A propos de l’image de couver­ture de l’ar­ticle, ci-dessus : La photo en haut à droite avec les pois­sons corres­pond à un événe­ment dont parle l’ar­ticle Chine : ferme­ture tempo­raire d’une usine de panneaux solaires accu­sée de rejets toxiques . La photo des boues reje­tées à : En Chine, les terres rares tuent des villages & En Chine, les terres rares anéan­tissent les cultures des paysans.

Traduc­tion d’un article (en anglais) initia­le­ment publié par Kim de Deep Green Resis­tance, le 28 août 2012 à l’adresse suivante.


Ne me parlez pas de déve­lop­pe­ment durable. Vous voulez remettre en ques­tion mon mode de vie, mon impact, mon empreinte écolo­gique ? Un monstre nous domine, dont l’em­preinte est si gigan­tesque qu’il peut dévas­ter une planète entière sans même s’en aper­ce­voir ou s’en soucier. Ce monstre, c’est la civi­li­sa­tion indus­trielle. Je refuse de le soute­nir. Si la Terre doit vivre, le monstre doit mourir. Ceci est une décla­ra­tion de guerre.

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[A propos du déve­lop­pe­ment durable, les anglais utilisent le terme “sustai­nable”, qu’il aurait fallu traduire par “soute­nable” (la plupart des pays du monde parle de soute­nable), mais en France, nous avons adopté le “deve­lop­pe­ment DURABLE”, pour en savoir plus sur ce choix de mots : http://netoyens.info/index.php/contrib/09/06/2012/comment-traduire-sustai­nable-deve­lop­ment]

& aussi, cette brève inter­view de Thierry Sallan­tin par Hervé Kempf de Repor­terre :

 

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Que sommes-nous en train d’es­sayer de rendre durable ? La vie sur Terre ou la civi­li­sa­tion indus­trielle ? Nous ne pouvons pas avoir les deux.

À un moment donné, le mouve­ment écolo­gique — axé sur le désir de proté­ger la Terre — a été large­ment coopté par le mouve­ment pour le déve­lop­pe­ment durable — axé sur le désir de préser­ver notre mode de vie confor­table. Quand cela s’est-il produit et pourquoi ? Et comment se fait-il que personne ne s’en soit aperçu ? Ce chan­ge­ment d’objec­tif qui l’a vu passer de la compas­sion à l’égard de tous les êtres vivants et de la Terre au souhait égoïste de perpé­tuer un mode de vie intrin­sèque­ment destruc­teur consti­tue un détour­ne­ment fonda­men­tal des valeurs de l’éco­lo­gie.

Le mouve­ment pour le déve­lop­pe­ment durable prétend que notre capa­cité à vivre de manière soi-disant durable relève de la respon­sa­bi­lité des indi­vi­dus, qui doivent ainsi opter pour certains choix de vie à l’in­té­rieur des struc­tures exis­tantes de la civi­li­sa­tion. Seule­ment, il est impos­sible de parve­nir à une culture vrai­ment soute­nable de la sorte. L’in­fra­struc­ture indus­trielle est fonda­men­ta­le­ment incom­pa­tible avec une planète vivante. Si nous voulons que la vie sur Terre pros­père, les struc­tures poli­tiques, écono­miques et maté­rielles mondiales doivent être déman­te­lées.

Les parti­sans du déve­lop­pe­ment durable nous disent que réduire notre impact, provoquer moins de dégâts envi­ron­ne­men­taux, est une bonne chose, et que nous devrions être fiers de nos actions. Je ne suis pas d’ac­cord. Moins de dégâts signi­fie encore beau­coup de dégâts. Tant que l’on conti­nuera à dégra­der l’état de la planète, la dura­bi­lité restera un vœu pieux. La fierté que nous procure l’ac­com­plis­se­ment de quelques petits gestes n’aide personne.

Un quart, seule­ment, de l’en­semble de la consom­ma­tion est impu­table aux indi­vi­dus. Le reste est dû à l’in­dus­trie, à l’agroa­li­men­taire, à l’ar­mée, aux gouver­ne­ments et aux corpo­ra­tions. Même si chacun d’entre nous mettait tout en œuvre pour réduire son empreinte écolo­gique, cela aurait peu d’in­ci­dence sur la consom­ma­tion globale.

Si ces petits gestes ont vrai­ment pour effet de prolon­ger l’exis­tence de notre culture, alors en les effec­tuant nous nuirons davan­tage au monde natu­rel que si nous n’avions pas agi. En effet, plus une culture destruc­trice s’éter­nise, plus les dégâts qu’elle cause sont élevés. Le titre de cet article ne vise pas seule­ment à rete­nir l’at­ten­tion et à déclen­cher une contro­verse. Il énonce litté­ra­le­ment ce qui est en train de se produire.

En cadrant le débat sur la dura­bi­lité autour de la prémisse selon laquelle les choix de consom­ma­tion indi­vi­duels sont la solu­tion, les indi­vi­dus qui font des choix de vie diffé­rents ou qui n’ont pas le privi­lège de pouvoir choi­sir deviennent des enne­mis. Pendant ce temps, les véri­tables enne­mis — les struc­tures oppres­sives de la civi­li­sa­tion — sont libres de pour­suivre leurs pratiques destruc­trices et meur­trières sans être inquié­tés. Aucun mouve­ment social sérieux ne peut se fonder sur cette prémisse. Divi­sez-vous et vous serez vain­cus.

Le déve­lop­pe­ment durable a du succès auprès des corpo­ra­tions, des médias et du gouver­ne­ment dans la mesure où il répond à leurs objec­tifs. Rester au pouvoir. Prolon­ger leur expan­sion. Se faire passer pour les gentils. Faire croire aux gens qu’ils ont une certaine influence. Les convaincre de rester calmes et de conti­nuer à consom­mer. Contrô­ler le langage utilisé pour débattre des problèmes. En créant et en renforçant l’idée selon laquelle voter pour des chan­ge­ments mineurs et consom­mer (autre­ment) résou­dra tous nos problèmes, ceux au pouvoir ont élaboré une stra­té­gie très effi­cace pour main­te­nir la crois­sance écono­mique au sein des soi-disant démo­cra­ties contrô­lées par les multi­na­tio­nales.

Ceux au pouvoir conti­nuent à faire croire aux gens que la seule manière de chan­ger quoi que ce soit s’ins­crit dans le cadre des struc­tures qu’ils ont créées. Ils construisent ces struc­tures de façon à ce que les gens ne puissent jamais rien chan­ger de l’in­té­rieur. Les élec­tions, les péti­tions et les mani­fes­ta­tions sont autant de moyens qui servent à renfor­cer les struc­tures de pouvoir. Seuls, ils ne pour­ront pas faire adve­nir les chan­ge­ments dont nous avons besoin. Ces tactiques permettent aux corpo­ra­tions et aux gouver­ne­ments de dispo­ser d’un choix. Nous donnons à nos diri­geants le choix de nous accor­der les réformes mineures que nous deman­dons ou de ne pas nous les accor­der. Les animaux qui souffrent dans les fermes-usines n’ont pas le choix. Les forêts détruites au nom du progrès n’ont pas le choix. Les millions de personnes travaillant dans les ateliers de fabri­ca­tion (clan­des­tins ou pas) des pays émer­gents n’ont pas le choix. Les espèces aujourd’­hui éteintes ne le sont pas par choix. Et pour­tant, nous donnons le choix aux respon­sables de toutes ces morts et de toute cette souf­france. Nous exauçons les désirs d’une mino­rité de riches au lieu de répondre aux besoins de la vie sur Terre.

La plupart des actions popu­laires propo­sées pour parve­nir à atteindre un niveau de déve­lop­pe­ment durable n’ont pas de véri­table effet, et certaines entraînent plus de mal que de bien. Ces stra­té­gies comprennent la réduc­tion de la consom­ma­tion d’élec­tri­cité, de l’uti­li­sa­tion de l’eau, une écono­mie verte, le recy­clage, la construc­tion durable, les éner­gies renou­ve­lables et l’ef­fi­ca­cité éner­gé­tique. Exami­nons-les de plus près.

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A lire aussi, une inter­view d’Oz­zie Zehner, auteur de “Illu­sions vertes : les vilains secrets de l’éner­gie propre et le futur de l’en­vi­ron­ne­men­ta­lisme” :

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L’élec­tri­cité

On nous pousse à réduire notre consom­ma­tion d’élec­tri­cité, ou à l’ob­te­nir via des sources alter­na­tives. Cela ne change abso­lu­ment rien à la dura­bi­lité de notre culture dans son ensemble, puisque l’in­fra­struc­ture élec­trique est intrin­sèque­ment insou­te­nable. Aucune réduc­tion de notre consom­ma­tion ni aucune soi-disant éner­gie renou­ve­lable n’y peut rien. Les extrac­tions minières néces­saires à la fabri­ca­tion des fils élec­triques, des compo­sants, des appa­reils élec­triques, des panneaux solaires, des éoliennes, des centrales géother­miques, des centrales de biomasse, des barrages hydro­élec­triques, et de tout ce qui connecte et est connecté au réseau élec­trique, sont insou­te­nables. Les proces­sus de fabri­ca­tion de ces choses avec l’ex­ploi­ta­tion humaine, les pollu­tions, les déchets, les impacts sur le social et la santé, et les profits corpo­ra­tistes qu’ils impliquent, les combus­tibles fossiles néces­saires au main­tien de ces proces­sus… insou­te­nables. Aucun choix person­nel de consom­ma­tion concer­nant l’usage et la géné­ra­tion d’élec­tri­cité n’y peut rien. L’élec­tri­cité Off-Grid [hors-réseau, NdT] n’est pas diffé­rente — elle néces­site des batte­ries et des conver­tis­seurs [et souvent des panneaux solaires indus­triels, fabriqués en Chine ou ailleurs, etc. NdT].

La conser­va­tion de l’eau

Des douches plus courtes. Des appa­reils à bas-débit. Des restric­tions sur l’eau. On prétend que cela fait une diffé­rence. En réalité, toute l’in­fra­struc­ture four­nis­sant cette eau — les immenses barrages, les pipe­lines longues distances, les pompes, les égouts — est insou­te­nable.

Les barrages détruisent la vie de tout un bassin versant [voir ici, NdT]. Cela revient à bloquer une artère, à empê­cher le sang d’at­teindre les membres. Personne ne peut survivre à cela. Les rivières meurent lorsqu’on empêche les pois­sons de les remon­ter et de les descendre. La commu­nauté natu­relle dont font partie ces pois­sons est tuée, à la fois en amont et en aval du barrage.

Les barrages entraînent une baisse des nappes aqui­fères, empê­chant les racines des arbres d’ac­cé­der à l’eau. Les écolo­gies des plaines d’inon­da­tions dépendent d’inon­da­tions saison­nières, et sont détruites lorsqu’un barrage en amont les empêche. Des érosions en aval et sur les berges en résultent. La décom­po­si­tion anaé­ro­bique de matière orga­nique dans les barrages émet du méthane dans l’at­mo­sphère.

Peu importe votre effi­ca­cité au niveau de l’usage de l’eau, cette infra­struc­ture ne sera jamais durable/soute­nable. Elle doit être détruite, afin que ces commu­nau­tés puissent se régé­né­rer.

L’éco­no­mie verte

Des emplois verts. Des produits verts. L’éco­no­mie du durable. Non. Cela n’existe pas. La tota­lité de l’éco­no­mie mondiale est insou­te­nable. L’éco­no­mie se base sur — et dépend de — la destruc­tion du monde natu­rel. La Terre est trai­tée comme un simple carbu­rant pour la crois­sance écono­mique. Ils appellent ça les ressources natu­relles. Que quelques personnes choi­sissent de se reti­rer de cette écono­mie n’y chan­gera rien. Tant que cette écono­mie existe, il n’y aura rien de durable.

Tant que ces struc­tures existent : élec­tri­cité, eau courante, écono­mie mondia­li­sée, agri­cul­ture indus­trielle — il n’y aura rien de durable. Pour parve­nir à une véri­table soute­na­bi­lité, ces struc­tures doivent être déman­te­lées.

Quel est le plus impor­tant à vos yeux — faire durer un peu plus long­temps un mode de vie confor­table, ou la conti­nua­tion de la vie sur Terre pour les commu­nau­tés natu­relles restantes et les géné­ra­tions futures?

Recy­clage

On nous fait croire qu’a­che­ter tel ou tel produit est bon parce que son embal­lage peut être recy­clé. Vous pouvez choi­sir de le placer ensuite dans une poubelle de couleur. Peu importe le fait que des écosys­tèmes fragiles aient été détruits, des commu­nau­tés indi­gènes dépla­cées, des gens loin de chez vous forcés de travailler dans des condi­tions dignes de l’es­cla­vage, des rivières polluées, pour produire cet embal­lage en premier lieu. Peu importe qu’il soit recy­clé en un autre produit inutile qui finira dans une décharge. Peu importe que son recy­clage implique de le trans­por­ter très loin, au moyen d’une machi­ne­rie néces­si­tant de l’élec­tri­cité et des combus­tibles fossiles, ce qui pollue et produit des déchets. Peu importe le fait que si quelque chose d’autre est placé dans cette poubelle, le lot entier finira dans une décharge en raison de la conta­mi­na­tion.

Cons­truc­tion durable/soute­nable

Les prin­cipes de la construc­tion durable : construire plus de loge­ments — bien qu’il y en ait déjà large­ment assez pour loger tout le monde ; déga­ger, pour cela, des espaces construc­tibles, en détrui­sant toutes les commu­nau­tés natu­relles qui y viv(ai)ent ; construire à l’aide de bois issu de plan­ta­tions fores­tières ayant supplanté les forêts anciennes (qui ont été rasées et rempla­cées par une mono­cul­ture de pins où rien d’autre ne peut vivre) ; utili­ser des maté­riaux de construc­tion légè­re­ment moins nocifs que les maté­riaux conven­tion­nels ; et enfin, convaincre tout le monde que la Terre s’en portera mieux.

L’éner­gie solaire

Les panneaux solaires. La toute dernière mode en termes de durable, qui est — et c’est la marque de fabrique du dura­ble™ — incroya­ble­ment destruc­trice de la vie sur Terre. D’où viennent ces choses-là ? Vous êtes censés croire qu’ils sont faits de rien, et qu’ils repré­sentent une source gratuite et non polluante d’élec­tri­cité.

Si vous osez deman­der d’où ils viennent et de quoi ils sont faits, il n’est pas diffi­cile de décou­vrir la vérité. Les panneaux solaires sont faits de métaux [voir l’ex­cel­lente confé­rence de Philippe Bihouix à ce propos : https://vimeo.com/126497350, NdT], de plas­tiques, de terres rares, de compo­sants élec­tro­niques. Ils néces­sitent des extrac­tions minières, des proces­sus de fabri­ca­tion, des guerres, des déchets, et de la pollu­tion. Des millions de tonnes de plomb sont déver­sées dans des rivières et sur les terres agri­coles envi­ron­nant les usines de panneaux solaires en Chine et en Inde, causant des problèmes de santé pour les humains et les commu­nau­tés natu­relles qui y vivent. Le sili­cium poly­cris­tal­lin est un autre déchet toxique et polluant issu de leur manu­fac­ture et déversé en Chine. La produc­tion de panneaux solaires entraîne des émis­sions de trifluo­rure d’azote (NF3) dans l’at­mo­sphère. Un gaz à effet de serre 17 000 fois plus puis­sant que le dioxyde de carbone.

NdT : 1. L’in­dus­trie des panneaux solaires requiert, entre autres, les maté­riaux suivants, dont certains corres­pondent aux fameuses terres rares, listés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’alu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photo­vol­taïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photo­vol­taïques), le gallium, l’in­dium (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tellure et le titane. 2. A propos des consé­quences des extrac­tions de terres rares, nous vous conseillons de lire cet article du Monde, inti­tulé « En Chine, les terres rares tuent des villages ». Vous pouvez aussi vision­ner les images d’un photo­re­por­tage de terrain effec­tué par Vero­nique de Vigue­rie.

Les terres rares viennent d’Afrique [mais surtout de Chine, NdT], et des guerres sont menées pour le droit de les extraire. Des gens meurent pour que vous puis­siez béné­fi­cier de votre déve­lop­pe­ment durable et confor­table. Les panneaux sont fabriqués en Chine. Les usines émettent telle­ment de pollu­tion que les habi­tants des alen­tours tombent malades. Les lacs et les rivières ont péri à cause de la pollu­tion. Ces gens ne peuvent pas boire l’eau, respi­rer l’air ou culti­ver la terre en raison de la fabri­ca­tion de panneaux solaires. Votre déve­lop­pe­ment durable est si popu­laire en Chine que des villa­geois se mobi­lisent en masse pour mani­fes­ter contre les usines de fabri­ca­tion. Ils s’al­lient pour entrer de force dans les usines et détruire l’équi­pe­ment, obli­geant les usines à fermer. Ils estiment que leurs vies valent plus que le déve­lop­pe­ment durable des riches.

Les panneaux ont une durée de vie d’en­vi­ron 30 ans, puis, direc­tion la décharge. Toujours plus de pollu­tions, toujours plus de déchets. Certaines parties des panneaux solaires peuvent être recy­clées, mais certaines ne le peuvent pas, et sont de plus (par chance !) haute­ment toxiques. Pour être recy­clés, les panneaux solaires sont envoyés vers des pays de la majo­rité du monde (aussi appe­lée « Tiers-monde ») où des ouvriers aux maigres salaires sont expo­sés à des substances toxiques lorsqu’ils les désas­semblent. Le proces­sus de recy­clage lui-même requiert de l’éner­gie et du trans­port, et crée des déchets en sous-produits.

L’in­dus­trie des panneaux solaires est diri­gée par Siemens, Samsung, Bosch, Sharp, Mitsu­bi­shi, BP, et Sanyo, entre autres. C’est vers ces compa­gnies que tran­sitent les rembour­se­ments et les factures d’éner­gies vertes. Ces corpo­ra­tions vous remer­cient pour vos dollars durables.

L’éner­gie éolienne

Le trai­te­ment des terres rares néces­saires pour fabriquer les aimants des éoliennes a lieu en Chine, et les habi­tants des villages alen­tour peinent à respi­rer l’air lour­de­ment pollué. Un lac de boue toxique et radio­ac­tive de 8 km se tient main­te­nant en lieu et place de leurs terres agri­coles.

Des chaînes de montagnes entières sont détruites pour en extraire les métaux. Des forêts sont passées au bull­do­zer pour ériger des éoliennes dont les pales tuent des millions d’oi­seaux et de chauves-souris. La santé des gens vivant près des éoliennes est affec­tée par des infra­sons.

Étant donné que le vent est une source d’éner­gie irré­gu­lière et impré­vi­sible, une centrale d’ap­point carbu­rant au gaz est néces­saire. Étant donné que le système d’ap­point tourne par inter­mit­tence, il est moins effi­cace et produit plus de CO2 que s’il tour­nait constam­ment, s’il n’y avait pas d’éo­liennes. L’éner­gie éolienne sonne bien en théo­rie, mais ne fonc­tionne pas en pratique. Un autre produit inutile qui ne profite qu’aux action­naires. [Et toujours, ce que Kim ne rappelle pas ici, restent les problèmes de l’in­fra­struc­ture de trans­port et du stockage de l’éner­gie, NdT].

L’ef­fi­ca­cité éner­gé­tique

Et si nous amélio­rions l’ef­fi­ca­cité éner­gé­tique ? Cela ne rédui­rait-il pas la consom­ma­tion et la pollu­tion ? Eh bien, non. C’est tout le contraire. Avez-vous déjà entendu parler du para­doxe de Jevon ? Ou du postu­lat de Khaz­zoom-Brookes ? Ceux-ci expliquent que les avan­cées tech­no­lo­giques amélio­rant l’ef­fi­ca­cité éner­gé­tique entraînent une augmen­ta­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique, et non une baisse. L’ef­fi­ca­cité fait qu’il y a plus d’éner­gie dispo­nible pour d’autres usages. Plus nous sommes effi­caces dans notre consom­ma­tion, plus nous consom­mons. Plus nous travaillons effi­ca­ce­ment, plus nous accom­plis­sons de travail. Et plus nous creu­sons notre propre tombe.

[“Tel est le para­doxe des effets rebond : chaque gain d’ef­fi­ca­cité apporté par la science et l’in­dus­trie se traduit, en bout de ligne, par une consom­ma­tion éner­gé­tique globale surmul­ti­pliée. Ainsi le trans­port aérien, moins éner­gi­vore qu’au­tre­fois, est devenu acces­sible à tout un chacun et a décu­plé. Idem pour la clima­ti­sa­tion, ce luxe devenu omni­pré­sent. Et l’éclai­rage de plus en plus écono­mique trans­forme peu à peu l’obs­cu­rité en une denrée rare.” (extrait du 4 ème de couver­ture du livre Vert para­doxe), NdT]

L’éco­no­mie de l’offre et de la demande

De nombreuses actions entre­prises au nom de la soute­na­bi­lité peuvent avoir un effet inverse. Un point de réflexion : la déci­sion d’une personne de ne pas prendre l’avion, par souci du chan­ge­ment clima­tique ou de la soute­na­bi­lité, n’aura aucun impact. Si quelques personnes arrêtent de prendre l’avion, les compa­gnies aériennes rédui­ront leurs prix et boos­te­ront leur marke­ting, ce qui inci­tera plus de gens à prendre l’avion. Et parce qu’elles auront baissé le prix des vols, les compa­gnies devront effec­tuer plus de vols pour main­te­nir les profits à leur niveau. Plus de vols, donc plus d’émis­sions de carbones. Et si l’in­dus­trie connais­sait des problèmes finan­ciers en raison d’une baisse de la demande, elle serait renflouée par les gouver­ne­ments. Cette stra­té­gie de « non-parti­ci­pa­tion » ne résout rien.

En réalité, cette déci­sion de ne pas voler ne fait rien pour réduire la quan­tité de carbone qui est émise, elle n’y parti­cipe simple­ment pas sur la distance, et la maigre réduc­tion de la quan­tité de carbone émise ne fait rien contre le chan­ge­ment clima­tique.

Pour avoir un véri­table impact sur le climat mondial, nous devons empê­cher tous les avions et toutes les machines carbu­rant aux combus­tibles fossiles d’opé­rer, à tout jamais, ce qui n’est pas aussi diffi­cile que cela peut sembler de prime abord. Cela ne sera pas simple, mais cela reste dans le domaine du possible. Et non seule­ment est-ce souhai­table, mais aussi essen­tiel si nous voulons que la vie sur Terre perdure.

La même chose est vraie pour tous les autres produits destruc­teurs que nous pouvons choi­sir de ne pas ache­ter. La viande indus­trielle, l’huile de palme, les bois de forêts tropi­cales, les produits alimen­taires trans­for­més. Tant qu’il y aura des produits en vente, il y aura des ache­teurs. Tenter de réduire la demande n’aura que peu ou pas d’ef­fet. Il y aura toujours davan­tage de produits arri­vant sur le marché. Les campagnes inci­tant à réduire la demande de produits indi­vi­duels ne pour­ront jamais suivre. Et à chaque nouveau produit, la convic­tion que celui-ci est néces­saire et non un luxe ne fait que se renfor­cer. Parvien­drai-je à vous convaincre de ne pas ache­ter un smart­phone, un ordi­na­teur portable, du café ? J’en doute.

Pour stop­per la destruc­tion, nous devons défi­ni­ti­ve­ment inter­rompre l’ap­pro­vi­sion­ne­ment de tout ce que la produc­tion requiert. Cibler des compa­gnies ou des pratiques spéci­fiques n’aura aucun impact sur l’in­fra­struc­ture éner­gé­tique mondiale qui se nour­rit de la destruc­tion de la Terre. L’éco­no­mie mondiale dans sa tota­lité doit être mise hors-service.

Que voulez-vous réel­le­ment ?

Quel est le plus impor­tant – une éner­gie durable pour que vous puis­siez regar­der votre TV, ou les vies des rivières du monde, des forêts, des animaux et des océans ? Préfé­re­riez-vous vivre sans eux et elles, sans Terre ? Même s’il s’agis­sait d’une option, même si vous n’étiez pas soli­de­ment inté­gré à la toile du vivant, préfé­re­riez-vous vrai­ment avoir de l’élec­tri­cité pour vos lampes, vos ordi­na­teurs et vos engins, plutôt que de parta­ger l’ex­tase de la coexis­tence avec le reste de la vie sur Terre ? Un monde sans vie, où règnent les machines, est-ce vrai­ment ce que vous voulez ?

Si obte­nir ce que vous voulez requiert la destruc­tion de tout ce dont vous avez besoin — un air et de l’eau propres, de la nour­ri­ture saine et des commu­nau­tés natu­relles — vous n’al­lez alors pas durer bien long­temps, rien ne durera alors bien long­temps.

Je sais ce que je veux. Je veux vivre dans un monde de plus en plus riche de vie. Un monde qui récu­pé­re­rait de la destruc­tion, où il y aurait chaque année plus de pois­sons, d’oi­seaux, d’arbres, et de diver­sité que l’an­née précé­dente. Un monde où je pour­rais respi­rer l’air, boire dans les rivières, et manger grâce à la Terre. Un monde où les humains vivraient en commu­nauté avec le reste du vivant.

La tech­no­lo­gie indus­trielle n’est pas durable (ni soute­nable). L’éco­no­mie mondia­li­sée n’est pas durable (ni soute­nable). La valo­ri­sa­tion de la terre comme simple ressource desti­née à être exploi­tée par les humains n’est pas durable (ni soute­nable). La civi­li­sa­tion n’est pas durable (ni soute­nable). Si la civi­li­sa­tion s’ef­fon­drait aujourd’­hui, il faudrait encore au moins 400 ans pour que l’exis­tence humaine sur la planète devienne véri­ta­ble­ment durable (et soute­nable). Si c’est un véri­table déve­lop­pe­ment durable que vous souhai­tez, alors déman­te­lez la civi­li­sa­tion dès aujourd’­hui, et conti­nuez à œuvrer pour la régé­né­ra­tion de la Terre pendant 400 ans. C’est à peu près le temps qu’il a fallu pour créer les struc­tures destruc­trices au sein desquelles nous vivons aujourd’­hui, il faudra donc au moins ça pour rempla­cer ces struc­tures par d’autres béné­fi­ciant à l’en­semble du vivant, et pas seule­ment à une mino­rité opulente. Cela ne se fera pas en un instant, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’y mettre.

D’au­cuns suggè­re­ront : « alors reti­rons-nous, construi­sons des alter­na­tives, et le système s’ef­fon­drera puisque plus personne n’y parti­ci­pera ». Cette idée m’a plu aussi. Mais elle ne peut pas fonc­tion­ner. Ceux qui sont au pouvoir utilisent les armes de la peur et de la dette pour main­te­nir leur contrôle. La majo­rité des humains de ce monde n’ont pas [ou ne voient pas, NdT] cette option de retrait. Leur peur et leur dette les main­tiennent enchaî­nés à cette prison qu’est la civi­li­sa­tion. Votre fuite ne les aide en rien. Votre parti­ci­pa­tion à l’as­saut contre les struc­tures de cette prison, si.

Nous n’avons pas le temps d’at­tendre que la civi­li­sa­tion s’ef­fondre. 90% des grands pois­sons des océans ont disparu. 98 % des forêts anciennes ont été détruites. Chaque jour plus de 200 espèces s’éteignent [sont exter­mi­nées, NdT], pour toujours. Si nous atten­dons plus long­temps, il n’y aura plus de pois­sons, plus de forêts, plus aucune trace de vie sur Terre.

Alors, que pouvez-vous faire ?

Diffu­sez le message. Remet­tez en ques­tion les croyances et préju­gés domi­nants. Parta­gez cet article avec tous ceux que vous connais­sez.

Écou­tez la Terre. Appre­nez à connaître vos voisins non humains. Prenez soin les uns des autres. Agis­sez collec­ti­ve­ment, pas indi­vi­duel­le­ment. Cons­trui­sez des alter­na­tives, comme les écono­mies du don, les systèmes alimen­taires basés sur la poly­cul­ture, les modèles d’édu­ca­tion alter­na­tifs et les modes de gouver­nance commu­nau­taires alter­na­tifs. Créez une culture de résis­tance.

Plutôt que de tenter de réduire la demande pour les produits d’un système destruc­teur, mettez hors service leur appro­vi­sion­ne­ment. L’éco­no­mie, c’est ce qui détruit la planète, alors faites en sorte qu’elle cesse. L’éco­no­mie mondia­li­sée dépend d’un appro­vi­sion­ne­ment constant en élec­tri­cité ; l’ar­rê­ter est (presque) aussi simple qu’ap­puyer sur un inter­rup­teur.

Les gouver­ne­ments et l’in­dus­trie ne feront jamais cela pour nous, que nous le leur deman­dions genti­ment, ou que nous les y pous­sions ferme­ment. Il nous revient de défendre la terre dont nos vies dépendent.

Nous ne pouvons pas faire cela en tant que consom­ma­teurs, ouvriers ou citoyens. Nous devons agir en tant qu’hu­mains, en valo­ri­sant la vie plus que la consom­ma­tion, le travail et les plaintes contre le gouver­ne­ment.

Rensei­gnez-vous et soute­nez Deep Green Resis­tance, un mouve­ment et une stra­té­gie pour sauver la planète. Ensemble, nous pouvons nous battre pour un monde où il fasse bon vivre. Rejoi­gnez-nous.

Pour reprendre les propos de Lierre Keith, co-auteure du livre Deep Green Resis­tance :

« La tâche de l’ac­ti­viste n’est pas de navi­guer au sein des systèmes d’op­pres­sion avec autant d’in­té­grité que possible, mais de les déman­te­ler. »

Kim


Traduc­tion: Héléna Delau­nay & Nico­las Casaux

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Comments to: Le déve­lop­pe­ment durable est en train de détruire la planète ! (par Kim Hill)
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