Les « anti-tech », la médecine moderne et la vie sur terre (par Nicolas Casaux)

I. LE REPROCHE

Parmi les principaux reproches lancés à l’encontre d’Anti-Tech Resistance et des écologistes anti-industriel∙les en général, on retrouve souvent l’idée que démanteler le système techno-industriel dans son ensemble est inenvisageable, inacceptable, parce que cela signerait la fin des hôpitaux et de la médecine modernes, ce qui serait « validiste », « handiphobe », des choses comme ça (puisque cela nuirait à des personnes handicapées).

On pourrait aller bien plus loin. Sans les hôpitaux et la médecine modernes, beaucoup plus de gens mourraient (pas seulement les personnes handicapées). En fait, si le capitalisme s’effondrait du jour au lendemain, une partie significative de l’humanité périrait sans doute. Nous avons toutes et tous été rendu∙es vitalement dépendant∙es d’un système qui détruit la biosphère et nous dépossède presque entièrement sur le plan existentiel – d’un système sur lequel nous n’avons donc quasiment aucun contrôle.

Tout le problème est là. La question est donc : est-il possible de rendre démocratique et écologiquement soutenable le système des hôpitaux et de la médecine moderne, et plus largement le système techno-industriel sur lequel elle repose ?

Car la médecine moderne repose sur un grand nombre d’industries : extraction minière pour les métaux rares des machines d’imagerie, pétrochimie pour les plastiques, industrie pharmaceutique mondialisée pour les médicaments, production d’énergie massive pour faire tourner appareils, réseaux, data centers médicaux. Il faut aussi des chaînes industrielles lourdes pour l’oxygène, l’anesthésie, les antibiotiques, la stérilisation, sans parler du transport motorisé pour déplacer malades, fournitures et déchets.

Et il ne s’agit pas seulement de technologies très récentes. Certains pourraient s’imaginer qu’il suffirait de « revenir » à la médecine d’avant la high-tech, disons celle des années 1960 ou du début du XXᵉ siècle, pour la rendre soutenable et démocratique. En réalité, la médecine moderne, dès son origine, était le produit d’un vaste système industriel, bureaucratique et hiérarchique, inséparable d’une division du travail incompatible avec une véritable démocratie (avec la liberté humaine).

La médecine dite « moderne » des années 1960, ou celle du début du XXᵉ siècle, reposait déjà sur une infrastructure industrielle considérable : production d’électricité fiable avec tout ce que cela implique, verrerie, métallurgie complexe, industrie chimique, mécanique de précision, formation technique de masse, etc., etc. L’hôpital moderne, dès son invention, exige un appareil logistique, scientifique et administratif que seules des sociétés hautement spécialisées et centralisées peuvent fournir. La division du travail nécessaire à son fonctionnement — médecins, infirmiers, ingénieurs, pharmaciens, gestionnaires, fabricants, chercheurs, etc. — impliquait déjà une concentration du savoir et du pouvoir qui plaçait la population dans une position de dépendance – et donc de dépossession – radicale.

En d’autres termes, la médecine moderne n’a jamais été démocratique : elle est née de la même matrice autoritaire (technocratique) que l’État (moderne). Elle suppose l’existence d’un corps d’experts, d’une hiérarchie scientifique, d’un appareil productif et énergétique gigantesque — autant de structures qui échappent par nature au contrôle populaire. Même dépouillée de ses prothèses numériques, la médecine moderne resterait indissociable d’un monde d’usines, de laboratoires, d’universités, de ministères et de chaînes logistiques complexes.

Étant donné que la médecine moderne n’a jamais été une réalisation démocratique (ou écologiquement soutenable), qu’il n’existe aucun endroit du monde permettant d’illustrer concrètement l’idée selon laquelle la médecine moderne pourrait être compatible avec une démocratie réelle, avec une société égalitaire (ou avec le respect de l’écologie planétaire), et que de nombreux arguments assez solides suggèrent fortement qu’elle est fondamentalement incompatible avec une telle société, la charge de la preuve devrait reposer dans le camp qui prétend l’inverse.

Sauf qu’en général, dans ce camp, on ne s’embarrasse pas d’un début de réflexion. La médecine moderne doit être conservée et peut être rendue démocratique et bio parce que je le dis, parce que je le pense, parce que j’ai envie de ça. Point. Et si t’es pas d’accord, si tu défends le démantèlement de la civilisation industrielle, t’es rien qu’un [réactionnaire, fasciste ou nazi, au choix], parce que tu veux me priver de médocs et donc me tuer.

Brillant raisonnement. Très peu auto (ou socio-)centré.

Manifestement, peu importe à ces gens les coûts écologiques et sociaux de la médecine moderne. Peu importe que toutes les rivières du monde soient contaminées par des résidus de médicaments, dont un quart à des niveaux considérés comme dangereux. Peu importe les impacts sur les poissons, les crustacés, la flore. Peu importe les antibiotiques dans la Seine et les écrevisses qui se chargent en lithium. Peu importe les deux millions d’animaux tués en France chaque année pour la recherche biomédicale. Peu importe, plus généralement, toutes les espèces que la civilisation industrielle massacre au quotidien, tous les habitats qu’elle détruit irrémédiablement. Peu importe que chaque jour qui passe, elle rende la planète littéralement moins vivable pour toutes les créatures terrestres. L’important, c’est que les usines à produire des médocs ne s’arrêtent jamais de tourner.

Autre chose.

Souhaiter le démantèlement complet du système techno-industriel, ce n’est évidemment pas souhaiter l’abolition pour demain matin de tout le complexe techno-médical moderne. Idéalement, il s’agirait plutôt, au fur et à mesure du démantèlement graduel du système techno-industriel, d’imaginer ou de réimaginer ce que pourrait être un art de guérir à la mesure d’une société réellement démocratique, autonome et respectueuse de la nature.

L’humanité s’est passée de la médecine moderne pendant plus de 99% de son existence sur Terre. Elle a survécu, et même prospérée. Elle a conçu une myriade de sociétés différentes dotées de manières différentes d’appréhender la vie, la mort, la santé, la maladie et la guérison. Il a même pu faire bon vivre au sein de ces sociétés (surtout pour les hommes, en général, mais pas exclusivement).

Nous n’avons pas besoin de la médecine moderne pour mener des vies dignes d’êtres vécues (soutenir le contraire revient à soutenir que toutes les sociétés autochtones du monde entier, à toutes les époques, n’ont jamais produit que des vies indignes, ce qui est aussi faux que terriblement méprisant).

Allons-nous laisser une vaste technorganisation sur laquelle nous n’avons à peu près aucun contrôle continuer de détruire la planète et de nous déposséder toutes et tous au prétexte que renoncer à la médecine moderne, plutôt mourir ?

A priori, oui.

II. LE FANTASME

« On a dit un mot par rapport au télégraphe, qui me paraît infiniment juste, et qui en fait sentir toute l’importance ; c’est que le fond de cette invention peut suffire pour rendre possible l’établissement de la démocratie chez un grand peuple. Beaucoup d’hommes respectables, parmi lesquels il faut compter Jean-Jacques Rousseau, ont pensé que l’établissement de la démocratie était impossible chez les grands peuples. Comment un tel peuple peut-il délibérer ? Chez les anciens, tous les citoyens étaient rassemblés sur une place ; ils se communiquaient leur volonté […]. L’invention du télégraphe est une nouvelle donnée que Rousseau n’a pas pu faire entrer dans ses calculs […]. Il peut servir à parler à de grandes distances aussi couramment et aussi distinctement que dans une salle : il pourrait seul répondre aux objections contre la possibilité des grandes Républiques démocratiques[1] […]. »

Le mathématicien et économiste français Alexandre-Théophile Vandermonde affirme ça en 1795. Comme le remarque le sociologue Armand Mattelart (Histoire de l’utopie planétaire, La Découverte, 2009), il s’agit d’une des premières traces historiques d’un discours situant dans le développement technologique, et plus précisément dans le développement des technologies de communication, l’espoir de parvenir à faire des populeuses sociétés modernes de véritables démocraties. Certes, la croyance au « progrès » existait déjà depuis quelques temps. Francis Bacon avait déjà soutenu que le développement des sciences et des techniques aurait raison « des innombrables misères des hommes ». Mais la formule de Vandermonde lie précisément technologie (de communication) et démocratie.

L’ingénieur saint-simonien Michel Chevalier, professeur titulaire de la chaire de l’économie politique au Collège de France et conseiller de Napoléon III, soutint, lui, dans un rapport technique publié en 1836 sous le titre Lettres sur l’Amérique du Nord, que le chemin de fer allait faire advenir la démocratie :

« Améliorer les communications, c’est travailler à la liberté réelle, positive, pratique ; c’est faire participer tous les membres de la famille humaine à la faculté de parcourir et d’exploiter le globe qui lui a été donné en patrimoine ; c’est étendre les franchises du plus grand nombre autant et aussi bien qu’il est possible de le faire par des lois d’élection. Je dirai plus, c’est faire de l’égalité et de la démocratie. Des moyens de transport perfectionnés ont pour effet de réduire les distances non seulement d’un point à un autre, mais encore d’une classe à une autre classe[2]. »

Au cours des siècles, de nombreuses technologies seront pareillement investies d’espérances en un futur meilleur, plus juste.

Tout le socialisme classique repose depuis plusieurs siècles sur l’idée selon laquelle le développement techno-industriel va faire advenir une société égalitaire. Le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels publié en 1848 en contient une des premières formulations :

« Le progrès industriel, dont la bourgeoisie est l’agent passif et inconscient, remplace l’isolement des ouvriers par leur union révolutionnaire au moyen de l’association. Le développement de la grande industrie sape sous les pieds de la bourgeoisie le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d’appropriation. La bourgeoisie produit avant tout ses propres fossoyeurs. Sa chute et le triomphe du prolétariat sont également inévitables. »

Même les anarchistes voyaient dans la machine un moyen de faire advenir l’abondance et l’égalité pour tous. Kropotkine par exemple : « l’industrie pourra procurer à tous, en fait de vêtements, ce qu’ils désireront — le nécessaire et le luxe, — pour peu que la production soit organisée de façon à satisfaire des besoins réels, plutôt qu’à payer de gros dividendes à des actionnaires[3] ».

Jean Jaurès saluait « dans la machine la grande libératrice qui permettra d’alléger un jour l’humanité du fardeau du travail servile qui pèse sur elle », et célébrait le « développement prodigieux du machinisme, qui en lui-même est un bien[4] ». En marxiste assez traditionnel, il pensait qu’une « évolution révolutionnaire » allait nous conduire au communisme. Que le développement du machinisme, de l’industrialisme, de la technologie, était une étape nécessaire en direction de l’inévitable avènement d’une société égalitaire, socialiste, démocratique, bref, merveilleuse.

Cette idée, on la retrouve dans quasiment tous les discours de gauche. Par exemple, de l’autre côté de l’Atlantique, chez le socialiste états-unien Eugene V. Debs, qui affirme en 1912 :

« Les lois de l’évolution ont décrété la chute du système capitaliste. […] Les trusts transforment l’industrie et la prochaine étape sera la transformation des trusts par le peuple. Le socialisme est inévitable. Le capitalisme s’effondre et le nouvel ordre qui en découle est clairement la communauté socialiste. L’évolution actuelle ne peut que culminer dans la démocratie industrielle et sociale[5]. »

En 1915, l’écrivain Jack London célèbre la vidéo et le cinéma qui permettent, selon lui, de combattre les inégalités :

« Les images animées abattent les barrières de la pauvreté et de l’environnement qui barraient les routes menant à l’éducation, et distribuent le savoir dans un langage que tout le monde peut comprendre. Le travailleur au pauvre vocabulaire est l’égal du savant […] L’éducation universelle, c’est le message […] Le temps et la distance ont été annihilés par la magie du film pour rapprocher les peuples du monde. […] Regardez, frappé d’horreur, les scènes de guerre, et vous devenez un avocat de la paix… Par ce moyen magique, les extrêmes de la société se rapprochent d’un pas dans l’inévitable rééquilibrage de la condition humaine[6]. »

Dans un livre paru en 1967 intitulé Le Règne de la télévision, l’auteur français Jean-Guy Moreau exprime une croyance relativement commune à l’époque, en tout cas dans certains milieux sociaux, selon laquelle « la TV peut et doit être l’instrument de la démocratie ». Grâce à la télévision, « une certaine forme de démocratie directe peut ainsi renaître[7] ».

Au fil des décennies, « on nous a tour à tour présenté l’usine, la voiture, le téléphone, la radio, la télévision, l’aérospatial, et bien entendu l’armement nucléaire comme des puissances de démocratisation et d’émancipation[8] ». Au moment où le sociologue états-unien Langdon Winner écrit ça, en 1986, le réseau internet, qui n’en est alors qu’à ses balbutiements, n’a pas encore beaucoup fait parler de lui.

En 1994, deux siècles après la mise en service de la première ligne télégraphique, le vice-président des États-Unis, Al Gore (qui deviendrait quelques décennies plus tard l’idole de Greta Thunberg), expose aux délégués de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), réunis à Buenos Aires, son projet d’autoroutes de l’information en ces termes :

« Assurer un service universel de communication instantanée pour la grande famille humaine […] La Global Information Infrastructure [GII, infrastructure mondiale de l’information] permettra d’établir une sorte de conversation globale dans laquelle chaque personne qui le veut pourra s’exprimer […] Ce ne sera pas seulement une métaphore de la démocratie en marche ; dans les faits, elle encouragera le fonctionnement de la démocratie en accroissant la participation des citoyens à la prise de décision et elle favorisera la capacité des nations à coopérer entre elles […] J’y vois un Nouvel Âge Athénien de la démocratie qui se forgera dans les forums que la nouvelle infrastructure mondiale de l’information créera[9]. »

Plus de 30 ans après, on peut toutes et tous constater qu’il racontait n’importe quoi.

Le fossé qui sépare toutes les promesses associées aux développements technologiques et la (désastreuse) réalité de leur déploiement n’a jamais eu raison de « l’imaginaire messianique de la communication », et, au-delà, du mythe du salut par la technologie. Les échecs de toutes les prophéties successives (de Marx à Al Gore) n’ont pas entamé la foi.

La plupart des gens de gauche ne croient plus exactement que de nouveaux ou futurs développements technologiques feront descendre l’esprit saint de la démocratie et de l’égalité sur Terre ; mais ils continuent de penser que l’essentiel du monde des machines, du système industriel, technologique, est une donnée à conserver, et que c’est à l’intérieur ou sur la base de cette infrastructure techno-industrielle que la démocratie et l’égalité doivent et peuvent être réalisées (même les soi-disant « écologistes », « décroissants » et autres « écosocialistes » comme Cyril Dion ou Jason Hickel affirment que l’écosocialisme ou l’avènement d’une société postcapitaliste prendra place dans le cadre d’une société « technologiquement avancée[10] »).

L’idée est TOUJOURS, grosso modo, que l’industrie et la technologie sont compatibles avec le socialisme (ou le communisme, ou l’anarchisme), la démocratie, l’égalité, et même la préservation de la nature. La religion industrialiste ou technologiste ayant envoûté la majeure partie de la gauche il y a déjà bien plus d’un siècle perdure inexorablement – les quelques critiques que certain∙es, comme Weil, Orwell ou Huxley, lui ont opposées, n’ont quasiment eu aucun effet. (Dans cet attachement à la technologie et à l’industrie, la gauche rejoint d’ailleurs la droite, et même l’extrême droite. Il s’agit d’une perspective partagée par l’immense majorité des civilisé∙es.)

Ce qu’on fait valoir, nous (nous partisan∙es d’une décroissance radicale, anarcho-primitivistes, néo-luddites, anarchistes naturien∙nes, etc.), c’est, avec Simone Weil, que : « La force que possède la bourgeoisie pour exploiter et opprimer les ouvriers réside dans les fondements mêmes de notre vie sociale, et ne peut être anéantie par aucune transformation politique et juridique. Cette force, c’est d’abord et essentiellement le régime même de la production moderne, à savoir la grande industrie[11]. » Autrement dit, c’est qu’il existe de solides raisons qui font que l’industrie et la technologie ne sont pas et ne seront jamais compatibles avec le socialisme, le communisme, l’anarchisme, la démocratie, l’égalité, et pas non plus avec le respect de la biosphère. On soutient au contraire que le développement techno-industriel approfondit la dépossession qu’impliquent structurellement l’État et le capitalisme, et nous plonge dans une terrible impuissance. L’impuissance qu’on est beaucoup à ressentir n’est pas le fruit de la présence des mauvaises personnes aux postes de direction, ou de mauvaises dispositions juridiques ou économiques, ou d’une mauvaise « planification », mais des caractéristiques générales de la société dans laquelle on se retrouve, bon gré, mal gré, contraint∙es de vivre : de sa démesure ; de son caractère de masse (rassemblant des millions de personnes), qui appelle par nécessité des mécanismes de délégation obligatoire du pouvoir (c’est-à-dire de dépossession) et donc une structure gouvernants/gouverné∙es (l’État) ; du système techno-industriel (qui requiert et repose sur le caractère de masse de la société, une vaste division et spécialisation hiérarchique du travail, l’État) ; du système marchand.

Selon toute probabilité, rechercher l’émancipation, la liberté, l’égalité, la fin de notre impuissance, de notre dépossession, tout en souhaitant conserver l’industrie et la technologie, est totalement vain. Une chimère. Comme l’avait noté Simone Weil, les « moyens de production » que les socialistes, marxistes ou communistes espèrent « se réapproprier » ou « socialiser » (quoi que cela puisse signifier), dans lesquels ils espèrent trouver l’émancipation, la justice et l’égalité, ne sont en réalité « que des machines à écraser l’humanité ; quelles que puissent être les intentions de ceux qui les prennent en main, ces machines écrasent et écraseront aussi longtemps qu’elles existeront ».

Pour avoir une chance d’établir des sociétés justes et égalitaires, respectant la liberté humaine, nous devons nous émanciper du règne machinal, de l’empire techno-industriel, nous devons viser son démantèlement. Démarchandiser, désindustrialiser, désurbaniser et démassifier les sociétés humaines. Faire machine arrière pour renouer avec des formes de vie artisanales, des sociétés à échelle humaine, tout en prenant garde de ne pas retomber dans les travers qui peuvent très bien rendre de telles sociétés inégalitaires (comme la domination masculine, l’accaparement du pouvoir par un petit nombre, etc.).

Voilà l’horizon, l’objectif très général qu’on défend, qu’on devrait s’efforcer de défendre. Et cela implique, oui, à terme, de réapprendre à se passer de la médecine moderne, mais en contrepoint, aussi, de développer des savoirs et des pratiques médicales démocratiques, autonomes, indépendantes du capitalisme industriel.

Tu peux être en désaccord avec ce qui précède, évidemment. Mais si tu te contentes de tout rejeter en bloc parce que ta foi dans la religion techno-industrielle te pousse à croire qu’un jour viendra où les machines seront au service de la démocratie, de l’égalité et des hippocampes, tu n’es qu’un fanatique de plus, du genre de ceux qui mènent le monde à sa perte.

Nicolas Casaux


  1. Alexandre-Théophile Vandermonde, « Quatrième leçon d’économie politique, 23 ventôse/13 mars1 [1795] », In L’École normale de l’an iii, Nordman D. (dir.), Dunod, 1994. Cité par Armand Mattelart, Histoire de l’utopie planétaire, La Découverte, 2009.
  2. Lettres sur l’Amérique du Nord, 1836.
  3. Pierre Kropotkine, Champs, Usines et Ateliers, Stock, 1910.
  4. Jean Jaurès, « La République et le socialisme : réponse à la déclaration du cabinet Charles Dupuy », intervention lors de la séance du 21 novembre 1893 à l’Assemblée Nationale
  5. Eugene V. Debs, « “This Is Our Year” — But Two Parties And But One Issue », discours prononcé le 16 juin 1912 à Chicago.
  6. Jack London, « The Message of Motion Pictures », dans Paramount Magazine, février 1915.
  7. Jean-Guy Moreau, Le Règne de la télévision, Seuil, 1967.
  8. Langdon Winner, La Baleine et le Réacteur — À la recherche de limites au temps de la haute-technologie,

    Éditions LIBRE, 2022 [1986].

  9. Al Gore, Remarks prepared for delivery by Vice President Al Gore to the Inter­national Telecommunications Union Development Conference in Buenos Aires, Argentina on March 21, 1994, Washington D. C., Department of State, USIA, mars 1994.
  10. Jason Hickel et Dylan Sullivan, « How much growth is required to achieve good lives for all? Insights from needs-based analysis », World Development Perspectives, volume 35, septembre 2024.
  11. Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, [1934] 1955.
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  1. Les peuples autochtones vivent ou vivaient, les sociétés anciennes «vivaient» à peu près de la même manière.
    Les sociétés modernes, elles, fonctionnent, se perfectionnent, se règlent/se régulent à l’aide d’outils, même mathématiques, suivent un programme.
    Il n’y a plus d’**humanité** à l’intérieur de leur société machine, juste un bétail de trait sur deux pattes devenu statistiques servant au mieux cette **mécanité** – même la joie, la colère, la charité et l’empathie sont devenus des objets commandés. L’ironie, c’est que les sujets même aux plus hauts grades sociaux, leur dépendance à cette jouissance fonctionnelle est totale.
    Leur e-monde, je leur laisse avec joie après tout et je leur souhaite même une « vie » éternelle comme cela ! Et puisse les machines les faire revivre encore et encore si la mort leur prend.

  2. Dans ton post : https://www.partage-le.com/2017/05/02/les-medias-et-la-fabrique-de-lillusion-a-propos-de-quelques-mensonges-rassurants/ , tu terminais par :
    …. Conscients de ce que nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans une impasse, les courants anti-développement, anti-industriel, ou anti-civilisation, n’échappent pas à cette question que l’on entend si souvent : « Mais alors, qu’est-ce que vous proposez ? Quelle est votre solution ? »
    Le problème, c’est que bien souvent, celui qui la pose ne sait pas exactement pour quoi, ou à quoi, il cherche une solution ; ou qu’il se demande ce qui pourrait permettre de concilier à la fois le désir de continuer à bénéficier des luxes et des conforts que prodiguent les hautes-technologies et l’industrialisme en général, et le désir de faire en sorte de ne pas détruire la planète, de ne pas nuire à qui que ce soit.
    En d’autres termes, beaucoup, par cette question, et en raison de leur attachement aux conforts industriels modernes, se demandent comment nous allons pouvoir continuer à profiter des téléphones portables, des réseaux électriques, des tablettes, des téléviseurs 4K, des voitures, d’internet, des avions, des fruits tropicaux toutes l’année, mais de manière écologique, équitable et bio.
    D’où la création, par les médias, de ces mythes qui permettent de rassurer les populations qu’une angoisse écologique risquerait de faire douter du bien-fondé de la modernité et du progrès.
    Dans un article intitulé « Pourquoi l’Islande n’est pas une utopie », une journaliste anglaise, Joanna Smith, le formule ainsi :
    « Pourquoi les gens aiment-ils placer l’Islande [Ou le Costa Rica, ou la Suède, ou la Bolivie, etc., NdT] sur un tel piédestal ? La réponse est que c’est rassurant. Parce qu’il est rassurant de pouvoir se dire, alors que l’actualité est une suite d’évènements désastreux, que quelque part, quelqu’un a une solution. Il est rassurant, lorsque vous avez l’impression que l’on ne vous écoute pas, de se persuader qu’il y a un endroit où vous aimeriez être. Il est rassurant de croire que nos rêves d’une société parfaite sont possibles. Mais cette ignorance n’est pas une bénédiction. En réalité, elle empêche les gens de prendre en main leur destin. »
    Les rêves d’une société industrielle ET écologique (ou high-tech ET verte), de masse ET démocratique, l’idée selon laquelle le développement durable ne détruit pas le monde naturel, sont autant de dangereux fantasmes. Malheureusement, à notre époque où la plupart des esprits demeurent hypnotisés par la pensée unique du discours des médias de masse, toute « solution » impliquant de renoncer aux conforts modernes, au mode de vie façonné par des décennies de soi-disant progrès, est écartée, jugée insatisfaisante, considérée comme un « retour en arrière », vers un passé perçu comme sombre et repoussant, que la culture dominante a tout fait pour diaboliser (d’où ces expressions du « retour à la bougie », à un temps où « on s’habillait en peaux de bêtes », ou ce « on ne va pas retourner vivre dans des grottes »).
    Et pourtant, la solution est bien là, dans ce retour à une vie en microsociétés, à taille humaine (et donc potentiellement démocratiques), culturellement diversifiées, ancrées dans un territoire écologique spécifique, qu’elles respectent, et aussi autonomes que possible.

    C’est ce que aurait écrit Lao-Tseu, cet autre anarchiste naturien, dans le Taoteking :
    XLVI Celui qui sait se suffire, est toujours content de son sort.
    LXXX Mon peuple serait peu nombreux, il reviendrait à l’usage des cordelettes nouées. Il aimerait ses simples usages. Il savourerait sa nourriture, trouverait ses vêtements élégants, se plairait dans sa demeure.
    Ceci n’est pas une chimère et n’oblige pas à vivre dans les grottes. Les humains peuvent vivre heureux sans médecine moderne, sans électricité ni douche chaude, et cultiver un potager sans charrue, en s’habillant comme les bergers d’antan, mais bien sûr sans tyran. Mais cela ne s’improvise pas, il faudrait d’abord créer un forum pour réunir des  »éveilles » qui savent bien que le monde moderne n’est que mensonges. Ils pourraient alors élaborer une charte et décider de ce qu’ils doivent faire…
    lermitedelamer@gmail.com

  3. C’est très significatif, aussi, de nos sociétés : notre façon d’idéaliser le soin, et la réparation des problèmes de santé, alors que nous négligeons et même méprisons la prévention, et tout ce qui a trait à la recherche d’une vie qui ne rendrait pas malade.

  4. Excellente thématique.
    Je me suis souvent dit que les hôpitaux, par tout ce qu’ils impliquent, détruisaient plus de vies qu’ils en sauvaient.
    Évidemment, tant qu’ils existent, si on est blessé, on va y aller (là n’est pas le sujet).

    Nous pouvons aussi considérer que le iatrogénique est à classer parmi les premières causes de mortalité aux États-Unis et probablement en Europe, donc finalement, le bénéfice de cette médecine moderne est largement à revoir. Certes, elle sauve, mais elle tue aussi, à coups de traitements superflus et de mauvaise compréhension de ce qu’est le vivant. Seule la médecine d’urgence semble réellement utile.

    Quant aux médicaments, 80% sont totalement inutiles voire dangereux (non, je ne source pas).

    A mon avis, il y a du bon sens à rejoindre les courants de pensée de type « hygiénisme » qui considèrent le fonctionnement du corps et son entretien avant tout, plus que la prise de quelconque médicament, même naturel. (Écoutons par exemple Fabien Moine et une approche tout à fait logique: https://www.youtube.com/watch?v=yE_78Y9vOrU).

    Et, n’hésitons pas à remettre en question tous les dogmes que cette médecine totalitaire nous a fait rentrer dans le crâne. Lire par exemple Virus Mania.

  5. Il est difficile de parler de médecine moderne sans parler de l’IA qui a déjà commencer à la bouleverser. L’IA est meilleure que les meilleurs toubibs de certaines disciplines. Y compris pour l’empathie. La médecine va être de plus en plus prédictive et contraignante et la sécu abondera dans ce sens. Va falloir ruser pour échapper à l’implant neuronal !

    1. La belle affaire de Stanislas !
      Les toubibs aujourd’hui me paraissent surtout de plus en plus fatigués, médiocres et peu combatifs quant à leur avenir ou celui de leur profession, sinon de parfaits marcheurs au pas de l’oie d’un système de soin à bout de souffle. Ils sont perdus.
      Que va faire l’IA à part poser statistiquement un «meilleurs» diagnostique pour jouir d’une reconnaissance incontestable de ses promoteurs et dans d’autres domaines ? Réciter les mêmes mantras actuels des magazines à 2 sous pour espérer conserver son espérance de vie actuelle – un des totems du progrès. Se rebeller contre une société mortifère qui ne cesse de balancer des saloperies dans l’environnement au point de chopper le crabe dès tes 5 ans ? Que non ! Les technocrates le savent parfaitement bien, ils ont gagnés… la pire soumission à leur machine.

  6. Bonjour,
     » Les limites de l’organisation de l’existence sont données par une contradiction spécifiquement moderne : l’organisation de la masse construit un mécanisme universel de l’existence, qui détruit le monde véritablement humain de l’existence. » Karl JASPERS, LA SITUATION SPIRITUELLE DE NOTRE EPOQUE, 1931. Il y a aussi dans ce livre quelques pages édifiantes consacrées à la médecine de cette époque. Aujourd’hui il y a très peu de médecins mais une armée d’officiers de santé équipés d’un savoir définitif ( cf. l’invasion de la pharmacie) que l’IA va « simplifier »; ce n’est déjà plus de la médecine mais quelque chose qui se situe du côté de l’ergonomie au service de la méga-machine. Dans le lieu où je vis, les cafés tendent à disparaître et les pharmacies à se multiplier. Le vin est remplacé par le tramadol et autres plaisirs de l’aliénation.
    JPF

  7. Je n’ai jamais rencontré de medecin qui respire la santé. Les ecouter, c’est un peu comme se faire enseigner l’anglais par quelqu’un qui ne la visiblement jamais parlé. Il y’a quelques medicaments, procedures et instruments qui fonctionnent, mais une masse de charlatanerie qui ne guerit de rien et font se trainer les gens dans un etat lamentable. Les gens vivent vieux, mais dans un etat metabolique lamentable. Et sans le cocon hygienique, materiel (bouffd degueulasse obtenue sans effort ni danger)et securitaire, ils mourraient quasiment immediatement.
    Or nous allons au devant d’un monde de predation….
    Le medecin n’est pas un scientifique. Il se fout des causes, ne pretend pas te guerir, mais te bourre de medicaments qui stastiquement n’ont pas tué trop de monde. J’ai fait un Avc. Les examens ont ete baclé faute de moyen humain, et apres un mois d’hopital, je n’ai toujours aucune idee sur les causes et pas eu acces au dossier. La seule chose qu’il font, c’est te filer des hypotenseurs et des statines…. pas besoin de faire de longues etudes pour cela.
    La plupart de ses remedes ont un equivalent vegetal qui ne peut pas etre validé (on doit valider une molecule simple, pas un ensemble complexe).
    Personnellement, je prefererais ecouter un medecin comme Shawn Baker, stigmatise par eat Lancet, qui a 58 ans a un physique de forçat et esg champion US de rameur. Il ne bouffe que dds steaks depuis 9 ans et aurait, selon la medecine officielle, mourrir de scorbut…. ce qui prouve la debilité de cette pseudoscience, incapable d’analyser les mecanismes metaboliques (par exemple les besoin en vitamine c chutent si on se passe de sucres).

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Les ravages de l’industrialisme : les impacts des nouvelles et des hautes technologies

Les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) jouissent d'une image d'industrie propre, non polluante, pouvant contribuer à la résolution des problèmes environnementaux. Cette perception, entretenue par les fabricants, les publicitaires, les politiques, est le fruit de notions largement diffusées comme la dématérialisation, l'informatique dans les nuages (cloud computing)... qui nous laissent croire que toutes ces infrastructures, tous ces équipements, n'ont guère d'impacts sur notre environnement.