Transgenrisme, abolition du sexe et industrie de l’identité genre (par Kara Dansky)

Le texte sui­vant est une tra­duc­tion du cha­pitre 5 du livre The Abo­li­tion of Sex : How the “Trans­gen­der” Agen­da Harms Women and Girls (« L’abolition du sexe ou com­ment le pro­gramme “trans­genre” nuit aux femmes et aux filles ») de Kara Dans­ky, une autrice et fémi­niste états-unienne, paru en novembre 2021.


Com­ment en sommes-nous arri­vées là ? Pour­quoi le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain est-il en train d’abolir le sexe dans la loi ? Pour­quoi les femmes sont-elles contraintes de céder du ter­rain et de par­ta­ger leurs espaces avec des hommes sous le pré­texte fal­la­cieux qu’ils seraient de sexe fémi­nin ? Pour­quoi n’a­vons-nous pas le droit d’en par­ler ? Pour­quoi les médias — qui comptent de nom­breuses femmes puis­santes et intel­li­gentes — cherchent-ils à nous induire en erreur, à nous mani­pu­ler ? Pour­quoi des femmes ont-elles per­du leur emploi pour avoir décla­ré que le sexe est réel ? Ces ques­tions me sont fré­quem­ment posées.

Une indus­trie invi­sible met en branle toute cette machi­ne­rie ins­ti­tu­tion­nelle. Mais bien qu’elle n’agisse pas en secret, peu de gens le réa­lisent. L’objectif pre­mier de cette indus­trie est d’une sim­pli­ci­té et d’une arro­gance à toute épreuve : il s’agit d’annihiler la vie humaine telle que nous la connais­sons. Le fon­de­ment phi­lo­so­phique de cette cam­pagne extré­miste est un déni de la nature et des limites qu’elle nous impose en matière de réin­ven­tion de nous-mêmes et de trans­for­ma­tion du monde. Selon cette phi­lo­so­phie dua­liste (NdlT : sépa­ra­tion du corps et de l’esprit, de la matière et des essences), il n’y a qu’en des­ti­tuant l’idée d’une réa­li­té objec­tive et en affir­mant la pri­mau­té de la sub­jec­ti­vi­té, c’est-à-dire la pri­mau­té de « l’ex­pé­rience vécue », que nous pour­rions enfin créer une nou­velle réa­li­té dans laquelle nous dis­po­se­rions tous de la facul­té démiur­gique de nous recréer inté­gra­le­ment selon nos moindres désirs.

Les inté­rêts et les droits des femmes, dans la mesure où ils sont intrin­sè­que­ment liés à notre exis­tence bio­lo­gique en tant que femmes, sont donc autant d’obstacles à la réa­li­sa­tion de ce pro­gramme (NdlT : idéa­liste et ultra indi­vi­dua­liste). L’ef­fa­ce­ment du sexe bio­lo­gique dans la loi et dans la socié­té entière doit alors en consti­tuer le pre­mier acte. Les droits et les corps des femmes ne sont que des dom­mages col­la­té­raux (NdlT : comme ils l’ont tou­jours été dans l’histoire du patriar­cat et de l’institutionnalisation de ses mythes et de ses reli­gions égotiques).

L’in­dus­trie de « l’i­den­ti­té de genre » se fonde sur un mélange vicieux de haine des femmes, d’antiscience et de lucre. Ce pro­pos pour­rait vous sem­bler exa­gé­ré. Je vous demande de bien vou­loir faire preuve d’indulgence et de me per­mettre de développer.

En 1979, la pro­fes­seure Janice G. Ray­mond de l’U­ni­ver­si­té du Mas­sa­chu­setts, à Amherst, publiait un livre pro­phé­tique, inti­tu­lé L’Empire trans­sexuel, dans lequel elle pré­di­sait tout ce qui s’est pas­sé dans le domaine du trans­sexua­lisme (et du trans­gen­risme, que nous pour­rions appe­ler trans­sexua­lisme 2.0) au cours des qua­rante et quelques der­nières années[1]. Ray­mond notait que le « trans­sexua­lisme » était une idéo­lo­gie qui reje­tait tout ancrage dans la réa­li­té maté­rielle : nous ne pou­vons effec­ti­ve­ment pas chan­ger de sexe, tout comme nous ne sau­rions « naitre dans le mau­vais corps ». C’est pour­quoi elle sou­te­nait que « le trans­sexua­lisme consti­tue un “pro­gramme socio­po­li­tique” de sabo­tage du mou­ve­ment poli­tique visant effec­ti­ve­ment à éra­di­quer les sté­réo­types sexuels et l’op­pres­sion sexuelle de notre culture. En effet, l’idéologie du trans­sexua­lisme ren­force les bases ins­ti­tu­tion­nelles du sexisme sous cou­vert de thé­ra­pie[2] » (en ita­lique dans l’original).

Ray­mond pla­çait son ana­lyse dans le domaine de la morale, des valeurs et de l’é­thique. Elle sem­blait alors moins inté­res­sée à débattre de la véra­ci­té de l’af­fir­ma­tion selon laquelle les gens pour­raient chan­ger de sexe (même si elle répon­dait déjà clai­re­ment « non » à cette ques­tion) qu’à dis­cu­ter de la manière dont le trans­sexua­lisme ren­for­çait insi­dieu­se­ment les sté­réo­types sexistes liés aux rôles sexuels. On lui décerne lar­ge­ment et à juste titre le mérite d’a­voir été l’une des pre­mières fémi­nistes à le faire. En bref, elle a vu venir tout ce marasme idéo­lo­gique et noues a aver­ties de ce qui se préparait.

Il serait ter­ri­ble­ment ten­tant de reje­ter cette ana­lyse en bloc en la taxant de conspi­ra­tion­nisme. Per­sonne ne veut vrai­ment cher­cher à com­prendre l’é­ten­due et la gra­vi­té de ce qui arrive aux femmes sous cou­vert de tolé­rance et d’in­clu­si­vi­té. Réa­li­ser ce qui se cache der­rière le mou­ve­ment pour l’abolition du sexe peut s’avérer mora­le­ment éprou­vant. Cepen­dant, ce n’est pas com­pli­qué, il suf­fit d’ouvrir les yeux : tout est là au grand jour. Si nous échouons à contre­car­rer l’industrie de « l’identité de genre », le sexe, léga­le­ment et socia­le­ment, sera bien­tôt com­plè­te­ment aboli.

Qu’est-ce que l’in­dus­trie de « l’identité de genre » ? Comme indi­qué pré­cé­dem­ment, il s’a­git d’un vaste consor­tium de mul­ti­na­tio­nales, de cabi­nets d’a­vo­cats, d’entreprises médi­cales et phar­ma­ceu­tiques, de gou­ver­ne­ments, de médias, d’u­ni­ver­si­tés et d’or­ga­ni­sa­tions à but non lucra­tif enga­gés dans une conspi­ra­tion en vue de nous men­tir sur tout ce qui se passe[3]. Non pas une conspi­ra­tion au sens juri­dique d’un accord mani­feste entre ces par­ties, mais plu­tôt au sens d’un accord tacite entre nombre d’entités les plus puis­santes de notre socié­té visant à convaincre tout le monde que le sexe n’existe pas en tant que réa­li­té maté­rielle, et que seule l’i­den­ti­té sub­jec­tive est souveraine.

L’histoire débute dans les années 60 et 70, au sein des uni­ver­si­tés amé­ri­caines, avec la dif­fu­sion de la pen­sée post­mo­derne, qui se trans­for­ma par la suite en « théo­rie queer ». Les soi-disant « théo­ri­ciens queers » pro­meuvent acti­ve­ment l’idée que la bio­lo­gie serait socia­le­ment construite et que nous pour­rions lui échap­per en nous « iden­ti­fiant » sim­ple­ment à autre chose (NdlT : c’est le construc­ti­visme). Judith But­ler est l’une des « théo­ri­ciennes queers » amé­ri­caines contem­po­raines. Elle est pro­fes­seure au dépar­te­ment de lit­té­ra­ture com­pa­rée et de théo­rie cri­tique à l’u­ni­ver­si­té de Ber­ke­ley en Cali­for­nie (NdlT : Ber­ke­ley était le phi­lo­sophe idéa­liste du sub­jec­ti­visme extrême : gros­so modo, la réa­li­té n’existait pas, tout était sub­jec­tif et seule la ver­sion sub­jec­tive de l’individu pré­va­lait). Ses tra­vaux s’ap­puient sur la pen­sée de Michel Fou­cault, un phi­lo­sophe fran­çais du ving­tième siècle ayant plai­dé pour la réduc­tion, voire l’é­li­mi­na­tion de l’âge du consen­te­ment sexuel à un moment où des débats se tenaient autour des lois contre le viol. Selon la phi­lo­sophe Susan Cox :

« La théo­rie queer s’est gran­de­ment ins­pi­rée de Michel Fou­cault, d’ailleurs qua­li­fié de “père de la théo­rie queer”. Il a popu­la­ri­sé la méthode qu’il appelle “généa­lo­gie his­to­rique”. À l’o­ri­gine, il l’a tirée de Nietzsche, mais il l’a vul­ga­ri­sé au 20e siècle dans le cadre de la phi­lo­so­phie post­mo­derne. Il réa­lise donc toutes ces généa­lo­gies his­to­riques, par exemple, l’his­toire de la folie, l’his­toire de la sexua­li­té, etc., pour mon­trer com­ment l’ho­mo­sexua­li­té a pu être construite comme sexua­li­té déviante. [NdlT : les pédo­sexuels se sont réap­pro­prié cette ana­lyse pour leur propre cause] 

Il s’agit d’un tra­vail impor­tant. Seule­ment, la théo­rie queer éli­mine le pou­voir poli­tique de l’é­qua­tion, et pré­tend ensuite que les normes arrivent presque par hasard, ce qui nous vient, mal­heu­reu­se­ment, aus­si de Fou­cault. Fou­cault sou­te­nait que les normes étaient en quelque sorte le fruit de la contin­gence. C’est-à-dire du hasard. Elles se for­me­raient comme ça, tout sim­ple­ment, elles prennent leur élan pour une rai­son quel­conque et conti­nuent sur leur lan­cée. Per­sonne ne sau­rait vrai­ment pour­quoi. Comme si elles ne pro­fi­taient pas à un groupe spé­ci­fique de per­sonnes. De la même manière, Judith But­ler a affir­mé que les femmes ne sont pas oppri­mées au béné­fice des hommes, mais que ces normes sont sim­ple­ment appa­rues, qu’elles sont très res­tric­tives et qu’elles oppriment les gens[4]. »

Selon la théo­rie queer, les femmes ne sont donc pas oppri­mées par les hommes sur la base de leur sexe, mais sur la base de l’exis­tence de la caté­go­rie binaire du sexe. Cette asser­tion est fon­da­men­ta­le­ment anti­fé­mi­niste. Aus­si, les théo­ri­ciens queers parlent fré­quem­ment de « quee­ri­fier la bina­ri­té ». En voi­ci un bon exemple :

« But­ler (1990, 1993) a influen­cé tout un cou­rant de pen­sée en sou­te­nant que notre bio­lo­gie n’est pas une base neutre sur laquelle le genre serait cultu­rel­le­ment construit. Comme l’ont mon­tré Laqueur (1990) et d’autres, même nos corps sont cultu­rel­le­ment construits dans la mesure où ils sont appré­hen­dés d’une manière spé­ci­fique à notre culture. Selon But­ler (1990, p. 10), “peut-être que ce que l’on appelle ‘sexe’ est une construc­tion cultu­relle au même titre que le genre ; en réa­li­té, peut-être le sexe est-il tou­jours déjà du genre et, par consé­quent, il n’y aurait plus vrai­ment de dis­tinc­tion entre les deux.”[5] »

La théo­rie dite queer, avec son insis­tance à conce­voir les corps comme des « construc­tions cultu­relles », repré­sente le cré­pus­cule de la réa­li­té maté­rielle du sexe — tout ce qui suit en découle directement.

Mais com­ment une théo­rie aca­dé­mique aus­si obs­cure (et absurde) a‑t-elle pu s’échapper de la tour d’i­voire du milieu uni­ver­si­taire pour se retrou­ver dans les salles de classe, de réunion, dans le salon de mon­sieur et madame tout le monde et jusque dans la loi elle-même ? Il me semble que suite à la « quee­ri­fi­ca­tion (NdlT : décons­truc­tion) de la bina­ri­té du sexe » réa­li­sée par l’académie, trois phé­no­mènes cor­ré­la­tifs se sont pro­duits qui ont créé les condi­tions néces­saires à l’a­bo­li­tion contem­po­raine du sexe dans la loi et dans toute la socié­té : (1) l’in­ven­tion du mot « trans­genre » ; (2) l’ex­plo­sion des tech­no­lo­gies et des pra­tiques médi­cales mar­chandes ; et (3) l’adhé­sion totale de la gauche à l’ex­ploi­ta­tion sexuelle des filles et des femmes.

Si l’on avait essayé de prê­cher aux Amé­ri­cains l’i­dée que le sexe n’est pas réel en citant une idéo­lo­gie pré­pos­tère concoc­tée par une poi­gnée d’u­ni­ver­si­taires émi­nem­ment obs­curs, cela n’aurait jamais mar­ché. Tout le monde sait com­ment sont faits les bébés. Pour faire accep­ter aux Amé­ri­cains que le sexe n’existe pas, il fal­lait un nou­veau mot : « transgenre ».

Comme nous l’a­vons vu au cha­pitre 1, le mot « trans­genre » ne signi­fie rien, du moins, rien de cohé­rent. Néan­moins, son emploi mas­sif dans le dis­cours cultu­rel et média­tique a fini par per­sua­der la plu­part des gens du contraire. Il est ten­tant de pen­ser qu’il existe un cli­vage poli­tique concer­nant l’ac­cep­ta­tion des « per­sonnes trans­genres », mais il s’agit d’un pré­ju­gé trom­peur. Il est ten­tant de croire que les gens de gauche sont « tolé­rants » ou qu’ils « acceptent » les « per­sonnes trans­genres » tan­dis que les gens de droite sont « into­lé­rants » ou « pho­biques » à leur égard, parce que c’est ain­si que les médias tiennent à sim­pli­fier les choses. Mais c’est faux. Il est vrai qu’aux États-Unis, les démo­crates sont à l’o­ri­gine des pres­sions poli­tiques visant à ins­crire « l’identité de genre » dans la loi et que de nom­breux répu­bli­cains s’y opposent. Mais la plu­part des répu­bli­cains, qu’ils soient employés ou cadres, même s’ils s’op­posent à l’ins­crip­tion de « l’identité de genre » dans la loi, acceptent et ont inté­gré dans leur concep­tion du monde la fic­tion des « trans­genres », l’idée selon laquelle les « trans­genres » consti­tue­raient une caté­go­rie cohé­rente de per­sonnes. Tel n’est pas le cas.

Le mot « trans­genre » n’est qu’un tour de passe-passe lin­guis­tique visant à per­sua­der tout le monde que le sexe n’existe pas. Mal­heu­reu­se­ment pour nous toutes, cet objec­tif a lar­ge­ment été atteint.

Ray­mond dis­cute de l’apparition du mot « trans­genre » dans son intro­duc­tion à la réédi­tion de 1994 de L’Empire Trans­sexuel. Elle pro­pose un aper­çu édi­fiant de la manière dont le mot s’est impo­sé. Son ouvrage est une lec­ture obli­ga­toire pour qui­conque s’interroge sur la manière dont ce vocable nuit aux femmes et aux filles. Dans un pas­sage inti­tu­lé « La poli­tique du trans­gen­risme », elle écrit : « La ques­tion du trans­sexua­lisme a été lar­ge­ment écar­tée par les débats sur le trans­gen­risme ou ce que l’on a appe­lé “le nou­veau nec plus ultra de la sexua­li­té”. Le terme trans­genre ras­semble les trans­sexuels pré­opé­ra­toires et post­opé­ra­toires, les tra­ves­tis, les drag-queens, les gays et les les­biennes, les bisexuels et les hété­ro­sexuels qui s’écartent, d’une manière ou d’une autre, via l’accoutrement ou le com­por­te­ment, des sté­réo­types socio­sexuels tra­di­tion­nels et trans­gressent ain­si les “rôles de genre”[6]. » De prime abord, semble cor­rect, mais les choses ont bien chan­gé depuis 1994 — comme nous l’a­vons vu plus haut. Aujourd’hui une per­sonne peut « être trans­genre » en décla­rant sim­ple­ment qu’elle « est trans­genre ». Si le mot « trans­genre » peut signi­fier tout et n’im­porte quoi, il ne signi­fie plus rien. (NdlT : c’est le prin­cipe de l’auto-identification « en tant que » ; « je m’identifie en tant que femme, pois­son rouge, chat, dra­gon, noire, Napo­léon, pré­si­dente de la Répu­blique et ta mère… »)

Ray­mond pour­suit en décri­vant la manière dont « trans­genre », « trans­sexuel » et d’autres vocables sont sou­vent uti­li­sés afin d’indiquer une cer­taine forme de confor­mi­té aux rôles socio­sexuels sté­réo­ty­pés, qui ne remet donc abso­lu­ment pas en ques­tion la réa­li­té poli­tique et les dyna­miques de pou­voirs : les hommes pos­sèdent le pou­voir poli­tique, les femmes non. Elle aborde éga­le­ment les dif­fi­cul­tés aux­quelles les les­biennes sont confron­tées dans un monde où l’on attend géné­ra­le­ment des femmes qu’elles se com­portent de manière sté­réo­ty­pi­que­ment « fémi­nine », ain­si que la nature de « l’entorse au genre » (« gen­der ben­ding »), ou, comme cer­tains l’ap­pellent aujourd’­hui, de la « non-confor­mi­té de genre ».

Elle conclut ain­si : « L’i­déal trans­genre est pro­vo­ca­teur. Sur le plan per­son­nel, il per­met à l’individu de s’inscrire sur le spectre de l’ex­pres­sion de genre (NdlT : avec d’un côté le sté­réo­type miso­gyne de la fémi­ni­té extrême et de l’autre, le sté­réo­type viri­liste de la mas­cu­li­ni­té ultime). Sur le plan poli­tique, il ne sort jamais du conti­nuum des sté­réo­types sexistes et échoue ain­si à le trans­cen­der. Sa rébel­lion pré­ten­du­ment ico­no­claste contre l’en­fer­me­ment dans l’enceinte du genre (NdlT : par genre il faut bien lire rôles socio­sexuels) est davan­tage un effet de style qu’un enga­ge­ment pro­fond. À quoi peut bien ser­vir un rebelle du genre qui conti­nue de se sou­mettre à l’ordre du genre[7] ? ». Les pré­dic­tions de Ray­mond se sont toutes réa­li­sées : le concept de « trans­genre » relève bien plus de la mys­ti­fi­ca­tion que du concret. Il ne fait rien pour ren­ver­ser les dyna­miques de pou­voir du monde réel, dans lequel les femmes demeurent une sous-classe politique.

Cepen­dant, le mot « trans­genre » s’est révé­lé encore plus nui­sible que pré­vu. Non seule­ment il n’a fait que ren­for­cer les sté­réo­types sexuels tra­di­tion­nels, mais il a réus­si à per­sua­der la socié­té tout entière, ou presque, que le sexe n’exis­tait pas (NdlT : le sexe est de plus en plus dit « assi­gné à la nais­sance » et non plus seule­ment, et jus­te­ment, « obser­vé » ou « consta­té »). Ce petit mot a accom­pli bien plus que tout ce que les théo­ri­ciens queers n’auraient pu le faire en prê­chant la bonne parole de la « quee­ri­fi­ca­tion de la bina­ri­té » depuis leur tour d’ivoire (NdlT : bina­ri­té des sexes, en fait, des rôles socio­sexuels que les post­mo­dernes confondent avec la réa­li­té maté­rielle du sexe méio­tique, mal­heu­reu­se­ment pour eux binaire depuis plus d’un mil­liard et deux cents mil­lions d’années).

L’in­tru­sion du mot « trans­genre » dans notre voca­bu­laire n’est tou­te­fois pas la seule res­pon­sable de la confu­sion dans laquelle nous nous trou­vons. L’introduction du mot dans notre voca­bu­laire cou­rant a été acti­ve­ment sou­te­nue et finan­ciè­re­ment ali­men­tée par des inté­rêts capi­ta­listes qui s’immiscent à notre insu dans notre vie quotidienne.

Jon Stry­ker est l’hé­ri­tier de la Stry­ker Cor­po­ra­tion, une entre­prise de tech­no­lo­gie et de maté­riel médi­cal qui pèse près de 15 mil­liards de dol­lars en chiffre d’affaires annuel. En 2000, il a fon­dé la Fon­da­tion Arcus, qui verse des mil­lions de dol­lars en sub­ven­tions à des causes « LGBT » et à des réserves natu­relles pour les grands singes. En 2015, il a annon­cé son inten­tion d’af­fec­ter 20 mil­lions de dol­lars aux causes « trans­genres » en par­ti­cu­lier, et en 2021, Stry­ker a fait don de 15 mil­lions de dol­lars à l’A­CLU (NdlT : Union Amé­ri­caine pour les Liber­tés Civiles) pour l’avancement des causes « LGBT » en matière de droit et de poli­tique[8]. En pra­tique, étant don­né que les droits juri­diques des les­biennes et des homo­sexuels sont désor­mais assez lar­ge­ment assu­rés, cela vise sur­tout à faire avan­cer le pro­gramme de l’A­CLU en matière « d’identité de genre » dans les juri­dic­tions fédé­rales et les légis­la­tures d’États, comme décrit au cha­pitre 2.

Mar­tine Roth­blatt est un homme que le New York Maga­zine a pré­sen­té comme « la femme PDG la mieux payée d’A­mé­rique » en 2014[9]. Roth­blatt avait déjà dépen­sé des mil­lions de dol­lars pour fabri­quer une réplique robo­ti­sée de sa femme, Bina, pro­jet sur lequel il s’est publi­que­ment expri­mé sur NBC News, dans un article inti­tu­lé « Women who ins­pire : LGBTQ execs lea­ding in tech­no­lo­gy[10] » (« Les femmes ins­pi­rantes : Les diri­geants LGBTQ dans le domaine de la tech­no­lo­gie »). Roth­blatt, mul­ti­mil­lion­naire, fait aus­si avan­cer le pro­gramme idéo­lo­gique de « l’i­den­ti­té de genre » en publiant des livres tels que :

Your Life or Mine : How Geoe­thics Can Resolve the Conflict Bet­ween Public and Pri­vate Inter­ests in Xeno­trans­plan­ta­tion (« Votre vie ou la mienne : com­ment la géoé­thique peut résoudre le conflit entre les inté­rêts publics et pri­vés de la xénotransplantation »).

Unzip­ped Genes (Ame­ri­ca in Tran­si­tion) (« Les gènes mis à nu : L’A­mé­rique en transition »)

The Apar­theid of Sex : A Mani­fes­to on the Free­dom of Gen­der (« L’A­par­theid du sexe : Mani­feste sur la liber­té de genre »)

From Trans­gen­der to Trans­hu­man : A Mani­fes­to on the Free­dom of Gen­der (« Du trans­gen­risme au trans­hu­ma­nisme : Mani­feste sur la liber­té du genre »)

Tous ces titres sont en vente sur Ama­zon. De nom­breuses infor­ma­tions à leur sujet sont très lar­ge­ment dis­po­nibles sur inter­net. La tota­li­té du lan­gage qui y est employé se fonde à la fois sur la science et la poli­tique de l’abolition du sexe. Le pro­gramme est explicite.

Mar­tine Roth­blatt : un des pères fon­da­teurs du trans­gen­risme et fervent trans­hu­ma­niste (par Jen­ni­fer Bilek)

Une chose est sûre : les arcs-en-ciel font vendre. Pen­dant le mois des fier­tés de (juin) 2021, toutes celles et ceux qui ne vivent pas dans une grotte ont été inon­dés d’arcs-en-ciel et de licornes, douche mar­ke­ting dont le but consiste à vendre le plus de pro­duits afin de gagner le plus d’argent. Cela fait déjà plu­sieurs années que cela dure, et la pra­tique s’est der­niè­re­ment inten­si­fiée. On trouve désor­mais aus­si bien des Dori­tos arc-en-ciel que de la Vod­ka arc-en-ciel ou des para­pluies « inclu­sifs » à la vente[11].

Aucune de ces entre­prises capi­ta­listes n’a pour but l’avancement de la cause très impor­tante des droits des gays, des les­biennes et des bisexuels. Il s’agit plu­tôt de tirer pro­fit du mar­tè­le­ment intem­pes­tif auquel la socié­té nous sou­met en vue de faire ren­trer dans nos crânes l’idée qu’il existe une caté­go­rie de per­sonnes pour les­quelles le sexe ne compte pas. Cela s’avère par­ti­cu­liè­re­ment déplo­rable pour le mou­ve­ment des droits des homo­sexuels, dont le but était d’obtenir, pour les per­sonnes atti­rées par des per­sonnes de même sexe, les mêmes droits, le même res­pect et la même liber­té d’as­so­cia­tion dont béné­fi­cient les hété­ro­sexuels. Si le sexe n’existe pas, com­ment la loi peut-elle pro­té­ger l’at­ti­rance pour le même sexe[12] ?

Le fait est que la ten­dance « trans » est un très gros busi­ness. La plu­part d’entre nous croient encore que la lutte pour les pré­ten­dus « droits des trans­genres » est un mou­ve­ment popu­laire ascen­dant visant à pro­té­ger une mino­ri­té sexuelle vul­né­rable. Ce n’est pas du tout le cas. Il s’a­git d’une entre­prise ini­tiée depuis les hautes sphères, orga­ni­sée par des entre­prises, conçue pour vendre des pro­duits, maxi­mi­ser des pro­fits, orches­trée par une petite poi­gnée d’hommes extrê­me­ment riches cher­chant à nous faire oublier que le sexe bio­lo­gique est réel (au contraire de l’« iden­ti­té de genre »).

& tout ceci prend place dans le contexte d’une socié­té qui exploite inces­sam­ment, vicieu­se­ment et bru­ta­le­ment le corps des femmes.

Un jour de mes vingt ans, j’attendais à une inter­sec­tion que le feu passe au rouge. J’é­tais à l’u­ni­ver­si­té, je ren­trais des cours. Je me tenais là quand un camion a tra­ver­sé l’intersection puis ralen­ti en se rap­pro­chant de moi. L’homme qui le condui­sait s’est alors pen­ché à la fenêtre pour me crier « Hé, j’me ferai bien ta p’tite chatte ! ». Le camion est repar­ti. Inutile de dire que l’homme en ques­tion n’a rien subi en consé­quence de ses actes. C’est loin d’être le pire exemple de la façon dont les hommes m’ont har­ce­lée, abu­sée et tor­tu­rée tout au long de ma vie. Je sais bien que de nom­breux hommes liront cela et pen­se­ront que je fais une his­toire pour rien. Des hommes m’ont dit la même chose. Beau­coup de femmes pen­se­ront la même chose. Il y a une excel­lente rai­son à cela : l’ex­ploi­ta­tion et l’abus sys­té­ma­tiques des femmes et des filles sont tel­le­ment nor­ma­li­sés qu’ils sont pra­ti­que­ment invi­sibles, même lorsqu’ils nous regardent droit dans les yeux.

Mais qu’est-ce que « l’identité de genre » a à voir avec l’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle des femmes ? La réponse est com­pli­quée, mais vaut la peine d’être explorée.

L’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle « se pro­duit lorsque le corps ou les par­ties du corps d’une femme sont dis­tin­guées et sépa­rées de sa per­sonne et qu’elle est consi­dé­rée prin­ci­pa­le­ment comme l’objet phy­sique du désir sexuel mas­cu­lin[13] ». Être inter­pel­lée par un homme incon­nu nous criant « je me ferais bien ta p’tite chatte » avant de dis­pa­raître à tout jamais consti­tue un bon exemple d’objectification des par­ties du corps d’une femme, et de la manière dont elle est trai­tée comme un objet de désir sexuel mas­cu­lin. Mais l’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle des femmes ne se pro­duit pas seule­ment au niveau inter­per­son­nel — elle se pro­duit éga­le­ment aux niveaux ins­ti­tu­tion­nels et de manière systémique.

Tara­na Burke avait ini­tia­le­ment com­men­cé à uti­li­ser l’ex­pres­sion me too (moi aus­si) dans son tra­vail de sou­tien aux jeunes filles noires ayant sur­vé­cu à des vio­lences sexuelles en 2006[14]. L’expression s’est répan­due dans les médias en octobre 2017, après que les accu­sa­tions d’a­gres­sions sexuelles contre Har­vey Wein­stein ont été ren­dues publiques. Que le mou­ve­ment « #MeToo » ait sus­ci­té autant d’at­ten­tion m’a gran­de­ment sur­prise. Je sup­po­sais (naï­ve­ment) que les abus sexuels endé­miques que les hommes com­mettent sur les femmes étaient un phé­no­mène évident. J’ai été décon­te­nan­cée par le fait que les gens sem­blaient à peine décou­vrir l’am­pleur du problème.

Cer­tains pré­tendent que l’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle des femmes n’existe pas — c’est objec­ti­ve­ment faux. Le pro­blème n’est pas qu’elle n’existe pas ; le pro­blème est qu’elle est à ce point endé­mique qu’elle en devient invi­sible. Il m’est arri­vé de racon­ter dans une inter­view l’his­toire de l’homme qui m’a crié vou­loir « se faire ma p’tite chatte ». L’homme qui m’in­ter­vie­wait m’a sou­te­nu que « l’interprétation » des paroles de cet homme ne regar­dait que moi (NdlT : stra­té­gie de culpa­bi­li­sa­tion de la vic­time). Je me demande de com­bien de façons l’on pour­rait « inter­pré­ter » cette décla­ra­tion. L’idée de par­ve­nir à convaincre les hommes de ces­ser de se com­por­ter de la sorte envers les femmes est impen­sable pour la majo­ri­té d’entre noues.

Notre socié­té baigne dans des images qua­si por­no­gra­phiques de femmes à moi­tié nues, en biki­nis et tops à bre­telles mou­lants. Un jour, je me suis plainte auprès d’un ami (homme) du fait d’être constam­ment sou­mise à de telles images. Sa réac­tion : « Eh bien, cer­taines per­sonnes aiment le sexe. » Quel est le rap­port ? Son com­men­taire occulte le pro­blème. Bien sûr que cer­taines per­sonnes aiment le sexe — la plu­part des gens, d’ailleurs. Mais l’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle des femmes n’a rien à voir avec une saine sexua­li­té. La plu­part des femmes ne res­semblent pas du tout à celles que l’on voit sur ces images com­mer­ciales soi­gneu­se­ment retou­chées, comme nous le savons toutes, et de nom­breuses femmes adultes nor­males réus­sissent quand même à avoir une vie sexuelle saine, avec des hommes, des femmes ou les deux.

L’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle ne relève pas du sexe mais du fait de trai­ter les femmes comme de simples corps et mor­ceaux de corps à uti­li­ser pour la gra­ti­fi­ca­tion des hommes. Ce type d’ob­jec­ti­fi­ca­tion se trouve éga­le­ment au cœur de « l’identité de genre », et ce que l’on parle d’hommes qui pré­tendent être des femmes, de femmes qui pré­tendent être des hommes ou de toute per­sonne se pré­ten­dant « non-binaire ».

En effet, la plu­part des hommes qui pré­tendent être des femmes sont atteints d’une condi­tion appe­lée « auto­gy­né­phi­lie » — une exci­ta­tion sexuelle à l’i­dée de s’imaginer, de se per­ce­voir ou d’être per­çu par les autres comme une femme. Un cer­tain pour­cen­tage des hommes qui pré­tendent être des femmes sont en réa­li­té des hommes gays, atti­rés par les hommes, et qui se sentent plus à l’aise en adop­tant une appa­rence sté­réo­ty­pi­que­ment « fémi­nine » (NdlT : l’homophobie inter­na­li­sée de cer­tains homo­sexuels peut mener à une « dys­pho­rie de sexe », mais l’homosexualité n’est pas incom­pa­tible avec l’autogynéphilie, au contraire. 3 % des hommes seraient auto­gy­né­philes selon les recherches d’Anne Law­rence, méde­cin cher­cheur de pro­fes­sion, lui-même expli­ci­te­ment auto­gy­né­phile et s’identifiant en tant que « femme trans »). Le terme « auto­gy­né­phi­lie » a été inven­té en 1989 par le sexo­logue Ray Blan­chard, à par­tir des racines grecques auto (soi), gyné (femme), phi­lie (amour), soit l’amour de soi en tant que femme. Il défi­nit cette para­phi­lie comme la pro­pen­sion d’un homme à être éro­ti­que­ment exci­té par la pen­sée ou l’i­mage de lui-même en tant que femme[15]. Pour par­ve­nir à ses conclu­sions, il s’est prin­ci­pa­le­ment appuyé sur des décla­ra­tions d’hommes — d’hommes qui, à l’é­poque, étaient géné­ra­le­ment appe­lés « trans­sexuels », selon l’acception du terme en vigueur à l’époque où Janice Ray­mond écri­vait son livre (NdlT : il a ensuite mené des études sur des hommes s’identifiant comme « trans­genre » niant toute pro­pen­sion auto­gy­né­phile dans le but d’obtenir un trai­te­ment hor­mo­nal, des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales et un cer­ti­fi­cat de chan­ge­ment de genre, qui ont néan­moins accep­té de se prê­ter aux appa­reils de mesure de l’excitation sexuelle et aux tests psy­cho­lo­giques conçus par Blan­chard. Résul­tat des courses : ils étaient bel et bien auto­gy­né­philes). Les hommes de l’é­tude de Blan­chard affir­maient ce genre de chose :

« Une des pre­mières expé­riences les plus vives dont je me sou­viens est d’a­voir été exci­té à l’i­dée de deve­nir une femme, j’avais envi­ron 9 ou 10 ans. J’é­tais en sur­poids et j’a­vais com­men­cé à déve­lop­per de la poi­trine, uni­que­ment à cause de ma graisse. Je me savon­nais les seins sous la douche et j’i­ma­gi­nais que j’é­tais vrai­ment une femme avec de vrais seins de femme, ce qui m’excitait terriblement […].

Ce n’est qu’après être entré en thé­ra­pie que j’ai com­men­cé à me mon­trer en public habillé en femme. Au début, je m’excitais à chaque fois que quel­qu’un, un ven­deur, un simple étran­ger, s’a­dres­sait à moi en m’ap­pe­lant “Madame” ou fai­sait preuve d’une cer­taine galan­te­rie, comme m’ouvrir et me tenir la porte. Cette exci­ta­tion exa­cer­bait la peur d’être décou­vert, c’est-à-dire que mon érec­tion me trahisse.

Je m’i­ma­gi­nais dire à mes parents et à mon méde­cin que j’é­tais vrai­ment une fille. J’i­ma­gi­nais, en fait, m’al­lon­ger sur la table dans la salle d’o­pé­ra­tion pour ma chi­rur­gie de réas­si­gna­tion de sexe. J’i­ma­gi­nais aus­si avec hor­reur que j’allais être sexuel­le­ment exci­té. Com­ment pour­rais-je leur expli­quer une telle chose ? Com­ment pour­rais-je même le com­prendre moi-même ?

Por­ter des vête­ments fémi­nins et fémi­ni­ser mon corps a tou­jours été sexuel­le­ment exci­tant pour moi, même après la CRS (chi­rur­gie de réas­si­gna­tion sexuelle). […] il était et il est tou­jours sexuel­le­ment exci­tant pour moi d’a­voir des “fonc­tions” cor­po­relles fémi­nines. Avant ma CRS, je fai­sais sem­blant d’a­voir mes règles en uri­nant dans des ser­viettes hygié­niques. J’ai­mais par­ti­cu­liè­re­ment por­ter les vieilles ser­viettes à cein­ture avec les longues ailettes.

Durant mes pre­miers feuille­tages de Play­boy, j’ai été presque ins­tan­ta­né­ment exci­té à l’i­dée d’être le modèle des pho­tos. Vers 18 ans, des amis m’ont emme­né à un spec­tacle de strip-tease à l’an­cienne, et j’ai été exci­té, eh oui ! — dès que je suis ren­tré chez moi, j’ai mis de la crème Nox­ze­ma sur mes tétons pour simu­ler des pas­tilles (NdlT : les caches tétons des strip-tea­seuses) ! Même l’i­dée de pos­sé­der un vélo de fille m’a exci­té[16]. »

Autre­ment dit, pour ces hommes, « être une femme » cor­res­pond peu ou prou à être un objet sexuel.

Ce témoi­gnage est encore plus expli­cite dans les écrits de cer­tains auteurs contem­po­rains, comme Andrea Long Chu, un homme qui pré­tend être une femme. En 2020, Chu a publié Females, un petit livre pré­sen­té par son édi­teur comme « une explo­ra­tion du genre et du désir par l’un de nos plus pas­sion­nants nou­veaux intel­lec­tuels », dans lequel il déclare : « La por­no­gra­phie est ce que l’on res­sent quand on pense pos­sé­der un objet, mais qu’en réa­li­té l’ob­jet vous pos­sède. La por­no­gra­phie est donc l’ex­pres­sion par excel­lence de la fémi­ni­té. Se faire bai­ser fait de vous une femme, car être bai­sée est ce qu’est une femme[17]. » Chu consi­dère éga­le­ment que l’es­sence de la fémi­ni­té est d’être un récep­tacle pour le désir sexuel d’au­trui[18].

La rela­tion entre le « trans­gen­risme » et la por­no­gra­phie est trop com­plexe pour être explo­rée en détail ici, mais je m’en vou­drais de ne pas au moins men­tion­ner l’in­dus­trie por­no­gra­phique actuelle, tou­jours en plein essor, et son uti­li­sa­tion ter­ri­ble­ment vio­lente du corps des femmes. La prin­ci­pale experte contem­po­raine sur la manière dont le por­no nuit aux femmes et aux filles est Gail Dines. Elle a écrit deux ouvrages majeurs sur le sujet : Porn­land – Com­ment le por­no a enva­hi nos vies (Édi­tions Libre, 2018) et Por­no­gra­phy : The Pro­duc­tion and Consump­tion of Inequa­li­ty (non tra­duit, la Por­no­gra­phie : le consu­mé­risme des inéga­li­tés). J’en­cou­rage qui­conque un tant soit peu inté­res­sé par les liens directs entre por­no­gra­phie et exploi­ta­tion des femmes[19] à lire ses ouvrages et à consul­ter l’organisation qu’elle a créée afin de lut­ter contre le por­no : Culture Refra­med : Buil­ding Resi­lience & Resis­tance to Hyper­sexua­li­zed Media & Porn[20] (« Reca­drer la culture : pour la construc­tion d’une rési­lience et d’une résis­tance à l’hypersexualisation des médias et au porno »).

Gene­vieve Gluck est l’une des autrices qui ont pous­sé le plus loin l’étude des rela­tions entre la por­no­gra­phie et le « trans­gen­risme ». Elle dis­cute notam­ment de ces liens dans un article inti­tu­lé « Pour­quoi per­sonne ne parle de l’in­fluence du por­no dans le tran­sac­ti­visme[21] ? ». Elle en parle plus en détail dans un autre inti­tu­lé « Sis­sy Porn at Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty : Part 1 of a series on por­no­gra­phy and gen­der iden­ti­ty ideo­lo­gy[22] » (« Le Sis­sy Porn à l’Université de Prin­ce­ton : Pre­mière par­tie d’une série sur la por­no­gra­phie et l’i­déo­lo­gie de l’i­den­ti­té de genre ») Aver­tis­se­ment : âme sen­sible, s’abstenir.

Gluck relate une pré­sen­ta­tion faite en 2020 à l’u­ni­ver­si­té de Prin­ce­ton et inti­tu­lée « For­ced Woman­hood ! » (« Fémi­ni­sa­tion for­cée ! ») par un homme nom­mé Rio Sofia. Il y pré­sen­tait le conte­nu d’une expo­si­tion qu’il avait faite au Cooper Union Col­lege en 2017, et dans laquelle il exhi­bait des pho­tos et des vidéos de lui-même en train de s’adonner à de la por­no­gra­phie dite « sis­sy » (ou « femme for­cée » [NDLR : femme est en fran­çais et on parie que cet homme était tout exci­té à l’idée de mon­trer à des étu­diants des vidéos de lui en train d’être sis­si­fié. Il s’est offert une incep­tion de por­ni­fi­ca­tion de lui-même]). Le por­no « sis­sy », ou sis­si­fi­ca­tion, est une situa­tion dans laquelle des hommes sont soit « for­cés » soit hyp­no­ti­sés en vue d’adopter des posi­tions de sou­mis­sion sexuelle. On leur fait por­ter du maquillage, des robes et de la lin­ge­rie. Le but de tout ce rituel est que les par­ti­ci­pants res­sentent de l’excitation à l’i­dée d’être humi­liés et dégra­dés « comme s’ils étaient des femmes[23] ».

Voi­ci la des­crip­tion que donne Sofia de son exposition :

« La pre­mière ren­contre de Rio Sofia avec la por­no­gra­phie de fémi­ni­sa­tion for­cée eut lieu en 2015 tan­dis qu’[il] feuille­tait des maga­zines féti­chistes dans une bou­tique de Man­hat­tan. Dans le por­no de sis­si­fi­ca­tion, où les hommes sont for­cés à deve­nir des femmes en guise de puni­tion ou d’hu­mi­lia­tion, [il] a trou­vé un riche uni­vers de lan­gage visuel qui est venu com­plexi­fier sa com­pré­hen­sion du trans­gen­risme. Dans le cadre du BDSM, ces repré­sen­ta­tions de trans­for­ma­tion du genre impli­quaient l’usage de la coer­ci­tion qu’accompagnait une perte de pou­voir (mas­cu­lin), soit, des repré­sen­ta­tions qui contre­di­saient les récits déve­lop­pés dans le cou­rant domi­nant et qui célé­braient la tran­si­tion de genre comme une forme d’au­to­dé­ter­mi­na­tion empouvoirante. »

Ce qu’il affirme ici, c’est que « la fémi­ni­sa­tion for­cée » est éro­tique. Pour ces hommes, être une femme est en soi une forme de puni­tion ou d’hu­mi­lia­tion. Le pou­voir mas­cu­lin est ici un simple don­né, un dû. Par défaut, l’homme pos­sède le pou­voir. Aus­si, pour lui, être une femme est un état de dégra­da­tion et d’hu­mi­lia­tion. Cher­cher à éro­ti­ser cet état de dégra­da­tion et d’humiliation asso­cié à la femme témoigne d’un niveau de miso­gy­nie stratosphérique.

Les fémi­nistes sont sou­vent accu­sées d’exa­gé­rer l’am­pleur de l’ob­jec­ti­fi­ca­tion, de l’ex­ploi­ta­tion et de l’in­sulte dont nous sommes l’objet dans la socié­té. On nous reproche alors de détes­ter les hommes. La majo­ri­té d’entre nous ne déteste pas du tout les hommes. À vrai dire, les fémi­nistes ont ten­dance à avoir beau­coup plus foi en l’hu­ma­ni­té des hommes que les autres femmes. Andrea Dwor­kin le sou­li­gnait d’ailleurs en écri­vant : « Je ne crois pas que le viol soit inévi­table ou natu­rel. Si c’é­tait le cas, je n’au­rais aucune rai­son d’être ici. Si c’é­tait le cas, ma pra­tique poli­tique serait dif­fé­rente de ce qu’elle est. Vous êtes-vous déjà deman­dé pour­quoi nous [les femmes] ne sommes pas sim­ple­ment en train de vous com­battre armes à la main ? Ce n’est pas à cause d’une pénu­rie de cou­teaux de cui­sine. C’est parce que, contre toute évi­dence, nous croyons en votre huma­ni­té[24]. »

En véri­té, les épou­van­tables trai­te­ments que les hommes infligent aux femmes sont éta­lés au grand jour. Ils sont fla­grants dans la manière dont les hommes nous inter­pellent, dans la manière dont nous sommes repré­sen­tées, dans la manière dont nous sommes har­ce­lées et abu­sées sexuel­le­ment, dans la manière dont nous sommes mor­ce­lées et trai­tées comme des objets et dans la por­no­gra­phie. « L’identité de genre » n’ef­face rien de tout cela. D’ailleurs, « l’identité de genre » aggrave beau­coup l’ob­jec­ti­fi­ca­tion des femmes[25], étant don­né que cette objec­ti­fi­ca­tion consti­tue l’es­sence même de « l’identité de genre ».

Rien de tout cela n’est le fruit au hasard (NdlT : n’en déplaise aux idéo­logues construc­ti­vistes queers). Il s’a­git essen­tiel­le­ment d’une mise à jour logi­cielle visant à ren­for­cer le sys­tème dans lequel les hommes contrôlent tous les leviers du pou­voir (NdlT : le patriar­cat). La fémi­niste bri­tan­nique Jo Brew l’ex­plique très bien :

« Si le trans­gen­risme s’est déployé aus­si rapi­de­ment — au sein des pro­fes­sions et des orga­ni­sa­tions du monde entier — c’est qu’il s’a­git d’une mise à jour du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion qui faci­lite leur tra­vail : l’implémentation conti­nuelle du patriar­cat. Le trans­gen­risme paraît juste, il semble résoudre les pro­blèmes, cor­ri­ger les bugs. Dans l’an­cienne ver­sion du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion, l’ac­cep­ta­tion crois­sante de l’é­ga­li­té entre les hommes et les femmes avait abou­ti à des mesures prises pour que les femmes occupent la moi­tié des postes à res­pon­sa­bi­li­té, soient payées autant que les hommes et contrôlent la moi­tié du pou­voir de déci­sion. Ce retour­ne­ment de situa­tion en faveur des femmes a été conte­nu pen­dant quelques décen­nies par l’ar­gu­ment du “il faut beau­coup de temps pour tout chan­ger”, mais au fur et à mesure que les femmes gros­sis­saient les rangs des pro­fes­sions, elles se retour­naient enfin contre le patriar­cat lui-même. Les piliers du patriar­cat com­men­çaient à être érodés.

La nou­velle ver­sion du SE (sys­tème d’exploitation) que nous pour­rions appe­ler TG7.2 [NdlT TG pour trans­genre, le 7.2 nous échappe] comme s’il s’a­gis­sait d’une énième mise à jour logi­cielle d’un smart­phone, est une solu­tion pra­tique et élé­gante qui fonc­tionne par­fai­te­ment. Fon­da­men­ta­le­ment, le nou­veau sys­tème d’ex­ploi­ta­tion opère de sorte qu’à chaque fois que quelque chose est octroyée à une “femme” vous pou­vez tout sim­ple­ment, si bon vous semble, insé­rer à la place un homme qui dit être une femme. Qui plus est, dans TG7.2, il n’y a pas de défi­ni­tion fixe de la femme. Ain­si, “femme” devient une variable pou­vant signi­fier tout ce que l’homme pour­rait être ame­né à sou­hai­ter. Cette défi­ni­tion chan­geante de la “femme” sera vali­dée par le nou­veau SE au moyen de tech­niques comme la double pen­sée, laquelle nous enseigne que sexe=genre et sexe≠genre. Les pro­fes­sion­nels et diri­geants d’organisations devront faire leur pos­sible pour sou­te­nir ce sys­tème, mais pour­ront, si néces­saire, per­mettre aus­si aux anciens sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion de fonc­tion­ner en paral­lèle[26]. »

Les inter­ve­nantes du WoLF (Women’s Libe­ra­tion Front, soit « Front de Libé­ra­tion des Femmes ») ont pré­ci­sé­ment avan­cé cet argu­ment durant un évé­ne­ment orga­ni­sé en février 2020. Nous l’avions inti­tu­lé « Figh­ting the New Miso­gy­ny : A Femi­nist Cri­tique of Gen­der Iden­ti­ty » (« Com­battre la nou­velle miso­gy­nie : Une cri­tique fémi­niste de l’i­den­ti­té de genre »). À cette occa­sion, j’ai déclaré :

« Pour être franche, je ne crois pas qu’une seule d’entre nous sou­haite par­ler de l’i­den­ti­té de genre. En plus de son tra­vail fémi­niste, Lierre a pas­sé toute sa vie adulte et sa car­rière à se battre pour la pla­nète et ses habi­tants. J’imagine que Meghan pré­fé­re­rait s’é­le­ver contre la vio­lence de la por­no­gra­phie et de la pros­ti­tu­tion et que Saba pré­fé­re­rait uti­li­ser son temps pour lut­ter contre la vio­lence du racisme. J’ai­me­rais beau­coup me battre pour la sou­ve­rai­ne­té repro­duc­tive des femmes, y com­pris l’a­vor­te­ment sur demande et sans jus­ti­fi­ca­tion. Nous avons toutes pas­sé nos vies à nous battre pour la jus­tice, d’une manière ou d’une autre. Et pour­tant, nous nous retrou­vons toutes aujourd’­hui à par­ler de la vio­lence, de la miso­gy­nie et de l’ho­mo­pho­bie intrin­sèques à l’i­den­ti­té de genre. Parce que nous n’a­vons pas le choix. Cela étant, des hommes contrai­gnant des femmes à faire des choses qu’elles ne veulent pas faire, cela n’a rien d’une nouveauté. »

Dans ce pas­sage, je fai­sais réfé­rence à Lierre Keith, Meghan Mur­phy et Saba Malik, qui s’é­taient toutes expri­mées avant moi. Ce pro­pos vaut tou­jours aujourd’hui.

L’ob­jec­ti­fi­ca­tion sexuelle des femmes n’a rien de nou­veau ; les fémi­nistes la com­battent depuis des siècles. Ce qui est rela­ti­ve­ment nou­veau, c’est ce pas­sage d’une concep­tion dans laquelle les femmes n’existent qu’à des fins sexuelles et repro­duc­tives à une autre dans laquelle la notion de « femme » ne désigne même plus une caté­go­rie signi­fi­ca­tive d’être humain, mais seule­ment un concept — un pro­duit de l’imagination d’un homme. Si n’im­porte qui peut être une femme, alors per­sonne n’est une femme, et si un homme peut pré­tendre exis­ter en tant que femme en décla­rant sim­ple­ment qu’il en est une, c’est une mas­ca­rade totale de la fem­mi­té (NdlT : le fran­çais ne nous per­met pas de dis­tin­guer la fémi­ni­té — le sté­réo­type social que l’anglais tra­duit par femi­ni­ni­ty, et le fait d’être une femme pour lequel l’anglais a un mot : woman­hood. Nous pour­rions donc par­ler de fem­mi­té). Le concept même de « femme trans » est l’ex­pres­sion ultime de la néga­tion de l’hu­ma­ni­té des femmes.

En 1979, Ray­mond concluait son ouvrage pro­phé­tique, L’Empire trans­sexuel, comme suit :

« Nous sommes arri­vées à un moment cru­cial pour l’existence des femmes qui sont des femmes. Le trans­sexua­lisme médi­ca­li­sé ne repré­sente qu’un nou­vel ava­tar de l’hé­gé­mo­nie patriar­cale. La meilleure réponse que les femmes peuvent y appor­ter consiste à appré­hen­der clai­re­ment les enjeux du trans­sexua­lisme et ses consé­quences pour nous, et à affir­mer notre pou­voir à dire qui nous sommes et nom­mer ce que nous sommes[27]. »

Cette décla­ra­tion est tou­jours valable aujourd’hui, même si les fémi­nistes par­le­raient pro­ba­ble­ment de « trans­gen­risme » plu­tôt que de « trans­sexua­lisme ». Le pro­gramme trans (« trans­genre » ou « trans­sexuel ») s’est déployé à un rythme sou­te­nu. La plus plate véri­té est que les femmes sont des femmes et les hommes sont des hommes. L’in­dus­trie de « l’i­den­ti­té de genre » s’acharne à obs­cur­cir cette réa­li­té afin de pour­suivre son objec­tif d’abolition du sexe.

Ne les lais­sons pas s’en tirer aus­si facilement.

Kara Dans­ky

Tra­duc­tion : Audrey A.

Relec­ture : Sabine Fayaud

Édi­tion : Nico­las Casaux


  1. Janice Ray­mond, The Trans­sexual Empire : The Making of the She-Male, (Bea­con Press 1979), réim­pri­mé en 1994 avec une nou­velle intro­duc­tion sur le trans­gen­dé­risme par Tea­cher’s Col­lege Press (Trans­sexual Empire). L’Empire Trans­sexuel a paru en fran­çais chez Seuil et est en cours de réédi­tion.
  2. Cha­pitre 5 de L’Empire trans­sexuel.
  3. The 11th Hour Blog est la meilleure source d’information sur le sujet : www.11thhourblog.com
  4. Resis­tance Radio Trans­cripts, Susan Cox 1.28.17 (28 jan­vier 2017).
  5. James Aimers, Quee­ring the Sex and Gen­der Bina­ry, Chap­ter 4 : « Queer New World : Chal­len­ging Hete­ro­nor­ma­ti­vi­ty in Archaeo­lo­gy », in LGBTQ+ Stu­dies : An Open Text­book, ed. Debo­rah Amo­ry and Sean Mas­sey (SUNY 2020).
  6. L’Empire Trans­sexuel, 1994, Intro­duc­tion, xxv
  7. L’Empire trans­sexuel, 1994, Intro­duc­tion, xxxv.
  8. Domi­nic Hol­den, « Unpre­ce­den­ted $20 Mil­lion Announ­ced for Trans­gen­der Causes », Buzz­feed News (Decem­ber 8, 2015). ACLU, ACLU Announces Jon L. Stry­ker and Slo­bo­dan Rand­je­lo­vic LGBTQ & HIV Pro­ject (March 4, 2021).
  9. Lisa Mil­ler, “The Trans-Eve­ry­thing CEO,” New York Maga­zine (Sep­tem­ber 7, 2021).
  10. Caro­line Kim, “Women who ins­pire : LGBTQ execs lea­ding in tech­no­lo­gy,” NBC News (June 15, 2021).
  11. Peoplestaff225, “Alert, Alert, You Can Now Buy Rain­bow-Colo­red Dori­tos,” People Maga­zine (Decem­ber 3, 2020). Abso­lute, “Abso­lute Rain­bow,” https://www.absolut.com/us/products/absolut-rainbow/. Tar­get, “Pride Gen­der Inclu­sive Adult Rain­bow Stick Umbrel­la,” https://www.target.com/p/pride-gender-inclusive-adult-rainbow-stick-umbrella/-/A‑81624193.
  12. Les­bian and Gay News, “Obi­tua­ry : The Rain­bow Flag, pre­vious­ly a sym­bol of hope of the les­bian and gay civil rights move­ment, died in 2020 at the age of 42, writes Pro­fes­sio­nal Judy,” Les­bian and Gay News (April 29, 2021).
  13. Dawn M. Szy­mans­ki, Lau­ren B. Mof­fitt, and Eri­ka R. Carr, “Sexual Objec­ti­fi­ca­tion of Women : Advances to Theo­ry and Research,” Ame­ri­can Psy­cho­lo­gi­cal Asso­cia­tion, 39 The Coun­se­ling Psy­cho­lo­gist 1, 8 (2011).
  14. Tara­na Burke, “me too,” https://metoomvmt.org/.
  15. Ray Blan­chard, « Ear­ly His­to­ry of the of the Concept of Auto­gy­ne­phi­lia », 34 Archives of Sexual Beha­vior 4, 439–446, 439 (Sep­tem­ber 2005).
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  17. Andrea Long Chu, Females (Ver­so 2019).
  18. Cal­lie Hit­ch­cock, « We are all female now », The New Repu­blic (Novem­ber 7, 2019).
  19. NdlT : Comme le grand public peut main­te­nant en prendre conscience avec l’affaire French Buk­kake publiée en plu­sieurs fois dans Le Monde au début de l’année 2022
  20. Culture Refra­med, https://www.culturereframed.org/.
  21. Gene­vieve Gluck, « Why isn’t anyone tal­king about the influence of porn on the trans trend ? » Femi­nist Cur­rent (Novem­ber 29, 2020).
  22. Gene­vieve Gluck, « Sis­sy Porn at Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty : Part 1 of a series on por­no­gra­phy and gen­der iden­ti­ty ideo­lo­gy », Women’s Voices (Sub­stack) (May 30, 2021).
  23. En France, nous sommes fiers de vous pré­sen­ter l’é­cole de sis­sy de Maî­tresse Fabienne : http://frenchsissyfabienne.centerblog.net/
  24. Andrea Dwor­kin, I want a 24-Hour Truce During Which There is No Rape (1983), in Let­ters From a War Zone), 169–170.
  25. NdlT : « Il faut beau­coup aimer les hommes. Beau­coup, beau­coup. Beau­coup les aimer pour les aimer. Sans cela ce n’est pas pos­sible, on ne peut pas les sup­por­ter. » Mar­gue­rite Duras, La Vie maté­rielle. Appré­cions-en l’ironie.
  26. Jo Brew, « Trans­gen­de­rism : A New Ope­ra­ting Sys­tem for Patriar­chy », 4W (Janua­ry 14, 2021).
  27. L’Empire Trans­sexuel.
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2 comments
  1. Erra­tum : je pense que j’ai mal inter­pré­té et qu’il s’a­git en fait de la pro­por­tion de per­sonnes uti­li­sant une thé­ra­pie médi­ca­men­teuse par­mi les trans de chaque « caté­go­rie ». Veuillez bien sup­pri­mer mon commentaire.

    1. Com­men­taire sup­pri­mé. Cela étant, le « gom­mage des iden­ti­tés de genre », si vous enten­dez par-là l’a­bo­li­tion du genre, nous sommes tout à fait d’ac­cord. Mais c’est l’in­verse que fait le trans­gen­risme (ou la tran­si­den­ti­té). Le trans­gen­risme natu­ra­lise le genre en pré­ten­dant que la femme, c’est la cui­sine, le rose, les talons, la danse. Et que si un homme aime ces choses, c’est sans doute qu’il est une femme. C’est sexiste, c’est la natu­ra­li­sa­tion du genre.

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