Les exigences des choses plutôt que les intentions des hommes (par Nicolas Casaux)

Limite au complotisme & non-neutralité de la technologie

« […] nous avons pour maîtres les choses elles-mêmes, et elles sont nom­breuses. D’où il suit néces­sai­re­ment que ceux qui dis­posent du pou­voir sur une de ces choses sont aus­si nos maîtres. »

— Epic­tète, Entre­tiens, IV, 1, 59–60 (cité d’après le recueil Entre­tiens, Frag­ments et Sen­tences, Paris, Vrin, 2015, p. 392)

Dans un essai publié à l’automne 1872, inti­tu­lé « De l’autorité », Frie­drich Engels, l’alter ego de Marx, étrille les « anti-auto­ri­taires » (les anar­chistes) qui s’imaginent pou­voir orga­ni­ser la pro­duc­tion de « l’industrie moderne » sans aucun recours à quelque autorité : 

« Pre­nons comme exemple une fila­ture de coton. Pour que le coton se trans­forme en fil, il doit subir au moins six opé­ra­tions suc­ces­sives et dif­fé­rentes qui, la plu­part du temps, s’ef­fec­tuent dans des locaux dif­fé­rents. En outre, il faut un ingé­nieur pour tenir les machines en marche et les sur­veiller, des méca­ni­ciens, char­gés des répa­ra­tions cou­rantes, et un grand nombre d’ou­vriers pour le trans­port des pro­duits d’un ate­lier à l’autre, etc. Tous ces tra­vailleurs   hommes, femmes et enfants   sont obli­gés de com­men­cer et de finir leur tra­vail à des heures déter­mi­nées par l’au­to­ri­té de la vapeur qui n’a cure de l’au­to­no­mie des individus.

Il est donc indis­pen­sable, dès le prin­cipe, que les ouvriers s’en­tendent sur les heures de tra­vail et, celles-ci étant fixées, s’y conforment tous sans excep­tion. Ensuite, à tout moment et par­tout, se posent des ques­tions de détail sur les pro­cé­dés de fabri­ca­tion, la répar­ti­tion du maté­riel, etc., qu’il faut résoudre sur l’heure sous peine de voir s’ar­rê­ter aus­si­tôt toute la pro­duc­tion. Qu’elles soient réglées par un délé­gué qui est à la tête de chaque sec­teur d’ac­ti­vi­té ou par une déci­sion de la majo­ri­té, si c’est pos­sible, il n’en demeure pas moins que la volon­té de cha­cun devra s’y sou­mettre. Autre­ment dit, les ques­tions seront réso­lues par voie autoritaire. »

Il men­tionne éga­le­ment un autre exemple,

« celui du che­min de fer. Ici, la coopé­ra­tion d’un grand nombre d’in­di­vi­dus est abso­lu­ment indis­pen­sable, coopé­ra­tion qui doit avoir lieu à des heures pré­cises pour qu’il n’y ait pas d’ac­ci­dents. Ici encore, la pre­mière condi­tion de toute l’en­tre­prise est une volon­té supé­rieure qui com­mande toute ques­tion subor­don­née, et cela est vrai dans l’hy­po­thèse où elle est repré­sen­tée par un délé­gué aus­si bien que dans celle où un comi­té est élu pour exé­cu­ter les déci­sions de la majo­ri­té des inté­res­sés. En effet, dans un cas comme dans l’autre, on a affaire à une auto­ri­té bien tran­chée. Bien plus, qu’ad­vien­drait-il du pre­mier train si l’on abo­lis­sait l’au­to­ri­té des employés de che­min de fer sur mes­sieurs les voyageurs ? »

Ain­si :

« Le machi­nisme auto­ma­ti­sé d’une grande fabrique est beau­coup plus tyran­nique que ne l’ont été les petits capi­ta­listes qui emploient les ouvriers. Du moins en ce qui concerne les heures de tra­vail, on peut écrire sur la porte de ces fabriques : Las­ciate ogni auto­no­mia, voi ch’en­trate ! (“Renon­cez à toute auto­no­mie, vous qui entrez !“) Si l’homme, avec la science et son génie inven­tif, s’est sou­mis les forces de la nature, celles-ci se sont ven­gées en le sou­met­tant à son tour, lui qui les exploite, à un véri­table des­po­tisme, abso­lu­ment indé­pen­dant de tout état social. Vou­loir abo­lir l’au­to­ri­té dans la grande indus­trie, c’est vou­loir sup­pri­mer l’in­dus­trie elle-même. C’est détruire la fila­ture à vapeur pour en reve­nir à la quenouille. »

Autre­ment dit, Engels sou­ligne que la com­plexi­té tech­nique s’accompagne d’impératifs orga­ni­sa­tion­nels. Indé­pen­dam­ment des volon­tés indi­vi­duelles, chaque tech­no­lo­gie, chaque dis­po­si­tif tech­nique, pos­sède ses impli­ca­tions propres sur les plans éco­lo­giques et sociaux.

Dans la veine d’Engels, Orwell notait que :

« L’anarchisme sup­pose, selon toute vrai­sem­blance, un faible niveau de vie. Il n’implique pas néces­sai­re­ment la famine et l’inconfort, mais il est incom­pa­tible avec l’existence vouée à l’air condi­tion­né, aux chromes et à l’accumulation de gad­gets que l’on consi­dère aujourd’hui comme dési­rable et civi­li­sée. La suite d’opérations qu’implique, par exemple, la fabri­ca­tion d’un avion est si com­plexe qu’elle sup­pose néces­sai­re­ment une socié­té pla­ni­fiée et cen­tra­li­sée, avec tout l’appareil répres­sif qui l’accompagne. À moins d’un sou­dain chan­ge­ment dans la nature humaine, on ne voit pas ce qui per­met­trait de conci­lier la liber­té et l’efficacité. »

Pre­nons d’autres exemples. La réa­li­sa­tion d’un panier en osier, au même titre que celle d’une cen­trale nucléaire (ou d’une cen­trale solaire pho­to­vol­taïque, ou d’un smart­phone, ou d’un télé­vi­seur), pos­sède des impli­ca­tions maté­rielles (et donc éco­lo­giques) et sociales. Dans le cas du pre­mier, ces impli­ca­tions maté­rielles relèvent de la col­lecte de l’osier. Tan­dis que dans le cas de la seconde, elles relèvent, entre autres, de l’obtention (extrac­tions minières, etc.) des innom­brables matières pre­mières néces­saires à la construc­tion d’une cen­trale, et en amont, néces­saires à la construc­tion des outils néces­saires à l’obtention de ces matières pre­mières, et ain­si de suite – les tech­no­lo­gies modernes sont tou­jours imbri­quées dans un gigan­tesque sys­tème tech­no­lo­gique com­po­sé de nom­breuses tech­no­lo­gies dif­fé­rentes, aux impli­ca­tions sociales et maté­rielles immenses.

À ce sujet, dans son livre Des ruines du déve­lop­pe­ment, Wolf­gang Sachs prend un mixeur pour exemple :

« Exa­mi­nons par exemple un mixeur élec­trique. Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle mer­veille ! …à pre­mière vue. Il suf­fit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du ter­mi­nal domes­tique d’un sys­tème natio­nal et, en fait, mon­dial. L’électricité arrive par un réseau de lignes ali­men­té par les cen­trales qui dépendent à leur tour de bar­rages, de plates-formes off-shore ou de der­ricks ins­tal­lés dans de loin­tains déserts. L’ensemble de la chaîne ne garan­tit un appro­vi­sion­ne­ment adé­quat et rapide que si cha­cun des maillons est enca­dré par des bataillons d’ingénieurs, de ges­tion­naires et d’experts finan­ciers, eux-mêmes reliés aux admi­nis­tra­tions et à des sec­teurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée). Le mixeur élec­trique, comme l’automobile, l’ordinateur ou le télé­vi­seur, dépend entiè­re­ment de l’existence de vastes sys­tèmes d’organisation et de pro­duc­tion sou­dés les uns aux autres. En met­tant le mixeur en marche, on n’utilise pas sim­ple­ment un outil, on se branche sur tout un réseau de sys­tèmes inter­dé­pen­dants. Le pas­sage de tech­niques simples à l’équipement moderne implique la réor­ga­ni­sa­tion de la socié­té tout entière. »

Mais reve­nons-en au panier en osier et à la cen­trale nucléaire. Les impli­ca­tions sociales du panier en osier sont minimes. Il repose sur la trans­mis­sion d’un savoir-faire très simple pou­vant être com­pris et appli­qué par n’importe quelle per­sonne. Les impli­ca­tions sociales de la cen­trale nucléaire sont innom­brables et très éten­dues. La construc­tion d’une cen­trale nucléaire repose en effet sur une orga­ni­sa­tion sociale en mesure de géné­rer une grande spé­cia­li­sa­tion du tra­vail, de pro­duire des ingé­nieurs hau­te­ment qua­li­fiés, des ouvriers, des diri­geants de toutes sortes (c’est-à-dire sur une orga­ni­sa­tion dotée d’un sys­tème sco­laire sophis­ti­quée), d’acheminer des maté­riaux entre des points dis­tants du globe, etc. (et ce, en URSS comme aux États-Unis).

Ceux qui affirment — sou­vent sans avoir sérieu­se­ment réflé­chi au sujet — que les tech­no­lo­gies sont « neutres » pour la rai­son qu’on peut uti­li­ser un cou­teau pour cou­per du beurre ou tran­cher la gorge de son voi­sin se trompent lour­de­ment. Oui, on peut uti­li­ser un cou­teau pour cou­per du beurre ou tran­cher la gorge de son voi­sin. Mais non, cela ne veut cer­tai­ne­ment pas dire que cette tech­no­lo­gie serait « neutre », cela témoigne uni­que­ment d’une cer­taine poly­va­lence dans l’utilisation des outils tech­no­lo­giques. Et s’ils se trompent lour­de­ment, c’est qu’ils occultent ou ignorent tota­le­ment les condi­tions d’obtention, de réa­li­sa­tion, de pro­duc­tion dudit cou­teau. Ils occultent ou ignorent tota­le­ment la manière dont la tech­no­lo­gie qu’ils prennent en exemple est fabri­quée. Ils partent du prin­cipe que la tech­no­lo­gie est déjà là — un peu comme si les tech­no­lo­gies tom­baient du ciel ou pous­saient natu­rel­le­ment dans les arbres, ou comme s’il ne s’agissait que de simples outils flot­tant dans l’espace-temps, n’impliquant rien, issu de rien, n’attendant que d’être bien ou mal utilisé.

Ce n’est — évi­dem­ment — pas le cas. Aucune tech­no­lo­gie n’est « neutre ». Toute tech­no­lo­gie pos­sède des exi­gences sociales et maté­rielles. Le cas des objets comme le cou­teau est spé­cial dans la mesure où il en existe des ver­sions très simples, cor­res­pon­dant à des basses tech­no­lo­gies, des tech­no­lo­gies douces, dont les impli­ca­tions sociales et maté­rielles sont minimes, et des ver­sions com­plexes, issues de la sphère des hautes tech­no­lo­gies, dont les impli­ca­tions sociales et maté­rielles sont innu­mé­rables. Un cou­teau ne pos­sède pas les mêmes impli­ca­tions sociales et maté­rielles selon qu’il s’agit d’un cou­teau (pré­his­to­rique) en silex ou en obsi­dienne ou d’un cou­teau ache­té chez Ikea en acier inoxy­dable (com­pre­nant du chrome, du molyb­dène et du vana­dium) avec manche en poly­pro­py­lène : les pro­cé­dés de fabri­ca­tion, les maté­riaux néces­saires, les savoir-faire impli­qués ne sont pas du tout les mêmes.

Le rap­port avec le com­plo­tisme ? Une des carac­té­ris­tiques du com­plo­tisme consiste à blâ­mer diverses figures, divers indi­vi­dus pour l’essentiel des maux qui accablent les êtres humains de la civi­li­sa­tion indus­trielle contem­po­raine. Comme si tous nos pro­blèmes étaient le fait de mau­vaises inten­tions de mau­vaises per­sonnes. La plu­part des com­plo­tistes — mais ce trait ne leur est pas exclu­sif, il carac­té­rise aus­si l’essentiel des gens de gauche — s’imaginent que sans ces mau­vaises per­sonnes et leurs mau­vaises inten­tions, nous pour­rions vivre dans une civi­li­sa­tion tech­no­lo­gique juste et bonne, éga­li­taire et sou­te­nable. Il s’agirait sim­ple­ment d’élire de bons gou­ver­nants ou de réfor­mer la socié­té de diverses manières (comme si les choses en elles-mêmes n’avaient aucune exi­gence, aucune implication).

Seule­ment, comme on devrait le consta­ter, les choses — y com­pris les tech­no­lo­gies — ont aus­si des exi­gences, des impli­ca­tions, indé­pen­dam­ment des volon­tés d’êtres humains spé­ci­fiques. Cer­taines tech­no­lo­gies (cer­tains types de tech­no­lo­gies) sont, par néces­si­té, liées à l’autoritarisme. C’est notam­ment le cas, de manière assez évi­dente, de toutes les « hautes tech­no­lo­gies », de toutes les tech­no­lo­gies modernes en géné­ral. On constate, his­to­ri­que­ment, que plus la civi­li­sa­tion se mon­dia­li­sait (plus se met­tait en place un sys­tème éco­no­mique mon­dia­li­sé), plus les tech­no­lo­gies qu’elle pro­dui­sait deve­naient puis­santes, plus son fonc­tion­ne­ment ten­dait à se rigi­di­fier, à deve­nir auto­ri­taire — ce pro­ces­sus per­dure encore (plus les tech­no­lo­gies deviennent puis­santes, dan­ge­reuses, comme le nucléaire, ou l’intelligence arti­fi­cielle, plus l’autoritarisme devient néces­saire afin de pré­ve­nir toute catas­trophe, autre­ment dit, plus la socié­té devient technocratique).

Pre­nons encore un autre exemple : la taille des socié­tés humaines. Dans son Pro­jet de consti­tu­tion pour la Corse, rédi­gé en 1765, Jean-Jacques Rous­seau remarquait :

« Un gou­ver­ne­ment pure­ment démo­cra­tique convient à une petite ville plu­tôt qu’à une nation. On ne sau­rait assem­bler tout le peuple d’un pays comme celui d’une cité et quand l’autorité suprême est confiée à des dépu­tés le gou­ver­ne­ment change et devient aristocratique. »

Dans son livre Le Mythe de la machine (1967), Lewis Mum­ford notait pareillement :

« La démo­cra­tie, au sens où j’emploie ici le terme, est néces­sai­re­ment plus active au sein de com­mu­nau­tés et de groupes réduits, dont les membres se ren­contrent face-à-face, inter­agissent libre­ment en tant qu’égaux, et sont connus les uns des autres en tant que per­sonnes : à tous égards, il s’agit du contraire exact des formes ano­nymes, déper­son­na­li­sées, en majeure par­tie invi­sibles de l’association de masse, de la com­mu­ni­ca­tion de masse, de l’organisation de masse. Mais aus­si­tôt que de grands nombres sont impli­qués, la démo­cra­tie doit ou suc­com­ber au contrôle exté­rieur et à la direc­tion cen­tra­li­sée, ou s’embarquer dans la tâche dif­fi­cile de délé­guer l’autorité à une orga­ni­sa­tion coopérative. »

La taille d’une socié­té humaine pos­sède, très logi­que­ment, des impli­ca­tions sur — autre­ment dit, déter­mine, du moins en par­tie — la manière dont ses membres peuvent s’organiser poli­ti­que­ment. Indé­pen­dam­ment des volon­tés humaines. On peut bien sou­hai­ter de tout son cœur faire socié­té de manière réel­le­ment démo­cra­tique (c’est-à-dire au moyen de la démo­cra­tie directe) à 70 mil­lions de per­sonnes, en pra­tique, c’est compliqué.

Encore une fois, les choses ont des exigences.

Autre exemple, lié au pré­cé­dent. La concen­tra­tion humaine. Depuis son avè­ne­ment, la civi­li­sa­tion est syno­nyme d’émergence de mala­dies infec­tieuses, d’épidémies et de pan­dé­mies (peste d’Athènes, peste anto­nine, etc.)[1], en rai­son de cer­taines de ses carac­té­ris­tiques : une forte concen­tra­tion d’animaux dits d’élevage ou domes­tiques, dans laquelle des patho­gènes peuvent muter et se repro­duire, à proxi­mi­té d’une forte concen­tra­tion d’êtres humains (leur regrou­pe­ment dans des villes), éga­le­ment domes­ti­qués, qui peuvent ain­si être conta­mi­nés par les patho­gènes de leurs ani­maux domes­tiques ou d’é­le­vage, puis s’in­fec­ter mutuel­le­ment, d’autant plus vite et d’autant plus ample­ment que la civi­li­sa­tion en ques­tion pos­sède des moyens de trans­port rapides et pla­né­taires. À tout cela s’ajoute une pro­pen­sion intrin­sèque de la civi­li­sa­tion à dégra­der les éco­sys­tèmes exis­tants, à per­tur­ber des équi­libres, ce qui accroit les risques d’émergence de nou­velles épi­dé­mies[2].

Pour pal­lier ces pro­blèmes, la civi­li­sa­tion indus­trielle a mis au point divers remèdes, dont la vac­ci­na­tion. De la même manière que sans médi­ca­tion (anti­bio­tiques et autres), les porcs éle­vés de manière indus­trielle ne sur­vi­vraient pro­ba­ble­ment pas, sans vac­cins ou sans quelque pal­lia­tif, l’existence urbaine, la vie civi­li­sée (la vie d’être humain éle­vé de manière indus­trielle), serait dif­fi­cile, les épi­dé­mies et les pan­dé­mies encore plus nom­breuses et dévastatrices

Là encore, les choses ont leurs exi­gences. On pour­rait mul­ti­plier les exemples. Cela signi­fie, entre autres, que la vie en ville, avec l’eau cou­rante et l’électricité, les hautes tech­no­lo­gies en géné­ral, pos­sède de nom­breuses impli­ca­tions sociales et maté­rielles, par­mi les­quelles, selon toute pro­ba­bi­li­té, un sys­tème social hié­rar­chique, auto­ri­taire et inéga­li­taire. Certes, les exi­gences des choses ne sont pas extrê­me­ment pré­cises, offrent une lati­tude rela­tive (le pass sani­taire, en France, n’était sans doute pas une néces­si­té abso­lue, en revanche, tous les États du monde sont consti­tués de manière rela­ti­ve­ment simi­laire, par­tout on retrouve des forces de police, un pré­sident, etc.). Et effec­ti­ve­ment, cer­tains indi­vi­dus cherchent à acca­pa­rer tou­jours plus de pou­voir et de richesses. Mais si nous vivons aujourd’hui dans des socié­tés auto­ri­taires, ce n’est pas — pas seule­ment — la faute de ces indi­vi­dus avides de contrôle, de pou­voir et de richesse. Le carac­tère auto­ri­taire et inéga­li­taire de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne résulte pas[3] — pas seule­ment — des inten­tions et des agis­se­ments de quelques ultra-riches comme Klaus Schwab ou Bill Gates. Il découle des exi­gences des choses qui la consti­tuent — sys­tèmes tech­niques, tech­no­lo­gies spé­ci­fiques, géo­gra­phies spé­ci­fiques, sys­tème éco­no­mique, etc.

(« Pas seule­ment », parce que les riches et les puis­sants, les gou­ver­nants, com­plotent par­fois (l’histoire regorge d’exemples de com­plots désor­mais offi­ciel­le­ment admis) en vue de faire accep­ter aux popu­la­tions de nou­veaux sys­tèmes tech­niques, les­quels s’accompagnent de cer­taines exi­gences. Une fois ces sys­tèmes accep­tés et adop­tés par les popu­la­tions, ces der­nières n’ont plus d’autre choix, si elles sou­haitent les conser­ver, que de se plier à leurs exigences.)

C’est-à-dire que si l’on sou­haite se débar­ras­ser de l’autoritarisme, des inéga­li­tés, fon­der de véri­tables démo­cra­ties, il nous faut renon­cer à toutes ces choses dont les exi­gences nous en empêchent — renon­cer, notam­ment, aux tech­no­lo­gies modernes.

Nico­las Casaux


  1. https://www.partage-le.com/2020/01/25/de-lavenement-de-la-civilisation-au-coronavirus-de-wuhan-trajectoire-dun-desastre-logique/
  2. https://envol-vert.org/actu/2020/04/les-forets-nous-protegent-aussi-de-lapparition-de-nouveaux-virus/
  3. En revanche, ini­tia­le­ment, si nous en sommes venus à vivre dans des socié­tés auto­ri­taires, dans la civi­li­sa­tion indus­trielle, c’est en grande par­tie à cause des inten­tions de quelques groupes d’individus, qui ont gra­duel­le­ment (et au moyen de la force, de la vio­lence) impo­sé aux popu­la­tions cette nou­velle orga­ni­sa­tion socio­tech­nique.

 

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