Cet article résume les prin­ci­paux points du discours (inti­tulé « Impo­ser les droits sexuels des hommes dans le droit inter­na­tio­nal huma­ni­taire ») prononcé par Sheila Jeffreys, une ancienne profes­seure de science poli­tique de l’uni­ver­sité de Melbourne, en Austra­lie, lesbienne et fémi­niste radi­cale, lors de l’évè­ne­ment We Need To Talk ‘Incon­ve­nient Women’ (Nous devons parler, ‘Les femmes qui déran­gent’) orga­nisé par Venice Allan à Londres le 13 juin 2018. Une trans­crip­tion complète (en anglais) est dispo­nible ici. Pour en savoir plus sur la pers­pec­tive fémi­niste de Sheila Jeffreys, vous pouvez égale­ment lire ce texte.

Note des Traduc­teurs : La version française des Prin­cipes de Jogja­karta traduit l’ex­pres­sion gender iden­tity par « iden­tité de genre », ce qui reflète la confu­sion qui existe dans la langue anglaise entre les concepts de gender et de sex, alors que c’est une iden­tité sexuelle, soit l’ap­par­te­nance à l’autre sexe, qui est récla­mée ; Sheila Jeffreys rela­ti­vise cet usage fautif du mot gender en le citant entre guille­mets.


Que sont les Prin­cipes de Jogja­karta ?

Les Prin­cipes de Jogja­karta ont été créés lors d’une rencontre en Indo­né­sie en 2007 ; en 2017, d’autres prin­cipes leurs ont été ajou­tés, sous le quali­fi­ca­tif de « Plus 10 ». Parmi leurs signa­taires on retrouve d’im­por­tants mili­tants en faveurs des droits humains, d’im­por­tants juristes et fonc­tion­naires.

Ce docu­ment fourni une charte de droits d’im­por­tance cruciale pour les gays et les lesbiennes.

« Les Prin­cipes de Jogja­karta, en ce qui concerne les droits des gays et des lesbiennes, sont très néces­saires. Il est malheu­reux qu’ils soient compro­mis et subver­tis par la créa­tion de droits prin­ci­pa­le­ment en faveur des hommes hété­ro­sexuels qui se traves­tissent à l’image de femmes. » (Jeffreys, 2018)

Les éléments posi­tifs des Prin­cipes de Jogja­karta sont large­ment esca­mo­tés par une section portant sur « l’iden­tité de genre ». Les consé­quences poten­tielles de cette « iden­tité de genre » sont peut-être passées inaperçues aux yeux de ceux qui consi­dèrent que cette section ne fait qu’en­cou­ra­ger la protec­tion des « trans­genres » contre la violence et la discri­mi­na­tion. Cepen­dant, ce n’est pas le cas. La section sur « l’iden­tité de genre » menace les droits de toutes les femmes.

Le concept de l’iden­tité de genre « menace la notion même des droits des femmes en tant que droits humains. » (Jeffreys, 2018)

Cette section portant sur  « l’iden­tité de genre » vise à inscrire dans le droit l’idée selon laquelle le « genre » (c’est-à-dire les rôles et stéréo­types sexuels) serait inné, à suppri­mer les mesures de protec­tion des femmes biolo­giques, et à faire en sorte que la critique fémi­niste du « genre » devienne une forme de discri­mi­na­tion.

Le « genre » est l’ou­til patriar­cal qui sert à oppri­mer les femmes. Il « ordonne les compor­te­ments de deux groupes d’in­di­vi­dus dans une hiérar­chie oppres­sive compre­nant les subor­don­nées, les femmes, et les domi­nants, les hommes » (ibid.). Dans ce système, la « fémi­nité » consti­tue l’at­ti­tude assi­gnée à la classe subor­don­née, et la « mascu­li­nité », celle de la classe domi­nante.

Les Prin­cipes de Jogja­karta affirment étran­ge­ment que la « protec­tion du genre » est une compo­sante de la lutte pour l’éga­lité des femmes :

« PRENANT NOTE : […] que le respect des droits sexuels, de l’orien­ta­tion sexuelle et de l’iden­tité de genre fait partie inté­grante de la réali­sa­tion de l’éga­lité entre les hommes et les femmes et que les États doivent prendre des mesures pour parve­nir à l’éli­mi­na­tion des préju­gés et des pratiques coutu­mières fondées sur l’idée de l’in­fé­rio­rité ou de la supé­rio­rité de l’un ou l’autre sexe ou d’un rôle stéréo­typé des hommes et des femmes […] » (Prin­cipes de Jogja­karta, p.9, 2007)

Rempla­cer « iden­tité de genre » par « stéréo­types de rôles sexuels » permet de faire ressor­tir la nature contra­dic­toire de cette affir­ma­tion :

« Le respect des stéréo­types de rôles sexuels fait partie inté­grante de la réali­sa­tion de l’éga­lité entre les hommes et les femmes, […] les États doivent prendre des mesures pour parve­nir à l’éli­mi­na­tion des préju­gés et des pratiques coutu­mières fondées sur l’idée de l’in­fé­rio­rité ou de la supé­rio­rité de l’un ou l’autre sexe ou d’un rôle stéréo­typé des hommes et des femmes. »

La protec­tion du « genre »  est en réalité la protec­tion de l’op­pres­sion des femmes.

Les origines de la section portant sur l’iden­tité de genre des Prin­cipes de Jogja­karta

La section portant sur « l’iden­tité de genre » des Prin­cipes de Jogja­karta est le produit des campagnes de propa­gande orga­ni­sées par des hommes traves­tis, dans le but de proté­ger leur féti­chisme maso­chiste sexuel en l’ins­cri­vant dans le droit. Ces hommes tirent leur plai­sir de l’éro­ti­sa­tion de la subor­di­na­tion des femmes. Aux USA, les acti­vistes en faveur des droits des hommes ont compilé une « liste de souhaits de la manière dont ils voudraient que leurs fantasmes sexuels soient auto­ri­sés et proté­gés par l’État » (Jeffreys, 2018). Cette liste portait le nom de Inter­na­tio­nal Bill of Trans­gen­der Rights 1995 (Décla­ra­tion inter­na­tio­nale des droits des trans­genres 1995), et a servi de modèle pour la section portant sur « l’iden­tité de genre » des Prin­cipes de Jogja­karta.

Des exigences qui étaient aupa­ra­vant consi­dé­rées comme outran­cières sont désor­mais discrè­te­ment accep­tées en raison de l’as­so­cia­tion incon­tes­tée entre les droits des gays et des lesbiennes et ceux des « trans­genres ». Sheila Jeffreys explique que cette asso­cia­tion problé­ma­tique pour­rait décou­ler de la croyance histo­rique de certains sexo­logues selon laquelle les hommes homo­sexuels avaient « un cerveau de femme dans un corps d’homme » (ibid.). L’orien­ta­tion sexuelle et « l’iden­tité de genre » sont désor­mais telle­ment assi­mi­lées que l’acro­nyme SOGI (Sexual Orien­ta­tion and Gender Iden­tity) est régu­liè­re­ment utilisé dans les campagnes pour les droits humains.

Cette asso­cia­tion, extrê­me­ment préju­di­ciable, rend diffi­cile le fait de soute­nir les droits des gays et des lesbiennes sans céder aux exigences des féti­chistes sexuels mascu­lins.

« Pour ne donner qu’un seul exemple, les lesbiennes en Afrique du Sud sont très souvent violées et assas­si­nées dans un État qui s’en lave les mains. Et actuel­le­ment, nous ne pouvons pas soute­nir leurs droits sans égale­ment soute­nir les droits de traves­tis hété­ro­sexuels de s’im­mis­cer dans les espaces réser­vés aux femmes, de profi­ter des oppor­tu­ni­tés qui leurs sont réser­vées, de se faire passer pour des ‘les­bien­nes’ et de faire pres­sion sur les lesbiennes pour qu’elles acceptent le pénis. » (Jeffreys, 2018)

Comment l’im­plé­men­ta­tion des Prin­cipes de Jogja­karta nuirait-elle aux femmes ?

  • L’au­to­dé­cla­ra­tion de « genre » ou l’abo­li­tion des espaces réser­vés aux femmes

Les Prin­cipes de Jogja­karta promeuvent la pratique de l’au­to­dé­cla­ra­tion de « genre ». Au Royaume-Uni, des critères « médi­caux » arbi­traires sont présen­te­ment requis pour qu’une personne soit léga­le­ment auto­ri­sée à chan­ger de « genre » — les Prin­cipes de Jogja­karta rejettent l’idée même que des critères puissent être exigés.

« Cela signi­fie que n’im­porte quel homme qui se traves­tit le weekend, ou qui n’ap­porte aucun chan­ge­ment à son appa­rence, qui garde son pénis et sa barbe, peut léga­le­ment être reconnu comme une femme s’il le réclame. » (Jeffreys, 2018)

Cela signi­fie qu’il suffit à n’im­porte quel homme de le souhai­ter pour qu’il soit léga­le­ment auto­risé à entrer dans un espace aupa­ra­vant réservé aux femmes.

L’au­to­dé­cla­ra­tion de « genre » signi­fie­rait qu’il ne pour­rait plus exis­ter d’es­paces réser­vés à un seul sexe. Un homme pour­rait entrer dans un espace autre­fois réservé aux femmes du simple fait de prétendre qu’il est main­te­nant une femme. Il serait, par exemple, « trans­phobe » pour un établis­se­ment de conser­ver des cabi­nets de toilettes distincts en fonc­tion du sexe.

[NdT : Pour bien comprendre la réalité des problèmes que pose l’au­to­dé­cla­ra­tion de genre, et ce dans le monde entier, quelques exemples : en Norvège, à Stavan­ger, très récem­ment, Brigitte, qui prenait sa douche dans les vestiaires pour femmes de son gymnase habi­tuel, a été fort éton­née de tomber nez-à-nez avec un homme nu, pénis à l’air. L’in­di­vidu en ques­tion, n’y voyant aucun problème, lui a expliqué qu’il avait effec­tué un chan­ge­ment juri­dique de genre et qu’il était donc une femme (en Norvège aussi, c’est possible). Brigitte a alors contacté les gérants du gymnase pour leur faire part de son désar­roi et pour leur deman­der s’il n’était pas possible que les trans­sexuels disposent d’un vestiaire à part qui leur soit réservé. Manque de bol c’est elle qui s’est faite pour­suivre en justice pour discri­mi­na­tion (« trans­pho­bie »). Il y a quelques jours, au Canada, Jona­than Yaniv, un homme devenu une femme sur simple décla­ra­tion verbale, qui possède donc encore ses organes géni­taux mascu­lins, a décidé de pour­suivre en justice 16 esthé­ti­ciennes qui avaient refusé de lui épiler le scro­tum (les testi­cules), pour discri­mi­na­tion (il est une femme, il devrait avoir droit et accès à tout ce à quoi les femmes ont droit et accès !). Au Canada, toujours, à Toronto, et très récem­ment aussi, dans un foyer pour femmes en conva­les­cence, Hanna, ancienne ambu­lan­cière qui travaille désor­mais dans l’in­dus­trie des services, a été contrainte de parta­ger une chambre double avec une « trans­femme », soit un homme qui se dit femme, mais qui est toujours physique­ment homme. Parce qu’elle avait été violée par le passé, le fait de devoir parta­ger sa chambre avec une personne physique­ment homme lui causa beau­coup de stress, de l’an­xiété liée à la résur­gence des souve­nirs de son agres­sion, et l’em­pê­cha de dormir. D’autres femmes du foyer se sentaient pareille­ment mal-à-l’aise. Mais lorsqu’elle s’est plainte auprès du tribu­nal des droits humains de l’On­ta­rio de ce que le foyer pour femmes avait placé « une trans­femme physique­ment homme » dans sa chambre, dans son espace, on lui répon­dit que c’était elle qui commet­tait un acte de « discri­mi­na­tion » en faisant réfé­rence à cette personne comme à un homme. Je pour­rais conti­nuer encore et encore, les exemples de ce type sont légion, et de plus en plus nombreux.]

  • La confu­sion des termes sexe et « genre »

Les Prin­cipes de Jogja­karta ne défi­nissent aucune diffé­rence entre le « genre » (une construc­tion sociale) et le sexe (la réalité maté­rielle) — cela signi­fie que lorsqu’une personne change de « genre », elle obtient le statut juri­dique de l’autre sexe.

Ce docu­ment semble déli­bé­ré­ment encou­ra­ger cette fusion des termes, permise par l’usage commun, en anglais, du mot gender en tant que syno­nyme de sex. À certains endroits, les auteurs du docu­ment révèlent qu’ils comprennent bien que le sexe est un concept qui diffère du « genre » — par exemple, lorsqu’ils font réfé­rence à la crimi­na­li­sa­tion des rela­tions « de même sexe ». Ici, ils recon­naissent que seules les rela­tions avec le même sexe sont crimi­na­li­sées :

« Abro­ger toutes les lois crimi­na­li­sant l’ac­ti­vité sexuelle consen­tie entre personnes de même sexe en âge de consen­te­ment […] » (Prin­cipes de Jogja­karta, p.14, 2007)

Cepen­dant, ailleurs, ils défi­nissent inten­tion­nel­le­ment l’ho­mo­sexua­lité comme l’at­trac­tion pour le même « genre » plutôt que pour le même sexe, afin de promou­voir leur agenda — rempla­cer la recon­nais­sance du sexe par celle du « genre » (auto­dé­claré).

« Les Prin­cipes de Jogja­karta substi­tuent le genre, soit la compré­hen­sion féti­chiste mascu­line de ce que sont les femmes, au sexe, élimi­nant ainsi les protec­tions des femmes en tant que classe oppri­mée sur la base de son sexe biolo­gique. » (Jeffreys, 2018)

Le mot « genre » est souvent utilisé comme s’il était syno­nyme du mot « sexe ». Cette confu­sion dissi­mule l’objec­tif des mili­tants pour les « droits des trans », qui est de rempla­cer toute recon­nais­sance ou réfé­rence juri­dique au sexe biolo­gique par une réfé­rence à « l’iden­tité de genre » auto-décla­rée. Ce chan­ge­ment évin­ce­rait effec­ti­ve­ment la notion de droits des femmes au profit de celle des « droits sexuels » des hommes.
  • L’ef­fa­ce­ment des lesbiennes

Sheila Jeffreys souligne que ce sont prin­ci­pa­le­ment des hommes qui font campagne pour les droits liés au « genre » (c’est-à-dire pour les droits sexuels des hommes). Les femmes qui « tran­si­tionnent » — des lesbiennes, prin­ci­pa­le­ment — « sont les dommages colla­té­raux de ce qui se trans­forme de plus en plus en un mouve­ment pour les droits sexuels des hommes. » (ibid.)

Les Prin­cipes de Jogja­karta défi­nissent l’ho­mo­sexua­lité comme l’at­trac­tion envers le même « genre » plutôt qu’en­vers le même sexe, tout en stipu­lant que la parole d’un homme (l’au­to­dé­cla­ra­tion) est tout ce qu’il faut pour lui permettre d’être juri­dique­ment consi­déré comme une femme. Cela signi­fie qu’un homme avec un pénis pour­rait affir­mer être une lesbienne et faire pres­sion sur les lesbiennes pour qu’elles les acceptent dans leurs espaces et leurs commu­nau­tés ; il serait ainsi large­ment en mesure de mani­pu­ler des lesbiennes jeunes ou vulné­rables pour qu’elles lui accordent un droit d’ac­cès sexuel.

Les femmes qui confron­te­raient cet homme en affir­mant qu’il n’est pas une lesbienne seraient consi­dé­rées comme des « trans­phobes » sectaires, coupables de « discours haineux », et risque­raient d’être pour­sui­vies en justice.

  • L’ana­lyse fémi­niste de l’op­pres­sion des femmes devient une forme de discri­mi­na­tion

Le fait de remettre en ques­tion « l’iden­tité de genre » d’un indi­vidu, comme dans l’exemple précé­dent, est condamné dans les Prin­cipes de Jogja­karta comme une forme de discri­mi­na­tion.

« Prendre toutes les mesures appro­priées, y compris des programmes d’édu­ca­tion et de forma­tion, dans le but de parve­nir à l’éli­mi­na­tion des préju­gés et des atti­tudes ou compor­te­ments discri­mi­na­toires fondés sur l’idée de l’in­fé­rio­rité ou de la supé­rio­rité d’une orien­ta­tion sexuelle ou d’une iden­tité de genre , ou encore d’une expres­sion du genre. » (Prin­cipes de Jogja­karta, p.11, 2007)

Cette affir­ma­tion fait écho à la termi­no­lo­gie employé ailleurs dans le docu­ment, qui faisait réfé­rence à l’éli­mi­na­tion de « l’idée de l’in­fé­rio­rité ou de la supé­rio­rité de l’un ou l’autre sexe » — seule­ment, ici, « sexe » a été remplacé par « genre ».

Le texte suggère qu’il est discri­mi­na­toire de critiquer l’iden­tité « de genre » ou l’ex­pres­sion du « genre ». Seule­ment les stéréo­types qui consti­tuent la notion de « genre » sont consi­dé­rés comme nuisibles par les fémi­nistes, qui veulent les abolir afin de réali­ser l’éga­lité entre les hommes et les femmes. Les Prin­cipes de Jogja­karta ont donc pour effet d’af­fir­mer que le fémi­nisme est « préju­di­ciable » en raison de ses critiques des stéréo­types sexuels (ici appe­lés « genre »). L’objec­tif d’éra­diquer ce « préjugé » pour­rait même servir à justi­fier la crimi­na­li­sa­tion de la pensée et du discours fémi­niste, en tant que « discours haineux » à l’en­contre d’un groupe suppo­sé­ment opprimé (les féti­chistes sexuels mascu­lins).

  • La protec­tion des droits sexuels des hommes.

S’il subsis­tait le moindre doute concer­nant le fait que le prin­ci­pal objec­tif de la section des Prin­cipes de Jogja­karta portant sur « l’iden­tité de genre » est de proté­ger et de promou­voir les droits sexuels des hommes, les supplé­ments de 2017 (le Plus 10), devraient le dissi­per.

Le Plus 10 préco­nise : la suppres­sion de tout âge mini­mum pour le « chan­ge­ment de sexe » juri­dique ; le droit des « trans­genres » à l’ano­ny­mat sur inter­net ; le droit de « préser­ver et de ressus­ci­ter la diver­sité cultu­relle » (une réfé­rence au mariage d’en­fants ?) et le droit de « chan­ger de sexe » sans égard pour le casier judi­ciaire. Ce docu­ment semble ouvrir la voie à une forma­li­sa­tion des « droits des pédo­philes ». Qu’il s’agisse ou non de l’in­ten­tion de ses auteurs, nous ne le savons pas ; cepen­dant, il serait naïf de croire que les pédo­philes ne remarque­ront pas à quel point ce docu­ment pour­rait faci­li­ter et justi­fier leur féti­chisme — avec le temps, l’at­ti­rance sexuelle pour les enfants pour­rait finir par être consi­dé­rée comme s’ins­cri­vant dans le cadre de « l’ex­pres­sion de genre » ou de « l’orien­ta­tion sexuelle ».

Le Plus 10 classe égale­ment la « mater­nité de substi­tu­tion » dans la section « Le droit de fonder une famille ». Or, la mater­nité de substi­tu­tion est un des cinq problèmes prin­ci­paux que dénonce la collec­tive fémi­niste OBJECT.

« Le droit de se livrer au trafic de bébés et d’uti­li­ser les femmes dans la pros­ti­tu­tion géné­sique est de plus en plus accepté du fait du recours d’hommes homo­sexuels à ce marché commer­cial de bébés et de sa promo­tion. L’en­cou­ra­ge­ment de la « mater­nité de substi­tu­tion » montre clai­re­ment que les prin­cipes de Jogja­karta concernent au premier titre les droits des hommes au détri­ment de ceux des femmes. » (Jeffreys, 2018)

Quelle influence ont actuel­le­ment les prin­cipes de Jogja­karta dans le droit inter­na­tio­nal ?

Les Prin­cipes de Jogja­karta n’ont pour l’ins­tant aucune valeur juri­dique, mais béné­fi­cient d’une certaine influence. En outre, Sheila Jeffreys nous rappelle que ce statut pour­rait rapi­de­ment chan­ger et ce sans aucune consul­ta­tion publique.

Ce docu­ment est consi­déré comme propo­sant des « pratiques d’ex­cel­lence » en ce qui concerne les droits humains des lesbiennes, des gays et des « trans­genres ». Il est de plus en plus cité comme justi­fi­ca­tion pour promou­voir  l’au­to­dé­cla­ra­tion de « genre » ; et des expres­sions comme « iden­tité de genre » et « expres­sion de genre » s’im­posent graduel­le­ment dans le droit  inter­na­tio­nal.

  • Au Royaume-Uni

Le gouver­ne­ment britan­nique a récem­ment lancé une consul­ta­tion publique concer­nant des chan­ge­ments du  Gender Recog­ni­tion Act (Loi sur la recon­nais­sance du sexe) (2004). Ses repré­sen­tants affirment que le droit des « trans­genres » de chan­ger de « sexe juri­dique » n’est appa­rem­ment pas négo­ciable — la consul­ta­tion porte unique­ment sur l’op­por­tu­nité de rendre plus simple et rapide l’ac­cès des hommes aux espaces réser­vés aux femmes. Il est crucial que nous conti­nuions de faire campagne contre ce chan­ge­ment afin d’em­pê­cher l’ins­tau­ra­tion au pays de l’au­to­dé­cla­ra­tion de « genre ».

Un docu­ment publié par le gouver­ne­ment écos­sais cite les Prin­cipes de Jogja­karta et la Réso­lu­tion 2048 (voir ci-dessous) comme une preuve de ce que les certi­fi­cats de recon­nais­sance de « genre » devraient être mis à jour afin de permettre l’au­to­dé­cla­ra­tion de « genre ». (Gouver­ne­ment écos­sais, 2017 ; cité par Jeffreys, 2018)

  • Europe

En mars 2018, le Parle­ment euro­péen a adopté un rapport sur la situa­tion des droits fonda­men­taux dans l’Union Euro­péenne, qui encou­rage l’au­to­dé­cla­ra­tion du « genre » ; les auteurs y dénoncent la néces­sité de recou­rir à des critères d’ad­mis­si­bi­lité (des preuves médi­cales, par exemple) pour justi­fier la chirur­gie de « réas­si­gna­tion du genre », mais stipulent néan­moins que cette chirur­gie devrait être faci­le­ment acces­sible. (Parle­ment euro­péen, 2018 ; cité par Jeffreys, 2018)

Réso­lu­tion 2048 : adop­tée par l’As­sem­blée parle­men­taire du conseil de l’Eu­rope (APCE) en 2015. Ce docu­ment soutient égale­ment l’au­to­dé­cla­ra­tion du « genre ». Sheila Jeffreys mentionne que les réso­lu­tions de l’APCE n’ont pas valeur juri­dique, mais qu’elles sont souvent adop­tées par l’UE à la longue. (Assem­blée parle­men­taire, 2015 ; cité par Jeffreys, 2018)

[En France, depuis la loi de moder­ni­sa­tion de la justice du XXIe siècle, promul­guée le 18 novembre 2016, le chan­ge­ment d’état civil a été gran­de­ment faci­lité pour les « trans­genres ». Désor­mais, « toute personne majeure ou mineure éman­ci­pée qui démontre par une réunion suffi­sante de faits que la mention rela­tive à son sexe à l’état civil ne corres­pond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue peut en obte­nir la modi­fi­ca­tion » devant un tribu­nal de grande instance. Surtout, les requé­rants n’ont plus à appor­ter la preuve « irré­ver­sible et médi­cale d’une trans­for­ma­tion physique ». « Les prin­ci­paux de ces faits, dont la preuve peut être rappor­tée par tous moyens, peuvent être : 1° Qu’elle se présente publique­ment comme appar­te­nant au sexe reven­diqué ; 2° Qu’elle est connue sous le sexe reven­diqué de son entou­rage fami­lial, amical ou profes­sion­nel ; 3° Qu’elle a obtenu le chan­ge­ment de son prénom afin qu’il corres­ponde au sexe reven­diqué. » NdT]

  • À l’in­ter­na­tio­nal

Une réso­lu­tion du Conseil des droits de l’homme de l’ONU de 2016 fait réfé­rence à la discri­mi­na­tion basée sur « l’iden­tité de genre », mais ne défi­nit pas cette expres­sion. (Nations Unies, 2016 ; cité par Jeffreys, 2018)

De nombreuses ONG, gras­se­ment finan­cées, font campagne à l’in­ter­na­tio­nal pour promou­voir l’agenda des acti­vistes en faveur des droits sexuels des hommes (sous l’égide des droits « LGBT »). ARC Inter­na­tio­nal, par exemple, est une ONG qui fait campagne en faveur des droits « LGBT » et qui a joué un rôle déci­sif dans le déve­lop­pe­ment des Prin­cipes de Jogja­karta. Ils essaient d’ob­te­nir un soutien mondial en faveur de ces prin­cipes, y compris en tentant d’in­fluen­cer l’ONU afin qu’elle adopte le langage de la poli­tique de « l’iden­tité de genre ».

Sheila Jeffreys souligne égale­ment le fait que des acti­vistes favo­rables aux « droits des trans » parti­cipent actuel­le­ment aux travaux du Comité pour l’éli­mi­na­tion de toutes les formes de discri­mi­na­tion à l’égard des femmes (CEDEF) de l’ONU et qu’ils y promeuvent leur idéo­lo­gie. La puis­sance de cette Conven­tion (la CEDEF) serait perdue s’il deve­nait inter­dit de recon­naître les femmes comme classe sexuelle — la défi­ni­tion du mot « femme » devien­drait alors n’im­porte quelle personne qui « s’iden­ti­fie » comme femme.

« Si le sexe ne peut plus être mentionné, alors les femmes dispa­rai­tront en tant que caté­go­rie et le fémi­nisme et l’idée de droits des femmes ne pour­ront plus exis­ter. » (Jeffreys, 2018)

Que peut-on faire pour résis­ter contre cette menace pour les droits des femmes ?

Loca­le­ment et inter­na­tio­na­le­ment, il est impor­tant que les fémi­nistes et les groupes qui militent en faveur des droits des femmes conti­nuent d’ex­po­ser les problèmes que pose l’idéo­lo­gie trans­genre et les rami­fi­ca­tions poten­tielles des chan­ge­ments propo­sés aux lois natio­nales (comme, au Royaume-Uni, la Loi sur la recon­nais­sance du sexe, 2004).

Cepen­dant, Sheila Jeffreys insiste aussi sur l’im­por­tance de faire campagne à l’in­ter­na­tio­nal. Les orga­ni­sa­tions riche­ment subven­tion­nées qui militent en faveur des « droits des trans » parviennent à faire entendre leurs voix au niveau inter­na­tio­nal, sans aucune oppo­si­tion. Sheila encou­rage celles et ceux d’entre nous qui s’op­posent à ce mouve­ment en faveur des droits sexuels des hommes à s’as­su­rer d’être repré­sen­tés à la CEDEF, et égale­ment de travailler au niveau conti­nen­tal, en Europe, en s’adres­sant aux euro­dé­puté-e-s, par exemple.

« Les orga­ni­sa­tions en faveur des droits des trans parti­ci­pant actuel­le­ment au CEDEF pour promou­voir leur langage et leurs inté­rêts. Il faut que les femmes y parti­cipent aussi. » (Jeffreys, 2018)

« En Europe, nous devrions faire pres­sion sur les euro­dé­puté-e-s, et sur les groupes de femmes du Parle­ment euro­péen, et sur le Lobby euro­péen des femmes. » (Jeffreys, 2018)

OBJECT va commen­cer se doter d’une stra­té­gie de réali­sa­tion de ces OBJECTifs.

Hannah Harri­son


Traduc­tion : Nico­las Casaux et Trad­fem

Réfé­rences

Jeffreys, Sheila. (2018) Enfor­cing Men’s Sexual Rights in Inter­na­tio­nal Human Rights Law. Presen­ted as speech at Venice Allan’s “We Need To Talk” event (“Incon­ve­nient Women”) at Camden Town Hall, London, on 13/06/2018. Trans­cript avai­lable at http://drrad­fem.org/enfor­cing-mens-sexual-rights-in-inter­na­tio­nal-human-rights-law/ Retrie­ved 24/07/2018.

The Yogya­karta Prin­ciples (2007) Retrie­ved 24/07/2018 from http://yogya­kar­ta­prin­ciples.org/wp-content/uploads/2016/08/prin­ciples_en.pdf

The Yogya­karta Prin­ciples plus 10 (2017) Retrie­ved 24/07/2016 from http://yogya­kar­ta­prin­ciples.org/wp-content/uploads/2017/11/A5_yogya­kar­taWEB-2.pdf

Lectures complé­men­taires

Bruns­kell-Evans, Heather. & Moore, Michele. Eds. (2018) Trans­gen­der Chil­dren and Young People: Born in Your Own Body.

Jeffreys, Sheila. (2014) Gender Hurts: A Femi­nist Analy­sis of the Poli­tics of Trans­gen­de­rism.

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Comments to: Les Prin­cipes de Jogja­karta : une menace inter­na­tio­nale contre les droits des femmes (par Hannah Harri­son)
  • 17 novembre 2018

    Il y a pire encore pour tous ces nouveaux textes (Déclarations des droits sexuels1, Standards pour l’Education sexuelle en Europe2, …), et non seulement les Principes de Jogjakarta, l’orientation sexuelle est une simple “attraction sexuelle envers le sexe opposé, le même sexe ou les deux à la fois”3, autrement dit TOUT EST ORIENTATION SEXUELLE4, y compris la pédophilie.
    Sauf que ce terme n’existe plus, et pas non plus celui de mineur sexuel, les enfants sont des personnes de moins de 18 ans, ont une sexualité dès la naissance et des “capacités évolutives” leur permettant de devenir des “partenaires sexuels”5.
    On va vers une légalisation de la “pédophilie consentante” sous la pression de lobbies pédophiles infiltrés dans de grandes organisations (Intitut Kinsey, SIECUS, IPPF, …) ayant des statuts consultatifs à l’ONU (Ecosoc).
    On va violer des gamins sous prétexte de leur donner des droits sexuels ou de les éduquer sexuellement (dès 0 ans)6.

    1 https://www.ippf.org/sites/default/files/ippf_sexual_rights_declaration_french.pdf
    2 https://www.sante-sexuelle.ch/wp-content/uploads/2013/11/Standards-OMS_fr.pdf
    3 ibid 1, note 23, p. 25
    4 http://yogyakartaprinciples.org/wp-content/uploads/2016/08/principles_fr.pdf
    Les principes de J ne posent aucune limite aux orientations sexuelles.
    5 ibid 1, article 5, pp. vii, 18
    6 ibid 2, Matrice, p. 36

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  • 9 janvier 2019

    Enfin, on peut quand même se poser la question de savoir en quoi il est pertinent de défendre bec et ongle la mention du sexe biologique à l’état civil (par exemple)!! C’est un peu comme défendre à tout prix la pertinence, la nécessité ultime des papiers d’identité et du fichage qui s’en suit…parce que bien sûr la défense des droits des femmes et du féminisme repose sur la mention du sexe biologique à l’état civil c’est bien connu…et la promotion de la parité numérique participe comme chacun sait efficacement à la défense des droits des femmes…
    Et donc en conclusion je retiens que les femmes trans sont des hommes fétichistes et les hommes trans des lesbiennes….ben voui et ce type d’affirmation ça permet évidemment de défendre les droits des femmes…
    Hé les paranos qui adorent assimiler pédophiles et LGBT, on se calme! Non le lobby LGBT ne va pas défigurer notre planète et nos sociétés ne vous en déplaise…et y’a peu de chance qu’on nous fournisse un jour une statistique sérieuse concernant le viol et l’abus sexuel des “vraies” lesbiennes par ces “horribles” femmes trans (hommes fétichistes selon le texte)…mais pendant ce temps des hommes (des “vrais”, “virils” etc) violent et abusent sexuellement diverses personnes…mais au lieu de s’interroger sur la violence masculine il va de soi qu’il est nécessaire de s’insurger contre la prétention des trans (hommes et femmes) à demander des droits…

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