Je suis contre la violence (la journée type d’un‑e non-violent‑e)

Je suis contre la violence.

Je suis contre la vio­lence, et ce matin, après m’être levé‑e, et avoir pris une douche d’eau bien chaude (très cer­tai­ne­ment chauf­fée à l’aide de com­bus­tibles fos­siles, qui impliquent dif­fé­rents pro­ces­sus d’extractions et de trai­te­ments, mais nous y revien­drons plus tard), je me suis servi‑e un verre de jus d’orange — très pro­ba­ble­ment en pro­ve­nance du Bré­sil, le pre­mier expor­ta­teur mon­dial d’oranges, où poussent plus de 60 % des oranges consom­mées sur la pla­nète & où des « mil­liers d’ouvriers tra­vaillent dans des condi­tions indignes et noyées de pes­ti­cides » — qui, lui aus­si, à tra­vers ses diverses étapes de trans­ports et d’emballage, aura néces­si­té des extrac­tions de com­bus­tibles fos­siles, et entrai­né les émis­sions de gaz à effet de serre qui s’ensuivent.

Le lait qui accom­pagne mes céréales (céréales issues de mono­cul­tures indus­trielles, ayant elles aus­si néces­si­té des extrac­tions et l’utilisation de com­bus­tibles fos­siles, et l’épandage de pro­duits chi­miques toxiques dans l’air, dans les cours d’eau et dans l’atmosphère) pro­vient pro­ba­ble­ment d’un éle­vage indus­triel, en effet plus de 70% des vaches lai­tières subissent l’in­hu­ma­ni­té de cette indus­trie : entas­sées dans des han­gars, elles sont trai­tées pen­dant toute leur (courte) vie comme de véri­tables machines à lait (gros­sesses for­cées, autre­ment dit, des viols ; traite inten­sive ; souf­frances phy­siques et émo­tion­nelles ; les veaux femelle sont uti­li­sées pour rem­pla­cer les vaches lai­tières qu’on envoie à l’a­bat­toir tan­dis que les veaux mâle repartent dans le cir­cuit de la viande ; sachant qu’il ne s’agit là que d’un trop bref résu­mé de l’atrocité de cette indus­trie).

Mon café, qui a tra­ver­sé les océans du globe en bateau, a ensuite été trans­por­té en poids lourd, pour finir dans un des rayons de l’épicerie de mon quar­tier, a donc, lui aus­si, néces­si­té des extrac­tions et l’utilisation de com­bus­tibles fos­siles & a donc lui aus­si entraî­né des émis­sions de gaz à effet de serre, par­ti­ci­pant ain­si au réchauf­fe­ment cli­ma­tique glo­bal. Il pro­vient peut-être lui aus­si du Bré­sil, qui en est le pre­mier pro­duc­teur ; peut-être même de l’É­tat de São Pau­lo où se situe le pre­mier port caféier du monde. Les cultures vivrières des peuples de ces zones pro­duc­trices ont été rem­pla­cées, à cause du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé, par des cultures d’exportations (donc pol­luantes, et par­ti­ci­pant du réchauf­fe­ment glo­bal) dont dépendent leurs maigres salaires (les pays indus­tria­li­sés consomment envi­ron 70 % du café pro­duit dans le monde).

Je suis contre la vio­lence, et je suis contre la guerre, même si mon pays est le deuxième plus gros ven­deur d’armes du monde, comme me l’apprennent les pré­sen­ta­teurs d’une émis­sion de radio que j’écoute tran­quille­ment ce matin, dans ma voi­ture, en me ren­dant sur mon lieu de travail.

Je suis contre la vio­lence, et ma voi­ture, d’origine étran­gère, a été construite à par­tir de matières pre­mières extraites dans dif­fé­rents pays du globe (et donc trans­por­tées, et donc à nou­veau com­bus­tibles fos­siles, extrac­tions, émis­sions, mais vous com­men­cez à com­prendre); peut-être qu’une par­tie du cuivre pro­vient de Zam­bie, où les com­pa­gnies d’extraction cupri­fère diri­gées par des Chi­nois « bafouent régu­liè­re­ment la légis­la­tion et les régle­men­ta­tions du tra­vail des­ti­nées à garan­tir la sécu­ri­té et le droit des tra­vailleurs à s’organiser », comme le sou­ligne Human Rights Watch. Ou peut-être qu’il pro­vient de la mine de Gras­berg, en Indo­né­sie, la troi­sième plus impor­tante mine de cuivre du monde, dont l’histoire est émaillée de vio­lences et de dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales (« les papous paient le prix fort pour leurs terres ances­trales volées, pillées, sac­ca­gées, pol­luées. Leur cos­mo­vi­sion bafouée, les leurs assas­si­nés, spo­liés, exploi­tés, tor­tu­rés, là encore, c’est le domaine de la déme­sure et les enjeux ne penchent pas en faveur d’une paix pro­chaine »), et qui appar­tient à l’entreprise Freeport-McMoRan.

Une fois arrivé‑e au bureau, je me mets au bou­lot sur mon « poste de tra­vail » ; mon ordi­na­teur, lui aus­si le pro­duit du trans­port mon­dia­li­sé de matières pre­mières (com­bus­tibles fos­siles et émis­sions de gaz à effet de serre) et de la répartition/division des tâches entre nations (les nations déve­lop­pées se voyant attri­buer la lourde tâche de la vente et de l’utilisation des outils élec­tro­niques déjà assem­blés par les nations en déve­lop­pe­ment ou sous-déve­lop­pées qui se voient attri­buer l’honneur de pou­voir four­nir les matières pre­mières, de fabri­quer et mon­ter ces appa­reils), fini­ra, une fois arri­vé à son stade d’obsolescence pro­gram­mée — même chose pour les télé­vi­sions, les smart­phones, les tablettes, et autres gad­gets élec­tro­niques — par n’être plus qu’un E‑déchets par­mi ces mon­tagnes que l’on envoie pour « recy­clage » (un euphé­misme pour évi­ter de par­ler des pol­lu­tions, des dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales et des pro­blèmes sani­taires que cela engendre) dans les pays en déve­lop­pe­ment (selon l’Organisation Inter­na­tio­nale du Tra­vail, 80% des E‑déchets « finissent par être envoyés, sou­vent illé­ga­le­ment, dans les pays en déve­lop­pe­ment pour être recy­clés par des cen­taines de mil­liers de tra­vailleurs infor­mels », avec « des impli­ca­tions néga­tives en termes de san­té et d’environnement »).

A Agbog­blo­shie, au Gha­na, zone de décharges pour E‑déchets…

Lors de ma pause déjeu­ner, mes col­lègues et moi-même nous ren­dons dans un res­tau­rant, à proxi­mi­té du bureau ; aujourd’­hui, je penche pour du pois­son en guise de plat prin­ci­pal ; je suis contre la vio­lence, et pour­tant l’ap­pé­tit vorace du sys­tème (la civi­li­sa­tion indus­trielle) dont je par­ti­cipe a fait dis­pa­raître 90% des grands pois­sons des océans du monde, a détruit la moi­tié des popu­la­tions d’animaux marins en moins de 40 ans, ain­si que la moi­tié des ani­maux sau­vages, a recou­vert 88% de la sur­face des océans par des micro-frag­ments de plas­tique (13 mil­lions de tonnes de déchets plas­tiques ont été déver­sés dans les mers en 2010), déverse chaque année 150 000 tonnes d’hydrocarbures, 1,8 mil­lion de tonnes de pro­duits toxiques liés aux débal­las­tages illé­gaux et volon­taires des bateaux, et 6 mil­lions de tonnes de pol­luants en pro­ve­nance des fleuves, dans les océans.

Les oiseaux de l’île de Mid­way meurent l’es­to­mac rem­pli de plastiques

En reve­nant du res­tau­rant, nous nous arrê­tons pour « faire les bou­tiques » dans quelques-uns de nos maga­sins de vête­ments préférés.

Je suis contre la vio­lence, et pour­tant les vête­ments que j’achète dans les maga­sins néces­sitent, en plus des matières pre­mières extraites et trans­por­tées à tra­vers le globe (com­bus­tibles fossiles/émissions de GES), le tra­vail (l’exploitation) de mil­lions d’enfants, et d’adultes éga­le­ment, dans des condi­tions indé­centes et pour des salaires ridi­cules. Je suis contre la vio­lence, et pour­tant les fibres plas­tiques des vête­ments en poly­es­ter ou en acry­lique que j’a­chète « pol­luent les océans, et repré­sentent une menace pour les espèces aqua­tiques », autre­ment dit, per­turbent et par­ti­cipent à la des­truc­tion de ces éco­sys­tèmes. Les sub­stances chi­miques qui com­posent cer­tains de mes vête­ments et sont pré­sentes dans de nom­breux objets de la vie cou­rante (poêles anti-adhé­sives, pro­duits anti-taches, embal­lages ali­men­taires, etc) « per­sistent très long­temps dans l’en­vi­ron­ne­ment, où elles se pro­pagent de manière tenace. Selon Green­peace, des traces de PFC ont été retrou­vées dans le foie d’ours polaires », sachant que « des études ont mon­tré une toxi­ci­té sur le ron­geur et l’hu­main. Récem­ment, des tra­vaux publiés dans le JAMA (Jour­nal Jour­nal of the Ame­ri­can Medi­cal Asso­cia­tion) ont sug­gé­ré qu’une expo­si­tion in ute­ro affai­blis­sait le sys­tème immu­ni­taire des enfants ».

Après une longue après-midi de dur labeur pas­sée au bou­lot, je me détends en ava­lant un car­ré de cho­co­lat dont je lis que les tablettes sont « éla­bo­rées dans la plus pure tra­di­tion fran­çaise ». Je suis contre la vio­lence, et pour­tant ce cho­co­lat que j’apprécie et qui pro­vient pro­ba­ble­ment des cacaoyers d’Afrique, et plus pré­ci­sé­ment de Côte d’Ivoire, qui en est le pre­mier pro­duc­teur, est peut-être récol­té par des four­nis­seurs qui « emploient des enfants, qui plus est dans des condi­tions de tra­vail dan­ge­reuses et pénibles », sachant que « nombre de ces enfants seraient ven­dus par des tra­fi­quants qui les enlèvent ou les achètent dans des pays voi­sins de la Côte d’Ivoire ». Je suis contre la vio­lence, et pour­tant les sucre­ries que je mange — mais pas seule­ment ces sucre­ries — ont un arrière-gout amer d’esclavagisme.

Des enfants tra­vaillent dans les plan­ta­tions de cacaoyers en Côte d’Ivoire

Ma tech­nique, pour gérer les quelques scru­pules qui m’assaillent inté­rieu­re­ment de temps à autre, consiste à les enfouir ou à les igno­rer ; je me pré­pare donc ce soir à faire la fête avec des amis. Je passe quelques ins­tants à la salle de bain, pour me par­fu­mer et me maquiller.

Je suis contre la vio­lence, et pour­tant, de sombres pra­tiques se cachent der­rière les cos­mé­tiques et les médi­ca­ments que l’on retrouve dans ma salle de bain ; en effet chaque année, rien qu’en Europe, plus de 11 mil­lions d’animaux (chiens, chats, che­vaux, oiseaux, pri­mates…) sont tor­tu­rés et tués (« des macaques rhé­sus pros­trés dans leur cage, le visage ensan­glan­té par les tré­pa­na­tions, le crâne sur­mon­té d’un implant en titane pour accé­der direc­te­ment et de manière per­ma­nente à leur cer­veau ») dans des labo­ra­toires (« la France, qui a four­ni des don­nées pour 2010 – contrai­re­ment aux autres pays membres –, fait par­tie des cham­pions avec 2,2 mil­lions d’animaux uti­li­sés »), dans le but d’évaluer, de tes­ter et de pro­duire dif­fé­rentes sortes de pro­duits (médi­ca­ments, cos­mé­tiques, etc.).

A ce pro­pos, on peut lire ce qui suit dans un article inti­tu­lé « Les éle­vages de la honte »:

Der­rière les 11,5 mil­lions d’animaux tor­tu­rés chaque année dans les labo­ra­toires euro­péens se cache toute une éco­no­mie. Il y a, entre autres, les four­nis­seurs d’alimentation spé­cia­le­ment conçue pour déve­lop­per des mala­dies, les firmes de maté­riel pour les expé­riences, les trans­por­teurs, mais aus­si les éle­veurs spécialisés.

Ain­si, à Gan­nat, en Auvergne, la socié­té Har­lan a t‑elle fait de la sou­ris et du chien son fond de com­merce. « Sur les sou­ris, on fait pous­ser des cel­lules can­cé­reuses humaines, explique le direc­teur de l’élevage au jour­nal La Mon­tagne. Nous pro­dui­sons éga­le­ment entre 1500 et 2000 chiens par an. Ils per­mettent de tes­ter la toxi­ci­té des médi­ca­ments. Dans notre pays, envi­ron 5.000 chiens sont uti­li­sés pour la recherche tous les ans. Mais nous ne tra­vaillons pas que pour la France ». A Gan­nat, les chiens sont tous des beagles. L’intérêt ? « Le beagle est une race ni trop grande, ni trop petite et comme il vous lèche la main quoi que vous lui fas­siez, on expé­ri­mente sur lui sans anal­gé­sique, ni anesthésie ! »

[…] On n’élève pas que de la sou­ris et du chien en France. Il y a aus­si les singes. Témoin, le centre de pri­ma­to­lo­gie de Nie­de­rhaus­ber­gen (Alsace), géré par l’Université de Stras­bourg, qui héberge entre 600 et 800 pri­mates chaque année. Plus de 60% d’entre eux sont en tran­sit. En pro­ve­nance des fermes d’Asie et de l’île Mau­rice, les macaques sont pla­cés en qua­ran­taine puis reven­dus (envi­ron 5000 euros l’animal) à des labo­ra­toires de recherche bio­mé­di­cale. Le minis­tère de l’agriculture a auto­ri­sé l’extension du centre : selon les nou­velles normes, il pour­ra accueillir jusqu’à 1 600 singes, dont la plu­part pren­dront le che­min des supplices.

Bien sûr, toutes les étapes de pro­duc­tion de ces pro­duits consomment des com­bus­tibles fos­siles et émettent du gaz à effet de serre dans l’atmosphère, par­ti­ci­pant ain­si au réchauf­fe­ment cli­ma­tique glo­bal dont la liste des effets dra­ma­tiques s’allonge d’année en année : aggra­va­tion des évé­ne­ments météo­ro­lo­giques extrêmes, déclin de la sur­vie des espèces ani­males et végé­tales, ren­de­ments agri­coles modi­fiés, évo­lu­tion des mala­dies, dépla­ce­ments mas­sifs de populations.

Je rejoins ensuite mes ami-e‑s à la ter­rasse d’un café, pour « boire un coup » ; les rares fois où des sujets éco­lo­giques et/ou poli­tiques seront abor­dés, plu­sieurs d’entre nous fini­ront par expli­quer com­ment et pour­quoi ils ont foi en une amé­lio­ra­tion des choses, notam­ment grâce aux éner­gies « renou­ve­lables », bien sou­vent asso­ciées à une sorte de salut de l’humanité, qui pour­rait par-là conti­nuer sur la voie si noble sur laquelle elle semble enga­gée. Ces solu­tions miracles sont une des rai­sons pour les­quelles j’affirme être contre la vio­lence, puisque mani­fes­te­ment, ces éner­gies « renou­ve­lables » (prin­ci­pa­le­ment, mais pas seule­ment, bien d’autres pseu­do-solu­tions tech­no­lo­giques me sont régu­liè­re­ment ven­dues dans les médias) vont per­mettre de régler en dou­ceur tous les pro­blèmes aux­quels l’humanité fait face, et tous les pro­blèmes que pose l’humanité à la vie sur Terre.

Je suis contre la vio­lence, et en Chine, les usines qui traitent les terres rares néces­saires pour les pan­neaux solaires et les éoliennes rejettent chaque année des dizaines de mil­lions de tonnes de boue toxique, qui rem­plissent actuel­le­ment le lac (100% toxique) de Bao­tou, un lieu où des pay­sans culti­vaient autre­fois la terre. En Chine tou­jours, en 2010 (mais ça n’est cer­tai­ne­ment pas un inci­dent iso­lé), les rejets toxiques d’une usine de fabri­ca­tion de pan­neaux solaires à Hai­ning dans l’Est du ter­ri­toire, ont intoxi­qué des rivières, tuant la majeure par­tie des pois­sons qui s’y trou­vaient. Le pro­blème des éner­gies « renou­ve­lables » est briè­ve­ment mais clai­re­ment résu­mé dans un excellent article à lire en sui­vant ce lien (extrait : « Les pan­neaux solaires et les éoliennes ne sont pas faits à par­tir de rien. Ils sont faits de métaux, de plas­tiques, de pro­duits chi­miques. Ces pro­duits ont été extraits du sol, trans­por­tés, trai­tés, mani­pu­lés. Cha­cun de ces stades laisse der­rière lui une trai­née dévas­ta­trice : des­truc­tion d’habitat, conta­mi­na­tion de l’eau, colo­ni­sa­tion [néo-colo­ni­sa­tion, aus­si appe­lée néo-libé­ra­lisme, mon­dia­li­sa­tion, etc.], déchets toxiques, tra­vail for­cé [escla­vage moderne], émis­sions de gaz à effet de serre, guerres et pro­fits cor­po­ra­tistes. »).

Le lac de Bao­tou, en Chine, près des usines de trai­te­ment des terres rares qui servent pour les pan­neaux solaires, éoliennes, et pour l’élec­tro­nique en général.

Je suis contre la vio­lence, mais la civi­li­sa­tion indus­trielle, dont je par­ti­cipe, fait dis­pa­raître (com­prendre : tue) plus de 200 espèces (ani­males et/ou végé­tales) par jour, selon l’ONU ; elle a éga­le­ment conta­mi­né la tota­li­té des biomes de la pla­nète de ses pol­luants chi­miques toxiques, elle détruit machi­na­le­ment tous les éco­sys­tèmes du globe et a ren­du l’air que je res­pire (et que je ne suis pas le/la seul‑e à res­pi­rer) can­cé­ri­gène (l’air est effec­ti­ve­ment clas­sé comme can­cé­ri­gène par l’OMS depuis 2013), en rem­pla­çant au fur et à mesure le natu­rel (« qui n’est pas le pro­duit d’une pra­tique humaine ») par l’ar­ti­fi­ciel (« qui est fabri­qué, fait de toutes pièces ; qui imite la nature, qui se sub­sti­tue à elle ; qui n’est pas natu­rel ») ; il s’a­git là d’une vio­lence (« force exer­cée par une per­sonne ou un groupe de per­sonnes pour sou­mettre, contraindre quel­qu’un ou pour obte­nir quelque chose » ou encore « acte(s) d’a­gres­sion com­mis volon­tai­re­ment à l’en­contre d’au­trui, sur son corps ou sur ses biens ») extrême et uni­ver­selle à l’en­contre de la nature et de l’hu­ma­ni­té ; vio­lence qui accom­pagne sys­té­ma­ti­que­ment le déve­lop­pe­ment et l’expansion sans fin de l’organisation sociale appe­lée « civi­li­sa­tion ».

Cet expo­sé (bien trop court) de ce que je cau­tionne et encou­rage à tra­vers mes actes du quo­ti­dien est loin d’être exhaus­tif. En effet, la liste des des­truc­tions et des folies jour­na­lières qui rythment le déve­lop­pe­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle est invrai­sem­blable et qua­si-impos­sible à appré­hen­der entiè­re­ment par une seule personne.

Je suis contre la vio­lence, et avant de m’en­dor­mir, le soir,  bien au chaud, dans ma belle maison…

…je me dis que je tra­vaille dur pour obte­nir un salaire qui me per­mette d’être un rouage utile à la machine des­truc­trice qu’est la civi­li­sa­tion indus­trielle, dont une mince par­tie du fonc­tion­ne­ment a été résu­mé ci-des­sus, et que je ne sup­porte pas ces jeunes, et moins jeunes, qui osent par­ler de sabo­tages, de déso­béis­sance civile, d’affrontements, de blo­cages, d’oc­cu­pa­tions, de fau­chages, de ZAD, de grèves, de bar­ri­cades ; que ce n’est pas ain­si qu’on change les choses, qu’ils se trompent, qu’il faut voter si l’on n’est pas satis­fait, car j’aime à croire que nous vivons en démo­cra­tie, même si la réa­li­té est tout autre…

Nico­las Casaux

 

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  1. 2ème com­men­taire avant de dormir…
    Il trop tard pour l’Es­pagne de 36 et pour la cuis­son au feu de bois (j’in­siste pour dire que ça pol­lue vrai­ment beau­coup). Votre texte est vrai­ment bien écrit et entrai­nant et vous avez rai­son si ce que vous dites est un plai­doyer dont le thème serait « l’en­fer est pavé de bonnes inten­tions ». Vous avez aus­si rai­son phi­lo­so­phi­que­ment, car vous expo­sez brillam­ment « la vio­lence dans la non-vio­lence », consé­quence du prin­cipe dia­lo­gique. Vous oubliez cepen­dant son corol­laire : « la non-vio­lence de la vio­lence » qui est le point de vue inverse, valable depuis que les homo erec­tus confec­tionnent des armes de chasse et des cou­teaux. C’est aus­si le point de vue de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, qui gou­verne par la majo­ri­té par­tielle, par les élites, et par un 49–3 ins­crit dans la consti­tu­tion comme un outil démo­cra­tique par­mi d’autres.
    En omet­tant de for­mu­ler cette « non-vio­lence de la vio­lence », en refu­sant de l’in­car­ner, vous omet­tez de consi­dé­rer que votre dis­cours puisse aus­si ser­vir tous les autres dis­cours anti-sys­tème. Ceux de mes amis qui se sont le plus réjoui du « brexit » sont mes amis titu­laires du RSA. Ils sont à la marge du « sys­tème » actuel et ils en sont dépen­dants. Ren­ver­ser le sys­tème fera certes tom­ber quelques peu les élites tant hon­nies, mais les fera cre­ver de faim. Vou­lez-vous les encou­ra­ger davan­tage ? Vous même, qui éla­bo­rez ce dis­cours, vous le publiez sur Inter­net. N’est-ce pas un peu absurde ?
    Com­ment faites-vous pour écrire ce texte sur la vio­lence de la non-vio­lence en l’es­ti­mant cohé­rent, quand vous avez acquis toutes ces infor­ma­tions grâce à des sys­tèmes tech­ni­co-sociaux per­mis par la démo­cra­tie et par la liber­té d’information ?

    Certes, le monde moderne détruit la pla­nète. Mais le monde d’a­vant 1492 n’a­vait pas conscience de la pla­nète. Pré­fé­rez-vous donc la vie à la conscience de la vie ? Ce com­bat de la vie avec/contre la conscience est soit per­du d’a­vance, soit gagné d’a­vance « any­way ». Per­du, parce que je pré­fère l’hu­ma­ni­té à la pois­so­ni­té, comme beau­coup de mes congé­nères à l’i­mage de vous-même. Gagné, parce qu’aus­si sadique que nous puis­sions être vis à vis des enfants ivoi­riens et de la bio­sphère, il y aura une bio­sphère long­temps après nous et il y aura des enfants jus­qu’à la fin de l’hu­ma­ni­té. Est-il alors bien néces­saire de don­ner l’im­pres­sion au lec­teur qu’il serait bon de détruire ce que la conscience a per­mis à l’hu­ma­ni­té d’accomplir ?

    1. « le monde d’avant 1492 n’avait pas conscience de la pla­nète », je ne suis pas d’ac­cord. Je ne crois pas au mythe du pro­grès, les peuples pre­miers avaient des cultures très diverses, et pro­ba­ble­ment des consciences variées en décou­lant. Je trouve ça limite indé­cent et insul­tant pour nos ancêtres qui avaient l’in­tel­li­gence de ne pas détruire la pla­nète, quand nous nous pré­ten­dons intel­li­gents parce que des­truc­teurs. Absurde. Je ne pré­fère pas l’hu­ma­ni­té à la pois­so­ni­té, du tout, je pré­fère le déve­lop­pe­ment et la pros­pé­ri­té pour la vie, pour l’en­semble du vivant que sa des­truc­tion. « Ce que la conscience a per­mis à l’humanité d’accomplir », encore une fois, à part détruire la pla­nète je ne vois pas bien. Ah Bee­tho­ven, Bach, le par­thé­non ? Parce qu’on a fait ça, on a accom­pli quelque chose ? On détruit la vie, mais c’est excu­sable parce qu’on le fait en musique. Non. Vrai­ment pas. & a nou­veau, la conscience exis­tait avant.

  2. Certes votre article décrit une réa­li­té et nos actions ain­si que ce sys­tème doivent ces­ser. reve­nir à quelque chose de plus juste et humain et sans toutes ces hor­reurs. Mais je trouve que vous oubliez aus­si que l’Oc­ci­dent n’est pas tendre avec son propre peuple et que tout le monde n’a pas de belle mai­son… C’est un point de vue par le prisme de quel­qu’un qui a la chance d’a­voir ce que cette stu­pide socié­té veut que nous ayons pour réus­sir et au fond très pas­sif e si défai­tiste. Vous oubliez aus­si l’es­poir car même si il y a toutes ces hor­reurs, il y a aus­si ceux qui veulent les com­battre tout le monde n’est là à déplo­rer ce qui ne va pas sans rien faire et même si ce sont des gouttes d’eaux dans cet océan humain si pas­sif. Elles peuvent chan­ger la donne. « le déve­lop­pe­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle est invrai­sem­blable et qua­si-impos­sible à appré­hen­der entiè­re­ment par une seule per­sonne. » Quand à cette phrase je la trouve réduc­trice et sur­tout si pes­si­miste, heu­reu­se­ment il existe des cer­veaux qui peu à peu appré­hendent cette soi disant civi­li­sa­tion si impos­sible à com­prendre. C’est réduc­teur de croire que une per­sonne ne peut l’ap­pré­hen­der car n’est ce pas jus­te­ment ce que vous faites dans cet article ? Je trouve ça contra­dic­toire de dire cela et faire l’inverse…

  3. J’ap­pré­cie le texte « je suis contre la vio­lence » mais pas la réponse à un com­men­taire cri­tique pour être cri­tique. On peut tou­jours dire tout et son contraire. Faire vio­lence à la non-vio­lence c’est faire vio­lence tout court ! Le détrac­teurs non construc­tifs sont des freins puis­sants aux avan­cées posi­tives. Ayant été membre du MIR/IRG, du CNAPD, ayant assis­té à des confé­rences de Jean Van Lierde, pre­mier objec­teur de conscience en Bel­gique (homme doué d’une force excep­tion­nelle grâce aux actions non-vio­lente), je reste convain­cu de l’ef­fi­ca­ci­té et du bien fon­dé cette non-vio­lence. Pour le reste, l’His­toire a prou­vé l’inefficacité totale de la vio­lence et en par­ti­cu­lier de la vio­lence structurelle.

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Dans son dernier livre, Petit traité de résistance contemporaine, Cyril Dion explique que la société écolo idéale qu’il imagine correspond à la dystopie technocratique imaginée par Isabelle Delannoy dans son livre L’économie symbiotique. Il expose donc ainsi assez explicitement à la fois son soutien du capitalisme vert et du solutionnisme technologique. Pour bien le comprendre, voici une brève présentation de ce livre d’Isabelle Delannoy. [...]