Les jeunes filles et les herbacées (par Lierre Keith)

Article ini­tia­le­ment publié (en anglais) le 8 août 2015 à l’a­dresse sui­vante : https://radfemrepost.wordpress.com/2015/08/08/the-girls-and-the-grasses/ Lierre Keith est une écri­vaine et fémi­niste radi­cale. Elle est l’au­teur de deux romans et a co-écrit un livre avec Der­rick Jen­sen et Aric McBay sur la stra­té­gie du mou­ve­ment éco­lo­giste Deep Green Resis­tance.


Pri­son­nier d’une éprou­vette, le sang peut pas­ser pour un liquide sta­tique, mais il est vivant, aus­si ani­mé et intel­li­gent que le reste de ce qui vous com­pose. Il repré­sente éga­le­ment une par­tie impor­tante de vous-même : des 50 bil­lions de cel­lules vous com­po­sant, un quart sont des cel­lules san­guines. Deux mil­lions de celles-ci naissent chaque seconde. Durant leur pro­ces­sus de matu­ra­tion, les glo­bules rouges aban­donnent leur noyau ― leur ADN, leur capa­ci­té à se divi­ser et à se répa­rer. Elles n’ont pas de futur, seule­ment une tâche à accom­plir : trans­por­ter l’hémoglobine conte­nant votre oxy­gène. Elles n’utilisent pas l’oxygène elles-mêmes ― elles ne font que le trans­por­ter. Et cela, elles le font avec une pré­ci­sion exquise, com­plé­tant un cycle de cir­cu­la­tion à tra­vers votre corps toutes les 20 secondes, pen­dant une cen­taine de jours. Enfin, elles meurent.

Le cœur de l’hémoglobine est une molé­cule de fer. C’est ce fer qui vient sai­sir l’oxygène à la sur­face de vos pou­mons, qui s’accroche à tra­vers le flux san­guin, puis le dis­tri­bue aux cel­lules deman­deuses. Si le fer vient à man­quer, le corps, comme tou­jours, a une solu­tion de repli. Il ajoute plus d’eau afin d’augmenter le volume san­guin ; le sang plus fluide voyage plus rapi­de­ment à tra­vers les minces capil­laires. Faire plus avec moins.

Tout va bien, sauf que de moins en moins d’oxygène s’offre aux cel­lules. Un autre plan se met en place : l’augmentation du débit car­diaque. Le cœur aug­mente son volume et son débit sys­to­lique. Pour évi­ter que vous n’explosiez, le cer­veau s’y met aus­si, envoyant des signaux aux muscles enve­lop­pant chaque vais­seau san­guin, leur ordon­nant de se détendre. Le volume san­guin peut main­te­nant aug­men­ter avec une pres­sion san­guine stable.

Mais le fer n’arrive tou­jours pas. À ce moment-là, les autres organes doivent coopé­rer, cédant la cir­cu­la­tion san­guine pour pro­té­ger le cer­veau et le cœur. La peau fait des sacri­fices majeurs, c’est pour­quoi les ané­miques sont connus pour leur pâleur. Les symp­tômes per­çus par la per­sonne ― vous ― aug­men­te­ront à mesure que vos tis­sus, puis vos organes, com­mencent à être affamés.

Si aucun sou­la­ge­ment ne se pro­file, tous ces plans fini­ront par échouer. Même un cœur puis­sant ne peut se sur­me­ner aus­si long­temps. Le sang retourne dans les capil­laires. Sous la pres­sion, du liquide suinte dans les tis­sus envi­ron­nants. Vous enflez alors, mais ne savez pas pour­quoi. Puis, les pou­mons cèdent. Les alvéoles, ces petits sacs qui attendent l’arrivée de l’air, se rai­dissent à cause de l’accumulation san­guine. Il n’en faut pas beau­coup. Les sacs se rem­plissent de liquide. Votre corps se noie. Cela s’appelle un œdème pul­mo­naire, et vous êtes en grave danger.

Je le sais, parce que ça m’est arri­vé. Les fibromes uté­rins me font vivre une scène de meurtre chaque mois ; la chi­rur­gie pour les enle­ver m’a fait fran­chir le Rubi­con des glo­bules rouges. Je n’y connais­sais rien : mon corps com­pre­nait et a réagi. Mes yeux ont gon­flé, puis mes che­villes, puis mes mol­lets. Je n’ai plus pu res­pi­rer. Puis res­pi­rer me fai­sait mal. J’ai fina­le­ment arrê­té de suivre les conseils de mon chien ― fais une sieste ! Avec moi ! ― et me suis ren­du aux urgences, où, en fin de compte, j’ai pu com­prendre ce qui m’arrivait.

Deux semaines plus tard, le flux s’était cal­mé, réab­sor­bé par quelque tis­su humide dans mon corps, et je consi­dé­rais posi­ti­ve­ment l’absence de dou­leur. Res­pi­rer était exquis, la chose la plus agréable que je puisse ima­gi­ner. Chaque res­pi­ra­tion natu­relle était tout ce que j’avais tou­jours vou­lu. Je savais que cela s’estomperait et que j’oublierai. Mais pen­dant quelques jours, j’étais vivante. Et c’était bon.

Nos corps sont à la fois tout ce que nous avons et tout ce que nous pour­rions jamais vou­loir. Nous sommes en vie, et on nous per­met d’être en vie. Il y a de la joie à la sur­face de la peau en attente de lumière solaire et de choses douces (ces deux choses entraî­nant la pro­duc­tion d’endorphines, donc oui : de la joie). Il y a le bat­te­ment constant et robuste de nos cœurs. Les bébés qui sont por­tés contre les cœurs de leurs mères apprennent à res­pi­rer mieux que ceux qui ne le sont pas. Il y a la force des os et l’extension des muscles et leurs coor­di­na­tions com­plexes. Nous sommes un ensemble d’impulsions élec­triques au sein d’un envi­ron­ne­ment aqueux : com­ment ? Eh bien, les nerfs qui conduisent les impul­sions sont gai­nés par une sub­stance grasse appe­lée myé­line ― ils sont iso­lés. Cela per­met « une com­mu­ni­ca­tion agile entre des par­ties du corps dis­tantes ». Com­pre­nez bien ceci : il est vivant, il com­mu­nique, prend des déci­sions, et sait ce qu’il fait. Vous ne pou­vez pos­si­ble­ment appré­hen­der ses intri­ca­tions. Com­men­cer à explo­rer le fili­grane du cer­veau, des synapses, des nerfs, et des muscles c’est com­prendre que même un cli­gne­ment d’œil relève du miracle.

Nos cer­veaux sont le fruit de 2 mil­lions d’années d’évolution. Cette longue et lente crois­sance a fait dou­bler notre capa­ci­té crâ­nienne. Et la pre­mière chose que nous avons faite, c’est remer­cier. Nous avons des­si­né la méga­faune et les méga­fe­melles, les avons sculp­tées et taillées. La plus ancienne sculp­ture figu­ra­tive connue est la Vénus de Hohle Fels ; il y a 40 000 ans quelqu’un a pas­sé des cen­taines d’heures à la tailler. Point de mys­tère ici, pas selon moi : les ani­maux et les femmes nous ont don­né la vie. Ils ont bien sûr été notre pre­mier pro­jet d’art per­pé­tuel. L’émerveillement et la gra­ti­tude sont ins­crits en nous, dans nos corps et nos cer­veaux. Il était une fois une époque où nous nous savions en vie. Et c’était bon.

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Nous quit­tons main­te­nant le royaume des miracles pour celui de l’enfer.

Le patriar­cat est la reli­gion domi­nante de la pla­nète. Il appa­raît sous diverses formes ― des anciennes, des nou­velles, des ecclé­sias­tiques, des sécu­lières. Mais au fond, elles sont toutes nécro­philes. Erich Fromm décrit la nécro­phi­lie comme « la pas­sion de la trans­for­ma­tion de ce qui est vivant en inerte ; détruire pour le plai­sir de la des­truc­tion ; l’intérêt exclu­sif pour tout ce qui est pure­ment méca­nique. » Dans cette reli­gion, le pire des péchés est d’être en vie, et les res­pon­sables de ce péché sont les femelles. Sous l’égide du patriar­cat, le corps fémi­nin est détes­table ; ses cel­lules grasses don­neuses-de-vie sont déni­grées ; ses organes repro­duc­teurs mépri­sés. Sa condi­tion natu­relle est tou­jours ridi­cu­li­sée : les pieds nor­maux doivent être trans­for­més en moi­gnons de 10 cm ; les cages tho­ra­ciques com­pres­sées jusqu’à l’im­plo­sion ; les poi­trines sont varia­ble­ment trop grosses ou trop petites, ou entiè­re­ment exci­sées. Que cela inflige de la dou­leur ― voire une ago­nie constante ― n’est pas un dom­mage col­la­té­ral de ces pra­tiques. C’en est le cœur. Lorsqu’elle souffre, elle devient obéissante.

La nécro­phi­lie est l’aboutissement du sadisme. La pul­sion sadique relève du contrôle ― « la pas­sion de pos­sé­der un contrôle abso­lu et sans res­tric­tion sur un être humain », comme la défi­nit Fromm. L’infliction de dou­leur et l’humiliation visent à bri­ser l’être humain. La dou­leur est tou­jours humi­liante : la vic­ti­mi­sa­tion humi­lie ; en fin de compte, tout le monde craque. Le rêve du sadique est de pos­sé­der un tel pou­voir. Et qui pour­rait être plus bri­sé et en votre pou­voir qu’une femme ne pou­vant pas marcher ?

Quelques noms : verre, ciseaux, rasoirs, acide. Quelques verbes : cou­per, grat­ter, cau­té­ri­ser, brû­ler. Ces noms et ces verbes créent des phrases impro­non­çables lorsque l’objet est une fillette de sept ans les jambes écar­tées de force. Le cli­to­ris, avec ses 8 000 ter­mi­nai­sons ner­veuses, est tou­jours tran­ché. Dans les formes les plus extrêmes de MGF (Muti­la­tions Géni­tales Fémi­nines), les lèvres sont tran­chées et le vagin refer­mé par cou­ture. Le soir de son mariage, le mari de la fille la pénè­tre­ra avec un poi­gnard avant d’utiliser son pénis.

Vous ne faites pas ça à un être humain. Vous faites cela à un objet. C’est un fait. Mais il y a plus. Parce que le monde est plein de véri­tables objets — des boites en car­tons, des voi­tures aban­don­nées — et que les hommes ne passent pas leur temps à les tor­tu­rer. Ils savent que nous ne sommes pas des objets, que nous avons des nerfs pour res­sen­tir et une chair qui se charge d’hématomes. Ils savent que nous n’avons nulle part où aller lorsqu’ils reven­diquent nos corps. C’est là que le sadique prend du plai­sir : la dou­leur engendre une souf­france, l’humiliation peut-être plus encore, et s’il peut lui infli­ger ça, ce sera la preuve de son contrôle absolu.

Der­rière le sadique se trouvent les ins­ti­tu­tions, les conden­sa­tions du pou­voir, qui nous livrent à lui. Chaque fois qu’un juge décrète qu’une femme n’a pas le droit à l’intégrité phy­sique — que les pho­tos « Ups­kirt » (sous la jupe, NdT) sont légales, que les fausses couches sont des meurtres, que les femmes doivent s’attendre à être bat­tues — il gagne. Chaque fois que les maîtres de la mode fabriquent des talons plus hauts encore et des vête­ments plus petits, il sou­rit. Chaque fois qu’une classe entière de femmes — les plus pauvres et les plus déses­pé­rées, issues des bas-fonds de toutes les hié­rar­chies ima­gi­nables — sont décla­rées mar­chan­dises sexuelles légales, ils ont une trique col­lec­tive. Qu’il uti­lise per­son­nel­le­ment cha­cune de ces femmes n’est pas la ques­tion. La socié­té a déci­dé qu’elles étaient là pour lui, les autres hommes tolèrent leur com­pli­ci­té, et s’y tien­dront. Il peut en tuer une — l’acte sexuel ultime pour un sadique — et per­sonne ne le remar­que­ra. Et per­sonne ne le remarque.

Il n’y a pas de fin à cela, pas de fina­li­té natu­relle. Il y a tou­jours d’autres êtres conscients et sen­sibles pour enflam­mer son désir de contrôle, leur addic­tion n’est alors jamais ras­sa­siée. Avec d’autres addic­tions en plus, l’accroc touche le fond, sa vie devient ingé­rable, ne reste que le sombre choix d’arrêter ou de mou­rir. Mais le sadique ne se fait pas de mal à lui-même. Il n’y a pas de fond à heur­ter, seule­ment un choix infi­ni de vic­times que la culture lui four­nit. Les femmes sont le fes­tin de nos propres funé­railles, et il est heu­reux de se nourrir.

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Si le fémi­nisme devait se résu­mer en un seul mot, ce serait le sui­vant : non. « Non » est une fron­tière, uni­que­ment expri­mée par un moi qui en reven­dique une. Les objets n’ont ni l’un ni l’autre ; les sujets com­mencent au non. Les fémi­nistes ont dit non, et nous le pen­sions vraiment.

La fron­tière du « non » s’étendait vas­te­ment, une insulte envers une est une insulte envers toutes : « nous » est le mot des mou­ve­ments poli­tiques. Sans lui, les femmes sont reje­tées dans une mer hos­tile et chao­tique, rete­nant leur souffle avant le pro­chain mal­heur. À tra­vers le prisme du fémi­nisme, le chaos s’analyse pré­ci­sé­ment. Nous avons nom­mé ces mal­heurs, avons affron­té le déni et le déses­poir pour en com­prendre les motifs. Cela s’appelle la théo­rie. Nous avons ensuite exi­gé des remèdes. Ce que font les sujets, par­ti­cu­liè­re­ment les sujets poli­tiques. Emme­line Pan­khurst, une meneuse des suf­fra­gettes bri­tan­niques, tra­vaillait au bureau de recen­se­ment en tant que regis­traire des nais­sances. Chaque jour, des jeunes filles y arri­vaient avec leurs nou­veaux nés. Chaque jour, elle a dû deman­der qui était le père, et chaque jour des filles pleu­raient d’humiliation et de rage. Lec­teurs, vous savez qui étaient les pères. C’est pour cela que Pan­khurst n’a jamais abandonné.

Dire non au sadique c’est affir­mer l’existence de ces jeunes filles en tant que sujets poli­tiques, en tant qu’êtres humains béné­fi­ciant du sta­tut pro­mis par les droits inalié­nables. Toutes les vies sont dotées d’une volon­té propre, et sou­ve­raines ; chaque vie ne peut être vécue que dans un corps. Elles ne sont pas des objets à démon­ter pour pièces : elles sont des corps vivants. Les abus sexuels sur les enfants sont conçus spé­ci­fi­que­ment pour trans­for­mer le corps en cage. Les bar­reaux peuvent com­men­cer sous forme de ter­reur et de peine, et s’en­dur­cir jusqu’au dégoût de soi. L’instillation de la honte est la meilleure méthode pour s’assurer de l’obéissance : nous avons honte — la vio­la­tion sexuelle est opti­male pour cela — et pour le res­tant de nos jours nous nous sou­met­trons. Notre sou­mis­sion est, bien sûr, la marque de son contrôle. Son pou­voir est son plai­sir, et une autre géné­ra­tion de filles gran­di­ront dans des corps qu’elles détes­te­ront sur­ement, pour deve­nir des femmes qui se soumettent.

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Ce que nos corps ont subi, la pla­nète l’a aus­si subi. Le sadique exerce son contrôle ; le nécro­phile change le vivant en inerte. Ceux qui ont une volon­té propre, et les sau­vages, sont les cibles, et leur pro­jet nécro­tique est presque achevé.

Pris un par un, les faits sont épou­van­tables. Au cours de mon exis­tence, la terre a per­du la moi­tié de sa faune sau­vage. Chaque jour, 200 espèces dis­pa­raissent dans la longue nuit de l’extinction. « L’océan » est syno­nyme des mots abon­dance et pro­fu­sion. Plé­ni­tude est aus­si sur la liste, ain­si qu’infinité. Et d’ici 2048, les océans n’abriteront plus aucun pois­son. Les crus­ta­cés connaissent « un échec repro­duc­tif com­plet ». En d’autres termes, leurs bébés meurent. Le planc­ton dis­pa­rait éga­le­ment. Peut-être que le planc­ton est trop petit et trop vert pour que qui­conque s’en sou­cie, mais nous savons cela : 2 res­pi­ra­tions ani­males sur 3 sont ren­dues pos­sibles grâce à l’oxygène que pro­duit le planc­ton. Si les océans tombent, nous tom­be­rons avec eux.

Com­ment pour­rait-il en être autre­ment ? Obser­vez les sché­mas, pas seule­ment les faits. Il y avait tel­le­ment de bisons dans les grandes plaines que vous pou­viez vous asseoir et obser­ver un seul trou­peau pas­ser dans un bruit de ton­nerre pen­dant plu­sieurs jours d’affilée. Dans la val­lée cen­trale de Cali­for­nie, les nuées d’oiseaux marins étaient si denses qu’elles blo­quaient la lumière du soleil. Un quart de l’Indiana était une zone humide, grouillante de vie, et en pro­met­tant encore plus. C’est main­te­nant un désert de maïs. Là où je vis, dans le paci­fique Nord-Ouest, les 10 mil­lions de pois­sons que l’on y trou­vait ne sont plus que 10 000. Les gens les enten­daient arri­ver pen­dant une jour­née entière. Ce n’est pas une his­toire : cer­tains sont encore en vie et s’en sou­viennent. Je n’ai jamais enten­du le bruit que pro­duit l’eau lorsque 40 mil­lions d’années de per­sé­vé­rance retrouvent leur che­min. Suis-je alors auto­ri­sée à uti­li­ser le mot « apocalypse » ?

Le nécro­phile insiste à pro­mou­voir l’i­dée selon laquelle nous ne serions que com­po­sants méca­niques, les rivières des pro­jets d’ingénierie, et les gènes des suites à décou­per et réar­ran­ger selon nos caprices. Il pense que nous sommes tous des machines, mal­gré l’évidence : une machine peut être démon­tée et remon­tée entiè­re­ment. Pas un être vivant. Devrais-je ajou­ter qu’une pla­nète vivante ne le peut pas non plus ?

Com­pre­nez où la guerre contre le monde a com­men­cée. En 7 lieux dif­fé­rents, à tra­vers la pla­nète, les humains ont adop­té l’activité appe­lée agri­cul­ture. En termes crus, vous pre­nez une par­celle de terre, vous anéan­tis­sez tout ce qu’elle abri­tait de vie, puis replan­tez des­sus au pro­fit des seuls besoins humains. Au lieu de par­ta­ger cette terre avec les mil­lions d’autres créa­tures qui ont, elles aus­si, besoin d’elle pour vivre, vous n’y faites pous­ser que des humains. Il s’agit d’une liqui­da­tion bio­tique. La popu­la­tion humaine s’accroit for­te­ment ; les autres sont pré­ci­pi­tées vers l’extinction.

L’agriculture donne nais­sance à un mode de vie que l’on appelle la civi­li­sa­tion. La civi­li­sa­tion désigne les regrou­pe­ments humains sous forme de villes. Ce que cela signi­fie : un niveau de besoin qui excède ce que la terre peut offrir. La nour­ri­ture, l’eau, l’énergie doivent venir de quelque part. Peu importe les jolies et paci­fiques valeurs que les gens portent en leurs cœurs. Leur socié­té repose sur l’impérialisme et le géno­cide. Parce que per­sonne n’accepte d’abandonner sa terre, son eau, ses arbres. Et parce que la ville a uti­li­sé les siens jusqu’à épui­se­ment, elle doit s’en pro­cu­rer ailleurs. Voi­là les 10 000 der­nières années résu­mées en quelques lignes.

La fin de la civi­li­sa­tion est ins­crite dans son com­men­ce­ment. L’agriculture détruit le monde. Et je ne parle pas d’un mau­vais type d’a­gri­cul­ture. Sim­ple­ment de l’agriculture. Vous abat­tez les forêts, vous labou­rez les prai­ries, vous drai­nez les zones humides. Et, plus spé­ci­fi­que­ment, vous détrui­sez le sol. Les civi­li­sa­tions durent entre 800 et peut-être 2 000 ans — jusqu’à ce que le sol ne puisse plus suivre.

Qu’y a‑t-il de plus sadique que le contrôle de conti­nents entiers ? Il change les mon­tagnes en gra­vats, et les rivières doivent se com­por­ter comme on le leur ordonne. L’unité fon­da­men­tale du vivant est vio­lée avec l’ingénierie géné­tique. Même chose pour l’unité fon­da­men­tale de la matière, avec des bombes qui mas­sacrent des mil­lions d’êtres vivants. Voi­là sa pas­sion, trans­for­mer le vivant en inerte. Il ne s’agit pas que de morts indi­vi­duelles, pas même des morts d’espèces entières. Le pro­ces­sus de la vie elle-même est atta­qué, et il est en train de perdre. L’évolution des ver­té­brés stagne depuis déjà long­temps — il n’y a plus assez d’habitat. Il y a des zones en Chine où plus aucune plante à fleur ne pousse. Pour­quoi ? Parce que les pol­li­ni­sa­teurs sont tous morts. 500 mil­lions d’années d’évolution, par­tis en fumée.

Il veut que tout cela meure. C’est son prin­ci­pal plai­sir et la seule façon pour lui de tout contrô­ler. Selon lui, ça n’a jamais été vivant. Il n’y a pas de com­mu­nau­tés aux volon­tés propres, pas de terre vrai­ment sau­vage. Il ne s’agit que de com­po­sants inani­més qu’il peut arran­ger à son gré, un jar­din qu’il peut admi­nis­trer. Peu importe que chaque terre ain­si gérée se soit trans­for­mée en désert. L’intégrité élé­men­taire de la vie a été bri­sée, et il pré­tend main­te­nant qu’elle n’a jamais exis­té. Il peut faire ce qu’il veut. Et per­sonne ne l’arrête.

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Pou­vons-nous l’arrêter ?

Je réponds oui, et je n’abandonnerai pour rien au monde. Les faits tels quels sont insup­por­tables, mais il n’y a qu’en les confron­tant que les sché­mas s’éclaircissent. La civi­li­sa­tion est fon­dée sur le pré­lè­ve­ment (l’ex­trac­ti­visme). Celui-ci s’appuie sur l’impérialisme, la prise de pou­voir sur le voi­si­nage et le pillage de ses terres, mais en fin de compte, même les colo­nies finissent par s’épuiser. Le com­bus­tible fos­sile a été un accé­lé­ra­teur, tout comme le capi­ta­lisme, mais le pro­blème sous-jacent est bien plus impor­tant que l’un ou l’autre. La civi­li­sa­tion requiert l’agriculture, et l’agriculture est une guerre que l’on mène contre le vivant. Et même si cette culture a aupa­ra­vant por­té du bien en elle, à un moment don­né, dix milles ans de cette guerre l’ont chan­gée en nécrophile.

Mais ce que font les humains, ils peuvent aus­si le défaire. En admet­tant que chaque ins­ti­tu­tion soit en train de faire fausse route, il n’y a pas de rai­son maté­rielle qui obli­ge­rait la des­truc­tion à conti­nuer. La rai­son est poli­tique : le sadique est récom­pen­sé, et pas qu’un peu. La plu­part des par­ti­sans de la gauche et des éco­lo­gistes l’ont remar­qué. Ce qu’ils n’ont pas remar­qué, le fémi­nisme radi­cal l’a remar­qué et l’ex­pose ouver­te­ment : son plai­sir à dominer.

Le véri­table génie du patriar­cat est pré­ci­sé­ment là : il ne fait pas que bana­li­ser l’oppression, il sexua­lise les actes d’oppression. Il éro­tise la domi­na­tion et la subor­di­na­tion puis les ins­ti­tu­tion­na­lise à tra­vers la mas­cu­li­ni­té et la fémi­ni­té. Les hommes deviennent vrai­ment des hommes en trans­gres­sant les fron­tières — les fron­tières sexuelles des femmes et des enfants, les fron­tières cultu­relles et poli­tiques des peuples indi­gènes, les fron­tières bio­lo­giques des rivières et des forêts, les fron­tières géné­tiques des autres espèces, et les fron­tières phy­siques de l’atome lui-même. Le sadique est récom­pen­sé par de l’argent et du pou­voir, mais il retire aus­si une exal­ta­tion sexuelle de la domi­na­tion. La fin du monde est un ras­sem­ble­ment géant d’abrutis finis­sant en asphyxie autoérotique.

Le véri­table génie du fémi­nisme, c’est d’avoir com­pris tout cela.

Ce qui doit se pro­duire afin de sau­ver notre pla­nète est simple : il faut que la guerre cesse. Si nous ces­sons de nous mettre sur son che­min, la vie repren­dra son cours, parce que la vie veut vivre. Les forêts et les prai­ries renaî­tront. Tous les bar­rages s’effondreront, et tous les canaux en ciment et les rivières apai­se­ront leurs peines et retrou­ve­ront l’océan. Les pois­sons sau­ront quoi faire. En étant man­gés, ils nour­rissent la forêt, qui pro­tège les rivières, qui à son tour abri­te­ra plus de sau­mons. Ce n’est pas la mort de des­truc­tion mais la mort de par­ti­ci­pa­tion qui fait du monde un tout.

Il y a par­fois des faits qui requièrent tout le cou­rage que nous avons en nos cœurs. En voi­ci un. Le car­bone a atteint les 400 ppm. Pour que la vie conti­nue, le car­bone doit retour­ner dans le sol. Et nous en arri­vons donc aux herbacées.

Là où le monde est humide, les arbres font des forêts. Là où il est sec poussent les her­ba­cées. Les prai­ries endurent des cha­leurs extrêmes en été et des froids tei­gneux en hiver. Les her­ba­cées sur­vivent en main­te­nant 80 % de leur corps sous terre, sous forme de racines. Ces racines sont cru­ciales pour la com­mu­nau­té du vivant. Elles four­nissent des canaux pour que la pluie pénètre dans le sol. Elles peuvent atteindre 4,5 mètres et rame­ner à la sur­face des miné­raux issus des roches sou­ter­raines, des miné­raux dont ont besoin toutes les créa­tures vivantes. Elles peuvent construire le sol à une vitesse extra­or­di­naire. Le maté­riau de base qu’elles uti­lisent pour cela, c’est le car­bone. Ce qui signi­fie que les her­ba­cées sont notre seul espoir pour récu­pé­rer le car­bone qui se trouve dans le ciel.

Et elles le feront si nous les lais­sons faire. Si nous pou­vions remettre en état 75% des prai­ries du monde — détruites par cette guerre que l’on appelle agri­cul­ture — en moins de 15 ans, les her­ba­cées cap­tu­re­raient tout le car­bone ayant été émis depuis le début de l’âge indus­triel. Reli­sez cela à nou­veau, si besoin est. Et rap­pe­lez-vous en, où que vous soyez. Dites-le à qui écou­te­ra. Il y a encore une chance.

Les her­ba­cées ne peuvent y par­ve­nir seules. Aucune créa­ture n’existe indé­pen­dam­ment des autres. La res­tau­ra­tion des prai­ries implique la res­tau­ra­tion des rumi­nants. Durant l’été chaud et sec, la vie est dor­mante à la sur­face du sol. Ce sont les rumi­nants qui per­pé­tuent alors le cycle des nutri­ments. Ils portent en eux un éco­sys­tème, notam­ment avec ces bac­té­ries qui digèrent la cel­lu­lose. Lorsqu’un bison broute, il ne mange pas véri­ta­ble­ment l’herbe. Il four­nit de l’herbe aux bac­té­ries. Les bac­té­ries mangent l’herbe, puis il mange les bac­té­ries. Ses déjec­tions vont ensuite arro­ser et fer­ti­li­ser les her­ba­cées. Et le cycle se complète.

Les prai­ries ont été éra­di­quées pour l’agriculture, pour faire pous­ser des céréales pour les humains. Parce que je sou­haite res­tau­rer les prai­ries, on m’ac­cuse de sou­hai­ter la mort de 6 mil­liards d’individus. Ce n’est pas un hasard. En 1800, au début de l’ère indus­trielle, il y avait 1 mil­liard d’êtres humains. Il y en a main­te­nant 7 mil­liards. 6 mil­liards d’entre eux ne sont là qu’en rai­son des com­bus­tibles fos­siles. Consom­mer une res­source non renou­ve­lable n’a jamais été un plan d’avenir. Et pour­tant, sou­li­gner cela fait appa­rem­ment de moi une meur­trière de masse.

Com­men­çons par l’évident. Rien de ce que nous fai­sons en étant aus­si nom­breux n’est sou­te­nable. 98 % des forêts anciennes et 99 % des prai­ries ont dis­pa­ru, et avec eux la majeure par­tie du sol qu’ils avaient construit. Il ne reste rien à prendre. La pla­nète a été dépecée.

Ajou­tez à cela le fait que toutes les civi­li­sa­tions se ter­minent par un effon­dre­ment. Toutes. Com­ment pour­rait-il en être autre­ment lorsque votre mode de vie dépend de la des­truc­tion de l’endroit où vous vivez ? Le sol a dis­pa­ru et le pétrole com­mence à man­quer. En évi­tant les faits, nous nous assu­rons la pire des fins possible.

Nous pou­vons faire mieux que les famines de masse, les états en faillite, les conflits eth­niques, la miso­gy­nie, les sei­gneurs de guerres mes­quins, et les scé­na­rios dys­to­piques d’effondrement. C’est très simple : nous repro­duire moins que le taux de rem­pla­ce­ment. Le pro­blème se règle­ra de lui-même. Venons-en main­te­nant aux jeunes filles.

Ce qui fait uni­ver­sel­le­ment bais­ser le taux de nata­li­té, c’est l’élévation du sta­tut de la femme. Plus spé­ci­fi­que­ment, l’action ayant le plus d’impact, c’est l’enseignement de la lec­ture à une fille. Lorsque les femmes et les jeunes filles béné­fi­cient ne serait-ce que de cette once de pou­voir sur leurs vies, elles choi­sissent d’avoir moins d’enfants. Oui, les femmes ont besoin d’un contrôle des nais­sances mais ce dont nous avons réel­le­ment besoin, c’est de liber­té. À tra­vers la pla­nète, les femmes ont très peu de contrôle sur la façon dont les hommes uti­lisent nos corps. Près de la moi­tié de toutes les gros­sesses sont non-pla­ni­fiées ou non-vou­lues. La gros­sesse est la deuxième cause de mor­ta­li­té chez les jeunes filles âgées de 15 à 19 ans. Peu de choses ont chan­gé depuis qu’Emmeline Pan­khurst a refu­sé d’abandonner.

Nous devrions défendre les droits humains des jeunes filles parce que les jeunes filles comptent. Il s’avère même que les droits fon­da­men­taux des jeunes filles sont cru­ciaux pour la sur­vie de la planète.

Pou­vons-nous l’arrêter ?

Oui, mais seule­ment si nous com­pre­nons ce que nous affrontons.

Il veut la mort du monde. Tout ce qui est vivant doit être rem­pla­cé par quelque chose de méca­nique. Il pré­fère les engre­nages, les pis­tons et les cir­cuits aux corps doux des ani­maux, et même au sien. Il espère pou­voir se télé­char­ger lui-même dans un ordi­na­teur un jour.

Il veut la mort du monde. Il aime le sou­mettre. Il a éri­gé des villes géantes là où autre­fois se tenaient des forêts. Le béton et l’asphalte domptent l’incontrôlé.

Il veut la mort du monde. Tout ce qui est femelle doit être puni, défi­ni­ti­ve­ment. Plus elles sont jeunes, plus elles cas­se­ront faci­le­ment. Alors il com­mence tôt.

Une guerre contre votre corps c’est une guerre contre votre vie. S’il peut faire en sorte que nous menions la guerre à sa place, nous ne serons jamais libres. Mais nous avons décré­té que le corps de chaque femme était sacré. Et nous le pen­sons réel­le­ment. Toute créa­ture pos­sède son inté­gri­té phy­sique propre, son tout invio­lable. C’est un tout trop com­plexe pour être com­pris, même en vivant à l’intérieur. Je ne savais pas pour­quoi mes yeux gon­flaient, ni pour­quoi mes pou­mons me fai­saient mal. Les com­plexi­tés néces­saires pour me main­te­nir en vie res­te­ront un mys­tère pour moi.

Une cuillère à café de sol contient un mil­lion de créa­tures vivantes. Une petite cuillère de vie et c’est déjà trop com­plexe pour que nous com­pre­nions. Et pour­tant il pense pou­voir gérer les océans ?

Nous allons devoir oppo­ser notre cou­rage à son mépris. Nous allons devoir oppo­ser nos rêves féroces et fra­giles à sa force brute. Et nous allons devoir oppo­ser une déter­mi­na­tion qui ne plie­ra ni ne cède­ra ni ne ces­se­ra à son sadisme inépuisable.

Et si nous ne pou­vons pas le faire pour nous-mêmes, nous devons le faire pour ces jeunes filles.

Quoi que vous aimiez, c’est en dan­ger. Aimer est un verbe. Puisse cet amour nous pous­ser à l’action.

Lierre Keith


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

Édi­tion & Révi­sion : Hélé­na Delaunay

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  1. Autant je la trouve per­ti­nente sur des par­ties de son ana­lyse sur le patriar­cat , autant lierre est à coté en ce qui concerne l’agriculture …

    L’a­gri­cul­ture dont elle parle est la mono­cul­ture inten­sive à l’a­mé­ri­caine .… alors que la per­ma­cul­ture par exemple existe depuis trés long­temps et à mon­trer sa rési­lience et l’en­ri­chis­se­ment des zones où elle est mise en pratique 

    L’ac­cent mit sur le car­bone est aus­si une faute de prio­ri­té , le méthane pol­lue bien plus que les trans­port par exemple , et il suf­fit que le monde de vienne vegan pour sup­pri­mer une énorme pro­por­tion du méthane émis ain­si qu’une énorme part de l’a­gri­cul­ture inten­sive ser­vant à nour­rir les éle­vages d’a­ni­maux dest­niés aux pays riches
    Mais ce n’est pas l’au­teur du  » mythe végé­ta­rien » qui irai dire cela ^^
    Et même si son livre com­porte des erreurs , cer­tains en ont fait une grosse publicité …

    Je fini­rai juste par dire que son argu­ment mal­thu­sien de la sur­po­pu­la­tion est éga­le­ment hors pro­pos .… en effet le controle des femmes sur leurs corps ain­si qu’une auto­no­mie par rap­port aux sys­tèmes patriar­chaux per­met une dimi­nu­tion de la nata­li­té , si nous sommes 7 mil­liards de vegan il n’y aurai pas eu tout les degats eco­lo­giques dont elles parlent , mais le car­nisme as de beaux jours mal­heu­reu­se­ment et elle y contri­bue gran­de­ment avec son livre …

    1. La « per­ma­cul­ture » quelle mot mer­veilleux. Bien oui, fai­sons pous­ser du blé, du riz, du maïs, mas­si­ve­ment en mode « permacultuuure ».
      J’at­tends de voir.
      CE fai­sant si tu lis son bou­quin « le Mythe végé­ta­rien », elle cite de nom­breux exemples de lieux qui sont deve­nus ‑dans la réa­li­té- un désert suite à l’agriculture. Et c’est ce qu’on est entrain de faire.
      « Il suf­fit que le monde devienne végan », oui si on ne mange pas de céréales, uni­que­ment des fruits et des plantes.
      A cela ‑juste en pas­sant- pen­sons à la cuis­son qui est un énorme fac­teur de pol­lu­tion dans le monde !
      Quant à  » une énorme part de l’agriculture inten­sive ser­vant à nour­rir les éle­vages d’animaux des­ti­nés aux pays riches » elle en parle dans le bou­quin, et dit que cet éle­vage-là est une honte.
      LK dit que les vegan sont sys­té­ma­ti­que­ment des urbains hors-sol, est-ce ton cas ?
      Elle part de quelque chose de très concret : elle vou­lait reve­nir à la nature et culti­ver ses propres salades, com­ment faire avec les limaces ? Sa solu­tion la moins pire, après moultes façons inél­gantes a été d’emprunter la contri­bu­tion joyeuse des canards qui mangent les limaces mais pas les lai­tues et qui fer­ti­lisent le sol. Autre ques­tion, avec quoi fer­ti­li­ser le sol ? Des engrais chi­miques ? Du BRF (mer­ci le pétrole et les arbres tués)? Elle uti­lise la fiente des ani­maux. Vaches etc..
      Et après tu fais quoi du trop plein d’animaux ?
      En bon végan, bien sûr tu l’ac­com­pagnes à pied pour le rendre aima­ble­ment à 10km de la mai­son à Dââme Nature où de ver­doyantes pro­messes d’a­bon­dances et d’amour l’at­tendent et tu lui serres une franche poi­gnée de pattes. Si c’est pas choupinou !
      En géné­ral les pay­sans ne font pas cela, sur le ter­rain, on voit les choses différemment.
      Et la per­ma­cul­ture aus­si, elle te dit que c’est plus logique d’a­ban­don­ner les lai­tues, et de pas­ser à des plantes pérennes, pour­pier, ortie, ché­no­podes, mauves etc… Si tu nour­ries tes cochons avec des caroubes, des mar­rons, des glands c’est plus simple aus­si, tu manges, et tu passes un hiver rigou­reux dans un fonc­tion­ne­ment rela­ti­ve­ment local. De quoi se nour­rissent les vegan en France ? Des bananes à 2€ le kg max !
      Aus­si, j’at­tends de voir un vrai Vegan local, qui mange son caca pour la B12 !! Et qui ne la com­mande pas auprès d’un labo allemand.
      Je mets une pointe d’hu­mour dans mon texte mais ce n’est pas contre toi.
      La ques­tion du vegan Vs Omni­vore est très com­plexe à mon humble avis.

  2. Je trouve ce texte fort fort inter­es­sant ! C’est une belle décou­verte. Maisje ne pense pas que cet « esprit » méca­ni­sant soit uni­que­ment lié aux hommes, il gagne les femmes aus­si à pré­sent. Ce serait une erreur (com­pré­hen­sible, mais dom­ma­geable) que de le croire. C’est un esprit déshu­ma­ni­sant, qui détruit autant le corps mas­cu­lin que fémi­nin, même si his­to­ri­que­ment et encore aujourd’­hui en majo­ri­té c’est vrai que les femmes en ont bcp plus souf­fert. La ten­dance aujourd’­hui est : folie sadique pour tous, hommes et femmes compris !

    Pour vous répondre Xipe­tho­tek , je ne pense pas le le régime végan convienne à tout le monde, et encore moins qu’une volon­té pla­ni­fi­ca­trice (et donc contrô­lante) du style « si tout le monde était végan » ait la moindre valeur.(si ce n’est pour un nou­veau type de contrôle) De plus, il est loin d’être prou­vé que l’hu­main n’est qu’un rumi­nant (je taquine, je sais que végan ou végé ne se limite pas à cela ;). Mais soit, man­gez comme vous le vou­lez, mais res­tons loin du genre de solu­tion tota­li­taire « Tous ceci ou tous cela » svp ! Mer­ci pour la (bio?)diversité 😉

  3. mer­ci Nico­las, c’est comme tu le dis magni­fique.( Je regrette d’a­voir lu les deux com­men­taires pré­cé­dents… mais bon.…)
    Je me per­mets de par­ta­ger et ma jour­née, et bien plus est illu­mi­née, par cette lec­ture. Bonne jour­née à toi.

  4. Pour une ali­men­ta­tion vegé­ta­lienne , il convient à tout le monde dixit l’as­so­cia­tion amé­ri­caine de dié­té­tique 😉 http://www.alimentation-responsable.com/position-ADA-2009

    Pour ce qui est de la pla­ni­fi­ca­tion , un fas­cisme vegan ne ferai que  » gagner  » du temps , mais pour sor­tir de l’i­déo­lo­gie du car­nisme et sor­tir de la dis­so­nance cog­ni­tive lié à notre culture ali­men­taire et le trai­te­ment des ani­maux , il faut sur­tout de la réfléxion et une adhésion 🙂

    Pour ce qui est de notre phy­sio­lo­gie , nous sommes sur­tout le fruit d une évo­lu­tion , et même si nous avons une phy­sio­lo­gie de fru­gi­vore comme nos cou­sins les singes , c’est plu­tot hors de pro­pos ( et de toute manière je peux répondre tres vite que oui nous ne sommes pas des rumi­nants nous n’a­vons qu’un esto­mac 😛 ) . En effet le véga­nisme sait se mon­trer per­ti­nente ne serait ce que sur la question
    envi­ron­ne­men­tale . C’est pour cela que je sou­ligne les fausses bonnes solu­tions de Lierre keith.

    Le véga­nisme n’est pas poli­tique , c’est la pos­ture morale la plus per­ti­nente en éthique ani­mal et celle qui fait consen­sus , par­mi les éco­lo­gistes éga­le­ment , qu’ils soient consé­quen­tia­listes , déon­tho­lo­gique ou éthiques , le véga­nisme est vu comme une des solu­tions les plus concrètes et efficace
    Pour preuve, un jour­na­liste que ce site relaie défois , chris hedge est deve­nu vegan pour cette rai­son http://www.compassionatespirit.com/wpblog/2014/11/17/chris-hedges-go-vegan-for-the-planet/

    Donc le véga­nisme peut aus­si etre un acte mili­tant écologique 😉
    En faite aprés quelques cal­culs , cela semble fri­sé l’in­co­hé­rence que de vou­loir mili­ter en faveur de l ‘éco­lo­gie et de man­ger une ali­men­ta­tion pro­ve­nant d’é­le­vages , encore une fois la dis­so­nance cog­ni­tive peut etre trés puissante 🙂 

    Pour finir , pour répondre à pam Quin , je suis navré d’a­voir trou­blé la quié­tude de cette article en émet­tant une cri­tique construc­tive de l’ar­ticle de lierre keith , mais je ne vois nul part mar­qué sur le site qu’il faut juste dire amen à tout ce qui est publié 😉

  5. Je lis cet article et les réponses qui vont avec.

    Au bout des deux tiers de l’ar­ticle, une espèce de colère débor­dante m’a don­né l’en­vie de lan­cer mon ordi contre le mur.
    J’en­tends que LK use d’une façon et d’ar­gu­ments chocs, qu’elle peut sur­es­ti­mer un cer­tain nombre de causes… Il est vrai que je n’en­tends nulle part, sauf en fili­grane, une quel­conque apo­lo­gie de l’a­gri­cul­ture pra­ti­quée par des groupes humains depuis des cen­taines d’an­nées (cela me rap­pelle un autre article de ce site). Il appa­rait cepen­dant que son pro­pos sur les 1 mil­liards d’êtres humains en 1800 tra­duit un lien avec celle-ci et coïn­cide avec les débuts (bien avan­cés) de l’ère industrielle.
    A mon avis, LK expose plus spé­ci­fi­que­ment l’i­dée que l’in­dus­tria­li­sa­tion a inten­si­fié le pro­ces­sus nécro­phage de notre civi­li­sa­tion qui appa­raît comme dans toutes les civi­li­sa­tions (les Aztèques ont créé des déserts, l’At­lan­tide s’est effon­drée =) hi hi, pour l’exemple, c’est juste comique) avant sa chute. Et que cela nous a conduit à entre­prendre tou­jours plus de viol de la Nature, sur le vivant, ses repré­sen­tants emblé­ma­tiques, que sont les forêts, les ani­maux et la femme.

    Ce n’est pas pour rien qu’au­jourd’­hui plus que jamais, la fémi­ni­té est décon­si­dé­rée, vio­lée. Les homos se font taper ou notre lan­gage cou­rant stig­ma­tise la fémi­ni­té chez l’homme, les femmes sont des objets publi­ci­taires et sexuels (voyez la pro­li­fé­ra­tion de sites por­no­gra­phiques et des images et repré­sen­ta­tions qu’ils véhi­culent, c’est juste effa­rant, et il n’y a pas besoin d’être puri­tain pour trou­ver cela impar­don­nable et criminel).

    Quant à la néces­si­té d’une (bio)diversité, il faut gar­der les yeux en face des trous : aujourd’­hui, c’est en train de cre­ver. Aujourd’­hui, ce qu’il nous faut, ce n’est pas culti­ver la bio­di­ver­si­té, c’est anéan­tir ce qui la menace et la détruit. Col­lec­ti­ve­ment, et pas sim­ple­ment en deve­nant cha­cun vegan dans son coin. Encore une nou­velle conne­rie prô­née par je ne sais quel groupe de pseu­dos acti­vistes de l’à peu près. Oui, il nous faut recon­si­dé­rer notre manière de nous nour­rir, c’est indé­niable. Mais comme l’un de vous le dit, pas en hors sol, pas en pré­lè­ve­ment, mais là où ça se passe. Je suis végé, et loin des villes, c’est dif­fé­rent, c’est vrai. Si on veut aller au bout du truc, les plantes utiles à l’é­co­sys­tème et pas seule­ment à l’homme doivent être pri­vi­lé­giées. Cela néces­site de la fru­ga­li­té, mais dans la mesure où ce qui est culti­vé apporte plus qu’une semaine de repas végé­ta­rien à base de céréales et de légu­mi­neuses. Tout le monde n’est peut-être pas prêt à de tels conces­sions, et c’est la dimen­sion col­lec­tive qui apporte une pos­si­bi­li­té d’être inter­dé­pen­dants et pour­tant plus autonomes.

    7 mil­liards. Au bord du gouffre. Et on pinaille encore… De la légè­re­té certes, mais de la colère, beau­coup. J’aime bien son idée d’une mort par­ti­ci­pa­tive, je ne parle pas de sui­cide ou de sacri­fice, mais bien de la dis­pa­ri­tion dans un cycle de vie. Ce que pré­ci­sé­ment nous nous atta­chons à res­treindre, endi­guer, par manque d’hu­mi­li­té. Je ne crois pas à une grosse enti­té qu’on appel­le­rait le Nécro­phile, mais c’est un fait que notre ten­dance cultu­relle repose sur ce fait. Arman­da Gui­duc­ci en parle très bien dans son bou­quin « La Pomme et le Ser­pent ». C’est anté­di­lu­vien notre ten­dance à la mal­trai­tance de la fémi­ni­té, et c’est pour cela qu’il nous faut nous en débar­ras­ser pour que les femmes et la fémi­ni­té cessent de se sou­mettre et d’être sou­mises par le fait social et cultu­rel. Parce que nous avons tous notre propre fémi­ni­té bor­del… Et que la nier et la repous­ser, c’est contraindre notre corps…

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