Pourquoi la montée du fascisme est encore le problème (par John Pilger)

9ae3deca6381c2a9e1ecfec3d7b54303John Pil­ger est un jour­na­liste de natio­na­li­té Aus­tra­lienne, né à Syd­ney le 9 Octobre 1939, par­ti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’hui basé à Londres et tra­vaille comme cor­res­pon­dant pour nombre de jour­naux, comme The Guar­dian ou le New Sta­tes­man.

Il a reçu deux fois le prix de meilleur jour­na­liste de l’année au Royaume-Uni (Britain’s Jour­na­list of the Year Award). Ses docu­men­taires, dif­fu­sés dans le monde entier, ont reçu de mul­tiples récom­penses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

John Pil­ger est membre, à l’instar de Van­da­na Shi­va et de Noam Chom­sky, de l’IOPS (Inter­na­tio­nal Orga­ni­za­tion for a Par­ti­ci­pa­to­ry Socie­ty), une orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale et non-gou­ver­ne­men­tale créée (mais encore en phase de créa­tion) dans le but de sou­te­nir l’activisme en faveur d’un monde meilleur, prô­nant des valeurs ou des prin­cipes comme l’auto-gestion, l’équité et la jus­tice, la soli­da­ri­té, l’anarchie et l’écologie.

Article ini­tia­le­ment publié le 26 février 2015, en anglais, sur le site offi­ciel de John Pil­ger, à cette adresse.


Récem­ment, le 70ème anni­ver­saire de la libé­ra­tion d’Au­sch­witz a été un rap­pel du grand crime du fas­cisme, dont l’i­co­no­gra­phie nazie est ancrée dans notre conscience. Le fas­cisme est pré­ser­vé comme fai­sant par­tie de l’his­toire, comme images trem­blantes de ces che­mises noires mar­chant au pas de l’oie, d’un carac­tère cri­mi­nel ter­rible et évident. Pour­tant dans ces mêmes socié­tés libé­rales, dont les élites va-t-en-guerre nous somment de ne jamais oublier, le dan­ger crois­sant d’une varié­té moderne de fas­cisme est pas­sé sous silence ; parce qu’il s’a­git de leur fascisme.

« Ini­tier une guerre d’a­gres­sion… », dirent les juges du tri­bu­nal de Nurem­berg en 1946, « est non seule­ment un crime inter­na­tio­nal, mais c’est le crime inter­na­tio­nal suprême, qui dif­fère des autres crimes de guerre en ce qu’il contient tous les autres crimes ».

Si les nazis n’a­vaient pas enva­hi l’Eu­rope, Ausch­witz et l’ho­lo­causte n’au­raient pas eu lieu. Si les USA et leurs satel­lites n’a­vaient pas ini­tié leur guerre d’a­gres­sion contre l’I­rak en 2003, près d’un mil­lion de per­sonnes seraient encore en vie aujourd’­hui ; et l’É­tat isla­mique, ou EIIL, ne nous aurait pas sou­mis à sa sau­va­ge­rie. Ils sont la pro­gé­ni­ture du fas­cisme moderne, nour­ris par les bombes, les bains de sang et les men­songes qui sont le théâtre sur­réa­liste que l’on appelle informations.

A l’ins­tar du fas­cisme des années 1930 et 1940, d’im­menses men­songes sont déli­vrés avec la pré­ci­sion d’un métro­nome : grâce à des médias omni­pré­sents, répé­ti­tifs et à leur viru­lente cen­sure par omis­sion. La catas­trophe libyenne en est un exemple.

En 2011, l’O­TAN a lan­cé 9700 « frappes aériennes » contre la Libye, dont plus d’un tiers visaient des cibles civiles. Des ogives conte­nant de l’u­ra­nium appau­vrui furent uti­li­sées ; les villes de Misu­ra­ta et Syrte furent sou­mises à tapis de bombes. La Croix rouge a iden­ti­fié des char­niers, et l’U­ni­cef a rap­por­té que « la plu­part [des enfants tués] avaient moins de 10 ans ».

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La Libye, Après / Avant

La sodo­mi­sa­tion publique du pré­sident Libyen Mouam­mar Kadha­fi à l’aide d’une baïon­nette « rebelle » fut célé­brée par la secré­taire d’É­tat US d’a­lors, Hil­la­ry Clin­ton, en ces mots : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Son meurtre, comme la des­truc­tion de son pays, fut jus­ti­fié par un énorme men­songe fami­lier : il pla­ni­fiait un « géno­cide » contre son propre peuple. « Nous savions… que si nous avions atten­du un jour de plus », dit le pré­sident Oba­ma, « Ben­gha­zi, une ville de la taille de Char­lotte, aurait subi un mas­sacre qui aurait réson­né dans toute la région et aurait souillé la conscience du monde ».

C’é­tait un bobard fabri­qué par  les milices isla­miste qui étaient en train d’être mises en déroute  par les forces du gou­ver­ne­ment libyen. Elles dirent à Reu­ters qu’il y aurait « un vrai bain de sang, un mas­sacre comme on en a vu au Rwan­da ». Rap­por­té le 14 mars 2011, le men­songe four­nit la pre­mière étin­celle pour l’en­fer de l’O­TAN, décrit par David Came­ron comme une « inter­ven­tion huma­ni­taire ».

Équi­pés et entrai­nés en secret par les SAS bri­tan­niques, nombre de « rebelles » se trans­for­me­ront en EIIL, dont la der­nière vidéo montre la déca­pi­ta­tion de 21 ouvriers chré­tiens coptes à Syrte, la ville détruite pour le compte des isla­mistes par les bom­bar­de­ments de l’OTAN.

Pour Oba­ma, Came­ron et Hol­lande, le vrai crime de Kadha­fi était l’in­dé­pen­dance éco­no­mique de la Libye et son inten­tion décla­rée de ces­ser de vendre les plus impor­tantes réserves de pétrole d’A­frique en dol­lars US. Le pétro­dol­lar est un pilier du pou­voir impé­rial US. Kadha­fi pla­ni­fiait auda­cieu­se­ment de mettre en place une mon­naie afri­caine éta­lon­née sur l’or, d’é­ta­blir une banque Afri­caine et de pro­mou­voir une union éco­no­mique entre pays pauvres ayant des res­sources pré­cieuses. Que cela se mette en place ou non, l’i­dée même en était into­lé­rable pour les USA alors qu’ils s’ap­prê­taient à « entrer » en Afrique et à ache­ter des gou­ver­ne­ments afri­cains  pour des « par­te­na­riats » militaires.

Suite à l’at­taque de l’O­TAN sous cou­vert d’une réso­lu­tion du Conseil de sécu­ri­té, Oba­ma, écrit Gari­kai Chen­gu, « a confis­qué 30 mil­liards de $ de la Banque cen­trale libyenne, que Kadha­fi des­ti­nait à l’é­ta­blis­se­ment d’une Banque cen­trale afri­caine et d’un dinar afri­cain à cou­ver­ture or ».

La « guerre huma­ni­taire » contre la Libye s’ins­pi­rait d’un modèle cher aux cœurs des libé­raux occi­den­taux, par­ti­cu­liè­re­ment dans les médias. En 1999, Bill Clin­ton et Tony Blair envoyèrent l’O­TAN bom­bar­der la Ser­bie, parce que les Serbes, d’a­près leurs affir­ma­tions men­son­gères, étaient en train de com­mettre un « géno­cide » contre l’eth­nie alba­naise dans la pro­vince séces­sion­niste du Kos­so­vo. David Schef­fer, ambas­sa­deur extra­or­di­naire iti­né­rant pour les crimes de guerre [sic], décla­ra qu’au moins « 225 000 hommes d’eth­nie alba­naise âgés de 14 à 59 ans » auraient été tués. Clin­ton comme Blair évo­quèrent l’ho­lo­causte et « l’es­prit de la Deuxième guerre mon­diale ». Les alliés héroïques de l’Oc­ci­dent furent l’ar­mée de libé­ra­tion du Koso­vo (UCK), dont le pedi­gree cri­mi­nel fut mis de côté. Le ministre des Affaires étran­gères bri­tan­nique, Robin Cook, leur  dit qu’ils pou­vaient l’ap­pe­ler quand ils vou­laient sur son mobile.

Une fois le bom­bar­de­ment de l’O­TAN ter­mi­né, et la majeure par­tie des infra­struc­tures serbes en ruines, ain­si que ses écoles, hôpi­taux, monas­tères, et la sta­tion de télé­vi­sion natio­nale, des équipes inter­na­tio­nales de légistes débar­quèrent au Koso­vo pour exhu­mer des preuves de « l’ho­lo­causte ». Le FBI ne par­vint pas à trou­ver un seul char­nier, et s’en retour­na. L’é­quipe de légistes espa­gnole fit de même, son lea­der éner­vé dénon­çant « une pirouette séman­tique des machines de pro­pa­gande de guerre ». Un an après, un tri­bu­nal des Nations unies sur la You­go­sla­vie annon­ça le décompte final des morts au Koso­vo : 2788. Ce qui com­pre­nait des com­bat­tants des deux camps et des Serbes et des Rrom assas­si­nés par l’UCK. Il n’y avait aucun géno­cide. « L’ho­lo­causte » était un men­songe. L’at­taque de l’O­TAN avait été frauduleuse.

Der­rière le men­songe se cachait un objec­tif sérieux. La You­go­sla­vie était une fédé­ra­tion mul­tieth­nique indé­pen­dante unique qui avait ser­vi de pont éco­no­mique et poli­tique durant la guerre froide. La plu­part de ses ser­vices et de son indus­trie était pro­prié­té publique. Ce n’é­tait pas accep­table pour la Com­mu­nau­té euro­péenne en expan­sion, par­ti­cu­liè­re­ment pour l’Al­le­magne nou­vel­le­ment uni­fiée, qui s’é­tait lan­cée vers l’Est à la conquête de son « mar­ché natu­rel » dans les pro­vinces you­go­slaves de Croa­tie et de Slo­vé­nie. À l’é­poque où les Euro­péens se ren­con­trèrent à Maas­tricht en 1991 pour dis­cu­ter de leurs plans pour la désas­treuse zone euro, un accord secret avait été conclu : l’Al­le­magne recon­nai­trait la Croa­tie. La You­go­sla­vie était condamnée.

À  Washing­ton, les USA avaient veillé à ce que l’é­co­no­mie you­go­slave en dif­fi­cul­té se voit refu­ser des prêts par la Banque mon­diale. L’OTAN, alors une relique presque défunte de la guerre froide, fut réin­ven­tée comme exé­cu­tant impé­rial. Lors d’une confé­rence sur la « paix » au Koso­vo en 1999 à Ram­bouillet, en France, les Serbes furent sou­mis à la tac­tique rusée de l’exé­cu­tant. L’ac­cord de Ram­bouillet com­pre­nait une annexe B secrète, que la délé­ga­tion US avait rajou­té le der­nier jour. Celle-ci exi­geait l’oc­cu­pa­tion mili­taire de toute la You­go­sla­vie — un pays avec des sou­ve­nirs amers de l’oc­cu­pa­tion nazie — et la mise en place d’une « éco­no­mie de libre mar­ché » et la pri­va­ti­sa­tion de toutes les enti­tés publiques. Aucun État sou­ve­rain n’au­rait pu signer ça. Une puni­tion s’en­sui­vit promp­te­ment ; les bombes de l’O­TAN s’a­bat­tirent sur un pays sans défense. Ce fut le pré­lude des catas­trophes en Afgha­nis­tan, en Irak, en Syrie, en Libye et en Ukraine.

Depuis 1945, plus d’un tiers des pays membres des Nations unies — 69 — ont subi une de (ou toutes) ces cala­mi­tés infli­gées par le fas­cisme US moderne : ils ont été enva­his, leurs gou­ver­ne­ments ren­ver­sés, leurs mou­ve­ments sociaux anéan­tis, leurs élec­tions sub­ver­ties, leurs popu­la­tions bom­bar­dées et leurs éco­no­mies dépouillées de toute pro­tec­tion, leurs socié­tés sou­mises à un siège dévas­ta­teur appe­lé « sanc­tions ». L’his­to­rien bri­tan­nique Mark Cur­tis estime le nombre de morts à des mil­lions. Et dans chaque cas, on a déployé un immense mensonge.

« Ce soir, pour la pre­mière fois depuis le 11 sep­tembre, notre mis­sion de com­bat en Afgha­nis­tan est ter­mi­née ». Ce furent les mots d’ou­ver­ture du mes­sage d’O­ba­ma sur l’é­tat de l’U­nion en 2015. En réa­li­té, 10 000 sol­dats et 20 000 sous-trai­tants mili­taires pri­vés (mer­ce­naires) res­tent assi­gnés en Afgha­nis­tan pour une durée indé­fi­nie. « La plus longue guerre de l’his­toire de l’A­mé­rique en arrive à une conclu­sion res­pon­sable », a dit Oba­ma. En réa­li­té, plus de civils ont été tués en Afgha­nis­tan en 2014 que lors de n’im­porte quelle autre année depuis que l’O­NU a com­men­cé à le docu­men­ter. La majo­ri­té des morts  — civils et sol­dats — ont été tués sous la pré­si­dence d’Obama.

La tra­gé­die afghane riva­lise avec les crimes épiques com­mis en l’In­do­chine. Dans son livre encen­sé et très cité,  Le grand échi­quier : l’A­mé­rique et le reste du monde, Zbi­gniew Brze­zins­ki, le par­rain des poli­tiques US de l’Af­gha­nis­tan à nos jours, écrit que si l’A­mé­rique contrôle l’Eu­ra­sie et domine le monde, elle ne peut main­te­nir aucune démo­cra­tie du peuple, parce que « la pour­suite du pou­voir n’est pas le but pour­sui­vi par les pas­sions popu­laires (…) La démo­cra­tie est inami­cale envers la mobi­li­sa­tion impé­riale ». Il a rai­son. Comme Wiki­Leaks et Snow­den l’ont révé­lé, un État poli­cier et de sur­veillance est en train d’u­sur­per la démo­cra­tie. En 1976, Brze­zins­ki, alors conseiller à la Sécu­ri­té natio­nale de Car­ter, a illus­tré cette maxime  en por­tant un coup fatal à la pre­mière et seule démo­cra­tie de l’Af­gha­nis­tan. Qui connait cette his­toire vitale ?

Dans les années 1960, une révo­lu­tion popu­laire a balayé l’Af­gha­nis­tan, le pays le plus pauvre du monde, par­ve­nant fina­le­ment à ren­ver­ser les ves­tiges du régime aris­to­cra­tique en 1978. Le Par­ti démo­cra­tique du peuple de l’Af­gha­nis­tan (PDPA) mit en place un gou­ver­ne­ment et décla­ra un pro­gramme de réformes qui com­pre­nait l’a­bo­li­tion du féo­da­lisme, la liber­té pour toutes les reli­gions, des droits égaux pour les femmes et la jus­tice sociale pour les mino­ri­tés eth­niques. Plus de 13 000 pri­son­niers poli­tiques furent libé­rés et les fichiers de police brû­lés publiquement.

Le nou­veau gou­ver­ne­ment intro­dui­sit une cou­ver­ture médi­cale pour les plus pauvres, le ser­vage fut abo­li, un pro­gramme d’al­pha­bé­ti­sa­tion mas­sif fut lan­cé. Pour les femmes, les gains furent sans pré­cé­dent. À la fin des années 1980, la moi­tié des étu­diants uni­ver­si­taires étaient des femmes, ain­si que la moi­tié envi­ron des méde­cins, un tiers des fonc­tion­naires et la majo­ri­té des ensei­gnants. « Chaque fille », se sou­vient Sai­ra Noo­ra­ni, une chi­rur­gienne, « pou­vait aller au lycée et à l’u­ni­ver­si­té. Nous pou­vions aller où bon nous sem­blait et por­ter ce que nous vou­lions. Nous allions au café, le ven­dre­di au ciné­ma voir les der­niers films indiens et écou­tions la musique à la mode. Cela a com­men­cé à aller mal lorsque les moud­ja­hi­dines ont com­men­cé à gagner du ter­rain. Ils tuaient les ensei­gnants et brû­laient les écoles. Nous étions ter­ri­fiés. C’est triste et iro­nique de pen­ser que c’é­taient les gens que l’Oc­ci­dent sou­te­nait ».

Le gou­ver­ne­ment du PDPA était sou­te­nu par l’U­nion sovié­tique, même si, comme l’a admis plus tard l’an­cien secré­taire d’É­tat Cyrus Vance, « il n’y avait aucune preuve de com­pli­ci­té sovié­tique [dans la révo­lu­tion] ». Effrayé par l’as­su­rance crois­sante des mou­ve­ments de libé­ra­tion à tra­vers le monde, Brze­zins­ki a déci­dé que si l’ex­pé­rience afghane sous le PDPA réus­sis­sait, son indé­pen­dance et son pro­grès seraient « un exemple pro­met­teur mena­çant ».

Le 3 juillet 1979, la Mai­son blanche auto­ri­sait en secret l’oc­troi de 500 mil­lions de dol­lars en arme­ment et logis­tique pour sou­te­nir les groupes tri­baux « fon­da­men­ta­listes » appe­lés moud­ja­hi­dines. Le but était le ren­ver­se­ment du pre­mier gou­ver­ne­ment réfor­miste et laïc d’A­gha­nis­tan. En août 1979, l’am­bas­sade US à Kaboul rap­porte que « les inté­rêts géné­raux des USA… seraient ser­vis par la dis­pa­ri­tion du [gou­ver­ne­ment PDPA], mal­gré tous les revers pour les futures réformes sociales et éco­no­miques que cela signi­fie­rait en Afgha­nis­tan ». L’emphase est mienne.

Les moud­ja­hi­dines étaient les ancêtres d’Al-Qaï­da et de l’É­tat isla­mique. Par­mi eux Gul­bud­din Hek­ma­tyar, qui reçut des dizaines de mil­lions de dol­lars en cash de la part de la CIA. La spé­cia­li­té d’Hek­ma­tyar état le tra­fic d’o­pium et la pro­jec­tion d’a­cide sur les visages des femmes qui refu­saient de por­ter le voile. Invi­té à Londres, il fut salué par la Pre­mière ministre That­cher comme un « com­bat­tant de la liber­té ».

De tels fana­tiques seraient res­tés dans leur monde tri­bal si Brze­zins­ki n’a­vait pas déclen­ché un mou­ve­ment inter­na­tio­nal pour pro­mou­voir le fon­da­men­ta­lisme isla­mique en Asie cen­trale, et saper ain­si la libé­ra­tion poli­tique laïque, et « désta­bi­li­ser » l’U­nion sovié­tique, en  créant, comme il l’é­crit dans son auto­bio­gra­phie, « quelques musul­mans agi­tés ». Son grand plan coïn­ci­dait avec les ambi­tions du dic­ta­teur pakis­ta­nais, le Géné­ral Zia ul-Haq, de domi­na­tion de la région. En 1986, l’a­gence de ren­sei­gne­ment du Pakis­tan, l’I­SI, et la CIA, com­mencent à recru­ter des gens de par le monde afin de rejoindre le dji­had afghan. Le mul­ti­mil­lion­naire saou­dien Ous­sa­ma Ben Laden fut l’un d’entre eux. Les opé­ra­teurs qui rejoin­draient fina­le­ment les Tali­ban et Al-Qaï­da, étaient recru­tés dans une uni­ver­si­té isla­mique de Brook­lyn, à New York, et effec­tuaient un entrai­ne­ment para­mi­li­taire en Vir­gi­nie dans un camp de la CIA. Cela fut bap­ti­sé « Opé­ra­tion Cyclone ». Son suc­cès fut célé­bré en 1996 lorsque le der­nier pré­sident afghan du PDPA, Moham­med Naji­bul­lah — qui s’é­tait ren­du devant l’as­sem­blée géné­rale de l’O­NU pour deman­der de l’aide — fut pen­du à un lam­pa­daire par les Talibans.

Le « retour de bâton » de l’O­pé­ra­tion Cyclone et de ses « quelques musul­mans agi­tés » fut le 11 sep­tembre 2001. L’O­pé­ra­tion Cyclone se trans­for­ma en « guerre contre le ter­ro­risme », dans laquelle d’in­nom­brables hommes, femmes et enfants allaient perdre leurs vies à tra­vers le monde musul­man, de l’Af­gha­nis­tan à l’I­rak, au Yémen, à la Soma­lie et à la Syrie. Le mes­sage des exé­cu­tants était et reste tou­jours : « Soit vous êtes avec nous soit contre nous ».

Le fil conduc­teur du fas­cisme, pas­sé et pré­sent, est le meurtre de masse. L’in­va­sion US du Viet­nam a eu ses « zones de feu à volon­té », « décomptes des corps » et « dom­mages  col­la­té­raux ». Dans la pro­vince de Quang Ngai, où j’é­tais repor­ter, plu­sieurs mil­liers de civils (appe­lés gooks, Chi­ne­toques, par les sol­dats US) furent assas­si­nés par les USA ; pour­tant on ne se sou­vient que d’un seul mas­sacre, à My Lai. Au Laos et au Cam­bodge, le plus impor­tant bom­bar­de­ment aérien de l’his­toire a don­né nais­sance à une époque de ter­reur mar­quée aujourd’­hui par le spec­tacle de cra­tères de bombes reliés qui, vus du ciel, res­semblent à des col­liers mons­trueux. Le bom­bar­de­ment don­na au Cam­bodge son propre EIIL, diri­gé par Pol Pot.

Aujourd’­hui la plus grande des cam­pagnes de ter­reur entraine l’exé­cu­tion de familles entières, d’in­vi­tés lors de mariages, d’en­deuillés lors de funé­railles. Ce sont les vic­times d’O­ba­ma. Selon le New York Times, Oba­ma fait sa sélec­tion depuis une « liste de gens à tuer » que la CIA lui pré­sente chaque mar­di dans la salle de crise de la Mai­son blanche. Il décide alors, sans la moindre jus­ti­fi­ca­tion légale, qui va vivre et qui va mou­rir. Son arme d’exé­cu­tion est le mis­sile Hell­fire (feu de l’en­fer) que porte un engin aérien sans pilote, appe­lé drone ; ceux-ci font griller leurs vic­times et dis­persent leurs restes alen­tour. Chaque « hit » est enre­gis­tré sur un écran de console loin­tain avec le logi­ciel Bug­splat [cor­rec­tion de bogue, lit­té­ra­le­ment écra­se­ment de punaise ou de cafard].

« À ceux qui marchent au pas de l’oie », a écrit l’his­to­rien Nor­man Pol­lock, « on sub­sti­tue l’ap­pa­rem­ment inof­fen­sive mili­ta­ri­sa­tion de la culture. Et au lieu du lea­der gran­di­lo­quent, nous avons le réfor­ma­teur man­qué,  qui tra­vaille allè­gre­ment, pla­ni­fie et exé­cute des assas­si­nats, tout en  sou­riant ».

Ce qui unit le nou­veau et l’an­cien fas­cisme est le culte de la supé­rio­ri­té. « Je crois en l’ex­cep­tion­na­lisme amé­ri­cain de tout mon être », a dit Oba­ma, évo­quant les décla­ra­tions de féti­chisme natio­nal des années 1930. Comme le sou­ligne l’his­to­rien Alfred W. McCoy, ce fut le fidèle d’Hit­ler, Carl Schmitt, qui dit : « Le sou­ve­rain est celui qui décide de l’ex­cep­tion ». Ceci résume l’a­mé­ri­ca­nisme, l’i­déo­lo­gie qui domine le monde. Qu’elle ne soit pas asso­cié à une idéo­lo­gie pré­da­trice est le résul­tat d’un lavage de cer­veau tout aus­si sub­til. Insi­dieuse, dis­si­mu­lée, pré­sen­tée de manière comique comme les Lumières en marche, sa pré­ten­tion  imprègne insi­dieu­se­ment toute la culture occi­den­tale. Pen­dant toute mon enfance et ado­les­cence j’ai été nour­ri de ciné­ma à la gloire des USA, une dis­tor­sion dans la plu­part des cas. Je ne me dou­tais pas que l’Ar­mée rouge avait détruit la majeure par­tie de la machine de guerre nazie, ce qui lui avait coû­té plus de 13 mil­lions de sol­dats. En revanche, les pertes US, y com­pris dans la guerre du Paci­fique, s’é­le­vèrent à 400 000. Hol­ly­wood a inver­sé tout cela.

La dif­fé­rence aujourd’­hui c’est que les spec­ta­teurs au ciné­ma sont invi­tés à se lamen­ter sur la « tra­gé­die » de psy­cho­pathes US ayant à tuer des gens dans des endroits loin­tains — tout comme le pré­sident lui-même les tue. L’in­car­na­tion de la vio­lence d’Hol­ly­wood,  L’ac­teur et réa­li­sa­teur Clint East­wood, un paran­gon de la vio­lence hol­ly­woo­dienne, a été nomi­né pour un oscar cette année pour son film « Ame­ri­can Sni­per », qui traite d’un assas­sin paten­té et zin­zin. Le New York Times le décrit comme « un film patrio­tique, pro-famille, qui a bat­tu tous les records d’au­di­mat dès les pre­miers jours ».

Propagandenazi
Il faut savoir que l’affiche de pro­pa­gande du mini-film « Stolz der nation » dans le film de Taran­ti­no « Inglo­rious Bas­tards » est his­to­ri­que­ment authen­tique, elle cor­res­pon­drait à un véri­table film de pro­pa­gande nazi selon le livre « Film Pos­ters of the Third Reich ».

Aucun film héroïque ne traite du fas­cisme US. Durant la seconde guerre mon­diale, les USA (et l’An­gle­terre) sont entrés en guerre contre les Grecs qui s’é­taient héroï­que­ment bat­tus contre le nazisme et résis­taient à la mon­tée du fas­cisme grec. En 1967, la CIA a aidé une junte mili­taire fas­ciste à prendre le pou­voir à Athènes — comme elle l’a­vait fait au Bré­sil et dans la majeure par­tie de l’A­mé­rique latine. Les Alle­mands et les euro­péens qui avaient col­la­bo­ré avec l’a­gres­sion nazie et les crimes contre l’hu­ma­ni­té furent accueillis en toute sécu­ri­té aux USA ; nombre d’entre eux seront choyés et leurs talents récom­pen­sés. Wer­ner von Braun a été à la fois le père de la bombe de ter­reur nazie V‑2 et du pro­gramme spa­tial des USA.

Dans les années 1990, alors que les anciennes répu­bliques sovié­tiques, l’Est de l’Eu­rope et les Bal­kans deve­naient des avant-postes mili­taires de l’O­TAN, les héri­tiers d’un mou­ve­ment nazi ukrai­nien ont trou­vé une occa­sion à sai­sir. Res­pon­sables de la mort de mil­liers de juifs, polo­nais et russes lors de l’in­va­sion nazie de l’U­nion sovié­tique, le fas­cisme ukrai­nien fut réha­bi­li­té et sa « nou­velle vague » saluée par les exé­cu­tants comme « natio­na­liste ».

L’a­po­gée fut atteinte en 2014 quand l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma orga­ni­sa un coup d’É­tat à 5 mil­liards de $ contre le gou­ver­ne­ment élu. Les troupes de choc étaient des néo-nazis, le Sec­teur Droit et Svo­bo­da. Par­mi leurs lea­ders, Oleh Tyah­ny­bok, qui avait appe­lé à une purge de la « mafia judéo-mos­co­vite » et « autres raclures », dont les gays, les fémi­nistes et les par­ti­sans de la gauche.

Ces fas­cistes font main­te­nant par­tie du gou­ver­ne­ment de Kiev issu du coup d’É­tat. Le vice-pré­sident du par­le­ment ukrai­nien, Andriy Parou­biy, un diri­geant du par­ti au pou­voir, est le co-fon­da­teur de Svo­bo­da. Le 14 février, Paru­biy a annon­cé qu’il se ren­dait à Washing­ton pour obte­nir « des USA de l’ar­me­ment moderne de haute pré­ci­sion ». S’il y par­vient, cela sera consi­dé­ré comme un acte de guerre par la Russie.

Aucun diri­geant occi­den­tal ne s’est expri­mé sur la renais­sance du fas­cisme au cœur de l’Eu­rope — à l’ex­cep­tion de Vla­di­mir Pou­tine, dont le peuple a dimi­nué de 22 mil­lions à cause d’une inva­sion nazie par la fron­tière ukrai­nienne. Lors de la récente confé­rence sur la sécu­ri­té de Munich, la secré­taire d’É­tat adjointe d’O­ba­ma pour les Affaires euro­péennes et eur­asiennes, Vic­to­ria Nuland, s’est lan­cée dans des dia­tribes contre les diri­geants euro­péens qui s’op­po­saient à l’ar­me­ment du régime de Kiev par les USA. Elle qua­li­fia la ministre alle­mande de la Défense de « ministre du défai­tisme ». Nuland, mariée à Robert D. Kagan, un émi­nent néo­con­ser­va­teur, et ‑fon­da­teur du Pro­jet pour un nou­veau siècle amé­ri­cain, d’ex­trême droite,  a été conseillère en poli­tique étran­gère de Dick Che­ney. C’est elle qui a super­vi­sé le coup d’É­tat à Kiev.

Le coup d’É­tat de Nuland ne s’est pas dérou­lé comme pré­vu. L’OTAN n’est pas par­ve­nue à s’emparer de la base navale russe his­to­rique et légi­time de Cri­mée. La popu­la­tion majo­ri­tai­re­ment russe de Cri­mée — illé­ga­le­ment annexée à l’U­kraine par Niki­ta Kru­sh­chev en 1954 — a lar­ge­ment voté pour un rat­ta­che­ment à la Rus­sie, comme ils le firent dans les années 1990. Le réfé­ren­dum fut volon­taire, popu­laire et inter­na­tio­na­le­ment sur­veillé. Il n’y eut aucune invasion.

Au même moment, le régime de Kiev s’est retour­né contre les popu­la­tions rus­so­phones de l’Est avec la féro­ci­té d’une épu­ra­tion eth­nique. Déployant des milices néo-nazies à la manière des Waf­fen-SS, ils ont bom­bar­dé et assié­gé des villes et des vil­lages. Ils ont usé de la famine de masse comme arme, cou­pant l’élec­tri­ci­té, gelant les comptes ban­caires, blo­quant la sécu­ri­té sociale et les retraites. Plus d’un mil­lion de réfu­giés ont fui vers la Rus­sie. Dans les médias occi­den­taux, ils étaient les invi­sibles fuyant « la vio­lence » cau­sée par « l’in­va­sion russe ». Le com­man­dant de l’O­TAN, le géné­ral Breed­love — dont le nom et les agis­se­ment s’ins­pirent pro­ba­ble­ment du doc­teur Fola­mour de Stan­ley Kubrick — a annon­cé que 40 000 sol­dats russes se « mas­saient ». A l’ère des preuves judi­ciaires par image satel­lite, il n’en four­nit aucune.

Ces rus­so­phones et bilingues d’U­kraine — un tiers de la popu­la­tion — espèrent depuis long­temps une fédé­ra­tion qui reflète la diver­si­té eth­nique du pays et qui soit à la fois auto­nome et indé­pen­dante de Mos­cou. La plu­part ne sont pas des « sépa­ra­tistes » mais des citoyens qui veulent vivre en sécu­ri­té dans leur pays natal et s’op­posent à la  prise de pou­voir à Kiev. Leur révolte et l’é­ta­blis­se­ment d’États auto­nomes sont une réac­tion à l’at­taque que Kiev a lan­cée contre eux. Presque rien de tout cela n’a été expli­qué au grand public occidental.

Le 2 mai 2014 à Odes­sa, 41 rus­so­phones ont été brû­lés vif au siège des syn­di­cats sous le regard des poli­ciers inac­tifs. Dmy­tro Yarosh, diri­geant du Sec­teur Droit,  a salué ce mas­sacre comme étant « un nou­veau jour de gloire dans notre his­toire natio­nale ». Dans les médias US et bri­tan­nique, ce fut rap­por­té comme une « sombre tra­gé­die » résul­tant « d’af­fron­te­ment » entre les « natio­na­listes » (néo-nazis) et les « sépa­ra­tistes » (ces gens qui col­lectent des signa­tures pour un réfé­ren­dum sur une Ukraine fédérale).

Le New York Times a enter­ré l’his­toire, ayant igno­ré comme pro­pa­gande russe les mises en garde concer­nant la poli­tique fas­ciste et anti­sé­mite des nou­veaux clients de Washing­ton. Le Wall Street Jour­nal a mau­dit les vic­times — « L’in­cen­die mor­tel en Ukraine pro­ba­ble­ment déclen­ché par les rebelles, selon le gou­ver­ne­ment (de Kiev) ». Oba­ma a féli­ci­té la junte pour sa « rete­nue ».

Si Pou­tine est ame­né à tom­ber dans la pro­vo­ca­tion et aller à leur secours, son rôle pré­éta­bli de « paria » en Occi­dent jus­ti­fie­ra le men­songe selon lequel la Rus­sie enva­hi­rait l’U­kraine. Le 29 jan­vier, le chef d’É­tat-major ukrai­nien, le Géné­ral Vik­tor Muz­hem­ko, a presque dis­cré­di­té par inad­ver­tance les fon­de­ments des sanc­tions des USA et de l’UE contre la Rus­sie en décla­rant caté­go­ri­que­ment lors d’une confé­rence de presse : « L’ar­mée ukrai­nienne ne com­bat pas les uni­tés régu­lières de l’ar­mée russe ». Il y avait des « citoyens indi­vi­duels » qui étaient membres de « groupes armés illé­gaux », mais pas d’in­va­sion russe. Rien de nou­veau. Vadym Prys­tai­ko, le ministre adjoint des Affaires  Étran­gères de Kiev, a appe­lé à « une guerre totale » contre une Rus­sie dis­po­sant de l’arme nucléaire.

Le 21 février, le séna­teur US James Inhofe, un Répu­bli­cain de l’Ok­la­ho­ma, a intro­duit un pro­jet de loi qui auto­ri­se­rait l’ar­me­ment par les USA du régime de Kiev. Dans sa pré­sen­ta­tion au Sénat, Inhofe a uti­li­sé des pho­to­gra­phies cen­sées mon­trer des troupes russes en train de fran­chir la fron­tière ukrai­nienne, dont on sait depuis qu’elles étaient des faux. Cela rap­pelle les fausses pho­tos de Ronald Rea­gan  des ins­tal­la­tions sovié­tiques au Nica­ra­gua, et les fausses preuves de Colin Powell devant l’O­NU sur les armes de des­truc­tion mas­sive de l’Irak.

L’in­ten­si­té de la cam­pagne de dif­fa­ma­tion contre la Rus­sie et la repré­sen­ta­tion de son pré­sident comme le Grand méchant ne res­semble à rien  de ce que j’ai connu en tant que repor­ter. Robert Par­ry, l’un des jour­na­listes d’in­ves­ti­ga­tion les plus dis­tin­gués des USA, qui révé­la le scan­dale de l’af­faire Iran-Contra, a récem­ment écrit : « Aucun gou­ver­ne­ment euro­péen, depuis l’Al­le­magne d’A­dolf Hit­ler, n’a jugé cor­rect d’en­voyer des troupes de choc nazies mener une guerre contre une popu­la­tion de son propre pays, mais le régime de Kiev l’a fait, et en connais­sance de cause. Et pour­tant à tra­vers le spectre poli­ti­co-média­tique occi­den­tal, il y a a eu un effort consé­quent pour camou­fler cette réa­li­té au point d’i­gno­rer des faits éta­blis… Si vous vous deman­dez com­ment le monde pour­rait enta­mer une 3ème Guerre Mon­diale — tout comme c’é­tait arri­vé lors de la pre­mière Guerre mon­diale il y a un siècle — tout ce que vous avez à faire c’est obser­ver la folie autour de cette affaire ukrai­nienne, qui se montre imper­méable aux faits ou à la rai­son ».

En 1946 le pro­cu­reur du tri­bu­nal de Nurem­berg dit aux médias alle­mands : « L’u­ti­li­sa­tion par les conspi­ra­teurs nazis de la guerre psy­cho­lo­gique est bien connue. Avant chaque agres­sion majeure, à quelques excep­tions près selon l’ur­gence, ils ini­tiaient une cam­pagne de presse afin de dis­cré­di­ter leurs vic­times et de pré­pa­rer les Alle­mands psy­cho­lo­gi­que­ment à l’at­taque… Dans le sys­tème de pro­pa­gande de l’É­tat d’Hit­ler la presse quo­ti­dienne et la radio étaient les armes les plus impor­tantes ». Dans le Guar­dian du 2 février, Timo­thy Gar­ton-Ash a effec­ti­ve­ment appe­lé à une guerre mon­diale, sous le titre « Pou­tine doit être arrê­té ». « Et par­fois seules les armes arrêtent les armes ». Il admet­tait que la menace d’une guerre puisse « nour­rir une para­noïa russe d’en­cer­cle­ment » ; mais c’é­tait accep­table. Il cite ensuite l’é­qui­pe­ment mili­taire néces­saire pour ce tra­vail et avise ses lec­teurs que « l’A­mé­rique pos­sède le meilleur kit ».

En 2003, Gar­ton-Ash, un pro­fes­seur d’Ox­ford, avait répé­té la pro­pa­gande qui avait mené au mas­sacre en Irak. Sad­dam Hus­sein, avait-il écrit, « a, comme [Colin] Powell l’a docu­men­té, entre­po­sé des quan­ti­tés d’ar­me­ment chi­mique et bio­lo­gique effrayantes, et cache ce qui en reste. Il tente tou­jours d’ob­te­nir du nucléaire ». Il a salué Blair comme étant un « inter­ven­tion­niste libé­ral chré­tien glad­sto­nien ». En 2006, il a écrit : « Nous fai­sons main­te­nant face au pro­chain test d’en­ver­gure après l’I­rak : l’Iran ».

Ces déchaî­ne­ments — ou comme Gar­ton-Ash pré­fère les appe­ler, ces « ambi­va­lences libé­rales tor­tu­rées » — ne sont pas rares chez l’é­lite libé­rale trans­at­lan­tique ayant conclu un pacte faus­tien. Le cri­mi­nel de guerre Tony Blair est leur lea­der per­du. Le Guar­dian, dans lequel l’ar­ticle de Gar­ton-Ash parut, a publié une pleine page de publi­ci­té pour un bom­bar­dier fur­tif US. Sur une image mena­çante du monstre de Lock­heed Mar­tin figu­raient les mots : « Le F‑35. EXCELLENT pour l’An­gle­terre ». Ce « kit » US coû­te­ra au contri­buable bri­tan­nique 1,3 mil­liard de £, le pré­cé­dent modèle F ayant déjà mas­sa­cré à tra­vers le globe. Afin de res­ter dans le ton de ses publi­ci­tés, un édi­to­rial du Guar­dian appelle à une aug­men­ta­tion des dépenses militaires.

Une fois de plus, il y a un objec­tif sérieux. Les diri­geants du monde ne veulent pas seule­ment l’U­kraine comme base de mis­siles,  ils veulent aus­si son éco­no­mie. La nou­velle ministre des Finances de Kiev, Nata­liwe Jares­ko, est une ancienne haute res­pon­sable du dépar­te­ment d’É­tat US en charge des « inves­tis­se­ments » US  outre­mer. On lui a octroyé la natio­na­li­té ukrai­nienne en urgence. Ils veulent l’U­kraine pour son gaz en abon­dance : le fils du vice-pré­sident Joe Biden est membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de la plus impor­tante entre­prise pétro­lière, gazière et de fra­cking d’U­kraine. Les fabri­cants d’OGM, des entre­prises comme l’in­fâme Mon­san­to, convoitent le sol agri­cole riche de l’Ukraine.

Par-des­sus tout, ils convoitent le puis­sant voi­sin de l’U­kraine, la Rus­sie. Ils veulent bal­ka­ni­ser ou démem­brer la Rus­sie et exploi­ter les plus impor­tantes res­sources en gaz natu­rel de la Terre. Alors que l’Arc­tique fond, ils veulent contrô­ler l’o­céan Arc­tique riche en éner­gies, et la longue fron­tière Arc­tique russe. Leur homme à Mos­cou était Boris Elt­sine, un alcoo­lique, qui bra­da l’é­co­no­mie de son pays à l’Oc­ci­dent. Son suc­ces­seur, Pou­tine, a réta­bli la Rus­sie en tant que nation sou­ve­raine ; c’est là son crime.

Notre res­pon­sa­bi­li­té à nous autres est claire. Il nous faut iden­ti­fier et dénon­cer les men­songes irres­pon­sables des va-t-en-guerre et ne jamais col­la­bo­rer avec eux. Il nous faut réveiller les grands mou­ve­ments popu­laires qui ont appor­té une civi­li­sa­tion fra­gile aux États impé­riaux modernes. Plus impor­tant encore, nous ne devons pas nous lais­ser conqué­rir nous-mêmes, notre esprit, notre huma­ni­té, notre digni­té. Si nous res­tons silen­cieux, la vic­toire leur est assu­rée, et la menace d’un holo­causte plane.

 

 

John Pil­ger


Tra­duc­tion : Nico­las CASAUX

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