A pro­pos de l’i­mage de cou­ver­ture de l’ar­ticle, ci-des­sus : La pho­to en haut à droite avec les pois­sons cor­res­pond à un évé­ne­ment dont parle l’ar­ticle Chine : fer­me­ture tem­po­raire d’une usine de pan­neaux solaires accu­sée de rejets toxiques . La pho­to des boues reje­tées à : En Chine, les terres rares tuent des vil­lages & En Chine, les terres rares anéan­tissent les cultures des pay­sans.

Tra­duc­tion d’un article (en anglais) ini­tia­le­ment publié par Kim de Deep Green Resis­tance, le 28 août 2012 à l’a­dresse sui­vante.


Ne me par­lez pas de déve­lop­pe­ment durable. Vous vou­lez remettre en ques­tion mon mode de vie, mon impact, mon empreinte éco­lo­gique ? Un monstre nous domine, dont l’empreinte est si gigan­tesque qu’il peut dévas­ter une pla­nète entière sans même s’en aper­ce­voir ou s’en sou­cier. Ce monstre, c’est la civi­li­sa­tion indus­trielle. Je refuse de le sou­te­nir. Si la Terre doit vivre, le monstre doit mou­rir. Ceci est une décla­ra­tion de guerre.

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[A pro­pos du déve­lop­pe­ment durable, les anglais uti­lisent le terme « sus­tai­nable », qu’il aurait fal­lu tra­duire par « sou­te­nable » (la plu­part des pays du monde parle de sou­te­nable), mais en France, nous avons adop­té le « deve­lop­pe­ment DURABLE », pour en savoir plus sur ce choix de mots : http://netoyens.info/index.php/contrib/09/06/2012/comment-traduire-sustainable-development]

& aus­si, cette brève inter­view de Thier­ry Sal­lan­tin par Her­vé Kempf de Repor­terre :

 

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Que sommes-nous en train d’es­sayer de rendre durable ? La vie sur Terre ou la civi­li­sa­tion indus­trielle ? Nous ne pou­vons pas avoir les deux.

À un moment don­né, le mou­ve­ment éco­lo­gique — axé sur le désir de pro­té­ger la Terre — a été lar­ge­ment coop­té par le mou­ve­ment pour le déve­lop­pe­ment durable — axé sur le désir de pré­ser­ver notre mode de vie confor­table. Quand cela s’est-il pro­duit et pour­quoi ? Et com­ment se fait-il que per­sonne ne s’en soit aper­çu ? Ce chan­ge­ment d’ob­jec­tif qui l’a vu pas­ser de la com­pas­sion à l’é­gard de tous les êtres vivants et de la Terre au sou­hait égoïste de per­pé­tuer un mode de vie intrin­sè­que­ment des­truc­teur consti­tue un détour­ne­ment fon­da­men­tal des valeurs de l’é­co­lo­gie.

Le mou­ve­ment pour le déve­lop­pe­ment durable pré­tend que notre capa­ci­té à vivre de manière soi-disant durable relève de la res­pon­sa­bi­li­té des indi­vi­dus, qui doivent ain­si opter pour cer­tains choix de vie à l’in­té­rieur des struc­tures exis­tantes de la civi­li­sa­tion. Seule­ment, il est impos­sible de par­ve­nir à une culture vrai­ment sou­te­nable de la sorte. L’in­fra­struc­ture indus­trielle est fon­da­men­ta­le­ment incom­pa­tible avec une pla­nète vivante. Si nous vou­lons que la vie sur Terre pros­père, les struc­tures poli­tiques, éco­no­miques et maté­rielles mon­diales doivent être déman­te­lées.

Les par­ti­sans du déve­lop­pe­ment durable nous disent que réduire notre impact, pro­vo­quer moins de dégâts envi­ron­ne­men­taux, est une bonne chose, et que nous devrions être fiers de nos actions. Je ne suis pas d’ac­cord. Moins de dégâts signi­fie encore beau­coup de dégâts. Tant que l’on conti­nue­ra à dégra­der l’é­tat de la pla­nète, la dura­bi­li­té res­te­ra un vœu pieux. La fier­té que nous pro­cure l’ac­com­plis­se­ment de quelques petits gestes n’aide per­sonne.

Un quart, seule­ment, de l’en­semble de la consom­ma­tion est impu­table aux indi­vi­dus. Le reste est dû à l’in­dus­trie, à l’a­groa­li­men­taire, à l’ar­mée, aux gou­ver­ne­ments et aux cor­po­ra­tions. Même si cha­cun d’entre nous met­tait tout en œuvre pour réduire son empreinte éco­lo­gique, cela aurait peu d’in­ci­dence sur la consom­ma­tion glo­bale.

Si ces petits gestes ont vrai­ment pour effet de pro­lon­ger l’exis­tence de notre culture, alors en les effec­tuant nous nui­rons davan­tage au monde natu­rel que si nous n’a­vions pas agi. En effet, plus une culture des­truc­trice s’é­ter­nise, plus les dégâts qu’elle cause sont éle­vés. Le titre de cet article ne vise pas seule­ment à rete­nir l’at­ten­tion et à déclen­cher une contro­verse. Il énonce lit­té­ra­le­ment ce qui est en train de se pro­duire.

En cadrant le débat sur la dura­bi­li­té autour de la pré­misse selon laquelle les choix de consom­ma­tion indi­vi­duels sont la solu­tion, les indi­vi­dus qui font des choix de vie dif­fé­rents ou qui n’ont pas le pri­vi­lège de pou­voir choi­sir deviennent des enne­mis. Pen­dant ce temps, les véri­tables enne­mis — les struc­tures oppres­sives de la civi­li­sa­tion — sont libres de pour­suivre leurs pra­tiques des­truc­trices et meur­trières sans être inquié­tés. Aucun mou­ve­ment social sérieux ne peut se fon­der sur cette pré­misse. Divi­sez-vous et vous serez vain­cus.

Le déve­lop­pe­ment durable a du suc­cès auprès des cor­po­ra­tions, des médias et du gou­ver­ne­ment dans la mesure où il répond à leurs objec­tifs. Res­ter au pou­voir. Pro­lon­ger leur expan­sion. Se faire pas­ser pour les gen­tils. Faire croire aux gens qu’ils ont une cer­taine influence. Les convaincre de res­ter calmes et de conti­nuer à consom­mer. Contrô­ler le lan­gage uti­li­sé pour débattre des pro­blèmes. En créant et en ren­for­çant l’i­dée selon laquelle voter pour des chan­ge­ments mineurs et consom­mer (autre­ment) résou­dra tous nos pro­blèmes, ceux au pou­voir ont éla­bo­ré une stra­té­gie très effi­cace pour main­te­nir la crois­sance éco­no­mique au sein des soi-disant démo­cra­ties contrô­lées par les mul­ti­na­tio­nales.

Ceux au pou­voir conti­nuent à faire croire aux gens que la seule manière de chan­ger quoi que ce soit s’ins­crit dans le cadre des struc­tures qu’ils ont créées. Ils construisent ces struc­tures de façon à ce que les gens ne puissent jamais rien chan­ger de l’in­té­rieur. Les élec­tions, les péti­tions et les mani­fes­ta­tions sont autant de moyens qui servent à ren­for­cer les struc­tures de pou­voir. Seuls, ils ne pour­ront pas faire adve­nir les chan­ge­ments dont nous avons besoin. Ces tac­tiques per­mettent aux cor­po­ra­tions et aux gou­ver­ne­ments de dis­po­ser d’un choix. Nous don­nons à nos diri­geants le choix de nous accor­der les réformes mineures que nous deman­dons ou de ne pas nous les accor­der. Les ani­maux qui souffrent dans les fermes-usines n’ont pas le choix. Les forêts détruites au nom du pro­grès n’ont pas le choix. Les mil­lions de per­sonnes tra­vaillant dans les ate­liers de fabri­ca­tion (clan­des­tins ou pas) des pays émer­gents n’ont pas le choix. Les espèces aujourd’­hui éteintes ne le sont pas par choix. Et pour­tant, nous don­nons le choix aux res­pon­sables de toutes ces morts et de toute cette souf­france. Nous exau­çons les dési­rs d’une mino­ri­té de riches au lieu de répondre aux besoins de la vie sur Terre.

La plu­part des actions popu­laires pro­po­sées pour par­ve­nir à atteindre un niveau de déve­lop­pe­ment durable n’ont pas de véri­table effet, et cer­taines entraînent plus de mal que de bien. Ces stra­té­gies com­prennent la réduc­tion de la consom­ma­tion d’élec­tri­ci­té, de l’u­ti­li­sa­tion de l’eau, une éco­no­mie verte, le recy­clage, la construc­tion durable, les éner­gies renou­ve­lables et l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. Exa­mi­nons-les de plus près.

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A lire aus­si, une inter­view d’Oz­zie Zeh­ner, auteur de « Illu­sions vertes : les vilains secrets de l’énergie propre et le futur de l’environnementalisme » :

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L’électricité

On nous pousse à réduire notre consom­ma­tion d’élec­tri­ci­té, ou à l’ob­te­nir via des sources alter­na­tives. Cela ne change abso­lu­ment rien à la dura­bi­li­té de notre culture dans son ensemble, puisque l’in­fra­struc­ture élec­trique est intrin­sè­que­ment insou­te­nable. Aucune réduc­tion de notre consom­ma­tion ni aucune soi-disant éner­gie renou­ve­lable n’y peut rien. Les extrac­tions minières néces­saires à la fabri­ca­tion des fils élec­triques, des com­po­sants, des appa­reils élec­triques, des pan­neaux solaires, des éoliennes, des cen­trales géo­ther­miques, des cen­trales de bio­masse, des bar­rages hydro­élec­triques, et de tout ce qui connecte et est connec­té au réseau élec­trique, sont insou­te­nables. Les pro­ces­sus de fabri­ca­tion de ces choses avec l’ex­ploi­ta­tion humaine, les pol­lu­tions, les déchets, les impacts sur le social et la san­té, et les pro­fits cor­po­ra­tistes qu’ils impliquent, les com­bus­tibles fos­siles néces­saires au main­tien de ces pro­ces­sus… insou­te­nables. Aucun choix per­son­nel de consom­ma­tion concer­nant l’u­sage et la géné­ra­tion d’élec­tri­ci­té n’y peut rien. L’élec­tri­ci­té Off-Grid [hors-réseau, NdT] n’est pas dif­fé­rente — elle néces­site des bat­te­ries et des conver­tis­seurs [et sou­vent des pan­neaux solaires indus­triels, fabri­qués en Chine ou ailleurs, etc. NdT].

La conservation de l’eau

Des douches plus courtes. Des appa­reils à bas-débit. Des res­tric­tions sur l’eau. On pré­tend que cela fait une dif­fé­rence. En réa­li­té, toute l’in­fra­struc­ture four­nis­sant cette eau — les immenses bar­rages, les pipe­lines longues dis­tances, les pompes, les égouts — est insou­te­nable.

Les bar­rages détruisent la vie de tout un bas­sin ver­sant [voir ici, NdT]. Cela revient à blo­quer une artère, à empê­cher le sang d’at­teindre les membres. Per­sonne ne peut sur­vivre à cela. Les rivières meurent lors­qu’on empêche les pois­sons de les remon­ter et de les des­cendre. La com­mu­nau­té natu­relle dont font par­tie ces pois­sons est tuée, à la fois en amont et en aval du bar­rage.

Les bar­rages entraînent une baisse des nappes aqui­fères, empê­chant les racines des arbres d’ac­cé­der à l’eau. Les éco­lo­gies des plaines d’i­non­da­tions dépendent d’i­non­da­tions sai­son­nières, et sont détruites lors­qu’un bar­rage en amont les empêche. Des éro­sions en aval et sur les berges en résultent. La décom­po­si­tion anaé­ro­bique de matière orga­nique dans les bar­rages émet du méthane dans l’at­mo­sphère.

Peu importe votre effi­ca­ci­té au niveau de l’u­sage de l’eau, cette infra­struc­ture ne sera jamais durable/soutenable. Elle doit être détruite, afin que ces com­mu­nau­tés puissent se régé­né­rer.

L’économie verte

Des emplois verts. Des pro­duits verts. L’é­co­no­mie du durable. Non. Cela n’existe pas. La tota­li­té de l’é­co­no­mie mon­diale est insou­te­nable. L’é­co­no­mie se base sur — et dépend de — la des­truc­tion du monde natu­rel. La Terre est trai­tée comme un simple car­bu­rant pour la crois­sance éco­no­mique. Ils appellent ça les res­sources natu­relles. Que quelques per­sonnes choi­sissent de se reti­rer de cette éco­no­mie n’y chan­ge­ra rien. Tant que cette éco­no­mie existe, il n’y aura rien de durable.

Tant que ces struc­tures existent : élec­tri­ci­té, eau cou­rante, éco­no­mie mon­dia­li­sée, agri­cul­ture indus­trielle — il n’y aura rien de durable. Pour par­ve­nir à une véri­table sou­te­na­bi­li­té, ces struc­tures doivent être déman­te­lées.

Quel est le plus impor­tant à vos yeux — faire durer un peu plus long­temps un mode de vie confor­table, ou la conti­nua­tion de la vie sur Terre pour les com­mu­nau­tés natu­relles res­tantes et les géné­ra­tions futures ?

Recyclage

On nous fait croire qu’a­che­ter tel ou tel pro­duit est bon parce que son embal­lage peut être recy­clé. Vous pou­vez choi­sir de le pla­cer ensuite dans une pou­belle de cou­leur. Peu importe le fait que des éco­sys­tèmes fra­giles aient été détruits, des com­mu­nau­tés indi­gènes dépla­cées, des gens loin de chez vous for­cés de tra­vailler dans des condi­tions dignes de l’es­cla­vage, des rivières pol­luées, pour pro­duire cet embal­lage en pre­mier lieu. Peu importe qu’il soit recy­clé en un autre pro­duit inutile qui fini­ra dans une décharge. Peu importe que son recy­clage implique de le trans­por­ter très loin, au moyen d’une machi­ne­rie néces­si­tant de l’élec­tri­ci­té et des com­bus­tibles fos­siles, ce qui pol­lue et pro­duit des déchets. Peu importe le fait que si quelque chose d’autre est pla­cé dans cette pou­belle, le lot entier fini­ra dans une décharge en rai­son de la conta­mi­na­tion.

Construction durable/soutenable

Les prin­cipes de la construc­tion durable : construire plus de loge­ments — bien qu’il y en ait déjà lar­ge­ment assez pour loger tout le monde ; déga­ger, pour cela, des espaces construc­tibles, en détrui­sant toutes les com­mu­nau­tés natu­relles qui y viv(ai)ent ; construire à l’aide de bois issu de plan­ta­tions fores­tières ayant sup­plan­té les forêts anciennes (qui ont été rasées et rem­pla­cées par une mono­cul­ture de pins où rien d’autre ne peut vivre) ; uti­li­ser des maté­riaux de construc­tion légè­re­ment moins nocifs que les maté­riaux conven­tion­nels ; et enfin, convaincre tout le monde que la Terre s’en por­te­ra mieux.

L’énergie solaire

Les pan­neaux solaires. La toute der­nière mode en termes de durable, qui est — et c’est la marque de fabrique du durable™ — incroya­ble­ment des­truc­trice de la vie sur Terre. D’où viennent ces choses-là ? Vous êtes cen­sés croire qu’ils sont faits de rien, et qu’ils repré­sentent une source gra­tuite et non pol­luante d’élec­tri­ci­té.

Si vous osez deman­der d’où ils viennent et de quoi ils sont faits, il n’est pas dif­fi­cile de décou­vrir la véri­té. Les pan­neaux solaires sont faits de métaux [voir l’ex­cel­lente confé­rence de Phi­lippe Bihouix à ce pro­pos : https://vimeo.com/126497350, NdT], de plas­tiques, de terres rares, de com­po­sants élec­tro­niques. Ils néces­sitent des extrac­tions minières, des pro­ces­sus de fabri­ca­tion, des guerres, des déchets, et de la pol­lu­tion. Des mil­lions de tonnes de plomb sont déver­sées dans des rivières et sur les terres agri­coles envi­ron­nant les usines de pan­neaux solaires en Chine et en Inde, cau­sant des pro­blèmes de san­té pour les humains et les com­mu­nau­tés natu­relles qui y vivent. Le sili­cium poly­cris­tal­lin est un autre déchet toxique et pol­luant issu de leur manu­fac­ture et déver­sé en Chine. La pro­duc­tion de pan­neaux solaires entraîne des émis­sions de tri­fluo­rure d’a­zote (NF3) dans l’at­mo­sphère. Un gaz à effet de serre 17 000 fois plus puis­sant que le dioxyde de car­bone.

NdT : 1. L’industrie des pan­neaux solaires requiert, entre autres, les maté­riaux sui­vants, dont cer­tains cor­res­pondent aux fameuses terres rares, lis­tés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor : l’arsenic (semi-conduc­teur), l’aluminium, le bore (semi-conduc­teur), le cad­mium (uti­li­sé dans cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le cuivre (câblage et cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le gal­lium, l’indium (uti­li­sé dans les cel­lules pho­to­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (uti­li­sé dans les cel­lules pho­to­vol­taïques), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tel­lure et le titane. 2. A pro­pos des consé­quences des extrac­tions de terres rares, nous vous conseillons de lire cet article du Monde, inti­tu­lé « En Chine, les terres rares tuent des vil­lages ». Vous pou­vez aus­si vision­ner les images d’un pho­to­re­por­tage de ter­rain effec­tué par Vero­nique de Vigue­rie.

Les terres rares viennent d’A­frique [mais sur­tout de Chine, NdT], et des guerres sont menées pour le droit de les extraire. Des gens meurent pour que vous puis­siez béné­fi­cier de votre déve­lop­pe­ment durable et confor­table. Les pan­neaux sont fabri­qués en Chine. Les usines émettent tel­le­ment de pol­lu­tion que les habi­tants des alen­tours tombent malades. Les lacs et les rivières ont péri à cause de la pol­lu­tion. Ces gens ne peuvent pas boire l’eau, res­pi­rer l’air ou culti­ver la terre en rai­son de la fabri­ca­tion de pan­neaux solaires. Votre déve­lop­pe­ment durable est si popu­laire en Chine que des vil­la­geois se mobi­lisent en masse pour mani­fes­ter contre les usines de fabri­ca­tion. Ils s’al­lient pour entrer de force dans les usines et détruire l’é­qui­pe­ment, obli­geant les usines à fer­mer. Ils estiment que leurs vies valent plus que le déve­lop­pe­ment durable des riches.

Les pan­neaux ont une durée de vie d’en­vi­ron 30 ans, puis, direc­tion la décharge. Tou­jours plus de pol­lu­tions, tou­jours plus de déchets. Cer­taines par­ties des pan­neaux solaires peuvent être recy­clées, mais cer­taines ne le peuvent pas, et sont de plus (par chance !) hau­te­ment toxiques. Pour être recy­clés, les pan­neaux solaires sont envoyés vers des pays de la majo­ri­té du monde (aus­si appe­lée « Tiers-monde ») où des ouvriers aux maigres salaires sont expo­sés à des sub­stances toxiques lors­qu’ils les désas­semblent. Le pro­ces­sus de recy­clage lui-même requiert de l’éner­gie et du trans­port, et crée des déchets en sous-pro­duits.

L’in­dus­trie des pan­neaux solaires est diri­gée par Sie­mens, Sam­sung, Bosch, Sharp, Mit­su­bi­shi, BP, et Sanyo, entre autres. C’est vers ces com­pa­gnies que tran­sitent les rem­bour­se­ments et les fac­tures d’éner­gies vertes. Ces cor­po­ra­tions vous remer­cient pour vos dol­lars durables.

L’énergie éolienne

Le trai­te­ment des terres rares néces­saires pour fabri­quer les aimants des éoliennes a lieu en Chine, et les habi­tants des vil­lages alen­tour peinent à res­pi­rer l’air lour­de­ment pol­lué. Un lac de boue toxique et radio­ac­tive de 8 km se tient main­te­nant en lieu et place de leurs terres agri­coles.

Des chaînes de mon­tagnes entières sont détruites pour en extraire les métaux. Des forêts sont pas­sées au bull­do­zer pour éri­ger des éoliennes dont les pales tuent des mil­lions d’oi­seaux et de chauves-sou­ris. La san­té des gens vivant près des éoliennes est affec­tée par des infra­sons.

Étant don­né que le vent est une source d’éner­gie irré­gu­lière et impré­vi­sible, une cen­trale d’ap­point car­bu­rant au gaz est néces­saire. Étant don­né que le sys­tème d’ap­point tourne par inter­mit­tence, il est moins effi­cace et pro­duit plus de CO2 que s’il tour­nait constam­ment, s’il n’y avait pas d’éo­liennes. L’éner­gie éolienne sonne bien en théo­rie, mais ne fonc­tionne pas en pra­tique. Un autre pro­duit inutile qui ne pro­fite qu’aux action­naires. [Et tou­jours, ce que Kim ne rap­pelle pas ici, res­tent les pro­blèmes de l’in­fra­struc­ture de trans­port et du sto­ckage de l’éner­gie, NdT].

L’efficacité énergétique

Et si nous amé­lio­rions l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique ? Cela ne rédui­rait-il pas la consom­ma­tion et la pol­lu­tion ? Eh bien, non. C’est tout le contraire. Avez-vous déjà enten­du par­ler du para­doxe de Jevon ? Ou du pos­tu­lat de Khaz­zoom-Brookes ? Ceux-ci expliquent que les avan­cées tech­no­lo­giques amé­lio­rant l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique entraînent une aug­men­ta­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique, et non une baisse. L’ef­fi­ca­ci­té fait qu’il y a plus d’éner­gie dis­po­nible pour d’autres usages. Plus nous sommes effi­caces dans notre consom­ma­tion, plus nous consom­mons. Plus nous tra­vaillons effi­ca­ce­ment, plus nous accom­plis­sons de tra­vail. Et plus nous creu­sons notre propre tombe.

[« Tel est le para­doxe des effets rebond : chaque gain d’efficacité appor­té par la science et l’industrie se tra­duit, en bout de ligne, par une consom­ma­tion éner­gé­tique glo­bale sur­mul­ti­pliée. Ain­si le trans­port aérien, moins éner­gi­vore qu’autrefois, est deve­nu acces­sible à tout un cha­cun et a décu­plé. Idem pour la cli­ma­ti­sa­tion, ce luxe deve­nu omni­pré­sent. Et l’éclairage de plus en plus éco­no­mique trans­forme peu à peu l’obscurité en une den­rée rare. » (extrait du 4 ème de cou­ver­ture du livre Vert para­doxe), NdT]

L’économie de l’offre et de la demande

De nom­breuses actions entre­prises au nom de la sou­te­na­bi­li­té peuvent avoir un effet inverse. Un point de réflexion : la déci­sion d’une per­sonne de ne pas prendre l’a­vion, par sou­ci du chan­ge­ment cli­ma­tique ou de la sou­te­na­bi­li­té, n’au­ra aucun impact. Si quelques per­sonnes arrêtent de prendre l’a­vion, les com­pa­gnies aériennes rédui­ront leurs prix et boos­te­ront leur mar­ke­ting, ce qui inci­te­ra plus de gens à prendre l’a­vion. Et parce qu’elles auront bais­sé le prix des vols, les com­pa­gnies devront effec­tuer plus de vols pour main­te­nir les pro­fits à leur niveau. Plus de vols, donc plus d’é­mis­sions de car­bones. Et si l’in­dus­trie connais­sait des pro­blèmes finan­ciers en rai­son d’une baisse de la demande, elle serait ren­flouée par les gou­ver­ne­ments. Cette stra­té­gie de « non-par­ti­ci­pa­tion » ne résout rien.

En réa­li­té, cette déci­sion de ne pas voler ne fait rien pour réduire la quan­ti­té de car­bone qui est émise, elle n’y par­ti­cipe sim­ple­ment pas sur la dis­tance, et la maigre réduc­tion de la quan­ti­té de car­bone émise ne fait rien contre le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Pour avoir un véri­table impact sur le cli­mat mon­dial, nous devons empê­cher tous les avions et toutes les machines car­bu­rant aux com­bus­tibles fos­siles d’o­pé­rer, à tout jamais, ce qui n’est pas aus­si dif­fi­cile que cela peut sem­bler de prime abord. Cela ne sera pas simple, mais cela reste dans le domaine du pos­sible. Et non seule­ment est-ce sou­hai­table, mais aus­si essen­tiel si nous vou­lons que la vie sur Terre per­dure.

La même chose est vraie pour tous les autres pro­duits des­truc­teurs que nous pou­vons choi­sir de ne pas ache­ter. La viande indus­trielle, l’huile de palme, les bois de forêts tro­pi­cales, les pro­duits ali­men­taires trans­for­més. Tant qu’il y aura des pro­duits en vente, il y aura des ache­teurs. Ten­ter de réduire la demande n’au­ra que peu ou pas d’ef­fet. Il y aura tou­jours davan­tage de pro­duits arri­vant sur le mar­ché. Les cam­pagnes inci­tant à réduire la demande de pro­duits indi­vi­duels ne pour­ront jamais suivre. Et à chaque nou­veau pro­duit, la convic­tion que celui-ci est néces­saire et non un luxe ne fait que se ren­for­cer. Par­vien­drai-je à vous convaincre de ne pas ache­ter un smart­phone, un ordi­na­teur por­table, du café ? J’en doute.

Pour stop­per la des­truc­tion, nous devons défi­ni­ti­ve­ment inter­rompre l’ap­pro­vi­sion­ne­ment de tout ce que la pro­duc­tion requiert. Cibler des com­pa­gnies ou des pra­tiques spé­ci­fiques n’au­ra aucun impact sur l’in­fra­struc­ture éner­gé­tique mon­diale qui se nour­rit de la des­truc­tion de la Terre. L’é­co­no­mie mon­diale dans sa tota­li­té doit être mise hors-ser­vice.

Que voulez-vous réellement ?

Quel est le plus impor­tant – une éner­gie durable pour que vous puis­siez regar­der votre TV, ou les vies des rivières du monde, des forêts, des ani­maux et des océans ? Pré­fé­re­riez-vous vivre sans eux et elles, sans Terre ? Même s’il s’a­gis­sait d’une option, même si vous n’é­tiez pas soli­de­ment inté­gré à la toile du vivant, pré­fé­re­riez-vous vrai­ment avoir de l’élec­tri­ci­té pour vos lampes, vos ordi­na­teurs et vos engins, plu­tôt que de par­ta­ger l’ex­tase de la coexis­tence avec le reste de la vie sur Terre ? Un monde sans vie, où règnent les machines, est-ce vrai­ment ce que vous vou­lez ?

Si obte­nir ce que vous vou­lez requiert la des­truc­tion de tout ce dont vous avez besoin — un air et de l’eau propres, de la nour­ri­ture saine et des com­mu­nau­tés natu­relles — vous n’al­lez alors pas durer bien long­temps, rien ne dure­ra alors bien long­temps.

Je sais ce que je veux. Je veux vivre dans un monde de plus en plus riche de vie. Un monde qui récu­pé­re­rait de la des­truc­tion, où il y aurait chaque année plus de pois­sons, d’oi­seaux, d’arbres, et de diver­si­té que l’an­née pré­cé­dente. Un monde où je pour­rais res­pi­rer l’air, boire dans les rivières, et man­ger grâce à la Terre. Un monde où les humains vivraient en com­mu­nau­té avec le reste du vivant.

La tech­no­lo­gie indus­trielle n’est pas durable (ni sou­te­nable). L’é­co­no­mie mon­dia­li­sée n’est pas durable (ni sou­te­nable). La valo­ri­sa­tion de la terre comme simple res­source des­ti­née à être exploi­tée par les humains n’est pas durable (ni sou­te­nable). La civi­li­sa­tion n’est pas durable (ni sou­te­nable). Si la civi­li­sa­tion s’ef­fon­drait aujourd’­hui, il fau­drait encore au moins 400 ans pour que l’exis­tence humaine sur la pla­nète devienne véri­ta­ble­ment durable (et sou­te­nable). Si c’est un véri­table déve­lop­pe­ment durable que vous sou­hai­tez, alors déman­te­lez la civi­li­sa­tion dès aujourd’­hui, et conti­nuez à œuvrer pour la régé­né­ra­tion de la Terre pen­dant 400 ans. C’est à peu près le temps qu’il a fal­lu pour créer les struc­tures des­truc­trices au sein des­quelles nous vivons aujourd’­hui, il fau­dra donc au moins ça pour rem­pla­cer ces struc­tures par d’autres béné­fi­ciant à l’en­semble du vivant, et pas seule­ment à une mino­ri­té opu­lente. Cela ne se fera pas en un ins­tant, mais ce n’est pas une rai­son pour ne pas s’y mettre.

D’au­cuns sug­gè­re­ront : « alors reti­rons-nous, construi­sons des alter­na­tives, et le sys­tème s’ef­fon­dre­ra puisque plus per­sonne n’y par­ti­ci­pe­ra ». Cette idée m’a plu aus­si. Mais elle ne peut pas fonc­tion­ner. Ceux qui sont au pou­voir uti­lisent les armes de la peur et de la dette pour main­te­nir leur contrôle. La majo­ri­té des humains de ce monde n’ont pas [ou ne voient pas, NdT] cette option de retrait. Leur peur et leur dette les main­tiennent enchaî­nés à cette pri­son qu’est la civi­li­sa­tion. Votre fuite ne les aide en rien. Votre par­ti­ci­pa­tion à l’as­saut contre les struc­tures de cette pri­son, si.

Nous n’a­vons pas le temps d’at­tendre que la civi­li­sa­tion s’ef­fondre. 90% des grands pois­sons des océans ont dis­pa­ru. 98 % des forêts anciennes ont été détruites. Chaque jour plus de 200 espèces s’é­teignent [sont exter­mi­nées, NdT], pour tou­jours. Si nous atten­dons plus long­temps, il n’y aura plus de pois­sons, plus de forêts, plus aucune trace de vie sur Terre.

Alors, que pouvez-vous faire ?

Dif­fu­sez le mes­sage. Remet­tez en ques­tion les croyances et pré­ju­gés domi­nants. Par­ta­gez cet article avec tous ceux que vous connais­sez.

Écou­tez la Terre. Appre­nez à connaître vos voi­sins non humains. Pre­nez soin les uns des autres. Agis­sez col­lec­ti­ve­ment, pas indi­vi­duel­le­ment. Construi­sez des alter­na­tives, comme les éco­no­mies du don, les sys­tèmes ali­men­taires basés sur la poly­cul­ture, les modèles d’é­du­ca­tion alter­na­tifs et les modes de gou­ver­nance com­mu­nau­taires alter­na­tifs. Créez une culture de résis­tance.

Plu­tôt que de ten­ter de réduire la demande pour les pro­duits d’un sys­tème des­truc­teur, met­tez hors ser­vice leur appro­vi­sion­ne­ment. L’é­co­no­mie, c’est ce qui détruit la pla­nète, alors faites en sorte qu’elle cesse. L’é­co­no­mie mon­dia­li­sée dépend d’un appro­vi­sion­ne­ment constant en élec­tri­ci­té ; l’ar­rê­ter est (presque) aus­si simple qu’ap­puyer sur un inter­rup­teur.

Les gou­ver­ne­ments et l’in­dus­trie ne feront jamais cela pour nous, que nous le leur deman­dions gen­ti­ment, ou que nous les y pous­sions fer­me­ment. Il nous revient de défendre la terre dont nos vies dépendent.

Nous ne pou­vons pas faire cela en tant que consom­ma­teurs, ouvriers ou citoyens. Nous devons agir en tant qu’­hu­mains, en valo­ri­sant la vie plus que la consom­ma­tion, le tra­vail et les plaintes contre le gou­ver­ne­ment.

Ren­sei­gnez-vous et sou­te­nez Deep Green Resis­tance, un mou­ve­ment et une stra­té­gie pour sau­ver la pla­nète. Ensemble, nous pou­vons nous battre pour un monde où il fasse bon vivre. Rejoi­gnez-nous.

Pour reprendre les pro­pos de Lierre Keith, co-auteure du livre Deep Green Resis­tance :

« La tâche de l’ac­ti­viste n’est pas de navi­guer au sein des sys­tèmes d’op­pres­sion avec autant d’in­té­gri­té que pos­sible, mais de les déman­te­ler. »

Kim


Tra­duc­tion : Hélé­na Delau­nay & Nico­las Casaux

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