Leur céder le genre (par Najat El Hachmi)

Tra­duc­tion d’un texte paru dans le quo­ti­dien espa­gnol El Pais le 19 mai 2023.


Je laisse volon­tiers aux hommes qui se pré­tendent femmes tout ce qu’ils asso­cient à la fémi­ni­té : le poi­son du maquillage et la tor­ture des talons hauts, les vête­ments étouf­fants, les sou­tiens-gorge qui s’en­foncent dans la chair, les strings qui déchirent la peau, la cire chaude et les poils arra­chés à la racine, les aiguilles et le scal­pel, les pro­duits injec­tables de com­ble­ment et les exten­sions de che­veux, les pro­thèses et les articles rem­bour­rés, les che­veux longs et les tein­tures, les fers à lis­ser, les sèche-che­veux et les recourbe-cils, les gestes déli­cats, les jambes croi­sées et les poses de créa­tures fri­voles et super­fi­cielles, naïves et idiotes, les contor­sions et les déhan­chés, la fai­blesse phy­sique et le manque de com­pé­tences manuelles, le fait de ne pas savoir conduire ou se ser­vir d’une per­ceuse. Je leur lègue la dépen­dance et l’hys­té­rie, le manque de contrôle émo­tion­nel ou la per­fi­die innée, l’in­car­na­tion du mal et la séduc­tion trom­peuse, le devoir de beau­té et de dis­cré­tion, le bon carac­tère et le sou­rire de rigueur. Den­telle, tulle, paillettes, doci­li­té et man­sué­tude ser­vile : je leur remets tout cela volontiers.

Bien sûr, il fau­drait aus­si qu’ils fassent le ménage et la cui­sine gra­tui­te­ment, qu’ils changent les couches et pré­parent les repas des bébés, qu’ils mettent au monde des enfants les uns après les autres, qu’ils servent leur mari, qu’ils s’occupent des per­sonnes âgées et des han­di­ca­pés, qu’ils effec­tuent les tâches les plus ingrates pour des salaires de misère, qu’ils ne cotisent pas et se retrouvent avec une retraite de merde. Être mariée dès l’en­fance, être enfer­mée à la mai­son à vie, être cou­verte de la tête aux pieds, être muti­lée pour ne jamais avoir d’or­gasme, être vio­lée chaque nuit par un incon­nu, par­ta­ger son mari avec d’autres femmes, être engros­sée puis se faire voler ses enfants, être péné­trée chaque jour par des dizaines d’in­con­nus, être exhi­bée dans des vidéos où l’on vous agresse, vous crache des­sus et vous humi­lie. Tra­vailler comme une esclave dans n’im­porte quelle maqui­la­do­ra ou être la pre­mière vic­time de la guerre. Man­ger moins par­tout et être déshé­ri­tée par la loi. Être moins pro­mue sur le plan aca­dé­mique et pro­fes­sion­nel. Tout cela, voi­là ce qu’est le « genre » qu’ils défendent aujourd’­hui comme leur iden­ti­té. Ce qui nous a été impo­sé depuis notre enfance pour faire de nous des sous-hommes, une caté­go­rie pri­vée du niveau de digni­té que les hommes ont gar­dé pour eux, le dense maillage des attri­buts uti­li­sés pour nous asser­vir. Si, désor­mais, ils sou­haitent incar­ner la fémi­ni­té qu’ils ont inven­tée, qu’ils le fassent, qu’ils gardent tout le « genre ». Nous le leur remet­tons de bon cœur pour pou­voir enfin nous consa­crer à être des personnes.

Najat El Hachmi

El Pais, 19 mai 2023.

Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

*

Note du tra­duc­teur : iro­nie — le plus impor­tant quo­ti­dien fran­çais, le jour­nal Le Monde, lar­ge­ment acquis à l’i­déo­lo­gie trans, célé­brait il y a quelques semaines le roman inti­tu­lé Mère de lait et de miel de Najat El Hach­mi, autrice his­pa­no-maro­caine née en 1979 à Nador, au Maroc, puis éle­vée en Cata­logne à par­tir de l’âge de 8 ans. Faire la pro­mo­tion d’une autrice aus­si ouver­te­ment « trans­phobe », ain­si que beau­coup se sont empres­sés de la qua­li­fier, n’est-ce pas indigne ?! Et pour­quoi pas dire du bien de J. K. Row­ling tant qu’on y est ?!

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