Contre le technomonde végan et décarboné (par Philippe Oberlé)

Avant toute chose, pour évi­ter de contra­rier la ges­ta­po verte into­lé­rante à toute cri­tique de Sainte Gre­ta et de sa parole divine « neutre en car­bone », j’insiste sur le fait que je ne rsuis nul­le­ment cli­ma­tos­cep­tique et que cet article n’a abso­lu­ment pas l’objectif de nier l’existence du chan­ge­ment cli­ma­tique, qui d’ailleurs n’est pas d’origine « anthro­pique », ni « humaine »ré, encore moins cau­sé par les « acti­vi­tés humaines » en géné­ral. Il a pour ori­gine la pre­mière révo­lu­tion indus­trielle qui s’est révé­lée être une catas­trophe pour les ter­riens humains et non-humains. Le dis­cours englo­bant et culpa­bi­li­sant, qui fait por­ter le far­deau à « l’humanité » tout entière, est une insulte à l’intelligence humaine. Il affiche éga­le­ment un violent mépris pour les peuples autoch­tones pro­té­geant 80 % de la bio­di­ver­si­té res­tante[1] ain­si que pour l’ensemble des com­mu­nau­tés rurales des pays du Sud qui n’y sont pour rien dans l’hécatombe éco­lo­gique mondiale.

Ce n’est pas « l’humanité » qui est res­pon­sable, comme on peut le lire un peu par­tout, mais une seule et unique forme d’organisation sociale, une seule et unique culture humaine, un seul et unique mode de vie par­mi les mil­liers d’autres qui ont exis­té – et existent encore – en ce monde. Cette culture mépri­sant la vie, qui octroie plus de valeur au télé­phone ou à l’ordinateur qu’à la vie d’un enfant congo­lais ou gha­néen ; cette culture dont l’éthique place la bagnole et l’autoroute avant le cerf élaphe et sa forêt, c’est la civi­li­sa­tion indus­trielle née en Europe, pro­duit du bien mal nom­mé siècle des Lumières. Cette civi­li­sa­tion euro­péenne s’est répan­due comme une lèpre à l’ensemble du globe, colo­ni­sant des pay­sages vivants – prai­ries, forêts, maré­cages, man­groves, mon­tagnes, plaines allu­viales, rivières – d’une beau­té qui dépas­sait autre­fois l’entendement, y exter­mi­nant par la même occa­sion leurs habi­tants humains et non-humains. Pour enlai­dir et asser­vir le monde libre, la civi­li­sa­tion dis­sé­mine par­tout les ver­rues de son pro­grès – mines d’extraction, puits de pétrole et de gaz, oléo­ducs et gazo­ducs, méga­lo­poles et centres com­mer­ciaux, zones urbaines et péri­ur­baines, écrans et pan­neaux publi­ci­taires, zones indus­trielles et entre­pôts, mono­cul­tures et éle­vages indus­triels, auto­mo­biles et auto­routes, routes et par­kings, bar­rages et canaux, via­ducs et tun­nels, remon­tées méca­niques et télé­phé­riques, cen­trales éner­gé­tiques et lignes à haute ten­sion, trans­for­ma­teurs et câbles sous-marins, décharges à ciel ouvert et sites d’enfouissement de déchets toxiques/nucléaires, usines d’incinération et décharges sau­vages, plan­ta­tions indus­trielles et scie­ries, sta­tions d’épuration et centres de sto­ckage, etc.

Cette folie doit cesser.

Quelques-uns des thèmes abor­dés dans ce long texte :

  • Décryp­tage du dis­cours de Gre­ta Thun­berg et de la mise en scène dans la vidéo par­ta­gée sur son compte Twit­ter le 22 mai 2021, une vidéo spon­so­ri­sée par l’ONG Mer­cy For Animal ;
  • Pour­quoi végé­ta­risme et/ou végé­ta­lisme ne chan­ge­ront rien à la dévas­ta­tion des forêts ;
  • L’uniformisation des pra­tiques ali­men­taires à l’échelle glo­bale est une aubaine pour l’industrie agroalimentaire ;
  • Der­rière la cam­pagne pour la nature se cache un mou­ve­ment d’accaparement des terres gigan­tesque, prin­ci­pa­le­ment dans les pays du Sud ;
  • Stop­per l’élevage ne va pas auto­ma­ti­que­ment « libé­rer » de l’espace pour la vie sau­vage, cette inter­pré­ta­tion pro­vient d’une mécon­nais­sance de la méca­nique capitaliste ;
  • Domes­ti­quer la nature sau­vage au nom du bien-être animal ;
  • Le pas­to­ra­lisme est essen­tiel à la bio­di­ver­si­té et à la sur­vie de cen­taines de mil­lions de per­sonnes sur Terre, prin­ci­pa­le­ment en Afrique ;
  • Les petits pro­duc­teurs nour­rissent le monde avec moins d’un quart de l’ensemble des terres agricoles.

« Un business plan pour le monde »

 

« En réa­li­té, [le chan­ge­ment cli­ma­tique] est la plus extra­or­di­naire oppor­tu­ni­té de tous les temps pour sti­mu­ler la crois­sance éco­no­mique et faire croître le nombre d’opportunités. C’est une occa­sion fan­tas­tique qui se pré­sente juste devant nous. La réponse au chan­ge­ment cli­ma­tique ne sup­prime pas seule­ment les sérieux dom­mages envi­ron­ne­men­taux pro­vo­qués durant les cent der­nières années en rai­son de la façon dont nous uti­li­sons l’énergie : cette réponse per­met de démo­cra­ti­ser l’énergie. Parce que, ce que nous avons fait depuis un siècle, fran­che­ment, c’est d’en limi­ter l’accès. Regar­dez qui a et qui n’a pas accès à l’énergie. Nous ne pou­vons pas nous per­mettre de lais­ser un mil­liard de per­sonnes sans accès à l’énergie, car elles res­tent en dehors du mar­ché ! En plus des consé­quences morales à cela. Donc nous devons démo­cra­ti­ser l’énergie. Nous devons sup­pri­mer les impacts néga­tifs et assu­rer la conti­nui­té et la crois­sance du busi­ness, c’est le trio gagnant. Cela nous per­met­trait de réa­li­ser ce que nous vou­lons vrai­ment en tant qu’être humain : réali­gner har­mo­nieu­se­ment notre bous­sole morale avec notre bous­sole pour le busi­ness et l’économie. Que pour­rait-il y a voir de repous­sant dans cette immense oppor­tu­ni­té ?! Donc, mes amis, col­lec­ti­ve­ment, nous rédi­geons un busi­ness plan pour le monde. C’est ce que nous fai­sons ensemble. Hier, 310 000 per­sonnes [mar­chaient pour le cli­mat dans les rues], la socié­té civile est au ren­dez-vous. Le sec­teur pri­vé est ici [dans la salle], les gou­ver­ne­ments seront avec nous demain pour col­lec­ti­ve­ment écrire un busi­ness plan pour le monde[2]. »

– Chris­tia­na Figueres, ancienne secré­taire exé­cu­tive de la Conven­tion-cadre des Nations Unies (ONU) sur le chan­ge­ment cli­ma­tique (en poste de 2010 à 2016) et membre de la B Team du mil­liar­daire Richard Bran­son[3], extrait d’un dis­cours pro­non­cé à New York en sep­tembre 2014 lors de la Cli­mate Week NYC.

Dans une vidéo publiée sur You­tube par la chaîne de l’ONG Mer­cy For Ani­mals avec le hash­tag For­Na­ture[4], l’influenceuse Gre­ta Thun­berg, confor­ta­ble­ment ins­tal­lée sur son cana­pé IKEA aux côtés de son chien qu’elle caresse ten­dre­ment, sou­haite par­ler de « quelque chose » à son public. Par­ta­gée par Gre­ta Thun­berg sur Twit­ter le 22 mai 2021, jour­née mon­diale de la bio­di­ver­si­té, la vidéo a été vue plus de 835 000 fois et tota­lise 8 400 ret­weets[5]. Sur la page Face­book de la jeune Sué­doise, la vidéo tota­lise 37 000 men­tions « j’aime » et 18 000 par­tages. En grat­tant la sur­face, on a vite fait de s’apercevoir que cette cam­pagne « pour la nature » ciblant la jeu­nesse n’émane pas du peuple mais des sphères du pou­voir. Objec­tif : déclen­cher un mou­ve­ment popu­laire du même type que le Mou­ve­ment Cli­mat des der­nières années et obte­nir le sup­port de la plèbe pour les déci­sions qui seront prises à huis clos et sans aucun débat démo­cra­tique lors de la pro­chaine COP 15 sur la bio­di­ver­si­té, une confé­rence qui se tien­dra en Chine à Kum­ming en octobre 2021[6].

Quelques indices attestent de la puis­sance de frappe inves­tie dans cette cam­pagne : le compte Twit­ter de la Conven­tion sur la bio­di­ver­si­té uti­lise le hash­tag For­Na­ture[7] ; les Nations Unies ont spé­cia­le­ment créé un site satel­lite (fornature.undp.org) pour inci­ter les jeunes à se mobi­li­ser afin de sup­plier leurs maîtres d’agir pour la pla­nète ; les Nations Unies invitent la jeu­nesse à signer un mani­feste pour la nature[8] ; l’International Cli­mate Ini­tia­tive, éma­na­tion du minis­tère fédé­ral alle­mand de l’Environnement, de la Pro­tec­tion de la nature et de la Sécu­ri­té nucléaire, a relayé éga­le­ment cette cam­pagne avec le même hash­tag[9] ; la Bio­di­ver­si­ty Finance Ini­tia­tive, éma­na­tion des Nations Unies visant à mieux « valo­ri­ser » finan­ciè­re­ment la nature, a publié sur le sujet[10] ; la vidéo de Gre­ta a été par­ta­gée par la page Face­book du pro­gramme des Nations Unies pour l’environnement (UN Envi­ron­ment Pro­gramme[11]) ; Nico­las Hulot, escro­lo­giste en chef du Mou­ve­ment Cli­mat en France, avec sa fon­da­tion finan­cée par des entre­prises d’État (RTE et SNCF[12]), le groupe Renault, l’industrie agroa­li­men­taire (Léa Nature et la fon­da­tion de Daniel Caras­so, fon­da­teur de Danone), la fon­da­tion de l’aristocrate Prince Albert II de Mona­co, sans oublier Domor­row (famille Rous­set, le père Bru­no « pèse » 750 mil­lions d’euros d’après Chal­lenges[13]), appa­raît dans une vidéo pos­tée par la chaîne You­tube de l’UN Envi­ron­ment Pro­gramme avec le hash­tag For­Na­ture[14] ; le média Green Mat­ters (Plus d’un mil­lion de fans sur Face­book) a relayé la vidéo de Mer­cy For Ani­mal et de Gre­ta[15] ; sur l’application Tik­Tok, les conte­nus pos­tés avec le hash­tag For­Na­ture, notam­ment à l’occasion de la jour­née mon­diale de l’environnement, comp­ta­bi­lisent plus de 24 mil­lions de vues, prin­ci­pa­le­ment en Inde d’après les conte­nus les plus popu­laires pré­sents en haut de page[16] (faut-il y voir une stra­té­gie déli­bé­rée sachant que le pays compte 20 à 40 % de végé­ta­riens sur plus d’un mil­liard d’habitants[17] ?) ; sur Ins­ta­gram, on compte plus de 82 000 publi­ca­tions dans le fil For­Na­ture[18] ; d’après Face­book, au moins 46 000 per­sonnes publient à ce sujet[19] ; le compte Twit­ter New Deal for Nature and People, sui­vi par 33 000 per­sonnes, publie éga­le­ment en uti­li­sant le hash­tag For­Na­ture (ce « New Deal » pour la nature, c’est la déno­mi­na­tion en termes mar­ke­ting de l’accord qui sera signé à la COP 15 Bio­di­ver­si­té, un accord vive­ment atta­qué par qua­si­ment toutes les asso­cia­tions locales et ONG inter­na­tio­nales de défense des peuples autoch­tones dont Sur­vi­val Inter­na­tio­nal[20]).

Il est néces­saire de rap­pe­ler quelques autres faits pour mieux com­prendre la puis­sance finan­cière der­rière cette cam­pagne pour le busi­ness gros­siè­re­ment maquillée en cam­pagne pour la nature. Inger Ander­sen, ancienne direc­trice de l’Union Inter­na­tio­nale pour la Conser­va­tion de la Nature (UICN), aujourd’hui direc­trice exé­cu­tive du pro­gramme des Nations Unies pour l’environnement, a annon­cé sur son compte Twit­ter qu’elle par­ti­ci­pe­rait le 8 juin 2021 à une dis­cus­sion inti­tu­lée Inves­ting in Nature – Buil­ding a glo­bal bio­di­ver­si­ty fra­me­work and clo­sing the finance gap (« Inves­tir dans la nature – Construire un cadre mon­dial pour la bio­di­ver­si­té et com­bler le défi­cit de finan­ce­ment ») orga­ni­sée par le Finan­cial Times. Dans un tweet mar­qué avec le hash­tag For­Na­ture, elle pré­sente la chose ain­si : « Heu­reuse de joindre cette dis­cus­sion FTLive qui détaille­ra com­ment le ver­dis­se­ment des plans de relance suite au COVID19 vont béné­fi­cier aux gens et à la pla­nète. » Le compte du Finan­cial Times Live a quant à lui insis­té dans son tweet sur « com­ment inves­tis­seurs et finan­ciers peuvent jouer un rôle clé en réa­li­sant une tran­si­tion vers une éco­no­mie res­pec­tueuse de la nature[21]. » Le Natio­nal Geo­gra­phic, qui pro­duit et héberge des conte­nus pour Bayer-Mon­san­to (par exemple ce mini-site Ques­tions for a bet­ter life[22]), et la Wyss Cam­pai­gn For Nature, sont tous les deux par­te­naires de l’événement.

La Wyss Cam­pai­gn for Nature « est un inves­tis­se­ment de 1 mil­liard de dol­lars pour aider les com­mu­nau­tés, les peuples indi­gènes, et les nations à conser­ver 30 % de la pla­nète dans son état natu­rel d’ici 2030[23]. » Ici, pré­ci­sons que Hanswörg Wyss est un mil­liar­daire phi­lan­thrope hel­vé­ti­co-états-unien, fon­da­teur de la Wyss Foun­da­tion, qui a récem­ment fait un don de 65 mil­lions de dol­lars à l’ONG Afri­can Parks[24]. Fon­dée selon le Monde Diplo­ma­tique par un mil­liar­daire néer­lan­dais en 1999, héri­tier d’une « richis­sime famille d’industriels » qui « com­mer­çait avec le régime d’apartheid » en Afrique du Sud, cette puis­sante ONG a obte­nu la délé­ga­tion de ges­tion d’une quin­zaine de parcs natio­naux en Afrique. Au pro­gramme : construc­tion de clô­tures élec­tri­fiées pour limi­ter la cir­cu­la­tion des popu­la­tions locales et des ani­maux sau­vages, trans­lo­ca­tion de dizaines d’animaux d’Afrique du Sud vers les parcs en conces­sion pour aug­men­ter la valeur du « capi­tal natu­rel », ges­tion sur un « modèle mili­taire », per­sé­cu­tions à répé­ti­tion des com­mu­nau­tés locales, et autres joyeu­se­tés. En 2018, dans le parc de la Pend­ja­ri au Bénin, les ran­gers employés par Afri­can Parks ont abat­tu 350 têtes de bétail sans concer­ta­tion avec les ber­gers Peuls, un peuple autoch­tone de pas­teurs nomades de la région sahé­lienne[25]. Notons qu’African Parks compte par­mi ses « par­te­naires stra­té­giques » la Com­mis­sion Euro­péenne, The Natio­nal Geo­gra­phic Socie­ty, la fon­da­tion de la richis­sime famille Wal­ton (fon­da­trice du géant Wal­mart), le WWF, les banques de déve­lop­pe­ment alle­mande (GIZ) et états-unienne (USAID), ain­si que la fon­da­tion de l’ultrariche Howard Buf­fett, fils de War­ren, qui finance par ailleurs des pro­jets plus que dis­cu­tables en Répu­blique Démo­cra­tique du Congo[26]. Pour ter­mi­ner là-des­sus, le Finan­cial Times, dans sa rubrique How To Spend It, fait la réclame pour Afri­can Parks afin d’attirer les tou­ristes for­tu­nés en manque d’aventure sau­vage (Tchad[27], Rwan­da[28], etc.).

Sans sur­prise, le WWF marque aus­si ses publi­ca­tions avec le hash­tag For­Na­ture, comme par exemple cette vidéo du Forum Éco­no­mique Mon­dial par­ta­gée sur Face­book par le pan­da éco-capi­ta­liste[29]. Elle explique le plus sérieu­se­ment du monde que la syl­vi­cul­ture indus­trielle est éco­lo­gi­que­ment soutenable :

« Cette forêt écos­saise est à la fois un ter­rain de jeu, une usine et un foyer pour la faune sau­vage. Elle pro­duit du bois durable de façon à ce que les arbres, les ani­maux sau­vages et les gens res­tent en bonne san­té. Cela nous per­met de lais­ser en place les forêts anciennes et natu­relles qui absorbent du car­bone de l’atmosphère. »

Une femme de la com­mis­sion des forêts écos­saises fait ensuite un dis­cours de VRP sur un ton qui se veut ration­nel et pragmatique :

« En réa­li­té, nous avons besoin du bois si nous vou­lons réduire le plas­tique dans l’environnement. Si nous vou­lons construire des mai­sons, nous avons besoin d’utiliser du bois. C’est une res­source par­fai­te­ment durable. Le bois sent bon, c’est beau, il isole bien et sti­mule l’imagination des gens. »

Quand les forêts auront lais­sé place au désert, on ira la cher­cher où l’ins­pi­ra­tion ? Une telle argu­men­ta­tion ne laisse place à aucune autre alter­na­tive, il faut exploi­ter indus­triel­le­ment les forêts pour régler le pro­blème du plas­tique. Pas le choix. Du green­wa­shing pur et dur, d’autant que la pro­duc­tion de plas­tique va aug­men­ter de 40 % d’ici 2030[30].

Dans la suite de la vidéo, on apprend que :

« Les reve­nus de l’industrie du bois créent des emplois et financent les soins por­tés à la plan­ta­tion et aux ani­maux sau­vages. Le bois des forêts écos­saises est uti­li­sé pour fabri­quer des mai­sons, des palis­sades, du papier et du bio­car­bu­rant. Le bois est une alter­na­tive bas car­bone en com­pa­rai­son du béton et du métal. »

D’un cynisme sans limite, ces gens uti­lisent main­te­nant le chan­tage à l’emploi pour jus­ti­fier la des­truc­tion de la forêt. Sur les images, on aper­çoit d’énormes engins fores­tiers mani­pu­ler des arbres de plu­sieurs dizaines de mètres de hau­teur comme de vul­gaires mika­do, leur arra­chant toutes leurs branches avec une rapi­di­té effrayante. Les mêmes machines sont uti­li­sées pour « opti­mi­ser l’exploitation » des forêts, his­toire de faire de belles coupes rases en un temps record. Éco­no­mistes et ingé­nieurs ont appe­lé ça « l’efficacité ». L’objectif de la vidéo est clair : faire ava­ler au grand public que l’exploitation indus­trielle et à très grande échelle du bois peut être sou­te­nable éco­lo­gi­que­ment. Rien n’est plus éloi­gné de la vérité.

Cou­tu­miers du green­wa­shing à grande échelle, WWF et Forum Éco­no­mique Mon­dial omettent de citer l’un des débou­chés majeurs du bois en Europe et en Amé­rique du Nord. En 2020, un article du média Mon­ga­bay révé­lait que près de 60 % de la pro­duc­tion d’énergie dite « renou­ve­lable » dans l’Union Euro­péenne ne pro­vient pas des éoliennes ni des pan­neaux solaires, mais de la com­bus­tion de bio­masse dont la plus grosse par­tie est consti­tuée de gra­nu­lés de bois[31]. En rai­son de la direc­tive des Nations Unies éta­blie lors du pro­to­cole de Kyo­to en 1997 consi­dé­rant l’énergie issue de la bio­masse fores­tière comme « neutre en car­bone », les grands groupes éner­gé­tiques ont obte­nu des sub­ven­tions pour déve­lop­per des cen­trales à bio­masse et conver­tir les cen­trales à char­bon en cen­trale bio­masse. Pour­tant, ce pro­cé­dé pré­ten­du­ment « propre » émet plus de CO2 que l’usage du char­bon. À cause de cette poli­tique, l’exploitation fores­tière indus­trielle explose en Europe. Une étude publiée en juillet 2020 dans la revue Nature a révé­lé une aug­men­ta­tion de 49 % de la super­fi­cie fores­tière exploi­tée et une hausse de 69 % de la perte en bio­masse pour la période 2016–2018 par rap­port à 2011–2015, avec des pertes impor­tantes dans la pénin­sule ibé­rique, dans les pays baltes et nor­diques. Les cou­pables : « L’augmentation du taux de récolte fores­tière est le résul­tat de l’expansion récente des mar­chés du bois, comme le sug­gèrent les indi­ca­teurs éco­no­mé­triques sur la fores­te­rie, la bio­éner­gie à base de bois et le com­merce inter­na­tio­nal[32].

Pire encore, l’entreprise bri­tan­nique Drax sub­ven­tion­née annuel­le­ment à hau­teur de plus d’un mil­liard de dol­lars est en pleine crois­sance. Pre­mier consom­ma­teur au monde de gra­nu­lés de bois pour la pro­duc­tion d’énergie, Drax indi­quait dans un com­mu­ni­qué en mars qu’elle allait enta­mer les démarches pour ins­tal­ler la pre­mière usine de cap­ture du car­bone basée sur la tech­no­lo­gie BECCS (Bioe­ner­gy with Car­bon Cap­ture and Sto­rage). Les tra­vaux devraient com­men­cer en 2024. Aupa­ra­vant, en 2019, elle avait annon­cé avoir réus­si à cap­ter son CO2 pour la pre­mière fois. Suite à cela, elle a éta­bli un par­te­na­riat avec Mit­su­bi­shi Hea­vy Indus­tries pour indus­tria­li­ser le pro­cé­dé. Enfin, Drax envi­sage d’acquérir le pro­duc­teur cana­dien de gra­nu­lés de bois Pin­nacle Rene­wable Ener­gy afin de sécu­ri­ser son appro­vi­sion­ne­ment en bio­masse.[33]

Anéan­tir les forêts pour cap­tu­rer et sto­cker du CO2, il fal­lait y penser.

L’immonde cen­trale de Drax au Royaume-Uni. D’après Wiki­pé­dia, c’était la plus grande cen­trale au char­bon d’Europe avant d’être recon­ver­tie en cen­trale ther­mique à bois grâce à l’argent des contribuables.
Entre les men­songes du Forum Éco­no­mique Mon­dial et la réa­li­té, il y a un gouffre. Les coupes rases se mul­ti­plient dans les forêts cana­diennes (ici dans le com­té de Hali­fax). Même chose en France où l’exploitation indus­trielle s’accélère.

Greta Thunberg défend le consumérisme végan

 

« “Votez avec votre argent” est deve­nu le slo­gan de l’environnementalisme domi­nant. À par­tir des années 1950, les êtres humains furent davan­tage qua­li­fiés de consom­ma­teurs que de citoyens. En per­sua­dant les gens que leur prin­ci­pal moyen d’action sociale et poli­tique se fait à tra­vers la consom­ma­tion, alors leurs choix de résis­tance se réduisent à ache­ter ou ne pas ache­ter. En réa­li­té, les humains dis­posent d’un éven­tail bien plus vaste de tactiques. »

– Julia Barnes, réa­li­sa­trice du docu­men­taire Bright Green Lies, 2021.

Docu­men­taire dis­po­nible sur Vimeo.

Main­te­nant que le décor est plan­té, reve­nons à Gre­ta Thun­berg et à ce « quelque chose » dont elle veut parler.

« Notre rela­tion avec la nature est bri­sée. Mais les rela­tions peuvent chan­ger. Les crises cli­ma­tiques, éco­lo­giques et sani­taires sont liées les unes aux autres. Mais nous ne voyons plus ces liens, notre vision est limi­tée. Alors, qu’allons-nous faire ? »

Après cette rapide intro­duc­tion depuis son cana­pé, Gre­ta se pré­sente, puis on l’aperçoit en exté­rieur, dans ce qui semble être un enclos. En arrière-plan, trois chèvres gam­badent joyeu­se­ment en direc­tion de la jeune sué­doise, comme pour saluer et remer­cier leur bien­fai­trice. On devine aisé­ment une per­sonne appâ­tant les ani­maux der­rière la camé­ra, même Gre­ta se laisse décon­cen­trée un ins­tant et détourne le regard de la camé­ra à la 27ème seconde. Tout ou presque dans cette vidéo a bien enten­du été scru­pu­leu­se­ment scé­na­ri­sé en amont.

Gre­ta poursuit :

« Parce que, avouons-le, si nous ne chan­geons pas, nous sommes baisés. »

Tout au long de la vidéo, Gre­ta emploie­ra le « nous » pour qua­li­fier toute « l’humanité ».

La cita­tion célèbre d’Antonio Guterres, secré­taire géné­ral des Nations Unies, est éga­le­ment mentionnée :

« Pen­dant trop long­temps, nous avons mené une guerre insen­sée et sui­ci­daire contre la nature. »

Pour­quoi « NOUS » ?!

VOUS – les Nations Unies, le Forum Éco­no­mique Mon­dial, la Banque Mon­diale, le FMI, l’Union Euro­péenne, les États, les think tanks et autres groupes de lob­bying pro-indus­trie, toute la mafia bureau­cra­tique locale, natio­nale et glo­bale, sans oublier les ultra­riches, les grandes firmes, leurs PDG et action­naires –, VOUS menez une guerre contre la nature au nom du « pro­grès » de l’humanité ! VOUS avez fait usage de la force par le pas­sé, VOUS l’usez encore, et VOUS l’userez tou­jours pour impo­ser cette culture mor­ti­fère et son mode de vie débi­li­tant presque par­tout sur Terre. VOUS êtes les uniques res­pon­sables du désastre socio-éco­lo­gique pla­né­taire. Ajou­tons en prime qu’Amina J. Moham­med, vice-pré­si­dente géné­rale de l’ONU, a été accu­sée en 2017 par l’ONG Envi­ron­men­tal Inves­ti­ga­tion Agen­cy d’avoir col­la­bo­ré acti­ve­ment à l’une des plus grandes opé­ra­tions de blan­chi­ment de bois cou­pé illé­ga­le­ment de l’histoire lorsqu’elle était ministre de l’environnement du Nigé­ria[34]. La mafia chi­noise du bois de rose aurait ver­sé plus d’un mil­lion de dol­lars de pots-de-vin à des hauts res­pon­sables et offi­ciels du gou­ver­ne­ment nigé­rian pour auto­ri­ser l’entrée en Chine de plus de 10 000 contai­ners de bois dit « kos­so » d’une valeur totale esti­mée à au moins 300 mil­lions de dol­lars. L’affaire a semble-t-il rapi­de­ment été étouf­fée. Aujourd’hui, cette dame est tou­jours en poste et pré­side, tenez-vous bien, le « Groupe des Nations Unies pour le déve­lop­pe­ment durable[35] ».

Cette tech­nique dis­cur­sive façonne l’inconscient col­lec­tif de la masse et sug­gère insi­dieu­se­ment que « nous » serions tous dans le même bateau, avec une res­pon­sa­bi­li­té par­ta­gée équi­ta­ble­ment entre tous les humains. Si les effets de telles pra­tiques paraissent indis­cer­nables au pre­mier abord, ils n’en sont pas moins dévas­ta­teurs. Les innom­brables cultures rurales tra­di­tion­nelles et les peuples autoch­tones de par le monde sont ren­dus invi­sibles par ce dis­cours essen­tia­liste. Les inéga­li­tés béantes inhé­rentes au capi­ta­lisme et, dans une plus grande mesure, à toute civi­li­sa­tion[36], dis­pa­raissent elles-aus­si. Insul­tant la plu­part des habi­tants du Sud glo­bal qui ne portent aucune res­pon­sa­bi­li­té dans ce meurtre pré­mé­di­té de la pla­nète, ces pro­pos sont symp­to­ma­tiques de la vio­lence quo­ti­dienne de la culture domi­nante. Voi­là com­ment, grâce à la mani­pu­la­tion des méca­nismes psy­cho­lo­giques du cer­veau humain (ou mar­ke­ting), à la puis­sance tech­no­lo­gique offerte par Inter­net et les réseaux sociaux, l’on fabrique de toutes pièces une iden­ti­té et une culture uniques pour l’humanité tout entière. L’emploi du nous a un effet ras­sem­bleur sur le bétail humain, chose essen­tielle pour gui­der le trou­peau et « enga­ger » les pros­pects dans la voie du pro­grès, pour réem­ployer un angli­cisme à la mode chez les tech­no-ahu­ris de la star­tup nation. Nous serions tous res­pon­sables du désastre glo­bal mais, fort heu­reu­se­ment, nous pou­vons faire des choix dif­fé­rents. Nous pou­vons chan­ger notre façon de consom­mer ! Diantre, mais pour­quoi n’y avons-nous pas pen­sé plus tôt !? Outre le peu de consi­dé­ra­tion pour la vie humaine réduite à l’achat – ou non – d’une mar­chan­dise ou d’une expé­rience sur un mar­ché, ce dis­cours laisse croire aux gens qu’ils ont le choix, donc qu’ils sont libres. Et dans le même temps, il limite dras­ti­que­ment leurs moyens d’action en fixant le cadre, en limi­tant l’individu à son sta­tut de consom­ma­teur. C’est une insulte à la digni­té humaine. Êtes-vous un consom­ma­teur décé­ré­bré, un por­te­feuille sur pattes, un dis­tri­bu­teur de billets ambu­lant ? Ou êtes-vous un être humain ?

Comme sou­vent dans les pres­ta­tions théâ­trales de Gre­ta Thun­berg, la peur est lar­ge­ment ins­tru­men­ta­li­sée. Dans cette vidéo, on dis­cerne une insis­tance par­ti­cu­lière sur les mala­dies infec­tieuses pour capi­ta­li­ser sur la para­noïa géné­rale. La stra­té­gie du choc théo­ri­sée par l’économiste ultra­li­bé­ral Mil­ton Fried­man est appli­quée avec assi­dui­té par le monde des affaires[37]. Rap­pe­lons ici que Klaus Schwab, fon­da­teur et pré­sident du Forum Éco­no­mique Mon­dial, a décla­ré que la pan­dé­mie repré­sen­tait une « fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour repen­ser, réin­ven­ter et réini­tia­li­ser notre monde[38]. »

Covid-19, Zika, Ebo­la, fièvre du Nil occi­den­tal, SRAS, MERS, Sida, Gre­ta Thun­berg ratisse large dans l’éventail des agents patho­gènes. S’il est vrai que la plu­part des nou­velles mala­dies infec­tieuses pro­viennent d’animaux sau­vages, les asso­cier toutes à l’élevage dans une vidéo pro­mou­vant l’abandon de la viande s’avère fal­la­cieux, pour ne pas dire mal­hon­nête. Dans le cas du Covid-19, cer­tains scien­ti­fiques pré­tendent que rien ne per­met d’écarter défi­ni­ti­ve­ment la thèse d’une fuite de labo­ra­toire, comme l’écrivait déjà fin 2020 le jour­nal du CNRS[39]. En mars 2021, un repor­tage de l’émission Envoyé Spé­cial en rajou­tait une couche[40]. Et d’après un article daté du 27 mai 2021 paru dans le jour­nal bri­tan­nique The Guar­dian, Face­book a récem­ment sus­pen­du sa poli­tique de modé­ra­tion qui consis­tait à ban­nir les uti­li­sa­teurs sou­te­nant que le virus était le pro­duit du génie humain, intro­dui­sant cette déci­sion de la manière suivante :

« À la lumière des enquêtes en cours sur l’o­ri­gine du Covid-19 et en consul­ta­tion avec des experts en san­té publique, nous ne sup­pri­me­rons plus de nos appli­ca­tions l’al­lé­ga­tion selon laquelle le Covid-19 a été fabri­qué par l’homme[41] ».

Face­book pré­ten­dait donc défendre la véri­té sans connaître la véri­té. Le tech­no-fas­cisme, nous y sommes déjà.

Gre­ta cite éga­le­ment le VIH dans la vidéo. Sauf que le virus n’a stric­te­ment rien à voir avec l’élevage. Wiki­pé­dia détaille son origine :

« L’o­ri­gine du virus de l’im­mu­no­dé­fi­cience humaine (VIH) est simienne. Il existe une diver­si­té de VIH qui ont été trans­mis à l’homme par dif­fé­rents types de singe. Depuis le début de la pan­dé­mie, 99% des infec­tions au VIH sont une infec­tion au VIH‑1 de type M. Le type M a été trans­mis à l’homme par un chim­pan­zé du sud du Came­roun (Pan tro­glo­dytes tro­glo­dytes), pro­ba­ble­ment entre 1915 et 1941. Cela a pu se pro­duire à la suite d’une mor­sure par un chim­pan­zé infec­té, ou par une écor­chure à l’oc­ca­sion du dépe­çage. Le “patient zéro” du VIH‑1 type M à par­tir duquel la pan­dé­mie de VIH s’est déclen­chée est un Came­rou­nais ou un colon. Ce patient zéro a dis­sé­mi­né le virus dans un autre pays, le Congo belge, actuelle Répu­blique démo­cra­tique du Congo. Dans les années 1940 à 1960, la capi­tale du Congo belge, Léo­pold­ville (l’ac­tuelle Kin­sha­sa) a été l’épicentre de la pan­dé­mie de VIH.

Clas­si­que­ment, l’o­ri­gine de la pan­dé­mie de VIH est expli­quée par le déve­lop­pe­ment de l’ur­ba­ni­sa­tion, la pau­pé­ri­sa­tion, la pros­ti­tu­tion, les dépla­ce­ments de popu­la­tions, les chan­ge­ments de com­por­te­ment sexuel et l’ap­pa­ri­tion des drogues injec­tables. D’a­près Jacques Pépin, selon toute vrai­sem­blance, le VIH s’est sur­tout pro­pa­gé dans des dis­pen­saires ou centres de san­té. En Afrique, une seringue passe d’un malade à l’autre, tout en conser­vant par­fois des petites quan­ti­tés de sang conta­gieux, les­quelles quan­ti­tés sont suf­fi­santes pour trans­mettre le virus. Le VIH a pu être trans­mis à des patients de tout âge, à la suite d’in­jec­tions intra­vei­neuses lut­tant contre la syphi­lis, le pian, la mala­die du som­meil, la lèpre, la tuber­cu­lose ou encore le palu­disme[42]. »

L’émergence et la pro­pa­ga­tion du VIH ont pour ori­gine les pul­sions expan­sion­nistes de la civi­li­sa­tion indus­trielle euro­péenne. Il s’en est sui­vi la colo­ni­sa­tion de l’Afrique par les Euro­péens, la fameuse « mis­sion civi­li­sa­trice » défen­due avec verve par tous les puis­sants de l’époque, y com­pris des intel­lec­tuels de gauche dont Vic­tor Hugo[43].

Le pro­grès tue.

Concer­nant Ébo­la, selon l’OMS, l’origine du virus reste incon­nue et n’a vrai­sem­bla­ble­ment aucun lien avec l’élevage :

« Elle est appa­rue pour la pre­mière fois en 1976, lors de deux flam­bées simul­ta­nées, l’une à Yam­bu­ku, un vil­lage près de la rivière Ebo­la en Répu­blique démo­cra­tique du Congo, et l’autre dans une zone iso­lée du Soudan.

On ignore l’origine du virus mais les don­nées dis­po­nibles actuel­le­ment semblent dési­gner cer­taines chauves-sou­ris fru­gi­vores (Pté­ro­po­di­dés) comme des hôtes possibles.

L’être humain s’infecte par contact soit avec des ani­maux infec­tés [ou viande de brousse, Ndr] (en géné­ral en les dépe­çant, en les cui­sant ou en les man­geant), soit avec des liquides bio­lo­giques de per­sonnes infec­tées. La plu­part des cas sur­viennent à la suite de la trans­mis­sion inter­hu­maine qui se pro­duit lorsque du sang, des liquides bio­lo­giques ou des sécré­tions (selles, urine, salive, sperme) de sujets infec­tés pénètrent dans l’organisme d’une per­sonne saine par l’intermédiaire d’une lésion cuta­née ou des muqueuses[44]. »

D’après des tra­vaux de recherche cités dans un article du média Mon­ga­bay, il y aurait un lien entre le déve­lop­pe­ment durable de la mono­cul­ture indus­trielle d’huile de palme et l’émergence d’Ébola en Afrique de l’ouest[45]. La Soc­fin, socié­té luxem­bour­geoise déte­nue à près de 39 % par le groupe Bol­lo­ré, est un acteur majeur de la culture indus­trielle de pal­miers à huile et d’hévéas, acca­pa­rant des terres aux com­mu­nau­tés locales en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est[46]. La famille du Belge Hubert Fab­bri est l’autre action­naire majo­ri­taire de la Soc­fin qui exploite, sous forme de conces­sions, près de 130 000 hec­tares au Libe­ria, 73 000 hec­tares au Came­roun, ou encore 48 000 hec­tares en Indo­né­sie. Vous serez heu­reux d’apprendre que la Soc­fin a ver­sé près de 30 mil­lions d’euros à ses pour­ri­tures d’actionnaires en 2018[47].

Au sujet du virus Nipah, qui n’est pas cité par Gre­ta dans la vidéo, l’article de Mon­ga­bay pré­cise que « les cher­cheurs ont aus­si remar­qué qu’au Ban­gla­desh, les chauves-sou­ris fru­gi­vores trans­mettent le virus Nipah aux humains en uri­nant sur les fruits des pal­miers à huile[48] ».

Encore une fois, rien à voir avec l’élevage.

Si Gre­ta Thun­berg se garde bien de tom­ber dans le piège qui serait d’associer expli­ci­te­ment l’élevage à Ébo­la ou au VIH, citer l’ensemble de ces patho­gènes dans une vidéo ponc­tuée d’images d’immenses éle­vages indus­triels, d’abattoirs indus­triels, de défo­res­ta­tion mas­sive, de mono­cul­tures indus­trielles et d’incendies de forêts, sème assu­ré­ment la confu­sion dans l’esprit du public. Après avoir pré­pa­ré le spec­ta­teur en le bom­bar­dant de menaces poten­tiel­le­ment létales, d’images mon­trant la souf­france et le chaos struc­tu­rels à cette civi­li­sa­tion, il ne peut que se sen­tir impuis­sant face à la magni­tude de la catas­trophe, face à l’ampleur de la tâche. Son esprit est sub­mer­gé par les émo­tions. Objec­tif atteint, il suf­fit alors de sor­tir la « solu­tion » du cha­peau – le régime végé­ta­lien –, et le tour est joué. Gre­ta ne par­ti­cipe peut-être pas à la dif­fu­sion de fake news, mais elle contri­bue bel et bien à l’abrutissement des masses et, en défi­ni­tive, à ren­for­cer l’idiocratie déjà bien en place.

Plus loin, Gre­ta Thun­berg poursuit :

« À cause de la façon dont nous culti­vons et dont nous trai­tons la nature, en défo­res­tant et en détrui­sant les habi­tats, nous créons les condi­tions par­faites pour que les mala­dies se trans­mettent d’un ani­mal à un autre et à nous. »

Il s’agit d’une méca­nique com­mune à toute civi­li­sa­tion, appa­rue avec la civi­li­sa­tion il y a envi­ron 10 000 ans, une seule culture humaine (par­mi des mil­liers d’autres) carac­té­ri­sée par la pro­li­fé­ra­tion et la crois­sance de centres urbains, ain­si que par la mono­cul­ture inten­sive de céréales. Rien à voir donc avec une sorte de loi qui s’appliquerait à l’humanité entière, l’espèce humaine étant âgée elle d’au moins 300 000 ans.

Dans un article du Time, Kyle Har­per, pro­fes­seur d’histoire à l’Université de l’Oklahoma, évoque l’origine de la rougeole :

« […] l’histoire cachée des mala­dies humaines est gra­duel­le­ment mise au jour par des preuves géné­tiques. L’arbre généa­lo­gique du virus de la rou­geole, par exemple, est élo­quent : il révèle que la rou­geole actuelle est issue d’une mala­die des ron­geurs qui s’est pro­pa­gée au bétail, puis à l’homme. Des méthodes mathé­ma­tiques sophis­ti­quées per­mettent d’estimer l’échelle de temps de ces rela­tions évo­lu­tives. Dans le cas de la rou­geole, une nou­velle étude (à laquelle j’ai contri­bué) sug­gère que la rou­geole a diver­gé de la peste bovine, un virus bovin aujourd’hui dis­pa­ru qui est son plus proche parent, à la fin du pre­mier mil­lé­naire avant Jésus-Christ. Cette esti­ma­tion cor­res­pond presque exac­te­ment au moment de l’histoire de l’humanité où les plus grandes villes ont dépas­sé “l’effectif cri­tique de popu­la­tion” néces­saire à la pro­li­fé­ra­tion du virus de la rougeole.

Ce que cette concor­dance sug­gère — de manière assez trou­blante — c’est que l’un des virus res­pi­ra­toires les plus dan­ge­reux et les plus dis­tinc­te­ment humains est appa­ru avec l’essor de la civi­li­sa­tion elle-même[49]. »

Dans son excellent ouvrage Homo Domes­ti­cus, l’anthropologue James C. Scott détaille les liens entre le pro­grès de la civi­li­sa­tion et l’émergence à répé­ti­tion de nou­veaux pathogènes :

« On ne sur­es­ti­me­ra jamais assez l’importance de la séden­ta­ri­té et de la concen­tra­tion démo­gra­phique qu’elle a entraî­née. Cela signi­fie que presque toutes les mala­dies infec­tieuses dues à des micro-orga­nismes spé­ci­fi­que­ment adap­tés à Homo sapiens ne sont appa­rues qu’au cours des der­niers dix mil­lé­naires et nombre d’entre elles depuis seule­ment cinq mille ans. Elles consti­tuent donc un “effet civi­li­sa­tion­nel”, au sens fort du terme. Ces mala­dies his­to­ri­que­ment inédites – cho­lé­ra, variole, oreillons, rou­geole, grippe, vari­celle et peut-être aus­si palu­disme – n’ont émer­gé qu’avec les débuts de l’urbanisation et, comme nous allons le voir, de l’agriculture. […] »

Il ajoute aus­si que les popu­la­tions humaines non-civi­li­sées, non-urbaines, non-domes­ti­quées par l’État, connais­saient pro­ba­ble­ment très bien les pro­ces­sus éco­lo­giques et les consé­quences sani­taires pou­vant résul­ter d’une grande concen­tra­tion d’humains et d’animaux patau­geant en per­ma­nence dans leurs excréments :

« Avant que les humains ne com­mencent à voya­ger loin et en nombre, ce sont peut-être les oiseaux migra­teurs nichant ensemble qui, parce qu’ils com­bi­naient forte den­si­té démo­gra­phique et longues tra­ver­sées, consti­tuaient le prin­ci­pal vec­teur de pro­pa­ga­tion à dis­tance des mala­dies. L’association entre concen­tra­tion démo­gra­phique et pro­pen­sion aux infec­tions était connue bien avant que l’on ne découvre les vec­teurs effec­tifs de la trans­mis­sion des mala­dies. Chas­seurs et cueilleurs en savaient suf­fi­sam­ment pour se tenir à l’écart des grandes concen­tra­tions humaines et la dis­per­sion fut long­temps per­çue comme un moyen d’éviter de contrac­ter une mala­die épidémique. […] »

Chez cer­tains peuples autoch­tones, par exemple aux Phi­lip­pines dans la Cor­dillère, une région mon­ta­gneuse située dans le nord du pays, des pra­tiques tra­di­tion­nelles visant à iso­ler la com­mu­nau­té en cas de dan­ger (catas­trophe, épi­dé­mie, etc.), durant une période limi­tée, existent depuis des temps immé­mo­riaux[50].

D’après le site Our World in Data, la popu­la­tion urbaine mon­diale a seule­ment dépas­sé la popu­la­tion rurale en 2007 et, jusqu’au XIXe siècle, époque mar­quée par la pre­mière révo­lu­tion indus­trielle, les urbains repré­sen­taient une part anec­do­tique de la popu­la­tion mon­diale[51]. L’industrialisation dopée par les car­bu­rants fos­siles n’a pas seule­ment accé­lé­ré comme jamais l’extraction de maté­riaux et de bio­masse, ain­si que la crois­sance des villes, elle a ren­du ces objec­tifs attei­gnables sur le plan socio­tech­nique. Selon toute logique, les grands ensembles urbains modernes sont nés de la dévas­ta­tion éco­lo­gique et cli­ma­tique, et ne peuvent être main­te­nus qu’en per­pé­tuant indé­fi­ni­ment cette dévas­ta­tion. On voit d’ailleurs assez mal com­ment main­te­nir en état de marche un envi­ron­ne­ment ayant atteint un tel niveau d’artificialisation sans recou­rir à davan­tage de tech­no­lo­gies et de crois­sance éco­no­mique, c’est un cercle vicieux sans fin.

Évo­lu­tion de la popu­la­tion mon­diale urbaine (en rouge) et rurale (en bleu) au cours des 500 der­nières années (Source : Our World in Data).

Libérer la terre ou optimiser sa destruction ?

 

« La meilleure chose que vous puis­siez faire pour l’Amazonie, c’est de bom­bar­der toutes les routes. »

– Eneas Sala­ti, scien­ti­fique brésilien.

Plus loin dans la vidéo, la jeune acti­viste sué­doise pour­suit son argumentation :

« Nous avons indus­tria­li­sé la vie sur Terre. Si nous conti­nuons à pro­duire de la nour­ri­ture de cette manière. Nous allons aus­si détruire l’habitat de la plu­part des plantes et des ani­maux sau­vages, condui­sant d’innombrables espèces vers l’extinction. Ça craint vrai­ment pour nous aus­si. Ces sys­tèmes garan­tissent notre sur­vie. Si nous les per­dons, nous serons per­dus aussi. »

Les apôtres du véga­nisme ont vite com­pris qu’instrumentaliser la bio­di­ver­si­té pour convaincre les masses por­tait ses fruits. Ils serinent à lon­gueur de jour­nées que l’abandon de la viande contri­bue­rait gran­de­ment à stop­per la défo­res­ta­tion, par­ti­cu­liè­re­ment en Ama­zo­nie. Or il n’y a rien de plus faux. Un consom­ma­teur euro­péen n’a pra­ti­que­ment aucun pou­voir sur un pro­prié­taire ter­rien bré­si­lien habi­tant à des mil­liers de kilo­mètres de là, de l’autre côté de l’océan Atlan­tique. Encore moins sur l’État bré­si­lien et son sec­teur pri­vé. Mais essayons tout de même d’imaginer ce monde féé­rique vou­lu par Gre­ta Thun­berg, Milo Runkle, le Forum Éco­no­mique Mon­dial et les Nations Unies, un Meilleur des mondes où le tech­no­vé­ga­nisme régne­rait en maître. Inutile d’avoir un doc­to­rat en agro­no­mie pour com­prendre qu’à l’élevage exten­sif, déjà peu ren­table à l’hectare, ou à la culture de soja, suc­cè­de­rait un autre type de culture ou, dans tous les cas, une autre forme d’exploitation indus­trielle de la terre. Le Bré­sil exploite par exemple des plan­ta­tions indus­trielles de canne à sucre pour fabri­quer de l’éthanol, d’eucalyptus pour four­nir son indus­trie sidé­rur­gique en char­bon de bois, et accé­lère sa pro­duc­tion d’huile de palme pour concur­ren­cer l’Asie du Sud-Est. Pré­ci­sons éga­le­ment que la défo­res­ta­tion en Europe, en Amé­rique du Nord, en Afrique et en Asie du Sud-Est n’a pas grand-chose à voir avec l’élevage. Nous ne revien­drons pas en détails là-des­sus. Pour en savoir plus à ce sujet, lire l’article « Le végé­ta­risme ne sau­ve­ra pas l’Amazonie de la défo­res­ta­tion[52] ». Et d’après un article paru dans le maga­zine Yale Envi­ron­ment 360 écrit par le scien­ti­fique aus­tra­lien William Lau­rance, spé­cia­liste des forêts tro­pi­cales, c’est la construc­tion de routes en forêt qui accroît de manière expo­nen­tielle l’extraction de res­sources fores­tières et du sous-sol – viande, bois, mine­rais, gaz, pétrole, etc[53].

Gre­ta Thun­berg col­porte ce mythe gro­tesque selon lequel vie sau­vage et civi­li­sa­tion auraient une des­ti­née com­mune. Un autre men­songe, bien évi­dem­ment. Selon l’écologue Carl Safi­na, titu­laire d’une chaire à la Sto­ny Brook Uni­ver­si­ty de New York et auteur de plu­sieurs ouvrages, les espèces sau­vages sont, pour la civi­li­sa­tion et le main­tien de la vie moderne, maté­riel­le­ment inutiles :

« Il n’y a pas une seule espèce dont la dis­pa­ri­tion ait cau­sé beau­coup de désa­gré­ments à la civi­li­sa­tion, pas une seule espèce sau­vage qui soit indis­pen­sable, moins encore dont l’éradication serait remar­quée, sauf par une poi­gnée de conser­va­tion­nistes ou de scien­ti­fiques irré­duc­tibles. L’inutilité de la vie sau­vage pour la socié­té civile est la rai­son pour laquelle les espèces mena­cées n’apparaissent jamais dans les son­dages par­mi les grandes prio­ri­tés du public. Je ne peux pas nom­mer une seule espèce sau­vage dont la dis­pa­ri­tion totale serait maté­riel­le­ment res­sen­tie par qui que ce soit (vous pou­vez faci­le­ment fonc­tion­ner sans avoir accès aux élé­phants, mais si vous per­dez votre télé­phone pen­dant une jour­née entière, c’est le chaos). Mais je peux sans effort énu­mé­rer diverses espèces, des tigres aux mous­tiques, dont l’anéantissement a été assi­dû­ment pour­sui­vi. L’annihilation est facile pour Homo sapiens. Ce qui nous inté­resse peu, c’est la coexistence.

[…]

Les ser­vices natu­rels dont les humains ont réel­le­ment besoin pour conser­ver la vie moderne pro­viennent des micro-orga­nismes décom­po­seurs, de quelques insectes pol­li­ni­sa­teurs, du planc­ton réa­li­sant la pho­to­syn­thèse dans les océans et de choses non vivantes comme l’eau et l’atmosphère. À terme, nous pour­rions bien sim­pli­fier le monde pour le limi­ter à l’essentiel, et il pour­ra sup­por­ter des mil­liards de per­sonnes sup­plé­men­taires. En effet, c’est la seule manière d’y par­ve­nir[54]. »

D’autres scien­ti­fiques abondent en ce sens[55]. L’idée selon laquelle la civi­li­sa­tion indus­trielle repo­se­rait sur des « ser­vices éco­sys­té­miques » est une fable, comme l’explique lon­gue­ment le scien­ti­fique R. David Simp­son qui a étu­dié les liens entre éco­no­mie et éco­sys­tèmes durant plus de 25 ans[56]. Selon lui, cette fièvre sou­daine pour les « ser­vices » de la nature pour­rait au contraire accé­lé­rer la colo­ni­sa­tion de la terre nour­ri­cière par le béton, le métal et le bitume. Et à la limite, qui a réel­le­ment besoin d’un doc­to­rat en bio­lo­gie pour réa­li­ser qu’une ville, dépen­dante d’un appro­vi­sion­ne­ment en eau et en nour­ri­ture tota­le­ment arti­fi­cia­li­sé repo­sant sur de gigan­tesques infra­struc­tures et des machines (trai­te­ment, pom­page, trans­port, routes, etc.), ne repose en rien sur la bonne san­té des éco­sys­tèmes alen­tours ? Ajou­tons qu’en Europe, pro­ba­ble­ment l’une des régions les plus urba­ni­sées et frag­men­tées par les infra­struc­tures de trans­port dans le monde[57], les éco­sys­tèmes sont dans un état cala­mi­teux. La civi­li­sa­tion, de son côté, se porte à merveille.

Si l’industrialisation de la vie sur Terre a cau­sé tant de dégâts, la logique vou­drait qu’on déman­tèle le sys­tème indus­triel. Pas seule­ment pour la pro­duc­tion de nour­ri­ture, mais pour tout le reste, l’écrasante majo­ri­té des pro­duits et objets dis­po­nibles sur les mar­chés n’étant aucu­ne­ment indis­pen­sable pour mener une vie digne de ce nom. Mais, chose éton­nante, la solu­tion avan­cée est tout autre. Les puis­sants capi­ta­lisent sur les crises sani­taire, cli­ma­tique et éco­lo­gique pour uni­for­mi­ser le régime ali­men­taire de leur chep­tel humain, et passent par l’intermédiaire de l’innocente Gre­ta pour dif­fu­ser leurs mensonges :

« Si nous nous tour­nons vers une ali­men­ta­tion végé­tale, nous pour­rions éco­no­mi­ser 8 mil­liards de tonnes de CO2 chaque année. Nous pour­rions nous nour­rir en uti­li­sant beau­coup moins de terres [76 % d’après une étude citée, NdT], et la nature pour­rait se régénérer. »

Il est inté­res­sant de noter que Gre­ta n’utilise à aucun moment les termes « régime végé­ta­rien » ou « régime végé­ta­lien ». Aucune réfé­rence non plus au véga­nisme ni à l’antispécisme. Elle leur pré­fère l’expression plant-based diet, plus neutre, moins cli­vante. Mais une ali­men­ta­tion uni­que­ment à base de plantes, c’est un régime végétalien.

Plus loin, Gre­ta Thun­berg fait la liste des fléaux pla­né­taires et se réap­pro­prient le lan­gage des éco­lo­gistes radi­caux pour indi­quer à l’audience qu’un chan­ge­ment de sys­tème serait pos­sible en sui­vant ses conseils :

« Pan­dé­mies, déclin de la bio­di­ver­si­té, per­tur­ba­tion cli­ma­tique, aci­di­fi­ca­tion des océans, inéga­li­tés, perte de sol fer­tile. Ce sont juste des symp­tômes. Ils ne font que sym­bo­li­ser la manière dont nous trai­tons la nature et la valeur que nous lui attri­buons. Notre sys­tème doit chan­ger. Mais nous pou­vons remé­dier à ce pro­blème, parce que nous fai­sons par­tie de la nature. Quand nous pro­té­geons la nature, nous sommes la nature veillant à sa propre protection. »

En véri­té, il n’y aucun chan­ge­ment de sys­tème en vue. Il n’est ni ques­tion d’un déman­tè­le­ment des firmes de la pétro­chi­mie, ni de la grande dis­tri­bu­tion, ni des géants agro-indus­triels, encore moins de la socié­té tech­no-indus­trielle capi­ta­liste pros­pé­rant sur un extrac­ti­visme et des pol­lu­tions démen­tiels. Les esclaves-sala­riés-consom­ma­teurs sont sim­ple­ment culpa­bi­li­sés puis som­més de chan­ger leur régime ali­men­taire. D’autre part, les slo­gans du type « On ne se bat pas pour la nature, nous sommes la nature qui se défend » étaient à l’origine uti­li­sés par une frange plu­tôt anti­sys­tème de l’écologisme, notam­ment par les zadistes de NDDL[58].

Autre élé­ment notable, le pas­sage sur la « valeur » attri­buée à la nature. Ce qu’il y a de drôle avec les inter­ven­tions de Gre­ta Thun­berg, c’est que la plu­part des pré­ten­dues « solu­tions » sor­tant de sa bouche existent déjà ou, du moins, leur cadre régle­men­taire est en cours de déve­lop­pe­ment. Mais nous avons le choix, nous dit-on, parce que nous aurions l’immense pri­vi­lège de vivre en démo­cra­tie ! Qui peut encore croire à cette fumisterie ?

La Com­mis­sion Euro­péenne publiait par exemple le 11 mars 2021 un article titrant « Bio­di­ver­si­té : un chan­ge­ment révo­lu­tion­naire dans les rap­ports éco­no­miques pour tenir compte de la contri­bu­tion de la nature à l’économie ».

Frans Tim­mer­mans, vice-pré­sident exé­cu­tif de la commission :

« Pour faire face aux crises du cli­mat et de la bio­di­ver­si­té, nous devons trans­for­mer notre modèle éco­no­mique. Ce nou­veau cadre sta­tis­tique va au-delà du PIB et prend mieux en compte la bio­di­ver­si­té et les éco­sys­tèmes dans la pla­ni­fi­ca­tion éco­no­mique natio­nale. Il s’agit d’une évo­lu­tion majeure dans le chan­ge­ment de notre façon de conce­voir la pros­pé­ri­té et le bien-être. »

Vir­gi­ni­jus Sin­ke­vičius, com­mis­saire dédié à l’environnement, aux océans et à la pêche :

« Alors que la nature apporte une contri­bu­tion sub­stan­tielle à notre éco­no­mie, elle est lar­ge­ment invi­sible dans nos sta­tis­tiques éco­no­miques. Nous devons trans­for­mer notre façon de voir et de valo­ri­ser la nature et faire en sorte que sa contri­bu­tion à notre vie fasse par­tie de l’équation éco­no­mique. Pour cela, nous avons besoin de méthodes solides pour suivre les inves­tis­se­ments, les impacts et les dépen­dances vis-à-vis de la nature. Le nou­veau cadre consti­tue un pas impor­tant dans cette direc­tion, car il pour­rait réorien­ter fon­da­men­ta­le­ment la pla­ni­fi­ca­tion éco­no­mique et poli­tique vers le déve­lop­pe­ment durable[59]. »

Autre indi­ca­teur de cette ten­dance à la finan­cia­ri­sa­tion de la nature, l’organisation à but non lucra­tif CFA Ins­ti­tute publiait quant à elle sur son blog une nou­velle réjouissante :

« Le capi­tal natu­rel est la pro­chaine dis­rup­tion du mar­ché dont vous n’avez pas encore enten­du par­ler. Mais ça va venir[60]. »

Cet ins­ti­tut délivre les diplômes CFA et CIPM. Le pre­mier est une accré­di­ta­tion « mesu­rant et cer­ti­fiant les com­pé­tences et l’intégrité des ana­lystes finan­ciers » d’après le site Inves­to­pe­dia ; le second a pour rôle de « for­mer les pro­fes­sion­nels à cal­cu­ler et à com­mu­ni­quer avec pré­ci­sion les chiffres rela­tifs à la per­for­mance des inves­tis­se­ments[61]. »

Les ten­dances à suivre : mar­ché des PES (Paie­ments pour les ser­vices éco­sys­té­miques) ; mar­ché de la com­pen­sa­tion éco­lo­gique (une entre­prise peut détruire un éco­sys­tème, par exemple une zone humide, à condi­tion de « com­pen­ser » ailleurs, peut-être en construi­sant une pis­cine olym­pique, allez savoir) ; mar­ché des green bonds ou obli­ga­tions vertes ; inté­gra­tion de la bio­sphère dans la comp­ta­bi­li­té des entre­prises ; par­te­na­riats publics-pri­vés ; etc.

La dif­fu­sion de cette vidéo de Gre­ta Thun­berg sur­vient quelques mois après la publi­ca­tion d’un docu­ment recom­man­dant une méta­mor­phose du sys­tème ali­men­taire mon­dial. Publié en février 2021 par Cha­tham House, « l’un des think tanks les plus influents du monde » d’après le jour­nal Les Echos[62], le rap­port indique que « la conver­gence de la consom­ma­tion ali­men­taire mon­diale vers des régimes à base de plantes est l’élé­ment le plus cru­cial » de cette réforme du sys­tème agro-indus­triel. Les Nations Unies « sou­tiennent » les conclu­sions du rap­port d’après le quo­ti­dien bri­tan­nique The Guar­dian[63].

Le Forum Éco­no­mique Mon­dial reprend quant à lui dans un article les conclu­sions du rap­port en ajou­tant ceci :

« Par exemple, si le régime ali­men­taire de la popu­la­tion mon­diale était rem­pla­cé par des ali­ments d’o­ri­gine végé­tale, 75 % des terres culti­vées dans le monde pour­raient être uti­li­sées à d’autres fins. »

Ce refrain revient régu­liè­re­ment. L’abandon de l’élevage et la pro­duc­tion indus­trielle de sub­sti­tuts végé­taux ultra-trans­for­més à des­ti­na­tion des cla­piers urbains va libé­rer de l’espace, mais les docu­ments res­tent assez éva­sifs sur ces « autres fins ».

Plus loin :

« La demande d’a­li­ments d’o­ri­gine végé­tale pour­rait connaître une crois­sance annuelle de près de 12 %, et le mar­ché pour­rait peser 74 mil­liards de dol­lars d’i­ci 2027 selon les pré­vi­sions de Meti­cu­lous Research. Si la demande d’a­li­ments d’o­ri­gine végé­tale aug­mente sur la plu­part des mar­chés mon­diaux, l’A­sie-Paci­fique devrait dépas­ser les autres mar­chés régionaux.

L’é­vo­lu­tion des aspi­ra­tions des consom­ma­teurs et l’ap­pé­tit crois­sant des inves­tis­seurs pour les pro­duits à base de plantes sont par­mi les moteurs de la crois­sance du mar­ché mon­dial des pro­duits à base de plantes, selon l’é­tude. Il reste à voir jus­qu’où, à quelle vitesse et dans quelle mesure la demande d’a­li­ments d’o­ri­gine végé­tale aug­men­te­ra dans les années à venir, mais l’a­ve­nir d’une mul­ti­tude d’es­pèces dépend de la rapi­di­té de cette évo­lu­tion[64]. »

En effet, il se pro­duit déjà une « révo­lu­tion végane » en Chine, tou­jours selon le jour­nal bri­tan­nique The Guar­dian[65]. Le gou­ver­ne­ment chi­nois a adop­té un plan en 2016 pré­voyant de réduire la consom­ma­tion de viande de 50 %, offi­ciel­le­ment pour réduire ses émis­sions de CO2, mais pro­ba­ble­ment davan­tage pour deve­nir, grâce à son immense mar­ché inté­rieur, un acteur majeur de l’industrie des sub­sti­tuts à base de plantes sur la scène internationale.

D’après le Mou­ve­ment Mon­dial pour les Forêts Tro­pi­cales, une « ini­tia­tive inter­na­tio­nale qui vise à contri­buer aux luttes, aux réflexions et aux actions poli­tiques des peuples autoch­tones, des pay­sans et des com­mu­nau­tés du Sud qui dépendent des forêts », les « solu­tions fon­dées sur la nature » servent à faire diversion :

« Les solu­tions fon­dées sur la nature prô­nées par les entre­prises regroupent une grande par­tie de ce contre quoi les com­mu­nau­tés [rurales] luttent depuis des décen­nies : plan­ta­tions indus­trielles d’arbres, aires pro­té­gées, pro­jets REDD, cré­dits car­bone et com­pen­sa­tions de la bio­di­ver­si­té, plan­ta­tions des­ti­nées aux bio­car­bu­rants, etc. Ces “solu­tions” ont éga­le­ment en com­mun le fait de per­mettre la pour­suite d’un autre ensemble d’activités qui se sont aus­si heur­tées à des résis­tances dans les ter­ri­toires : mines, extrac­tion de pétrole et de gaz, infra­struc­tures à grande échelle, agro-indus­tries, etc.

L’idée que la “nature” est une “solu­tion” pousse encore plus loin ces des­truc­tions et spo­lia­tions. Presque tous les mois, un nou­veau grand pol­lueur annonce son inten­tion de rendre ses acti­vi­tés “neutres en car­bone”, prin­ci­pa­le­ment en inves­tis­sant dans les solu­tions dites “fon­dées sur la nature[66]”. »

Du green­wa­shing sous sté­roïdes, voi­là ce que sont en réa­li­té la neu­tra­li­té car­bone, les solu­tions fon­dées sur la nature et le chan­ge­ment du sys­tème alimentaire.

Le think tank Cha­tham House parle d’un besoin impé­rieux « de pro­té­ger davan­tage de terres et les mettre en réserve pour la nature », et pré­co­nise que « l’in­ves­tis­se­ment res­pon­sable, le chan­ge­ment de régime ali­men­taire et les solu­tions d’at­té­nua­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique fon­dées sur la nature seront néces­saires pour gui­der les plans d’ac­tion au niveau natio­nal qui peuvent col­lec­ti­ve­ment appor­ter un chan­ge­ment trans­for­ma­teur au sys­tème ali­men­taire mon­dial[67]. »

Le réseau mon­dial d’aires pro­té­gées (AP) couvre déjà envi­ron 15 % de la sur­face des terres émer­gées et la créa­tion d’AP n’a ces­sé d’accélérer durant les der­nières décen­nies, ce qui n’a en rien ralen­ti le déclin de la nature[68]. Peut-être parce que les AP servent bien sou­vent à légi­ti­mer l’expulsion des popu­la­tions pour lais­ser place aux indus­tries extrac­tives. C’est la démons­tra­tion impla­cable faite par Mark Dowie dans son livre Conser­va­tion Refu­gees (« Les réfu­giés de la conser­va­tion ») publié en 2011 chez MIT Press. On ne compte plus les exemples de réserves natu­relles où sont auto­ri­sées l’extraction de pétrole, de gaz, de mine­rais, de char­bon, d’uranium ou même la construc­tion de méga-bar­rages comme dans l’immense réserve du Selous en Tan­za­nie[69]. D’après le jour­nal La Croix, Total vient de signer pour « le plus grand pro­jet pétro­lier au monde » en Ougan­da et en Tan­za­nie, un chan­tier à 10 mil­liards de dol­lars[70]. Au pro­gramme, forages dans les envi­rons du Lac Albert et dans le parc natio­nal des Mur­chi­son Falls, avec en prime la construc­tion du plus long oléo­duc chauf­fé au monde frag­men­tant réserves natu­relles et terres pay­sannes sur 1 500 km. Ce pro­jet viole les droits de plus de 100 000 per­sonnes et va très pro­ba­ble­ment rui­ner leurs moyens de sub­sis­tance[71]. Mais gar­dons espoir, car le groupe pétro­lier assure que « les émis­sions de gaz à effet de serre des deux pro­jets seront réduites à envi­ron 13 kilo­grammes de CO2 par baril, en des­sous de la moyenne du groupe ». La major pétro­lière compte en outre « mettre en œuvre des plans d’action pour pro­duire un impact posi­tif net sur la bio­di­ver­si­té ». Ouf, voi­là qui est récon­for­tant. Un autre gise­ment pétro­lier et gazier poten­tiel­le­ment énorme est en cours d’exploration dans le nord-est de la Nami­bie, dans la plus impor­tante zone de conser­va­tion trans­fron­ta­lière pour la bio­di­ver­si­té en Afrique, non loin d’un joyeux natu­rel – le del­ta de l’Okavango[72]. La zone d’exploration couvre un ter­ri­toire habi­té par 200 000 per­sonnes et inclut des routes migra­toires impor­tantes pour la faune sau­vage encore très abon­dante dans la région. Insis­tons encore, de nom­breuses ONG de défense des peuples pre­miers cri­tiquent vive­ment le pro­jet des Nations Unies vou­lant por­ter les AP à 30 % de la sur­face ter­restre d’ici 2030. Selon Sur­vi­val Inter­na­tio­nal, plus de 300 mil­lions de per­sonnes pour­raient être tou­chées, leur culture et leur mode de vie anéan­tis[73]. C’est un géno­cide. Une aber­ra­tion de plus sachant que ces cultures comptent par­mi les plus sou­te­nables éco­lo­gi­que­ment, leurs terres concen­trant 80 % de la bio­di­ver­si­té mon­diale res­tante[74].

Comme déjà évo­qué plus haut, un argu­ment mas­sue de cette cam­pagne – et des anti­spé­cistes en géné­ral – consiste à sug­gé­rer que l’abandon de l’élevage libé­re­rait beau­coup d’espace. Comme ça, en un cla­que­ment de doigt. En appa­rence, cela a du sens, mais en appa­rence seule­ment. Gre­ta rap­pelle par exemple que 83 % des terres agri­coles sont acca­pa­rées pour pro­duire la nour­ri­ture des­ti­née aux ani­maux de ferme. Mais rien sur les pertes et le gas­pillage ali­men­taires. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime pour­tant qu’un tiers de la nour­ri­ture pro­duite annuel­le­ment dans le monde est per­due ou jetée :

« Le volume mon­dial de gas­pillages et pertes ali­men­taires est esti­mé à 1,6 mil­liard de tonnes d’é­qui­va­lents pro­duits de base. Les gas­pillages totaux pour la par­tie comes­tible s’é­lèvent à 1,3 mil­liard de tonnes.

L’empreinte car­bone des gas­pillages ali­men­taires est esti­mée à 3,3 mil­liards de tonnes de CO2 équi­valent de gaz à effet de serre reje­tés dans l’at­mo­sphère chaque année.

Le volume total d’eau uti­li­sé chaque année pour pro­duire de la nour­ri­ture per­due ou gas­pillée (250 km³) équi­vaut au débit annuel du fleuve Vol­ga (Rus­sie), ou trois fois le volume du Lac Léman.

De même, 1,4 mil­liard d’hec­tares de terres – soit 28 pour cent des super­fi­cies agri­coles du monde –servent annuel­le­ment à pro­duire de la nour­ri­ture per­due ou gas­pillée[75]. »

Et la FAO pré­cise qu’il ne s’agit que de la nour­ri­ture pour la consom­ma­tion humaine[76]. Quid des pertes et du gas­pillage de la nour­ri­ture des­ti­née aux ani­maux d’élevages indus­triels ? Dif­fi­cile de mettre la main sur des chiffres. Dans tous les cas, cette gabe­gie est le résul­tat de l’industrialisation du sys­tème ali­men­taire et n’a rien à voir avec l’élevage en géné­ral, qui varie gran­de­ment dans sa nature en fonc­tion des régions du monde, des bio­topes et du cli­mat. Par ailleurs, l’économiste décrois­sant Niko Paech cri­tique dans son excellent livre Se libé­rer du super­flu – vers une éco­no­mie de post-crois­sance cette légende urbaine de l’efficience éner­gé­tique et maté­rielle ven­due par le monde cor­po­ra­tiste. Selon lui, la socié­té indus­trielle prise dans son ensemble, en rai­son de sa struc­ture et de sa com­plexi­té, ne peut être éco­nome en éner­gie, maté­riaux et gaspillages.

Repre­nant une étude parue dans la revue Science, Mer­cy For Ani­mal et Gre­ta Thun­berg pré­tendent donc que l’adoption à l’échelle mon­diale du régime végé­ta­lien pour­rait réduire de 76 % la sur­face ter­restre dédiée à l’alimentation du chep­tel humain, et Gre­ta d’ajouter « la nature pour­rait se régé­né­rer ». Compte tenu des dyna­miques à l’œuvre au sein de la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle, la pos­si­bi­li­té qu’un tel conte de fée devienne réa­li­té relève davan­tage du miracle que de la science der­rière laquelle Gre­ta se retranche constam­ment. Comme par enchan­te­ment, les grands céréa­liers mul­ti­mil­lion­naires, en Amé­rique du Nord, en Europe et en Amé­rique du Sud, aban­don­ne­raient leurs terres à la vie sau­vage après avoir été rui­nés par l’effondrement du mar­ché mon­dial pour l’alimentation des ani­maux de ferme. Dif­fi­cile à croire. En fait, il existe un autre scé­na­rio bien plus pro­bable : la conver­sion d’une grande par­tie de ces terres en cultures indus­trielles de bio­masse, pour pro­duire élec­tri­ci­té et bio­car­bu­rants dont le sys­tème tech­no­lo­gique a déses­pé­ré­ment besoin pour assu­rer sa survie.

L’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie dit ceci au sujet des biocarburants :

« La pro­duc­tion mon­diale de bio­car­bu­rants a aug­men­té de 10 mil­liards de litres en 2018 pour atteindre le chiffre record de 154 mil­liards de litres. Dou­blant la crois­sance réa­li­sée en 2017, cette aug­men­ta­tion de 7 % en glis­se­ment annuel est la plus éle­vée depuis cinq ans. La pro­duc­tion devrait aug­men­ter de 25 % jus­qu’en 2024, une révi­sion à la hausse par rap­port à 2018 en rai­son de meilleures pers­pec­tives de mar­ché au Bré­sil, aux États-Unis et sur­tout en Chine[77]. »

Plus de 90 000 navires mar­chands[78] sillonnent les océans (28 000 navires de fret dépassent les 100 mètres[79]) et des dizaines de mil­liers d’avions com­mer­ciaux et pri­vés volent simul­ta­né­ment chaque jour dans le monde (200 000 vols en une jour­née enre­gis­trés le same­di 29 juin 2018, et près de 38 mil­lions de vols sur l’année[80]). En 2017, près de 4 mil­liards de pas­sa­gers ont sillon­né les aires, un chiffre qui devrait presque dou­bler à 7,8 mil­liards en 2036. Un boeing 777 de 350 tonnes[81] ou un immense porte-contai­ners de 400 mètres à l’image du Bou­gain­ville de la CMA-CGM (52 000 tonnes à vide, 240 000 tonnes à charge maxi­male, consom­ma­tion s’élevant à 330 tonnes de fioul lourd/jour[82]) pour­ront dif­fi­ci­le­ment être conver­tis à la puis­sance élec­trique en rai­son des pro­blèmes tech­niques posés par les besoins en sto­ckage pour dépla­cer de telles masses. À moins peut-être que des ingé­nieurs soient assez tim­brés pour s’atteler à la concep­tion de navires mar­chands et d’avions com­mer­ciaux équi­pés de réac­teurs nucléaires minia­tu­ri­sés. Il faut res­ter sur ses gardes avec l’élite tech­ni­cienne, ces bougres d’ingénieurs pro­mettent tou­jours le meilleur mais pré­parent sou­vent le pire. Dans tous les cas, élec­tri­fier des dizaines de mil­liers d’avions et de navires mar­chands, ce n’est pas pour tout de suite. Et pour main­te­nir ces mas­to­dontes en mou­ve­ment dans un monde où le pétrole se raré­fie et la demande aug­mente, il faut bien mettre quelque chose dans le réser­voir. Sans oublier qu’il reste encore le trans­port rou­tier, les voi­tures indi­vi­duelles, les trains régio­naux rou­lant sou­vent au gasoil, les auto­cars, etc.

Pour ce qui est de la pro­duc­tion d’électricité à par­tir de bio­masse, comme indi­qué plus haut, celle-ci a pro­vo­qué une très forte aug­men­ta­tion des pré­lè­ve­ments de bois en Europe ces der­nières années d’après une étude publiée dans la revue Nature en 2020[83]. Aux États-Unis éga­le­ment, c’est un désastre pour les forêts – de plan­ta­tion et anciennes – où les coupes rases se mul­ti­plient, comme on peut le consta­ter dans les excel­lents docu­men­taires Pla­net of the Humans (Jeff Gibs, Michael Moore et Ozzie Zeh­ner) et Bright Green Lies (Julia Barnes).

Industrialiser le monde, toujours et encore

 

« L’humanité s’installe dans la mono­cul­ture ; elle s’apprête à pro­duire la civi­li­sa­tion en masse, comme la bet­te­rave. Son ordi­naire ne com­por­te­ra plus que ce plat. »

– Claude Lévi-Strauss, Tristes Tro­piques, 1955.

Fon­dée en 1999 par Milo Runkle, l’ONG Mer­cy For Ani­mal (MFA), qui a pos­té cette vidéo de Gre­ta sur You­tube, fait un lob­bying agres­sif pour l’adoption du véga­nisme à tra­vers les réseaux sociaux (plus de 2,5 mil­lions de fans sur Face­book), des vidéos, un maga­zine et des res­sources en ligne. Elle a tra­vaillé avec des géants de l’agro-industrie dont Per­due, Wal­mart et Nest­lé[84]. D’après le pro­fil Lin­ke­din de Milo Runkle, MFA est « l’organisation de défense des ani­maux de ferme et de pro­mo­tion du véga­nisme la plus impor­tante au monde[85] ». En 2016, il a créé Circle V, le pre­mier fes­ti­val de musique végan. Qui n’a pas déjà enten­du par­ler de cette mode ridi­cule des fes­ti­vals éco­lo­giques ? Citons We Love Green en France, un exemple par­mi d’autres. Un fes­ti­val de musique ras­sem­blant des mil­liers de fes­ti­va­liers imbi­bés d’éthanol braillant un dia­lecte incom­pré­hen­sible pour le com­mun des mor­tels, qui pié­ti­ne­ront une prai­rie durant plu­sieurs jours d’affilés, lais­sant der­rière eux leurs tentes Que­chua jetables et des tonnes de déchets, le tout accom­pa­gné de lumières sur­puis­santes et d’un volume sonore proche de celui d’un avion au décol­lage, sera tou­jours un désastre éco­lo­gique ain­si qu’une tor­ture visuelle et audi­tive pour les ani­maux sau­vages des environs.

Autre exemple de la gigan­tesque mas­ca­rade incar­née par le mou­ve­ment ani­ma­liste deve­nu aujourd’hui glo­bal, en par­ti­cu­lier grâce aux capi­taux qui ruis­sellent dans les poches des ONG et des asso­cia­tions anti­spé­cistes, le col­lec­tif Ani­mal Rebel­lion, pen­dant ani­ma­liste d’Extinction Rebel­lion, a blo­qué quatre McDonald’s en mai au Royaume-Uni. D’après un article de la BBC, James Ozden, porte-parole d’Animal Rebel­lion, a décla­ré que l’industrie de l’élevage (viande et lait) « détrui­sait notre pla­nète ». Selon lui, elle pro­voque « une défo­res­ta­tion mas­sive de la forêt tro­pi­cale, émet de grandes quan­ti­tés de gaz à effet de serre et tue des mil­liards d’a­ni­maux chaque année. »

Quelle est sa solution ?

« Le seul moyen durable et réa­liste pour nour­rir 10 mil­liards de per­sonnes est un sys­tème ali­men­taire à base de plantes. Les éle­vages bio­lo­giques en plein air et ‘’durables’’ d’a­ni­maux ne sont tout sim­ple­ment pas suffisants. »

Il a rai­son sur un point, l’élevage indus­triel, de même que l’élevage exten­sif pra­ti­qué à grande échelle, sont des cala­mi­tés sociales et envi­ron­ne­men­tales. Mais au lieu d’exiger le ren­ver­se­ment de McDonald’s et de son monde, au lieu d’exiger des sys­tèmes ali­men­taires locaux, fami­liaux, à petite échelle, il somme l’humanité d’adopter un unique régime ali­men­taire à base de plantes. C’est une aubaine pour les géants de l’industrie agroa­li­men­taire qui pros­pèrent sur l’uniformisation cultu­relle et l’effacement de la diver­si­té humaine. De plus, en bon Occi­den­tal abru­ti par des décen­nies de fièvre consu­mé­riste, James Ozden ignore pro­ba­ble­ment tout – ou se moque éper­du­ment – des cen­taines de mil­lions de per­sonnes réel­le­ment libres et auto­nomes qui ne sont pas encore condam­nées à la stra­té­gie de sub­sis­tance Car­re­four, Leclerc ou Auchan, et qui dépendent direc­te­ment des res­sources de leur habi­tat natu­rel pour sur­vivre. Grain est une « petite orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale » sou­te­nant « la lutte des pay­sans et des mou­ve­ments sociaux pour ren­for­cer le contrôle des com­mu­nau­tés sur des sys­tèmes ali­men­taires fon­dés sur la bio­di­ver­si­té ». Elle œuvre prin­ci­pa­le­ment aux côtés des pay­sans du Sud glo­bal ciblés par les firmes de l’agroalimentaire et affirme que les « les petits pro­duc­teurs nour­rissent le monde avec moins d’un quart de l’ensemble des terres agri­coles[86] ». En consul­tant l’excellent tra­vail d’investigation réa­li­sé par Grain, on constate que le car­tel agro-indus­triel livre une guerre impi­toyable à la pay­san­ne­rie dans les pays du Sud :

« […] l’accès à la terre des popu­la­tions rurales est atta­qué de toutes parts. Du Hon­du­ras au Kenya, de la Pales­tine aux Phi­lip­pines, les gens sont évin­cés de leurs fermes et de leurs vil­lages. Ceux qui résistent sont empri­son­nés ou tués. Grèves agraires géné­ra­li­sées en Colom­bie, mani­fes­ta­tions des chefs com­mu­nau­taires à Mada­gas­car, marches dans tout le pays par des sans-terres en Inde, occu­pa­tions en Anda­lou­sie, la liste des actions et des luttes est longue. Ce qu’il faut rete­nir de tout cela, c’est que la pos­ses­sion des terres est de plus en plus concen­trée aux mains des riches et des puis­sants, et non pas que les petits pro­duc­teurs prospèrent. »

En 2020, le think tank Oak­land Ins­ti­tute publiait un rap­port au titre élo­quent (Dri­ving Dis­pos­ses­sion – The glo­bal push to “unlock the eco­no­mic poten­tial of land” ou « Acca­pa­re­ment en cours – le mou­ve­ment mon­dial pour déver­rouiller le poten­tiel éco­no­mique de la terre ») décri­vant en détails ce mou­ve­ment des enclo­sures à échelle mon­diale et d’une ampleur inégalée :

« […] les gou­ver­ne­ments, les entre­prises et les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales “redoublent d’effort” pour exploi­ter plus de terres par le biais d’un dis­cours basé sur des euphé­mismes. Il s’agit de conver­tir ces terres à un “usage pro­duc­tif”, le tout au nom du pro­grès éco­no­mique et du “déve­lop­pe­ment”. Pour atti­rer les inves­tis­se­ments pri­vés, les gou­ver­ne­ments com­mer­cia­lisent ain­si des cen­taines de mil­lions d’hectares de terres en les pré­sen­tant comme étant “dis­po­nibles” sans se sou­cier de ceux dont les moyens de sub­sis­tance en dépendent[87]. »

Pour en savoir plus à ce sujet, lire « Au nom du déve­lop­pe­ment, un assaut mon­dial contre les com­muns[88]. »

En 2019, on dénom­brait dans le monde en tout entre 200 et 500 mil­lions de per­sonnes pra­ti­quant le pas­to­ra­lisme, et des com­mu­nau­tés pas­to­rales existent dans 75 % des pays du monde[89]. Le rap­port Pas­to­ra­lism in Africa’s dry­lands (« Le pas­to­ra­lisme dans les zones arides d’Afrique ») publié en 2018 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) déclare la chose suivante :

« S’é­ten­dant sur les terres arides de l’A­frique, de l’Ouest sahé­lien jus­qu’aux pâtu­rages de l’A­frique de l’Est et de la Corne de l’A­frique ain­si qu’aux popu­la­tions nomades de l’A­frique aus­trale, le pas­to­ra­lisme est le prin­ci­pal mode de sub­sis­tance pour envi­ron 268 mil­lions de per­sonnes. C’est l’une des options de sub­sis­tance les plus viables, et par­fois la seule conve­nable dans les zones arides. Il contri­bue énor­mé­ment au bien-être social, envi­ron­ne­men­tal et éco­no­mique dans les zones arides et au-delà. Le pas­to­ra­lisme pos­sède une capa­ci­té unique à créer de la valeur et conver­tir des res­sources natu­relles dis­po­nibles en quan­ti­tés limi­tées, en viande, lait, reve­nus et moyens de sub­sis­tance[90]. »

D’après une récente étude parue dans la revue PNAS, les socié­tés indi­gènes ou tra­di­tion­nelles, la plu­part du temps non-éta­tiques et rurales, ont habi­té, façon­né et uti­li­sé de manière éco­lo­gi­que­ment sou­te­nable la majeure par­tie de la sur­face ter­restre durant au moins 12 000 ans.

D’un côté, un dis­cours idéo­lo­gique, s’apparentant à du fana­tisme reli­gieux, qui condamne l’élevage sous toutes ses formes pour sa consom­ma­tion d’eau, ses émis­sions de CO2 ou la défo­res­ta­tion qu’il entraî­ne­rait sys­té­ma­ti­que­ment. De l’autre, la réa­li­té : le pas­to­ra­lisme est une stra­té­gie de sub­sis­tance sécu­laire adap­tée aux zones arides afri­caines. Les pas­teurs nomades afri­cains qui, comme le révèle le jour­na­liste Fred Pearce dans un excellent article publié dans la revue Yale Envi­ron­ment 360, font paître leur bétail depuis des mil­lé­naires dans des pâtu­rages par­ta­gés avec la faune sau­vage[91]. En effet, avant la colo­ni­sa­tion occi­den­tale et l’implantation de l’industrie du safa­ri tou­ris­tique au Kenya et en Tan­za­nie, un para­si­tage qui béné­fi­cie uni­que­ment aux classes domi­nantes – des­cen­dants de colons blancs, agences de voyage, hôtels, com­pa­gnies aériennes, tou­ristes occi­den­taux, sans oublier l’élite noire kenyane –, les ber­gers Maa­saï sui­vaient les mêmes cou­loirs de migra­tion que la faune sau­vage. Désor­mais, les Maa­saï n’ont plus accès à leurs terres ances­trales en rai­son de la pro­li­fé­ra­tion des aires dites « pro­té­gées », ain­si ils deviennent peu à peu des citoyens de seconde zone sur leurs propres ter­ri­toires. À la dif­fé­rence des socié­tés civi­li­sées orga­ni­sées autour de centres urbains et admi­nis­trées par un État, les socié­tés pas­to­rales ont lar­ge­ment démon­tré leur capa­ci­té à pou­voir coexis­ter avec les autres espèces vivantes. Sou­hai­ter les voir dis­pa­raître au nom de la cause ani­male, de la neu­tra­li­té car­bone et de l’écologie est d’une stu­pi­di­té sans limite. L’antispécisme affiche un violent mépris pour la diver­si­té humaine, et c’est pro­ba­ble­ment pour cette rai­son qu’il s’accorde si bien avec le pro­gres­sisme supré­ma­ciste et raciste de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Une der­nière chose au sujet du pas­to­ra­lisme. Dans son livre Zomia ou l’art de ne pas être gou­ver­née, l’anthropologue James C. Scott s’intéresse aux der­niers peuples auto­nomes – c’est-à-dire non assi­mi­lés et accul­tu­rés par l’État – des régions mon­ta­gneuses d’Asie du Sud-Est. Il y décrit le « colo­nia­lisme interne » propre à la méca­nique de l’État :

« La notion de colo­nia­lisme interne, au sens large du terme, décrit par­fai­te­ment ce pro­ces­sus [d’affaiblissement et de nor­ma­li­sa­tion des com­mu­nau­tés rela­ti­ve­ment auto­nomes et indé­pen­dantes] : elle ren­voie à l’absorption, au dépla­ce­ment et/ou à l’extermination des habi­tants d’une région don­née. Le colo­nia­lisme interne impli­qua une « colo­ni­sa­tion bota­nique » qui per­mit de trans­for­mer le pay­sage – défo­res­ta­tion, drai­nage, irri­ga­tion, construc­tion de digues – afin d’adapter les cultures, les formes d’implantation et les sys­tèmes d’administration à l’État et aux colo­ni­sa­teurs. Une manière d’évaluer l’effet de cette colo­ni­sa­tion consiste à l’envisager comme un affai­blis­se­ment mas­sif de tous les élé­ments de type ver­na­cu­laire : langues ver­na­cu­laires, peuples mino­ri­taires, tech­niques agri­coles ver­na­cu­laires, régimes fon­ciers ver­na­cu­laires, tech­niques de chasse, de récolte et d’exploitation fores­tière ver­na­cu­laires, reli­gion ver­na­cu­laire, et ain­si de suite. La ten­ta­tive pour nor­ma­li­ser la péri­phé­rie est consi­dé­rée par les repré­sen­tants de l’État « par­rain » comme une manière d’apporter civi­li­sa­tion et pro­grès – le pro­grès étant par consé­quent envi­sa­gé comme la dif­fu­sion impor­tune des pra­tiques lin­guis­tiques, agri­coles et reli­gieuses du groupe eth­nique domi­nant : les Hans, les Kinh, les Bir­mans ou les Thaïs. »

L’État exècre la diver­si­té humaine, elle consti­tue une menace pour sa sur­vie et un frein à son déve­lop­pe­ment. Pour mon­ter en puis­sance, depuis tou­jours l’État a dû homo­gé­néi­ser les sujets habi­tant sa péri­phé­rie car celle-ci abri­tait des « popu­la­tions fugi­tives et mobiles dont les modes de sub­sis­tance – cueillette, chasse, agri­cul­ture iti­né­rante, pêche et pas­to­ra­lisme – étaient fon­da­men­ta­le­ment inap­pro­priables par l’État. » Tou­jours d’après James C. Scott, pour un « État agraire adap­té à une agri­cul­ture séden­taire, ces régions ingou­ver­nées et leurs popu­la­tions étaient sté­riles sur le plan fis­cal. » Ce même pro­ces­sus colo­nial contri­bue tout autant à l’expansion du mar­ché mon­dial dans les zones vierge non encore infec­tée par la pan­dé­mie marchande.

Afin d’étendre constam­ment leur emprise sur leurs res­sources humaines, les classes domi­nantes dis­posent de puis­sants alliés – les célé­bri­tés. Les grandes firmes uti­lisent constam­ment le capi­tal sym­pa­thie et la noto­rié­té des influen­ceurs, des vedettes du ciné­ma, de la télé­vi­sion, des man­ne­quins et des ath­lètes dans leur guerre idéo­lo­gique contre la popu­la­tion. Pour vendre des pro­duits, des pro­grammes poli­tiques ou un cer­tain type d’écologie bien par­ti­cu­lier – le capi­ta­lisme vert. Le nombre de célé­bri­tés com­mu­ni­quant – ou inter­viewées – sur leur régime végé­ta­lien ou végé­ta­rien atteste de la puis­sance finan­cière à l’œuvre en arrière-plan. L’un des pre­miers à avoir com­pris l’immense pou­voir de per­sua­sion des célé­bri­tés sur les masses fut le consul­tant en rela­tions publiques états-uniens Edward Ber­nays, neveu de Sig­mund Freud. D’après Wiki­pé­dia, « il est consi­dé­ré comme le père de la pro­pa­gande poli­tique et d’entreprise, ain­si que de l’industrie des rela­tions publiques, qui ont for­te­ment contri­bué à déve­lop­per le consu­mé­risme américain. »

Depuis quelques années, on voit fleu­rir dans les médias des décla­ra­tions de célé­bri­tés en faveur de la cause ani­male et d’un chan­ge­ment des habi­tudes alimentaires :

« Si je devais choi­sir entre la musique et la cause ani­male, j’opterais pour la deuxième. […] Il y a tant de rai­sons de deve­nir végan, la san­té humaine en fait par­tie[92]. »

– Moby, Huf­fing­ton Post, 2018.

 

« Je suis végan depuis l’âge de 3 ans[93] »

– Joa­quin Phoe­nix, France TV Info, 2019.

 

« J’essaye de deve­nir végane main­te­nant quand je suis à la mai­son. Je peux être plus ou moins entiè­re­ment végane. »

– Jane Goo­dall, végé­ta­rienne depuis des décen­nies, dans LIVEKINDLY (média végan).

 

« Vous pou­vez déci­der de deve­nir végan pour des rai­sons de san­té, pour des rai­sons envi­ron­ne­men­tales, ou vous pou­vez déci­der comme ma fille et moi que vous ne vou­lez plus man­ger de viande[94]. »

– Forest Whi­ta­ker, cité dans un tweet de PETA, 2019.

 

« Au cas où vous l’au­riez man­qué, Beyon­cé et Jay‑Z ont offert des billets de concert gra­tuits à vie (enfin, pen­dant au moins 30 ans) aux fans qui s’en­gagent à deve­nir végé­ta­liens (ou, du moins, à adop­ter un régime plus végé­tal)[95]. »

– Maga­zine Women’s Health, 2020.

 

« Nata­lie Port­man se sent tel­le­ment inves­tie par son véga­nisme qu’elle a pro­duit et nar­ré un docu­men­taire sor­ti en 2018 inti­tu­lé Eating Ani­mals[96]. »

– Maga­zine Women’s Health, 2020.

 

« Je suis deve­nue végé­ta­rienne[97] »

– Méla­nie Laurent, Le jour­nal du dimanche, 2015.

 

« Les Gol­den Globes 2020 seront 100 % végans (et DiCa­prio est ravi)[98] »

Huf­fing­ton Post, 2020.

Il existe même des listes de célé­bri­tés véganes ou végé­ta­riennes mises en avant par la presse people : Lewis Hamil­ton, Venus et Sere­na Williams, Novak Djo­ko­vic, James Came­ron, Mike Tyson, Ellen Page, San­dra Oh, Jared Leto, Reese Withers­poon, Chris Mar­tin, Jes­si­ca Chas­tain, Pame­la Ander­son, Toby Maguire, Lam­bert Wil­son, Mylène Far­mer, etc[99].

La liste est sans fin.

Ajou­tons au sujet de James Came­ron qu’il a copro­duit le court métrage docu­men­taire Aka­shin­ga : la guerre de l’ivoire racon­tant le quo­ti­dien d’une uni­té anti-bra­con­nage exclu­si­ve­ment fémi­nine dans la brousse du Zim­babwe[100]. Damien Man­der, aus­tra­lien blanc, vété­ran de la guerre en Irak et végan, impose un régime végé­ta­lien à ses recrues, ou com­ment conta­mi­ner sour­noi­se­ment le conti­nent afri­cain avec l’idéologie anti­spé­ciste[101] ; hymne gran­diose à l’impérialisme occi­den­tal en Afrique, ce film a été dif­fu­sé en par­te­na­riat avec Natio­nal Geo­gra­phic. Dans sa confé­rence TEDx au sto­ry­tel­ling bien léché, usant d’un ton lar­moyant à faire pleu­rer dans les chau­mières occi­den­tales, Man­der évoque lon­gue­ment sa Révé­la­tion ani­ma­liste[102]. En revanche, rien sur la souf­france des 40 mil­lions d’esclaves humains et des 152 mil­lions d’enfants tra­vaillant dans le monde, dont beau­coup en Afrique[103]. Rien non plus sur l’insécurité ali­men­taire chro­nique du Zim­babwe ni sur la cor­rup­tion attei­gnant des niveaux stra­to­sphé­riques dans ce pays[104]. En éclip­sant peu à peu les dys­fonc­tion­ne­ments majeurs de la socié­té humaine et la souf­france bien réelle qui en résulte pour les humains, l’antispécisme s’avère très com­mode pour les classes dominantes.

Pour une ana­lyse appro­fon­die de l’influence nui­sible de cette « culture de la célé­bri­té », lire le texte « Les célé­bri­tés, leurs fon­da­tions et ONG, sont le masque sou­riant de la machine cor­po­ra­tiste[105] ». Dans ce contexte, il est navrant de voir tant de gens à gauche, même par­mi les forces anti­ca­pi­ta­listes, sous­crire à cet idéal absurde et tota­li­taire d’une socié­té anti­spé­ciste et végane.

« Je suis tou­jours gêné quand on parle de l’animal avec un A majus­cule, parce qu’il y a tel­le­ment d’espèces d’animaux et que les défen­seurs de la cause ani­male n’englobent impli­ci­te­ment sous ce terme que les ani­maux de com­pa­gnie et d’élevage les plus com­muns ou cer­tains ani­maux emblé­ma­tiques, du chim­pan­zé à la baleine en pas­sant par le pan­da. On n’entend jamais par­ler d’une iden­ti­fi­ca­tion au ténia ou au hareng ! Il est vrai qu’avec les ani­maux de com­pa­gnie ou d’élevage, une coévo­lu­tion de mil­liers d’années a per­mis la construc­tion avec les humains d’un envi­ron­ne­ment par­ta­gé qui favo­rise l’empathie par la fami­lia­ri­té. Quant aux ani­maux emblé­ma­tiques, ils ont des qua­li­tés par­ti­cu­lières qui favo­risent l’identification, notam­ment l’usage de sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion com­plexes, l’inventivité tech­nique ou des com­por­te­ments sociaux qui res­semblent à ceux des humains. Au fond, la gamme des ani­maux aux­quels un urbain moderne s’identifie est rela­ti­ve­ment res­treinte. Ce doit être une ving­taine ou une tren­taine d’espèces peut-être, au grand maxi­mum. L’idée finit par s’imposer que l’on peut com­mu­ni­quer avec ces espèces par-delà la bar­rière du lan­gage arti­cu­lé ; mais cela reste à démon­trer car on ne sait au fond jamais véri­ta­ble­ment s’il n’y a pas mal­en­ten­du. C’est le cas de presque toute situa­tion inter­sub­jec­tive de toute façon, mais aug­men­té du fait qu’aucune véri­fi­ca­tion n’est ici pos­sible. C’est cette situa­tion par­ti­cu­lière qui a don­né nais­sance à l’idée que cer­taines espèces étaient proches des humains, dans tous les sens du terme – parce qu’ils vivaient dans leur milieu, dans leur dépen­dance, et qu’ils avaient cer­taines dis­po­si­tions ana­logues – et qu’il était donc légi­time qu’on leur donne des droits. Je pense que nous sommes dans une situa­tion où il fau­drait prendre en compte le plus grand nombre pos­sible de non-humains qui jouent un rôle dans notre vie sociale, du cli­mat aux virus. Je pense que don­ner des droits à quelques-uns parce qu’ils nous res­semblent ne fait que recon­duire la concep­tion moderne, fon­dée sur la dis­tinc­tion entre nature et culture, en éten­dant un petit peu à des repré­sen­tants choi­sis de la nature les pri­vi­lèges dont jouissent les êtres de culture. Or, recon­duire la situa­tion moderne, fon­dée sur l’idée d’un sujet humain déten­teur de droits, l’individualisme pos­ses­sif tel que l’a défi­ni Craw­ford Brough Mac­pher­son par exemple, et étendre cela à cer­tains types de non-humains, me semble intel­lec­tuel­le­ment pares­seux et pas du tout à la hau­teur des cir­cons­tances[106]. »

– Phi­lippe Des­co­la, anthropologue.

Au fond, l’antispécisme, c’est un truc d’urbain pro­gres­siste, indi­vi­dua­liste et nar­cis­sique au pos­sible, le pur pro­duit d’une exis­tence hors-sol com­plè­te­ment décon­nec­tée de la nature sau­vage. Plu­tôt que d’élever l’humanité vers l’animalité, l’antispécisme détruit l’animalité. Autre­fois cette culture arro­gante se lan­çait dans une mis­sion civi­li­sa­trice des sau­vages humains au nom de leur bien-être, bien­tôt elle civi­li­se­ra les ani­maux sau­vages au nom du bien-être ani­mal. Il s’en sui­vra une domes­ti­ca­tion totale du monde sau­vage, ou du moins ce qu’il en res­te­ra. Ce che­min, cette civi­li­sa­tion l’a déjà bien emprunté.

Domestiquer la nature sauvage au nom du bien-être animal

 

« Les sanc­tuaires pour ani­maux ne sont guère plus qu’une distraction. »

– Pride Lion Conser­va­tion Alliance, Mon­ga­bay, 2021.

La domes­ti­ca­tion de la vie sau­vage s’accélère. C’est le constat mal­heu­reux fait en Afrique par une équipe de six femmes – Amy Dick­man, Col­leen Begg, Shi­va­ni Bhal­la, Alayne Cot­te­rill, Ste­pha­nie Dol­ren­ry, and Lee­la Haz­zah –, toutes conser­va­tion­nistes de ter­rain, qui ont ras­sem­blé leurs forces au sein de la Pride Lion Conser­va­tion Alliance. Selon elles, « les sanc­tuaires pour ani­maux ne sont guère plus qu’une dis­trac­tion » mena­çant le main­tien des équi­libres éco­sys­té­miques et la diver­si­té bio­lo­gique, aus­si bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des aires pro­té­gées. La pres­sion crois­sante exer­cée par la socié­té du spec­tacle (télé­vi­sion, réseaux sociaux, célé­bri­tés, ONG), capi­ta­li­sant sur des images émou­vantes pour abê­tir l’audience, neu­tra­li­ser toute réflexion cri­tique et sur­tout faire ouvrir le porte-mon­naie, conduit à « asep­ti­ser la nature », à veiller au bien-être indi­vi­duel des ani­maux au détri­ment de la conser­va­tion des pro­ces­sus éco­lo­giques globaux :

« Si des ani­maux sau­vages sont bles­sés ou souffrent de causes natu­relles – même dans des zones sup­po­sées sau­vages comme les parcs natio­naux – on a de plus en plus ten­dance à se pré­ci­pi­ter pour les soi­gner, sans doute pour évi­ter de contra­rier les tou­ristes ou de ris­quer une condam­na­tion sur les médias sociaux.

Des ani­maux jeunes ou bles­sés peuvent être « sau­vés » par des per­sonnes, des actes de bon­té pou­vant les condam­ner à une vie (sou­vent misé­rable) en cap­ti­vi­té. Cela n’a pas seule­ment un impact sur ces ani­maux, mais aus­si sur l’écosystème et la sélec­tion naturelle.

Il est alar­mant de consta­ter que les centres de « sau­ve­tage » sont de plus en plus per­çus par le public comme jouant un rôle impor­tant dans la conser­va­tion : cette idée est ampli­fiée par les médias, où de belles images mon­trant des humains aux petits soins avec des ani­maux sau­vages sug­gèrent que cela contri­bue à la sau­ve­garde des espèces. Cepen­dant, ces lieux néces­sitent des fonds impor­tants de la part des dona­teurs et peuvent ampli­fier les conflits, car les popu­la­tions locales voient le bien-être des ani­maux sau­vages pas­ser avant leurs besoins.

Il existe éga­le­ment un risque de voir les « orphe­li­nats » et autres éta­blis­se­ments de ce type deve­nir des entre­prises viables. Des ani­maux sau­vages pour­raient alors être accueillis sans rai­son valable, ce qui por­te­rait atteinte à la vie sau­vage. Et si les « sanc­tuaires » peuvent jouer un rôle dans le bien-être des ani­maux, il est rare (et sou­vent peu judi­cieux) que des espèces comme les lions soient relâ­chées dans la nature après avoir été en cap­ti­vi­té, par­ti­cu­liè­re­ment en rai­son du risque de conflit homme-ani­mal avec des ani­maux habi­tués à un contact rap­pro­ché avec les humains. En fin de compte, ces lieux ne sont guère plus qu’une dis­trac­tion : si nous vou­lons sau­ver les espèces sau­vages de grands félins, nous devons nous concen­trer sur la conser­va­tion des ani­maux sau­vages et des lieux sau­vages avec les per­sonnes qui par­tagent leurs pay­sages[107]. »

Les inter­ven­tions intem­pes­tives en faveur du bien-être ani­mal se mul­ti­plient par­tout dans le monde en rai­son de la tyran­nie des médias sociaux. En 2019, le centre afri­cain de jour­na­lisme d’investigation envi­ron­ne­men­tale Oxpe­ckers racon­tait com­ment le gou­ver­ne­ment nami­bien, sous la pres­sion média­tique, avait pro­cé­dé à l’abattage et au dépla­ce­ment de plu­sieurs hyènes s’attaquant à des che­vaux semi-sau­vages intro­duits par l’humain il y a un siècle[108]. Dans une tri­bune parue en 2020 dans la revue scien­ti­fique The Conver­sa­tion, plu­sieurs cher­cheurs dénon­çaient la « conser­va­tion com­pas­sion­nelle » qu’ils défi­nissent de cette manière :

« Ce mou­ve­ment vise à accroître les niveaux de com­pas­sion et d’empathie dans le pro­ces­sus de ges­tion, en trou­vant des solu­tions de conser­va­tion qui mini­misent le mal fait aux ani­maux sau­vages [pris indi­vi­duel­le­ment]. Par­mi leurs idées, les défen­seurs de la conser­va­tion com­pas­sion­nelle affirment qu’au­cun ani­mal ne devrait être tué au nom de la conser­va­tion[109]. »

Bien enten­du, la com­pas­sion n’est pas mau­vaise en soi, mais force est de consta­ter que cer­taines per­sonnes oppor­tu­nistes ins­tru­men­ta­lisent l’empathie du public pour en tirer divers avan­tages – noto­rié­té, dons, publi­ci­té, etc. Les inquié­tudes de la Pride Lion Conser­va­tion Alliance sont par­fai­te­ment fon­dées, il suf­fit de lire les pro­pos du célèbre conser­va­tion­niste Richard Lea­key dans un entre­tien paru début 2020 dans le maga­zine Ame­ri­can Scien­tist :

« Les humains ont pra­ti­qué l’élevage de volailles, de mou­tons, de chèvres et de bovins depuis des temps anciens, et il n’y a aucune rai­son pour que nous ne puis­sions pas consi­dé­rer la faune sau­vage comme quelque chose qui doit être géré de manière inten­sive. Nous devons contrô­ler la diver­si­té géné­tique et la san­té des ani­maux. Nous devons gérer la pos­sible inter­rup­tion de la rela­tion pré­da­teur-proie. Il y a beau­coup de choses que nous devons faire. Et nous sommes for­cés de le faire.

Éthi­que­ment cela ébranle l’histoire de la conser­va­tion, mais je crains que si nous vou­lons gar­der cer­tains de ces parcs, il va fal­loir s’occuper des ani­maux conve­na­ble­ment, et cela veut dire inves­tir de l’argent dans la ges­tion et réduire les pro­blèmes qu’ils causent. La pré­sence de la faune sau­vage en dehors des parcs va deve­nir très discutable. »

Se des­sine alors une syner­gie poten­tielle entre l’élite tra­di­tion­nelle de la conser­va­tion et le mou­ve­ment ani­ma­liste fai­sant pas­ser le bien-être indi­vi­duel avant celui de la com­mu­nau­té ani­male. On recon­naît là les pro­ces­sus à l’œuvre au sein du capi­ta­lisme libé­ral agis­sant comme une sorte de machine à extraire les indi­vi­dus de leur milieu natu­rel pour les pri­ver de leur auto­no­mie et les iso­ler les uns des autres en cloi­son­nant. Ces cloi­sons sont à la fois phy­siques (murs, clô­tures) et imma­té­rielles (indi­vi­dua­lisme, nar­cis­sisme). Détruire le tis­su social et l’autonomie d’une com­mu­nau­té est une condi­tion néces­saire au main­tien de la crois­sance éco­no­mique, car l’économie croit en pha­go­cy­tant de nou­velles res­sources vivantes. Elle se com­porte tel un para­site, vam­pi­ri­sant la vie de ses hôtes, suçant leur fluide vital jusqu’à la der­nière goutte. Vidés de leur essence pri­mor­diale, pri­vés de leur ani­ma­li­té, les indi­vi­dus ain­si domes­ti­qués et recra­chés à la chaîne par le sys­tème mar­chand sont inaptes à faire socié­té. Le résul­tat mène irré­mé­dia­ble­ment à la des­truc­tion de la com­mu­nau­té vivante, qu’elle soit humaine ou non-humaine.

Reve­nons un ins­tant sur Richard Lea­key, car son pro­fil est inté­res­sant à plus d’un titre. Né au Kenya, des­cen­dant d’un colon mis­sion­naire, Richard Lea­key a construit sa renom­mée inter­na­tio­nale grâce à ses décou­vertes archéo­lo­giques et en tant que grand défen­seur de la faune afri­caine. Il fut pré­sident du Kenya Wild­life Ser­vice, l’organisme en charge de la ges­tion des parcs natio­naux kenyans. En 1989, il a fait la une des médias de masse dans le monde entier pour avoir pris la déci­sion de brû­ler les stocks d’ivoire de l’Etat kenyan. Ce fut aus­si l’un des prin­ci­paux avo­cats de l’interdiction du com­merce inter­na­tio­nal d’ivoire, un ban­nis­se­ment qui n’a en rien endi­gué l’hécatombe chez les pachy­dermes afri­cains mas­sa­crés à un rythme de 10 000 à 15 000 indi­vi­dus par an d’après le jour­nal The Guar­dian[110]. Selon les sources, ce chiffre peut mon­ter annuel­le­ment à plus de 30 000 élé­phants (l’African Wild­life Foun­da­tion parle de 35 000[111]), preuve qu’en véri­té, per­sonne ne connaît le nombre exact.

Richard Lea­key enseigne aujourd’hui l’anthropologie à la Sto­ny Brooke Uni­ver­si­ty de New York. En 2004, il a fon­dé l’ONG Wild­life Direct[112] pour « édu­quer » la jeu­nesse kényane qui méprise aujourd’hui la faune grâce au fabu­leux tra­vail des orga­ni­sa­tions phi­lan­thro­piques et des grandes ONG occi­den­tales œuvrant à la conser­va­tion de la nature depuis plus d’un siècle, un tra­vail com­pre­nant l’expulsion sys­té­ma­tique des popu­la­tions locales de leurs terres ances­trales, l’interdiction de pra­ti­quer la chasse tra­di­tion­nelle, le pas­to­ra­lisme, la cueillette, et la pri­va­ti­sa­tion d’immenses espaces réser­vés à l’industrie tou­ris­tique occi­den­tale. Mor­de­cai Oga­da, conser­va­tion­niste kenyan et consul­tant pour Sur­vi­val Inter­na­tio­nal, s’attaque régu­liè­re­ment à cette ONG, en par­ti­cu­lier à sa patronne Pau­la Kahum­bu pour sa stig­ma­ti­sa­tion des popu­la­tions rurales qui refusent le modèle conser­va­tion­niste domi­nant impo­sé à l’époque colo­niale par les blancs. Voi­là à quoi servent la construc­tion d’écoles et, de manière géné­rale, l’éducation en Afrique – à domes­ti­quer les popu­la­tions pour leur faire accep­ter doci­le­ment spo­lia­tions et per­sé­cu­tions durables héri­tées de la colo­ni­sa­tion. Les élites noires du pays n’ont en effet nul­le­ment l’intention d’abandonner la manne tou­ris­tique qui s’élève à plus d’1,5 mil­liard de dol­lars chaque année, soit « l’une des prin­ci­pales sources de devises exté­rieures » du pays selon Reu­ters[113]. Pour ter­mi­ner sur ce bon vieux Richard Lea­key, sachez qu’il compte par­mi les « Par­rains de la Nature » de la mafia nom­mée Union Inter­na­tio­nale pour la Conser­va­tion de la Nature (UICN) dont nous avons déjà par­lé plus haut. Il trône aux côtés de la ver­mine aris­to­cra­tique (Prince Albert II de Mona­co, Sa majes­té la reine Noor Al Hus­sein, le prince Carl Phi­lip de Suède) et d’ultrariches tels Andrew For­rest, fon­da­teur et pré­sident du géant minier Fores­cue Metals Group dont les acti­vi­tés consistent entre autres à détruire la vie des abo­ri­gènes aus­tra­liens, ou encore Frank Mars, héri­tier de la richis­sime famille pro­prié­taire du groupe épo­nyme, géant mon­dial de l’industrie agroa­li­men­taire[114].

Peut-on encore vrai­ment par­ler d’animaux « sau­vages » dans le cas des parcs décrits par Richard Lea­key ? Pas vrai­ment. Des ani­maux pri­vés de liber­té de mou­ve­ment et dépen­dants des humains pour assu­rer leur sur­vie, cela res­semble for­te­ment à des ani­maux domes­tiques, voire à des ani­maux de ferme exploi­tés pour en extraire une valeur ajou­tée. Cette domes­ti­ca­tion du monde sau­vage, c’est ce que prône par exemple le mou­ve­ment RWAS pour Redu­cing Wild Ani­mal Suf­fe­ring (« Réduc­tion de la souf­france des ani­maux sau­vages »). C’est éga­le­ment une idée défen­due par l’antispéciste notoire Tho­mas Lepel­tier dans une confé­rence inti­tu­lée « Faut-il sau­ver la gazelle du lion[115] ? ». Croyez-le ou non, cet hur­lu­ber­lu veut faire man­ger des steaks végans aux lions de la savane afri­caine. Les indus­triels se frottent déjà les mains.

Tho­mas Lepel­tier défend une inter­pré­ta­tion radi­cale de l’antispécisme et, bien qu’il ne fasse pas l’unanimité au sein de la sphère ani­ma­liste, ses idées s’accordent à mer­veille avec le tech­no­ca­pi­ta­lisme de la Sili­con Val­ley. Il pré­tend par exemple que « pour un anti­spé­ciste, se dire éco­lo­giste revien­drait un peu à se tirer une balle dans le pied[116] », car une espèce, une forêt, une rivière, une mon­tagne, ou même la pla­nète, ne sont pas des êtres doués de sen­si­bi­li­té. Leur des­truc­tion ne pose par consé­quent aucun pro­blème selon lui. Il défend éga­le­ment dans un article inti­tu­lé « Se sou­cier des ani­maux sau­vages » un inter­ven­tion­nisme for­ce­né dans les habi­tats natu­rels pour stop­per la souf­france chez les ani­maux sen­tients[117]. Tou­jours dans la revue anti­spé­ciste L’Amorce, il a publié en 2018 un article titrant « Pour en finir avec la vie ! » où il détaille pour­quoi « défendre les ani­maux au nom du res­pect de la vie, du vivant et de la pla­nète est pro­blé­ma­tique[118]. » On ne remer­cie­ra peut-être jamais assez Tho­mas Lepel­tier de révé­ler le vrai visage de l’antispécisme, une idéo­lo­gie déri­vée du néo­li­bé­ra­lisme qui s’apparente furieu­se­ment à une néga­tion du vivant. Le sys­tème tech­no­lo­gique ayant pour enne­mi prin­ci­pal la vie sur Terre, on devine aisé­ment la suite.

Pour finir là-des­sus, exa­mi­nons ce qu’un Lepel­tier publie sur Facebook :

« Patrick Brown, le pdg de “Impos­sible Foods”, a un objec­tif : mettre fin aux indus­tries de la viande et du pois­son d’i­ci 2035, en rem­pla­çant leurs pro­duits par de la viande et du pois­son à base de plantes géné­ti­que­ment modi­fiées. Finis donc l’é­le­vage et la pêche. ? Voi­là le genre de beaux pro­jets que l’on peut déve­lop­per en misant sur des inno­va­tions tech­no­lo­giques, du capi­ta­lisme finan­cier et des mar­chés en crois­sance. ? À côté de cela, il y a les Auré­lien Bar­rau, Pablo Ser­vigne et autres col­lap­so­logues qui invitent la popu­la­tion à rejoindre les Zad, à jouer de la gui­tare autour d’un feu de camp et à réci­ter de la poé­sie pour être en com­mu­nion avec la nature. ☹️ Je ne sais pas pour­quoi, mais le pro­jet de Patrick Brown me paraît plus pro­met­teur pour “pro­té­ger la pla­nète”. ?[119] »

D’après un article de Reu­ters publié au mois d’avril 2021, Impos­sible Foods se pré­pare à entrer en bourse. Sa valo­ri­sa­tion anti­ci­pée par les ana­lystes ? 10 mil­liards de dol­lars[120]. Par­mi les inves­tis­seurs déjà aux manettes, on trouve le fonds Khos­la Ven­tures spé­cia­li­sé dans les bio­tech­no­lo­gies, l’Internet et la robo­tique, le fonds Hori­zons Ven­tures se concen­trant sur des star­tups de rup­ture axées sur la tech­no­lo­gie, ain­si que Sere­na Williams et Jay‑Z, la star du ten­nis et le rap­peur déjà évo­qués plus haut pour leur pro­pa­gande en faveur des alter­na­tives végé­tales. Mais là n’est peut-être pas le plus fou dans cette his­toire. Les anti­spé­cistes, ces pro­gres­sistes por­tant fiè­re­ment l’étendard de la libé­ra­tion ani­male, tra­vaillent en réa­li­té à l’asservissement total du monde ani­mal par le sys­tème tech­no­lo­gique, pour une exploi­ta­tion durable. Un comble.

Cause animale, le catalyseur de la transition agro-industrielle

Cette pro­pa­gande bien hui­lée en faveur de la cause ani­male ne suf­fi­ra pas à elle seule pour modi­fier des habi­tudes cultu­relles bien ancrées comme la consom­ma­tion de viande, d’œufs et de pois­son. Les entre­pre­neurs végans ont lon­gue­ment étu­dié la chose, à l’image d’Ethan Brown, fon­da­teur de Beyond Meat, une firme indus­trielle végane cotée au NASDAQ dont la capi­ta­li­sa­tion bour­sière s’élève à 9 mil­liards de dollars :

« Nous avons com­men­cé par recon­naître que la viande fait par­tie de notre culture, et puis nous nous sommes deman­dés : est-ce que la viande a vrai­ment besoin de pro­ve­nir des ani­maux ? La réponse à cette ques­tion est non, vous pou­vez l’obtenir à par­tir des plantes et cela vous donne une oppor­tu­ni­té fan­tas­tique pour inno­ver. C’est vrai­ment exci­tant. Pre­nez par exemple votre Iphone qui tient dans la poche, c’est tou­jours un télé­phone. Sauf qu’il est très dif­fé­rent du télé­phone fixe, il est fabri­qué et uti­li­sé dif­fé­rem­ment, mais cela reste un télé­phone. Et il a rem­pla­cé le télé­phone fixe. Pou­vons-nous avoir ce type d’impact avec la viande végé­tale ? […] Si les gens ont gran­di en se réga­lant de sau­cisses, nous vou­lons être cer­tains de les abor­der avec amour et res­pect, en leur pro­po­sant un pro­duit au goût déli­cieux. Il y a lit­té­ra­le­ment plus de 1 000 molé­cules don­nant à la viande sa saveur carac­té­ris­tique, alors le jeu consiste à trou­ver des molé­cules simi­laires ou les mêmes molé­cules chez les plantes, puis de les com­bi­ner d’une cer­taine manière pour copier le goût de la viande. Chaque année, nous nous rap­pro­chons de l’objectif[121]. »

On en salive déjà.

Dans un article titrant « Pour­quoi le prix et non la gen­tillesse vont mettre fin à l’élevage » paru sur le site Plant Based News, Alex Lock­wood éclaire notre lan­terne. La pro­duc­tion des sub­sti­tuts végé­taux à très grande échelle, ain­si que les déve­lop­pe­ments bio­tech­no­lo­giques régu­liers, vont per­mettre aux indus­triels de pro­po­ser une viande végé­tale au-des­sous du prix de la viande ani­male. La tyran­nie du mar­ché s’apprête à por­ter le coup de grâce à l’élevage sous toutes ses formes, indus­triel et pay­san. Ceux qui souf­fri­ront le plus des consé­quences de cette guerre ali­men­taire seront comme tou­jours les petits pro­duc­teurs locaux. Il sub­sis­te­ra pro­ba­ble­ment une pro­duc­tion de viande arti­sa­nale, mais les prix risquent très cer­tai­ne­ment d’exploser, si bien que seuls les riches y auront accès. Ce sujet a déjà été abor­dé en détails dans l’article « L’avenir sera végan, que ça vous plaise ou non[122] ». Nous ne revien­drons donc pas ici en détails sur la « seconde domes­ti­ca­tion » des plantes et des ani­maux ren­due pos­sible par le déve­lop­pe­ment des biotechnologies.

Le site Plant Based News indique par ailleurs que les lob­bys de l’agroalimentaire euro­péen – notam­ment l’industrie lai­tière – résistent à l’invasion des rayons des super­mar­chés par les sub­sti­tuts végétaux :

« C’est éga­le­ment la rai­son pour laquelle le lob­by lai­tier euro­péen tente d’empêcher la vente de pro­duits d’o­ri­gine végé­tale dans des embal­lages “lai­tiers”. Si les four­nis­seurs de pro­duits d’o­ri­gine végé­tale doivent uti­li­ser des embal­lages dif­fé­rents, cela pour­rait rendre les alter­na­tives végé­tales plus dif­fi­ciles à pro­duire et, sur­tout, plus chères à ache­ter[123]. »

Et devi­nez sur qui se sont appuyés les indus­triels végans pour contre-atta­quer ? Sur leur com­mu­nau­té de fana­tiques ! La marque Oat­ly a ain­si fait tour­ner une péti­tion, relayée en sui­vant par d’autres marques véganes. En jan­vier, la péti­tion avait recueilli 16 000 signa­tures. Le 8 juin, ce chiffre s’élevait à plus de 450 000[124]. Comme le rap­pelle à juste titre Der­rick Jen­sen, cofon­da­teur de Deep Green Resis­tance, dans le docu­men­taire Bright Green Lies, le monde des affaires a réa­li­sé un véri­table tour de force mar­ke­ting en cap­tu­rant les aspi­ra­tions des gens, chose gran­de­ment faci­li­tée par le para­si­tage tech­no­lo­gique de la vie humaine – écrans, Inter­net et réseaux sociaux :

« Des cen­taines de mil­liers de per­sonnes défilent dans les rues de Washing­ton, New York ou Paris. Et si vous leur deman­dez : pour­quoi mani­fes­tez-vous ? Elles vous diront : nous vou­lons sau­ver la pla­nète. Si vous leur deman­dez leurs reven­di­ca­tions, elles vous diront : nous vou­lons des sub­ven­tions pour les indus­tries éolienne et solaire. C’est extra­or­di­naire. Je ne connais aucun autre exemple his­to­rique de mou­ve­ment de masse aus­si inté­gra­le­ment détour­né et chan­gé en lob­by pro-industrie. »

À cause du matra­quage cré­ti­ni­sant des ONG, des influen­ceurs et des médias, le même sketch pathé­tique se déroule à nou­veau sous nos yeux entre d’un côté des indus­tries mon­trées du doigt (char­bon, pétrole, gaz), et de l’autre, les indus­tries éolienne et solaire éri­gées en bien­fai­trices du monde et de l’humanité. Dans l’arène ali­men­taire, l’élevage a pris la place des car­bu­rants fos­siles en tant que bouc émis­saire. Mais cette oppo­si­tion est fac­tice, elle n’existe que dans l’imaginaire des consom­ma­teurs, les domi­nants l’ont construite de toutes pièces. Tout le sec­teur agro-indus­triel – dont les géants de la viande indus­trielle – inves­tissent mas­si­ve­ment dans les bio­tech­no­lo­gies afin de pro­duire à terme des sub­sti­tuts végé­taux à la viande et de la viande arti­fi­cielle. La même chose se pro­duit chez les majors du pétrole. Total inves­tit par exemple mas­si­ve­ment dans la cap­ture du car­bone pour « décar­bo­ner l’industrie » et sto­cker 2,4 mil­liards de tonnes de CO2 d’ici 2040[125]. Et d’après le maga­zine Capi­tal, « Total conti­nue d’accélérer dans l’énergie pho­to­vol­taïque ! Le géant du pétrole et des éner­gies renou­ve­lables a ache­té au groupe indien Ada­ni 20% dans Ada­ni Green Ener­gy Limi­ted (AGEL), pre­mier déve­lop­peur solaire au monde[126]. » Même scé­na­rio pour l’industrie agroa­li­men­taire. L’Empire Uni­le­ver a par exemple inves­ti 85 mil­lions d’euros pour construire un centre de recherche sur les alter­na­tives à base de plantes dans la « Sili­con Val­ley of Food », à Wage­nin­gen aux Pays-Bas[127]. Des mas­to­dontes états-uniens de la viande indus­trielle comme Tyson Foods et Car­gill ont inves­ti dans Mem­phis Meat, une star­tup fabri­quant de la viande à par­tir de cel­lules culti­vées en machine. Tyson a éga­le­ment inves­ti dans Beyond Meat (déjà évo­quée plus haut) et Future Meat Tech­no­lo­gies Ltd. Même chose pour Per­due Farms qui cherche à diver­si­fier ses acti­vi­tés. L’ensemble du sec­teur agro-indus­triel a déjà bien enta­mé sa muta­tion[128]. Klaus Schwab, patron du Forum Éco­no­mique Mon­dial, parle de « qua­trième révo­lu­tion indus­trielle[129] ».

Dans sa conclu­sion, un article du média Vox enfonce le clou sur la col­la­bo­ra­tion fruc­tueuse entre géants de la viande indus­trielle et star­tups véganes :

« Dans l’en­semble, […] les entre­prises spé­cia­li­sées dans les pro­duits alter­na­tifs à la viande ont bien accueilli leurs nou­veaux alliés impro­bables. Il s’a­git d’un signe sup­plé­men­taire signi­fiant que le mou­ve­ment ani­ma­liste est en train de com­prendre com­ment se démo­cra­ti­ser : en construi­sant une coa­li­tion autour de tous les pro­blèmes de l’é­le­vage indus­triel et en s’en­ga­geant de manière flexible dans tous les par­te­na­riats qui ont un sens pour un ave­nir sans viande[130]. »

Au risque de déce­voir les lec­teurs qui espé­raient naï­ve­ment voir les indus­triels végans suivre une quel­conque éthique, rap­pe­lons la chose sui­vante : le monde des affaires est amo­ral. L’éthique sert seule­ment d’appât dans une stra­té­gie mar­ke­ting bien fice­lée pour faire cra­cher le pognon au cha­land. Si col­la­bo­rer avec les cra­pules de la pire espèce – tueurs de masse, vio­leurs, dic­ta­teurs, escla­va­gistes – peut aider une firme à accroître son pou­voir, elle le fera sans aucune hési­ta­tion. Les exemples ne manquent pas.

Selon le socio­logue états-unien Charles Der­ber, la socié­té indus­trielle, ses règles et ses valeurs, sont sociopathiques :

« Une socié­té socio­pathe est une socié­té qui déve­loppe des règles de com­por­te­ment anti-socié­tal. L’ensemble de notre struc­ture est conçue pour nous concen­trer sur la bio­lo­gie et les per­son­na­li­tés, et non sur les ins­ti­tu­tions. Nous voyons des indi­vi­dus, nous ne voyons pas de systèmes.

[…]

Dans mon livre, Socio­pa­thic Socie­ty, je sou­tiens que la dif­fu­sion intense et effrayante du com­por­te­ment socio­pa­thique pro­vient des grandes entre­prises, qui sont fon­da­men­ta­le­ment des socio­pathes dans leur ADN, leurs sta­tuts, sur le mar­ché au sens plus large et dans l’économie poli­tique dans laquelle elles opèrent.

[…]

Le com­por­te­ment socio­pa­thique ne pro­vient pas d’une chi­mie céré­brale qui aurait mal tour­né, mais du triomphe d’un sys­tème socio­pa­thique d’institutions et d’élites qui ont réécrit les normes sociales, réécrit la loi, recon­fi­gu­ré l’arène du pou­voir ins­ti­tu­tion­nel de manière si extrême qu’elles ont créé une socié­té dans laquelle les normes de com­por­te­ment domi­nantes exigent une conduite de socio­pathe pour sur­vivre[131]. »

Retour aux alter­na­tives végé­tales à la viande pen­sées et fabri­quées par d’authentiques socio­pathes. Ces der­nières sont actuel­le­ment 200 % plus oné­reuses par rap­port à la viande, et cela consti­tue un frein impor­tant au déve­lop­pe­ment de l’industrie végane. Bill Gates, qui a lui aus­si inves­ti dans Beyond Meat, a encou­ra­gé récem­ment les gens à se tour­ner vers des pro­duits à base de plantes :

« Réduire vos propres émis­sions de car­bone n’est pas la chose avec le plus d’impact vous puis­siez faire. Vous pou­vez éga­le­ment envoyer un signal au mar­ché indi­quant que les gens veulent des alter­na­tives sans car­bone et sont prêts à payer pour cela.

[…]

Lorsque vous payez plus cher pour une voi­ture élec­trique, une pompe à cha­leur ou un ham­bur­ger à base de plantes, c’est comme de dire “il y a un mar­ché pour ces pro­duits. Nous allons les acheter.” »

Plus loin, le mil­liar­daire poursuit :

« Si un nombre suf­fi­sant de per­sonnes envoie le même signal, les entre­prises réagi­ront – assez rapi­de­ment, d’a­près mon expé­rience. Elles consa­cre­ront plus d’argent et de temps à la fabri­ca­tion de pro­duits à faibles émis­sions, ce qui fera bais­ser les prix de ces pro­duits, ce qui les aide­ra à être adop­tés en grand nombre. »

Et les inves­tis­seurs – dont Bill Gates – seront tout natu­rel­le­ment heu­reux d’accumuler davan­tage d’argent et de pou­voir grâce à votre impli­ca­tion pour la super­che­rie du siècle qu’est la neu­tra­li­té carbone :

« Les inves­tis­seurs seront plus confiants dans le finan­ce­ment des nou­velles entre­prises qui réa­lisent les per­cées qui nous aide­ront à atteindre la neu­tra­li­té car­bone[132]. »

Neutralité carbone ou comment achever la biosphère

En consom­mant végan ou « neutre en car­bone », la seule chose dont vous pou­vez être cer­tain, c’est d’engraisser Bill Gates et ses copains ultra­riches – Jeff Bezos, Xavier Niel, Richard Bran­son, Peter Thiel, Elon Musk, Reid Hoff­man et bien d’autres – qui ont tous inves­ti dans des star­tups véganes[133]. Pour ce qui est de sau­ver la pla­nète, rien n’est moins sûr. Ser­vant admi­ra­ble­ment l’accélération du déve­lop­pe­ment tech­no­ca­pi­ta­liste, la neu­tra­li­té car­bone a déclen­ché une course à l’extraction de métaux sans pré­cé­dent dans l’histoire. Selon la Banque Mon­diale, pour répondre à la demande inter­na­tio­nale, il fau­dra extraire 550 mil­lions de tonnes de cuivre dans les 25 pro­chaines années, soit une quan­ti­té équi­va­lente à la pro­duc­tion des 5 000 ans pas­sés[134]. Et il ne s’agit que du cuivre. La pro­duc­tion de lithium devra croître de 965 % d’ici 2050 pour satis­faire la demande ; celle de cobalt de 585 % ; celle de gra­phite de 383 % ; celle d’indium de 241 % ; quant à la pro­duc­tion de nickel, cette crois­sance est esti­mée à 108 %, prin­ci­pa­le­ment en rai­son du sto­ckage de l’énergie (74 % de la demande en 2050), mais le nickel est aus­si indis­pen­sable à la pro­duc­tion de nom­breux alliages, à com­men­cer par cer­tains aciers.

Pour rem­plir leurs objec­tifs et sécu­ri­ser l’approvisionnement des métaux indis­pen­sables à la crois­sance du sys­tème tech­no­lo­gique, les fêlés au pou­voir sont déter­mi­nés à miner les fonds marins de l’Océan Paci­fique (deep-sea mining). Selon l’UICN, ce car­nage est jus­ti­fié, puisqu’il s’agit de déve­lop­per des tech­no­lo­gies dites « vertes » :

« Les gise­ments miné­raux des grands fonds sus­citent un inté­rêt crois­sant. Cela est dû en grande par­tie à l’é­pui­se­ment des gise­ments ter­restres de métaux tels que le cuivre, le nickel, l’a­lu­mi­nium, le man­ga­nèse, le zinc, le lithium et le cobalt, ain­si qu’à la demande crois­sante de ces métaux pour pro­duire des appli­ca­tions de haute tech­no­lo­gie telles que les smart­phones et les tech­no­lo­gies vertes comme les éoliennes, les pan­neaux solaires et les bat­te­ries de sto­ckage électrique. »

Les connais­sances scien­ti­fiques sur les plaines abys­sales situées entre 3 500 et 6 000 mètres de pro­fon­deur sont anec­do­tiques, ce qui rend dif­fi­cile d’évaluer l’impact poten­tiel de ces extractions :

« Comme les grands fonds marins res­tent peu étu­diés et mal connus, notre com­pré­hen­sion de leur bio­di­ver­si­té et de leurs éco­sys­tèmes pré­sente de nom­breuses lacunes. Il est donc dif­fi­cile d’é­va­luer de manière appro­fon­die les impacts poten­tiels de l’ex­ploi­ta­tion minière en eaux pro­fondes et de mettre en place des mesures de sau­ve­garde adé­quates pour pro­té­ger le milieu marin. »

Les engins raclant le plan­cher pour­raient détruire des habi­tats, éra­di­quer des espèces dont ne connaît pas l’existence, ou encore conduire à une frag­men­ta­tion ou à une perte de struc­ture et de fonc­tion­na­li­té de l’écosystème. Cer­taines tech­niques d’extraction vont créer d’immenses panaches de par­ti­cules en sus­pen­sion qui pour­raient se dis­per­ser bien au-delà de la zone d’extraction. Per­sonne ne sait com­bien de temps ils met­tront à se redé­po­ser, ni s’ils pour­raient étouf­fer les espèces vivantes qui dépendent d’une eau claire et propre pour se nour­rir (krill, requins-baleines). Et l’UICN d’ajouter :

« Les espèces telles que les baleines, les thons et les requins pour­raient être affec­tées par le bruit, les vibra­tions et la pol­lu­tion lumi­neuse cau­sés par les équi­pe­ments miniers et les navires de sur­face, ain­si que par les fuites et déver­se­ments poten­tiels de car­bu­rant et de pro­duits toxiques. »

Mais les consé­quences du deep-sea mining ne vont pas se limi­ter au niveau local. Inter­viewé dans le docu­men­taire La ruée vers les fonds marins du Paci­fique, Mat­thias Hae­ckel, cher­cheur au centre GEOMAR Helm­holtz pour la recherche océa­nique, déclare :

« Le plan­cher océa­nique, sur­tout celui des abysses qui repré­sente une immense sur­face, est le moteur prin­ci­pal du cycle mon­dial du car­bone. C’est lui qui équi­libre notre cli­mat à une échelle tem­po­relle d’environ 100 000 ans. À cela s’ajoute un 2ème cycle que l’exploitation des nodules [poly­mé­tal­liques] risque éga­le­ment de per­tur­ber, qui est celui de l’oxygène. Les sédi­ments marins régulent le taux d’oxygène, et là, il s’agit d’un cycle sur plus de deux mil­lions d’années. »

Rien de suf­fi­sam­ment alar­mant là-dedans pour tout stop­per selon l’UICN :

« Des éva­lua­tions des inci­dences sur l’en­vi­ron­ne­ment, une régle­men­ta­tion effi­cace et des stra­té­gies d’at­té­nua­tion sont néces­saires pour limi­ter les effets de l’ex­ploi­ta­tion minière pro­fondes[135]. »

L’U­nion inter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la pègre pré­cise en outre qu’il faut encou­ra­ger un meilleur desi­gn des pro­duits, recy­cler, répa­rer et réuti­li­ser les appa­reils. L’é­co­no­mie cir­cu­laire, c’est impor­tant pour laver dura­ble­ment le cer­veau des consom­ma­teurs. Les res­pon­sables de l’UICN sont plei­ne­ment conscients des désastres à venir, mais il faut quand même y aller. Le pro­grès de la civi­li­sa­tion, ça ne se dis­cute pas ! D’après Reu­ters, l’exploitation minière du pla­teau conti­nen­tal nor­vé­gien est immi­nente[136]. Selon le site Mining Tech­no­lo­gy, l’entreprise Deb­ma­rine Nami­bia, pos­sé­dée à parts égales par le gou­ver­ne­ment et le conglo­mé­rat dia­man­taire sud-afri­cain De Beers, extrait déjà des dia­mants au large des côtes nami­biennes depuis 2002[137]. Charles Der­ber avait vu juste, les ins­ti­tu­tions et leurs diri­geants sont des psy­cho­pathes. Ajou­tons que l’attention concen­trée sur la tran­si­tion car­bone et la pro­duc­tion éner­gé­tique éclipse aus­si les besoins annuels en sable et gra­vier de la civi­li­sa­tion indus­trielle. D’après l’ONU, la demande se situe­rait entre 40 et 50 mil­liards de tonnes par an, un chiffre en aug­men­ta­tion annuelle de 5,5 % en rai­son de l’urbanisation galo­pante et du déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures[138].

 

Navire minier de l’entreprise De Beers. Cinq bateaux de ce type sillonnent les côtes nami­biennes, pom­pant jusqu’à 60 tonnes de sédi­ments par heure. Les tech­niques d’extraction varient selon la nature du plan­cher océa­nique, l’un des navires uti­lise par exemple un col­lec­teur de 280 tonnes pour dra­guer le fond. Les dia­mants décou­verts sont ensuite éva­cués par hélicoptère.
Les machines sont prêtes à exter­mi­ner la vie dans les abysses grâce à nos amis scien­ti­fiques et ingé­nieurs. À gauche, deux hommes en gilet jaune se tenant à côté de l’engin donnent une idée des dimen­sions du monstre.
Une carte de la zone de Cla­rion Clip­per­ton dans le centre de l’océan Paci­fique. Les fonds marins y regorgent de métaux indis­pen­sables à la qua­trième révo­lu­tion indus­trielle (man­ga­nèse, zinc, cuivre, or, cobalt, nickel, molyb­de­num, yttrium, tel­lu­rium, etc.).
Sché­ma de fonc­tion­ne­ment du minage des fonds marins.

Le rap­port Pers­pec­tives des res­sources mon­diales de l’ONU publié en 2019 ajoute au sujet des miné­raux non métal­liques (sable, gra­vier et argile) :

« Entre 1970 et 2017, l’utilisation s’est accrue, pas­sant de 9 à 44 mil­liards de tonnes, et repré­sente un dépla­ce­ment impor­tant de l’extraction mon­diale de la bio­masse vers les minéraux. »

Sur l’eau :

« Les pré­lè­ve­ments d’eau au niveau mon­dial pour l’agriculture, l’industrie et les com­munes ont aug­men­té à un rythme plus rapide que celui de la popu­la­tion humaine dans la seconde moi­tié du XXe siècle. Entre 1970 et 2010, le taux de crois­sance des pré­lè­ve­ments a ralen­ti, mais aug­mente tou­jours de 2 500 à 3 900 km³ par an. Entre 2000 et 2012, 70 pour cent des pré­lè­ve­ments d’eau au niveau mon­dial ont ser­vi à l’agriculture, prin­ci­pa­le­ment à l’irrigation, tan­dis que les indus­tries ont pré­le­vé 19 pour cent et les com­munes 11 pour cent. »

Près de 90 % de l’eau pillée dans le monde l’est donc pour l’agriculture indus­trielle et les industries.

Sur les métaux :

« Une crois­sance annuelle de 2,7 pour cent de l’utilisation des mine­rais métal­liques depuis 1970 reflète l’importance des métaux dans la construc­tion, les infra­struc­tures, la fabri­ca­tion et les biens de consommation. »

Sur les com­bus­tibles fossiles :

« L’utilisation du char­bon, du pétrole et du gaz natu­rel est pas­sée de 6 mil­liards de tonnes en 1970 à 15 mil­liards de tonnes en 2017, mais la part de l’extraction totale au niveau mon­dial a dimi­nué de 23 à 16 pour cent. »

Les États-Unis, la Nor­vège, la Fin­lande, la Chine, la Rus­sie, tous les États indus­tria­li­sés n’attendent qu’une chose : la fonte de l’Arctique pour aller y cher­cher les gigan­tesques res­sources pétro­lières et gazières esti­mées res­pec­ti­ve­ment à 13 % (90 mil­liards de barils) et 25 % des réserves mon­diales[139].

Sur la biomasse :

« La demande totale de bio­masse a aug­men­té, pas­sant de 9 mil­liards de tonnes en 1970 à 24 mil­liards de tonnes en 2017, sur­tout dans les caté­go­ries récolte et pâturage. »

Au total, l’extraction de maté­riaux a été mul­ti­pliée par trois en quelques décen­nies seulement :

« Entre 1970 et 2017, l’extraction annuelle de matières au niveau mon­dial a tri­plé, pas­sant de 27 à 92 mil­liards de tonnes, et conti­nue d’augmenter. Depuis l’an 2000, la crois­sance des taux d’extraction s’est accé­lé­rée, attei­gnant 3,2 pour cent par an, impu­table en grande par­tie à d’importants inves­tis­se­ments dans les infra­struc­tures et à l’amélioration du niveau de vie maté­riel dans les pays en déve­lop­pe­ment et en tran­si­tion, notam­ment en Asie[140]. »

Ils font bien de pré­ci­ser niveau de vie « maté­riel », car la cor­ré­la­tion posi­tive éta­blie par les tech­no­crates entre niveau de bien-être et accu­mu­la­tion maté­rielle est un men­songe ; elle ne se maté­ria­lise pas dans la vie réelle. Si les gens étaient heu­reux dans l’Occident civi­li­sé, l’industrie du déve­lop­pe­ment per­son­nel ne pèse­rait pas 38 mil­liards de dol­lars aux États-Unis[141], et la consom­ma­tion d’antidépresseurs n’exploserait pas dans tous les pays pro­gres­sistes[142]. La plu­part des socié­tés non civi­li­sées com­battent à rai­son l’accumulation maté­rielle, par exemple les Had­zabe de Tan­za­nie[143].

Deve­nus hégé­mo­niques avec une capi­ta­li­sa­tion bour­sière cumu­lée qui a dépas­sé les 5 000 mil­liards de dol­lars en 2020 (« la capi­ta­li­sa­tion seule d’Apple [2 256 mil­liards de dol­lars] dépasse la valeur cumu­lée des entre­prises de la place bour­sière fran­çaise » annonce le maga­zine LSA[144]), les GAFA se parent de toutes les ver­tus quand il s’agit de décar­bo­ner la socié­té tech­no-indus­trielle. Et pour­tant, « le numé­rique car­bure au char­bon » d’après Le Monde Diplo­ma­tique. L’industrie numé­rique repré­sente déjà 4 % de la consom­ma­tion d’énergie pri­maire mon­diale, et cette consom­ma­tion croît à un rythme de 9 % par an. Les data­cen­ters d’Amazon situés en Vir­gi­nie, où tran­site envi­ron 70 % du tra­fic Inter­net mon­dial, car­burent prin­ci­pa­le­ment au char­bon des mon­tagnes Appa­laches extrait en écrê­tant les som­mets à l’explosif. À cette expan­sion de la gan­grène tech­no­lo­gique va s’ajouter une forte hausse des émis­sions de GES, car « un pro­jet stan­dard d’apprentissage auto­ma­tique émet aujourd’hui, pen­dant l’ensemble de son cycle de déve­lop­pe­ment, envi­ron 284 tonnes de CO2, soit cinq fois les émis­sions d’une voi­ture de sa fabri­ca­tion jusqu’à la casse. »

D’après le cher­cheur Car­los Gomez-Rodrigues :

« La majo­ri­té des recherches récentes en intel­li­gence arti­fi­cielle négligent l’efficacité éner­gé­tique, parce qu’on s’est aper­çu que de très grands réseaux de neu­rones [plus éner­gi­vores] sont utiles pour accom­plir une diver­si­té de tâches, et que les entre­prises et les ins­ti­tu­tions qui ont accès à d’abondantes res­sources infor­ma­tiques en tirent un avan­tage concur­ren­tiel[145]. »

Les GAFAM n’ont par consé­quent aucun inté­rêt à mettre au point des tech­no­lo­gies sobres. Pour conclure sur ce point, pré­ci­sons que Micro­soft, Ama­zon et Google ont pour clientes la plu­part des majors pétro­lières (Total, Che­vron, BP, Exxon, etc.).

L’ablation des Appa­laches au nom du pro­grès de la civi­li­sa­tion industrielle.

La socié­té indus­trielle consume lit­té­ra­le­ment notre pla­nète vivante pour exé­crer en fin de chaîne de la matière inerte, morte. D’après une étude publiée le 9 décembre 2020 dans la revue Nature, la masse « anthro­po­gé­nique », ou plu­tôt indus­trielle puisque décou­lant exclu­si­ve­ment de l’appareil pro­duc­tif indus­triel – construc­tions et infra­struc­tures prin­ci­pa­le­ment –, est aujourd’hui équi­va­lente à la bio­masse ter­restre vivante esti­mée à 1,1 téra­tonne, soit 1 100 mil­liards de tonnes. Dans les deux cas, il s’agit de la masse « sèche », c’est-à-dire excluant l’eau. Selon les auteurs, la masse anthro­po­gé­nique « est défi­nie comme la masse incor­po­rée dans les objets solides inani­més fabri­qués par l’homme (qui n’ont pas été démo­lis ou mis hors ser­vice, que nous défi­nis­sons comme “déchets de masse anthro­pique”) ». On y trouve l’ensemble des maté­riaux uti­li­sés par le sec­teur du BTP et l’industrie : béton, agré­gats, briques, métaux, bois uti­li­sé pour l’industrie pape­tière, ou encore verre et plas­tique. Les auteurs de l’étude estiment éga­le­ment que la seule masse du plas­tique sur Terre (déchets com­pris) excède celle de tous les ani­maux ter­restres et marins.

La crois­sance expo­nen­tielle de la masse dite « anthro­po­gé­nique », ou plus pré­ci­sé­ment indus­trielle, puisque résul­tant exclu­si­ve­ment de l’appareil pro­duc­tif de la socié­té indus­trielle, en com­pa­rai­son de la bio­masse. D’après les auteurs de l’étude, cette der­nière est res­tée stable en rai­son d’une inter­ac­tion com­plexe entre la défo­res­ta­tion, le reboi­se­ment et l’effet crois­sant de fer­ti­li­sa­tion par le CO2.

Cette démence nom­mée pro­grès ne s’ar­rê­te­ra pas d’elle-même. Il fau­dra inter­ve­nir, puis­qu’un autre objec­tif dis­si­mu­lé der­rière cette volon­té de conver­tir au végé­ta­lisme l’humanité entière est de libé­rer du pou­voir d’achat grâce à l’innovation tech­no­lo­gique, pour sti­mu­ler la crois­sance, donc extraire plus de maté­riaux et accé­lé­rer la dévas­ta­tion du monde. Selon le think tank RethinkX, auteur du rap­port Repen­ser l’alimentation et l’agriculture 2020–2030 – La seconde domes­ti­ca­tion des plantes et des ani­maux, la dis­rup­tion de la vache, et l’effondrement de l’élevage indus­triel :

« La famille amé­ri­caine moyenne éco­no­mi­se­ra plus de 1 200 dol­lars par an en frais d’a­li­men­ta­tion. Cela per­met­tra aux Amé­ri­cains de conser­ver 100 mil­liards de dol­lars sup­plé­men­taires par an dans leurs poches d’i­ci 2030[146]. »

Le sur­plus ain­si déga­gé pour les ménages peut être dépen­sé pour consom­mer plus.

Consommer ou combattre

 

« Ils veulent nous faire croire que nos choix de consom­ma­tion sont le seul moyen que nous avons de chan­ger les choses. Si nous accep­tons cela, ils gagnent. Nous voi­là réduits au sta­tut de consom­ma­teurs. On ne devrait pas se lais­ser faire. Parce que, oui, on consomme. Dans cette socié­té, dans cette culture, je suis obli­gé d’acheter des choses pour sur­vivre. Mais cela ne me défi­nit en rien, pas plus que mon pou­voir d’ac­tion dans ce monde. Fon­da­men­ta­le­ment, je suis un ani­mal doté de mains et de pieds. Je peux aller me bala­der dans des endroits, je peux faire des choses. J’ai une voix, la capa­ci­té de par­ler avec d’autres, de construire une rela­tion avec eux, de m’organiser, et de me battre si néces­saire. Tout cela importe bien plus que ma capa­ci­té à ache­ter ou ne pas ache­ter quelque chose. »

– Max Wil­bert, auteur et membre du mou­ve­ment Deep Green Resis­tance, inter­viewé dans le docu­men­taire Bright Green Lies.

À l’instar d’Extinction Rebel­lion, le mou­ve­ment Ani­mal Rebel­lion ins­crit sur son site à plu­sieurs endroits, en gras et sur­li­gné de rouge que leur « phi­lo­so­phie est la déso­béis­sance civile non vio­lente ». Ils pré­tendent que seule la mobi­li­sa­tion de masse non vio­lente peut chan­ger le sys­tème poli­tique et éveiller les consciences et, de manière assez pathé­tique, s’excusent par avance pour les désa­gré­ments cau­sés par leurs actions de blo­cage[147]. Bref, des rebelles en car­ton, voire des col­la­bos si l’on se réfère aux pro­pos de George Orwell sur le paci­fisme. Il est déjà loin le temps où José Bové démon­tait le McDonald’s de Mil­lau en com­pa­gnie d’autres agri­cul­teurs. Pen­sez-vous qu’Hitler aurait pu être vain­cu par la non-vio­lence ? Aveu­glé par son idéo­lo­gie paci­fiste, Gand­hi sem­blait le croire puisqu’il a envoyé deux lettres à Hit­ler pour lui deman­der gen­ti­ment de ces­ser ses bêtises[148]. Pen­sez-vous que les Viet­na­miens auraient pu battre les colons fran­çais puis repous­ser l’invasion amé­ri­caine en leur deman­dant gen­ti­ment d’arrêter ? Bien sûr que non. Ajou­tons en sus que l’influence de Gand­hi sur le départ des bri­tan­niques a été « mini­male », dixit le pre­mier ministre bri­tan­nique de l’époque Sir Cle­ment Attlee, l’homme qui a octroyé à l’Inde son indé­pen­dance[149].

« Le paci­fisme est ouver­te­ment pro-fas­ciste. Cela relève du bon sens le plus élé­men­taire. Quand on entrave l’effort de guerre d’un camp, on aide auto­ma­ti­que­ment le camp adverse. Par ailleurs, il n’est pas vrai­ment pos­sible de faire preuve de neu­tra­li­té dans une guerre comme celle-ci. […] D’autres s’imaginent que l’on pour­rait « venir à bout » de l’armée alle­mande en se cou­chant sur le dos ; qu’ils conti­nuent à la croire, mais qu’ils se demandent aus­si de temps en temps s’il ne s’agit pas là d’une illu­sion née d’un sou­ci de sécu­ri­té, d’un excès d’argent et d’une simple mécon­nais­sance de la manière dont les choses se pro­duisent réel­le­ment. […] Les gou­ver­ne­ments des­po­tiques peuvent endu­rer la ‘’force morale’’ indé­fi­ni­ment ; ce qu’ils craignent, c’est la force physique. »

– George Orwell

 

« Il est impos­sible d’introduire dans la phi­lo­so­phie de la guerre un prin­cipe de modé­ra­tion sans com­mettre une absurdité. »

– Carl von Clau­se­witz, De la guerre, 1832.

Confor­ta­ble­ment ins­tal­lées dans leurs bun­kers, les classes domi­nantes n’ont nul­le­ment l’intention d’introduire un prin­cipe de modé­ra­tion dans leur guerre mon­diale contre la nature. Der­rick Jen­sen résume bien la chose dans la pré­face du livre Le paci­fisme comme patho­lo­gie de Ward Chur­chill, un Indien métis Creek/Cherokee :

« Ceux au pou­voir sont insa­tiables. Ils feront tout — men­tir, tri­cher, voler, tuer — pour accroître leur pouvoir.

Le sys­tème récom­pense cette accu­mu­la­tion de pou­voir. Il la requiert. Le sys­tème lui-même est insa­tiable. Il requiert la crois­sance. Il requiert l’exploitation sans cesse crois­sante des res­sources, y com­pris des res­sources humaines.

Il ne s’arrêtera pas parce que nous le deman­dons gen­ti­ment ; autre­ment, il se serait arrê­té il y a déjà long­temps, lorsque les Indiens et d’autres peuples autoch­tones deman­dèrent gen­ti­ment aux membres de cette culture de bien vou­loir arrê­ter de leur voler leurs terres. Il ne s’arrêtera pas parce que c’est la chose juste à faire, sinon il n’aurait jamais commencé.

Il ne s’arrêtera pas tant qu’il res­te­ra quelque chose à exploi­ter. Il ne peut pas[150]. »

L’ensemble des mesures les plus popu­laires aujourd’hui pour solu­tion­ner la crise éco­lo­gique et cli­ma­tique glo­bale – éner­gie décar­bo­née, régime végétarien/végétalien, com­pen­sa­tion car­bone, etc. – le sont parce qu’elles ne remettent aucu­ne­ment en cause le mode de vie des humains urba­no-indus­triels. Il s’agit tout au plus de quelques ajus­te­ments cos­mé­tiques ayant pour prin­ci­pal objec­tif de relan­cer le capi­ta­lisme en perte de vitesse, d’optimiser la « rési­lience » de la socié­té indus­trielle pour réem­ployer le vocable à la mode. Aucun déman­tè­le­ment de la socié­té indus­trielle n’est envi­sa­gé, ni même dis­cu­té. Les poli­ti­ciens, les oli­garques et les tech­no­crates veulent main­te­nir le plus long­temps pos­sible la méga­ma­chine en état de marche dans un envi­ron­ne­ment à l’instabilité crois­sante – per­tur­ba­tions cli­ma­tiques, mon­tée des eaux, insta­bi­li­té géo­po­li­tique, effon­dre­ments éco­sys­té­miques, accé­lé­ra­tion des flux migra­toires, etc.

Plu­sieurs siècles de recul per­mettent désor­mais de juger de la capa­ci­té de la civi­li­sa­tion indus­trielle à coha­bi­ter avec le vivant. Comme toutes les autres qui ont pré­cé­dé, cette civi­li­sa­tion asser­vit, mani­pule, domes­tique, exploite, détruit et tue. À la dif­fé­rence des civi­li­sa­tions pré­cé­dentes, la civi­li­sa­tion indus­trielle, pro­pul­sée par les car­bu­rants fos­siles et l’électricité nucléaire, menace dans un futur proche d’anéantir les condi­tions pro­pices au main­tien sur Terre de formes de vie com­plexes – mam­mi­fères, oiseaux, rep­tiles, et bien d’autres.

« […] si le déve­lop­pe­ment du sys­tème-monde tech­no­lo­gique se pour­suit sans entrave jusqu’à sa conclu­sion logique, selon toute pro­ba­bi­li­té, de la Terre il ne res­te­ra qu’un caillou déso­lé — une pla­nète sans vie, à l’exception, peut-être, d’organismes par­mi les plus simples — cer­taines bac­té­ries, algues, etc. — capables de sur­vivre dans ces condi­tions extrêmes. »

– Theo­dore Kac­zyns­ki, célèbre mathé­ma­ti­cien, extrait du livre Anti-Tech Revo­lu­tion (2016).

 

« Ceci est mon mes­sage pour l’Occident – votre civi­li­sa­tion est en train de tuer la vie sur Terre[151]. »

– Nemonte Nen­qui­mo, acti­viste Wao­ra­ni de la pro­vince de Pas­ta­za (Équa­teur), cofon­da­trice de la Cei­bo Alliance, titre d’une tri­bune publiée par le jour­nal bri­tan­nique The Guar­dian en octobre 2020.

Nemonte Nen­qui­mo

Il faut stop­per la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle et la déman­te­ler par tous les moyens pos­sibles et ima­gi­nables – mais sur­tout effi­caces. À ce stade, la ques­tion que vous devriez vous poser est la sui­vante : dans quel camp vous situez-vous ?

Êtes-vous du côté de la civi­li­sa­tion, pour ses pri­sons urbaines, pour une exis­tence ser­vile cal­quée sur le rythme infer­nal des machines et des usines, pour la sou­mis­sion à la dic­ta­ture tech­nos­cien­tiste et au des­po­tisme consu­mé­riste ? Avez-vous envie de tolé­rer encore long­temps l’humiliation quo­ti­dienne que vous font subir la ver­mine poli­ti­cienne et l’aristocratie média­tique, toutes deux aux bottes d’une petite caste d’ultrariches fous à lier ?

Ou êtes-vous pour la vie, c’est-à-dire du côté des mil­liards d’humains – peuples pre­miers et com­mu­nau­tés rurales du Sud glo­bal – déjà en résis­tance contre cette civi­li­sa­tion depuis plu­sieurs siècles, pour pré­ser­ver leurs terres, leur iden­ti­té, leur culture, leur mode de vie et leur digni­té ? Êtes-vous prêt à com­battre ? Êtes-vous prêt à sacri­fier votre exis­tence pour le cerf élaphe, le loup gris, le renard roux, l’ours brun, la mésange char­bon­nière, la coro­nelle lisse, le ham­ster géant, la ber­ge­ron­nette des ruis­seaux et l’hirondelle ?

« On ne peut pas mar­cher dans la rue et voir un enfant se faire mal­trai­ter sans inter­ve­nir, ni res­ter à regar­der les baleines mou­rir sans inter­ve­nir. Les océans sont en train de mou­rir, nous avons déjà anéan­ti 90 % des pois­sons et nous conti­nuons à exploi­ter la res­source. Je ne crois pas aux mani­fes­ta­tions. Mani­fes­ter, c’est se sou­mettre : « S’il vous plaît, ne faites pas ça ». Ils le font quand même ! C’est humi­liant. Ce n’est pas mani­fes­ter qu’il faut, c’est intervenir. »

– Paul Wat­son, fon­da­teur de Sea She­pherd, pro­pos recueillis dans le docu­men­taire Les Insur­gés de la Terre.

 

Phi­lippe Oberlé


  1. https://www.worldbank.org/en/topic/indigenouspeoples#1
  2. https://youtu.be/igEVbV586Ww
  3. https://bteam.org/who-we-are/leaders. Voi­ci quelques-uns des autres membres de la B Team, pour la plu­part anciens PDG, PDG en exer­cice, ou mil­liar­daires : Paul Pol­man (ancien pré­sident de Proc­ter & Gamble), Ajay Ban­ga (pré­sident exé­cu­tif Mas­ter­card), Marc Benioff (fon­da­teur et PDG Sales­force), Jes­per Bro­din (PDG IKEA), Emma­nuel Faber (ancien PDG Danone), André Hoff­mann (mil­liar­daire héri­tier du fon­da­teur du labo­ra­toire Roche, géant mon­dial des bio­tech­no­lo­gies), Yolan­da Kaka­badse (ancienne pré­si­dente WWF), Isa­belle Kocher (ancienne PDG Engie), Indra Nooyi (ancienne PDG Pep­si­Co), Andrew Live­ris (ancien PDG Dow Che­mi­cals), Fran­çois-Hen­ri Pinault (pro­prié­taire et PDG du groupe de luxe Kering).
  4. https://youtu.be/7WvehTbuvIo
  5. https://twitter.com/GretaThunberg/status/1396058911325790208
  6. https://www.actu-environnement.com/ae/news/biodiversite-cop15-octobre-2021-kunming-chine-37276.php4
  7. https://twitter.com/UNBiodiversity
  8. https://www.unmgcy.org/for-nature
  9. https://www.international-climate-initiative.com/en/news/article/fornature_international_day_for_biological_diversity
  10. https://www.biodiversityfinance.net/news-and-media/fornature-world-biodiversity-day-2021
  11. https://www.facebook.com/watch/?v=315349456740038
  12. https://www.fondation-nicolas-hulot.org/ils-nous-soutiennent/
  13. https://www.challenges.fr/classements/fortune/bruno-rousset_531
  14. https://youtu.be/4KRBgVYEvNA
  15. https://www.greenmatters.com/p/greta-thunberg-short-film
  16. https://www.tiktok.com/tag/fornature?lang=fr&is_copy_url=1&is_from_webapp=v1
  17. https://en.wikipedia.org/wiki/Vegetarianism_by_country
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  127. https://www.livekindly.co/vegan-cheese-research-facility-silicon-valley-food/
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  132. https://plantbasednews.org/news/economics/bill-gates-consumers-buy-plant-based-meat-drive-down-price/
  133. https://www.ladn.eu/entreprises-innovantes/case-study/milliardaires-investissements-vegan/https://www.cnbc.com/2017/08/11/vegan-mafia-food-investor-network-includes-bill-maris-kyle-vogt.htmlhttps://www.ladn.eu/archives/hello-open-world/start-up-vegan-attirent-milliardaires-tech/
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  138. https://news.un.org/fr/story/2019/05/1042981
  139. https://www.livescience.com/66008-why-oil-in-arctic.html
  140. https://www.resourcepanel.org/fr/rapports/perspectives-des-ressources-mondiales
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  148. https://www.rtbf.be/culture/dossier/chroniques-culture/detail_le-saviez-vous-gandhi-avait-ecrit-deux-lettres-a-hitler?id=10752673
  149. https://www.partage-le.com/2020/09/15/dossier-gandhi-lindependance-de-linde-et-la-non-violence-a-propos-de-quelques-idees-recues/
  150. https://www.partage-le.com/2015/12/23/le-pacifisme-comme-pathologie-par-derrick-jensen/
  151. https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/oct/12/western-worldyour-civilisation-killing-life-on-earth-indigenous-amazon-planet

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  1. L’industrie numé­rique repré­sente déjà 4 % de la consom­ma­tion d’énergie pri­maire mon­diale : pétrole brut, schistes bitu­mi­neux, gaz natu­rel, com­bus­tibles miné­raux solides, bio­masse, rayon­ne­ment solaire, masses d’eau, météores, roches chaudes, uranium.
    4% c’est réel­le­ment très peu. Pro­ba­ble­ment men­son­ger ou bien, ce sont des chiffres d’hier (un loin­tain hier) retrou­vés dans une pou­belle ou un des­sous de tapis.
    Qu’est-ce qu’on aime nous prendre pour des cons…
    4% ! j’en ris encore.
    Ha oui, en effet, 4% ça jus­ti­fie qu’on puisse encore par­ti­ci­per à ce siphon­nage (pas si catas­tro­phique que ça dixit) de pré­cieuses res­sources, pour dis­tri­buer la bonne et voyons-voyons.. ha oui ! anti-tech­no­ca­pi­ta­lo-indus­trio­ma­cho-radi­ca­lo­ca­saux écri­ture en bits ou octets.

    Haa vien­dra le temps ou notre fier Nico­las che­vau­chant mon­ture, par­se­mant de crottes che­mins creux et val­lons et répan­dant bonne nou­velle cein­dra pays de France et de Navarre.

    1. Bon­jour,

      Ne pas rigo­ler, ‘y en a qui espèrent pou­voir se télé­char­ger dans la future pou­belle n.0 et sau­ver les abeilles avec des pétitions.

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De fait, la critique du développement est la critique sociale telle qu’elle existe maintenant, aucune autre n’est véritablement anticapitaliste car aucune ne met en cause la croissance ou le progrès, les vieux dogmes que la bourgeoisie a transmis au prolétariat. D’un autre côté, les luttes de défense pour la préservation du territoire, en sabotant le développement, font que l’ordre de la classe dominante chancelle : dans la mesure où ses luttes réussiront à reformer un sujet collectif anticapitaliste, ces luttes deviendront la lutte de classes moderne.