Der­rick Jen­sen (né le 19 décembre 1960) est un écri­vain et acti­viste éco­lo­gique amé­ri­cain, par­ti­san du sabo­tage envi­ron­ne­men­tal, vivant en Cali­for­nie. Il a publié plu­sieurs livres très cri­tiques à l’é­gard de la socié­té contem­po­raine et de ses valeurs cultu­relles, par­mi les­quels The Culture of Make Believe (2002) End­game Vol 1 & 2 (2006) et A Lan­guage Older Than Words (2000). Il est un des membres fon­da­teurs de Deep Green Resis­tance. Article ini­tia­le­ment publié en anglais, le 23 juillet 2015, sur le site web de The Eco­lo­gist, à l’a­dresse sui­vante.


Qui sommes nous ? Nous sommes ceux qui sont parés pour la riposte, écrit Der­rick Jen­sen. Ceux qui ne vivent plus dans l’es­poir que l’on sau­ve­ra la Pla­nète, mais dans la cer­ti­tude que nous la sau­ve­rons. Nous sommes des acti­vistes, des sur­vi­vants, des amants et des com­bat­tants. Et nous disons : la des­truc­tion ces­se­ra !

Nous sommes ceux qui ne se résignent pas au des­tin qu’on nous pré­sente trop sou­vent comme iné­luc­table.

Nous sommes ceux qui refusent de conti­nuer en tant qu’esclaves. Nous sommes ceux qui se sou­viennent com­ment être humain. Nous sommes ceux qui sont prêts à reprendre en main leurs vies, et à les défendre, ain­si que celles de ceux que nous aimons, et donc de la terre.

Nous sommes ceux qui sont enfin prêts et volon­taires pour ripos­ter. Nous sommes ceux qui com­prennent au plus pro­fond d’eux-mêmes la véri­té de cette affir­ma­tion de Robert E. Lee, « nous devons choi­sir entre le risque de l’action et la perte assu­rée qu’engendre l’inaction ». Nous sommes ceux qui sont prêts à pas­ser à l’offensive, ou à sou­te­nir ceux qui le font.

Nous sommes des sur­vi­vants. Nous avons sur­vé­cu à la vio­lence domes­tique. Nous avons sur­vé­cu au racisme, et nous avons sur­vé­cu au sexisme. Nous avons sur­vé­cu à l’éducation indus­trielle, et nous avons sur­vé­cu à l’économie indus­trielle. Nous avons sur­vé­cu à la télé­vi­sion. Nous avons sur­vé­cu à l’intoxication totale de notre envi­ron­ne­ment.

Et nous sommes parés pour la riposte

Nous sommes les amants de la terre, les amants les uns des autres, les amants de nos propres corps et de nos émo­tions. Nous aimons. Nous haïs­sons. Nous res­sen­tons de la joie, du déses­poir, de la peine, de l’indignation, du bon­heur et de la colère. Et nous sommes parés pour la riposte.

Nous sommes les oppri­més. Nous sommes pri­son­niers, familles de pay­sans, libé­ra­teurs d’animaux, femmes, enfants, Indiens d’Amérique, noirs, Mexi­cains, blancs pauvres, Asia­tiques, peuples du Tiers-Monde, nous sommes les indi­gènes. Nous sommes des parents, et nous sommes des sans enfants. Nous sommes ceux qui haïssent leurs emplois, nous sommes les chô­meurs, et nous sommes ceux qui ne veulent pas de tra­vail. Et nous sommes parés pour la riposte.

Nous sommes ceux qui ont long­temps écou­té avec amour et peine, et qui, doré­na­vant, et avec leur per­mis­sion, parlent pour les sau­mons, les séquoias, les rivières, les cam­pa­gnols et les chouettes tache­tées. Nous par­lons pour le bison, pour l’esturgeon, pour le laman­tin et pour le requin.

Nous par­lons pour le sol, pour le vent, pour la neige, pour la ban­quise. Nous par­lons pour le phy­to­planc­ton, et nous par­lons pour les insectes. Nous par­lons avec des voix qui ne sont ni plus ni moins que le vent souf­flant à tra­vers nos corps, à tra­vers nos cordes vocales. Nous par­lons pour nos mai­sons, et pour nos voi­sins, et nous serons enten­dus. Ils seront enten­dus. Et nous sommes parés pour la riposte.

Nous sommes acti­vistes. Nous sommes des ensei­gnants. Nous sommes des étu­diants. Nous sommes des ouvriers dans des champs de fraises. Nous sommes des artistes visuels. Nous sommes des petits com­mer­çants. Nous sommes des ouvriers du bâti­ment. Nous sommes des ingé­nieurs géné­ti­ciens. Nous sommes des biblio­thé­caires. Nous sommes des spé­cia­listes en armes bio­chi­miques. Nous sommes d’anciens SEALS de la US Navy.

Nous sommes des experts en démo­li­tion. Nous sommes des pirates infor­ma­tiques. Nous sommes des employés chez Wal-Mart. Nous sommes des déte­nus. Nous sommes des mères céli­ba­taires. Nous sommes des punks. Nous sommes des pécheurs. Nous sommes des chas­seurs. Nous sommes ceux qui s’opposent à la chasse. Nous sommes écri­vains. Nous sommes des tueurs. Nous sommes d’anciens bûche­rons. Nous sommes des sabo­teurs. Nous sommes des infir­mières. Nous sommes des pay­sans. Nous sommes des arrières grand-mères. Nous sommes des avo­cats. Nous sommes d’anciens déte­nus. Et nous sommes parés pour la riposte.

Nous sommes à Los Angeles, à Detroit, à Bos­ton et à New-York. Nous sommes à St. Louis et à Ashe­ville, en Caro­line du Nord. Nous sommes à Saint-Péters­bourg et nous sommes à Seat­tle. Nous sommes dans de petites com­munes du Mon­ta­na et nous sommes dans le Sud du Mexique. Nous sommes au Cana­da et nous sommes en Corée. Nous sommes en Chine, en Inde, en Aus­tra­lie. Nous sommes au Congo et en Tan­za­nie. Nous sommes en Macé­doine, en Autriche, au Dane­mark, en Fin­lande. Et nous sommes parés pour la riposte.

Et nous allons gagner

Nous sommes ceux ayant com­pris qu’à moins d’être stop­pée, la civi­li­sa­tion tue­ra tout ce qui vit sur Terre. Nous sommes ceux ayant com­pris que la civi­li­sa­tion était moti­vée par une pul­sion des­truc­trice, et nous sommes ceux ayant com­pris que cette civi­li­sa­tion n’était pas réfor­mable.

Nous sommes ceux ayant tiré des leçons de ceux qui ont essayé de conclure des trai­tés avec ceux qui tuent la pla­nète, et nous sommes ceux qui, alors que la pla­nète entière est en jeu, sont fina­le­ment parés pour la riposte.

Nous sommes ceux qui n’espèrent plus que la civi­li­sa­tion cesse de détruire la pla­nète, mais qui feront ce qu’il faut pour l’en empê­cher. Nous sommes ceux qui n’espèrent plus que les sau­mons sur­vivent, mais qui feront tout leur pos­sible pour entra­ver leur extinc­tion. Nous sommes ceux qui feront de même pour les bisons, les chiens de prai­rie, les tor­tues du désert, les baleines, les dau­phins, les lions, les grands singes, et les rhi­no­cé­ros. Nous n’espérons pas. Nous agis­sons. Et nous sommes parés pour la riposte.

Nous sommes ceux qui com­prennent au plus pro­fond d’eux-mêmes que la peur n’est qu’un concept qui nous fait croire que nous avons quelque chose à perdre, et, avec la pla­nète entière en jeu, nous sommes parés pour la riposte.

Nous sommes ceux qui aver­tissent ceux qui détruisent ce monde que nous aimons. Vous devez arrê­ter. Main­te­nant. Vous allez arrê­ter. Enten­dez cela comme vous n’avez jamais enten­du quoi que ce soit aupa­ra­vant. Vous arrê­te­rez. Nous sommes parés pour la riposte.

Et nous allons gagner.

Nous sommes ceux qui n’oublieront jamais que les juifs ayant par­ti­ci­pé au sou­lè­ve­ment du Ghet­to de Var­so­vie ont connu un meilleur taux de sur­vie que ceux qui se sont sou­mis.

Nous sommes ceux qui sont du côté du vivant, et nous allons gagner.

Der­rick Jen­sen


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

Édi­tion & Révi­sion : Hélé­na Delau­nay

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Comments to: Nous sommes ceux qui sont du côté du vivant — et nous allons gagner ! (par Derrick Jensen)
  • 1 septembre 2015

    Ok,

    Et du coup, que peut ton faire quand on est per­sonne ?

    Reply
  • 1 septembre 2015

    Oui nous sommes ceux qui sont du côté du vivant et nous sommes nom­breux ! Et nous gagne­rons !

    Reply
  • 6 septembre 2015

    On est tou­jours quel­qu’un. Achete un bout de ter­rain ouvre un eco­lieu fais de la per­ma­cul­ture. Cela te per­met­tra avec tes amis de ne plus consom­mer toute la nour­ri­ture malade de ce sys­tème si tu vas plus loin ou que tu t’en­toures bien tu pour­ras même te soi­gner avec les plantes. Pro­tege la vie la bio­di­ver­si­té la véri­té et fais d’un tout petit bout de terre un bout de jar­din d’É­den. C’est la voie que j’ai choi­si elle est simple acces­sible. Un ter­rain non construc­tible ne coûte pas cher. Ce n’est peut être pas ta voie mais s’il te plait trouve la tienne. Tu n’es pas per­sonne tu es fils de la terre et du ciel et à l’in­té­rieur de toi tu es lié à eux ouvre toi et ils te gui­de­ront.

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  • […] Tra­duc­tion : Nico­las Casaux […]

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  • 2 octobre 2018

    Pour que la vie revienne. Il faut gagner.

    Reply
  • 2 octobre 2018

    trop bon de lire ça.…a fond pour la riposte,ça suf­fit

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