La culture du narcissisme (par Christopher Lasch & les renseignements généreux)

Un article emprun­té à l’ex­cellent site des ren­sei­gne­ments géné­reux (tiré de leur pdf dis­po­nible à l’a­dresse suivante).


Quel est l’impact du capitalisme sur notre psychisme ?

En 1979, le pen­seur amé­ri­cain Chris­to­pher Lasch pro­po­sa une inter­pré­ta­tion psy­cho-socio­lo­gique des « middle-class » amé­ri­caines dans son ouvrage La culture du nar­cis­sisme. Il y expo­sait com­ment, selon lui, la socié­té capi­ta­liste amé­ri­caine pro­duit des indi­vi­dus à ten­dance nar­cis­sique. Est-ce encore d’actualité ? Cela se limite-t-il aux seules classes moyennes amé­ri­caines ? Il nous a sem­blé que cette ana­lyse dépas­sait le cadre de son étude ini­tiale. Nous avons donc ten­té de rédi­ger une courte syn­thèse libre­ment ins­pi­rée et volon­tai­re­ment réac­tua­li­sée de cet ouvrage.

La conci­sion — et donc le carac­tère quelque peu cari­ca­tu­ral — de cette bro­chure sus­ci­te­ra sans doute un cer­tain scep­ti­cisme. Les géné­ra­li­sa­tions pré­sen­tées ici méri­te­raient nuances et appro­fon­dis­se­ments. Qui pour­rait, en effet, décrire la com­plexi­té de chaque indi­vi­du par l’esquisse de quelques traits pré­ten­du­ment valables pour tous ? Cet expo­sé ne se base pas sur une ana­lyse socio­lo­gique fine de la réa­li­té. Il s’agit juste d’une ten­ta­tive de mise en lumière des ten­dances psy­chiques qui nous semblent dominantes.

A la lec­ture des des­crip­tions psy­cho­lo­giques qui vont suivre, une petite voix du fond de votre conscience souf­fle­ra peut-être « tiens, mais c’est moi ça ! » Soyons clairs : le but de cette bro­chure n’est pas d’éveiller des sen­ti­ments de culpa­bi­li­té. Certes, il nous a sem­blé que les des­crip­tions de Lasch nous invitent à exa­mi­ner ce qui, au cœur de nos rela­tions et de notre inti­mi­té, au centre de nos modes de pen­sée et de notre incons­cient, est pro­fon­dé­ment capi­ta­liste (ou pour­rait être inter­pré­té comme tel). En cela, elles sus­ci­te­ront peut-être en chacun‑e de nous un débat avec sa conscience. Mais, au-delà de son approche psy­cho­lo­gique, cette ana­lyse est avant tout une cri­tique poli­tique : elle sou­tient que le nar­cis­sisme n’est pas le propre de la nature humaine mais un phé­no­mène social.

Enfin, pré­ci­sons que notre pro­pos n’est pas d’ex­po­ser en toute rigueur ce que pense Chris­to­pher Lasch, ni ce qu’il « faut » pen­ser de ce qu’il pense. En ce sens, nous ne pou­vons que vous conseiller la lec­ture de La culture du nar­cis­sisme.

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Quelques définitions en préambule…

Extraites du dic­tion­naire Petit Robert

Nar­cisse :

1. Plante mono­co­ty­lé­done (ama­ryl­li­da­cées) bul­beuse, her­ba­cée, à fleurs cam­pa­nu­lées blanches très odo­rantes, ou jaunes.

2. De Nar­cisse, per­son­nage de la mytho­lo­gie qui s’éprit de lui-même en se regar­dant dans l’eau d’une fon­taine, et fut chan­gé en la fleur qui porte son nom.

Nar­cis­sisme :

Admi­ra­tion de soi-même, atten­tion exclu­sive por­tée à soi.

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« Le nar­cis­sisme est un concept qui ne nous four­nit pas un déter­mi­nisme psy­cho­lo­gique tout fait, mais une manière de com­prendre l’ef­fet psy­cho­lo­gique des récents chan­ge­ments sociaux. […] De fait, le nar­cis­sisme semble repré­sen­ter la meilleure manière d’en­du­rer les ten­sions et anxié­tés de la vie moderne. Les condi­tions sociales qui pré­do­minent tendent donc à faire sur­gir les traits nar­cis­siques pré­sents, à dif­fé­rents degrés, en cha­cun de nous. »

— Chris­to­pher Lasch, La culture du narcissisme.

(Par la suite, en rouge dans le texte, ce sont les cita­tions de Chris­to­pher Lasch)

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Les hantises collectives

« Des avis de tem­pête, des pré­sages de mal­heur, des allu­sions à des catas­trophes hantent notre temps. Le sens de « choses-en-train-de-finir », qui a don­né forme à tant de pro­duc­tions lit­té­raires du XXème siècle, s’est main­te­nant lar­ge­ment répan­du dans l’i­ma­gi­na­tion populaire. »

— Chris­to­pher Lasch, La culture du narcissisme.

Des han­tises peuplent l’i­ma­gi­naire col­lec­tif. Elles favo­risent l’émergence du nar­cis­sisme. Quelles sont-elles ?

L’in­di­vi­du occi­den­tal res­sent la bru­ta­li­té de la socié­té. Il sait que les injus­tices y sont impor­tantes, que la pau­vre­té et les inéga­li­tés pro­gressent. Il voit les men­diants dans la rue, les chiffres du chô­mage. La socié­té ne lui appa­raît pas comme un sys­tème har­mo­nieux ou bien­veillant, mais plu­tôt comme un uni­vers de conflits, avec des per­dants et des gagnants, des domi­nants et des dominés.

Il a conscience des menaces qui pour­raient rava­ger l’humanité, qu’elles soient d’ordre éco­lo­gique (virus, catas­trophe nucléaire, réchauf­fe­ment cli­ma­tique…), social et/ou poli­tique (guerre, ter­ro­risme, sur­po­pu­la­tion, famine…). Ces apo­ca­lypses sont régu­liè­re­ment bran­dies par les médias. Elles lui appa­raissent à la fois proches et loin­taines. Proches dans la mesure où il en entend sou­vent par­ler. Loin­taines dans la mesure où il n’a pas prise sur elles. L’in­di­vi­du occi­den­tal se sent dépas­sé. « Chaque repor­tage lui pré­sente une nou­velle catas­trophe, arbi­traire, impré­vi­sible, sans aucune conti­nui­té avec le jour pré­cé­dent. » Il se sent tout petit face à ces gigan­tesques pro­blèmes. Convain­cu que ses gestes quo­ti­diens auront peu d’impact, il ne voit pas com­ment il pour­rait, à son niveau, chan­ger quoi que ce soit. Il sait que sa vie pour­rait être bou­le­ver­sée à tout ins­tant. Il n’est pas à l’abri d’un acci­dent, d’un licen­cie­ment, d’une agres­sion, d’une mala­die ful­gu­rante, d’une souf­france inte­nable. Il va mou­rir, et il le sait. Plus le temps passe, plus cette pen­sée le hante. La vieillesse lui semble être une souf­france socia­le­ment cachée ou niée. Il pour­rait se retrou­ver dans une mai­son de retraite sor­dide où, chaque jour, la pau­vre­té rela­tion­nelle s’ajoute aux souf­frances physiques.

Quel est le sens de sa vie : la réus­site pro­fes­sion­nelle ? L’amour par­fait ? Des enfants ? La quié­tude ? L’in­di­vi­du occi­den­tal cherche du sens. Un pro­fond vide inté­rieur l’é­treint, une insa­tis­fac­tion per­ma­nente, une frus­tra­tion pro­fonde. Il ne trouve pas de conduite claire à suivre. Les reli­gions lui paraissent géné­ra­le­ment désuètes ou dan­ge­reuses. Ce sen­ti­ment est accen­tué par les contra­dic­tions fla­grantes de la plu­part de ceux qui les pra­tiquent autour de lui. Même s’il tente par­fois de se fixer une éthique per­son­nelle, celle-ci est extrê­me­ment dif­fi­cile à atteindre, ce qui le culpa­bi­lise encore davan­tage. Pour­tant, il rêve de deve­nir un grand sage apai­sé et serein au milieu du tumulte social.

Son envi­ron­ne­ment social est glo­ba­le­ment aride et imper­son­nel. Il peut, bien sûr, créer des liens ami­caux dans son entou­rage, construire sa « tri­bu bien­veillante ». Mais les com­por­te­ments égoïstes, agres­sifs et imper­son­nels consti­tuent son quo­ti­dien, dans les trans­ports en com­mun, dans les maga­sins, sur les routes, sur les plages, etc. Ses rela­tions pro­fes­sion­nelles sont éga­le­ment super­fi­cielles, le plus sou­vent empê­trées dans des rap­ports hié­rar­chiques ou inté­res­sés. Il se sent inter­chan­geable, stres­sé, fati­gué, dans l’attente du bou­quet com­pen­sa­toire « salaire-congés payés ».

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La menace médiatique

« Pris dans un flux d’informations ins­tan­ta­nées, sur­abon­dantes, omni­pré­sentes et kaléi­do­sco­piques, l’individu se sent au milieu d’un car­rou­sel qui tourne autour de lui et n’y découvre aucun point fixe, aucune conti­nui­té : c’est le pre­mier effet de l’information sur lui. Même pour les évè­ne­ments majeurs, il a une peine inouïe à se for­mer une vision juste au tra­vers et au moyen des mille petites touches, variables de cou­leur, d’intensité, de dimen­sions, que lui apporte le jour­nal. Dès le len­de­main sur­git un nou­veau paquet d’informations qui exigent une nou­velle mise au point qu’il n’aura pas le temps de faire. Comme de plus, l’information est presque tou­jours de l’ordre de l’accident, de la catas­trophe ou de la guerre, il a l’impression de vivre dans un monde inco­hé­rent où tout n’est que menace. »

Jacques Ellul, Le sys­tème tech­ni­cien, éd Le Cherche-midi, 2004.

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A l’école, au tra­vail, dans les maga­sins, dans ses loi­sirs, il évo­lue dans un uni­vers d’indifférence, de rela­tions éphé­mères, de rap­ports mar­chands. Son uni­vers fami­lial lui-même lui semble déstruc­tu­ré ou déstruc­tu­rable. Qui n’a pas enten­du par­ler autour de lui de divorces, de familles dépe­cées, de luttes intes­tines entre fra­tries, d’enfants pla­cés, de couples en souffrance ?

L’in­di­vi­du occi­den­tal n’a géné­ra­le­ment aucun espoir de réel chan­ge­ment social ou poli­tique. Les sphères de pou­voir lui paraissent loin­taines, décon­nec­tées de sa vie quo­ti­dienne. Il per­çoit la « poli­tique » comme un monde de cor­rup­tion, de mani­pu­la­tion, de men­songe. Il n’y croit pas ou plus. Sa citoyen­ne­té de soi-disant « démo­crate » est vide, super­fi­ciel­le­ment sol­li­ci­tée pour des élec­tions dont les can­di­dats ont été sélec­tion­nés d’avance et dont il n’a qu’une vague connais­sance des pro­grammes, ou encore pour des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion comme celles sur la sécu­ri­té rou­tière, la contra­cep­tion ou le taba­gisme. La légis­la­tion lui semble extrê­me­ment com­plexe, incom­pré­hen­sible — et d’ailleurs rare­ment expli­quée. Il ne connaît que très par­tiel­le­ment ou confu­sé­ment le fonc­tion­ne­ment de l’État ou de l’administration. Il est dépen­dant des experts pour com­prendre cet uni­vers (avo­cat, juriste, ingé­nieur, etc.).

Toutes ces pen­sées ne forment pas un « Tout » conscient en per­ma­nence dans le psy­chisme de chaque indi­vi­du. Elles émergent plu­tôt de manière éparse, dans l’état de demi-conscience d’un réveil bla­fard, au creux d’un cau­che­mar, en fili­grane d’une dis­cus­sion, d’une pen­sée ou d’un sou­pir. C’est bien sou­vent un sen­ti­ment dif­fus, aus­si bien dans la sphère consciente que dans l’inconscient. Mais ce cli­mat social plonge l’in­di­vi­du occi­den­tal dans une angoisse sourde et latente. Au plus pro­fond de lui, bien qu’il n’en ait pas for­cé­ment tou­jours conscience, il est désespéré.

Nar­cisse est prêt à naître.

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Les stratégies de défense de Narcisse

« Le désastre qui menace, deve­nu une pré­oc­cu­pa­tion quo­ti­dienne, est si banal et fami­lier que per­sonne ne prête plus guère atten­tion aux moyens de l’é­vi­ter. Les gens s’in­té­ressent plu­tôt à des stra­té­gies de sur­vie, à des mesures des­ti­nées à pro­lon­ger leur propre exis­tence ou à des pro­grammes qui garan­tissent bonne san­té et paix de l’esprit. »

Chris­to­pher Lasch, La culture du narcissisme.

Né du déses­poir, Nar­cisse va recher­cher le sou­la­ge­ment. L’être humain ne peut, en effet, rai­son­na­ble­ment vivre dans un tel cli­mat d’angoisse et d’insécurité. Incons­ciem­ment, son psy­chisme va mettre en place toute une série de méca­nismes de défense.

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Se replier sur le présent

L’avenir est mena­çant, la mort inévi­table ? Nous ne pou­vons pas lut­ter contre les menaces per­son­nelles et col­lec­tives qui planent sur nos têtes ?

Autant ne pas y pen­ser et vivre pour soi les ins­tants qui res­tent. Nar­cisse se replie sur le pré­sent, concentre son atten­tion sur la jour­née, la semaine, l’année, les pro­chaines vacances. Ses pro­jets de vie dépassent rare­ment la dizaine d’années ou l’espace tem­po­rel d’un cré­dit immobilier.

De la même manière que Nar­cisse évite de trop sou­vent pen­ser à l’avenir, son pas­sé l’in­té­resse peu. D’ailleurs, les seuls moments où il a étu­dié l’His­toire, ce fut à l’école. Ce n’était guère pas­sion­nant : de grandes dates his­to­riques, des leçons à apprendre pour des exa­mens (entre un cours de maths et un cours de bio­lo­gie), une vision de l’Histoire apla­nie et imper­son­nelle évi­tant géné­ra­le­ment d’aborder réel­le­ment de front les des­tins des indi­vi­dus « non célèbres » (c’est-à-dire la majo­ri­té de la popu­la­tion — le des­tin des femmes étant encore plus fré­quem­ment occul­té), les plaies sociales encore béantes (Pour la France, citons par exemple : la Com­mune de Paris (1848), la guerre d’Algérie (1956–1962), l’accident nucléaire de Tcher­no­byl (1986), le géno­cide du Rwan­da (1994)… autant d’é­vè­ne­ments très rare­ment abor­dés dans l’en­sei­gne­ment secon­daire). Ce dés­in­té­rêt pour l’avenir et le pas­sé est carac­té­ris­tique d’une men­ta­li­té de sur­vie. Nar­cisse va recher­cher à com­bler ses besoins immé­diats, afin d’ac­cé­der à un sou­la­ge­ment, ici et maintenant.

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Se désintéresser de la « politique » et se divertir

Socié­té inhu­maine, tra­vail érein­tant, désastres mena­çants… Vous connais­sez tous cette petite phrase si sou­vent enten­due : « De toute façon, on ne peut rien faire » ; l’at­ti­tude de Nar­cisse reflète « la perte de tout espoir de chan­ger la socié­té, et même de la com­prendre ». Il n’a aucune réelle espé­rance dans l’ac­tion éta­tique ou dans la par­ti­ci­pa­tion au monde poli­tique. Lorsque Nar­cisse vote, c’est géné­ra­le­ment sans grande convic­tion ; il ne s’im­plique dans aucun par­ti ou syndicat.

Face au constat d’impuissance, autant se diver­tir : pen­ser à soi et aux siens, se récon­for­ter par la consom­ma­tion de mul­tiples gad­gets ou de loi­sirs renou­ve­lables à pro­fu­sion. La publi­ci­té n’en pro­pose-t-elle pas chaque jour ?

Pour­tant, pour­quoi Nar­cisse ne puise-t-il pas dans son insa­tis­fac­tion et son déses­poir l’éner­gie néces­saire pour construire une autre poli­tique, d’autres modes de vie, un autre uni­vers social et rela­tion­nel ? Pour­quoi ne tente-t-il pas de chan­ger ses condi­tions de tra­vail, de modi­fier sa vie ?

Ces pro­jets demandent une éner­gie impor­tante, une prise de risque, des bou­le­ver­se­ments de vie, un saut dans l’inconnu. Pour­quoi tro­quer une posi­tion incon­for­table mais habi­tuelle, presque pré­vi­sible, contre un bou­le­ver­se­ment de vie incer­tain, ris­qué, et donc encore plus angois­sant ? Nar­cisse recherche la posi­tion la plus confor­table et ras­su­rante à court terme, celle qui apporte le plus de sou­la­ge­ment immé­diat. Il apprend à « éta­blir une étrange et pai­sible rela­tion d’habitude avec la catas­trophe sociale qu’il pressent en lui et autour de lui ».

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La pub, dopant du narcissisme

Omni­pré­sente, la publi­ci­té joue un rôle fon­da­men­tal dans la construc­tion de l’imaginaire col­lec­tif. Elle nour­rit le psy­chisme de Nar­cisse. Ce der­nier y puise aus­si bien sa jubi­la­tion appa­rente que son pro­fond désespoir.

« À une époque moins com­plexe, la publi­ci­té se conten­tait d’at­ti­rer l’at­ten­tion sur un pro­duit et de van­ter ses avan­tages. Main­te­nant, elle fabrique son propre pro­duit : le consom­ma­teur, être per­pé­tuel­le­ment insa­tis­fait, agi­té, anxieux, bla­sé. La publi­ci­té sert moins à lan­cer un pro­duit qu’à pro­mou­voir la consom­ma­tion comme style de vie. Elle « éduque » les masses à res­sen­tir un appé­tit insa­tiable, non seule­ment de pro­duits, mais d’ex­pé­riences nou­velles et d’ac­com­plis­se­ment per­son­nel. Elle vante la consom­ma­tion, remède uni­ver­sel aux maux fami­liers que sont la soli­tude, la mala­die, la fatigue, l’in­sa­tis­fac­tion sexuelle. Mais simul­ta­né­ment, elle crée de nou­velles formes de mécon­ten­te­ments, […] uti­lise et sti­mule le malaise de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Votre tra­vail est ennuyeux et sans signi­fi­ca­tion ? Il vous donne un sen­ti­ment de fatigue et de futi­li­té ? Votre exis­tence est vide ? Consom­mez donc, cela com­ble­ra ce vide douloureux. […]

La pro­pa­gande de la mar­chan­dise sert une double fonc­tion. Pre­miè­re­ment, elle affirme la consom­ma­tion comme solu­tion de rem­pla­ce­ment à la pro­tes­ta­tion et à la rébel­lion. […] Le tra­vailleur fati­gué, au lieu de ten­ter de chan­ger les condi­tions de son tra­vail, cherche à se revi­go­rer en renou­ve­lant le cadre de son exis­tence, au moyen de nou­velles mar­chan­dises et de ser­vices sup­plé­men­taires. En second lieu, la pro­pa­gande de la mar­chan­dise, ou de la consom­ma­tion de celle-ci, trans­forme l’a­lié­na­tion elle-même en une mar­chan­dise. […] Elle pro­met de pal­lier tous les mal­heurs tra­di­tion­nels, mais elle crée aus­si, ou exa­cerbe, de nou­velles manières d’être mal­heu­reux : l’in­sé­cu­ri­té per­son­nelle, l’an­xié­té quant à la place de l’in­di­vi­du dans la socié­té, l’an­goisse qu’ont les parents de ne pas être capables de satis­faire les besoins de leurs enfants. […]

Bien qu’elle serve le sta­tu quo, la publi­ci­té s’est néan­moins iden­ti­fiée à un chan­ge­ment radi­cal des valeurs, à une « révo­lu­tion dans les manières et la morale ». […] Le dis­po­si­tif de pro­mo­tion de masse […] se met du côté de la femme (ou fait sem­blant) contre l’op­pres­sion mas­cu­line, du côté de l’en­fant contre l’au­to­ri­té de ses aînés. Il est logique, du point de vue de la créa­tion de la demande [consom­ma­tion] que les femmes fument et boivent en public, qu’elles se déplacent libre­ment […] L’in­dus­trie de la publi­ci­té encou­rage ain­si une pseu­do-éman­ci­pa­tion […] et déguise sa liber­té de consom­mer en auto­no­mie authen­tique. De même, elle encense et glo­ri­fie la jeu­nesse dans l’es­poir d’é­le­ver les jeunes au rang de consom­ma­teurs de plein droit, avec télé­phone, télé­vi­sion, appa­reil haute-fidé­li­té dans sa chambre […] Mais si elle éman­cipe femmes et enfants de l’au­to­ri­té patriar­cale, ce n’est que pour mieux les assu­jet­tir au nou­veau pater­na­lisme de la publi­ci­té, des grandes entre­prises indus­trielles et de l’État. »

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Être dévoré par son envie de dévorer

« Les gens se plaignent d’être inca­pables de sen­sa­tion. Ils sont à la recherche d’im­pres­sions fortes, sus­cep­tibles de rani­mer leurs appé­tits bla­sés et de redon­ner vie à leur chair endor­mie. […] Ils bouillonnent d’une colère inté­rieure à laquelle une socié­té bureau­cra­tique, dense et sur­peu­plée, ne peut offrir que peu d’exu­toires légitimes. »

— Chris­to­pher Lasch, La culture du narcissisme.

Les appé­tits de Nar­cisse sont énormes. Il cherche un but, un idéal, une obses­sion à embras­ser. Il est le can­di­dat idéal aux fan­tasmes de richesse, de puis­sance, de pou­voir et de beau­té. Mais dans le même temps, il a conscience que ces appé­tits le rongent, qu’ils sont la source de son insa­tis­fac­tion per­ma­nente. Au fond de lui, il vou­drait se libé­rer de cette avi­di­té, trou­ver une cer­taine quié­tude, un repos.

L’indifférence et le déta­che­ment peuvent per­mettre à Nar­cisse de trou­ver une illu­sion de sou­la­ge­ment dans la tem­pête inté­rieure de dési­rs qui le dévorent. Cette atti­tude consiste à « être là tout en étant essen­tiel­le­ment ailleurs », ten­ter de se pré­ser­ver d’une exis­tence insup­por­table en se dis­tan­ciant de celle-ci, en dis­so­ciant sa vie de sa pen­sée. Nar­cisse tend vers la psychose.

Il apprend, en effet, à ne pas tirer les consé­quences de ses pen­sées, à nier à la fois l’évidence de sa réa­li­té sociale et l’évidence de son désir de chan­ge­ment pro­fond. Son déta­che­ment, ses phases de décou­ra­ge­ment, son immense las­si­tude témoignent d’un désir gran­dis­sant, impal­pable ou épi­so­dique mais pro­fond de « tout lâcher ».

Reste aus­si la voie des sen­sa­tions fortes, l’alcool ou la drogue qui dis­solvent le désir dans d’ar­dentes sen­sa­tions de bien-être (Mais comme le sou­ligne Fran­çois Brune dans Le bon­heur conforme : « Les dro­gués passent pour des mar­gi­naux qui fuient la socié­té de consom­ma­tion. En réa­li­té, ils sont dans sa logique pro­fonde, ils en sont les fruits les plus consé­quents. La ren­contre entre désir d’absolu et culture hédo­niste pro­duit la consom­ma­tion de « para­dis » artificiels… »).

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Se réfugier dans un cynisme confortable

« Le fata­lisme fébrile sert de toile de fond à l’hédonisme à court terme d’un indi­vi­du secrè­te­ment désespéré. »

Fran­çois Brune, Le Bon­heur conforme, éd Gal­li­mard, 1996.

Nar­cisse se réfu­gie dans le déta­che­ment cri­tique et la dis­tan­cia­tion iro­nique. Par la plai­san­te­rie, la moque­rie et le cynisme, il a en effet le sen­ti­ment que ses limites et ses craintes pré­sentent moins d’importance. « Il donne ain­si aux autres et à soi-même, en démy­thi­fiant, l’impression de subli­mer la réa­li­té, même quand il s’y plie et fait ce qu’on attend de lui. » Par le cynisme, il se sent supé­rieur, même si son cynisme est né d’un sen­ti­ment incons­cient de se sen­tir jus­te­ment dépas­sé par les contraintes de son existence.

Ce déta­che­ment iro­nique masque sa pro­fonde souf­france. Et dans le même temps, il para­lyse sa volon­té de trans­for­mer la socié­té. Sans comp­ter l’admiration que sus­cite celui qui se montre fin connais­seur de la déca­dence sociale… Même si le sport qui consiste à décrire sans fin, avec une com­plai­sance variable, la catas­trophe pré­sente, n’est qu’une autre façon de dire « c’est ain­si ». L’humour agit « moins pour prendre quelque dis­tance par rap­port à ses angoisses que pour s’insinuer dans les bonnes grâces de son audi­toire, obte­nir son atten­tion sans lui deman­der de prendre au sérieux l’au­teur ou son sujet. »

D’ailleurs, Nar­cisse raf­fole d’autocritique humo­ris­tique. Se railler, c’est tou­jours char­mer et désar­mer la cri­tique, s’auto-analyser com­plai­sam­ment. A grand coups de men­songe, de cynisme, de diver­tis­se­ment, de néga­tion, d’indifférence, Nar­cisse tente de s’accommoder, de s’arranger avec sa réa­li­té sociale.

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Les médias et le narcissisme

Nar­cisse trouve dans les médias de masse l’une des prin­ci­pales sources de ses angoisses et la confir­ma­tion de son impuissance :

Une consom­ma­tion nar­cis­sique : « Que savoure-t-on exac­te­ment dans la consom­ma­tion d’évènements ? Sou­vent ces mêmes émo­tions troubles que l’on recherche dans les fic­tions : la catas­trophe (qui m’épargne), la révolte (qui m’honore), la gran­deur (du héros emblé­ma­tique auquel je m’identifie), le sus­pense (qui va gagner la guerre d’Irak ?), la com­pas­sion (pro­vi­soire), le sadisme (qui me flatte et que je dénonce aus­si­tôt), bref tout un ima­gi­naire lié à une com­plai­sante dégus­ta­tion de soi. »

Une illu­sion de domi­na­tion du monde : Les médias nous donnent l’impression que le monde tourne autour de nous. « Plus nous sommes sai­sis par les évè­ne­ments, plus nous sommes for­ti­fiés dans le sen­ti­ment que l’époque existe bien, et que nous nous situons en plein centre, dans ce fameux cœur de l’actualité que les jour­na­listes pour­suivent comme le Saint Graal. »

Une illu­sion de par­ti­ci­pa­tion col­lec­tive au théâtre du monde : « L’événement satis­fait notre besoin d’un faux sem­blant de vie démo­cra­tique. On se laisse gagner par la vague idée qu’il nous fait citoyens par le seul fait qu’on se branche sur lui, qu’on devient peuple sou­ve­rain en absor­bant ensemble et en direct les mêmes nou­velles (notam­ment poli­tiques), et qu’il suf­fi­ra d’en par­ler pour accé­der au sta­tut d’Opinion… Bref, à condi­tion de le suivre assi­dû­ment, l’événement nous offre l’illusion d’une par­ti­ci­pa­tion col­lec­tive sous les espèces d’une consom­ma­tion consensuelle. »

Éloge de la fuite : L’actualité est un diver­tis­se­ment per­met­tant de fuir l’angoisse méta­phy­sique, d’oublier l’ennui du quo­ti­dien. En arrière-fond s’exprime « la peur de la mort : non pas la mort comme un simple épi­sode ter­mi­nal de l’existence, mais la mort au pré­sent, c’est-à-dire à chaque moment la fin de chaque moment, ce que conjure pré­ci­sé­ment l’actualité en appor­tant à chaque ins­tant une nou­velle, un renou­veau […] l’événement idéal étant celui qui […] nous fait com­pa­tir à la mort des autres, tout en nous fai­sant oublier la nôtre… » Il s’agit de « conju­rer le sen­ti­ment que nous pour­sui­vons une exis­tence mor­telle par l’illusion que nous ne ces­sions de muter avec l’époque en mutation. »

Toutes les cita­tions entre guille­mets sont extraites de De l’i­déo­lo­gie aujourd’hui, Fran­çois Brune, Paran­gon, 2004.

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Rechercher la valorisation de soi

« Puisque la socié­té n’a pas d’a­ve­nir, il est nor­mal de vivre pour l’ins­tant pré­sent, de fixer notre atten­tion sur notre propre « repré­sen­ta­tion pri­vée », de deve­nir connais­seurs aver­tis de notre propre déca­dence, et enfin, de culti­ver un « inté­rêt trans­cen­dan­tal pour soi-même ». »

Chris­to­pher Lasch, La culture du narcissisme.

Nar­cisse vou­drait sa vie dif­fé­rente, mythi­fiée, gran­diose. Or, com­ment la mythi­fier sans le regard des autres pour la contem­pler, sans un miroir pour se ras­su­rer ? Le nar­cis­sisme rend séduc­teur : Nar­cisse cherche à ce que les autres l’aiment et l’admirent, reflètent son Moi gran­diose. Mani­pu­la­teur sou­vent habile, il est doué pour contrô­ler les impres­sions qu’il donne à autrui, for­ma­li­ser et fein­ter la com­pré­hen­sion, char­mer plu­tôt que convaincre. Il cal­cule ses expres­sions pour voir ses effets sur autrui, traque ses imper­fec­tions pour amé­lio­rer son pou­voir d’impressionner. Nar­cisse a d’ailleurs le sen­ti­ment d’être constam­ment sur­veillé par les autres. Mais, au final, il tire peu de satis­fac­tion de ses pres­ta­tions et, sou­vent, méprise inté­rieu­re­ment ceux qu’il par­vient à mani­pu­ler. La dépré­cia­tion de son entou­rage est d’ailleurs systématique.

Paral­lè­le­ment, Nar­cisse recherche constam­ment ceux qui irra­dient célé­bri­té, puis­sance, cha­risme. Être asso­cié aux « grands hommes » ne confère-t-il pas de l’importance ?

Mais « si Nar­cisse admire un « gagneur » et s’i­den­ti­fie à lui, c’est parce qu’il a peur d’être ran­gé par­mi les « per­dants ». Il espère reflé­ter quelque lumière de son astre ; mais une forte pro­por­tion d’en­vie se mêle à ses sen­ti­ments, et son admi­ra­tion tourne sou­vent en haine si l’ob­jet de son atta­che­ment fait quoi que ce soit qui lui rap­pelle sa propre insi­gni­fiance. »

Tout cela ne le satis­fait pas. Il s’é­va­lue sans cesse et doute beau­coup de lui-même. Son moral est oscil­lant et chao­tique. Sa dés­illu­sion est per­ma­nente, source d’animosité et de mécon­ten­te­ment. Nar­cisse est de ten­dance dépres­sive. Quand il prend conscience qu’il devra peut-être vivre sans être célèbre et mou­rir sans que les autres ne se soient jamais ren­dus compte de l’espace micro­sco­pique qu’il occupe sur cette pla­nète, c’est un coup dévas­ta­teur pour son iden­ti­té. Nar­cisse a peur de faire par­tie des « médiocres », des gens « ordi­naires », et méprise inté­rieu­re­ment les gens « nor­maux ». D’ailleurs, il raf­fole de la psy­cho­lo­gie, y trouve un sup­port de fan­tasme d’omnipotence et de jeu­nesse éter­nelle, l’équivalent moderne du Salut : « Je trou­ve­rai la san­té men­tale grâce à la psy­cha­na­lyse ! ». Il est le can­di­dat idéal pour des ana­lyses inter­mi­nables. Nar­cisse cherche ain­si à apprendre à s’aimer suf­fi­sam­ment pour ne pas avoir besoin des autres pour être heureux.

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La santé mentale, l’équivalent moderne du Salut ?

« N’ayant pas l’es­poir d’a­mé­lio­rer leur vie de manière signi­fi­ca­tive, les gens sont convain­cus que, ce qui comp­tait, c’é­tait d’a­mé­lio­rer leur psy­chisme : sen­tir et vivre plei­ne­ment leurs émo­tions, se nour­rir conve­na­ble­ment, prendre des leçons de bal­let ou de danse du ventre, s’im­mer­ger dans la sagesse de l’O­rient, faire de la marche ou de la course à pied, apprendre à éta­blir des rap­ports authen­tiques avec autrui, sur­mon­ter la « peur du plai­sir ». […] Assailli par l’an­xié­té, la dépres­sion, un mécon­ten­te­ment vague et un sen­ti­ment de vide inté­rieur, « l’homme psy­cho­lo­gique » du XXème siècle ne cherche vrai­ment ni son propre déve­lop­pe­ment ni une trans­cen­dance spi­ri­tuelle, mais la paix de l’es­prit, dans des condi­tions de plus en plus défa­vo­rables. […] Il se tourne vers [les thé­ra­peutes] dans l’es­poir de par­ve­nir à cet équi­valent moderne du salut : la « san­té mentale ». »

Chris­to­pher Lasch, La culture du nar­cis­sisme.

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Ressentir une incapacité relationnelle

Bien qu’il en res­sente un désir ardent, Nar­cisse ne sait pas s’entendre avec autrui. En témoigne son manque de curio­si­té à leur égard. Bien qu’il sache se mettre en scène, il est, le plus sou­vent, inca­pable de réel­le­ment s’at­tris­ter de la peine d’autrui, inca­pable d’é­prou­ver des sen­ti­ments spon­ta­nés, inca­pable de s’intéresser aux autres sin­cè­re­ment et dura­ble­ment. Ses rela­tions sont géné­ra­le­ment insa­tis­fai­santes. Nar­cisse est pro­fon­dé­ment désen­chan­té sur ses rap­ports humains, convain­cu au fond de lui que la recherche de domi­na­tion marque toutes les relations.

Pour­tant, il pro­clame régu­liè­re­ment des valeurs : Ami­tié, Amour, Inti­mi­té, Liber­té. Mais, plus il les pro­clame, plus il a ten­dance à les fuir. Par exemple, son culte de l’intimité dis­si­mule la crainte de ne jamais la trou­ver. Sa vie inté­rieure n’est d’ailleurs pas un refuge. Il la dévoile sou­vent pour séduire, être accla­mé, n’hésite pas à men­tir pour déclen­cher la sym­pa­thie. « Bien que Nar­cisse puisse fonc­tion­ner dans le monde de tous les jours et charme sou­vent son entou­rage (l’un de ses meilleurs atouts étant de se livrer à de « pseu­dos-révé­la­tions de sa per­son­na­li­té »), sa dépré­cia­tion des autres, ain­si que son manque de curio­si­té à leur égard, appau­vrissent sa vie per­son­nelle et ren­forcent « l’ex­pé­rience sub­jec­tive du vide ». »

Angois­sé par la dépen­dance et l’engagement, Nar­cisse pré­fère les « titilla­tions affec­tives » et n’assume pas l’entière res­pon­sa­bi­li­té de ses liai­sons. Obsé­dé par la per­for­mance, il recherche la satis­fac­tion sexuelle comme fin en soi, fait des demandes extra­va­gantes, ron­gé par ses propres appé­tits. L’intensité de ses besoins l’a­mène à avoir des exi­gences consi­dé­rables à l’égard de ses amis et de ses par­te­naires sexuels. Cepen­dant, tout effrayé qu’il est par l’ardeur de ses besoins pro­fonds, ceux des autres l’hor­ri­fient tout autant. Il refoule donc pério­di­que­ment ses exi­gences et ne demande qu’une rela­tion désin­volte sans pro­messe de per­ma­nence d’au­cune part. Il cherche à être aimé mais il a peur d’aimer.

« Notre société fait qu’il est de plus en plus difficile pour un individu de connaître une amitié profonde et durable, un grand amour […] les relations personnelles […] prennent un caractère de combat. »

Nar­cisse veut tout, tout de suite, mais ne veut pas s’engager. « Bien déci­dé à mani­pu­ler les émo­tions des autres tout en se pro­té­geant lui-même de toute souf­france affec­tive, cha­cun, par mesure de sécu­ri­té, s’in­gé­nie à paraître super­fi­ciel, affiche un déta­che­ment cynique, qu’il ne res­sent qu’en par­tie, mais qui devient une habi­tude, et, en tout cas, rem­plit d’a­mer­tume les rela­tions per­son­nelles, ne serait-ce qu’à force d’être pro­cla­mé. En même temps, on attend des rela­tions intimes la richesse et l’in­ten­si­té d’une expé­rience reli­gieuse. »

S’il se sent mal à l’aise lorsqu’il lui arrive de faire des demandes, c’est parce qu’il redoute que l’autre ne se sente du même coup auto­ri­sé à lui en faire à son tour. Nar­cisse a du mal à ima­gi­ner un besoin affec­tif qui ne cherche pas à dévo­rer l’objet auquel il s’attache. Il condamne vio­lem­ment la jalou­sie et la pos­ses­si­vi­té, et fait preuve d’une fami­lia­ri­té désin­volte, évi­tant tout enga­ge­ment affec­tif mais l’exigeant de son par­te­naire. Prô­nant sou­vent le désen­ga­ge­ment affec­tif comme ver­tu, Nar­cisse est le can­di­dat idéal aux théo­ries de « l’amour libre ». Mais, pas­sé la période d’euphorie, il est géné­ra­le­ment déçu et res­sent un pro­fond déta­che­ment affec­tif. Il se plaint d’une inca­pa­ci­té émo­tion­nelle à res­sen­tir quoi que ce soit, « plus gelé à l’intérieur, plus ani­mé à l’extérieur ».

Simul­ta­né­ment, Nar­cisse aspire à se libé­rer de sa propre avi­di­té et de sa colère, à atteindre un déta­che­ment tran­quille au-delà de toute émo­tion, à dépas­ser sa dépen­dance à l’égard des autres. Il rêve d’être indif­fé­rent aux rela­tions humaines et à la vie elle-même : il pense qu’il serait ain­si capable d’en accep­ter la précarité.

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Être à la fois victime et bourreau

Nar­cisse a ten­dance à pro­je­ter par­tout les angoisses et agres­sions qu’il reçoit : dans sa vie intime, pro­fes­sion­nelle ou poli­tique. Il repro­duit le sen­ti­ment d’être ins­tru­men­ta­li­sé en ins­tru­men­ta­li­sant, trans­pose la bru­ta­li­té de sa vie sociale dans sa vie intime. Toutes les ren­contres, même les plus intimes, deviennent alors l’occasion d’utiliser l’autre comme un objet de plai­sir ou de pou­voir. Nar­cisse repro­duit sou­vent incons­ciem­ment, dans ses rela­tions, l’exploitation qu’il res­sent ou subit.

La plu­part du temps domi­né et dépas­sé par les évè­ne­ments, il sai­sit toutes les occa­sions de se com­por­ter en domi­nant. Par exemple, « Nar­cisse connaît sou­vent une grande réus­site dans sa vie pro­fes­sion­nelle. Il lui est facile de mani­pu­ler les impres­sions per­son­nelles : la maî­trise qu’il a de leurs sub­ti­li­tés est un atout pour lui dans les orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles et poli­tiques où le ren­de­ment compte moins que la « visi­bi­li­té », « l’é­lan » et un beau « tableau de chasse ». […] L’en­vi­ron­ne­ment inter­per­son­nel sur­peu­plé de la bureau­cra­tie moderne, dans lequel le tra­vail revêt un carac­tère abs­trait, presque tota­le­ment dis­so­cié de son exé­cu­tion, encou­rage et sou­vent récom­pense, par sa nature même, une réac­tion narcissique. »

L’une des carac­té­ris­tiques du sys­tème capi­ta­liste consiste à trans­for­mer les vic­times en bour­reau. Ce sta­tut ambi­va­lent contri­bue à une frac­ture men­tale et à des com­por­te­ments sociaux en contra­dic­tion les uns avec les autres.

« Nous sommes trop inat­ten­tifs, ou trop occu­pés de nous-mêmes, pour nous appro­fon­dir les uns les autres : qui­conque a vu des masques, dans un bal, dan­ser ami­ca­le­ment ensemble, et se tenir par la main sans se connaître, pour se quit­ter le moment d’après, et ne plus se voir ni se regret­ter, peut se faire une idée du monde. »

Vau­ve­nargues, Maximes et pen­sées, éd du Rocher, 2003.

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Vivre dans la contradiction

Dans son livre 1984, Orwell décri­vait la « double-pen­sée », cette capa­ci­té de l’être humain d’in­té­rio­ri­ser deux affir­ma­tions oppo­sées. Cette déstruc­tu­ra­tion des liens logiques est pal­pable dans la per­son­na­li­té de Nar­cisse. Par exemple :

Il prône « la coopé­ra­tion et le tra­vail en équipe tout en nour­ris­sant des impul­sions pro­fon­dé­ment anti­so­ciales » et s’en­ferme sou­vent dans des atti­tudes de « tolé­rance hos­tile ».

Il rejette la reli­gion mais appa­raît comme un être de croyances, dans la mesure où il délègue sans cesse à d’autres ce qu’il doit pen­ser et faire (experts, entre­prises, sectes, etc. ).

Il est extrê­me­ment cynique et désa­bu­sé par le monde poli­tique mais conti­nue à voter pour tel ou tel parti.

Il exalte le res­pect des règle­ments mais triche dès qu’il peut. Il se conforme aux normes sociales « par crainte d’être puni par autrui, mais il se voit sou­vent comme un hors-la-loi et se repré­sente les autres de cette manière. »

« Il se veut super­fi­ciel­le­ment déten­du et tolé­rant, ne cherche pas à impo­ser ses propres cer­ti­tudes aux autres, mais il se crispe sur ses posi­tions s’il se sent attaqué. »

Il bouillonne de dési­rs et de colère mais se veut sociable, inco­lore, soumis.

Il com­bine le « sen­ti­ment d’une déca­dence de la socié­té » avec une « uto­pie tech­no­lo­gique ». La cer­ti­tude que nous cou­rons à la ruine côtoie une croyance impli­cite en le pro­grès de la technique.

Nous pour­rions mul­ti­plier ces exemples, et nous en trou­ve­rons sans doute de nom­breux autour de nous ou en nous-mêmes.

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La double-pensée

« La méfiance à l’égard de la publi­ci­té, tout en conti­nuant à consom­mer, le rejet de la poli­tique-spec­tacle, tout en se pas­sion­nant pour ce qui s’y déroule, font de nous des êtres para­doxaux. Ce brouillage idéo­lo­gique auquel la publi­ci­té contri­bue for­te­ment nous amène à adhé­rer à des « cer­ti­tudes » de plus en plus oppo­sées : l’idéal du tout auto­mo­bile et la satu­ra­tion des routes, le triomphe de la com­mu­ni­ca­tion et l’expansion des soli­tudes, les sirènes de la crois­sance éco­no­mique et la marée du chô­mage. Il faut croire tout et son contraire, ce que l’écrivain Orwell appe­lait dans 1984 « la double-pen­sée ». Il s’agit d’une véri­table frac­ture men­tale où cha­cun doit faire tenir ensemble les tristes don­nées de l’expérience quo­ti­dienne et l’incessante impré­gna­tion d’une idéo­lo­gie ambiante qui « posi­tive à mort ». »

Fran­çois Brune, De l’i­déo­lo­gie aujourd’­hui, éd Paran­gon, 2004.

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Le narcissisme comme phénomène social

Extrait de De notre ser­vi­tude invo­lon­taire, Alain Accar­do, Agone, 2001.

« Toute socié­té repro­duit sa culture — ses normes, ses pos­tu­lats sous-jacents, ses modes d’or­ga­ni­sa­tion de l’ex­pé­rience — dans l’in­di­vi­du, sous la forme de la per­son­na­li­té. Comme le disait Dur­kheim, la per­son­na­li­té est l’in­di­vi­du socialisé. »

Chris­to­pher Lasch, La culture du nar­cis­sisme.

La science sociale a mis « en lumière le fait fon­da­men­tal de la socia­li­sa­tion, […], struc­tu­ra­tion simul­ta­née d’agents col­lec­tifs (groupes de toutes dimen­sions et toutes struc­tures) et d’agents indi­vi­duels (membres de ces groupes) por­teurs de pro­prié­tés adé­quates. De ce point de vue, la vieille oppo­si­tion clas­sique individu/société se révèle dépour­vue de tout fon­de­ment autre qu’une croyance méta­phy­sique. […] Un sys­tème social, quel qu’il soit, existe tou­jours sous cette double forme : autour de nous sous une forme objec­tive, dans le foi­son­ne­ment des ins­ti­tu­tions, appa­reils, orga­ni­sa­tions, tech­niques, clas­se­ments, dis­tri­bu­tions, répar­ti­tions, régle­men­ta­tions, codes, etc., et en nous sous forme d’ensembles struc­tu­rés, plus ou moins cohé­rents et com­pa­tibles, de dis­po­si­tions per­son­nelles, incli­na­tions, ten­dances, moti­va­tions, com­pé­tences et apti­tudes à fonc­tion­ner dans un tel envi­ron­ne­ment objec­tif. Pour qu’un sys­tème social fonc­tionne et se repro­duise, il faut qu’il y ait une rela­tive congruence entre struc­tures externes et struc­tures internes façon­nées par une même his­toire. […] Notre Moi se construit à par­tir des struc­tures objec­tives exis­tantes : par le biais de sa socia­li­sa­tion, l’individu en inté­rio­rise la logique de fonc­tion­ne­ment et en incor­pore les modèles et les normes, au fil des expé­riences liées à sa tra­jec­toire per­son­nelle. Deux socié­tés dif­fé­rentes, ou deux époques his­to­riques dif­fé­rentes d’une même socié­té, ne peuvent façon­ner le même type d’individu. En retour, à mesure qu’il se construit, l’individu tend à s’autonomiser rela­ti­ve­ment (à deve­nir un sujet) et à réagir sur les struc­tures en place pour les repro­duire et les modi­fier tout à la fois dans des pro­por­tions variables.

Tel est le conte­nu socio­lo­gique mini­mum qu’il importe de don­ner à la notion de social, faute de quoi l’analyse des faits sociaux ne peut que s’enliser dans d’insurmontables anti­no­mies entre un dehors sans rap­port avec un dedans et un dedans sans lien avec un dehors. […] Ain­si donc, lorsque nous pro­cla­mons notre hos­ti­li­té au « sys­tème capi­ta­liste », et que toutes les cri­tiques que nous for­mu­lons s’adressent exclu­si­ve­ment à ses struc­tures éco­no­mi­co-poli­tiques objec­ti­vées, il est clair que notre ana­lyse s’est arrê­tée à mi-che­min et que nous avons oublié de nous inter­ro­ger sur la par­tie inté­rio­ri­sée du sys­tème, c’est-à-dire sur tout ce qui en nous contri­bue à faire fonc­tion­ner ces struc­tures, causes de tant de dégâts autour de nous.

Car enfin, ces struc­tures éco­no­mi­co-poli­tiques ne pour­raient pas fonc­tion­ner sans le concours de ce que cer­tains socio­logues ont appe­lé un « esprit du capi­ta­lisme », c’est-à-dire sans une adhé­sion sub­jec­tive des indi­vi­dus qui engage, au-delà même des idées conscientes et des sen­ti­ments expli­cites, les aspects les plus pro­fonds et les plus incons­cients de leur per­son­na­li­té, tels qu’ils ont été façon­nés par leur socia­li­sa­tion dans le sys­tème. […] Si un sys­tème nous pro­duit (ou contri­bue à nous pro­duire) en tant que membres de tel groupe à telle époque, cela veut dire que, par le biais de méca­nismes sur les­quels on est encore loin d’avoir fait toute la clar­té, les déter­mi­na­tions sociales que nous inté­rio­ri­sons deviennent véri­ta­ble­ment chair et sang. Le social s’incarne en chaque indi­vi­du, et ses déter­mi­na­tions, une fois incor­po­rées à notre sub­stance, jouent par rap­port à notre façon d’être au monde le même rôle à la fois indis­pen­sable et non per­cep­tible que nos os et nos ten­dons jouent dans notre loco­mo­tion, […], elles ne sont plus res­sen­ties comme des contraintes exté­rieures mais comme des mou­ve­ments dont le point de départ se situe dans l’intimité la plus pro­fonde de notre moi. […] 

Il est tou­jours pos­sible de contraindre une masse d’agents sociaux à l’obéissance en recou­rant à une répres­sion plus ou moins féroce. Mais un sys­tème fonc­tion­nant uni­que­ment à la coer­ci­tion ne serait pas viable long­temps. Pour évi­ter d’avoir à cas­ser conti­nû­ment des têtes, il vaut mieux façon­ner dura­ble­ment les corps et « l’esprit » qui les habite. Pour la lon­gé­vi­té d’un sys­tème, il faut impé­ra­ti­ve­ment que ceux qui le font fonc­tion­ner soient dis­po­sés à le faire de leur plein gré, au moins pour l’essentiel. Et plus leur adhé­sion est spon­ta­née, moins ils ont besoin de réflé­chir pour obéir, mieux le sys­tème se porte. […] 

On com­pren­dra mieux ain­si pour­quoi je consi­dère que la cri­tique d’un sys­tème capi­ta­liste ne peut s’en tenir aux méthodes tra­di­tion­nelles de lutte éco­no­mique et poli­tique, et se conten­ter de mettre en cause les struc­tures objec­tives de l’ordre éta­bli (par exemple le mar­ché incon­trô­lé des capi­taux finan­ciers ou la poli­tique de pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics ou le carac­tère tech­no­cra­tique de la construc­tion euro­péenne, etc.), mais qu’elle doit, en outre et en même temps, mettre en cause la part que nous pre­nons per­son­nel­le­ment, même et sur­tout si ce n’est pas inten­tion­nel, à la « bonne » marche de l’ensemble. Ce retour réflexif de la cri­tique du sys­tème sur elle-même est une entre­prise dif­fi­cile car elle ne peut que heur­ter, de prime abord, la bonne conscience des oppo­sants au sys­tème, qui croient géné­ra­le­ment avoir assez fait en dénon­çant le carac­tère per­ni­cieux des struc­tures objec­tives de l’ordre capi­ta­liste en leur refu­sant leur adhé­sion expresse, sans même soup­çon­ner en quoi une telle prise de posi­tion cri­tique, en rai­son même de son carac­tère par­tiel, peut contri­buer au fonc­tion­ne­ment du système. »

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En guise de conclusion

« Le type de révo­lu­tion intel­lec­tuelle auquel l’œuvre de Lasch nous invite ne pour­ra être que très mal accueilli par le public « éclai­ré », celui qui se sait, par droit divin, situé à jamais dans le camp du Bien et de la Véri­té. […] sans doute parce que pour lui, une idée n’est pas tant un moyen de com­prendre le monde que celui d’a­pai­ser ses propres inquiétudes. »

— Jean-Claude Michéa, pré­face de La culture du nar­cis­sisme.

Fina­le­ment, qui est Nar­cisse ? Est-ce une cari­ca­ture ? Est-ce une des­crip­tion de com­por­te­ments par­fois déce­lables en nous et autour de nous, à des degrés divers ?

Vous avez sans doute noté ou res­sen­ti de mul­tiples contra­dic­tions dans cet expo­sé qui ne se pré­sente pas comme une « bulle de cohé­rence » mais comme un ques­tion­ne­ment sur ce qui, dans notre vie intime et nos rap­ports per­son­nels, semble consti­tuer les mêmes struc­tures de domi­na­tion que celles que nous cri­ti­quons au niveau poli­tique et social.

Répé­tons-le, il ne s’a­git là que d’in­ter­pré­ta­tions de la réa­li­té sociale, réa­li­sées à par­tir de ce que nous avons com­pris des ana­lyses de Chris­to­pher Lasch. Cet expo­sé, trop concis, aurait gagné à étu­dier dans quelle mesure les médias, le sys­tème poli­tique actuel, le tra­vail, l’école ou encore la publi­ci­té consti­tuent autant d’encouragements et d’exutoires créant et avi­vant le nar­cis­sisme. En effet, nous sommes convain­cus que le sys­tème actuel a tout inté­rêt à favo­ri­ser la « pro­duc­tion » en grand nombre de Nar­cisses. Par leur confor­misme et leur cynisme, ces der­niers sont en effet, à court terme, les meilleurs garants de l’ordre éta­bli et de la culture de consom­ma­tion hédoniste.

Lais­sons le mot de la fin à Chris­to­pher Lasch : « [Est-ce] cri­mi­nel que les citoyens blancs de la classe moyenne se com­plaisent à exa­mi­ner leur moi, alors que leurs com­pa­triotes moins chan­ceux luttent et crèvent de faim [?] Il faut cepen­dant com­prendre que ce n’est pas par com­plai­sance mais par déses­poir que les gens s’ab­sorbent en eux-mêmes, et que ce déses­poir n’est pas l’a­pa­nage de la seule classe moyenne. […] L’ef­fon­dre­ment de la vie per­son­nelle ne pro­vient pas de tour­ments spi­ri­tuels réser­vés aux riches, mais de la guerre de tous contre tous, qui a tou­jours fait rage dans les couches infé­rieures de la popu­la­tion et qui s’é­tend à pré­sent au reste de la socié­té […] [le nar­cis­sisme] se révé­lant essen­tiel­le­ment une défense contre les pul­sions agres­sives plu­tôt qu’un amour de soi. »

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Dans les États occidentaux — mais ailleurs aussi, selon toute probabilité — il existe un microcosme de personnalités écologistes autorisées et régulièrement invitées dans les médias de masse, assez appréciées des autorités de leur pays respectif, et qui, pour ces raisons, représentent à elles seules, aux yeux du grand public, la mouvance écologiste. « La » mouvance, parce que ces écologistes font grosso modo la promotion des mêmes idées, des mêmes croyances. Ils se congratulent d’ailleurs régulièrement les uns les autres, faisant immanquablement référence aux travaux des uns et des autres dans leurs différents ouvrages — édités par d’importantes maisons d’édition, ou produits par d’importantes boites de production, et chroniqués dans les plus grands quotidiens. [...]
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Transphobie, antisémitisme, etc. : réponse au piètre Gelderloos et aux chancres de l’antifascisme (par Nicolas Casaux)

Les insultes donnent-elles plus de poids à un argumentaire ? Il faut croire que Gelderloos le pense, qui me traite de toutes sortes de noms d’oiseaux et me prête toutes sortes de positions dans un texte récemment traduit de l’anglais par « le Groupe Antifasciste Lyon et Environs », et publié sur le site Rebellyon.info[1]. Ce texte, truffé de mensonges, parfois par omission, de calomnies et d’absurdités en tous genres, qui s’apparente à une longue injure, appelle une mise au point. Voici donc :