Derrière les idées reçues : à propos de la centrale solaire prévue à Barrettali, dans le Cap Corse

Des intérêts et des implications de l’installation d’une centrale solaire (ou de quelque ensemble de production d’énergie dite « verte » ou « renouvelable »)

Sur le ter­ri­toire de la petite com­mune de Bar­ret­ta­li, dans le Cap Corse, la socié­té Cor­si­ca Verde s’apprête, en coopé­ra­tion avec la mai­rie, à ins­tal­ler une cen­trale solaire au sol, « sur le flanc Sud d’un val­lon actuel­le­ment occu­pé par du maquis ». Le pro­jet occu­pe­ra une super­fi­cie totale de 119 040 m² (11,9 ha), dont envi­ron 6,5 ha pour les 17 232 pan­neaux pho­to­vol­taïques (modules poly­cris­tal­lins) qui seront posés.

D’après ses pro­mo­teurs, la réa­li­sa­tion de cette cen­trale est tout à fait posi­tive pour les rai­sons habi­tuelles, celles que donnent tous les pro­mo­teurs de ce genre de pro­jet. Pro­duire de l’énergie « verte » est une bonne chose, cela s’inscrit dans une dyna­mique qui rend plus « verte », plus « durable » notre socié­té. Cela par­ti­cipe au déve­lop­pe­ment éco­no­mique de la com­mune et de la région, à l’augmentation de leur « auto­no­mie éner­gé­tique », etc.

Qu’en est-il en réa­li­té ?

L’étude d’impact envi­ron­ne­men­tal conclut, sans sur­prise, que même si l’on trouve des espèces pro­té­gées dans la zone concer­née, la réa­li­sa­tion du pro­jet ne devrait pas leur nuire outre mesure. On peut en dou­ter, mais admet­tons. De toute façon, même lorsqu’un tel pro­jet menace offi­ciel­le­ment des espèces pro­té­gées, y com­pris des espèces en dan­ger, il a de grandes chances d’être approu­vé quand même. Exemple : en 2016, pré­fète des Pyré­nées-Orien­tales, Josiane Che­va­lier y a auto­ri­sé une « déro­ga­tion à l’interdiction d’atteinte aux espèces pro­té­gées au titre de l’article L.411–2 du code de l’environnement concer­nant la cen­trale solaire ther­mo­dy­na­mique eLlo sur la com­mune de Llo ». Et, plus pré­ci­sé­ment, « une demande de déro­ga­tion concer­nant 18 espèces de flore et de faune pro­té­gées et por­tant sur la des­truc­tion de spé­ci­mens et la des­truc­tion, l’altération ou la dégra­da­tion de sites de repro­duc­tion ou d’aires de repos de ces espèces », et « la des­truc­tion par le pro­jet de 6,13 ha de zones humides ». Pour­quoi ? Parce que

« le pro­jet de cen­trale solaire ther­mo­dy­na­mique au sol eLlo sur la com­mune de Llo pré­sente des rai­sons impé­ra­tives d’intérêt public majeur, y com­pris de nature sociale et éco­no­mique du fait qu’il per­met : la pro­duc­tion d’énergie renou­ve­lable, la créa­tion d’emplois lors de la phase construc­tion (110 emplois pen­dant 2 ans) et lors de la période d’exploitation (8 emplois), la créa­tion d’un tis­su éco­no­mique dédié au solaire ther­mo­dy­na­mique à concen­tra­tion, la créa­tion d’un grou­pe­ment d’entreprises fran­çaises com­pé­ti­tives sur les mar­chés solaires à l’international, la consti­tu­tion d’un centre de for­ma­tion pour les pro­jets solaires ther­mo­dy­na­miques à concen­tra­tion, le ren­for­ce­ment de la culture indus­trielle du solaire asso­ciée au pla­teau Cer­dan, l’intégration à la pla­te­forme de R&D régio­nal Thé­mis Solaire Inno­va­tion, la col­la­bo­ra­tion avec le centre de recherche CNRS PROMES ».

En clair : au nom de l’économie, il est accep­table de détruire des espaces natu­rels et des espèces pro­té­gées. La pré­ser­va­tion du monde natu­rel, la san­té de la bio­sphère, l’écologie, importent bien moins que l’argent, que l’expansion de la socié­té indus­trielle, que le sys­tème tech­no-éco­no­mique. Bien enten­du, l’entreprise en charge de la construc­tion de la cen­trale s’est enga­gée à « com­pen­ser » les des­truc­tions envi­ron­ne­men­tales qu’elle avait été auto­ri­sée à entre­prendre. Mal­heu­reu­se­ment, le prin­cipe de soi-disant « com­pen­sa­tion » n’est qu’une pré­ten­tion creuse et absurde. Dans les faits, c’est un lamen­table désastre.

Reve­nons à la cen­trale solaire de Bar­ret­ta­li. Peut-on dire que l’énergie qu’elle pro­dui­rait serait réel­le­ment « verte » ? Là, les choses se com­pliquent beau­coup. Quid de la fabri­ca­tion des pan­neaux solaires ? La ques­tion ne semble pas inté­res­ser grand monde. Le sili­cium est un de leurs prin­ci­paux com­po­sants. Si les pro­mo­teurs du solaire ne manquent jamais de rap­pe­ler qu’on le trouve en abon­dance, ils oublient de dire qu’il requiert une puri­fi­ca­tion, un trai­te­ment très éner­gi­vore (« La plu­part des usines qui trans­forment la silice en sili­cium sont basées en Chine, et fonc­tionnent au char­bon »)[1]. Son recy­clage, éga­le­ment éner­gi­vore, est limi­té : quatre uti­li­sa­tions, au maxi­mum. De son extrac­tion à son trai­te­ment à son recy­clage, on observe donc déjà de nom­breux impacts éco­lo­giques signi­fi­ca­tifs. Le pan­neau solaire est éga­le­ment com­po­sé de verre — dont le recy­clage est, certes, simple, mais aus­si très éner­gi­vore — d’aluminium, de plas­tique, d’argent, et par­fois de bien d’autres élé­ments. D’où viennent-ils, quels sont les impacts, sociaux et envi­ron­ne­men­taux, de leur pro­duc­tion ? Est-ce sou­te­nable ? Est-ce éthique ? Et quid des « autres équi­pe­ments ins­tal­lés (ondu­leurs, conver­tis­seurs batteries/stockage et trans­for­ma­teurs) », et de tout le câblage ? La durée de vie d’un ondu­leur est de 8 à 12 ans, soit deux fois moins que celle du pan­neau solaire. Quels maté­riaux la pro­duc­tion de ces ondu­leurs et « autres équi­pe­ments » requiert-elle ? D’où viennent-ils et quels sont les impacts, sociaux et envi­ron­ne­men­taux, de leur pro­duc­tion ? Dans l’ensemble, tout cela est-il sou­te­nable, éco­lo­gique ? Pour répondre à toutes ces ques­tions, encore fau­drait-il qu’elles soient posées et étu­diées.

Nul besoin d’attendre qu’elles le soient un jour. Elles ne le seront sans doute jamais sérieu­se­ment. Sans trop prendre de risques, nous pou­vons pro­po­ser quelques grandes lignes de réponse. Contrai­re­ment aux nom­breuses pré­ten­tions « vertes » et « durables » qui nous sont pré­sen­tées, la pro­duc­tion de tous ces maté­riaux implique d’innombrables dom­mages éco­lo­giques — la pro­duc­tion du lithium des bat­te­ries, pour prendre un autre exemple, est éga­le­ment très délé­tère[2]. En outre, elle repose sur la pré­sente orga­ni­sa­tion socio­po­li­tique du monde, dont le carac­tère sup­po­sé­ment « démo­cra­tique », et pas seule­ment en ce qui concerne les gou­ver­ne­ments comme celui de la Chine, relève éga­le­ment de l’imposture. Ain­si que le sou­ligne[3] le pro­fes­seur de sciences poli­tiques Fran­cis Dupuis-Déri :

« En ce qui concerne la “démo­cra­tie” moderne, plu­sieurs formes de pou­voir coexistent et sont en com­pé­ti­tion à l’intérieur même du sys­tème poli­tique offi­ciel. La majo­ri­té du peuple n’exprime pas sa voix, même dans la pré­ten­due chambre démo­cra­tique, puisque c’est seule­ment une mino­ri­té extrê­me­ment réduite de “repré­sen­tants” qui déli­bère au nom de la majo­ri­té ou de l’ensemble de la nation. Comme le sou­ligne Jean-Jacques Rous­seau, la majo­ri­té n’a que le pou­voir de choi­sir la petite clique qui gou­ver­ne­ra l’ensemble de la com­mu­nau­té. À titre de com­pa­rai­son, serait-il cor­rect d’affubler du terme de “monar­chie” un régime où un indi­vi­du — appe­lé roi ou reine — aurait comme unique pou­voir de confir­mer tous les quatre ou cinq ans un ou des indi­vi­dus à titre de repré­sen­tants déte­nant les vrais pou­voirs et gou­ver­nant en son nom ? Un tel régime serait pro­ba­ble­ment recon­nu comme étant une fausse monar­chie ou une aris­to­cra­tie. Il pour­rait très bien être appe­lé “monar­chie” par habi­tude ou pour des rai­sons idéo­lo­giques, en dépit de son carac­tère plu­tôt aris­to­cra­tique. De même, un régime dans lequel le seul pou­voir des aris­to­crates serait d’élire un repré­sen­tant unique tous les quatre ou cinq ans qui gou­ver­ne­rait en leur nom serait pro­ba­ble­ment iden­ti­fié dans les faits comme une monar­chie. La “démo­cra­tie” moderne, dans laquelle gou­verne une clique de repré­sen­tants élus par le peuple, cor­res­pond donc bien plus à une aris­to­cra­tie (le règne d’une mino­ri­té) qu’à une démo­cra­tie (le règne de la majo­ri­té). La tra­di­tion phi­lo­so­phique a d’ailleurs recon­nu ce fait. Aris­tote, Spi­no­za, Mon­tes­quieu et bien d’autres, ain­si que plu­sieurs fon­da­teurs des répu­bliques modernes (Tho­mas Jef­fer­son et Maxi­mi­lien Robes­pierre, entre autres), ont clai­re­ment indi­qué que l’élection — c’est-à-dire la sélec­tion d’une élite diri­geante — est de par sa nature aris­to­cra­tique et contraire à la démo­cra­tie. La “démo­cra­tie” moderne est donc une aris­to­cra­tie “repré­sen­ta­tive”, “popu­laire”, “élec­tive” ou “libé­rale” qui se cache sous le nom trom­peur de “démo­cra­tie” suite à des jeux rhé­to­riques moti­vés par des luttes poli­tiques. »

Poli­ti­que­ment, tou­jours, sou­li­gnons éga­le­ment que la réa­li­sa­tion d’une telle cen­trale solaire repose sur les prin­cipes du capi­ta­lisme qu’imposent de concert tous les gou­ver­ne­ments des États du monde. Dieu mer­ci, il y a des ouvriers dans des usines en Chine, ou ailleurs, pour assem­bler les pan­neaux solaires, d’autres qui tra­vaillent pour diverses entre­prises d’extraction minière un peu par­tout sur Terre pour obte­nir les matières pre­mières, et d’autres encore pour diverses indus­tries de trans­port afin de les ache­mi­ner. Et de gen­tils gou­ver­ne­ments — dont cer­tains se pré­tendent « démo­cra­tiques » — pour orga­ni­ser le tout.

Mais reve­nons à l’aspect pré­ten­du­ment éco­lo­gique de l’affaire. Pour les rai­sons déjà men­tion­nées, signi­fi­ca­tives, qua­li­fier de « verte » ou de « propre » l’énergie ain­si pro­duite relève de la fari­bole. Seule­ment, il y a plus. Plu­tôt que de par­ler d’énergie « verte » ou « renou­ve­lable », le cher­cheur états-unien Ozzie Zeh­ner, qui a écrit un livre sur le sujet, qu’il étu­die depuis de nom­breuses années, pré­fère par­ler d’énergies « déri­vées des com­bus­tibles fos­siles ». Selon lui, « il vaut mieux conce­voir les tech­no­lo­gies éner­gé­tiques alter­na­tives [solaire, éolien, etc.] comme des sous-pro­duits des com­bus­tibles fos­siles ». Il explique[4] :

« Il y a cette impres­sion de choix entre com­bus­tibles fos­siles et tech­no­lo­gies éner­gé­tiques propres comme les pan­neaux solaires et les éoliennes. Ce choix est une illu­sion. Ces tech­no­lo­gies alter­na­tives reposent, à tous leurs stades de pro­duc­tion, sur les com­bus­tibles fos­siles. Elles dépendent des com­bus­tibles fos­siles en ce qui concerne les opé­ra­tions d’ex­trac­tions minières néces­saires à l’ob­ten­tion des matières pre­mières, leurs trai­te­ments et assem­blages en usine, leur ins­tal­la­tion, leur main­te­nance, et leur déman­tè­le­ment. En plus, à cause de l’ir­ré­gu­la­ri­té de pro­duc­tion du solaire et de l’éo­lien, ces tech­no­lo­gies requièrent des cen­trales à com­bus­tibles fos­siles opé­ra­tion­nelles en paral­lèle et en per­ma­nence. »

Dans une inter­view por­tant sur la notion de décrois­sance[5], un mili­tant éco­lo­giste amé­ri­cain explique :

« Les renou­ve­lables sont, sans excep­tion, dépen­dantes des com­bus­tibles fos­siles. Pre­nons l’exemple des éoliennes. Leurs pales sont faites de plas­tique à par­tir du pétrole. L’acier qui les com­pose est pro­duit à l’aide de quan­ti­tés mas­sives de coke, qui est une forme de char­bon. L’industrie de l’acier est une des indus­tries les plus toxiques au monde, et pour­tant elle est cru­ciale pour les éoliennes et beau­coup d’autres tech­no­lo­gies “vertes”. Les éoliennes sont lubri­fiées à l’aide de pétrole. Chaque éolienne néces­site des cen­taines de litres de lubri­fiant. D’ailleurs, Exxon Mobil pos­sède une divi­sion spé­cia­li­sée dans les lubri­fiants pour éoliennes. Les éoliennes sont trans­por­tées grâce à des camions dépen­dants des com­bus­tibles fos­siles, mises debout grâce à des grues qui car­burent au die­sel, encas­trées dans leurs fon­da­tions en béton (un maté­riau dont la pro­duc­tion est très éner­gi­vore), dont les fosses ont été exca­vées par des machines qui car­burent elles aus­si au die­sel. Et ain­si de suite. »

Par ailleurs, l’énergie (faus­se­ment « verte ») pro­duite par cette cen­trale solaire, que sert-elle à ali­men­ter ? Les tou­jours plus nom­breux appa­reils, pas même pré­ten­du­ment « verts », eux, dont dépend désor­mais le quo­ti­dien de tous les habi­tants des socié­tés indus­trielles capi­ta­listes. Ou plu­tôt, de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste : tous les États du globe forment un ensemble rela­ti­ve­ment homo­gène dont toutes les par­ties sont étroi­te­ment dépen­dantes les unes des autres. Sans les extrac­tions minières de tel ou tel pays, la pro­duc­tion de tel ou tel appa­reil ven­du dans tel ou tel autre pays ne serait pas pos­sible. Cela s’appelle la divi­sion inter­na­tio­nale du tra­vail (ou du capi­ta­lisme, ou de la socié­té indus­trielle). C’est-à-dire que la pro­duc­tion de cette éner­gie per­met de faire fonc­tion­ner des appa­reils dont la pro­duc­tion est elle-même un désastre envi­ron­ne­men­tal (et repose, elle aus­si, sur les aris­to­cra­ties élec­tives modernes). Les mon­tagnes d’e‑déchets (déchets élec­tro­niques) qui finissent déver­sés dans quelque décharge en Afrique, comme à Agbog­blo­shie au Gha­na, ou sim­ple­ment enfouis quelque part sur le ter­ri­toire fran­çais, en témoignent.

À l’ins­tar de toutes les autres éner­gies indus­trielles, l’éner­gie élec­trique — qu’elle soit issue d’une cen­trale solaire ou d’une cen­trale à char­bon — ne sert qu’à faire fonc­tion­ner le monde des machines, la tech­no­sphère, celle-là même qui, par­tout sur Terre, s’é­tale et croît tous azi­muts en dévo­rant la bio­sphère à une cadence infer­nale.

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Ce qui nous amène à l’absurdité de la pré­ten­tion à l’auto­no­mie éner­gé­tique qui accom­pagne imman­qua­ble­ment ce genre de pro­jet. Quelle auto­no­mie quand la fabri­ca­tion des pan­neaux solaires, ondu­leurs, bat­te­ries, etc., se fait ailleurs, loin de Corse, repose sur des extrac­tions minières, des trai­te­ments de matières pre­mières, des assem­blages en usine qui se font là, là-bas ou encore quelque part là, et dont nous igno­rons presque tout ? Quelle auto­no­mie quand il en va de même de tous les appa­reils que l’énergie pro­duite par la cen­trale solaire sert à ali­men­ter ? La com­plexi­té ten­ta­cu­laire de la socié­té indus­trielle et capi­ta­liste mon­dia­li­sée est syno­nyme d’opacité. L’immense majo­ri­té d’entre nous ne sait rien de tout ce qui se cache der­rière la construc­tion d’une telle cen­trale solaire, de tout ce qui est néces­saire pour qu’un tel pro­jet puisse prendre place. Que ce soit en termes de logis­tiques, de poli­tiques, de pra­tiques, d’impacts envi­ron­ne­men­taux, sociaux, et de beau­coup d’autres choses. Dépendre de l’énergie pro­duite par une cen­trale solaire, ou par n’importe quel type d’installation de pro­duc­tion d’électricité, dépendre du réseau élec­trique et des appa­reils qu’il fait fonc­tion­ner, ce n’est pas vrai­ment de l’autonomie. Cela n’a même rien à voir avec l’autonomie, la véri­table auto­no­mie, dont jouis­saient ceux qui, à tra­vers les âges, ne dépen­daient que d’eux-mêmes, de leur com­mu­nau­té et de leur envi­ron­ne­ment immé­diat, ou rela­ti­ve­ment proche, pour sub­ve­nir à tous leurs besoins — et dont jouissent encore ceux pour les­quels c’est encore le cas.

L’homo tech­no­lo­gi­cus de la socié­té indus­trielle est à peu près aus­si auto­nome qu’un hip­po­po­tame dans un zoo. Si ses super­mar­chés n’étaient pas régu­liè­re­ment ravi­taillés en pro­duits pro­ve­nant du monde entier, il ne sau­rait pas vivre. Ain­si que l’a écrit le phi­lo­sophe Alain Gras dans un article inti­tu­lé « L’illusion de la fata­li­té tech­nique », publié dans la revue l’Écologiste n° 5, 2001 :

« L’homme moderne n’est pas seule­ment un être dont la vie est façon­née par le tra­vail et le désir inves­ti dans la consom­ma­tion, il est aus­si celui dont le confort dans la vie quo­ti­dienne dépend à un degré infi­ni­ment plus éle­vé qu’auparavant d’entités invi­sibles et omni­pré­sentes : il est l’homme “bran­ché” que décrit l’imagerie popu­laire. Bran­ché par la prise du rasoir sur l’usine élec­trique, bran­ché par la pompe à essence sur le puits de pétrole du Koweït [et, j’ajouterai : sur la défo­res­ta­tion et la mono­cul­ture de pal­miers à huile en Indo­né­sie, bran­ché sur les vio­la­tions des droits humains, les mas­sacres et les dévas­ta­tions envi­ron­ne­men­tales au Congo, où sont extraits, entre autres choses, le col­tan et le cobalt des télé­phones et des ordi­na­teurs por­tables, bran­ché sur de mul­tiples ravages sociaux et éco­lo­giques à tra­vers le globe, par exemple en Chine et bien­tôt au Groen­land où sont extraites les terres rares néces­saires aux tech­no­lo­gies dites vertes, bran­ché sur d’autres nui­sances sociales et éco­lo­giques au Chi­li d’où pro­vient le lithium des bat­te­ries des appa­reils élec­triques], bran­ché sur le monde par CNN et le satel­lite dans l’espace, bran­ché par la ligne aérienne sur New York ou par la voie fer­rée sur Lyon, sur Concorde ou le TGV, et débran­ché de ses sem­blables ! Cet homme, entou­ré d’objets tech­niques, ne voit la tech­nique que sous sa forme la plus naïve et la moins dan­ge­reuse. Il admire la gran­deur de la taille et de la puis­sance, il ne s’aperçoit pas qu’il devient tota­le­ment dépen­dant. Il ne sait rien de la manière dont sont diri­gés les grands sys­tèmes tech­niques qui se cachent sous la sur­face du réel quo­ti­dien [comme il ne sait rien de leurs impacts sociaux et envi­ron­ne­men­taux]. »

Afin de plei­ne­ment réa­li­ser l’absurdité de la pré­ten­tion d’autonomie qui va de pair avec la pro­mo­tion des pro­jets comme celui de cette cen­trale solaire à Bar­ret­ta­li, les Corses peuvent s’enquérir de ce qui est arri­vé à d’autres îliens, habi­tants des îles Toke­lau, à l’autre bout du monde, près de la Nou­velle-Zélande, après qu’une cen­trale solaire ait été ins­tal­lée sur leur archi­pel. Leur his­toire est emblé­ma­tique. Elle expose de manière assez sai­sis­sante la manière dont la socié­té indus­trielle capi­ta­liste s’est impo­sée et éten­due sur toute la pla­nète, et les dégâts qu’elle engendre, sociaux et envi­ron­ne­men­taux.

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Bien évi­dem­ment, ces sujets sont soi­gneu­se­ment pas­sés sous silence par les gou­ver­ne­ments et les médias de masse, publics (qui appar­tiennent aux­dits gou­ver­ne­ments) ou pri­vés (qui appar­tiennent aux grandes entre­prises dont les patrons sont de mèche avec les­dits gou­ver­ne­ments), qui col­portent à peu près le même dis­cours. S’ils daignent recon­naître, désor­mais, que l’industrie des com­bus­tibles fos­siles pose quelques petits pro­blèmes, ils ne sou­lignent pas le fait que toutes les indus­tries — celles du domaine de l’électroménager (réfri­gé­ra­teurs, fours, etc.), de l’informatique (ordi­na­teurs, tablettes, etc.), de la construc­tion (routes, bâti­ments, etc.), et ain­si de suite — impliquent toutes sortes de dom­mages envi­ron­ne­men­taux. C’est l’ensemble de la socié­té indus­trielle qui détruit la bio­sphère, pas seule­ment l’industrie des com­bus­tibles fos­siles. C’est le prin­cipe même de l’industrialisme qu’il faut remettre en ques­tion. C’est le mode de vie tech­no­lo­gique, indus­trielle, moderne, et le type de régime poli­tique qui le rend pos­sible. C’est le genre de vie qu’il impose aux popu­la­tions du monde entier. Bien enten­du, il serait absurde d’attendre de ceux qui tirent pro­fit de l’état actuel des choses, de ceux qui sont aux com­mandes de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste, qu’ils soient diri­geants d’États ou d’entreprises, qu’ils pro­meuvent une telle remise en ques­tion du sta­tu quo. D’où ces nou­velles indus­tries men­son­gè­re­ment qua­li­fiées de « vertes », « propres » ou « durables ».

D’aucuns affir­me­ront que c’est tou­jours ça. Que les indus­tries de pro­duc­tion d’énergie dite « verte », « renou­ve­lable », cen­trales solaires, parcs éoliens, bar­rages hydro­élec­triques, cen­trales à bio­masse, etc., ne sont peut-être pas réel­le­ment « vertes », mais qu’elles valent tou­jours mieux que les indus­tries des com­bus­tibles fos­siles ou du nucléaire. Absurde. Parce que le déve­lop­pe­ment des indus­tries de pro­duc­tion d’énergie dite « verte » ne sup­plante pas le déve­lop­pe­ment des autres indus­tries de pro­duc­tion d’énergie. Dans le monde entier, on construit des cen­trales à char­bon, des cen­trales au gaz, des cen­trales nucléaires ET des cen­trales solaires, des parcs éoliens, etc. Les pro­duc­tions d’énergie dite « verte » ne font que s’ajouter aux pro­duc­tions des autres éner­gies, dans une dyna­mique de crois­sance de tout. De la pro­duc­tion d’énergie, de la consom­ma­tion, de la popu­la­tion, des extrac­tions minières, de l’urbanisation (dans son rap­port du 26/06/18, l’INSEE constate : « Depuis 2010, la Corse gagne 5 020 loge­ments sup­plé­men­taires par an, soit une aug­men­ta­tion annuelle moyenne de 2,2 %. La région enre­gistre la plus forte crois­sance du parc de loge­ments de France métro­po­li­taine, devant l’Occitanie et les Pays de Loire »), des dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales, des émis­sions de gaz à effet de serre, etc., ad infer­num.

Même si les indus­tries des éner­gies dites « vertes » l’étaient vrai­ment, et même si elles pou­vaient rem­pla­cer inté­gra­le­ment les indus­tries des com­bus­tibles fos­siles et du nucléaire, toutes les indus­tries qui com­posent la socié­té indus­trielle impli­quant des dégra­da­tions du milieu natu­rel, nous serions encore très loin d’avoir réso­lu les pro­blèmes éco­lo­giques aux­quels nous sommes confron­tés. Sans par­ler des pro­blèmes sociaux, poli­tiques.

L’installation de cette cen­trale solaire dans les mon­tagnes du Cap Corse va-t-elle faire dimi­nuer la consom­ma­tion d’énergie de la région ? Non, au contraire. (En 2008, Fré­dé­ric Busin, Direc­teur régio­nal d’EDF-GDF, confiait à Corse-Matin[6] que la consom­ma­tion d’énergie élec­trique corse aug­men­tait de 3 à 4 % par an, une « évo­lu­tion […] très impor­tante », qui « cor­res­pond à trois fois l’é­vo­lu­tion des consom­ma­tions consta­tée sur la même période sur le conti­nent ». Entre 2005 et 2015, la pro­duc­tion élec­trique de la Corse a presque dou­blé.) S’agit-il réel­le­ment d’une éner­gie « verte », « propre » ? Non. Le fonc­tion­ne­ment des appa­reils que cette éner­gie ser­vi­ra à ali­men­ter est-il béné­fique pour l’environnement ? Non. La construc­tion de cette cen­trale per­met-elle d’éviter que d’autres pro­jets liés aux indus­tries des com­bus­tibles fos­siles ne se déve­loppent en Corse ? Non, clai­re­ment pas (il y a un pro­jet de gazo­duc, un pro­jet de cen­trale ther­mique, et d’autres encore). Va-t-elle rap­por­ter de l’argent à la com­mune ? Sans doute. Cet argent vaut-il les des­truc­tions envi­ron­ne­men­tales et les pro­blèmes sociaux que génèrent les dyna­miques dans les­quelles s’inscrit la construc­tion de la cen­trale ? Cer­tai­ne­ment pas. À moins que l’on consi­dère, comme le vou­drait l’idéologie domi­nante, que la thune, l’économie, cette socié­té tou­jours plus tech­no­lo­gi­que­ment per­for­mante, la marche de ce qu’ils osent encore qua­li­fier de Pro­grès alors qu’il ne génère que des regrets, soient plus impor­tantes que le monde.

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La val­lée de Bar­ret­ta­li, vue mer

Si la val­lée de Bar­ret­ta­li est encore un havre de tran­quilli­té, une oasis de nature, un refuge pour le sau­vage et le féral, les geais et les chênes verts, le bal­bu­zard pêcheur, qui nidi­fie près de la Moglia­rese, et une myriade d’autres espèces, c’est parce qu’elle est encore épar­gnée par le « déve­lop­pe­ment ». Qu’il soit tou­ris­tique, éco­no­mique, immo­bi­lier, ou même « durable », le « déve­lop­pe­ment » — dans sa signi­fi­ca­tion moderne, capi­ta­liste, indus­trielle — est un fléau des­truc­teur des pay­sages natu­rels comme des com­mu­nau­tés humaines. Depuis l’endroit où j’écris ces lignes, j’aperçois la côte sud du Por­tu­gal, et plus pré­ci­sé­ment le « Bar­la­ven­to » (« au vent », en por­tu­gais), la par­tie occi­den­tale de l’Algarve.

En 1963, la poé­tesse por­tu­gaise Sophia de Mel­lo Brey­ner Andre­sen énu­mé­rait fameu­se­ment les périls qui mena­çaient l’Algarve tout juste redé­cou­verte par l’industrie du tou­risme :

« L’incompétence, la bêtise, la spé­cu­la­tion fon­cière, les mau­vais archi­tectes, le faux tra­di­tio­na­lisme, la manie du luxe et de l’ostentation, les opé­ra­tions immo­bi­lières ‘de vitrine’ et, sur­tout, le manque d’amour. »

Dans le même texte, elle écri­vait :

« Lorsque nous regar­dons autour de nous les vil­lages, les villes et les vil­lages du Por­tu­gal, nous consta­tons que presque tout ce qui a été construit au cours des der­nières décen­nies est laid. Moche et — mal­heur à nous ! — là pour durer. Des tra­vaux publics laids et des tra­vaux pri­vés laids. Les excep­tions à la règle de la lai­deur sont rares, on dit que notre pau­vre­té est à l’o­ri­gine de nos maux. Mais ce qui carac­té­rise une grande par­tie de notre archi­tec­ture de cette époque, c’est le New Yor­kisme. C’est d’au­tant plus triste quand on com­pare le pré­sent au pas­sé : en effet, en regar­dant les vieux manoirs de pierre et de chaux, on constate que notre archi­tec­ture a su créer de la noblesse sans richesse. D’où la pure­té et la digni­té de tant de vieilles mai­sons ; il ne s’a­git plus de copier le pas­sé : l’ar­chi­tec­ture est un art et l’art est créa­tion et non imi­ta­tion. Conti­nuer, ce n’est pas imi­ter et imi­ter, c’est tou­jours offen­ser et tra­hir ce qui est imi­té. Mais il est néces­saire qu’il y ait cette conscience du pas­sé et du pré­sent que nous appe­lons culture. Nous sommes un pays ancien. On nous dit que nous sommes un pays pauvre. La construc­tion de la ville moderne amène avec elle des pro­blèmes dif­fi­ciles à résoudre : pro­blèmes d’es­pace et de cir­cu­la­tion. »

Puis, un peu plus loin :

« […] je pense à la terre de l’Al­garve, avec ses plages, ses grottes, ses pro­mon­toires, ses murs blancs, sa lumière très vive. Nous ne devons pas détruire ces choses. L’art est tou­jours l’ex­pres­sion d’une rela­tion entre l’homme et le monde qui l’en­toure. L’ar­chi­tec­ture est pré­ci­sé­ment l’ex­pres­sion d’une rela­tion juste avec le pay­sage et le monde social. En dehors de ces coor­don­nées il n’y a que de la mau­vaise archi­tec­ture. On dit qu’il faut déve­lop­per le tou­risme en Algarve. Pour cela, il fau­dra construire. »

39 ans plus tard, en 2002, son fils, le jour­na­liste Miguel Sou­sa Tavares, com­men­tant ces pro­pos, écri­vait[7] :

« […] on aurait alors eu du mal à ima­gi­ner que la bar­ba­rie et la sau­va­ge­rie pure attein­draient l’ampleur actuelle et celle à venir, quand ce qui reste encore théo­ri­que­ment pro­té­gé – les zones humides de la Ria For­mo­sa et de la Ria de Alvor – sera tout autant dévas­té par le ‘pro­grès’. »

Enfin, en 2015, dans le quo­ti­dien por­tu­gais Pùbli­co, l’artiste Fer­nan­do Sil­va Grade constate à leur suite :

« Des pro­phé­ties qui, non contentes de s’être avé­rées, sont même en deçà de la réa­li­té. La folie des­truc­trice qui depuis qua­rante ans s’est abat­tue sur la région, béton­nant le lit­to­ral, déna­tu­rant les pay­sages du bar­ro­cal [arrière-pays, à la topo­gra­phie de tran­si­tion entre lit­to­ral et mon­tagne] et défi­gu­rant villes, vil­lages et hameaux, s’en prend aujourd’hui au plus incon­ce­vable des anéan­tis­se­ments : celui des plages de la côte déchi­que­tée du Bar­la­ven­to de l’Algarve ! »

Effec­ti­ve­ment, la côte sud du Por­tu­gal, autre­fois un endroit magni­fique (on le conçoit aisé­ment à par­tir du peu qui demeure encore rela­ti­ve­ment pré­ser­vé, mais pour com­bien de temps ?!) est désor­mais — tou­risme, éco­no­mie, bref, déve­lop­pe­ment oblige — une zone hyper­tou­ris­tique comme une autre, avec ses marées inhu­maines de tou­ristes, ses bars, res­tau­rants, hôtels, parcs de rési­dences secon­daires, mai­sons et vil­las que l’on construit tou­jours plus près du lit­to­ral et tou­jours plus den­sé­ment, ses déchets qui par­sèment les abords des routes et même tout le ter­ri­toire, etc.

Le Por­tu­gal est pour­tant régu­liè­re­ment pré­sen­té comme un modèle éco­lo­gique, en rai­son de son déve­lop­pe­ment des indus­tries des éner­gies dites « renou­ve­lables ». La trom­pe­rie est gro­tesque.

La soi-disant « tran­si­tion éco­lo­gique », par­fois sim­ple­ment réduite à une « tran­si­tion éner­gé­tique », cor­res­pond plus pro­saï­que­ment, en réa­li­té, à la construc­tion de nou­velles infra­struc­tures indus­trielles, et s’inscrit dans la dyna­mique plus vaste du « déve­lop­pe­ment » de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste. « Déve­lop­pe­ment » qui ne laisse dans son sillage que des pay­sages rava­gés et des popu­la­tions humaines alié­nées dans une course absurde et délé­tère, asser­vies à un sys­tème éco­no­mique mor­ti­fère.

*

À quoi res­sem­ble­raient de véri­tables dyna­miques d’autonomie et de res­pect du monde natu­rel ? Au déve­lop­pe­ment d’une auto­no­mie ali­men­taire, de formes d’agriculture et/ou d’élevage res­pec­tueuses des milieux natu­rels et des êtres vivants, au niveau com­mu­nal, local. Au réap­pren­tis­sage de métiers, d’artisanats, eux aus­si res­pec­tueux des milieux natu­rels, eux aus­si basés sur des res­sources locales et renou­ve­lables. À un aban­don pro­gres­sif du mode de vie indus­triel, capi­ta­liste, basé sur le sala­riat, la consom­ma­tion de pro­duits tous plus pol­luants les uns que les autres et issus des quatre coins du globe, au pro­fit de modes de vie locaux, com­mu­naux, plus démo­cra­tiques, car l’autonomie doit aus­si être poli­tique. Or, quand on a la chance de faire par­tie d’une petite com­mune, d’un petit vil­lage, beau­coup d’expériences peuvent être faites en ce sens. Il ne tient qu’aux habi­tants, au lieu de pro­mou­voir la défi­gu­ra­tion du pay­sage, du ter­ri­toire, au pro­fit de l’industrialisme, de la socié­té de consom­ma­tion, du capi­ta­lisme, de faire des choix allant dans le sens d’une véri­table auto­no­mie, d’une véri­table éman­ci­pa­tion poli­tique, d’un véri­table res­pect de l’environnement.

Mais qu’ils ne s’y trompent pas, et qu’ils ne se mentent pas. Faire le choix d’approuver la construc­tion d’une cen­trale solaire, ce n’est pas choi­sir de faire au mieux pour les géné­ra­tions futures ou pour la pla­nète. C’est sim­ple­ment ava­li­ser la per­pé­tua­tion de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste. La pire chose qui soit pour les géné­ra­tions futures et la pla­nète.

Nico­las Casaux


  1. Voir aus­si : https://ecoinfo.cnrs.fr/le-silicium/
  2. Voir aus­si : https://www.partage-le.com/2016/11/le-cobalt-le-congo-les-couts-socio-ecologiques-de-la-high-tech-par-le-washington-post/
  3. Voir : https://www.partage-le.com/2014/12/francis-dupuis-deri-lanarchie-dans-la-philosophie-politique-2007/. Pour aller plus loin sur le sujet, vous pou­vez lire son livre Démo­cra­tie, his­toire poli­tique d’un mot aux États-Unis et en France
  4. Dans cette inter­view : https://www.partage-le.com/2015/03/les-illusions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-questions/
  5. https://www.partage-le.com/2018/11/la-decroissance-doit-etre-une-lutte-revolutionnaire-un-entretien-avec-max-wilbert/
  6. https://www.corsematin.com/article/corse/la-consommation-electrique-de-lile-a-double-en-quinze-ans
  7. https://www.courrierinternational.com/article/portugal-sauvons-les-plages-de-lalgarve-de-leur-destruction-programmee

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Comments to: Derrière les idées reçues : à propos de la centrale solaire prévue à Barrettali, dans le Cap Corse (par Nicolas Casaux)
  • 14 novembre 2019

    Mer­ci pour cet article qui décrit en détails la réa­li­té et les impacts tous azi­muts de notre mode de vie. C’est quand même ultra-dépri­mant de voir que nous ne sommes pas très nom­breux à en être conscients. On s’en tient sou­vent au « CO2 » direct et tout le reste, on s’en fout.

    Extrait : « Or, quand on a la chance de faire par­tie d’une petite com­mune, d’un petit vil­lage, beau­coup d’expériences peuvent être faites en ce sens (…) de faire des choix allant dans le sens d’une véri­table auto­no­mie, d’une véri­table éman­ci­pa­tion poli­tique, d’un véri­table res­pect de l’environnement ». Tout à fait d’ac­cord avec toi. Mais mal­heu­reu­se­ment, l’ex­pé­rience que je connais n’est pas très radi­cale (mal­gré les dis­cours). Le côté démo­cra­tique est essen­tiel­le­ment de façade, sur­tout quand il s’a­git de céder à une nou­velle antenne relais. Même « de gauche et éco­lo », la ten­ta­tion du « pro­grès » est trop forte et les voix dis­si­dentes n’ont pas leur place. Quant aux habi­tants, tous mieux les uns que les autres, ils cèdent un a un au mirage du « vélo à assis­tance élec­trique » car quand même « ya des bosses par­tout » (un article sur le VAE bien­tôt?)…
    Tris­tesse

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