« Nous devons être plus courageuses » — la remise en question de « l’identité de genre » et le mutisme imposé au féminisme (par Meghan Murphy)

Tra­duc­tion d’un article ini­tia­le­ment publié, en anglais, sur le site Femi­nist Cur­rent, le 27 sep­tembre 2016, et rédi­gé par sa fon­da­trice, Meghan Mur­phy, une écri­vaine et jour­na­liste indé­pen­dante, dont le tra­vail a déjà été dif­fu­sé dans plu­sieurs revues natio­nales et inter­na­tio­nales (New Sta­tes­man, Vice, Al Jazee­ra, The Globe and Mail, Tru­th­dig, etc.).


Les femmes qui remettent en ques­tion le dis­cours por­tant sur « l’identité de genre » ont beau­coup été iso­lées sur les lignes de front au cours des dix der­nières années. Les fémi­nistes libé­rales et pro­gres­sistes ont sou­vent pré­fé­ré la poli­tique iden­ti­taire à l’analyse fémi­niste, cela n’a donc rien d’étonnant. Ceux qui ne sont pas inves­tis dans le mou­ve­ment de libé­ra­tion des femmes com­prennent bien qu’apporter leur sou­tien au mou­ve­ment fémi­niste indé­pen­dant ne leur per­met­tra pas d’obtenir le pou­voir qu’ils convoitent, et la plu­part d’entre eux n’ont pas pris la peine d’analyser suf­fi­sam­ment les racines du patriar­cat pour com­prendre ce contre quoi nous lut­tons. Mais même plu­sieurs de celles dont la poli­tique est par ailleurs enra­ci­née dans des prin­cipes fémi­nistes radi­caux ont hési­té à remettre en ques­tion publi­que­ment le dis­cours dog­ma­tique sur l’identité de genre. Nous ne sommes que trop conscientes de ce que refu­ser d’accepter et de répé­ter machi­na­le­ment les man­tras com­mu­né­ment admis nous place inévi­ta­ble­ment du mau­vais côté d’une chasse aux sor­cières moderne.

Je ne vous cache­rai pas avoir eu peur, pen­dant de nom­breuses années, de prendre posi­tion en ce qui concerne la ques­tion de l’identité de genre et la poli­tique trans, mal­gré mon opi­nion selon laquelle l’existence d’espaces et d’organisations réser­vés aux femmes est cru­ciale pour le mou­ve­ment fémi­niste, et dans le sou­tien aux femmes qui se remettent de vio­lences masculines.

Pen­dant de nom­breuses années, je n’étais même pas sûre de ce qu’était ma posi­tion. Je crai­gnais que le fait de dénon­cer la natu­ra­li­sa­tion des sté­réo­types de genre sexistes qui accom­pagne le sou­tien de ce que l’on appelle les « droits des trans », nui­rait à ma lutte contre l’industrie du sexe et la vio­lence infli­gée aux femmes. Celles qui osent remettre en ques­tion la poli­tique trans risquent, entre autres choses, de perdre leurs emplois, d’être cen­su­rées, d’être pla­cées sur liste noire, d’être mena­cées de vio­lences phy­siques (et d’autres choses), d’être atta­quées par des tran­sac­ti­vistes, et d’être socia­le­ment ostra­ci­sées – toutes choses qui empêchent les femmes de prendre la parole. (Évi­dem­ment, j’ai déjà connu plu­sieurs de ces puni­tions pour n’avoir pas res­pec­té la ligne du par­ti et m’être alliée à des femmes qua­li­fiées de « TERF[1] » ou de « transphobes ».)

Nous vivons une époque où les idées élé­men­taires du fémi­nisme deviennent taboues, indi­cibles, tan­dis que des insultes et des calom­nies anti­fé­mi­nistes sont lar­ge­ment accep­tées et même célé­brées par de pré­ten­dus pro­gres­sistes et acti­vistes pour la jus­tice sociale.

Mais peu importe les risques, je ne peux pas, en toute bonne foi, accep­ter la notion indi­vi­dua­liste et néo­li­bé­rale d’ « iden­ti­té de genre », pas en tant que fémi­niste com­pre­nant com­ment le patriar­cat est appa­ru et com­ment il conti­nue de s’imposer, ni en tant que mili­tante de gauche com­pre­nant le fonc­tion­ne­ment des sys­tèmes de pou­voir. Je ne veux pas demeu­rer silen­cieuse face à un dis­cours rétro­grade et anti­fé­mi­niste : je sais que mon silence en encou­rage d’autres à res­ter silen­cieuses. Je ne veux pas aban­don­ner mes sœurs qui ont déjà souf­fert énor­mé­ment pour avoir pris la parole.

Au mois de juillet, une confé­rence a été orga­ni­sée par Julia Long à Conway Hall à Londres. Elle avait pour but de contes­ter un dis­cours désor­mais incon­tes­table. Inti­tu­lée Thin­king Dif­fe­rent­ly : Femi­nists Ques­tio­ning Gen­der Poli­tics (« Pen­ser dif­fé­rem­ment : Des fémi­nistes remettent en ques­tion la poli­tique du genre »), elle a réuni des confé­ren­cières fémi­nistes comme Shei­la Jef­freys, Lierre Keith, Julie Bin­del, Ste­pha­nie Davies-Arai, Mary Lou Sin­gle­ton, Jackie Mearns et Made­leine Berns. Elles ont décrit la chape de silence qui règne sur la parole fémi­niste au Royaume-Uni (et ailleurs), ain­si que l’impact du dis­cours trans sur la lutte pour les droits des femmes et pour leur libé­ra­tion du patriar­cat. Les enre­gis­tre­ments vidéo de ces entre­tiens ont été mis en ligne la semaine dernière.

Shei­la Jef­freys affirme, dans son allo­cu­tion, que « le trans­gen­risme est une inven­tion socia­le­ment et poli­ti­que­ment construite » indis­so­ciable des forces qui dominent une socié­té hétéropatriarcale.

Jef­freys relie la notion d’« iden­ti­té de genre » au néo­li­bé­ra­lisme amé­ri­cain en ce qu’il s’agit, évi­dem­ment, d’une notion très indi­vi­dua­liste, mais aus­si parce qu’elle est liée au capi­ta­lisme et à la vache à lait que consti­tue le trans­gen­risme pour l’industrie phar­ma­ceu­tique (Big Phar­ma), les thé­ra­peutes de l’identité de genre et les cli­niques et les chi­rur­giens esthé­tiques. Il semble même bizarre de dis­cu­ter de l’identité de genre en dehors du contexte du capi­ta­lisme, compte tenu de la façon dont l ’« iden­ti­té » et l’« expres­sion » sont à ce point liées, dans la socié­té contem­po­raine, au monde de la consom­ma­tion. La fémi­ni­té elle-même a été ven­due aux femmes depuis des décen­nies d’une façon tota­le­ment sexiste, mais voi­là tout à coup que l’on s’attend à ce que nous accep­tions des choses comme cette idée d’un carac­tère « éman­ci­pa­teur » des pro­duits cos­mé­tiques, sous pré­texte que des hommes les reven­diquent comme élé­ment de leur « expres­sion de genre » féminisée.

Jef­freys sug­gère d’ailleurs aux fémi­nistes d’abandonner entiè­re­ment le terme de « genre ». À la place, explique-t-elle : « Il nous faut par­ler de classe de sexe ou de caste de sexe », puisque (en anglais, mais aus­si en fran­çais, de plus en plus, NdT) le mot « genre » perd son sens et est asso­cié au sexe biologique.

En tant que fémi­nistes, notre tra­vail consiste à abo­lir la notion de genre — inven­tée et impo­sée afin de natu­ra­li­ser la hié­rar­chie des classes de sexe dans laquelle les hommes dominent les femmes. À quel point est-il pro­gres­siste, dans une pers­pec­tive fémi­niste, d’accepter l’idée que le genre est à la fois réel et inné — une iden­ti­té avec laquelle on peut naître, puisqu’il s’agit pré­ci­sé­ment de la tac­tique uti­li­sée his­to­ri­que­ment par les hommes pour défendre l’idée que les femmes ne devraient pas être auto­ri­sées à voter, à tra­vailler à l’extérieur du foyer, ou à déte­nir des postes de pou­voir social ? Les femmes ont été construites comme natu­rel­le­ment « fémi­nines », ce qui signi­fiait que nous étions trop émo­tives, irra­tion­nelles et faibles pour par­ti­ci­per à la sphère publique comme le fai­saient les hommes. Ces der­niers, en revanche, étaient sup­po­sé­ment plus adap­tés aux fonc­tions publiques et aux postes de pou­voir en rai­son de leur asser­ti­vi­té, de leur ratio­na­li­té, de leur impas­si­bi­li­té, et de leur vigueur naturelles.

Sommes-nous, en tant que fémi­nistes (et en tant que socié­té) vrai­ment d’accord avec un tel recul, sou­hai­tons-nous accep­ter l’idée que les sté­réo­types de genre (qui existent seule­ment pour natu­ra­li­ser et impo­ser le sexisme) sont innés plu­tôt que socia­le­ment construits ?

« Cis » est un autre terme qui a été adop­té par ceux qui se veulent ou se pré­sentent comme pro­gres­sistes, même qui est reje­té par les fémi­nistes radi­cales. Est « cis », nous dit-on, « toute per­sonne dont l’identité per­son­nelle est conforme au genre qui cor­res­pond à leur sexe bio­lo­gique ». Par consé­quent, une « femme cis » serait une femme qui s’identifie à la fémi­ni­té, ce que je ne fais cer­tai­ne­ment pas, à l’instar de beau­coup d’autres femmes. Je rejette la notion de fémi­ni­té et je rejette donc l’idée que les femmes qui se voient impo­ser la fémi­ni­té sont soit pri­vi­lé­giées soit natu­rel­le­ment enclines à leur sta­tut subor­don­né. « Cis » est un terme régres­sif parce qu’il sug­gère que les femmes s’identifient en quelque sorte avec leur oppres­sion. Néan­moins, celles qui le rejettent sont qua­li­fiées de « trans­phobes » — ce qui consti­tue une autre façon d’imposer le silence à l’analyse fémi­niste, d’interdire une remise en cause géné­rale de la poli­tique du genre.

Comme Jef­freys, Lierre Keith relie le concept de l’identité de genre au libé­ra­lisme, en sou­li­gnant, dans sa pré­sen­ta­tion, que les radi­caux com­prennent que « la socié­té est orga­ni­sée par des sys­tèmes de pou­voir concrets, et non par des pen­sées et des idées ». Par consé­quent, explique-t-elle, « la solu­tion à l’oppression consiste à déman­te­ler ces sys­tèmes ». Elle sou­ligne que le racisme a été ren­for­cé par une pro­pa­gande qui affir­mait que les noirs étaient natu­rel­le­ment infé­rieurs, de la même façon qu’on a pré­ten­du que les femmes et les classes infé­rieures avaient tout sim­ple­ment des cer­veaux dif­fé­rents (infé­rieurs), ce qui a eu pour effet de natu­ra­li­ser les inéga­li­tés. Le genre, comme la classe et la race, n’est pas un sys­tème binaire, ajoute Keith, mais une hiérarchie.

Lierre Keith com­prend par­ti­cu­liè­re­ment com­bien il est effrayant d’oser s’exprimer sur ces sujets : « Ma car­rière est ter­mi­née. Je ne pour­rais plus jamais m’exprimer dans une uni­ver­si­té : même lorsque je reçois une invi­ta­tion, elle est annu­lée au cours des deux semaines sui­vantes. » Elle com­pare cette ten­dance au mac­car­thysme : « Le débat public est inter­dit : vous devez vous en tenir à une cer­taine ligne. »

Julie Bin­del, une célèbre et pro­li­fique jour­na­liste fémi­niste, a été offi­ciel­le­ment pla­cée sur liste noire par un syn­di­cat étu­diant bri­tan­nique, la Natio­nal Union of Stu­dents (NUS). Dans son allo­cu­tion, elle explique qu’une motion contre elle, votée lors d’un congrès de la NUS, se rédui­sait à : « Julie Bin­del est vile. » Ses crimes com­pre­naient le fait d’avoir rédi­gé un article pour sou­te­nir la lutte de l’organisation Van­cou­ver Rape Relief qui cher­chait à conser­ver le droit de défi­nir elle-même ses condi­tions d’adhésion, après que Kim­ber­ly Nixon, un homme trans­genre, ait ten­té de pour­suivre ce centre his­to­rique de sou­tien aux vic­times de viol après qu’on lui ait refu­sé une for­ma­tion pour deve­nir conseiller de vic­times de viol. Cet article cri­ti­quait les sté­réo­types sexistes qui semblent défi­nir le trans­gen­risme. Son excom­mu­ni­ca­tion était éga­le­ment fon­dé, a‑t-elle expli­qué, sur un article de 2007 écrit au sujet de per­sonnes trans qui avaient été pous­sées à subir une « chi­rur­gie de réas­si­gna­tion de genre » et qui avaient, par la suite, regret­té cette décision.

Beau­coup de femmes ont eu peur de sou­te­nir Bin­del à l’époque, et cer­taines fémi­nistes lui disent encore qu’elles ne peuvent pas l’inscrire au pro­gramme de leurs confé­rences par crainte de voir l’événement annu­lé par les loca­teurs. « Cela n’est pas une manière de mener le com­bat fémi­niste, explique-t-elle. Nous aban­don­nons de jeunes uni­ver­si­taires qui cherchent déses­pé­ré­ment à s’afficher comme fémi­nistes radi­cales et en sont empê­chées. » Contrai­re­ment à ce que beau­coup croient, cette cen­sure ne vise pas à sou­te­nir des per­sonnes mar­gi­na­li­sées ; c’est une façon de détruire le féminisme.

Tout un tra­vail de cri­tique poli­tique est désor­mais reje­té au motif qu’il consti­tue­rait une « pho­bie », tout une ana­lyse fémi­niste de la domi­na­tion mas­cu­line est qua­li­fiée de « sec­ta­risme », afin d’en jus­ti­fier la cen­sure. Et cela arrive spé­ci­fi­que­ment, explique Julie Bin­del, aux fémi­nistes radi­cales qui refusent de « capi­tu­ler face à la poli­tique iden­ti­taire que consti­tue le fémi­nisme libé­ral ou “fémi­nisme fun” ». Pen­dant quoi des miso­gynes et des por­no­graphes sont auto­ri­sés à fan­fa­ron­ner sur les cam­pus sans la moindre protestation.

Iro­ni­que­ment, ce sont les étu­diants uni­ver­si­taires qui semblent mener cette charge, en rédui­sant au silence les étu­diantes fémi­nistes radi­cales et en inter­di­sant les cam­pus aux femmes qui osent contes­ter la doc­trine libé­rale. (Une dyna­mique que décrit Mag­da­len Berns dans sa pré­sen­ta­tion, après avoir été ban­nie, au cours de sa der­nière année d’études, de presque tous les groupes de femmes et de per­sonnes LGTB de sa propre uni­ver­si­té — uni­ver­si­té qui a appa­rem­ment pro­non­cé un « aver­tis­se­ment » à l’encontre du fémi­nisme radi­cal lui-même). « Iro­ni­que­ment » parce que s’il y a bien un endroit où ces débats devraient être encou­ra­gés, c’est bien sur les cam­pus uni­ver­si­taires — l’enseignement supé­rieur, n’est-ce pas là qu’on étu­die les idées et que l’on apprend à penser ?!

Il est temps de mettre nos peurs de côté. Voi­ci ce que m’a appris le fémi­nisme (le vrai fémi­nisme — pas le libé­ra­lisme, pas la poli­tique queer, pas la rhé­to­rique pro­ca­pi­ta­liste cen­trée sur des sen­ti­ments per­son­nels soi-disant « éman­ci­pa­teurs ») : Peu importe ce que nous fai­sons ou disons, nous sommes tou­jours, en tant que fémi­nistes radi­cales, per­sé­cu­tées, dif­fa­mées et cen­su­rées. Et cela parce que nous nous bat­tons pour les femmes, parce que nous accu­sons les hommes, parce que nous cri­ti­quons ver­te­ment le patriar­cat. On nous appelle « SWERF[2] », « TERF », puto­phobes », « fem­me­phobes », « trans­phobes », « anti­sexe », « prudes mora­li­sa­trices », et d’autres choses encore, non pas parce que nous aurions peur des per­sonnes trans, des femmes pros­ti­tuées et de la sexua­li­té, pas non plus parce que notre poli­tique serait cen­trée sur l’« exclu­sion » d’individus spé­ci­fiques (à l’exception, bien sûr, des anti­fé­mi­nistes, qui se sen­ti­ront pro­ba­ble­ment « exclus » par le fémi­nisme), mais parce que ces termes et ces insultes ont pour effet de nous cen­su­rer et de nous exclure. Nous sommes dépro­gram­mées et ostra­ci­sées, dis­cré­di­tées autant que faire se peut, au point que d’autres n’osent pas s’associer avec nous, nous sou­te­nir, ou par­ta­ger le moindre élé­ment de notre tra­vail (quel que soit son conte­nu), de peur d’être mises dans le même panier.

Il s’agit d’une stra­té­gie uti­li­sée pour main­te­nir les autres femmes dans la peur et le silence, et cela fonctionne.

Nous per­dons le droit de par­ler de notre corps, comme le sou­ligne Berns. Si les femmes ont aujourd’hui des droits, c’est parce que cer­taines d’entre nous ont com­pris que l’oppression que nous subis­sons et que nous avons subie, à tra­vers l’histoire, découle direc­te­ment de notre appar­te­nance au sexe fémi­nin. Le patriar­cat existe uni­que­ment parce qu’il y a envi­ron 6000 ans, les hommes ont cher­ché un moyen de contrô­ler la capa­ci­té de repro­duc­tion des femmes. Le « genre » a pris forme pour que les hommes puissent reven­di­quer la pro­prié­té du corps des femmes et pré­sen­ter leur domi­na­tion comme natu­relle. Les fémi­nistes ont dû se battre pour les droits des femmes, au nom du fait que les femmes n’étaient pas infé­rieures et qu’elles avaient besoin d’une pro­tec­tion spé­ciale — non pas à cause de leurs sen­ti­ments ou de quelque « iden­ti­té de genre », mais en rai­son de leur bio­lo­gie et de la dis­cri­mi­na­tion qu’elle impli­quait. « Vous vous sou­ciez peut-être de perdre votre tra­vail ou vos amies, conclut Berns, mais vos droits importent davantage. »

J’en suis arri­vée à la conclu­sion qu’il n’y a rien à gagner à vivre dans la peur d’être qua­li­fiée ain­si — par ces acro­nymes hai­neux ou par diverses allé­ga­tions de « pho­bies ». Cela per­met sim­ple­ment de nous divi­ser pour mieux nous domi­ner. Nous n’échapperons pas à cette chasse aux sor­cières, à moins d’être prêtes à men­tir ou à nous taire — ce qui, à mes yeux, est bien pire que d’être dif­fa­mée, ciblée, et qua­li­fiée de noms absurdes par des antiféministes.

Je ne veux plus perdre mon éner­gie à ten­ter d’éviter ces insultes parce que je ne veux pas qu’ils par­viennent à leur fin. Je suis soli­daire de mes sœurs qui prennent la parole et conti­nuent à le faire mal­gré les attaques et les cen­sures diri­gées qu’elles subissent.

Appe­lez-nous comme vous vou­lez. Nous savons ce que vous dites en réa­li­té. Et nous l’assumons. Oui, « nous sommes fémi­nistes, et pas du genre fun. »

Les anti­fé­mi­nistes gagnent et conti­nue­ront à gagner tant que nous demeu­re­rons silen­cieuses. Ils conti­nue­ront à se dire « fémi­nistes » tout en dif­fa­mant et calom­niant des femmes du mou­ve­ment. Des hommes de gauche conti­nue­ront à fiè­re­ment nous qua­li­fier d’antiféministes et à cen­su­rer notre tra­vail, récon­for­tés par le sou­tien et le silence de ces « acti­vistes queer », de ces « acti­vistes en faveurs des droits des tra­vailleurs du sexe » et de ces fémi­nistes libé­rales —qui se sont révé­lés des traîtres à la cause des femmes et dont la poli­tique consiste à inven­ter de nou­veaux mots pour dégui­ser la domi­na­tion mas­cu­line et la vio­lence contre les femmes. À nous de prendre la parole et d’être soli­daires de nos sœurs, coûte que coûte.

Bin­del conclut :

« Nous devons être plus cou­ra­geuses… Celles d’entre nous qui sont un peu plus âgées et qui par­ti­cipent à la lutte fémi­niste depuis plus long­temps ont une dette à l’égard des plus jeunes et des nou­velles fémi­nistes. Com­ment diable pou­vons-nous espé­rer qu’elles s’impliquent dans un mou­ve­ment dyna­mique et cohé­rent si elles sont ter­ri­fiées à l’idée d’être exclues de leurs groupes d’amies et de leurs propres communautés ?

… S’il vous plaît, ne capi­tu­lons plus. Je sais bien que c’est effrayant.

Il y a encore des fémi­nistes qui me disent : “Je ne peux pas vous inté­grer à notre pro­gramme, je ne peux pas vous deman­der de prendre la parole à ce sujet, je ne peux pas inclure votre nom parce qu’ils vont nous tom­ber dessus.

Eh bien qu’ils essaient de nous tom­ber des­sus — nous les atten­dons de pied ferme.” »

Je suis à tes côtés, ma sœur.

Meghan Mur­phy


Tra­duc­tion : TRADFEM
Révi­sion : Nico­las Casaux

  1. TERF : Trans Exclu­sio­na­ry Radi­cal Femi­nist, « Fémi­niste radi­cale qui exclut les trans »
  2. SWERF : Sex Wor­ker Exclu­sive Radi­cal Femi­nist, « Fémi­niste radi­cale qui exclut les tra­vailleuses du sexe »

Print Friendly, PDF & Email
Total
48
Shares
3 comments
  1. De même que le qua­li­fi­ca­tif d’  »anti­sé­mite » est sys­té­ma­ti­que­ment uti­li­sé pour faire taire les débats, de même qu’  »anti-pro­grès » etc etc etc. Tout ça est ultra répan­du et la plu­part tombe dans le panneau !

  2. Refu­ser de dis­cu­ter est effec­ti­ve­ment un pro­blème. Tou­te­fois, une femme cis n’est pas une femme qui s’i­den­ti­fie à « la fémi­ni­té »…c’est une femme qui est née femme (i.e. de sexe fémi­nin à la nais­sance) tout au plus et cela quelque soit son expres­sion de genre, son iden­ti­fi­ca­tion quo­ti­dienne etc.…en cela la « poli­tique trans » ou la défense des droits des trans ne consti­tue pas néces­sai­re­ment une natu­ra­li­sa­tion des sté­réo­types de genre sexistes…si bcp de choses sont dites dans cet article pour dénon­cer l’os­tra­cisme dont font l’ob­jet les fémi­nistes dites TERF, peu de choses viennent étayer le fait que les droits des trans véhi­culent une natu­ra­li­sa­tion des sté­réo­types de genre sexistes et que trans rime avec antiféminisme…oserai-je sup­po­ser que c’est parce qu’il existe un cer­tain nombre de pré­ju­gés concer­nant les trans elleux-mêmes…que l’on pré­sup­pose donc les trans comme des êtres véhi­cu­lant en per­sonne les sté­réo­types de genre…ce qui méri­te­rait pour le moins d’être confron­té à la réalité…quant à consi­dé­rer que les trans sont des apôtres du libé­ra­lisme / du capi­ta­lisme et oeuvrent contre les droits des femmes.…c’est aller un peu vite en besogne encore une fois…
    Il est regret­table que le débat ne puisse avoir lieu dans les enceintes pré­vues à cette effet, mais peut-être est-ce parce qu’il ne peut pas avoir lieu en ces termes…
    Qu’une femme trans (i.e. née homme) soit reje­tée d’un refuge parce qu’elle est née homme et qu’elle serait un dan­ger pour ses congé­nères cis c’est aller très très vite en besogne et ce n’est pas anti­fé­mi­niste que de le dire…cette femme n’est pas là pour mettre en oeuvre diverses ruses afin d’op­pri­mer ses congé­nères, elle est là pour survivre…et elle n’est pas un homme trans­genre soit dit en passant…
    Qu’est-ce qui véhi­cule des sté­réo­types de genre entre dénon­cer la sexe de nais­sance d’une per­sonne comme dan­ge­reux pour la non mixi­té ou recon­naître que cette per­sonne est une per­sonne que l’on ne peut réduire à son sexe biologique ?
    Dis­cu­ter c’est aus­si aller au delà de l’as­si­mi­la­tion qui est faite entre les trans et les libé­raux-pro­gres­sistes qui se flattent de les défendre le cas échéant et par­tant de là de l’op­po­si­tion entre trans et fémi­nistes radi­cales (c’est à dire anti-libé­rales pour faire simple)…

    1. Bon­soir,

      Je récuse le genre femme car je cri­tique les genres et ne le reven­dique certes pas.
      Je suis née femme, assi­gnée femme, et c’est tout.
      Donc, je suis contre le terme cis appli­qué à moi et à toute per­sonne qui ne le sou­haite pas d’elle-même.
      Le débat n’a pas lieu non parce qu’il ne peut avoir lieu en ces termes mais car il se passe avec injure, voire agres­sion phy­sique, et d’hommes envers des femmes, étrange non ?
      Bizarre que quand des femmes disent non, elles sont vili­pen­dées, de même pour l’his­toire du refuge. C’est tou­jours la même his­toire, une femme n’a pas le droit de dire non.

      Bonne nuit,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Articles connexes
Lire

La tyrannie des prérogatives & du dogme de la croissance (par Derrick Jensen)

Je suis constamment épaté par le nombre de personnes en apparence à peu près normales qui pensent que l’on peut avoir une croissance économique infinie sur une planète finie. La croissance économique perpétuelle, et son corollaire, l’expansion technologique sans limite, sont des dogmes auxquelles tellement de gens s’accrochent, dans cette culture, qu’ils sont rarement remis en question.
Lire

Les marchands d’illusions vertes occidentaux, des USA à la France, de Bill McKibben à Cyril Dion (par Nicolas Casaux)

Dans les États occidentaux — mais ailleurs aussi, selon toute probabilité — il existe un microcosme de personnalités écologistes autorisées et régulièrement invitées dans les médias de masse, assez appréciées des autorités de leur pays respectif, et qui, pour ces raisons, représentent à elles seules, aux yeux du grand public, la mouvance écologiste. « La » mouvance, parce que ces écologistes font grosso modo la promotion des mêmes idées, des mêmes croyances. Ils se congratulent d’ailleurs régulièrement les uns les autres, faisant immanquablement référence aux travaux des uns et des autres dans leurs différents ouvrages — édités par d’importantes maisons d’édition, ou produits par d’importantes boites de production, et chroniqués dans les plus grands quotidiens. [...]
Lire

La 6ème extinction de masse — comment l’être humain détruit la vie (Elizabeth Kolbert)

Au centre du Hall de la biodiversité du Muséum américain d'histoire naturelle se trouve une exposition incorporée dans le sol. L’exposition est organisée autour d’une plaque centrale expliquant qu’il y a eu 5 extinctions de masse depuis l’apparition des animaux complexes, il y a plus de 500 millions d’années. Selon la plaque, "le changement climatique mondial et d’autres facteurs, comprenant probablement des collisions entre la Terre et des objets extraterrestres" étaient responsables de ces extinctions. On peut aussi y lire que : "nous sommes actuellement au milieu de la sixième extinction, due cette fois-ci uniquement à la transformation du paysage écologique par l'être humain". [...]