Je me per­mets de regrou­per ici quelques billets publiés ces der­nières semaines sur les réseaux sociaux, parce qu’ils me semblent dis­cu­ter d’à peu près la même chose — à savoir l’es­poir d’un déve­lop­pe­ment durable de la socié­té tech­no-indus­trielle, prin­ci­pale espé­rance de la plu­part des éco­los, de la gauche, des éco­marxistes, etc., et prin­ci­pal objec­tif des diri­geants de la socié­té indus­trielle — et qu’ils pour­ront peut-être inté­res­ser les lec­teurs de notre site (rien de très nou­veau, mais quelques remarques concer­nant l’ac­tua­li­té). Ce qu’on remarque, somme toute, Dwight Mac­do­nald le sou­li­gnait déjà en 1946 : « [L]es aspi­ra­tions tra­di­tion­nelles que l’i­déo­lo­gie mar­xiste domi­nante a trans­mises aux masses euro­péennes en sont venues à coïn­ci­der dan­ge­reu­se­ment avec les inté­rêts de leurs diri­geants, à tel point que les tri­buns du peuple se retrouvent dans la situa­tion, aus­si absurde que désa­gréable, d’exi­ger ce qui leur sera accor­dé de toute façon. Ils ne dis­posent pas du voca­bu­laire poli­tique leur per­met­tant de for­mu­ler des reven­di­ca­tions qui ser­vi­raient réel­le­ment les inté­rêts des oppri­més— et qui ne leur seraient pas accor­dées par les diri­geants. » (Le socia­lisme sans le pro­grès, p. 34)

I. L’industrie minière remercie chaudement la gauche écolo

Cer­tains d’entre vous l’auront sans doute remar­qué : la gauche outrée par le docu­men­taire de Jeff Gibbs, Ozzie Zeh­ner et Michael Moore, l’accuse entre autres de « faire le jeu des dia­bo­liques cli­ma­to-scep­tiques de droite », de plaire aux méchants. Idio­tie par­mi d’autres : si le docu­men­taire a effec­ti­ve­ment par­fois été com­pli­men­té par des gens de droite et/ou cli­ma­to-scep­tiques, c’était le plus sou­vent très par­tiel­le­ment, la droite lui repro­chant, au bout du compte, d’être « anti­hu­main », de prô­ner la décrois­sance (cette héré­sie), etc. Quoi qu’il en soit, une telle remarque n’a rien d’un argu­ment, mais relève du sophisme par asso­cia­tion (ce n’est pas parce qu’un imbé­cile applau­dit une chose qu’elle est auto­ma­ti­que­ment mau­vaise).

Cepen­dant, on fera remar­quer à la gauche que le déve­lop­pe­ment des indus­tries de pro­duc­tion d’énergie dite « verte », « propre » ou « renou­ve­lable » fait sans ambages (comme tout « déve­lop­pe­ment », qui plus est indus­triel) le jeu du capi­ta­lisme tout entier. Pour preuve, on sou­li­gne­ra par exemple que « les éner­gies renou­ve­lables sont de plus en plus popu­laires auprès des com­pa­gnies minières » (PV Maga­zine, qui nous rap­porte aus­si que « le sec­teur minier repose de plus en plus sur les renou­ve­lables » ; Mining Review : « L’a­dop­tion des éner­gies renou­ve­lables dans l’in­dus­trie minière s’ac­cé­lère » ; etc.), ain­si qu’en témoigne un article récem­ment publié sur le site mining.com (« le site d’in­for­ma­tion et d’o­pi­nion sur l’in­dus­trie minière le plus lu au monde »), inti­tu­lé « C’est le moment d’investir dans les éner­gies renou­ve­lables ». Nos amies les com­pa­gnies minières (et bien d’autres sec­teurs indus­triels du capi­ta­lisme) remer­cient chau­de­ment la gauche tech­no-pro­gres­siste.

II. Cyril Dion, Rob Hopkins, Christiana Figueres, Anne Hidalgo et Klaus Schwab : les grands esprits se rencontrent

« Ce rêve bleu vert, c’est un nou­veau monde en cou­leurs
Où per­sonne ne nous dit
C’est inter­dit
De croire encore au bon­heur »

— Alad­din

« Mais si c’était jus­te­ment ce dont nous avions besoin ? Deve­nir une armée de rêveurs. »

— Cyril Dion

La popu­la­ri­té de l’écologie des Dion, Delan­noy, YAB & Co., s’explique d’abord, bien enten­du, par la média­ti­sa­tion dont ils béné­fi­cient. Ils sont auto­ri­sés dans les médias de masse, invi­tés sur les pla­teaux, col­la­borent avec le gou­ver­ne­ment, avec l’État, avec des orga­ni­sa­tions supra-éta­tiques comme l’ONU, etc.

Mais elle s’explique aus­si par le côté ras­su­rant, ras­sé­ré­nant, tran­quilli­sant, de leurs pro­pos — en tout cas vis-à-vis d’une cer­taine popu­la­tion, dont la pers­pec­tive est lar­ge­ment le pro­duit des ins­ti­tu­tions de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste (notam­ment des­dits médias, mais aus­si du sys­tème sco­laire, etc.), et donc qui appré­cie (au moins en par­tie) la socié­té indus­trielle, ses tech­no­lo­gies, son « confort », le genre d’existence qu’elle octroie, qui a (au moins en par­tie) inter­na­li­sé les contraintes qu’elle impose au point de les consi­dé­rer comme à peu près accep­tables, voire nor­males, qui ne consi­dère pas l’État (le Lévia­than) comme un pro­blème, ni les fon­de­ments du capi­ta­lisme (son tra­vail, divi­sion et spé­cia­li­sa­tion du tra­vail, son sys­tème éco­no­mique, le com­merce, etc.), qui aime­rait beau­coup (qui rêve de) par­ve­nir à une sorte de socié­té tech­no-indus­trielle capi­ta­liste mais plus juste, plus sou­te­nable (plus « rési­liente », qui soit en mesure de résis­ter au chan­ge­ment cli­ma­tique), bref, plus mieux. Et ça tombe bien, parce que c’est exac­te­ment la chi­mère pro­mue par nos éco­los !

Et pas que par nos éco­los. Ce mirage d’une trans­for­ma­tion de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste afin qu’elle devienne plus juste et plus verte est désor­mais aus­si mis en avant par « les patrons de l’O­NU et du FMI », par le Forum de Davos, dont l’édition 2021 sera consa­crée à l’élaboration d’un « nou­veau contrat social », et dont le fon­da­teur et tou­jours pré­sident, l’é­co­no­miste alle­mand Klaus Schwab, pro­pose une « grande réini­tia­li­sa­tion » (Great Reset), notam­ment au moyen d’une « qua­trième révo­lu­tion indus­trielle ». Le secré­taire géné­ral de l’ONU, Antó­nio Guterres, lui, estime que « le moment est venu pour la com­mu­nau­té mon­diale d’opérer un tour­nant radi­cal », et que : « Nous devons repen­ser nos manières d’acheter et de consom­mer. Adop­ter des habi­tudes et des modèles agri­coles et com­mer­ciaux durables. Pro­té­ger les espaces sau­vages et la faune qui existent encore. Et faire en sorte que l’avenir soit vert et rési­lient. »

L’ex- « madame cli­mat » de l’ONU (ex-secré­taire exé­cu­tive de la Conven­tion-cadre des Nations unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques (CCNUCC)), Chris­tia­na Figueres, issue d’une famille de pou­voir (son père a été trois fois pré­sident du Cos­ta Rica, sa mère était ambas­sa­drice du Cos­ta Rica en Israël, son frère aîné a aus­si été pré­sident du Cos­ta Rica, et est désor­mais pré­sident d’un think-tank créé par le mil­liar­daire Richard Bran­son, fon­da­teur du groupe Vir­gin), en appelle, elle, à une « mobi­li­sa­tion géné­rale dans une phase cri­tique pour la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique », afin de pré­ci­pi­ter « une trans­for­ma­tion sys­té­mique qui ne peut être orga­ni­sée que par les poli­tiques publiques, ain­si que des chan­ge­ments finan­ciers et du déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique mas­sifs, prin­ci­pa­le­ment venant du sec­teur pri­vé ».

La même Figueres chante d’ailleurs les louanges, à l’instar d’Anne Hidal­go, du der­nier livre de Rob Hop­kins, dont la tra­duc­tion fran­çaise, inti­tu­lée Et si ? et parue chez Actes Sud ce mois-ci, est bien enten­du pré­fa­cée par Cyril Dion (comme quoi, tout ce beau monde est lié, inter­con­nec­té, comme une grande famille éten­due, un clan soli­dai­re­ment, fra­ter­nel­le­ment unie autour d’un même objec­tif de jus­tice, de paix, d’é­ga­li­té, de pro­tec­tion de la veuve, de l’oi­sillon et de l’or­phe­lin, mais sur­tout du Pro­grès tech­nique et de la civi­li­sa­tion). Le der­nier cha­pitre du livre de Rob Hop­kins, un des plus impor­tants sinon le plus impor­tant du livre, selon lui, est inti­tu­lé « Et si nos diri­geants don­naient la prio­ri­té à la culture de l’i­ma­gi­na­tion ? » Tout le bou­quin est à l’a­ve­nant.

C’est-à-dire qu’en paral­lèle d’un diag­nos­tic sou­vent très léger, très super­fi­ciel, des pro­blèmes aux­quels nous fai­sons face, ces gens-là pro­meuvent toutes sortes de mesures, de réformes, de chan­ge­ments — par­fois idiots, par­fois impos­sibles, tou­jours repo­sant sur une éva­lua­tion incroya­ble­ment niaise ou naïve de la situa­tion, des dyna­miques actuelles, des jeux de pou­voir, des forces agis­santes — dont ils croient, ima­ginent, espèrent ou (du moins) pré­tendent qu’ils pour­raient rendre (un peu) plus juste, (un peu) plus durable, (un peu) plus agréable cette socié­té indus­trielle capi­ta­liste, dans laquelle on vit, et dont ils sou­haitent conser­ver l’essentiel (« le meilleur », selon les mots de Dion).

Déni ? Pen­sée magique ? Fuite dans l’imaginaire ? Fou­tage de gueule tous azi­muts ? Peut-être un peu de tout ça. Ce qu’il me semble, quoi qu’il en soit, c’est que tan­dis que la situa­tion géné­rale ne cesse d’empirer, le « rêve vert », illu­soire et indé­si­rable, que ces gens-là conti­nuent de nous faire miroi­ter, occulte dan­ge­reu­se­ment, cri­mi­nel­le­ment, cer­taines réa­li­sa­tions cru­ciales, néces­saires à la for­ma­tion d’un mou­ve­ment de contes­ta­tion en mesure de véri­ta­ble­ment mettre un terme au désastre, en s’opposant à ses com­man­di­taires et aux méca­nismes, aux for­ma­tions (l’État, le capi­ta­lisme) qui le per­pé­tuent.

III. SAUVER LA PLANÈTE OU SAUVER LA CIVILISATION (BIS)

« Main­te­nant, vous nous dites que pour vivre il nous faut tra­vailler ; or le Grand Esprit ne nous a pas faits pour tra­vailler, mais pour vivre de la chasse. […] Vous autres, hommes blancs, vous pou­vez tra­vailler si vous le vou­lez, nous ne vous gênons nul­le­ment ; mais à nou­veau vous nous deman­dez : “Pour­quoi ne deve­nez-vous pas civi­li­sés ?” Nous ne vou­lons pas de votre civi­li­sa­tion ! »

— Cra­zy Horse, chef sioux Ogla­la, Pieds nus sur la terre sacrée.

« Mes jeunes gens ne tra­vaille­ront jamais, les hommes qui tra­vaillent ne peuvent rêver, et la sagesse nous vient des rêves. »

— Smo­hal­la, Amé­rin­dien membre de la tri­bu des Wana­pums, Pieds nus sur la terre sacrée.

« Le tra­vail rend libre. » (Arbeit macht frei)

— Cre­do nazi. Phrase appo­sée par la socié­té alle­mande IG Far­ben au-des­sus du fron­ton de ses usines, puis ins­crite à l’en­trée des camps de concen­tra­tion et des camps d’ex­ter­mi­na­tion nazis.

« Par le tra­vail, la liber­té ! »

— Cre­do sovié­tique. For­mule que l’on trou­vait ins­crite sur un pan­neau à l’en­trée de l’un des camps du gou­lag des îles Solov­ki.

« La tran­si­tion éner­gé­tique peut créer 684 000 emplois. »

— Cyril Dion.

La vidéo de Vincent Ver­zat « Un ave­nir dési­rable » fait un max de buzz, plus de 2,6 mil­lions de vues rien que sur Mark­Zu­cker­book. Dedans, celui qui, quelques mois aupa­ra­vant, pro­dui­sait une vidéo sur l’importance de faire écrou­ler la civi­li­sa­tion indus­trielle, nous explique com­ment on pour­rait la sau­ver, la rendre durable et bio d’ici 2030. Allez com­prendre. Un escro­lo­giste, ça dit tout et son contraire. Comme Cyril Dion, qui trouve que le capi­ta­lisme, c’est pas chouette, qui pro­fesse par­fois vou­loir le com­battre, mais par­fois non, par­fois le capi­ta­lisme doit juste deve­nir vert. Par­fois, la contrainte capi­ta­liste de devoir tra­vailler, vendre son temps de vie à un employeur, témoigne de la dépos­ses­sion qu’impose le capi­ta­lisme, et par­fois, il suf­fi­rait qu’on nous pro­pose des « emplois verts » pour que tout aille pour le mieux dans le Meilleur des mondes.

Dans sa toute der­nière vidéo, le Ver­zat tient à nous prou­ver que son plan pour sau­ver la civi­li­sa­tion, c’est du sérieux. Alors il fait appel à un ingé­nieur du cabi­net d’étude B&L évo­lu­tion, lequel a pro­duit une sorte de feuille de route cen­sée per­mettre à la socié­té indus­trielle (à l’État-capitalisme, au Lévia­than), d’enrayer le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, de « res­ter sous les 1,5 °C », d’éviter « l’emballement cli­ma­tique », dans le but de sau­ver son ave­nir (qu’elle est elle-même en train de sabor­der). Il ne s’agit pas de com­battre la dépos­ses­sion, l’aliénation, la mar­chan­di­sa­tion, les inéga­li­tés, les ini­qui­tés, la dégra­da­tion de la bio­sphère, non, il s’agit sim­ple­ment de pla­ni­fi­ca­tion d’Etat éco­lo­cra­tique, ou car­bo­no­cra­tique. Le pré­am­bule de ladite feuille de route le for­mule sans ambages :

« Il ne s’agit ni de pro­po­ser un pro­gramme réa­liste éco­no­mi­que­ment, ni de pro­po­ser un pro­gramme sou­hai­table socia­le­ment, ni de pro­po­ser un pro­gramme jugé accep­table poli­ti­que­ment, mais sim­ple­ment une suite de mesures, aus­si syn­thé­tique que pos­sible, qui per­met­trait de res­pec­ter, en France, une tra­jec­toire com­pa­tible avec les 1,5°C. »

Est-ce vrai­ment ça qu’on veut, sau­ver cette socié­té, sau­ver le capi­ta­lisme et l’É­tat, le Lévia­than, sau­ver la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle ? En ce qui me concerne, non mer­ci, je pré­fè­re­rais ne pas.

IV. CYRIL DION SOUHAITE RELANCER L’INDUSTRIE DU BTP

Tout fier de son tra­vail au sein de la « Conven­tion citoyenne pour le cli­mat » du gou­ver­ne­ment Macron (le gou­ver­ne­ment du LBD et des ordon­nances, de la répres­sion et de la pré­ca­ri­té, celui qui gaze les infir­miers, qui défend les sta­tues de ses tor­tion­naires, etc.), Cyril Dion se réjouit de la pos­si­bi­li­té que ce der­nier orga­nise un réfé­ren­dum ! Un réfé­ren­dum non pas pour savoir si oui ou non nous sou­hai­tons que Macron soit déca­pi­té puis enfoui dans une butte de per­ma­cul­ture, non pas pour savoir si nous sou­hai­tons en finir avec cette impos­ture démo­cra­tique, avec la délé­ga­tion obli­ga­toire (autre­ment dit le vol, la dépos­ses­sion) du pou­voir, etc., mais pour savoir si nous sou­hai­tons qu’un grand chan­tier de réno­va­tion de tous les loge­ments soit entre­pris afin, comme l’espèrent les conven­tion­neux et autres « « « « « « éco­lo­gistes » » » » » », de réduire l’empreinte car­bone et/ou éner­gé­tique de la France et de ten­ter de garan­tir autant que faire se peut la per­pé­tua­tion, l’avenir de cette for­mi­dable socié­té tech­no-indus­trielle capi­ta­liste où il fait vrai­ment super bon vivre et qui est tout de même plu­tôt super géniale.

« UNE MESURE RÉCLAMÉE DE LONGUE DATE PAR LES ÉCOLOGISTES QUI PERMETTRAIT AUSSI DE RELANCER LE SECTEUR DU BTP »

— Tho­mas Legrand pour France Inter

Eh quoi, je suis sûr que vous avez cru que j’avais encore trou­vé une vilaine for­mule cynique pour me moquer du pauvre Cyril Dion, alors que pas du tout, ce n’est ni de moi, ni une exa­gé­ra­tion. Pré­sen­te­ment, le sec­teur du BTP et les éco­lo­gistes se rejoignent, c’est for­mi­dable, c’est la récon­ci­lia­tion, c’est le Pro­grès.

Ce qu’il risque de se pas­ser, c’est juste un grand chan­tier indus­triel pour peu voire aucune éco­no­mie d’énergie ou dimi­nu­tion de l’empreinte car­bone de la socié­té indus­trielle. Et quoi qu’il en soit, rien d’in­té­res­sant pour l’é­co­lo­gie (la pro­tec­tion, pré­ser­va­tion ou défense du monde natu­rel).

« Cela semble incroyable que ceux qui prônent les éco­no­mies d’énergie n’aient pas remar­qué ce qui se passe : dès que de l’énergie est libé­rée par des éco­no­mies, le sys­tème-monde tech­no­lo­gique l’engloutit puis en rede­mande. Peu importe la quan­ti­té d’énergie four­nie, le sys­tème se pro­page tou­jours rapi­de­ment jusqu’à ce qu’il ait uti­li­sé toute l’énergie dis­po­nible, puis il en rede­mande encore. La même chose est vraie des autres res­sources. Le sys­tème-monde tech­no­lo­gique s’étend imman­qua­ble­ment jusqu’à atteindre une limite impo­sée par un manque de res­sources, puis il essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les consé­quences. »

— T. Kac­zyns­ki

V. LA CONVENTION CITOYENNE POUR LE CLIMAT ou LE COMBAT HÉROÏQUE POUR SAUVER L’AVENIR DE LA MÉGAMACHINE

Ber­nard Char­bon­neau asso­ciait le mou­ve­ment éco­lo­giste à deux notions : nature et liber­té. Son éco­lo­gie était un com­bat en faveur des deux. Depuis son avè­ne­ment, le mou­ve­ment éco­lo­giste a connu d’importantes divi­sions. La socié­té indus­trielle capi­ta­liste récu­père tout. Il y a déjà plu­sieurs décen­nies, elle a lar­ge­ment récu­pé­ré les inquié­tudes éco­lo­gistes qui com­men­çaient à se répandre par­mi les popu­la­tions de cer­tains États, les coop­tant dans le cadre d’un mou­ve­ment (soi-disant) éco­lo­giste qui, loin de com­battre pour la nature et la liber­té, com­bat­tait désor­mais pour le « déve­lop­pe­ment durable ». C’est-à-dire pour le contraire de la nature et de la liber­té. Il s’agissait désor­mais de ten­ter de faire durer la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle, d’assurer sa per­pé­tua­tion, son ave­nir. Pour ce faire, il fal­lait qu’elle apprenne à mieux gérer ce stock immense de res­sources qu’on appelle la nature. Qu’elle mette en place de nou­velles indus­tries de recy­clage, de retrai­te­ment des déchets, des indus­tries vertes. Ain­si, au bout du compte, elle par­vien­drait à la sou­te­na­bi­li­té, pour le plus grand bon­heur de tous les civi­li­sés, y com­pris des nou­veaux éco­lo­gistes, les­quels appré­cient la ser­vi­tude moderne, la vie pla­ni­fiée, contrô­lée, sur­veillée, diri­gée, légi­fé­rée, règle­men­tée, endoc­tri­née, gou­ver­née, tech­no­lo­gi­sée, vir­tua­li­sée, arti­fi­cia­li­sée, etc.

Depuis, et mal­gré l’accumulation inexo­rable de preuves de son inep­tie, de son échec, l’idée de « déve­lop­pe­ment durable » — que des éco­lo­gistes conscients de son impos­si­bi­li­té et de l’imbécilité qu’elle consti­tue dénoncent depuis le début — s’est décli­née sous diverses appel­la­tions (éco­no­mie verte, crois­sance verte, ou bleue, indus­tries vertes, éco­no­mie sym­bio­tique, Green New Deal, etc.).

Le sou­ci de lut­ter pour la nature pour elle-même (qui ani­maient un cer­tain nombre des pion­niers du mou­ve­ment éco­lo­giste), pour la rai­son que les êtres vivants, les espèces vivantes, les pay­sages, les com­mu­nau­tés bio­tiques, les biomes, les bio­topes, etc., ont une valeur en eux-mêmes, indé­pen­dam­ment de leur uti­li­té pour les hommes, sont tous dignes de res­pect, ne s’est jamais dif­fu­sé au sein de la popu­la­tion de la civi­li­sa­tion mon­dia­li­sée. Une telle pers­pec­tive ris­que­rait de nuire aux inté­rêts qui la dominent, les­quels s’arrangent donc pour ne pas la pro­pa­ger (aujourd’hui, tou­jours, les idées domi­nantes sont les idées des domi­nants). C’est pour­quoi les « conven­tion­nels » sou­haitent ins­crire dans la for­mi­dable et par­fai­te­ment démo­cra­tique consti­tu­tion fran­çaise l’importance de « la pré­ser­va­tion de l’environnement, patri­moine com­mun de l’humanité ». « L’environnement », quoi que cela signi­fie, c’est à nous — ça ne s’appartient pas.

Nous sommes bien loin du bio­cen­trisme ou de l’écocentrisme de cer­tains pion­niers de l’écologie, de cette « humi­li­té prin­ci­pielle » qui consiste à « pla­cer la vie avant l’homme », ain­si que l’a for­mu­lé Lévi-Strauss (Mytho­lo­giques 3, L’origine des manières de table) :

« En ce siècle où l’homme [et plus pré­ci­sé­ment la civi­li­sa­tion, ou l’homme civi­li­sé] s’acharne à détruire d’innombrables formes vivantes, après tant de socié­tés dont la richesse et la diver­si­té consti­tuaient de temps immé­mo­rial le plus clair de son patri­moine, jamais, sans doute, il n’a été plus néces­saire de dire, comme font les mythes, qu’un huma­nisme bien ordon­né ne com­mence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme ; le res­pect des autres êtres avant l’amour-propre ; et que même un séjour d’un ou deux mil­lions d’années sur cette terre, puisque de toute façon il connaî­tra un terme, ne sau­rait ser­vir d’excuse à une espèce quel­conque, fût-ce la nôtre, pour se l’approprier comme une chose et s’y conduire sans pudeur ni dis­cré­tion. »

La « conven­tion citoyenne pour le cli­mat », louan­gée par tous les idiots utiles de l’é­co­lo­gie média­tique (Bar­rau, Dion, etc.), c’est un diver­tis­se­ment de plus conçu dans le cadre du « déve­lop­pe­ment durable », visant à faire croire que quelque chose est fait, ou que quelque chose pour­rait être fait, pour garan­tir le futur de notre glo­rieuse civi­li­sa­tion, le futur du Lévia­than. Comme son nom l’indique, d’ailleurs, le terme éco­lo­gie tend ces temps-ci à dis­pa­raître au pro­fit du « cli­mat », employé à toutes les sauces. Il ne s’agit pas, en effet, de pré­ser­ver le monde natu­rel, mais tou­jours d’assurer l’avenir de la socié­té indus­trielle, notam­ment face au réchauf­fe­ment cli­ma­tique qu’elle pro­voque elle-même (qu’il s’agit d’essayer d’enrayer, et d’abord parce qu’il menace sa propre pos­té­ri­té). Des mesures sont pro­po­sées pour dimi­nuer les émis­sions de car­bone, dimi­nuer l’empreinte éco­lo­gique, amé­lio­rer l’efficacité éner­gé­tique, régu­ler les pol­lu­tions que génère la civi­li­sa­tion indus­trielle. À l’image de ce « grand chan­tier natio­nal » de réno­va­tion des loge­ments visant à par­faire leur iso­la­tion ther­mique, afin d’économiser de l’énergie. Chan­tier qui va sur­tout ser­vir l’économie, l’industrie du BTP. Il s’agit encore et tou­jours d’essayer de rendre durable l’urbanisme de la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle, toute l’infrastructure qu’elle a construite. Comme si c’était pos­sible, et comme si c’était sou­hai­table — alors que ce n’est pas pos­sible et que ça ne devrait pas être sou­hai­table. Selon toute logique, l’infrastructure de la civi­li­sa­tion va de pair avec ses struc­tures sociales, avec les struc­tures sociales qui ont per­mis son édi­fi­ca­tion et qui rendent pos­sible sa main­te­nance, les­quelles sont contraires à la liber­té, les­quelles impliquent une ser­vi­tude moderne géné­ra­li­sée. L’infrastructure de la civi­li­sa­tion va aus­si de pair avec tout son sys­tème tech­no-indus­triel, lequel ne sera jamais sou­te­nable. La conven­tion citoyenne pour le cli­mat, c’est une éma­na­tion de plus du nar­cis­sisme de la civi­li­sa­tion, qui s’aime beau­coup et qui s’inquiète pour son ave­nir ; une illus­tra­tion de plus de cette « course sans espoir visant à trou­ver des remèdes aux maux qu’elle génère ».

Le plus tôt nous com­men­ce­rons à nous deman­der col­lec­ti­ve­ment : com­ment déman­te­ler cette infer­nale méga­ma­chine tech­no-indus­trielle ? (Au lieu de nous deman­der : com­ment la rendre sou­te­nable ?) Com­ment déman­te­ler l’E­tat et le capi­ta­lisme ? Le plus tôt nous com­men­ce­rons à enrayer les dyna­miques actuelles de des­truc­tion du monde et de dépos­ses­sion, d’asservissement des humains. Mais nous ne nous pose­rons sans doute jamais col­lec­ti­ve­ment cette ques­tion. De là d’autres inter­ro­ga­tions pour ceux qui se sou­cient de la vie sur Terre et de la liber­té.

VI. QUELQUES MOTS D’EDWARD ABBEY (Le Gang de la clef à molette, etc.)

Mais d’a­bord (encore) une brève remarque sur la « conven­tion citoyenne pour le cli­mat »

Le nombre d’andouilles qui célèbrent un « grand moment de démo­cra­tie » dans la « conven­tion citoyenne pour le cli­mat », c’est impres­sion­nant. Comme s’il s’agissait de démo­cra­tie. Les 150 indi­vi­dus choi­sis, repré­sen­ta­tifs de rien du tout, d’au­cun peuple, ne consti­tuant eux-mêmes aucun peuple, ne se sont vus doter d’aucun pou­voir. C’est pour­tant le sens du terme démo­cra­tie. Le pou­voir les a sim­ple­ment choi­sis pour l’animation d’un jeu de cirque moderne, cam­pagne de rela­tions publiques par­mi d’autres. Vive la démo­cra­tie ! (Ma cri­tique de cette conven­tion a encore été l’occasion pour cer­tains de mani­fes­ter des logiques éton­nantes : « tu ne pro­poses rien, ta cri­tique n’a donc aucun inté­rêt, en l’absence de pro­po­si­tion posi­tive, autant conti­nuer d’encourager des nui­sances », ou mieux : « tu ne pro­poses rien, ta cri­tique est donc fausse ». Rai­son­ner, aujourd’hui, c’est dif­fi­cile.)

Quelques mor­ceaux rapi­de­ment tra­duits, donc, d’une inter­view d’Edward Abbey, en date de 1983. La vision d’Abbey man­quait de nuances, je ne la par­tage pas entiè­re­ment, mais on lui doit en par­tie la nais­sance de mou­ve­ments de défense du monde natu­rel comme Earth First, une cer­taine popu­la­ri­sa­tion du sabo­tage, de l’action directe. Abbey met­tait bien en lumière ce qui fai­sait la richesse d’une vie, et l’importance de recou­vrer, de recons­ti­tuer d’autres rap­ports au monde, aux anti­podes de l’utilitarisme tech­no-indus­triel (qui n’est pas un rap­port au monde, juste sa consu­ma­tion) :

« […] Les êtres humains ont fait de leur his­toire col­lec­tive un cau­che­mar. Comme James Joyce l’a écrit : “L’histoire est un cau­che­mar dont j’essaie de me réveiller”. Il me semble que les 5000 der­nières années ont été atroces — cruau­té, escla­vage, tor­ture, fana­tisme reli­gieux, fana­tisme idéo­lo­gique, ancienne ser­vi­tude de l’agriculture, nou­velle ser­vi­tude de l’industrialisme. L’humanité a sans doute com­mis une grave erreur en aban­don­nant le mode de vie de la chasse et de la cueillette au pro­fit de l’agriculture. Quelqu’un a dit que la char­rue avait davan­tage nui à la vie humaine sur la pla­nète que l’épée. Je suis d’accord.

J’attends avec impa­tience le moment où le sys­tème indus­triel s’effondrera et où nous nous remet­trons à chas­ser le gibier sau­vage.

Les êtres humains ont le droit d’être ici autant que n’importe quel ani­mal, mais nous avons abu­sé de ce droit en per­met­tant à notre effec­tif de croître à l’excès et à notre appé­tit de gros­sir au point que nous dévas­tons la Terre et détrui­sons toutes les autres formes de vie, mena­çant au pas­sage notre propre sur­vie, par ava­rice, stu­pi­di­té et à cause de cette obses­sion démente pour la crois­sance quan­ti­ta­tive, l’expansion per­pé­tuelle, le désir de domi­na­tion de la nature et de nos cama­rades humains. Si cela conti­nue, nous détrui­rons la vie sur cette pla­nète. Les pro­chains à périr seront les der­nières tri­bus « pri­mi­tives », les cultures dites tra­di­tion­nelles qui sur­vivent encore dans des endroits comme le grand nord ou les tro­piques afri­caines et suda­mé­ri­caines.

Si la terre entière devait être indus­tria­li­sée, tech­no­lo­gi­sée, urba­ni­sée, cela serait le pire désastre pos­sible, non seule­ment pour la pla­nète, mais aus­si pour les êtres humains. Cela génè­re­rait les pires tyran­nies ima­gi­nables, du genre de celles que cer­tains de nos meilleurs écri­vains de science-fic­tion ont anti­ci­pées. Mais les choses ne doivent pas iné­luc­ta­ble­ment se pas­ser ain­si. […]

J’ai été un col bleu pen­dant la majeure par­tie de ma vie, occu­pant divers emplois, la plu­part fas­ti­dieux, juste pour gagner de quoi m’en sor­tir. Non, je ne blâme pas les tra­vailleurs. Ce sont les plus acca­blés par ce pro­ces­sus. […]

Nous méri­tons tous d’être res­pec­tés en tant qu’individus, qu’êtres vivants. Ce res­pect, nous devons l’étendre à tous les êtres vivants de cette pla­nète, à com­men­cer par nos chiens, nos chats et nos che­vaux. Ceux-là, les humains savent faci­le­ment les aimer. Nous devons apprendre à aimer les ani­maux sau­vages, les pumas, les ser­pents à son­nette, les buffles et les élé­phants, comme nous aimons nos com­pa­gnons ani­maux.

En com­men­çant ici, aux États-Unis. Nous devrions mon­trer l’exemple. Nous mon­trons l’exemple dans le pillage de la pla­nète. Nous devrions mon­trer l’exemple dans la pré­ser­va­tion de la vie, y com­pris humaine. Nous devrions sim­pli­fier nos besoins afin de ne pas nuire aux autres formes de vie, déve­lop­per de nou­velles atti­tudes, une révé­rence natu­relle à l’endroit de toutes les formes de vie.

[…] J’ai hâte du jour où une per­sonne atteinte d’une mala­die mor­telle (telle que la vie) s’accrochera une cein­ture de TNT autour de la taille et des­cen­dra dans les boyaux du bar­rage de Glen Canyon afin de le faire sau­ter. »

Et ci-joint, en vidéo, un dis­cours d’Edward Abbey en date du 21 mars 1981, à l’occasion d’une des pre­mières mani­fes­ta­tions publiques d’Earth First, en oppo­si­tion au bar­rage de Glen Canyon, situé sur le fleuve Colo­ra­do, dans l’A­ri­zo­na. Bar­rage qui a englou­ti une val­lée répu­tée pour sa beau­té égale à celle du Grand Canyon. Lors de cette mani­fes­ta­tion, des acti­vistes sus­pendent, le long de la voûte du bar­rage, une bâche en plas­tique noir de 81 m de long en forme de fis­sure.

VII. ANDREAS MALM ET LA GAUCHE (du capitalisme techno-industriel)

« Com­ment peut-on défendre l’intégrité phy­sique de machines qui détruisent la pla­nète ? »

C’est une bonne ques­tion que pose Andreas Malm. Seule­ment, c’en est une qu’il devrait se poser à lui-même, comme la gauche en géné­ral. La socié­té tech­no-indus­trielle socia­liste qu’il appelle de ses vœux — lui qui sou­haite « accé­lé­rer la tran­si­tion vers des éner­gies renou­ve­lables », faire en sorte que la socié­té indus­trielle obtienne « 100% de son élec­tri­ci­té à par­tir de sources non-fos­siles, prin­ci­pa­le­ment le solaire et l’éolien », « conver­tir le trans­port rou­tier à l’électrique », « étendre tous azi­muts les sys­tèmes de trans­port, du métro aux trains inter­con­ti­nen­taux à grande vitesse », « déman­te­ler l’in­dus­trie de la viande et obte­nir les besoins en pro­téines humaines à par­tir de sources végé­tales », « inves­tir l’argent public dans le déve­lop­pe­ment et la dif­fu­sion des tech­no­lo­gies les plus effi­caces et les plus durables en matière d’éner­gies renou­ve­lables, ain­si que dans les tech­no­lo­gies de séques­tra­tion du dioxyde de car­bone », etc. — repose inté­gra­le­ment sur l’utilisation de « machines qui détruisent la pla­nète ». En outre, la planification/rationalisation totale qu’il semble appe­ler de ses vœux ne ferait que ren­for­cer le côté déjà pas­sa­ble­ment dys­to­pique (pro­fon­dé­ment anti­dé­mo­cra­tique) de la pré­sente socié­té indus­trielle. On se rap­pelle alors de ce que déplo­rait déjà Orwell en son temps :

« Le machi­nisme appelle le socia­lisme, mais le socia­lisme en tant que sys­tème mon­dial implique le machi­nisme, puisqu’il sous-entend cer­taines exi­gences incom­pa­tibles avec le mode de vie pri­mi­tif. Il exige, par exemple, une inter­com­mu­ni­ca­tion constante et un échange per­pé­tuel de mar­chan­dises entre les dif­fé­rents points du globe. Il exige un cer­tain degré de cen­tra­li­sa­tion. Il exige un niveau de vie sen­si­ble­ment égal pour tous les êtres humains et, sans doute, une cer­taine uni­for­mi­té dans l’éducation. Nous pou­vons en conclure qu’une Terre où le socia­lisme serait deve­nu une réa­li­té devrait être au moins aus­si méca­ni­sée que les États-Unis d’aujourd’hui, et vrai­sem­bla­ble­ment beau­coup plus. En tout cas, aucun socia­liste n’oserait s’inscrire en faux contre cette affir­ma­tion. Le monde socia­liste est tou­jours pré­sen­té comme un monde tota­le­ment méca­ni­sé, stric­te­ment orga­ni­sé, aus­si étroi­te­ment tri­bu­taire de la machine que les civi­li­sa­tions antiques pou­vaient l’être des esclaves. […]

Les indi­vi­dus les mieux dis­po­sés à l’égard du socia­lisme sont en même temps ceux qui se pâment d’enthousiasme devant le pro­grès méca­nique en tant que tel. […] Le monde socia­liste s’annonce avant tout comme un monde ordon­né, un monde fonc­tion­nel. […]

Le socia­liste n’a à la bouche que les mots de méca­ni­sa­tion, ratio­na­li­sa­tion, moder­ni­sa­tion — ou du moins croit de son devoir de s’en faire le fervent apôtre. »

On se demande d’où est-ce que ces « socia­listes » ima­ginent que sortent les pan­neaux solaires pho­to­vol­taïques, les éoliennes, les bar­rages hydro­élec­triques, etc., de même que les appa­reils que ces tech­no­lo­gies de pro­duc­tion éner­gé­tique servent à ali­men­ter. Comme si leur pro­duc­tion n’impliquait pas la moindre nui­sance éco­lo­gique. Comme s’il n’y avait pas besoin de « machines qui détruisent la pla­nète » pour fabri­quer des pan­neaux solaires pho­to­vol­taïques, des éoliennes indus­trielles et les appa­reils que ces appa­reils servent à ali­men­ter, et toute l’in­fra­struc­ture néces­saire à leur pro­duc­tion. Comme si tous ces appa­reils ne consti­tuaient pas eux-mêmes des « machines qui détruisent la pla­nète ». Heu­reu­se­ment pour lui, Malm ne va pas au bout de sa propre logique.

En revanche, on ne se demande pas si cette gauche est atta­chée ou non au prin­cipe démo­cra­tique. Très expli­ci­te­ment, pas du tout. Un léni­nisme éco­lo­gique, ça fait rêver. Sous l’égide du Par­ti, avec camps de tra­vail obli­ga­toire éco­lo­giques et tut­ti quan­ti. C’est pour­quoi les « socia­listes » [sic] comme Malm estiment que « les idées anar­chistes doivent être com­bat­tues », puisque, selon eux (selon Malm, ici), « elles ne nous mène­ront nulle part ». Nulle part, c’est-à-dire qu’elles ne per­met­traient pas la for­ma­tion d’un « léni­nisme éco­lo­gique », d’une socié­té tou­jours tech­no-indus­trielle, et cer­tai­ne­ment encore davan­tage, d’une socié­té tou­jours régie par le sala­riat, le tra­vail, l’argent, la mar­chan­dise, mais éco­du­rable. Par­mi les 10 mesures clés mises en avant par Malm, aucune ne relève de la démo­cra­tie ou de la redis­tri­bu­tion du pou­voir.

Les impli­ca­tions poli­tiques des tech­no­lo­gies, le fait qu’un « sys­tème tech­nique don­né impose qu’on crée et qu’on entre­tienne un ensemble par­ti­cu­lier de condi­tions sociales en tant qu’environnement de fonc­tion­ne­ment de ce sys­tème », que « cer­tains types de tech­no­lo­gie exigent une struc­ture par­ti­cu­lière de leur envi­ron­ne­ment social à peu près comme une voi­ture exige des roues pour pou­voir rou­ler », autre­ment dit que « cer­tains appa­reils et cer­tains sys­tèmes sont inva­ria­ble­ment liés à des orga­ni­sa­tions spé­ci­fiques du pou­voir et de l’autorité » (Lang­don Win­ner), tout cela n’intéresse pas les éco­so­cia­listes, qui sont aus­si tech­no­so­cia­listes, et qui se fichent pas mal de la démo­cra­tie, de la liber­té, ou qui se contentent de pré­tendre que le sys­tème élec­to­ral des États modernes est démo­cra­tique, ou de pré­tendre, contre toute pro­ba­bi­li­té, contre toute logique, qu’il devrait être pos­sible d’organiser de manière conve­na­ble­ment (suf­fi­sam­ment) démo­cra­tique la socié­té tech­no-indus­trielle socia­liste éco­du­rable qu’ils fan­tasment, simple varia­tion sur le thème du cau­che­mar actuel. Pour l’es­sen­tiel, l’es­pé­rance des éco­marxistes ou des éco­so­cia­listes est à peu près celle des Cyril Dion & Co.

On retien­dra seule­ment la ques­tion que pose Malm — sans se la poser sérieu­se­ment à lui-même.

Nico­las Casaux

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