel­lu­lose » de nos den­rées ali­men­taires se man­ge­ront. En revanche, inter­net res­te­ra inter­net — à la dif­fé­rence près que ce réseau infra­struc­tu­rel pla­né­taire sera alors ren­du durable, bio, sou­te­nable, vert et propre, et même décar­bo­née, et qu’il ne sera plus domi­né par de grandes mul­ti­na­tio­nales mais « retrou­ve­ra sa rai­son d’être ori­gi­nelle : per­mettre une com­mu­ni­ca­tion gra­tuite et ins­tan­ta­née entre dif­fé­rents groupes d’intérêts com­muns ». Fini les villes, nous vivrons dans des « sum­bio­po­lis », et ça n’aura rien à voir, puisque celles-ci seront consti­tuées de « gratte-ciels, de forêts et d’usines, et entou­rées de champs agri­coles ». La civi­li­sa­tion éco-tech­no-bio-indus­trielle du « sym­bio­cène » sera évi­dem­ment ali­men­tée — uni­que­ment — par des éner­gies renou­ve­lables, vertes et propres, car « l’énergie que nous tirons de ces sources d’énergies renou­ve­lables est gra­tuite ! » En outre, les « cel­lules bio­pho­to­vol­taïques sont déjà une réa­li­té ». « Nos ampoules brille­ront comme des lucioles ». En bref, Albrecht nous affirme que tout va chan­ger pour que rien ne change. Je pour­rais conti­nuer long­temps à vous citer les éco­fa­daises qu’il enfile (nous serons des « sum­bio­vores », etc.). Aucun intérêt.

Selon toute pro­ba­bi­li­té, tout cela n’arrivera jamais. En outre, l’enfer vert, non mer­ci. L’Albrecht est pro­mu dans les médias de masse pour les mêmes rai­sons que Dion, Delan­noy et tant d’autres le sont : parce que son boni­ment est à la fois tota­le­ment inof­fen­sif, et ras­su­rant (il est pos­sible de verdir/rendre durable/soutenable le mode de vie tech­no­lo­gique et le type d’organisation sociale aux­quels nous sommes habi­tués, accros, pour lequel nous sommes condi­tion­nés, que nous pre­nons pour une sorte de condi­tion sine qua non de la vie humaine sur Terre : sans inter­net, sans élec­tri­ci­té, à quoi bon vivre ? Est-ce vrai­ment vivre ? Ne serait-ce pas retour­ner à l’époque des cavernes, de la bou­gie, des peaux de bêtes, des sau­vages, de l’enfance de l’humanité, du froid, de la faim, de la mort à 10 ans à cause d’un paléo­co­ro­na­vi­rus ?). Un mar­chand d’illusions vertes par­mi d’autres, donc, au car­re­four du new-age et de l’escrologie.

Nico­las Casaux

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  1. Bon­jour,
    Glenn est pas­sé récem­ment sur Thin­ker­view (comme Cyrille Dion, Bihouix etc.), ce serait inté­res­sant de vous voir aus­si par­ler là bas pour expo­ser votre point de vue. Qu’en pen­sez vous ?

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