Les différences physiques entre les hommes et les femmes (par Emma Hilton)

Note du tra­duc­teur : Emma Hil­ton, l’autrice de ce texte, est une bio­lo­giste du déve­lop­pe­ment à l’u­ni­ver­si­té de Man­ches­ter (Royaume-Uni) qui étu­die les mala­dies géné­tiques humaines. Depuis près de cinq ans, elle uti­lise son exper­tise en bio­lo­gie du déve­lop­pe­ment dans le domaine de l’é­tude du déve­lop­pe­ment sexuel, des dif­fé­rences entre les sexes et du sport, notam­ment en ce qui concerne l’é­qui­té et l’in­clu­sion des hommes tran­si­den­ti­fiés inhi­bant leur sécré­tion de tes­to­sté­rone dans les caté­go­ries fémi­nines. En 2021, avec le Dr Tom­my Lund­berg (Karo­lins­ka Ins­ti­tute), elle a publié une étude majeure sur la phy­sio­lo­gie mus­cu­lo-sque­let­tique chez les hommes tran­si­den­ti­fiés (« femmes trans ») inhi­bant leur tes­to­sté­rone, afin de voir si des preuves existent à l’appui de l’hy­po­thèse selon laquelle la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone dans cette popu­la­tion sup­pri­me­rait l’a­van­tage ath­lé­tique mas­cu­lin et per­met­trait ain­si une com­pé­ti­tion équi­table et sûre. Elle a consta­té que leurs pertes de masse mus­cu­laire et de force étaient modestes, et que ces indi­vi­dus conservent un avan­tage signi­fi­ca­tif par rap­port aux para­mètres fémi­nins de réfé­rence. Ces don­nées, confir­mées ulté­rieu­re­ment par un deuxième exa­men indé­pen­dant, remettent sérieu­se­ment en ques­tion l’hy­po­thèse du Comi­té inter­na­tio­nal olym­pique (et, par la suite, de nom­breuses ins­tances diri­geantes du sport) selon laquelle la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone chez les hommes tran­si­den­ti­fiés garan­tie une com­pé­ti­tion équi­table dans les caté­go­ries de sport féminin.

Vu son sta­tut et son tra­vail, elle s’efforce en géné­ral d’employer la nov­langue trans­genre, comme dans le texte sui­vant, ini­tia­le­ment publié, en anglais, sur son blog, le 18 août 2022. Elle y emploie l’expression absurde « femme trans­genre » pour dési­gner les hommes qui se disent femmes et choi­sit d’utiliser le pro­nom fémi­nin pour réfé­rer à ces indi­vi­dus ; par sou­ci de com­pré­hen­sion et pour sou­li­gner l’absurdité de tout ça, je place cette expres­sion entre guille­mets et des indi­ca­tions sur les pro­noms qu’il aurait fal­lu uti­li­ser pour réfé­rer à la réa­li­té maté­rielle entre crochets.


Les différences physiques entre les hommes et les femmes

et pourquoi elles importent dans le sport

Puisque appa­rem­ment, il faut encore le rap­pe­ler, je vais dis­cu­ter ici des dif­fé­rences phy­siques et ath­lé­tiques entre les sexes et de leur impor­tance pour le sport fémi­nin. Le texte sui­vant pour­rait en par­tie sem­bler pater­na­liste — en effet, une grande par­tie de son conte­nu est ensei­gné à l’é­cole pri­maire — mais j’ai réus­si à faire une dif­fé­rence dans ce domaine en repar­tant de prin­cipes bio­lo­giques élé­men­taires, plu­tôt qu’en lut­tant après coup contre des poli­tiques terribles.

Note : une grande par­tie de ce qui suit n’est pas réfé­ren­cée. S’il vous faut les réfé­rences, c’est que vous n’êtes pas bien sportif.

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Comme presque tous les ani­maux et de nom­breuses plantes, les hommes (les mâles) et les femmes (les femelles) sont dif­fé­rem­ment consti­tués parce qu’ils ont des rôles dif­fé­rents dans la repro­duc­tion. Les hommes pos­sèdent des tes­ti­cules qui fabriquent des sper­ma­to­zoïdes qui seront déli­vrés par le pénis. Les femmes pos­sèdent des ovaires qui pro­duisent des ovules qui seront fécon­dés par les sper­ma­to­zoïdes et, dans l’utérus, devien­dront des bébés.

Chez les humains, comme chez presque tous les ani­maux et de nom­breuses plantes, il existe deux sexes.

Nos sys­tèmes repro­duc­tifs dif­fé­rents se déve­loppent, dans l’u­té­rus, sous l’in­fluence des gènes puis des hor­mones, mais le rôle des hor­mones ne s’ar­rête pas à la for­ma­tion des sys­tèmes repro­duc­tifs. Durant la puber­té, les hor­mones amènent les mâles et les femelles à déve­lop­per les carac­té­ris­tiques secon­daires sexos­pé­ci­fiques qui per­mettent à un corps mature d’être prêt à se repro­duire. Façon­nées par l’é­vo­lu­tion et la sélec­tion sexuelle qui, par exemple, favo­rise les apti­tudes au com­bat chez les pri­mates mâles, ces carac­té­ris­tiques secon­daires aident éga­le­ment ces mâles et ces femelles à trou­ver ou à atti­rer un ou une par­te­naire en vue de la reproduction.

Si les deux sexes par­tagent l’ex­pé­rience de la matu­ra­tion repro­duc­tive, des pous­sées de crois­sance, de l’aug­men­ta­tion radi­cale de la den­si­té osseuse, de l’ap­pa­ri­tion du désir sexuel, de la pousse des poils et des taches cuta­nées dues aux chan­ge­ments hor­mo­naux, les dif­fé­rences les plus évi­dentes dans ces carac­té­ris­tiques secon­daires sont que les mâles — sté­réo­ty­pi­que­ment : chas­seurs et com­bat­tants — sont plus grands et plus forts, pos­sèdent des os plus longs, des épaules plus larges et des hanches plus étroites. Ils pos­sèdent une masse mus­cu­laire beau­coup plus impor­tante, en par­ti­cu­lier dans le haut du corps, et leurs muscles sont construits dif­fé­rem­ment, ils s’at­tachent aux os de manière plus ser­rée et reçoivent les signaux de mou­ve­ment d’une manière dif­fé­rente. Ils pos­sèdent un cœur plus gros, une plus grande sur­face pul­mo­naire et peuvent trans­por­ter davan­tage d’oxy­gène dans leur corps. Les femmes — sté­réo­ty­pi­que­ment : des attrac­trices dif­fi­ciles à satis­faire — portent beau­coup plus de graisse cor­po­relle, ont des seins plus gros et des hanches plus larges, afin de pou­voir por­ter et nour­rir une pro­gé­ni­ture en bonne san­té, et peut-être même de le faire savoir.

Il existe sans doute des mil­liers de dif­fé­rences phy­siques entre les hommes et les femmes, qui ne sont pas tou­jours aus­si évi­dentes que des abdo­mi­naux en tablettes de cho­co­lat. Les femelles sont géné­ra­le­ment dotées d’une meilleure vision péri­phé­rique que les mâles, ce qui nous rend peut-être plus aptes à sur­veiller les enfants en bas âge et à repé­rer les baies à col­lec­ter. En revanche, les mâles sont deux fois plus rapides pour détec­ter avec pré­ci­sion la tra­jec­toire d’un objet en mou­ve­ment, c’est-à-dire la vitesse à laquelle il se déplace, la direc­tion dans laquelle il se dirige et l’en­droit où il se trou­ve­ra dans une seconde. Cette com­pé­tence est utile lorsque vous essayez de jeter une lance sur un lapin, ou lorsque vous ten­tez d’in­ter­cep­ter un bal­lon de rugby.

Il n’est pas sur­pre­nant, étant don­né la nature phy­sique de la plu­part des sports, que les dif­fé­rences phy­siques entre les hommes et les femmes induisent des dif­fé­rences fonc­tion­nelles per­ti­nentes. Une grande taille et de longs doigts faci­litent la prise en main d’un bal­lon de bas­ket lors d’un dunk — un geste banal dans tous les matchs de la NBA (mas­cu­line), mais que très peu de bas­ket­teuses savent réa­li­ser. Par rap­port aux femmes, les hommes peuvent cou­rir 10 % plus vite, sau­ter 20 % plus loin, lan­cer une balle 50 % plus loin et sou­le­ver une masse 65 % plus lourde. Grâce à des épaules plus larges et à une masse cor­po­relle supé­rieure, les hommes sont presque deux fois plus forts que les femmes au niveau du dos et des épaules ; ils peuvent exé­cu­ter un mou­ve­ment de type coup de poing avec 2,5 fois plus de force que les femmes.

La preuve de cette capa­ci­té ath­lé­tique mas­cu­line supé­rieure est visible dans les records des ath­lètes d’élite, des clubs et des écoles. Il s’agit de la rai­son pour laquelle les ath­lètes femmes ont besoin d’une caté­go­rie spor­tive pro­té­gée. Sans cela, elles ne peuvent espé­rer gagner ; dans cer­tains sports, aucune n’atteindrait le top 10 000. Si l’on com­pare des ath­lètes de même niveau en matière de talent, d’entraînement, de nutri­tion, etc., l’avantage des hommes dans les com­pé­ti­tions spor­tives semble insur­mon­table ; cer­tains uni­ver­si­taires ont conclu que les femmes ne pour­ront jamais cou­rir ou nager aus­si vite que les hommes. D’ailleurs, les meilleures ath­lètes femmes ne peuvent pas cou­rir aus­si vite que les gar­çons (lycéens) les plus rapides, qui battent les records des ath­lètes fémi­nines d’élite dès l’âge de 14 ou 15 ans, ce qui témoigne de l’importance de la puber­té dans le déve­lop­pe­ment corporel.

La puber­té mas­cu­line est à l’o­ri­gine du chas­seur-com­bat­tant et du sprin­ter cou­rant les 100 mètres en moins de 10 secondes (un exploit réa­li­sé par plus de 150 hommes, mais aucune femme). Et qu’est-ce qui déter­mine le déve­lop­pe­ment de cet avan­tage ath­lé­tique mas­cu­lin au cours de la puber­té ? Les hor­mones. Et, plus pré­ci­sé­ment, la tes­to­sté­rone. Il s’a­git de l’hor­mone de la « mas­cu­li­ni­té », de la « taille » et de la « mus­cu­la­ture ». Lors de la puber­té, les hommes pré­sentent des taux de tes­to­sté­rone jus­qu’à 20 fois supé­rieurs à ceux des femmes, ce qui favo­rise le déve­lop­pe­ment, au cours de l’a­do­les­cence, des carac­té­ris­tiques sexuelles secon­daires mas­cu­lines qui, dans le contexte du sport, se tra­duisent par un avan­tage ath­lé­tique masculin.

Mais cet avan­tage ne se limite pas aux dif­fé­rences phy­siques et fonc­tion­nelles confé­rées par la mor­pho­lo­gie, la consti­tu­tion et la taille des hommes. De toute évi­dence, les ath­lètes fémi­nines doivent géné­ra­le­ment faire face aux effets du cycle mens­truel et aux effets cycliques des hor­mones sur la capa­ci­té d’entraînement et la per­for­mance. Le cycle mens­truel est connu pour affec­ter les fonc­tions car­dio­vas­cu­laires, res­pi­ra­toires et céré­brales, la réac­tion aux aides ergo­gé­niques, l’orthopédie et les para­mètres méta­bo­liques, et repré­sente un obs­tacle à la capa­ci­té ath­lé­tique que les hommes ne connaissent pas. De plus, la sus­cep­ti­bi­li­té aux bles­sures dif­fère entre les hommes et les femmes, ce qui a un impact sur le temps d’entraînement. De nou­velles recherches montrent que, par rap­port aux hommes, les joueuses de rug­by semblent plus sus­cep­tibles de subir des bles­sures par com­mo­tion, avec des consé­quences plus graves. Ce phé­no­mène a été attri­bué à une moindre résis­tance à l’impact des muscles du cou et à des struc­tures céré­brales plus déli­cates. Des études sur la fra­gi­li­té neu­ro­nale des cel­lules ner­veuses mas­cu­lines et fémi­nines dans une boîte de Pétri ont révé­lé que les neu­rones fémi­nins sont plus faci­le­ment endom­ma­gés par les lésions dues à l’étirement.

Dans la plu­part des sports, les ath­lètes fémi­nines ont besoin d’une caté­go­rie pro­té­gée — qui exclut l’a­van­tage mas­cu­lin et traite les ath­lètes fémi­nines comme des per­sonnes dignes de res­pect — pour béné­fi­cier de pos­si­bi­li­tés équi­tables. Et les pro­tec­tions pour les ath­lètes fémi­nines, sous la forme d’une dis­cri­mi­na­tion auto­ri­sée, sont sou­te­nues par la loi bri­tan­nique sur l’é­ga­li­té. L’ar­ticle 195(1) de la loi sur l’é­ga­li­té de 2010 auto­rise la dis­cri­mi­na­tion sexuelle dans les sports où le sexe importe, c’est-à-dire ceux où « la force, l’en­du­rance et le phy­sique » influencent le résul­tat. Les jeux comme les flé­chettes et les échecs peuvent avoir du mal à jus­ti­fier une caté­go­rie fémi­nine pro­té­gée sur la base du sexe, même s’il est pos­sible d’organiser des com­pé­ti­tions réser­vées aux femmes pour encou­ra­ger leur par­ti­ci­pa­tion à ces sports de « pub » (flé­chettes, billard, etc.) tra­di­tion­nel­le­ment mas­cu­lins. Mais la course à pied, l’a­vi­ron, le rug­by et bien d’autres sports peuvent — sur simple déci­sion — exclure les hommes de caté­go­ries réser­vées aux femmes ; aucune autre jus­ti­fi­ca­tion n’est néces­saire du moment qu’il s’a­git d’un sport où le sexe importe.

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Les caté­go­ries spor­tives réser­vées aux femmes excluent ceux qui béné­fi­cient de la sti­mu­la­tion liée à la puber­té mas­cu­line (elle-même liée à la tes­to­sté­rone) et ain­si de l’ac­qui­si­tion d’une plus grande taille, d’une plus grande masse mus­cu­laire, d’une plus grande capa­ci­té car­dio­vas­cu­laire et de nom­breux autres avan­tages par rap­port à qui ils auraient été si les contin­gences de la repro­duc­tion sexuée n’avaient pas fait d’eux des mâles, mais des femelles. L’in­clu­sion des femmes trans­genres — des hommes qui, selon Joan­na Har­per (j’y revien­drai), pos­sèdent un « sen­ti­ment inné du genre, ou iden­ti­té de genre, qui ne cor­res­pond pas à leur sexe bio­lo­gique » et qui, dans la plu­part des cas, ont connu une puber­té mas­cu­line — crée un casse-tête pour les per­sonnes char­gées de la régu­la­tion des sports.

Étant don­né le rôle clé de la tes­to­sté­rone dans le déve­lop­pe­ment mas­cu­lin, les « femmes trans­genres » qui cherchent à dimi­nuer l’im­pact fonc­tion­nel ou visuel de leurs carac­té­ris­tiques phy­siques mas­cu­lines peuvent sup­pri­mer la tes­to­sté­rone et prendre des œstro­gènes (l’hor­mone qui sous-tend le déve­lop­pe­ment des carac­té­ris­tiques sexuelles secon­daires fémi­nines). De nom­breux com­men­ta­teurs sou­tiennent que ce régime hor­mo­nal est suf­fi­sant pour auto­ri­ser les femmes trans­genres dans la com­pé­ti­tion fémi­nine, quelle que soit l’am­pleur de son effet sur le corps (ou peut-être sup­posent-ils qu’il abou­tit à une pari­té avec les métriques fémi­nines). Cepen­dant, la pos­si­bi­li­té que les femmes trans­genres conservent l’a­van­tage durable que confère la puber­té mas­cu­line induite par la tes­to­sté­rone — autre­ment dit que la tes­to­sté­rone sécré­tée à l’âge de 13 ans pos­sède des effets phy­siques ne pou­vant être annu­lés ou com­pen­sés par une dimi­nu­tion de la tes­to­sté­rone à 30 ans — a été admise dès 1990 par World Ath­le­tics (alors l’Association inter­na­tio­nale des fédé­ra­tions d’ath­lé­tisme). Seule­ment, elle a ensuite été remise en ques­tion par le Comi­té inter­na­tio­nal olym­pique (CIO) en 2003 lors de la désor­mais tris­te­ment célèbre « réunion de Stockholm ».

En 2003, le CIO, sur la base d’une seule étude scien­ti­fique por­tant sur la taille des muscles de la cuisse chez des femmes trans­genres sup­pri­mant leur sécré­tion de tes­to­sté­rone, déter­mi­na que l’a­bla­tion des tes­ti­cules au moins deux ans avant la com­pé­ti­tion, un sta­tut légal de femme et des hor­mones conformes au pro­fil fémi­nin — résul­tant de l’a­bla­tion des tes­ti­cules et d’une sup­plé­men­ta­tion en œstro­gènes — suf­fi­raient à garan­tir l’é­qui­té entre les femmes et les femmes trans­genres. Et ce mal­gré la sus­pi­cion de la per­sis­tance d’un avan­tage mas­cu­lin durable, qui était d’ailleurs étayée par des preuves appor­tées par cette même étude mon­trant que les « femmes trans­genres » qui per­daient de la masse mus­cu­laire au niveau des cuisses (l’a­tro­phie mus­cu­laire est un effet connu d’un faible taux de tes­to­sté­rone chez les hommes) conser­vaient néan­moins des muscles des cuisses net­te­ment plus impor­tants que ceux des femmes, même trois ans après le début du trai­te­ment hor­mo­nal. La stu­pé­fiante inter­pré­ta­tion de ces don­nées par l’au­teur prin­ci­pal de l’étude révèle la dégra­da­tion crois­sante de l’é­qui­té pour les ath­lètes fémi­nines ; il affir­ma qu’il était « arbi­traire » de sépa­rer les com­pé­ti­tions mas­cu­line et féminine.

Le CIO mit à jour ses direc­tives pour l’in­clu­sion des femmes trans­genres dans les sports fémi­nins fin 2015. La pré­sen­ta­tion d’une étude menée par Joan­na Har­per sur les per­for­mances avant et après sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone de huit « cou­reuses » trans­genres de haut niveau (dont elle-même [enfin, lui-même, NdT]) a per­mis de cal­cu­ler des clas­se­ments rela­tifs simi­laires dans le domaine fémi­nin après la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone et dans le domaine mas­cu­lin avant la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone. En d’autres termes, un homme ayant un score de course par­ti­cu­lier dans le domaine mas­cu­lin obte­nait le même score de course dans le domaine fémi­nin (ce que nous appe­lons désor­mais un « avan­tage de clas­se­ment »). Et même si la ten­ta­tive de mesu­rer les chan­ge­ments réels de per­for­mance chez les « femmes trans­genres » spor­tives était — et demeure — la bonne approche pour infor­mer les direc­tives sur l’in­clu­sion, l’é­tude fut mal menée, la cohorte décla­rant sou­vent elle-même ses propres temps sur dif­fé­rents par­cours de course sur dif­fé­rentes dis­tances, et sans contrôle de l’en­traî­ne­ment, des bles­sures, du régime ali­men­taire, etc.

L’une des « femmes trans­genres » ayant par­ti­ci­pé à l’é­tude de Har­per obtint de bien meilleurs résul­tats dans le domaine fémi­nin que dans la com­pé­ti­tion mas­cu­line, résul­tat d’un entraî­ne­ment de haute inten­si­té, auquel on pou­vait s’at­tendre étant don­né la popu­la­tion ath­lé­tique visée par les direc­tives déri­vées. Cela four­nis­sait un début de preuve du fait que la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone chez les femmes trans­genres ne nuit pas inévi­ta­ble­ment aux per­for­mances spor­tives. Har­per reti­ra cette ath­lète de ses cal­culs finaux, au motif qu’il se serait agi d’une « ano­ma­lie ». Har­per a clai­re­ment fait savoir que les résul­tats de son étude de 2015 se limi­taient à la course à pied de haut niveau (même si ses recherches doc­to­rales en labo­ra­toire se pour­suivent avec des ath­lètes d’autres dis­ci­plines) et que cer­tains avan­tages mas­cu­lins — elle [il] cite sou­vent la taille et la force — sont conser­vés. Dans son livre, Spor­ting Gen­der (« Genre et sport »), elle se rap­pelle avoir été claire à ce sujet avec le CIO en 2015.

Mais même si l’on ne tient pas compte des lacunes de son étude, l’en­semble de ses don­nées montre que les per­for­mances en course à pied n’ont pas néces­sai­re­ment pâti de la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone et Har­per elle-même [lui-même] recon­naît avoir conser­vé un avan­tage. D’autres experts pré­sents sou­le­vèrent des ques­tions sur la mémoire mus­cu­laire et les pro­por­tions du sque­lette. Le type de 2003 mit à jour ses pré­cé­dents conseils, pas­sant d’une exi­gence de deux ans de sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone à un an seule­ment, mal­gré le fait que toutes ses don­nées publiées en 2004 mon­traient la conser­va­tion d’un avan­tage signi­fi­ca­tif trois ans après le début de la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone. Et depuis 2003, une poi­gnée d’autres études ont mon­tré que les femmes trans­genres qui sup­priment la tes­to­sté­rone pen­dant au moins un an perdent géné­ra­le­ment un peu de masse et de force, mais conservent des muscles plus volu­mi­neux et une plus grande force que les femmes.

Néan­moins, en 2015, le CIO a encore assou­pli ses direc­tives en déci­dant de renon­cer à l’exi­gence chi­rur­gi­cale, de rem­pla­cer le sta­tut légal de femme par une décla­ra­tion sous ser­ment concer­nant l’i­den­ti­té de genre, et d’exi­ger un an de « faible taux de tes­to­sté­rone » à un seuil maxi­mal dépas­sant de loin les niveaux typi­que­ment fémi­nins. Alors pour­quoi, en dépit du fait que toutes les don­nées scien­ti­fiques confirment une hypo­thèse vieille de 25 ans — désor­mais avé­rée — selon laquelle l’a­van­tage mas­cu­lin, comme des muscles plus gros et une plus grande force, per­siste au cours de cette période, le CIO a‑t-il revu à la baisse la rigueur de ses cri­tères phy­siques pour l’ad­mis­sion des « femmes trans­genres » dans le sport fémi­nin ? Per­mettre à des per­sonnes pré­sen­tant des avan­tages phy­siques dis­qua­li­fiants d’accéder à une caté­go­rie res­treinte paraît contraire aux membres de ladite caté­go­rie. Le CIO — et, par consé­quent, la plu­part des fédé­ra­tions spor­tives qui, pares­seu­se­ment, s’en remettent aveu­glé­ment au CIO en ce qui concerne leurs déci­sions poli­tiques — semble pen­ser dif­fé­rem­ment. Et il est dif­fi­cile de trou­ver des preuves scien­ti­fiques per­met­tant d’expliquer pour­quoi il pense différemment.

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En gar­dant à l’es­prit les direc­tives de 2015 qui, selon le CIO, garan­tissent une com­pé­ti­tion équi­table pour les femmes, le Dr Tom­my Lund­berg (Karo­lins­ka Ins­ti­tute, Suède) et moi-même avons exa­mi­né ce qui arrive aux corps des « femmes trans­genres » (et des autres hommes) lors­qu’ils sup­priment la tes­to­sté­rone. Nous avons recher­ché des études sur la masse cor­po­relle maigre, la taille des muscles et la force chez les « femmes trans­genres » qui sup­priment la tes­to­sté­rone confor­mé­ment aux direc­tives du CIO, et nous avons trou­vé un consen­sus scien­ti­fique. C’est-à-dire que, sur une dou­zaine d’ar­ticles étu­diant des « femmes trans » sup­pri­mant la tes­to­sté­rone, nous avons consta­té que leur sque­lette ne change pas et qu’ils perdent un peu de masse mus­cu­laire et de force. Une perte d’en­vi­ron 5 %. En com­pa­rai­son d’un avan­tage ini­tial leur confé­rant, par rap­port aux femmes, une force presque deux fois plus impor­tante dans le haut du corps et 50 % plus impor­tante dans les qua­dri­ceps, ces petits chan­ge­ments n’altèrent pas signi­fi­ca­ti­ve­ment la force, qui est une mesure clé de l’a­van­tage ath­lé­tique mas­cu­lin, qui rend inéli­gible aux sports fémi­nins. L’ob­jet de la caté­go­rie réser­vée aux femmes consiste à exclure l’a­van­tage masculin. 

D’ailleurs, cer­taines « femmes trans » ne perdent pas du tout de force, et de nom­breuses don­nées montrent que l’en­traî­ne­ment com­pense les pertes lorsque la tes­to­sté­rone est sup­pri­mée chez les hommes pour des rai­sons médi­cales. Et si la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone à l’âge adulte n’annule pas l’a­van­tage ath­lé­tique mas­cu­lin, en par­ti­cu­lier si une per­sonne suit un pro­gramme d’en­traî­ne­ment ath­lé­tique, alors l’au­to-iden­ti­fi­ca­tion dans une caté­go­rie spor­tive par le biais de l’« iden­ti­té de genre » anéan­tit la ségré­ga­tion sexuelle dans le sport.

Reve­nons-en à la situa­tion juri­dique (du moins au Royaume-Uni). Dans les sports où le sexe importe, l’ar­ticle 195(2) de la loi sur l’é­ga­li­té de 2010 auto­rise la dis­cri­mi­na­tion sur la base de la carac­té­ris­tique pro­té­gée du chan­ge­ment de genre (gen­der reas­si­gn­ment). En d’autres termes, les « femmes trans­genres » qui sont bio­lo­gi­que­ment des hommes, mais en pos­ses­sion d’un cer­ti­fi­cat de recon­nais­sance de genre (CRG) et donc juri­di­que­ment des femmes peuvent être exclues si néces­saire pour garan­tir l’é­qui­té et/ou la sécu­ri­té des ath­lètes fémi­nines qui ne pré­sentent pas la carac­té­ris­tique pro­té­gée du chan­ge­ment de genre (les femmes bio­lo­giques [les pléo­nasmes où nous en sommes ren­dus, quelle absur­di­té (NdT)]). La jus­ti­fi­ca­tion de l’ex­clu­sion des « femmes trans­genres » pos­sé­dant un CRG — des indi­vi­dus qui sont juri­di­que­ment des femmes avec la carac­té­ris­tique pro­té­gée du chan­ge­ment de genre — repose sur le fait que la puber­té mas­cu­line a cimen­té l’a­van­tage mas­cu­lin — une « femme trans­genre » est plus grande et plus forte qu’une femme ayant connu une puber­té fémi­nine —, et qu’il est impos­sible de défaire ce qui a déjà été fait en enrayant la sécré­tion de testostérone.

(On ne sait pas com­ment la loi peut s’ap­pli­quer aux « femmes trans­genres » qui sont juri­di­que­ment des femmes et qui n’ont pas connu de puber­té mas­cu­line à cause du blo­cage de la puber­té. Il y a un manque de don­nées dans la lit­té­ra­ture scien­ti­fique, et les résul­tats phy­sio­lo­giques pour ces mâles bio­lo­giques néces­sitent une étude plus appro­fon­die. Une étude récem­ment parue montre que : « Les filles trans­genres deviennent grandes : la taille adulte n’est pas affec­tée par le trai­te­ment aux ana­logues de la GnRH et à l’es­tra­diol. » Dans cette étude, des filles trans­genres ayant reçu des blo­queurs de puber­té à par­tir de 13 ans envi­ron, puis des hor­mones du sexe oppo­sé à 16 ans, ont acquis une taille adulte moyenne bien supé­rieure à la moyenne fémi­nine de la popu­la­tion et proche de la moyenne mas­cu­line de la popu­la­tion. La taille adulte pour­rait s’a­vé­rer lar­ge­ment réfrac­taire aux trai­te­ments hormonaux).

En outre, on pour­rait faire valoir que le fait de ne pas exclure les mâles des caté­go­ries fémi­nines consti­tue en lui-même une dis­cri­mi­na­tion à l’é­gard des femmes, ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment visible au niveau indi­vi­duel, lorsqu’une ath­lète fémi­nine perd une place, un prix, une cer­taine fier­té ou, dans le pire des cas, son inté­gri­té phy­sique en concou­rant avec ou contre des « femmes trans­genres ». Mais il existe éga­le­ment une dis­cri­mi­na­tion indi­recte au niveau poli­tique, lorsque, par rap­port au sport mas­cu­lin, le sport fémi­nin est affec­té de manière dis­pro­por­tion­née par les poli­tiques d’in­clu­sion trans­genres. La longue et dou­lou­reuse his­toire du dopage dans les pays de l’Est nous a mon­tré que les femmes, même dopées à la tes­to­sté­rone syn­thé­tique, aux hor­mones de crois­sance et à je ne sais quoi d’autre, ne peuvent tout sim­ple­ment pas riva­li­ser avec leurs congé­nères mas­cu­lins. Les « hommes trans » ne sont pas une menace pour les concur­rents mas­cu­lins, alors qu’une seule « femme trans » [un seul homme qui se dit femme] peut évin­cer de nom­breuses femmes concurrentes.

À l’heure actuelle, en 2022, cer­taines ins­tances gou­ver­nantes comme World Rug­by (et les fédé­ra­tions natio­nales asso­ciées comme les fédé­ra­tions anglaise et irlan­daise de rug­by), USA Power­lif­ting et la FINA (la fédé­ra­tion inter­na­tio­nale des sports aqua­tiques) ont mené — et ren­du publics leur pro­ces­sus de consul­ta­tion et leurs don­nées — leur propre ana­lyse et inter­dit aux hommes qui sup­priment la tes­to­sté­rone après la puber­té de concou­rir dans la caté­go­rie fémi­nine. Les autres ins­tances diri­geantes devraient s’en inspirer.

*

Durant les jeux de Tokyo 2020 — au cours des­quels la pre­mière « femme trans­genre » olym­pique « décla­rée » a concou­ru dans la caté­go­rie des poids super-lourds en hal­té­ro­phi­lie fémi­nine —, une table ronde avec des jour­na­listes a beau­coup fait cou­ler d’encre. Les res­pon­sables du CIO semblent y avoir admis que les avan­tages ath­lé­tiques clés acquis par les « femmes trans­genres » pen­dant la puber­té mas­cu­line n’é­taient pas sup­pri­més par les cri­tères du CIO alors en vigueur, qui exi­geaient une réduc­tion de la tes­to­sté­rone à un niveau infé­rieur à 10 nano­moles par litre (nmol/l) pen­dant au moins 12 mois avant (et pen­dant) la par­ti­ci­pa­tion aux caté­go­ries spor­tives fémi­nines, et que ces direc­tives de 2015 étaient dépassées.

À la lumière de ces élé­ments et de la publi­ca­tion inter­mé­diaire d’une vaste consul­ta­tion menée par les conseils spor­tifs bri­tan­niques, ayant conclu qu’il était impos­sible de conci­lier équi­té et inclu­sion — les fédé­ra­tions spor­tives doivent faire un choix, et le jus­ti­fier —, je m’at­ten­dais à ce que les nou­velles direc­tives du CIO, qui devaient arri­ver fin 2021, soient strictes. Comme tout le monde l’avait anti­ci­pé, elles confiaient l’é­la­bo­ra­tion des poli­tiques aux fédé­ra­tions spor­tives indi­vi­duelles, et pré­ten­daient éga­le­ment four­nir un cadre dans lequel ces fédé­ra­tions spor­tives pour­raient éla­bo­rer des règles sur mesure. Fait remar­quable, les nou­velles lignes direc­trices de 2021 affirment qu’il ne doit y avoir « aucune pré­somp­tion d’a­van­tage » pour les mâles inhi­bant leur sécré­tion de tes­to­sté­rone dans les sports fémi­nins — une posi­tion qui sape l’exis­tence même de toute caté­go­rie.

D’un point de vue concep­tuel, tous et toutes les ath­lètes ont accès à l’en­semble des talents, stra­té­gies, entraî­ne­ments et dévoue­ments que la com­pé­ti­tion spor­tive cherche à récom­pen­ser. Par exemple, hommes et femmes, jeunes et vieux, valides ou non, peuvent pos­sé­der le « gène de la vitesse » qui modi­fie la répar­ti­tion des types de fibres mus­cu­laires, et est cen­sé favo­ri­ser une capa­ci­té explo­sive dans des sports comme le sprint. Ces mêmes ath­lètes peuvent être entraîné·es selon des stra­té­gies pareille­ment bonnes et une psy­cho­lo­gie pareille­ment effi­cace pen­dant le jeu. Ils et elles peuvent s’en­traî­ner avec une même inten­si­té, man­ger la même chose, por­ter les mêmes chaus­sures, et ain­si de suite. Les dif­fé­rences phy­sio­lo­giques fla­grantes entre les dif­fé­rents types de corps — les avan­tages que pro­cure le fait d’être un homme, valide et à l’apogée de sa matu­ri­té phy­sique — trans­cendent les dif­fé­rences entre ath­lètes qui résultent du talent, de la stra­té­gie, de l’en­traî­ne­ment et du dévouement.

Il ne s’a­git pas d’une idée obs­cure. Nous savons tous que les per­sonnes de 40 ans pos­sèdent un avan­tage phy­sique sur celles de 80 ans, même si la per­sonne de 40 ans moyenne s’avère plus lente qu’U­sain Bolt en 2060. À talent égal, entraî­ne­ment égal, etc., nous savons quels para­mètres phy­siques confèrent un avan­tage : l’âge, le fait d’être valide, par­fois le poids, la taille peut-être, et, bien sûr, le sexe. En aban­don­nant le prin­cipe des caté­go­ries, tous les sports seront domi­nés par des hommes valides de 25 ans, au détri­ment de toutes les autres personnes.

Plus éton­nant encore, le direc­teur médi­cal et scien­ti­fique du CIO, le Dr Richard Bud­gett, a affir­mé que la tes­to­sté­rone ne fai­sait aucune dif­fé­rence dans les per­for­mances spor­tives, et per­sonne dans le monde de la science du sport — y com­pris à l’A­gence mon­diale anti­do­page — ne sait com­ment réagir face au déni infâme d’un phé­no­mène que nous connais­sons — et que des géné­ra­tions de femmes du bloc de l’Est ont exploi­té avec suc­cès — depuis des décennies.

Les évé­ne­ments récem­ment sur­ve­nus dans les sports amé­ri­cains et bri­tan­niques ont mis en évi­dence les insuf­fi­sances des poli­tiques qui exigent la sup­pres­sion de la tes­to­sté­rone. Cette situa­tion ne peut plus durer. Nous avons vu dans la nata­tion et le cyclisme un mou­ve­ment de femmes ath­lètes et d’avocates — qui ont été soi­gneu­se­ment igno­rées jus­qu’à pré­sent — affir­mer leur droit à une caté­go­rie pro­té­gée, qui exclut les hommes. Quelle que soit la sym­pa­thie que nous pou­vons éprou­ver pour ces hommes ayant des pro­blèmes d’i­den­ti­té et de dys­pho­rie, et qui suivent les règles fixées par les organes dirigeants.

Ces règles sont erro­nées. Et les femmes ath­lètes qui invoquent l’é­qui­té et la science ne peuvent et ne doivent être ignorées.

Emma Hil­ton


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

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