Les jeunes filles et les graminées (par Lierre Keith)

Ce texte de Lierre Keith est paru dans le livre Female Era­sure : What You Need to Know About Gen­der Poli­tics’ War on Women, the Female Sex, and Human Rights (« L’ef­fa­ce­ment de la femme : ce qu’il vous faut savoir sur la guerre poli­tique du genre contre les femmes, le sexe fémi­nin et les droits humains », non tra­duit), en octobre 2016.


Pri­son­nier d’une éprou­vette, le sang peut pas­ser pour un liquide sta­tique, mais il est vivant, aus­si ani­mé et intel­li­gent que le reste de ce qui vous com­pose. Il consti­tue une par­tie impor­tante de vous-même : des trente mille mil­liards de cel­lules qui vous com­posent, un quart sont des cel­lules san­guines. Deux mil­lions de celles-ci naissent chaque seconde. Durant leur pro­ces­sus de matu­ra­tion, les glo­bules rouges aban­donnent leur noyau — leur ADN, leur capa­ci­té à se divi­ser et à se répa­rer. Elles n’ont pas de futur, seule­ment une mis­sion à accom­plir : trans­por­ter l’hémoglobine conte­nant votre oxy­gène. Elles n’utilisent pas l’oxygène elles-mêmes — elles ne font que le trans­por­ter. Et cela, elles le font avec une pré­ci­sion exquise, com­plé­tant un cycle de cir­cu­la­tion à tra­vers votre corps toutes les vingt secondes, pen­dant une cen­taine de jours. Enfin, elles meurent.

Le cœur de l’hémoglobine est une molé­cule de fer. C’est ce fer qui vient sai­sir l’oxygène à la sur­face de vos pou­mons, qui s’accroche à tra­vers le flux san­guin, puis le dis­tri­bue aux cel­lules deman­deuses. Si le fer vient à man­quer, le corps, comme tou­jours, a une solu­tion de repli. Il aug­mente le volume san­guin en y ajou­tant de l’eau ; le sang, plus fluide, voyage plus rapi­de­ment à tra­vers les minces capil­laires. Faire plus avec moins.

C’est bien, sauf que de moins en moins d’oxygène s’offre aux cel­lules. Un autre plan se met en place : l’augmentation du débit car­diaque. La fré­quence des bat­te­ments car­diaques aug­mente, ain­si que le volume d’éjection sys­to­lique. Pour évi­ter que vous n’explosiez, le cer­veau s’y met aus­si : il envoie des signaux aux muscles enve­lop­pant chaque vais­seau san­guin et leur ordonne de se détendre. La pres­sion san­guine peut désor­mais demeu­rer stable mal­gré l’augmentation du volume sanguin.

Mais le fer n’arrive tou­jours pas. Alors, les autres organes doivent coopé­rer, renon­cer à une par­tie de leur afflux san­guin en vue de pro­té­ger le cer­veau et le cœur. La peau fait des sacri­fices majeurs, c’est pour­quoi les ané­miques sont connus pour leur pâleur. Les symp­tômes per­çus par la per­sonne — vous — aug­mentent à mesure que vos tis­sus, puis vos organes, com­mencent à être affamés.

Si aucun sou­la­ge­ment ne se pro­file, tous ces expé­dients fini­ront par échouer. Même un cœur puis­sant ne peut se sur­me­ner aus­si long­temps. Le sang retourne dans les capil­laires. Sous la pres­sion, du liquide suinte dans les tis­sus envi­ron­nants. Vous enflez alors, sans savoir pour­quoi. Puis, les pou­mons cèdent. Les alvéoles, ces petits sacs qui attendent l’arrivée de l’air, se rai­dissent à cause de l’accumulation san­guine. Il n’en faut pas beau­coup. Les sacs se rem­plissent de liquide. Votre corps se noie. Cela s’appelle un œdème pul­mo­naire, et vous êtes en grave danger.

Je le sais, parce que ça m’est arri­vé. Les fibromes uté­rins me font vivre une scène de meurtre chaque mois ; la chi­rur­gie pour les reti­rer m’a fait fran­chir le Rubi­con des glo­bules rouges. Je n’y connais­sais rien, mon corps com­pre­nait et a réagi. Mes yeux ont gon­flé, puis mes che­villes, puis mes mol­lets. Je ne pou­vais plus res­pi­rer. Res­pi­rer me fai­sait mal. J’ai fina­le­ment arrê­té de suivre les conseils de mon chien — viens faire une sieste avec moi ! — et me suis ren­due aux urgences, où j’ai enfin com­pris ce qui m’arrivait.

Deux semaines plus tard, le flux s’était cal­mé, réab­sor­bé par quelque tis­su humide de mon corps. Plus de dou­leurs. Res­pi­rer était exquis, la chose la plus agréable que je puisse ima­gi­ner. Chaque res­pi­ra­tion natu­relle était tout ce que j’avais tou­jours vou­lu. Je savais que cela s’estomperait et que j’oublierais. Mais pen­dant quelques jours, j’étais vivante. & c’était bon.

Nos corps sont à la fois tout ce que nous avons et tout ce que nous pour­rions jamais vou­loir. Nous sommes en vie, et on nous per­met d’être en vie. Il y a de la joie à la sur­face de notre peau, en attente de lumière solaire et de caresses (ces deux choses induisent une pro­duc­tion d’endorphines, donc oui : de la joie). Il y a le bat­te­ment constant et robuste de nos cœurs. Les bébés qui sont por­tés contre les cœurs de leurs mères apprennent à res­pi­rer mieux que ceux qui ne le sont pas. Il y a la force des os, l’extension des muscles et leurs coor­di­na­tions com­plexes. Nous sommes un ensemble d’impulsions élec­triques au sein d’un envi­ron­ne­ment aqueux : com­ment ? Eh bien, les nerfs qui conduisent les impul­sions sont gai­nés par une sub­stance grasse appe­lée myé­line — ils sont iso­lés. Cela per­met « une com­mu­ni­ca­tion rapide entre des par­ties du corps dis­tantes ». Com­pre­nez bien ceci : il est vivant, il com­mu­nique, prend des déci­sions, et sait ce qu’il fait. Il nous est impos­sible ne serait-ce que d’entrevoir l’étendue de ses intri­ca­tions. Com­men­cer à explo­rer le fili­grane du cer­veau, des synapses, des nerfs, et des muscles c’est réa­li­ser qu’un simple cli­gne­ment d’œil relève du miracle.

Nos cer­veaux sont le fruit de deux mil­lions d’années d’évolution. Au cours de cette longue et lente crois­sance, notre capa­ci­té crâ­nienne a dou­blé. Et la pre­mière chose que nous avons faite, c’est remer­cier. Nous avons des­si­né la méga­faune et les méga­fe­melles, les avons sculp­tées et taillées. La plus ancienne sculp­ture figu­ra­tive connue est la Vénus de Hohle Fels ; il y a qua­rante mille ans, quelqu’un a pas­sé des cen­taines d’heures à la tailler. Point de mys­tère ici, selon moi : les ani­maux et les femmes nous ont don­né la vie. Ain­si ont-ils consti­tué notre pre­mier pro­jet d’art durable. L’émerveillement et la gra­ti­tude sont ins­crits en nous, dans nos corps et nos cer­veaux. Il était une fois une époque où nous nous savions en vie. & c’était bon.

Nous quit­tons main­te­nant le royaume des miracles pour celui de l’enfer.

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Le patriar­cat est la reli­gion domi­nante du monde humain. Il appa­raît sous diverses formes — des anciennes, des nou­velles, des ecclé­sias­tiques, des sécu­lières. Mais au fond, elles sont toutes nécro­philes. Erich Fromm décrit la nécro­phi­lie comme « la pas­sion de trans­for­mer ce qui est vivant en inerte ; détruire pour le plai­sir de la des­truc­tion ; l’intérêt exclu­sif pour tout ce qui est pure­ment méca­nique. » Dans cette reli­gion, le pire des péchés est d’être en vie, et les res­pon­sables de ce péché sont les femelles. Sous l’empire du patriar­cat, le corps fémi­nin est détes­table ; ses cel­lules grasses don­neuses-de-vie sont déni­grées ; ses organes repro­duc­teurs mépri­sés. Sa condi­tion natu­relle est tou­jours ridi­cu­li­sée : les pieds nor­maux doivent être trans­for­més en moi­gnons de dix cen­ti­mètres ; les cages tho­ra­ciques com­pres­sées jusqu’à l’implosion ; les poi­trines sont varia­ble­ment trop grosses ou trop petites, voire entiè­re­ment exci­sées. La dou­leur — sinon la tor­ture inces­sante — que cela inflige n’est pas un dom­mage col­la­té­ral, un effet secon­daire de ces pra­tiques. C’en est le cœur. Lorsqu’elles souffrent, les femmes deviennent obéissantes.

La nécro­phi­lie est l’aboutissement du sadisme. La pul­sion sadique relève du contrôle — « la pas­sion de pos­sé­der un contrôle abso­lu et sans res­tric­tion sur un être humain », comme la défi­nit Fromm. L’infliction de dou­leur et l’humiliation visent à bri­ser l’être humain. La dou­leur est tou­jours humi­liante : la vic­ti­mi­sa­tion humi­lie ; en fin de compte, tout le monde craque. Le rêve du sadique est de pos­sé­der un tel pou­voir. & qui pour­rait être plus bri­sé et en votre pou­voir qu’une femme inca­pable de marcher ?

Quelques noms : verre, ciseaux, rasoirs, acide. Quelques verbes : cou­per, grat­ter, cau­té­ri­ser, brû­ler. Ces noms et ces verbes créent des phrases impro­non­çables lorsque l’objet est une fillette de sept ans, les jambes écar­tées de force. Le cli­to­ris, avec ses huit mille ter­mi­nai­sons ner­veuses, est tou­jours tran­ché. Dans les formes les plus extrêmes de muti­la­tions géni­tales fémi­nines, les lèvres sont tran­chées et le vagin refer­mé par cou­ture. Le soir de son mariage, le mari de la fille la pénè­tre­ra avec un poi­gnard avant d’utiliser son pénis.

Vous ne faites pas cela à un être humain. Vous faites cela à un objet. C’est évident. Mais il y a plus. Parce que le monde est plein de véri­tables objets — boites en car­ton, voi­tures aban­don­nées — et que les hommes ne passent pas leur temps à les tor­tu­rer. Ils savent que nous ne sommes pas des objets, que nous avons des nerfs pour res­sen­tir et une chair qui se couvre d’hématomes. Ils savent que nous n’avons nulle part où aller lorsqu’ils reven­diquent nos corps. C’est là que le sadique prend du plai­sir : la dou­leur engendre une souf­france, l’humiliation peut-être plus encore, et s’il peut lui infli­ger cela, ce sera la preuve de son contrôle absolu.

Der­rière le sadique se trouvent les ins­ti­tu­tions, les conden­sa­tions du pou­voir, qui nous livrent à lui. Chaque fois qu’un juge décrète qu’une femme n’a pas le droit à l’intégrité phy­sique — que les pho­tos ups­kirt (par des­sous la jupe) sont légales, que les fausses couches sont des meurtres, que les femmes doivent s’attendre à être bat­tues —, il gagne. Chaque fois que les maîtres de la mode fabriquent des talons encore plus hauts et des vête­ments encore plus petits, il sou­rit. Chaque fois qu’une classe entière de femmes — les plus pauvres et les plus déses­pé­rées, issues des bas-fonds de toutes les hié­rar­chies ima­gi­nables — sont décla­rées mar­chan­dises sexuelles légales, ils ont une trique col­lec­tive. Qu’il uti­lise per­son­nel­le­ment cha­cune de ces femmes n’est pas la ques­tion. La socié­té a déci­dé qu’elles étaient là pour lui, les autres hommes tolèrent leur com­pli­ci­té, et s’y tien­dront. Il peut en tuer une — l’acte sexuel ultime pour un sadique —, per­sonne ne le remar­que­ra. & per­sonne ne le remarque.

Il n’y a pas de fin à cela, pas de fina­li­té natu­relle. Il y a tou­jours de nou­veaux êtres conscients et sen­sibles à même de sti­mu­ler son désir de contrôle. Accro, il n’est jamais ras­sa­sié. Pris au piège d’autres formes d’addiction, l’accro touche le fond, sa vie devient ingé­rable, ne reste que le sombre choix d’arrêter ou de mou­rir. Cepen­dant, le sadique ne se fait pas de mal à lui-même. Pour lui, il n’y a pas de fond à heur­ter, seule­ment un choix infi­ni de vic­times que la socié­té lui four­nit. Nous, femmes, sommes le fes­tin de nos propres funé­railles. & il est heu­reux de se nourrir.

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Si le fémi­nisme devait se résu­mer en un seul mot, ce serait le sui­vant : non. « Non », c’est une limite, qui ne sau­rait être expri­mée que par un moi qui en reven­dique une. Les objets n’ont ni l’un ni l’autre ; les sujets com­mencent au non. Les fémi­nistes ont dit non, en le pen­sant vraiment.

La por­tée de ce « non » est vaste. Une insulte envers une est une insulte envers toutes : « nous » est le mot des mou­ve­ments poli­tiques. Sans lui, les femmes se retrouvent dans une mer hos­tile et chao­tique, à rete­nir leur souffle en vue d’endurer le pro­chain mal­heur. À tra­vers le prisme du fémi­nisme, le chaos appa­rent peut être ana­ly­sé et com­pris. Nous avons nom­mé ces mal­heurs, avons affron­té le déni et le déses­poir pour en com­prendre les motifs. Cela s’appelle la théo­rie. Nous avons ensuite exi­gé des remèdes — ce que font les sujets, par­ti­cu­liè­re­ment les sujets poli­tiques. Emme­line Pan­khurst, une meneuse des suf­fra­gettes bri­tan­niques, tra­vaillait au bureau du recen­se­ment en tant que regis­traire des nais­sances. Chaque jour, des jeunes filles s’y pré­sen­taient avec leurs nou­veau-nés. Chaque jour, elle devait deman­der qui était le père, et chaque jour des filles pleu­raient d’humiliation et de rage. Lec­teurs, lec­trices, vous savez qui étaient les pères. C’est pour­quoi Pan­khurst n’a jamais abandonné.

Dire non au sadique, c’est affir­mer que ces jeunes filles sont des sujets poli­tiques, des êtres humains béné­fi­ciant des mêmes droits que tous les autres. Toutes les vies sont dotées d’une volon­té propre et sou­ve­raine ; chaque vie ne peut être vécue que dans un corps. Elles ne sont pas des objets à démon­ter pour pièces : elles sont des corps vivants. Les abus sexuels sur les enfants sont spé­ci­fi­que­ment conçus pour trans­for­mer le corps en cage. Ses bar­reaux prennent par­fois la forme de la ter­reur et de la peine, voire même du dégoût de soi. L’instillation de la honte est la meilleure méthode pour s’assurer de l’obéissance : nous avons honte — la vio­la­tion sexuelle est opti­male pour cela — et pour le res­tant de nos jours nous nous sou­met­trons. Notre sou­mis­sion, bien enten­du, témoigne de son contrôle. Son pou­voir est son plai­sir. & une autre géné­ra­tion de filles gran­di­ra dans des corps qu’elles détes­te­ront sur­ement, pour deve­nir des femmes qui se soumettent.

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La socia­li­sa­tion des femmes est un pro­ces­sus qui consiste à contraindre et bri­ser psy­cho­lo­gi­que­ment les filles — autre­ment dit à les « apprê­ter » — afin de fabri­quer des vic­times dociles. Au cours de l’his­toire, ce pro­ces­sus a notam­ment com­pris des pra­tiques dites de « beau­té » comme la muti­la­tion géni­tale fémi­nine et le ban­dage des pieds, ain­si que les — tou­jours popu­laires — abus sexuels. La fémi­ni­té n’est en fait qu’une mani­fes­ta­tion d’ac­quies­ce­ment de la part de la psy­ché trau­ma­ti­sée. Dans son essence, elle relève d’une sou­mis­sion ritualisée.

Cela n’a rien de natu­rel. Cela n’a pas été créé ni ordon­né par Dieu. Il s’agit d’un arran­ge­ment social vicieux et brutal.

Dans cer­tains cercles d’ac­ti­vistes, il est désor­mais bien vu d’embrasser les idées post­mo­dernes en vogue. Par­mi les­quelles l’i­dée selon laquelle le genre serait une « bina­ri­té ». Seule­ment, le genre n’est pas une bina­ri­té : c’est une hié­rar­chie, glo­bale dans sa por­tée, sadique dans sa pra­tique, meur­trière dans son résul­tat — au même titre que la race, au même titre que la classe.

Le genre déli­mite les fron­tières géo­po­li­tiques du patriar­cat. Il nous divise en deux, mais pas sur le plan hori­zon­tal. Le genre est ver­ti­cal. Le genre n’est pas un yin et yang cos­mique. C’est un coup de poing et la chair qui bleuit. C’est une voix étouf­fée et une fille qui ne sera plus jamais la même.

Le genre est un moyen de déter­mi­ner qui peut être consi­dé­ré comme un être humain et qui peut être agres­sé. Il est cru­cial que cela soit com­pris, car les hommes savent de quoi ils sont capables. Ils le savent. Ils connaissent le sadisme qu’ils ont incor­po­ré dans leur propre sexe. Fais-le à elle, c’est ce qu’ils se disent entre eux. Pas à moi, l’être humain. Mais à elle, l’ob­jet, la chose. Et « elle » doit être évi­dente, visuel­le­ment et idéo­lo­gi­que­ment. Regar­dez, elle est là, inca­pable de mar­cher. Vous voyez, elle est là, expo­sée. Ou bien là, iso­lée et mas­quée, pour vos yeux seulement.

& c’est tel­le­ment plus facile s’il peut dire que Dieu l’a faite ain­si, pour qu’elle se couche sous moi et m’o­béisse. Ou que la nature l’a faite comme ça, un trou vide. Ou que son propre cer­veau l’a faite ain­si, cette salope qui l’a bien cher­ché. Qui désire tout ce qui lui arrive : le viol, les coups, la pau­vre­té, la pros­ti­tu­tion, le meurtre.

Ces condi­tions consti­tuent ce qu’An­drea Dwor­kin nomme « l’enceinte du ter­ro­risme sexuel ». Cette enceinte défi­nit les para­mètres du genre. C’est très simple. Les femmes sont à l’in­té­rieur. Les hommes sont à l’ex­té­rieur. D’ailleurs, les hommes la construisent, coup de poing après coup de poing, et baise après baise. Et ce sont exac­te­ment ces pra­tiques vio­lentes et vio­lantes qui façonnent les per­sonnes appe­lées femmes. Ce que les hommes font pour nous bri­ser et nous gar­der bri­sées. Voi­là ce qu’est le genre : le bri­seur et la brisée.

Noel Igna­tiev, auteur de How the Irish Became White (Com­ment les Irlan­dais sont deve­nus Blancs, non tra­duit), plai­dait pour l’a­bo­li­tion de la race blanche, défi­nie comme « le pri­vi­lège lié à l’i­den­ti­té raciale blanche ». De la même manière, la classe sexuelle des « hommes » repré­sente sim­ple­ment le pri­vi­lège lié à l’i­den­ti­té de genre mas­cu­line — et pour libé­rer les femmes, elle doit être abolie.

Si vous êtes née femme, vous êtes née sur un champ de bataille. Vous serez punie rien que pour l’avoir énon­cé à haute voix. D’ailleurs, la triste véri­té, c’est que vous serez punie quoi qu’il arrive si vous êtes née femme, pour la seule rai­son (le péché) que vous êtes née femme. Les vio­lences conju­gales consti­tuent les crimes les plus com­muns aux États-Unis. C’est un homme qui bat une femme. Les hommes font ça toutes les 18 secondes. La quan­ti­té de haine que cela repré­sente dépasse l’entendement. Actuel­le­ment, ce champ de bataille est un tel mas­sacre que nous ne par­ve­nons même pas à décomp­ter nos bles­sés correctement.

Un exemple. En Inde, il existe des vil­lages entiers où les femmes ne pos­sèdent plus qu’un seul rein. Parce que leurs maris ont ven­du l’autre. Dans le même temps, cer­tains pré­tendent que le genre est une sorte de per­for­mance sexy et amu­sante, ou une iden­ti­té que nous pou­vons tous adop­ter. Lorsque toutes les femmes du vil­lage n’ont qu’un seul rein, nous n’avons affaire ni à une per­for­mance ni à une iden­ti­té. Plu­tôt à une atroce vio­la­tion des droits humains à l’en­contre d’une caté­go­rie entière de per­sonnes — ces per­sonnes appe­lées femmes. C’est là le sens du genre et la rai­son pour laquelle il doit être aboli.

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Le mili­tant trans­genre Joelle Ruby Ryan a écrit que les termes « femme » et « classe de sexe » sont « offen­sants et dépas­sés ». On se demande alors pour­quoi Ryan tient à reven­di­quer son appar­te­nance à une telle caté­go­rie, ou pour­quoi Ryan a obte­nu un poste de pro­fes­seur d’é­tudes fémi­nines si le terme « fémi­nin » est si offen­sant. Le fait qu’une réa­li­té bio­lo­gique — la femme — puisse être qua­li­fiée d’« offen­sante » illustre com­bien la théo­rie queer se trouve au fond du ter­rier du lapin blanc. Et quoi ensuite, la gravité ?

Ban­nir l’expression « classe de sexe » revient à invi­si­bi­li­ser, une fois de plus, les réa­li­tés de la vie des femmes — chaque femme se retrou­vant iso­lée dans une angoisse indé­fi­nis­sable. Recou­rir au syn­tagme « classe de sexe », c’est réa­li­ser que cet iso­le­ment s’inscrit dans un modèle de subor­di­na­tion mani­feste, depuis les petites insultes quo­ti­diennes faites au corps et à l’âme jus­qu’aux trau­ma­tismes bou­le­ver­sants de l’in­ceste et du viol. Les crimes que les hommes com­mettent à l’en­contre des femmes ne sont pas com­mis à l’en­contre des femmes par hasard, mais parce que les femmes appar­tiennent à une classe subor­don­née — et ils sont pré­ci­sé­ment com­mis pour que les femmes res­tent une classe subordonnée.

Les gen­ristes ne sou­haitent pas s’opposer au genre. Ils y sont même très atta­chés. L’un d’eux écrit : « Il serait ter­ri­ble­ment dom­mage que “femme » et “homme » cessent d’être des caté­go­ries signi­fi­ca­tives avec les­quelles je peux jouer. » Rem­pla­cez par pauvre et riche ou noir et blanc et com­pre­nez : les per­sonnes oppri­mées ne sont pas des caté­go­ries avec les­quelles on peut jouer. Elles ne sont pas un maté­riel de mas­tur­ba­tion. Si vous le com­pre­nez, une seule ques­tion demeure : les femmes sont-elles des personnes ?

Le plus étrange, dans cette absurde polé­mique, c’est sans doute que les fémi­nistes sont accu­sées de ver­ser dans l’« essen­tia­lisme bio­lo­gique ». Les gen­ristes pos­tulent la nature immor­telle, voire cos­mique, de la fémi­ni­té. Un com­men­taire typique : « Il existe un genre fémi­nin dis­tinct, sub­stan­tiel, immuable, qui ne peut être trans­cen­dé. » Ils affirment sans ambages leur croyance dans quelque « sexe céré­bral ». Les supré­ma­cistes blancs sont les seules per­sonnes qui croient au « cer­veau noir ». Cepen­dant, par­ler de « cer­velle de femme » est tout à fait accep­té dans les com­mu­nau­tés pro­gres­sistes dès lors que cela émane de gen­ristes. Les fémi­nistes, en revanche, com­mencent par Simone de Beau­voir : « On ne naît pas femme, on le devient. » & c’est cette fabri­ca­tion que nous avons l’in­ten­tion d’ar­rê­ter. Elle peut l’être, parce que le genre est un pro­ces­sus social. Seuls les gen­ristes pré­tendent qu’il s’agit d’une chose bio­lo­gique, immuable. Et l’on nous traite d’« essentialistes » ?

Ce sont les gen­ristes qui se conforment. Mal­gré tous leurs dis­cours sur le « trouble du genre », leurs objec­tifs sont les cos­mé­tiques, les vête­ments et les opé­ra­tions chi­rur­gi­cales visant à faire cor­res­pondre leur corps aux cari­ca­tures du genre. Ils altèrent leur corps de façon per­ma­nente — en sup­pri­mant des organes sains et, dans cer­tains cas, en leur ôtant la pos­si­bi­li­té de connaître à nou­veau le plai­sir sexuel — afin de mieux cor­res­pondre à cet arran­ge­ment vicieux et bru­tal du pou­voir. Voi­là ce que l’on fait désor­mais aux enfants, et cer­tains d’entre eux le regrettent déjà. Reli­sez cette phrase, s’il vous plaît. S’il vous plaît.

Les enfants devraient être un signal d’a­larme, mais per­sonne n’é­coute. Il y a des pré­cé­dents his­to­riques dont les gens de gauche auraient dû tirer des leçons. Une grande par­tie du mou­ve­ment pro­gres­siste embras­sait l’eu­gé­nisme, jus­qu’à ce que les mer­veilleuses pro­messes de la science pro­duisent des trains régu­liers vers des cré­ma­to­riums. De même, dans les années 1950, nombre de libé­raux pen­saient que la cas­tra­tion chi­mique consti­tuait une approche com­pa­tis­sante de l’ho­mo­sexua­li­té. Avec le recul, nous consi­dé­rons cela avec hor­reur et per­plexi­té, mais refu­sons de voir que cela se pro­duit actuel­le­ment. Les inaptes sont encore une fois sté­ri­li­sés chi­mi­que­ment. Des gens sont chi­rur­gi­ca­le­ment muti­lés au ser­vice de la confor­mi­té sociale. Des enfants d’à peine 18 mois sont « diag­nos­ti­qués » trans­genres. Que cela signi­fie-t-il pour quel­qu’un qui n’a pas encore dit son pre­mier mot ? Elle a pré­fé­ré la tétine bleue à la rose ? La vraie ques­tion : et alors ? Les filles n’ont pas le droit d’ai­mer le bleu, de jouer aux dures, d’être extra­ver­ties, de se pré­sen­ter aux élec­tions pré­si­den­tielles ? Appa­rem­ment non. L’étau du genre se resserre.

La plu­part des femmes sont en guerre per­ma­nente contre leur corps. Et cette guerre, nous la per­dons avant même le CP : cin­quante pour cent des filles d’âge pré­sco­laire pensent qu’elles sont « trop grosses ». Lorsqu’une fille par­vient à tra­ver­ser ce champ de bataille, son bour­bier dévas­ta­teur d’i­mages déshu­ma­ni­santes et sadiques, l’artillerie lourde l’at­tend : à dix ans, 90 % des filles ont déjà fait l’ob­jet d’une atten­tion sexuelle non dési­rée de la part de gar­çons du quar­tier. À onze ans, ce sont des hommes adultes qui menacent de vio­ler ces mêmes 90 %. Telle est la signi­fi­ca­tion de « femme » dans le patriar­cat, que l’on intègre bru­ta­le­ment dès le plus jeune page. Habi­tuez-vous‑y, les filles. Pen­dant ce temps, les troubles de l’a­li­men­ta­tion, cette lente et dou­lou­reuse puni­tion des cel­lules de graisse de la femme, sont cor­ré­lés au plus haut taux de mor­ta­li­té de toutes les mala­dies mentales.

L’élé­ment le plus déchi­rant du récit trans­genre est sa haine du corps. Dans la guerre qui fait rage entre culture et nature, entre genre et corps, le corps perd. Cette défaite est trans­mu­tée en iden­ti­té. La seule reven­di­ca­tion simi­laire est le fait des pro-ano­rexie (le « mou­ve­ment pro-ana »), qui pré­tendent que cette ter­rible dis­jonc­tion du soi et du corps consti­tue une iden­ti­té légi­time. Il ne fait aucun doute que ces gens détestent leur corps : la pri­va­tion volon­taire et les muti­la­tions chi­rur­gi­cales en témoignent avec force et élo­quence. La ques­tion est pourquoi.

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Guy Debord a écrit avec clair­voyance sur la Socié­té du spec­tacle, sa « dégra­da­tion de l’être en avoir » et son « glis­se­ment géné­ra­li­sé de l’avoir au paraître ». Il s’agit effec­ti­ve­ment de ce qu’il s’est pas­sé. Et même plus : le féti­chisme de la mar­chan­dise triomphe de toutes les rela­tions humaines, y com­pris, au bout du compte, de celle qui lie le corps et le soi. Au lieu d’ha­bi­ter « ce tendre ani­mal qu’est votre corps », comme le for­mule si joli­ment la poé­tesse Mary Oli­ver, le corps est un objet à pos­sé­der, puis à affa­mer ou à décou­per jus­qu’à ce qu’il se rap­proche de l’i­mage puni­tive et allé­chante. Nos organes géni­taux sont désor­mais des mar­chan­dises à obte­nir plu­tôt qu’un tis­su à habi­ter, les exquises ter­mi­nai­sons ner­veuses où l’a­ni­mal ren­contre l’ange sec­tion­nées afin de créer un simu­lacre chi­rur­gi­cal. Peut-être la mar­chan­dise a‑t-elle fina­le­ment été vain­cue par une force plus grande : l’i­mage elle-même.

Le corps est cer­tai­ne­ment tom­bé sous son assaut. Comme l’é­crit une jeune femme de vingt-deux ans s’étant reti­rée du monde, « je me voyais dans la mai­greur gri­voise des dieux du rock, dans les sou­rires enjô­leurs des ama­teurs de sen­sa­tions fortes dans les films, dans la dou­leur pro­fonde de la confu­sion ins­crite sur les visages de James Dean et de John­ny Depp, mais je ne me voyais dans aucune des femmes que je regar­dais ». Au ser­vice de l’i­mage — et alié­née de son corps par les abus sexuels — elle s’est fait enle­ver les seins à dix-sept ans et a com­men­cé à prendre de la tes­to­sté­rone, ce qui a failli la tuer. Quel est le plus toxique : les pro­duits chi­miques injec­tés en vue de détruire le sexe natal d’une per­sonne ou la socié­té qui fait de ce sexe une pri­son ? Et pour­quoi les femmes n’ont-elles pas le droit de poser cette question ?

Par défi­ni­tion, une iden­ti­té basée sur la haine du corps ne peut être libé­ra­trice. Ces tendres ani­maux sont nos seules mai­sons. Chas­sées de nos corps, nous sommes des réfu­giées per­ma­nentes : nous n’a­vons nulle part où aller. Le but du fémi­nisme est de mettre fin à la casse, à l’in­ceste, au viol, aux coups, aux pra­tiques dites de beau­té qui équi­valent à une vie de tor­ture. Cela signi­fie que nous devons éga­le­ment mettre fin à l’i­déo­lo­gie, celle qui pré­tend que les hommes sont des êtres humains tan­dis que les femmes existent pour être conquises et uti­li­sées, celle que l’on appelle le genre. En termes d’influence ou d’effectivité, l’i­mage domi­nante de notre époque, celle qui véhi­cule l’i­déo­lo­gie en ques­tion, est le sadisme écra­sant de la por­no­gra­phie. La pri­son appe­lée « femme » se fait de plus en plus petite : com­ment osez-vous dire qu’elle est his­toire ancienne ?

Ce que nos corps ont subi, la pla­nète l’a aus­si subi. Le sadique exerce son contrôle ; le nécro­phile change le vivant en inerte : ceux qui ont une volon­té propre, et les sau­vages, consti­tuent les cibles. & le pro­jet nécro­tique est presque achevé.

***

Les faits sont épou­van­tables. Au cours de mon exis­tence, la terre a per­du la moi­tié de sa faune sau­vage. Chaque jour, deux cents espèces dis­pa­raissent dans la longue nuit de l’extinction. « Mer » est syno­nyme d’abon­dance, de quan­ti­té et de mul­ti­tude. Pour­tant, d’ici 2048, mers et océans n’abriteront plus aucun pois­son. Les crus­ta­cés connaissent « un échec repro­duc­tif com­plet ». En d’autres termes, leurs bébés meurent. Le planc­ton dis­pa­raît éga­le­ment. S’il est peut-être trop petit et trop vert pour que qui­conque s’en sou­cie, nous savons que nous devons deux res­pi­ra­tions ani­males sur trois à l’oxygène qu’il pro­duit. Si les océans s’effondrent, nous nous effon­dre­rons avec eux.

Com­ment pourrait‑i l en être autre­ment ? Voyez les sché­mas, pas seule­ment les faits. Autre­fois, il y avait tel­le­ment de bisons dans les grandes plaines que vous pou­viez vous asseoir et obser­ver un seul trou­peau défi­ler dans un bruit de ton­nerre pen­dant plu­sieurs jours d’affilée. Dans la val­lée cen­trale de Cali­for­nie, les nuées d’oiseaux marins étaient si denses qu’elles mas­quaient la lumière du soleil. Un quart de l’Indiana était une zone humide grouillant de vie, et encore pleine de pro­messes. Il s’agit désor­mais d’un désert de maïs. Là où je vis, dans le Nord-Ouest Paci­fique, les dix mil­lions de pois­sons que l’on trou­vait ne sont plus que dix mille. Les gens les enten­daient arri­ver pen­dant une jour­née entière. Ce n’est pas une his­toire : cer­tains, encore en vie, s’en sou­viennent. Je n’ai jamais enten­du le bruit de l’eau lorsque qua­rante mil­lions d’années de per­sé­vé­rance retrouvent leur che­min. Dès lors, est-il exa­gé­ré de par­ler d’« apocalypse » ?

Le nécro­phile insiste : nous ne serions que des com­po­sants méca­niques, les rivières des pro­jets d’ingénierie, et les gènes des lignes de code à décou­per et réar­ran­ger selon nos caprices. Il pense que nous sommes tous des machines, mal­gré l’évidence : une machine peut être démon­tée et remon­tée entiè­re­ment. Pas un être vivant. Devrais-je pré­ci­ser qu’une pla­nète vivante ne le peut pas non plus ?

Com­pre­nez où la guerre contre le monde a com­men­cé. En neuf lieux dif­fé­rents, à tra­vers la pla­nète, les humains ont adop­té une acti­vi­té appe­lée agri­cul­ture. En termes crus, il s’agit de prendre une par­celle de terre, d’anéantir toute la vie qu’elle abrite, puis de la culti­ver au seul pro­fit des humains. Au lieu de par­ta­ger ce ter­ri­toire avec les mil­lions d’autres créa­tures qui en ont elles aus­si besoin pour vivre, vous n’y faites pous­ser que des plantes des­ti­nées à ali­men­ter des humains. Il s’agit d’un net­toyage bio­tique. La popu­la­tion humaine s’accroît for­te­ment ; les autres espèces sont pré­ci­pi­tées vers l’extinction.

L’agriculture donne nais­sance à un mode de vie que l’on appelle la civi­li­sa­tion. Ce terme désigne les regrou­pe­ments des humains pre­nant la forme de villes. Ce que cela signi­fie : des besoins qui excèdent ce que la terre peut offrir. La nour­ri­ture, l’eau, l’énergie doivent bien venir de quelque part. Quels que soient les idéaux paci­fiques ou autre­ment ver­tueux que les gens portent en leurs cœurs : leur socié­té repose sur l’impérialisme, le géno­cide ou l’ethnocide. Parce que per­sonne n’accepte d’abandonner sa terre, son eau, ses arbres. Mais puisque la ville a uti­li­sé les siens jusqu’à épui­se­ment, elle doit s’en pro­cu­rer ailleurs. Dix mille ans résu­més en quelques lignes.

La fin de la civi­li­sa­tion est ins­crite dans ses ori­gines. L’agriculture — non pas quelque mau­vais type d’agriculture, mais l’agriculture en géné­ral — détruit le monde. Vous abat­tez les forêts, vous labou­rez les prai­ries, vous drai­nez les zones humides. &, tout par­ti­cu­liè­re­ment, vous détrui­sez le sol. Les civi­li­sa­tions durent entre huit cents et peut-être deux mille ans — jusqu’à ce que le sol meurt.

Qu’y a‑t-il de plus sadique que de vou­loir contrô­ler des conti­nents entiers ? Le nécro­phile change les mon­tagnes en gra­vats et cana­lise les fleuves et rivières. L’unité fon­da­men­tale du vivant est vio­lée avec l’ingénierie géné­tique. Même chose pour l’unité fon­da­men­tale de la matière, avec des bombes qui mas­sacrent des mil­lions d’êtres vivants. Voi­là sa pas­sion, trans­for­mer le vivant en inerte. Il ne s’agit pas que de morts indi­vi­duelles, pas même de morts d’espèces entières. Le pro­ces­sus de la vie elle-même est atta­qué, et il est en train de perdre. L’évolution des ver­té­brés stagne depuis déjà long­temps — il n’y a plus assez d’habitats. Il y a des zones en Chine où plus aucune plante à fleurs ne pousse. Pour­quoi ? Parce que les pol­li­ni­sa­teurs sont tous morts. Cinq cents mil­lions d’années d’évolution par­ties en fumée.

Le nécro­phile désire ces des­truc­tions. Il s’agit de son prin­ci­pal plai­sir et de la seule façon pour lui de tout contrô­ler. Selon lui, tout cela n’a jamais été vivant. Il n’existe pas de com­mu­nau­tés aux volon­tés propres, pas de terre vrai­ment sau­vage. Seule­ment des com­po­sants inani­més qu’il peut exploi­ter à son gré, un jar­din à admi­nis­trer. Peu importe que chaque terre ain­si gérée soit deve­nue un désert. L’intégrité élé­men­taire de la vie a été bri­sée, et il pré­tend main­te­nant qu’elle n’a jamais exis­té. Il peut faire ce qu’il veut. & per­sonne ne l’arrête.

***

Pou­vons-nous l’arrêter ?

Je réponds oui, et je n’abandonnerai pour rien au monde. Les faits sont insup­por­tables, mais il n’y a qu’en les confron­tant que les sché­mas se dévoilent. La civi­li­sa­tion se fonde sur le pré­lè­ve­ment (l’extractivisme). Celui-ci s’appuie sur l’impérialisme, la domi­na­tion et le pillage des ter­ri­toires. Cepen­dant, même les colo­nies finissent par s’épuiser. Le com­bus­tible fos­sile aura été un accé­lé­ra­teur, tout comme le capi­ta­lisme, mais le pro­blème est bien plus pro­fond que l’un ou l’autre. La civi­li­sa­tion requiert l’agriculture, et l’agriculture est une guerre que l’on mène contre le vivant. Même si cette culture por­tait aupa­ra­vant du bon en elle, dix mille ans de cette guerre l’ont chan­gée en nécrophile.

Mais ce que font les humains, ils peuvent aus­si le défaire. Si chaque ins­ti­tu­tion est en train de faire fausse route, aucune loi phy­sique n’oblige la des­truc­tion à conti­nuer. La rai­son est poli­tique : le sadique est récom­pen­sé, et pas qu’un peu. La plu­part des gens de gauche et des éco­lo­gistes s’en sont aper­çus. Cepen­dant, il y a une chose qu’ils n’ont pas remar­quée, et que le fémi­nisme radi­cal expose ouver­te­ment : son plai­sir à dominer.

Le véri­table génie du patriar­cat est pré­ci­sé­ment là : il ne fait pas que bana­li­ser l’oppression, il sexua­lise les actes d’oppression. Il éro­tise la domi­na­tion et la subor­di­na­tion, puis les ins­ti­tu­tion­na­lise à tra­vers la mas­cu­li­ni­té et la fémi­ni­té. Les hommes deviennent vrai­ment des hommes en trans­gres­sant les limites — les limites sexuelles des femmes et des enfants, les limites cultu­relles et poli­tiques des peuples indi­gènes, les limites bio­lo­giques des rivières et des forêts, les limites géné­tiques des autres espèces, et les limites phy­siques de l’atome lui-même. Le sadique est récom­pen­sé par l’argent et le pou­voir, mais il retire aus­si une exal­ta­tion sexuelle de la domi­na­tion. La fin du monde est un ras­sem­ble­ment géant d’abrutis abou­tis­sant à une asphyxie autoérotique.

Le véri­table génie du fémi­nisme, c’est d’avoir com­pris tout cela.

Ce qui doit se pro­duire afin de sau­ver notre pla­nète est simple : il faut que la guerre cesse. Si nous ces­sons de nous mettre en tra­vers de son che­min, la vie repren­dra son cours, parce que la vie veut vivre. Les forêts et les prai­ries renaî­tront. Tous les bar­rages et tous les canaux en ciment s’effondreront, et les rivières et les fleuves, apai­sés, retrou­ve­ront l’océan. Les pois­sons sau­ront quoi faire. Les sau­mons nour­rissent la forêt, qui pro­tège les rivières, où habitent les sau­mons. Ce n’est pas la mort de des­truc­tion, mais la mort de par­ti­ci­pa­tion qui fait du monde un tout.

Cer­tains faits requièrent tout le cou­rage que nous avons en nos cœurs. En voi­ci un. En 2017, le car­bone a atteint les 410 ppm. Pour que la vie conti­nue, le car­bone doit retour­ner dans le sol. Et nous en venons donc aux graminées.

Là où le monde est humide, les arbres font des forêts. Là où il est sec poussent les gra­mi­nées. Les prai­ries endurent des cha­leurs extrêmes en été et des froids tei­gneux en hiver. Les gra­mi­nées sur­vivent en main­te­nant quatre-vingts pour cent de leur corps sous terre, sous forme de racines. Ces racines sont cru­ciales pour la com­mu­nau­té du vivant. Elles four­nissent des canaux pour que la pluie pénètre dans le sol. Elles peuvent atteindre quatre mètres cin­quante et rame­ner à la sur­face des miné­raux issus des roches sou­ter­raines, miné­raux dont ont besoin toutes les créa­tures vivantes. Elles peuvent construire le sol à une vitesse extra­or­di­naire. Le maté­riau de base qu’elles uti­lisent pour cela, c’est le car­bone. Ce qui signi­fie que les gra­mi­nées sont notre seul espoir pour récu­pé­rer le car­bone atmosphérique.

Elles le feront, si nous les lais­sons faire. Si nous pou­vions remettre en état soixante-quinze pour cent des prai­ries du monde — détruites par cette guerre que l’on appelle agri­cul­ture — en moins de quinze ans, les gra­mi­nées cap­tu­re­raient tout le car­bone ayant été émis depuis le début de l’âge indus­triel. Reli­sez cela, si besoin est. Et sou­ve­nez-vous-en, où que vous soyez. Dites-le à qui écou­te­ra. Il y a encore une chance.

Les gra­mi­nées ne peuvent y par­ve­nir seules. Aucune créa­ture n’existe indé­pen­dam­ment des autres. La res­tau­ra­tion des prai­ries implique la res­tau­ra­tion des rumi­nants. Durant l’été chaud et sec, la vie est dor­mante à la sur­face du sol. Ce sont les rumi­nants qui per­pé­tuent alors le cycle des nutri­ments. Ils portent en eux un éco­sys­tème, notam­ment des bac­té­ries qui digèrent la cel­lu­lose. Lorsqu’un bison broute, il ne mange pas véri­ta­ble­ment l’herbe. Il four­nit de l’herbe aux bac­té­ries. Les bac­té­ries mangent l’herbe, puis le bison mange les bac­té­ries. Ses déjec­tions arrosent et fer­ti­lisent ensuite les gra­mi­nées. & le cycle se complète.

La civi­li­sa­tion détruit ce cycle. Alors toutes finissent par s’effondrer. Toutes. Com­ment pour­rait-il en être autre­ment lorsque votre mode de vie consiste à détruire l’endroit où vous vivez ? Le sol a dis­pa­ru et le pétrole com­mence à man­quer. En évi­tant de regar­der les faits, nous nous assu­rons la pire des fins possibles.

Nous pou­vons faire mieux que les famines de masse, les États en faillite, les conflits eth­niques, la miso­gy­nie, les sei­gneurs de guerres mes­quins et les scé­na­rios dys­to­piques d’effondrement. C’est très simple : nous repro­duire moins que le taux de rem­pla­ce­ment. Le pro­blème se règle­ra de lui-même. Venons-en main­te­nant aux jeunes filles.

Ce qui fait uni­ver­sel­le­ment bais­ser le taux de nata­li­té, c’est l’élévation du sta­tut de la femme. Plus spé­ci­fi­que­ment, l’action ayant le plus d’impact, c’est l’enseignement de la lec­ture à une fille. Lorsque les femmes et les jeunes filles béné­fi­cient ne serait-ce que de cette once de pou­voir sur leurs vies, elles choi­sissent d’avoir moins d’enfants. Oui, les femmes ont besoin d’un contrôle des nais­sances, mais ce dont nous avons réel­le­ment besoin, c’est de liber­té. À tra­vers la pla­nète, nous avons très peu de contrôle sur la façon dont les hommes uti­lisent nos corps. Près de la moi­tié de toutes les gros­sesses sont non pla­ni­fiées ou non vou­lues. La gros­sesse est la deuxième cause de mor­ta­li­té chez les jeunes filles âgées de quinze à dix-neuf ans. Peu de choses ont chan­gé depuis qu’Emmeline Pan­khurst a refu­sé d’abandonner.

Nous devrions défendre les droits humains des jeunes filles parce que les jeunes filles comptent. Il s’avère même que les droits fon­da­men­taux des jeunes filles sont cru­ciaux pour la sur­vie de la planète.

***

Pou­vons-nous mettre un terme au désastre ?

Oui, mais seule­ment si nous com­pre­nons ce que nous affrontons.

Le nécro­phile veut la mort du monde. Tout ce qui est vivant doit être rem­pla­cé par quelque chose de méca­nique. Il pré­fère les engre­nages, les pis­tons et les cir­cuits aux corps doux des ani­maux, et même au sien. Il espère pou­voir se télé­char­ger lui-même dans un ordi­na­teur un jour.

Il veut la mort du monde. Il aime le sou­mettre. Il a éri­gé des villes géantes là où autre­fois se tenaient des forêts. Le béton et l’asphalte domptent l’incontrôlé.

Il veut la mort du monde. Tout ce qui est femelle doit être puni, défi­ni­ti­ve­ment. Plus elles sont jeunes, plus elles se bri­se­ront faci­le­ment. Alors il com­mence tôt.

Une guerre contre votre corps, c’est une guerre contre votre vie. S’il peut faire en sorte que nous menions la guerre à sa place, nous ne serons jamais libres. Mais nous avons décré­té que le corps de chaque femme était sacré. Et nous le pen­sons réel­le­ment. Toute créa­ture pos­sède son inté­gri­té phy­sique propre, son tout invio­lable. Ce tout est trop com­plexe pour être com­pris, même en l’incarnant. Je ne savais pas pour­quoi mes yeux gon­flaient ni pour­quoi mes pou­mons me fai­saient mal. Les com­plexi­tés qui me main­tiennent en vie ne pour­raient jamais m’être inté­gra­le­ment confiées — elles res­te­ront un mys­tère pour moi. La vie est un don, le seul pré­sent. Ce tendre ani­mal est tout ce que vous avez. & il a besoin que vous le défen­diez, ici, main­te­nant, à l’âge de l’apocalypse. Refu­sez de par­ti­ci­per à la guerre que le nécro­phile impose sur le ter­rain de votre propre chair. Com­bat­tez-le lui, plutôt.

Nous allons devoir oppo­ser notre cou­rage à son mépris, nos rêves sau­vages et fra­giles à sa force brute. Et nous allons devoir oppo­ser une déter­mi­na­tion qui ne plie­ra, ne cède­ra, ni ne ces­se­ra à son sadisme insatiable.

& si nous ne pou­vons le faire pour nous-mêmes, nous le devons pour ces jeunes filles.

Qui — ou quoi — que vous aimiez, elle est en dan­ger. Aimer est un verbe. Puisse cet amour nous pous­ser à l’action.

Lierre Keith

Tra­duc­tion : Nico­las Casaux


Lierre Keith est une écri­vaine et fémi­niste radi­cale. En 1984, elle a par­ti­ci­pé à la créa­tion de Minor Dis­tur­bance, un groupe de pro­tes­ta­tion fémi­niste contre le mili­ta­risme. En 1986, elle par­ti­cipe à la créa­tion de Femi­nists Against Por­no­gra­phy (« Fémi­nistes contre la por­no­gra­phie ») à Nor­thamp­ton, Mas­sa­chu­setts. Elle est rédac­trice fon­da­trice de Rain and Thun­der, une revue fémi­niste radi­cale de Northampton.

En 2009, elle publie Le Mythe végé­ta­rien : nour­ri­ture, jus­tice et péren­ni­té, dans lequel elle exa­mine les effets éco­lo­giques de l’agriculture et du végétarisme.

Co-fon­da­trice, avec Der­rick Jen­sen et Aric McBay, du mou­ve­ment Deep Green Resis­tance, elle signe éga­le­ment avec eux en 2011 le livre qui en détaille la stra­té­gie, Deep Green Resis­tance : un mou­ve­ment pour sau­ver la pla­nète, tra­duit en fran­çais et publié en deux tomes aux Édi­tions LIBRE en 2018–2019.

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  1. Autant je la trouve per­ti­nente sur des par­ties de son ana­lyse sur le patriar­cat , autant lierre est à coté en ce qui concerne l’agriculture …

    L’a­gri­cul­ture dont elle parle est la mono­cul­ture inten­sive à l’a­mé­ri­caine .… alors que la per­ma­cul­ture par exemple existe depuis trés long­temps et à mon­trer sa rési­lience et l’en­ri­chis­se­ment des zones où elle est mise en pratique 

    L’ac­cent mit sur le car­bone est aus­si une faute de prio­ri­té , le méthane pol­lue bien plus que les trans­port par exemple , et il suf­fit que le monde de vienne vegan pour sup­pri­mer une énorme pro­por­tion du méthane émis ain­si qu’une énorme part de l’a­gri­cul­ture inten­sive ser­vant à nour­rir les éle­vages d’a­ni­maux dest­niés aux pays riches
    Mais ce n’est pas l’au­teur du  » mythe végé­ta­rien » qui irai dire cela ^^
    Et même si son livre com­porte des erreurs , cer­tains en ont fait une grosse publicité …

    Je fini­rai juste par dire que son argu­ment mal­thu­sien de la sur­po­pu­la­tion est éga­le­ment hors pro­pos .… en effet le controle des femmes sur leurs corps ain­si qu’une auto­no­mie par rap­port aux sys­tèmes patriar­chaux per­met une dimi­nu­tion de la nata­li­té , si nous sommes 7 mil­liards de vegan il n’y aurai pas eu tout les degats eco­lo­giques dont elles parlent , mais le car­nisme as de beaux jours mal­heu­reu­se­ment et elle y contri­bue gran­de­ment avec son livre …

    1. La « per­ma­cul­ture » quelle mot mer­veilleux. Bien oui, fai­sons pous­ser du blé, du riz, du maïs, mas­si­ve­ment en mode « permacultuuure ».
      J’at­tends de voir.
      CE fai­sant si tu lis son bou­quin « le Mythe végé­ta­rien », elle cite de nom­breux exemples de lieux qui sont deve­nus ‑dans la réa­li­té- un désert suite à l’agriculture. Et c’est ce qu’on est entrain de faire.
      « Il suf­fit que le monde devienne végan », oui si on ne mange pas de céréales, uni­que­ment des fruits et des plantes.
      A cela ‑juste en pas­sant- pen­sons à la cuis­son qui est un énorme fac­teur de pol­lu­tion dans le monde !
      Quant à  » une énorme part de l’agriculture inten­sive ser­vant à nour­rir les éle­vages d’animaux des­ti­nés aux pays riches » elle en parle dans le bou­quin, et dit que cet éle­vage-là est une honte.
      LK dit que les vegan sont sys­té­ma­ti­que­ment des urbains hors-sol, est-ce ton cas ?
      Elle part de quelque chose de très concret : elle vou­lait reve­nir à la nature et culti­ver ses propres salades, com­ment faire avec les limaces ? Sa solu­tion la moins pire, après moultes façons inél­gantes a été d’emprunter la contri­bu­tion joyeuse des canards qui mangent les limaces mais pas les lai­tues et qui fer­ti­lisent le sol. Autre ques­tion, avec quoi fer­ti­li­ser le sol ? Des engrais chi­miques ? Du BRF (mer­ci le pétrole et les arbres tués)? Elle uti­lise la fiente des ani­maux. Vaches etc..
      Et après tu fais quoi du trop plein d’animaux ?
      En bon végan, bien sûr tu l’ac­com­pagnes à pied pour le rendre aima­ble­ment à 10km de la mai­son à Dââme Nature où de ver­doyantes pro­messes d’a­bon­dances et d’amour l’at­tendent et tu lui serres une franche poi­gnée de pattes. Si c’est pas choupinou !
      En géné­ral les pay­sans ne font pas cela, sur le ter­rain, on voit les choses différemment.
      Et la per­ma­cul­ture aus­si, elle te dit que c’est plus logique d’a­ban­don­ner les lai­tues, et de pas­ser à des plantes pérennes, pour­pier, ortie, ché­no­podes, mauves etc… Si tu nour­ries tes cochons avec des caroubes, des mar­rons, des glands c’est plus simple aus­si, tu manges, et tu passes un hiver rigou­reux dans un fonc­tion­ne­ment rela­ti­ve­ment local. De quoi se nour­rissent les vegan en France ? Des bananes à 2€ le kg max !
      Aus­si, j’at­tends de voir un vrai Vegan local, qui mange son caca pour la B12 !! Et qui ne la com­mande pas auprès d’un labo allemand.
      Je mets une pointe d’hu­mour dans mon texte mais ce n’est pas contre toi.
      La ques­tion du vegan Vs Omni­vore est très com­plexe à mon humble avis.

  2. Je trouve ce texte fort fort inter­es­sant ! C’est une belle décou­verte. Maisje ne pense pas que cet « esprit » méca­ni­sant soit uni­que­ment lié aux hommes, il gagne les femmes aus­si à pré­sent. Ce serait une erreur (com­pré­hen­sible, mais dom­ma­geable) que de le croire. C’est un esprit déshu­ma­ni­sant, qui détruit autant le corps mas­cu­lin que fémi­nin, même si his­to­ri­que­ment et encore aujourd’­hui en majo­ri­té c’est vrai que les femmes en ont bcp plus souf­fert. La ten­dance aujourd’­hui est : folie sadique pour tous, hommes et femmes compris !

    Pour vous répondre Xipe­tho­tek , je ne pense pas le le régime végan convienne à tout le monde, et encore moins qu’une volon­té pla­ni­fi­ca­trice (et donc contrô­lante) du style « si tout le monde était végan » ait la moindre valeur.(si ce n’est pour un nou­veau type de contrôle) De plus, il est loin d’être prou­vé que l’hu­main n’est qu’un rumi­nant (je taquine, je sais que végan ou végé ne se limite pas à cela ;). Mais soit, man­gez comme vous le vou­lez, mais res­tons loin du genre de solu­tion tota­li­taire « Tous ceci ou tous cela » svp ! Mer­ci pour la (bio?)diversité 😉

  3. mer­ci Nico­las, c’est comme tu le dis magni­fique.( Je regrette d’a­voir lu les deux com­men­taires pré­cé­dents… mais bon.…)
    Je me per­mets de par­ta­ger et ma jour­née, et bien plus est illu­mi­née, par cette lec­ture. Bonne jour­née à toi.

  4. Pour une ali­men­ta­tion vegé­ta­lienne , il convient à tout le monde dixit l’as­so­cia­tion amé­ri­caine de dié­té­tique 😉 http://www.alimentation-responsable.com/position-ADA-2009

    Pour ce qui est de la pla­ni­fi­ca­tion , un fas­cisme vegan ne ferai que  » gagner  » du temps , mais pour sor­tir de l’i­déo­lo­gie du car­nisme et sor­tir de la dis­so­nance cog­ni­tive lié à notre culture ali­men­taire et le trai­te­ment des ani­maux , il faut sur­tout de la réfléxion et une adhésion 🙂

    Pour ce qui est de notre phy­sio­lo­gie , nous sommes sur­tout le fruit d une évo­lu­tion , et même si nous avons une phy­sio­lo­gie de fru­gi­vore comme nos cou­sins les singes , c’est plu­tot hors de pro­pos ( et de toute manière je peux répondre tres vite que oui nous ne sommes pas des rumi­nants nous n’a­vons qu’un esto­mac 😛 ) . En effet le véga­nisme sait se mon­trer per­ti­nente ne serait ce que sur la question
    envi­ron­ne­men­tale . C’est pour cela que je sou­ligne les fausses bonnes solu­tions de Lierre keith.

    Le véga­nisme n’est pas poli­tique , c’est la pos­ture morale la plus per­ti­nente en éthique ani­mal et celle qui fait consen­sus , par­mi les éco­lo­gistes éga­le­ment , qu’ils soient consé­quen­tia­listes , déon­tho­lo­gique ou éthiques , le véga­nisme est vu comme une des solu­tions les plus concrètes et efficace
    Pour preuve, un jour­na­liste que ce site relaie défois , chris hedge est deve­nu vegan pour cette rai­son http://www.compassionatespirit.com/wpblog/2014/11/17/chris-hedges-go-vegan-for-the-planet/

    Donc le véga­nisme peut aus­si etre un acte mili­tant écologique 😉
    En faite aprés quelques cal­culs , cela semble fri­sé l’in­co­hé­rence que de vou­loir mili­ter en faveur de l ‘éco­lo­gie et de man­ger une ali­men­ta­tion pro­ve­nant d’é­le­vages , encore une fois la dis­so­nance cog­ni­tive peut etre trés puissante 🙂 

    Pour finir , pour répondre à pam Quin , je suis navré d’a­voir trou­blé la quié­tude de cette article en émet­tant une cri­tique construc­tive de l’ar­ticle de lierre keith , mais je ne vois nul part mar­qué sur le site qu’il faut juste dire amen à tout ce qui est publié 😉

  5. Je lis cet article et les réponses qui vont avec.

    Au bout des deux tiers de l’ar­ticle, une espèce de colère débor­dante m’a don­né l’en­vie de lan­cer mon ordi contre le mur.
    J’en­tends que LK use d’une façon et d’ar­gu­ments chocs, qu’elle peut sur­es­ti­mer un cer­tain nombre de causes… Il est vrai que je n’en­tends nulle part, sauf en fili­grane, une quel­conque apo­lo­gie de l’a­gri­cul­ture pra­ti­quée par des groupes humains depuis des cen­taines d’an­nées (cela me rap­pelle un autre article de ce site). Il appa­rait cepen­dant que son pro­pos sur les 1 mil­liards d’êtres humains en 1800 tra­duit un lien avec celle-ci et coïn­cide avec les débuts (bien avan­cés) de l’ère industrielle.
    A mon avis, LK expose plus spé­ci­fi­que­ment l’i­dée que l’in­dus­tria­li­sa­tion a inten­si­fié le pro­ces­sus nécro­phage de notre civi­li­sa­tion qui appa­raît comme dans toutes les civi­li­sa­tions (les Aztèques ont créé des déserts, l’At­lan­tide s’est effon­drée =) hi hi, pour l’exemple, c’est juste comique) avant sa chute. Et que cela nous a conduit à entre­prendre tou­jours plus de viol de la Nature, sur le vivant, ses repré­sen­tants emblé­ma­tiques, que sont les forêts, les ani­maux et la femme.

    Ce n’est pas pour rien qu’au­jourd’­hui plus que jamais, la fémi­ni­té est décon­si­dé­rée, vio­lée. Les homos se font taper ou notre lan­gage cou­rant stig­ma­tise la fémi­ni­té chez l’homme, les femmes sont des objets publi­ci­taires et sexuels (voyez la pro­li­fé­ra­tion de sites por­no­gra­phiques et des images et repré­sen­ta­tions qu’ils véhi­culent, c’est juste effa­rant, et il n’y a pas besoin d’être puri­tain pour trou­ver cela impar­don­nable et criminel).

    Quant à la néces­si­té d’une (bio)diversité, il faut gar­der les yeux en face des trous : aujourd’­hui, c’est en train de cre­ver. Aujourd’­hui, ce qu’il nous faut, ce n’est pas culti­ver la bio­di­ver­si­té, c’est anéan­tir ce qui la menace et la détruit. Col­lec­ti­ve­ment, et pas sim­ple­ment en deve­nant cha­cun vegan dans son coin. Encore une nou­velle conne­rie prô­née par je ne sais quel groupe de pseu­dos acti­vistes de l’à peu près. Oui, il nous faut recon­si­dé­rer notre manière de nous nour­rir, c’est indé­niable. Mais comme l’un de vous le dit, pas en hors sol, pas en pré­lè­ve­ment, mais là où ça se passe. Je suis végé, et loin des villes, c’est dif­fé­rent, c’est vrai. Si on veut aller au bout du truc, les plantes utiles à l’é­co­sys­tème et pas seule­ment à l’homme doivent être pri­vi­lé­giées. Cela néces­site de la fru­ga­li­té, mais dans la mesure où ce qui est culti­vé apporte plus qu’une semaine de repas végé­ta­rien à base de céréales et de légu­mi­neuses. Tout le monde n’est peut-être pas prêt à de tels conces­sions, et c’est la dimen­sion col­lec­tive qui apporte une pos­si­bi­li­té d’être inter­dé­pen­dants et pour­tant plus autonomes.

    7 mil­liards. Au bord du gouffre. Et on pinaille encore… De la légè­re­té certes, mais de la colère, beau­coup. J’aime bien son idée d’une mort par­ti­ci­pa­tive, je ne parle pas de sui­cide ou de sacri­fice, mais bien de la dis­pa­ri­tion dans un cycle de vie. Ce que pré­ci­sé­ment nous nous atta­chons à res­treindre, endi­guer, par manque d’hu­mi­li­té. Je ne crois pas à une grosse enti­té qu’on appel­le­rait le Nécro­phile, mais c’est un fait que notre ten­dance cultu­relle repose sur ce fait. Arman­da Gui­duc­ci en parle très bien dans son bou­quin « La Pomme et le Ser­pent ». C’est anté­di­lu­vien notre ten­dance à la mal­trai­tance de la fémi­ni­té, et c’est pour cela qu’il nous faut nous en débar­ras­ser pour que les femmes et la fémi­ni­té cessent de se sou­mettre et d’être sou­mises par le fait social et cultu­rel. Parce que nous avons tous notre propre fémi­ni­té bor­del… Et que la nier et la repous­ser, c’est contraindre notre corps…

  6. Très bon texte. L’an­tho­lo­gie « Female Era­sure » est un des pre­miers textes fémi­nistes qui nous a inté­res­sé-e‑s pour TRADFEM (tradfem.wordpress.com). Mais pas facile de trou­ver un édi­teur fran­çais. Seriez-vous dis­po­sé-e‑s à y col­la­bo­rer avec notre équipe ?

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