LES MÉDIAS MENTENT ET LES ENFANTS SONT INSTRUMENTALISÉS : À PROPOS D’UN SOI-DISANT RECOURS EN JUSTICE

« Cli­mat : Gre­ta Thun­berg et 15 autres jeunes intentent une action juri­dique contre cinq pays » (Le Monde) ; « Gre­ta Thun­berg : la mili­tante éco­lo­giste porte plainte contre la France » (Fran­cein­fo) ; « Gre­ta Thun­berg attaque la France en jus­tice » (L’OBS) ; etc.

Ces der­niers jours, comme à leur habi­tude, la plu­part des médias de masse ont fait ce qu’ils savent faire le mieux. Racon­ter n’importe quoi, n’importe com­ment. Le pre­mier pro­blème avec cette his­toire de « plainte », « d’action en jus­tice », c’est qu’il ne s’agit pas du tout de cela. Ain­si que l’avocat Arnaud Gos­se­ment l’explique :

« En réa­li­té, Gre­ta Thun­berg a sai­si un groupe d’ex­perts pour dénon­cer les poli­tiques publiques de ces cinq États. Aucun juge n’est sai­si, aucune pro­cé­dure juri­dic­tion­nelle n’est enga­gée, aucune déci­sion de jus­tice ne sera ren­due, aucune sanc­tion ne sera pro­non­cée.

Plus pré­ci­sé­ment, ces per­sonnes ont adres­sé une “com­mu­ni­ca­tion » au comi­té des droits de l’en­fant de l’O­NU. Cette “pro­cé­dure de com­mu­ni­ca­tion” est défi­nie par un pro­to­cole à la conven­tion inter­na­tio­nal sur les droits de l’en­fant. Pour tout savoir sur cette pro­cé­dure, c’est ici : https://www.ohchr.org/FR/HRBodies/CRC/Pages/CRCIndex.aspx

À la suite de cette “com­mu­ni­ca­tion”, une pro­cé­dure d’en­quête confi­den­tielle sera éven­tuel­le­ment menée et le comi­té pour­ra émettre des “recom­man­da­tions”. Inutile de pré­ci­ser que celles-ci ne sont contrai­gnantes pour per­sonne et qu’il est assez pro­bable que vous n’en enten­drez pas par­ler.

À l’ar­ri­vée, pas de “recours en jus­tice” ou “d’at­taque d’É­tats” comme nombre d’ar­ticles le pré­tendent à tort. »

Le second pro­blème — et là, Arnaud Gos­se­ment lui-même, qui sem­blait pour­tant tenir à réta­blir les faits, véhi­cule des choses inexactes — c’est que la prin­ci­pale ins­ti­ga­trice de cette affaire n’est pas Gre­ta Thun­berg, ni aucun des 15 autres jeunes ayant par­ti­ci­pé à sa pro­mo­tion.

Un article du Pari­sien consa­cré à Iris Duquesnes, une des 15 autres jeunes en ques­tion, explique :

« Il faut dire qu’il y a encore un an, Iris Duquesne n’é­tait pas vrai­ment pro­gram­mée pour une telle média­ti­sa­tion. Cette férue de surf quit­tait la côte Atlan­tique pour San Fran­cis­co, où son père venait d’ac­cep­ter un poste d’in­gé­nieur chez Apple. La pro­blé­ma­tique éco­lo­gique la déman­geait depuis quelques mois mais elle ne savait pas com­ment maté­ria­li­ser ce besoin.

En arri­vant en Cali­for­nie, c’est le déclic. Elle rejoint “Heirs to our Oceans”, une ONG pour la conser­va­tion des océans réunis­sant des dizaines de mil­liers de jeunes. “À par­tir de là, tout est allé très vite. Il y a six mois, l’as­so a été contac­tée par le cabi­net d’a­vo­cats qui rédi­geait la péti­tion. Et comme ils cher­chaient une Fran­çaise, j’ai dit oui sans hési­ta­tion”, raconte-t-elle mar­di au Pari­sien depuis New York. »

Au pas­sage, on sou­li­gne­ra que cette jeune fille, dont le père est ingé­nieur chez Apple et qui vit à San Fran­cis­co, est consi­dé­rée comme « repré­sen­ta­tive de la jeu­nesse fran­çaise » par « Scott Gil­more, l’un des avo­cats à l’o­ri­gine de la plainte ». Plu­tôt dou­teux.

De la même manière, un article publié sur le site web d’information bré­si­lien Ter­ra, consa­cré à Cata­ri­na Loren­zo, Bré­si­lienne fai­sant par­tie des 16 enfants ayant par­ti­ci­pé à la pro­mo­tion de cette affaire, explique :

« Cata­ri­na Lore­zo a été invi­tée à dépo­ser une plainte [pas exac­te­ment, ain­si que nous l’avons vu] offi­cielle des Nations Unies contre cinq pays, dont le Bré­sil. […]

Cata­ri­na a été nom­mée pour par­ti­ci­per à l’i­ni­tia­tive de “Heirs to our Oceans”, une orga­ni­sa­tion dédiée à la sen­si­bi­li­sa­tion à l’im­por­tance de la conser­va­tion des mers et à la for­ma­tion de jeunes diri­geants liés à cette cause.

“En dis­cu­tant avec Cata­ri­na, nous avons consta­té qu’elle était très pas­sion­née par la ques­tion envi­ron­ne­men­tale et qu’elle vou­lait y par­ti­ci­per”, a décla­ré Kim­ber­ly Fet­sick, avo­cate à Haus­feld et res­pon­sable de la péti­tion. […] »

Inutile de men­tion­ner l’histoire de cha­cun des 16 enfants embar­qués dans cette his­toire. Il appa­rait suf­fi­sam­ment clai­re­ment que le cabi­net d’avocat Haus­feld — et/ou l’ONG Ear­th­jus­tice, puisque, ain­si qu’on peut le lire sur son site web : « la récla­ma­tion a été pré­pa­rée et rem­plie au nom des péti­tion­naires par le cabi­net d’avocat inter­na­tio­nal Haus­feld LLP et l’ONG éco­lo­giste d’intérêt public Ear­th­jus­tice » — est (ou sont) à l’initiative de cette affaire, et non pas les enfants qu’ils ont contac­tés pour être les figures de proue de leur opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion, contrai­re­ment à ce qu’affirment de nom­breux médias grand public, nous offrant une nou­velle preuve de leur médio­cri­té.

Pre­nons ce qu’en rap­porte BFM :

« Les auteurs de la plainte sont âgés de 8 à 17 ans, issus de 12 pays, dont la France, et ont reçu l’aide dans leur démarche du cabi­net inter­na­tio­nal d’a­vo­cats Haus­feld et la béné­dic­tion de l’U­ni­cef. »

Ain­si que ce billet le montre, la réa­li­té est tout autre. Voi­ci ce qu’ils auraient dû écrire :

« Les auteurs et les ins­ti­ga­teurs de la pro­cé­dure de com­mu­ni­ca­tion sont le cabi­net d’avocat Haus­feld et l’ONG Ear­th­jus­tice, qui ont recher­ché l’aide, pour assu­rer la pro­mo­tion média­tique de leur démarche, de 16 jeunes âgés de 8 à 17 ans, issus de 12 pays, dont la France. »

Tout de suite, l’histoire change de visage.

Cela étant, devrions-nous être sur­pris qu’un sys­tème aus­si immo­ral que le capi­ta­lisme, qu’une culture aus­si immo­rale que la culture domi­nante, ins­tru­men­ta­lise des enfants comme bon lui semble ? Cer­tai­ne­ment pas. Nous sommes tous réduits au rang de « res­sources humaines » à uti­li­ser de la manière la plus effi­ciente pour faire du pro­fit, et tour­ner la machine.

Nico­las Casaux

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