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À propos d’Extinction Rebellion – Partie II : solutions et tactiques promues (par Kim Hill)
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Dans la première partie de cette enquête, la neutralité carbone, la demande principale d’Extinction Rebellion, est exposée comme une campagne visant à sauver l’économie capitaliste et l’industrie des énergies fossiles.

Dans cette deuxième partie, nous nous penchons sur les autres exigences d’Extinction Rebellion : que les gouvernements disent la vérité et mettent en place une Assemblée citoyenne. Nous nous penchons également sur leurs tactiques et les solutions proposées pour parvenir à ces fins.

Exigence 1 : que les gouvernements disent la vérité à propos de la crise climatique.

DIRE LA VÉRITÉ – Le Gouvernement doit dire la vérité en déclarant l’état d’urgence climatique et environnemental, tout en travaillant avec d’autres institutions pour communiquer sur l’urgence du changement.

Quelle est la vérité de la crise climatique ? Il existe tellement de théories, de débats et d’intérêts en ce qui concerne l’importance du changement climatique, ses causes et ses conséquences, qu’il n’est possible pour personne de prétendre détenir la vérité. Exiger la vérité de la part d’un gouvernement à propos d’un problème aussi abstrait pourrait mener à une campagne de propagande n’en présentant qu’une vision biaisée, ainsi qu’à la mise au ban des débats et discussions qui ne correspondent pas à la vérité gouvernementale.

Les gouvernements n’existent pas pour servir le peuple et dire la vérité. Ils existent pour servir ceux au pouvoir, et pour mentir. Si les élus représentaient véritablement le peuple, les conditions nous ayant menés où nous en sommes n’auraient jamais vu le jour, et il n’y aurait aucun besoin de présenter des exigences.

Extinction Rebellion [XR] n’exige même pas des gouvernements qu’ils disent la vérité sur les causes du changement climatique et de l’effondrement des écosystèmes : croissance économique infinie, agriculture industrielle, impérialisme, guerres, extractivisme et utilisation de combustibles fossiles. Selon eux, la crise climatique est en quelque sorte un problème isolé du reste, pouvant être résolu par l’affirmation de vérités et le recours à de nouvelles technologies permettant à la société techno-industrielle de perdurer.

Exiger des gouvernements de « dire la vérité en déclarant l’état d’urgence climatique et environnemental » n’a aucun sens. Le fait d’affirmer qu’il y a urgence ne mène pas à une diffusion éclatante et spontanée de la vérité. D’ailleurs, c’est plus souvent l’inverse qui se produit : l’état d’urgence permet aux gouvernements d’intensifier leur répression et leur réduction au silence des questions et vérités qui dérangent.

Cette demande d’XR a été modifiée en avril 2019, pour y inclure l’urgence climatique, après qu’elle ait été déclarée, à peu près au même moment, au Royaume-Uni. Ceci suggère que leurs demandes peuvent être modifiées au gré des décisions gouvernementales. Les buts poursuivis ne sont pas clairs.

[Traduction du texte de l’image : Le gouvernement doit dire la vérité à propos de l’urgence climatique, et plus largement de l’urgence écologique, abroger ses politiques nuisibles et travailler de concert avec les médias pour communiquer avec les citoyens] Une précédente version de leur première demande. La mention de changement politique a depuis été supprimée, et ils ne font plus référence aux médias mais à « d’autres institutions » (probablement parce que cela semblait promouvoir, trop ouvertement, une campagne de propagande industrialo-médiatique).

« Communiquer sur l’urgence de changer » ne dit rien de ce qui doit changer. Là encore, la demande est vague et peut facilement être utilisée pour signifier tout et son contraire. S’il s’agit de mettre un terme à l’extraction et l’utilisation d’énergies fossiles, à la déforestation, cela devrait être spécifié. Affirmer qu’il est urgent d’atteindre un objectif aussi imprécis, cela semble inciter les gouvernements (et les lobbyistes d’entreprises présents dans les médias et les autres institutions) à fabriquer la crise de toute pièce, à créer un état de panique parmi la population, et à tirer avantage de ce chaos pour engranger toujours plus de profits. Une tactique bien connue, appelée « capitalisme du désastre » ou « stratégie du choc ». Comme nous l’avons vu dans la Partie I, c’est précisément ce qu’il s’est passé. Une question à ce sujet est posée, mais pas correctement formulée, sur la FAQ du site d’Extinction Rebellion (la FAQ a depuis été mise à jour, et cette question a été retirée. La version précédente est accessible ici). Certaines des questions qui s’y trouvent – ainsi que les réponses pour le moins inquiétantes qui sont données – sont pour le moins révélatrices de la nature véritable de leur Rébellion.

Dans un contexte politique où dire la vérité à propos d’un gouvernement ou de la crise écologique peut vous mener en prison, ou vous valoir d’être torturé ou tué, exiger que les gouvernements disent la vérité est, au mieux, naïf.

Mon principal problème avec cette demande, c’est qu’elle s’adresse au gouvernement. Il s’agit sans doute de la dernière entité dont on devrait attendre la vérité. La vision du monde selon laquelle nous devons faire confiance au gouvernement plutôt qu’à notre expérience directe mène à l’impuissance, à la déresponsabilisation, à la dépendance totale envers l’autorité. Étant donné ce que les gouvernements sont prêts à faire pour rester au pouvoir – répression violente des manifestations, guerres inutiles en guise de démonstrations de force – il est évident que nous ferions mieux de trouver nos propres vérités au travers de recherches et de discussions, plutôt que de dépendre d’un gouvernement pour nous guider.

Il y a quelque chose d’orwellien dans cette demande. Cela revient à exiger un Ministère de la Vérité, qui pourrait donner à un gouvernement un tel pouvoir sur nos croyances sur nous-mêmes et sur le monde que l’on en arriverait peut-être à croire que Big Brother nous aime, que la neutralité carbone sauvera la planète, et que 2 et 2 font 5.

Éthique de la vertu

La FAQ d’Extinction Rebellion stipule : « Au final, nous faisons cela car il s’agit de la chose juste à faire, quels que soient les résultats. Ce qui signifie que même si nous espérons pouvoir sauver quelque chose de la vie sur Terre, nous essayons d’agir en fonction de ce qui est juste (éthique de la vertu) plutôt que ce qui pourrait fonctionner (éthique utilitariste). »

Il n’y a donc pas d’objectif, et ils ne se demandent pas si leurs actions ont une chance d’être efficaces. En bref, il s’agit d’une manière d’exprimer ses préoccupations, sans changer quoi que ce soit. Comparez la citation ci-dessus avec celle-ci, que l’on doit à Stratfor, une entreprise de consultance qui conseille gouvernements et entreprises sur la meilleure façon de réprimer les mouvements sociaux :

« La plupart des autorités toléreront un certain niveau d’activisme, en considérant qu’il s’agit d’un moyen de faire retomber la pression. Elles permettent ainsi aux protestataires de trouver un peu d’apaisement, en les laissant croire qu’ils font une différence – aussi longtemps que les protestataires ne représentent pas une menace. Mais à mesure que les mouvements de contestation prendront de l’ampleur, les autorités agiront plus agressivement pour neutraliser les organisateurs. »

Les dirigeants d’Extinction Rebellion ont étudié les mouvements sociaux, et doivent donc être bien au courant de cette stratégie. C’est comme si leur Rébellion avait intentionnellement été créée pour être inefficace.

La décision d’organiser les plus grandes manifestations possibles, dans l’intention, supposément, de perturber le quotidien des affaires, à Londres, le week-end de Pâques, c’est-à-dire à un moment où aucun membre du gouvernement ne travaille, a démontré leur capacité à créer du spectacle plutôt qu’à s’engager dans des actions ciblées et décisives.

Dans cet extrait d’une interview de la fondatrice du mouvement XR, Gail Bradbrook, diffusée sur Sky News durant les manifestations du week-end de Pâques, celle-ci affirme :

« […] Les politiciens, en coulisse, y compris le gouvernement actuel, nous disent qu’ils ont besoin d’un mouvement social comme le nôtre pour obtenir la permission sociale de faire le nécessaire. Ils n’ont pas, jusqu’ici, dit la vérité. Nous disons la vérité. Nous avons besoin que les gens se concentrent sur cette urgence, et nous avons besoin d’une action massive. »

Le présentateur de Sky News lui demande alors : « Que les choses soient claires, vous dites que les politiciens du gouvernement vous disent : nous avons besoin que vous veniez à Londres [pour effectuer diverses actions symboliques] ? Il y a des ministres du gouvernement qui vous disent que c’est ce qu’ils veulent ? »

Ce à quoi Gail Bradbrook répond : « Je vais vous parler d’une anecdote que j’ai entendue aujourd’hui qui l’illustre : j’ai rencontré deux personnes, aujourd’hui, qui ont discuté avec des conseillers de Theresa May, qui leur ont dit qu’ils savent à quel point la situation est mauvaise, et qu’ils ont besoin que nous aidions. Donc, en gros, nous faisons le boulot […]. »

Le gouvernement demande donc aux Rebelles de formuler des demandes à l’attention du gouvernement. Le gouvernement mène ainsi une Rébellion contre lui-même. Une rébellion, ou une campagne de propagande ? Qui tire les ficelles ?

Leur absence de buts pourrait être vertueuse, mais elle permet surtout au mouvement de servir les intérêts de ceux qui possèdent le plus de pouvoir.

Solutions promues

[Traduction du texte de l’image : Pour plus d’informations sur les solutions possibles : Demandes 1 et 2 : […] ]

Le site web de XR pointe vers différentes organisations censées nous en apprendre plus sur les solutions à la crise écologique. Examinons-les.

[The Climate Mobilization – TCM, basée aux USA]: TCM défend « une réorganisation en urgence de l’économie industrielle moderne. Impliquant la majorité des citoyens, l’utilisation d’une grande partie des ressources disponibles, et un impact sur toutes les sphères de la société. Rien de moins qu’une révolution sociale et industrielle coordonnée par les gouvernements. » Il s’agit d’un plan pour l’expansion du système industriel et l’accroissement de l’utilisation des ressources naturelles, exigeant du gouvernement qu’il subventionne des intérêts privés, et non pas d’un plan pour planifier la fermeture des entreprises qui exterminent le vivant. Il n’y a rien, ici, qui traite de la protection de la nature, d’inverser les mécanismes de croissance, de défendre les droits humains, de réduire la consommation, ou de mettre un terme à la domination des entreprises. Tout ce que TCM défend est exactement le contraire de ce dont nous avons besoin.

Un tel plan est susceptible d’exiger de la population qu’elle travaille plus pour gagner moins, qu’elle paie plus d’impôts, que les services publics soient réduits et le contrôle gouvernemental sur les citoyens renforcé. Le tout menant à une qualité de vie largement atrophiée. Le niveau d’austérité inhérent « à l’utilisation de techniques politiques similaires à celles qui ont eu cours durant la Seconde Guerre mondiale, afin de transformer l’économie de manière urgente au travers d’une puissance gouvernementale fortement augmentée dont le rôle serait de diriger et planifier les investissements industriels, fournir de l’emploi, distribuer matériel et énergie et gérer la demande », lorsqu’une grande partie de la population souffre déjà d’un niveau de pauvreté extrême — de traumas, de maladies, de violence, de répression, d’une bureaucratie écrasante — pourrait mener à un effondrement complet de l’ordre social, à une guerre civile.

Si je dois vivre une révolution, je préférerais qu’elle vise à renverser tout le système politique et économique de l’empire des USA, et pas qu’elle soit menée par son inhumaine bureaucratie. Je ne peux rien imaginer de pire. Nous parlons de ce même gouvernement qui vise une « full spectrum dominance » [domination totale]. Ce qui signifie un contrôle militaire total sur la planète – terre, mer, air et espace – au service des intérêts industriels, d’ici 2020.

Le rapport de TCM intitulé Leading the Public into Emergency Mode (« Faire passer le public en mode urgence ») déclare que : « La crise climatique est de loin la principale menace pour notre sécurité nationale, pour la santé publique et pour l’économie mondiale. » Ainsi l’armée états-unienne, une des forces les plus destructrices de la planète (qui brûle plus de 37 millions de litres de pétrole par jour, 1,7 million de dollars par minute), de même que l’économie (le système qui convertit le monde vivant en marchandises mortes et jetables) sont menacées par la dévastation qu’elles causent. Ce qui devrait, apparemment, nous inquiéter. TCM se place du côté de l’armée et de l’économie, et présente l’expansion militaire et économique comme une solution. Plutôt que d’admettre et de nous inquiéter du fait que la civilisation industrielle détruit la nature, nous sommes incités à nous soucier du fait que les phénomènes naturels tels que les changements météorologiques menacent l’économie. La nature devient l’ennemi. Vive l’écologie.

Cette rhétorique en appelle à la guerre… mais contre qui ou quoi ? De toute évidence, pas contre les industries qui anéantissent la planète. Les conditions atmosphériques changeantes ne représentent pas non plus un ennemi tangible. Étant donné que l’armée et le système économique servent aux plus riches à dominer les plus pauvres et le monde naturel, les victimes des guerres impérialistes, du système capitaliste, ainsi que le monde vivant lui-même deviennent les ennemis à abattre. L’analyse présentée dans la vidéo intitulée « Selling Extinction » (Vendre l’Extinction) » suggère que le déclenchement de guerres dans le but de préserver la domination économique mondiale des USA est en effet le but du TCM.

« Nous appelons l’Amérique à guider le monde dans une action héroïque pour sauver le monde ! » Étant donné ce qu’il se produit lorsque les USA déclarent être des sauveurs héroïques, je préférerais que vous vous absteniez.

On peut d’ailleurs observer des similitudes entre la rhétorique de TCM et cette définition du fascisme : « Le fascisme est une philosophie politique, un mouvement ou un régime qui exalte la nation et souvent la race par-delà l’individu, et qui défend un gouvernement autocratique centralisé mené par un dictateur, des réglementations sociales et économiques sévères ainsi que la suppression par la force de toute opposition. » (Merriam Webster)

Extinction Rebellion redirige une partie de l’argent qu’il reçoit en dons à l’attention de TCM.

[Image : Oncle Sam, symbole des USA impérialistes et va-t-en-guerre, mène un bataillon d’éoliennes géantes dans la guerre pour la croissance économique. Source : TCM, The Climate Mobilization.]

Selon « Beyond Zero Emissions » (Au-delà des Émissions Zéro), une autre organisation vers laquelle Extinction Rebellion renvoie ceux qui veulent en savoir plus sur les solutions possibles, « tous les secteurs de l’économie australienne peuvent être décarbonés, renforcés, et bénéficier de la transition vers la neutralité carbone ». Bénéfices économiques, encore. Aucun bénéfice pour l’environnement. Encore.

« Les industries manufacturières peuvent remplacer les combustibles fossiles par de l’électricité renouvelable et éliminer jusqu’à 8 % des émissions australiennes », ce qui semble à peine valoir la peine étant donné que les émissions liées à la fabrication des nouvelles infrastructures requises pour la transition sont sans doute plus élevées que la réduction permise. Même s’il était possible d’éliminer entièrement les émissions de CO2 liées à ces processus, la fabrication du ciment, des plastiques, des produits chimiques et de toutes ces saloperies toxiques continue inexorablement de polluer, de constituer une des principales causes de l’extermination du monde vivant.

« Une transition vers 100 % de véhicules électriques éliminerait au moins 6 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Australie ». Et si nous arrêtions, tout simplement, de fabriquer des voitures ?!

Pourquoi une rébellion contre le gouvernement du Royaume-Uni, qui se dit concernée par l’extermination du vivant, soutient-elle un think-tank lié à l’industrie manufacturière australienne ? Comment peuvent-ils être connectés ? Il est évident que cette dernière ne va jamais soutenir la seule solution qui ait du sens : arrêter la production.

Green New Deal Group formule comme principe premier : « Une transformation environnementale massive de l’économie pour empêcher la triple crise financière, climatique et d’approvisionnement en énergie. » Il s’agit ici, avant tout, de sauver l’économie, et de fournir plus d’énergie aux entreprises. Pas de protéger le monde naturel. Rapid Transition Alliance et One Million Climate Jobs font également la promotion de la croissance économique, et se fichent pas mal de la destruction du monde naturel.

Le Breakthrough Institute propose des solutions encore plus troublantes. Il s’agit d’un « centre de recherche mondial qui identifie et promeut des solutions technologiques aux défis de développement humain et environnemental ». Qui défend l’énergie nucléaire, la fracturation (fracking) et l’augmentation des extractions gazières (toutes considérées comme des « énergies propres »), la modification génétique, la nourriture cultivée en laboratoires, une augmentation significative de la consommation d’énergie, l’urbanisation et la croissance économique. Qui fait la promotion des systèmes de production de nourriture industrielle à grande échelle et techno-dépendants, de l’augmentation de l’usage des pesticides et engrais de synthèse ainsi que de l’exode rural pour fournir de la main d’œuvre aux industries (où, j’imagine, ils seront mis à contribution pour fabriquer les produits chimiques qui vont détruire les terres qui leur auront été volées). En bref : extirper l’humain du monde naturel. Et accélérer le processus de destruction du vivant. Tout cela est clairement exposé sur leur site web.

Voilà le futur qu’Extinction Rebellion promeut. Voilà les solutions pour lesquelles des millions de personnes, à travers le monde, ont marché et marchent. Pas pour mettre un terme à l’usage des énergies fossiles. Pas pour protéger la nature sauvage. Pas pour soigner et régénérer les terres. Pas pour endiguer les changements climatiques et l’extermination du vivant. Mais plutôt pour sauver le système qui, précisément, ravage la terre, la mer, l’air, et nous tue à hauteur de 200 espèces par jour.

Il se peut que vous ayez besoin d’un instant pour digérer tout cela. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je ressens le besoin de sortir et de crier.

Aucune de ces soi-disant solutions ne mentionne les causes de l’extermination du vivant et des changements climatiques, ni le moindre plan pour s’attaquer à ces problèmes. Les principaux facteurs de cette extermination sont la guerre, la déforestation, l’usage de pesticides, les produits chimiques toxiques, les plastiques, les extractions minières, la construction de routes, les engrais de synthèse, l’agriculture industrielle, la pêche industrielle, les barrages et l’expansion urbaine, et tout ce qui détruit les habitats naturels des espèces. Dans leur plan pour parvenir à une économie décarbonée et pour une croissance verte, ces processus ne font pas que continuer sans ambages. Ils s’intensifient. On ne trouve aucune mention de la souveraineté indigène, de droits de la Nature, de santé humaine ou environnementale, de résilience, d’autonomie, de démocratie, de communauté. Ces concepts n’ont pas leur place dans la Nouvelle Économie Climatique.

Ces supposées « solutions » sont complètement déconnectées de la réalité du monde dans lequel nous vivons. Aucune d’entre elles ne se penche sur les nombreux problèmes liés aux dérèglements climatiques qu’elles prétendent résoudre (pas une seule). Des millions de réfugiés fuient des zones de conflits. Les fermes-usines et les tests sur animaux réduisent en esclavage des êtres vivants. La propagande, la surveillance et la censure instillent la peur et détruisent nos communautés, notre autonomie et notre capacité à penser. L’addiction, la violence, l’endettement, le sans-abrisme et les maladies chroniques touchent de plus en plus de personnes. Et de manière disproportionnée les femmes, les personnes de couleur et les plus pauvres. On dénombre 45 millions d’êtres humains esclaves, au sens historique de l’esclavage. La plupart des autres sont des serfs modernes — plus ou moins volontaires. Les accords de libre-échange donnent plus de pouvoir aux entreprises qu’aux pays. Six hommes sont aussi riches que la moitié de la population mondiale. Les peuples indigènes continuent d’être massacrés et contraints de quitter leurs terres. Beaucoup, au sein de la société occidentale, sont à ce point traumatisés par cette culture qu’ils vivent dans un état d’anxiété et de dépression tel qu’ils sont à peine capables de survivre au jour le jour.

Dans ces plans vers lesquels Extinction Rebellion renvoie, tout cela, nous toutes et tous, la totalité de la vie sur cette planète ne représentons rien d’autre que du carbone, rien de plus qu’une opportunité de business, une ressource à vendre et à convertir en argent.

Troisième demande : « Au-delà de la politique ». Le gouvernement doit créer et être guidé par les décisions d’une Assemblée citoyenne pour la justice climatique et écologique.

Une assemblée citoyenne. Une manière de contourner le processus démocratique afin que la neutralité carbone soit implémentée sans délibération par nos représentants élus. Extinction Rebellion affirme que nous ne pouvons pas faire confiance au processus démocratique parce qu’il est corrompu par l’influence du secteur industriel. Pourtant, ils ne souhaitent pas détruire ce secteur industriel, mais plutôt le conserver, et permettre à la corruption de continuer.

Une assemblée citoyenne n’est pas moins corruptible que le système actuel. Les citoyens qui la composeront ne seront pas doués d’une objectivité parfaite, ouverte à toutes les possibilités. Ils ne disposeront pas de pouvoirs magiques en mesure de résoudre les problèmes du monde. Ils auront été aussi exposés à la propagande et au marketing que tous les autres. Et, de toute évidence, on ne leur laissera pas la possibilité de débattre de potentialités ne cadrant pas avec le plan des grandes puissances financières et industrielles. Plan qui est d’ores et déjà en train de se déployer.

Les experts qui conseilleront les citoyens seront très probablement les mêmes que ceux qui conseillent déjà les gouvernements en ce qui concerne l’illusoire transition qu’ils nous font actuellement miroiter. Des ingénieurs, experts des industries énergétiques, économistes, représentants de la finance et de l’industrie pétrolière. Pas de défenseurs de l’environnement, de défenseurs du monde paysan, d’activistes indigènes ou d’individus dont les vies sont menacées par les nouvelles industries « vertes ». Et certainement pas de personnes s’exprimant au nom d’autres espèces et d’individus non humains, ou de futures générations. La transition vers la neutralité carbone a pour objectif l’expansion de l’économie et des industries énergétiques. Pas de se pencher sur l’effondrement des écosystèmes. Cette assemblée ne sera pas conseillée par des experts en régénération des sols, en écologie humaine, en pratiques indigènes, en permaculture, en décolonisation, en décroissance, en entraide, en systèmes politiques alternatifs, en autonomie ou en démocratie directe.

La transition planifiée du Royaume-Uni vers une économie décarbonée a déjà été exposée dans la première partie de cette enquête. Vous pouvez lire l’entièreté des 277 pages de ce plan ici. Il n’est nulle part stipulé que ce plan pourrait être vertement abandonné afin que les décisions concernant son objectif puissent être prises par des individus tirés au sort. Le Comité des Affaires, de l’Énergie et de la Stratégie Industrielle (Business, Energy and Industrial Strategy Committee, ou BEIS Committee) a affirmé que ce plan « devrait constituer le socle de discussion de l’Assemblée citoyenne », ce qui suggère clairement un cadre fixé à l’avance. Et, oui, l’Assemblée citoyenne est dirigée par le Comité des Affaires, de l’Énergie et de la Stratégie Industrielle (BEIS). Logique, puisqu’il est uniquement question de business, d’énergie et d’industrie. Pas de climat, ni d’extermination des espèces.

« Le Comité BEIS a récemment organisé des séances de témoignages (le 8 mai et le 18 juin 2019) avec des témoins tels que Extinction Rebellion, le WWF, le Committee on Climate Change et d’autres parties prenantes dans l’objectif de la neutralité carbone, et dans les actions nécessaires pour y parvenir. Ces séances font partie du travail du Comité sur la Stratégie de Croissance Propre (« Clean Growth Strategy »), et complètent ses enquêtes sur la façon de financer les infrastructures énergétiques et sur l’efficacité énergétique. Le Comité a également mené des enquêtes sur la capture, l’usage et le stockage du carbone ainsi que sur les véhicules électriques. »

J’espère que vous commencez à saisir l’objet de cette « rébellion » : il s’agit de croissance économique, de finance, de nouvelles infrastructures, d’efficacité, de capture du carbone, et de voitures. Les représentants d’Extinction Rebellion sont plus qu’heureux d’être consultés et inclus dans ces plans. « Rebel for life », mon cul.

Les seules préoccupations exprimées par les dirigeants de XR à propos de cette proposition concernent le fait qu’elle n’est pas légalement contraignante, et qu’elle ne laisse pas les citoyens définir la chronologie de cette transition. Ils n’ont formulé aucune objection en ce qui concerne le contenu du plan.

Il est remarquable que le site web de XR décrive en long et en large le processus de tirage au sort pour cette assemblée ainsi que leur vision sur la manière de la mener, mais ne dise absolument rien de ce que signifie la neutralité carbone, ou la manière dont cet objectif pourrait être atteint. On en apprend beaucoup plus de ce qui n’est pas dit que de ce qui est dit.

Un mouvement de masse de cette ampleur dispose peut-être de la capacité de renverser le système existant et de créer des sociétés véritablement équitables, soutenables et centrées sur le respect de l’environnement et du vivant. Mais ce n’est pas ce qu’il fait. À la place, il offre davantage de pouvoir aux gouvernements et aux industriels, en échange d’un simulacre de participation citoyenne à un processus dont les grandes lignes sont, dans l’ensemble, déjà déterminées.

Cette Assemblée citoyenne servira finalement à garantir le consentement du grand public aux décisions prises. À garantir leur acceptabilité, étant donné que les citoyens choisis sont censés nous représenter. La résistance est ainsi neutralisée.

S’en remettre à l’autorité du gouvernement ne participe pas à la redistribution du pouvoir au niveau des communautés humaines, au contraire. Les rebelles pourraient, s’ils le choisissaient, organiser leurs propres assemblées citoyennes, ou de nombreuses assemblées régionales, loin de l’influence du gouvernement, et ainsi constituer leurs propres plans. Cela permettrait de reprendre le pouvoir aux gouvernements et aux industriels, et de le remettre dans les mains de la population. Cependant, XR a rédigé une déclaration décourageant activement toute assemblée régionale, et incitant plutôt à se concentrer sur l’assemblée nationale.

Les rebelles pourraient s’engager dans la veine du municipalisme et de la « politique préfigurative », travailler à la sécession en vue de l’indépendance régionale, construire des structures locales favorisant la démocratie directe, l’entraide, les activités vivrières, dans l’optique de supplanter les structures du capitalisme mondialisé. La rébellion pourrait rejoindre « Symbiosis » : « une confédération d’organisations de communautés à travers l’Amérique du Nord, construisant de toutes pièces une société démocratique et écologique. »

Mais XR cherche à pousser ceux au pouvoir à agir plutôt qu’à renverser le système. Un mouvement dont le but est de garantir la pérennité de la civilisation techno-industrielle ne pourra jamais s’attaquer à la racine du problème de la destruction des écosystèmes, étant donné que cette racine, c’est précisément la civilisation techno-industrielle. Leur soi-disant transition, qui permet au « business as usual » de continuer sous la bannière de la « décarbonation », n’est pas autre chose que du greenwashing.

« Ce pays, avec ses institutions, appartient à la population qui y habite. Si un jour elle se lasse du gouvernement existant, elle peut exercer son droit constitutionnel de le modifier ou son droit révolutionnaire de le destituer ou de le renverser. »

— Abraham Lincoln

« Nous avons besoin d’une révolution tous les 200 ans, parce que tous les gouvernements deviennent viciés et corrompus après 200 ans. »

— Benjamin Franklin

Puissent les Rebelles saisir l’importance de ces deux citations de personnages qu’on n’accusera pas d’être de dangereux djihadistes verts.

Kim Hill


La partie III explorera l’histoire de la manipulation du mouvement Climat par les industriels, et la finalité de toute cette gesticulation climatique : la 4e Révolution Industrielle.

Traduction : William Blake, Olivier Lennerts

Édition : Nicolas Casaux

Correction : Lola Bearzatto

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  1. Excellent.Militants naïfs voire fanatisés, utopistes biberonnés à l’idéologie dominante incapable d’appréhender le monde dans sa globalité, de “l’écologie” de salon au service du système.

  2. Bonjour

    les revendications mentionnées sur le site XR France différent quelque peu de celles que vous dénoncez.
    https://extinctionrebellion.fr/revendications/

    le point 1 dénonce la croissance
    le point 2 prône l’abandon des énergies fossiles
    le point 3 dénonce le développement de nos sociétés modernes
    le point 4 dénonce la cécité des gouvernements, appelle à une mobilisation civile et solidaire d’une ampleur et d’une visée comparables à celles déployées en temps de guerre