Une exploration de l’univers parallèle du transactivisme (par Kathleen Stock)

Tra­duc­tion d’un article de la phi­lo­sophe bri­tan­nique Kath­leen Stock ini­tia­le­ment paru, en anglais, le 21 mars 2022, à l’adresse sui­vante.


Que veulent dire ceux qui affirment des choses comme « les femmes trans sont des femmes », « les hommes trans sont des hommes » et « les per­sonnes non-binaires ne sont ni des femmes ni des hommes » ? Dans mon livre Mate­rial Girls [« Filles maté­rielles », mal­heu­reu­se­ment pas encore tra­duit en fran­çais à ce jour (NdT)], je sug­gère que beau­coup d’entre eux sont plon­gés dans un uni­vers fictionnel.

L’immersion dans un uni­vers fic­tion­nel, c’est quelque chose que nous connais­sons tous. Nous immer­ger dans un uni­vers fic­tion­nel, nous le fai­sons presque tous, et cer­tains d’entre nous plu­sieurs fois par jour. Lorsque vous vous plon­gez dans un roman, que vous enchaî­nez les épi­sodes d’une série télé­vi­sée ou que vous rêvez, éveillé, d’une poten­tielle his­toire d’amour ou de triom­pher de vos enne­mis, vous vous plon­gez dans un uni­vers fic­tion­nel. Les enfants s’im­mergent dans des fic­tions en inven­tant des his­toires éla­bo­rées avec leurs jouets ou au tra­vers des jeux vidéo. Les acteurs aus­si lors­qu’ils se plongent dans de nou­veaux rôles, tout comme les tra­vailleurs qui s’a­donnent à des jeux de rôle lors de jours de congé, à la manière de David Brent. Les groupes de recons­ti­tu­tion his­to­rique passent leurs week-ends à s’im­mer­ger dans des fic­tions col­lec­tives sur le passé.

Lorsque vous vous trou­vez plon­gé dans une fic­tion, votre objec­tif immé­diat ne consiste pas à per­ce­voir le monde tel qu’il est réel­le­ment, pré­sen­te­ment, afin d’agir de manière adé­quate. Pour emprun­ter une expres­sion à la phi­lo­so­phie, vos pen­sées et votre com­por­te­ment ne sont pas direc­te­ment « en quête de véri­té ». Cela ne pose géné­ra­le­ment pas pro­blème, étant don­né que les fic­tions sont cen­sées être des amu­se­ments inof­fen­sifs, des ren­contres inté­res­santes avec des scé­na­rios ima­gi­nables (mais irréels), ou des simu­la­tions d’ex­pé­riences vécues par d’autres. Les fic­tions ne sont pas cen­sées être des repré­sen­ta­tions fidèles de la réa­li­té. Lorsque nous nous immer­geons dans un uni­vers fic­tion­nel, c’est comme si une large par­tie de nos pen­sées se met­taient à flot­ter dans l’espace, loin de la terre ferme.

En ce qui les concerne, plu­sieurs rai­sons peuvent ame­ner les per­sonnes trans à se plon­ger dans des fic­tions de chan­ge­ment de sexe ou de fuite du corps. L’une d’entre elles, bien connue, est un fort sen­ti­ment de dys­pho­rie. Si les aspects sexués de votre corps vous mettent très mal à l’aise — par exemple parce qu’ils ne cor­res­pondent pas aux normes cor­po­relles en vigueur, ou du moins parce que vous avez cette impres­sion — le fait de vous com­por­ter comme si vous étiez du sexe oppo­sé, ou d’aucun sexe, pour­rait vous pro­cu­rer quelque sou­la­ge­ment. Un nombre inquié­tant de filles et de jeunes femmes se trouvent dans cette situa­tion à l’heure actuelle. Cette aug­men­ta­tion s’explique en par­tie par dif­fé­rents fac­teurs tels que l’invasion du smart­phone, l’essor connexe des réseaux sociaux et de la por­no­gra­phie, ain­si que la sur-sexua­li­sa­tion et l’objectification des jeunes femmes dans notre culture en général.

Le livre de Kath­leen Stock paru en 2021.

Un motif d’im­mer­sion moins connu, spé­ci­fique à un cer­tain seg­ment de la démo­gra­phie trans mas­cu­line et éga­le­ment sus­cep­tible d’être influen­cé par la por­no­gra­phie, est un féti­chisme connu sous le nom d’au­to­gy­né­phi­lie (abré­gé en « AGP »). Il s’agit d’hommes qui éprouvent une exci­ta­tion sexuelle à s’i­ma­gi­ner qu’ils sont des femmes. Les tran­sac­ti­vistes déploient d’importants efforts en vue de nier l’existence de ce phé­no­mène. Et il semble par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile pour les per­sonnes peu au fait de la réa­li­té actuelle de la sexua­li­té des hommes — les jeunes idéa­listes, par exemple, ou les pro­fes­seurs d’u­ni­ver­si­té — d’admettre qu’une telle chose existe. Mais de nom­breuses sources l’at­testent, et il est impor­tant que nous la pre­nions clai­re­ment en compte dans nos dis­cus­sions des empiè­te­ments sur les droits des femmes. Voir, par exemple, cet article de Vice datant de 2016, publié avant que les médias pro­gres­sistes ne com­mencent à pré­tendre que l’au­to­gy­né­phi­lie n’existe pas, et décri­vant cru­ment une soi­rée dans un club où les hommes se tra­ves­tissent en femmes pour leur plai­sir sexuel, par­fois en pré­ten­dant qu’ils sont « for­cés » à la « fémi­ni­sa­tion » par une domi­na­trice [voir aus­si la des­crip­tion de la « femel­li­sa­tion for­cée » dans cet article de Wiki­pé­dia, NdT]. Pour les der­niers scep­tiques, il est éga­le­ment pos­sible de lire le livre que Deirdre McClos­key a consa­cré à sa tran­si­tion, inti­tu­lé Cros­sing, dans lequel l’élé­ment sexuel est allè­gre­ment dis­cu­té — ou sim­ple­ment de regar­der atten­ti­ve­ment cette pho­to d’une « femme trans » s’a­dres­sant au par­ti démo­crate de l’É­tat de New York. [Ou de regar­der le court métrage docu­men­taire sui­vant, NdT].


Pour­sui­vons. Les per­sonnes qui ne sont pas trans, mais qui choi­sissent de s’immerger dans les fic­tions fon­da­trices du tran­sac­ti­visme semblent le faire pour quatre motifs prin­ci­paux. Pre­miè­re­ment, il y a le désir d’être gen­til avec les per­sonnes trans, sans trop réflé­chir à ce que cela implique. Deuxiè­me­ment, il y a le désir de paraître gen­til en rai­son du capi­tal social que cela pro­cure de nos jours. Troi­siè­me­ment, il y a le désir d’é­vi­ter l’os­tra­cisme — tout le monde sait qu’il s’agit du sort réser­vé à celles et ceux qui refusent de s’immerger dans les fic­tions trans. Et qua­triè­me­ment, il y a le désir de défaire les caté­go­ries sexuées de l’humanité grâce au pou­voir des mots, que cer­tains font leur après avoir enten­du un uni­ver­si­taire far­fe­lu affir­mer qu’il s’agissait d’un objec­tif cohé­rent et poli­ti­que­ment souhaitable.

Si la plu­part des fic­tions dans les­quelles nous nous plon­geons sont inof­fen­sives, ce n’est pas le cas des fic­tions trans, lors­qu’elles sont dif­fu­sées à l’é­chelle indus­trielle et impo­sées de manière coer­ci­tive par l’es­ta­blish­ment pro­gres­siste. À l’autre bout de cet arc nar­ra­tif sin­gu­lier figurent de jeunes adultes mal­heu­reux et sté­riles, des femmes incar­cé­rées obli­gées de par­ta­ger des espaces avec des vio­leurs, des spor­tives pro­fes­sion­nelles évin­cées de la com­pé­ti­tion par des hommes qu’elles ne peuvent espé­rer battre, de jeunes les­biennes for­cées de sor­tir avec des hommes, des épouses contraintes de par­ti­ci­per aux fan­tasmes de tra­ves­tis­se­ment de leurs maris et des per­sonnes trans­genres béné­fi­ciant de soins de san­té tota­le­ment inadéquats.

Aus­si hor­ribles que soient ces faits, je sou­haite, dans ce billet, jeter un regard plus oblique sur l’his­toire qui les a engen­drés. Il me semble en effet que le tran­sac­ti­visme consti­tue un cas d’é­tude fas­ci­nant de ce qui peut se pro­duire lors­qu’un mou­ve­ment poli­tique cesse de recher­cher la véri­té pour se consa­crer à l’élaboration d’une fic­tion. Peut-être que tous les mou­ve­ments pour­suivent une fic­tion de temps en temps, mais rares sont ceux dont les axiomes consti­tuent un tel déni de réa­li­té. Voi­ci donc quatre élé­ments explicatifs.

1) Fournir une trame de fond convaincante

De quoi une fic­tion a‑t-elle besoin pour paraître vivante et réa­liste — pour cap­ter votre atten­tion et vous embar­quer émo­tion­nel­le­ment ? Elle a entre autres choses besoin de détails d’arrière-plan qui paraissent convain­cants, et suf­fi­sam­ment dis­trayants pour que la lec­trice ou spec­ta­trice moyenne ne s’in­ter­roge pas sur les failles de l’in­trigue. Et quoi de plus convain­cant que des idées sou­te­nues par des per­sonnes dont le tra­vail quo­ti­dien est d’être intel­li­gentes et de savoir des choses ? Sur cette base, cer­tains sec­teurs du monde uni­ver­si­taire se sont fait [ou lais­sé] recru­ter — et de bon cœur — afin de four­nir les élé­ments contex­tuels néces­saires aux fic­tions fon­da­men­tales de l’in­dus­trie transgenre.

Un article du phi­lo­sophe Dan Williams, récem­ment publié, décrit un phé­no­mène simi­laire. Selon lui, dans le monde d’au­jourd’­hui, « les experts et les pro­duc­teurs d’o­pi­nions » four­nissent des argu­ments appa­rem­ment appro­ba­teurs et d’autres jus­ti­fi­ca­tions en faveur de conclu­sions aux­quelles les gens étaient déjà inci­tés à adhé­rer de toute façon — et ils le font « en échange d’argent et de récom­penses sociales ». Selon lui, un mar­ché de la ratio­na­li­sa­tion des croyances sou­hai­tées s’est déve­lop­pé. Dans le domaine du tran­sac­ti­visme, je pense que les ratio­na­li­sa­tions pro­po­sées par les uni­ver­si­taires tendent à sou­te­nir l’im­mer­sion dans la fic­tion plu­tôt que la croyance pure et simple — après tout, lors­qu’ils décident qui inti­mi­der en pre­mier, les tran­sac­ti­vistes semblent tou­jours savoir qui sont les femmes et qui sont les hommes — mais autre­ment, le pro­ces­sus est simi­laire à celui décrit par Williams. Le jeu, pour cer­tains uni­ver­si­taires, consiste à four­nir des élé­ments contex­tuels appa­rem­ment convain­cants en faveur de conclu­sions fic­tion­nelles pré­dé­ter­mi­nées telles que « les femmes trans sont des femmes », « les hommes trans sont des hommes » et « les per­sonnes non binaires ne sont ni des femmes ni des hommes ». Étant don­né que le sys­tème les récom­pense actuel­le­ment pour cela, je pense que leur moti­va­tion incons­ciente est sou­vent l’a­van­ce­ment de leur car­rière et la recon­nais­sance sociale de leurs pairs — même s’ils dis­si­mulent tou­jours cette moti­va­tion en se dra­pant de morale.

Dans le domaine qui m’est le plus fami­lier, la phi­lo­so­phie uni­ver­si­taire, un groupe de pen­seurs dévoués cherche à four­nir des ratio­na­li­sa­tions post hoc com­plexes et tech­niques pour des man­tras ini­tia­le­ment for­mu­lés par des ado­les­cents sur Tum­blr en 2011. Le fait que la véri­té dans son sens tra­di­tion­nel ne consti­tue pas l’objet de leur inves­ti­ga­tion ne pour­rait être plus clair. Voir, par exemple, la phi­lo­sophe Katha­rine Jen­kins, qui com­mence son article de 2016 sur la nature de l’être-femme (woman­hood), publié dans la pres­ti­gieuse revue de phi­lo­so­phie Ethics, en décla­rant : « La pro­po­si­tion selon laquelle les iden­ti­tés de genre trans sont entiè­re­ment valides — selon laquelle les femmes trans sont des femmes et les hommes trans sont des hommes — est une pré­misse fon­da­men­tale de mon argu­ment, que je ne dis­cu­te­rai pas davan­tage. » (Il est révé­la­teur que le terme « valide » soit uti­li­sé ici dans son sens Tum­bl­rien selon lequel les iden­ti­tés sont vali­dées comme les pas­se­ports ou les tickets de par­king, et non dans le sens de la vali­di­té logique, plus cou­rant dans la phi­lo­so­phie aca­dé­mique). La conclu­sion de l’ar­ticle de Jen­kins, peu sur­pre­nante dans de telles cir­cons­tances, est que nous devrions uti­li­ser le terme « femme » pour dési­gner toutes les per­sonnes qui pos­sèdent une iden­ti­té de genre dite femme, qu’elles soient réel­le­ment des femmes ou des hommes.


Autre exemple du même aca­bit. Dans un article paru en 2020, Eli­za­beth Barnes, comme Jen­kins, note expli­ci­te­ment que son rai­son­ne­ment était contraint a prio­ri par le désir de s’ac­cor­der avec la conclu­sion selon laquelle toute per­sonne sou­hai­tant être consi­dé­rée comme une femme devrait être consi­dé­rée comme une femme, et selon laquelle toute per­sonne ne sou­hai­tant pas être consi­dé­rée comme une femme ne devrait pas l’être. Une fois encore, la caté­go­ri­sa­tion basée sur la réa­li­té, telle que nous la conce­vons habi­tuel­le­ment, n’est jamais évo­quée. Barnes avance ensuite une ratio­na­li­sa­tion drô­le­ment capi­lo­trac­tée en faveur d’affirmations telles que « les femmes trans sont des femmes », arguant qu’il n’existe pas de « faits pro­fonds, indé­pen­dants du lan­gage, per­met­tant de déter­mi­ner quelles per­sonnes sont des femmes, quelles per­sonnes sont gen­der­queer, etc. » Elle jus­ti­fie cela en par­tie en éta­blis­sant une ana­lo­gie extrê­me­ment com­plexe avec des dis­cus­sions méta­phy­siques sur les tables. En bref, elle sou­tient qu’en termes méta­phy­siques, il n’existe pas de tables, à pro­pre­ment par­ler, bien qu’il y ait peut-être des « formes simples dont la dis­po­si­tion évoque des tables ». Néan­moins, nous pou­vons tou­jours pro­non­cer la phrase vraie « il existe des tables ». De la même manière, bien que pour des rai­sons quelque peu dif­fé­rentes, les faits méta­phy­siques concer­nant l’être-femme (woman­hood) et d’autres groupes « gen­rés » sont sépa­rés des condi­tions de véri­té des phrases impli­quant … oh j’a­ban­donne, je n’ai plus besoin de faire sem­blant de prendre ces choses au sérieux, allez voir vous-mêmes. (J’a­voue, cepen­dant, que suis déçue que Barnes n’ait pas essayé de pré­tendre que les femmes sont « formes simples dont la dis­po­si­tion évoque des femmes »).

Du côté des sciences sociales, les choses ne semblent pas aller beau­coup mieux. Ici, la recherche semble avoir pour objec­tif la ratio­na­li­sa­tion de cer­taines croyances de base, conçues pour faire en sorte que l’im­mer­sion dans les fic­tions d’origine semble béné­fique ou du moins inof­fen­sive, ou encore pour faire en sorte que le refus paraisse coû­teux sur les plans moraux et sociaux. (Le refus de l’immersion est sou­vent qua­li­fié de « trans­pho­bie »). Par exemple : « chez les patients trans­genres, la pré­va­lence des regrets après une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale est extrê­me­ment faible » (c’est-à-dire que l’im­mer­sion médi­ca­le­ment assis­tée est inof­fen­sive) ; « l’ad­mi­nis­tra­tion d’hor­mones du sexe oppo­sé à des ado­les­cents dys­pho­riques réduit les idées sui­ci­daires » (c’est-à-dire que l’im­mer­sion médi­ca­le­ment assis­tée est béné­fique) ; « le fait de remettre en ques­tion la “réa­li­té onto­lo­gique” des iden­ti­tés trans­genres conduit à un har­cè­le­ment trans­phobe » (c’est-à-dire que le refus des per­sonnes non trans de s’im­mer­ger dans les fic­tions des per­sonnes trans entraîne le har­cè­le­ment des per­sonnes trans) ; « l’au­to­mu­ti­la­tion non sui­ci­daire est cou­rante chez les jeunes trans et sou­ligne la néces­si­té d’in­ter­ven­tions qui réduisent la trans­pho­bie » (c’est-à-dire que le refus des per­sonnes non trans de s’im­mer­ger dans les fic­tions des per­sonnes trans entraîne l’au­to­mu­ti­la­tion des jeunes trans) ; et ain­si de suite.

L’ob­jec­tif prin­ci­pal de ces articles semble être de culpa­bi­li­ser la lec­trice. Comme dans le cas des phi­lo­sophes, il ne s’agit pas de recher­cher la véri­té d’une manière rela­ti­ve­ment neutre, mais plu­tôt de pro­duire un simu­lacre de dis­cours aca­dé­mique en vue d’amener la lec­trice à accep­ter cer­taines conclu­sions pré­dé­ter­mi­nées. Cela s’explique en par­tie par le fait qu’un cer­tain nombre de ceux qui pro­duisent ce genre d’ar­ticles semblent avoir des inté­rêts, éco­no­miques ou per­son­nels, à ce que toute cette fic­tion per­dure ; et aus­si par le fait que ce qu’ils pro­duisent est sou­vent truf­fé d’erreurs gros­sières et de man­que­ments aux normes métho­do­lo­giques les plus élé­men­taires. D’autres sont plus qua­li­fiés que moi pour expo­ser ces défauts, mais, en ce qui concerne les articles de recherche vers les­quels je ren­voie ci-avant, cet article, celui-ci, celui-là, cet autre et ce der­nier semblent révé­la­teurs [en anglais, tou­jours, sur l’idée selon laquelle les études scien­ti­fiques disent que les thé­ra­pies hor­mo­nales d’affirmation de genre sont béné­fiques, il y a ce très bon article d’investigation, sur le mythe du sui­cide chez les jeunes per­sonnes qui se disent « trans », il y a celui-ci ; il est bien dom­mage que ces enquêtes ne soient pas tra­duites en fran­çais, mais ça vien­dra peut-être, NdT]. Ce niveau inha­bi­tuel d’in­com­pé­tence sug­gère que leur objec­tif n’a jamais été la véri­té en pre­mier lieu. Si votre but consiste à inci­ter les autres à s’im­mer­ger dans des fic­tions, alors le recours réel à des métho­do­lo­gies fiables et sérieuses en vue de par­ve­nir à la véri­té s’avèrera for­cé­ment moins utile qu’une illu­sion convain­cante sug­gé­rant que c’est ce que vous avez fait.

2) L’exploration d’un univers parallèle

Une fic­tion convain­cante peut nous don­ner un aper­çu de ce que pour­rait être la vie si cer­taines choses n’étaient pas ce qu’elles sont réel­le­ment ou ce qu’elles ont été dans la réa­li­té dans laquelle nous vivons : que se pas­se­rait-il, par exemple, si les Bri­tan­niques vivaient sous une dic­ta­ture tota­li­taire dotée de pou­voirs de sur­veillance de masse (1984) ; ou s’il exis­tait une espèce d’êtres sem­blables aux humains, mais n’ayant pas de sexe fixe (La Main gauche de la nuit) ; ou si l’Al­le­magne et le Japon avaient gagné la Seconde Guerre mon­diale (Le Maître du Haut Châ­teau), etc. Ima­gi­ner les consé­quences fic­tives d’un scé­na­rio ini­tial éga­le­ment fic­tif consti­tue une autre façon pour les auteurs de rendre cer­taines his­toires vivantes et inté­res­santes. Les enfants plon­gés dans des his­toires ima­gi­naires font quelque chose de plus basique, mais tout de même simi­laire, en uti­li­sant des jouets et d’autres acces­soires qu’ils ont autour d’eux, ou d’elles. Une enfant pour­rait par exemple ima­gi­ner la chose sui­vante : si cette pou­pée est une « explo­ra­trice » et cette chaise un « élé­phant », alors, si je pose la pou­pée sur la chaise, « une explo­ra­trice che­vauche un éléphant ».

De la même manière, le tran­sac­ti­visme, avec l’aide des médias et de l’u­ni­ver­si­té, s’ef­force de conce­voir les consé­quences des fic­tions ini­tiales selon les­quelles « les femmes trans sont des femmes », « les hommes trans sont des hommes » et les per­sonnes non binaires « ne sont ni des hommes ni des femmes ». Il s’a­git en par­tie de déter­mi­ner ce qui s’en­suit logi­que­ment, compte tenu de la manière dont les concepts de « femme » et d’« homme » fonc­tionnent habi­tuel­le­ment. Par exemple, si « les femmes trans sont des femmes », alors les « femmes trans » consti­tuent un sous-ensemble des femmes en géné­ral, et nous avons donc besoin d’un mot pour dési­gner le sous-ensemble des femmes qui ne sont pas trans : « femmes cis ». Si « les femmes trans sont des femmes », alors, puisque les femmes avant l’âge de la matu­ri­té sexuelle sont des « filles », les « femmes trans » qui n’ont pas atteint la matu­ri­té sexuelle sont aus­si des « filles ». Puisque les femmes qui ont des enfants sont des « mères », les femmes trans avec des enfants sont aus­si des « mères ». Puisque les femmes exclu­si­ve­ment atti­rées, sur le plan sexuel, par d’autres femmes, sont des « les­biennes », alors les femmes trans exclu­si­ve­ment atti­rées, sur le plan sexuel, par d’autres femmes sont aus­si des « les­biennes » (et ain­si de suite). Il existe éga­le­ment une fic­tion cou­rante selon laquelle les femmes trans sont des « femelles » (puisque les femmes trans sont des femmes, et que les femmes sont des femelles).

Et puis il y a la pra­tique consis­tant à étendre les droits et les res­sources des femmes aux « femmes trans », pour la rai­son que les « femmes trans sont des femmes », et sont donc cen­sés jouir des droits des mêmes droits et avoir besoin des mêmes res­sources que les femmes. Comme nous le savons main­te­nant, grâce au prix que paient les femmes, l’immersion dans la fic­tion selon laquelle « les femmes trans sont des femmes » conduit les gens à pen­ser que les femmes trans devraient aller dans les ves­tiaires, les écoles, les dor­toirs, les rési­dences, les pri­sons, les groupes sociaux, les équipes spor­tives, les centres d’aide aux vic­times de viol, les bas­sins de nata­tion, les refuges contre la vio­lence domes­tique, les listes élec­to­rales, les réunions poli­tiques, etc. (la liste conti­nue), des femmes. Des res­sources et des ser­vices dédiés à un seul sexe, péni­ble­ment obte­nus et éta­blis au fil des ans, sont donc effec­ti­ve­ment déman­te­lés, en grande par­tie afin de satis­faire la quête de véri­si­mi­li­tude esthé­tique de cer­tains hommes.

Kath­leen Stock, l’au­trice de cet article.

Par ailleurs, si « les femmes trans sont des femmes » et que cer­tains évé­ne­ments et expé­riences sont propres aux femmes, alors la logique de la fic­tion veut que les femmes trans en fassent aus­si l’expérience. Ain­si, les femmes trans sont cen­sés souf­frir de « miso­gy­nie », parce que les femmes souffrent de miso­gy­nie (une fic­tion ren­for­cée par le fait que l’ex­pé­rience de la miso­gy­nie ou même de la vio­lence sexuelle consti­tue un fan­tasme sexuel cou­rant chez les hommes auto­gy­ne­philes). Les femmes trans connaissent des symp­tômes de la méno­pause puisque les femmes ont des symp­tômes de la méno­pause. Et ain­si de suite. Dans ces der­niers cas, tout comme dans le cas d’une chaise qui passe pour « un élé­phant » dans l’imagination d’un enfant, cer­tains élé­ments du monde réel sont invo­qués en tant qu’accessoires. Ain­si, toute dis­cri­mi­na­tion réelle à laquelle sont confron­tées les femmes trans est éti­que­tée « miso­gy­nie », et tout effet secon­daire phy­sique lié à la prise d’œs­tro­gènes de syn­thèse est bap­ti­sé « symp­tôme des mens­trua­tions » ou « symp­tôme de la méno­pause », afin d’alimenter la fiction.

Cette éla­bo­ra­tion des consé­quences des fic­tions trans fon­da­men­tales se fait aus­si bien au niveau par­ti­cu­lier qu’au niveau géné­ral. Mar­tine Roth­blatt est une femme trans, et les femmes trans sont des femmes ; Mar­tine Roth­blatt est payée plus que n’im­porte quelle femme PDG en Amé­rique ; cela fait donc de Roth­blatt « la femme PDG la mieux payée en Amé­rique » selon le maga­zine New York. Lia Tho­mas est une femme trans, et les femmes trans sont des femmes ; Lia Tho­mas nage plus vite que n’im­porte quelle femme de l’u­ni­ver­si­té de Penn­syl­va­nie ; cela signi­fie que Lia Tho­mas a bat­tu des « records fémi­nins » en nata­tion. La roman­cière Tor­rey Peters est une femme trans, et les femmes trans sont des femmes : cela signi­fie que le roman de Peters, Detran­si­tion Baby, peut figu­rer sur la liste des can­di­dats rete­nus pour le prix de la fic­tion lit­té­raire fémi­nine de 2022.

Dans ce monde ima­gi­naire, les accom­plis­se­ments des femmes sont pro­gres­si­ve­ment réduits. Et dans le même temps, des infor­ma­tions sinistres sur des « femmes » se livrant à des crimes typi­que­ment mas­cu­lins, comme la pédo­phi­lie, les agres­sions vio­lentes et l’at­ten­tat à la pudeur, font leur appa­ri­tion. La semaine der­nière, le Scot­tish Dai­ly Record rap­por­tait que Shay Sims, « une femme » qui avait « plai­dé cou­pable pour trois charges d’a­gres­sion phy­sique, de dom­mages cri­mi­nels et d’ou­trage à la décence publique », avait « rele­vé sa robe et bais­sé son pan­ta­lon pour exhi­ber son pénis et conti­nué à mar­cher sur 15 mètres avec son pénis expo­sé ». Et mer­cre­di der­nier, le New York Times rap­por­tait qu’une « femme de 83 ans », déjà cou­pable du meurtre de deux autres femmes, avait été décou­verte trans­por­tant le torse d’une femme démem­brée hors d’un immeuble d’habitation.

Et quid des consé­quences des fic­tions ori­gi­nelles selon les­quelles « les hommes trans sont des hommes », et les per­sonnes non binaires « ne sont ni femmes ni hommes » ? En ce qui concerne cette der­nière, les conteurs en herbe n’ont pas grand-chose à faire, étant don­né que le terme « non-binaire » ne pos­sède pas de défi­ni­tion très cohé­rente, et cer­tai­ne­ment pas aus­si cohé­rente que la vieille défi­ni­tion du mot « femme ». Le mieux que les mili­tants puissent faire, semble-t-il, lors­qu’ils tentent de com­bler les lacunes de la fic­tion non binaire, consiste à se réfé­rer à ce que les per­sonnes non-binaires ne sont pas — elles ne sont ni des hommes ni des femmes, ni des mâles ni des femelles, et elles n’u­ti­lisent pas les pro­noms « elle » ou « il » — mais cette maigre pitance ne per­met pas d’élaborer un scé­na­rio immer­sif, et cela ne laisse pas aux mili­tants beau­coup de choses posi­tives à faire (à part conti­nuer à dire que les per­sonnes non-binaires sont « valides » au sens de Tumblr-Jenkins).

Dans le cas de la fic­tion selon laquelle « les hommes trans sont des hommes », étant don­né la cen­tra­li­té du concept « homme » dans de nom­breux dis­cours, les mili­tants devraient en théo­rie dis­po­ser de suf­fi­sam­ment de maté­riel pour éla­bo­rer. Et dans une cer­taine mesure, ils l’ont fait : par exemple avec la cam­pagne en cours au Royaume-Uni visant à faire en sorte qu’un homme trans soit juri­di­que­ment consi­dé­ré comme un « père » sur un cer­ti­fi­cat de nais­sance. Mais curieu­se­ment, dans la plu­part des autres domaines, les espaces, les res­sources, les droits et les accom­plis­se­ments des hommes ne semblent pas impactés.

3) Rétrocontinuer le passé

Cer­tains scé­na­ristes pra­tiquent la « rétro­con­ti­nua­tion », c’est-à-dire qu’ils font en sorte que les nou­velles his­toires soient en conti­nui­té avec les anciennes en modi­fiant rétros­pec­ti­ve­ment des élé­ments de ces der­nières. Dans le feuille­ton Dal­las, le per­son­nage de Bob­by, qui avait été tué, a été rame­né à la vie une sai­son plus tard. Appa­rem­ment, sa mort n’é­tait qu’un rêve qu’il avait eu pen­dant qu’il était sous la douche.

Dans le tran­sac­ti­visme, on observe une sorte de rétro­con­ti­nua­tion per­ma­nente, comme un moyen sup­plé­men­taire de pro­duire des toiles de fond convain­cantes pour les fic­tions actuelles. Une grande par­tie de l’u­ni­vers tran­sac­ti­viste repose sur l’idée selon laquelle les per­sonnes trans auraient tou­jours exis­té à tra­vers l’histoire humaine. C’est ain­si que l’on observe une ten­ta­tive de « tran­si­tion­ner », de manière rétros­pec­tive et fic­tion­nelle, des per­son­nages non confor­mistes notables de l’his­toire : par exemple, Mar­sha P. John­son, Ewan Forbes, James Bar­ry, Jeanne d’Arc, la reine Hat­chep­sout, Kurt Cobain. Nous avons éga­le­ment droit à la réin­ter­pré­ta­tion créa­tive d’autres tra­di­tions cultu­relles, avec les Hij­ras, Fa’a­fa­fine, Faka­leitī, Kathoey, etc., qui se voient tous assi­mi­lés, à tort, au concept essen­tiel­le­ment occi­den­tal et rela­ti­ve­ment moderne de « trans ».

Et puis il y a aus­si, bien enten­du, la fic­tion de l’en­fant « trans » — la rétro­con­ti­nua­tion la plus auda­cieuse de toutes. Les femmes trans, qui sont des « femmes », doivent donc avoir été des « filles », et les hommes trans, qui sont des « hommes », doivent donc avoir été des « gar­çons » — ce qui, par extra­po­la­tion, signi­fie qu’il doit y avoir, en ce moment même, des « filles » dans la popu­la­tion des enfants mâles, et des « gar­çons » dans la popu­la­tion des enfants femelles. Les enfants « trans » (si sou­vent de sexe fémi­nin, mais quelle impor­tance) « savent qui ils sont », et devraient avoir la « liber­té d’être eux-mêmes », nous dit-on ; et peu importe que cette « liber­té » puisse impli­quer qu’une enfant prenne des médi­ca­ments qui la ren­dront sté­rile, ou lui infli­ge­ront une ostéo­po­rose pré­coce, ou qu’elle subisse une abla­tion chi­rur­gi­cale de ses seins, de ses ovaires et de son uté­rus avant qu’elle ait eu la moindre chance de réflé­chir aux impli­ca­tions de tout ceci. Des mil­liers d’en­fants et d’a­do­les­cents dans le monde ont été encou­ra­gés par des adultes à s’im­mer­ger com­plè­te­ment dans cette fic­tion — voire à com­men­cer à y croire, plei­ne­ment, pure­ment et sim­ple­ment — au lieu de la consi­dé­rer comme un jeu d’i­ma­gi­na­tion par­mi d’autres, dans le cadre d’un pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment sain. Les corps des enfants sont uti­li­sés comme acces­soires dans des drames d’a­dultes qu’ils n’ont aucun moyen de com­prendre cor­rec­te­ment avant qu’il ne soit trop tard pour eux.

4) Rappelez-vous d’éteindre votre téléphone

Lorsque vous allez au ciné­ma, on vous rap­pelle par­fois d’é­teindre votre télé­phone. Des son­ne­ries aga­çantes pour­raient per­tur­ber l’at­ten­tion d’une per­sonne immer­gée dans une fic­tion et la rame­ner désa­gréa­ble­ment à la conscience du monde réel. De la même manière, le fait de réa­li­ser sou­dai­ne­ment que l’ac­trice que vous regar­dez jouer le rôle de Mary Boleyn est éga­le­ment un super­hé­ros des Aven­gers peut vous faire sor­tir de la cour d’Hen­ri VIII.

Des rap­pels de la réa­li­té existent éga­le­ment ici et là, un peu par­tout, à même de per­tur­ber ceux qui sont actuel­le­ment immer­gés dans les fic­tions tran­sac­ti­vistes. Il y a par exemple ce fait ennuyeux que le sexe bio­lo­gique chez les êtres humains est immuable. Le réa­li­ser peut être très déran­geant lorsque vous essayez de vous per­sua­der que Lia Tho­mas est juste une femme ordi­naire excep­tion­nel­le­ment douée pour la nata­tion. Je pense qu’il s’agit de la rai­son pour laquelle les tran­sac­ti­vistes s’op­posent sys­té­ma­ti­que­ment aux décla­ra­tions selon les­quelles le sexe bio­lo­gique chez les humains ne peut être trans­cen­dé. Récem­ment, plu­sieurs étu­diants rédac­teurs de la revue aca­dé­mique Law and Contem­po­ra­ry Pro­blems ont publi­que­ment démis­sion­né après avoir appris que leur revue allait publier un de mes articles inti­tu­lé « The Impor­tance of Refer­ring to Human Sex in Lan­guage » (en fran­çais : « L’importance de men­tion­ner le sexe humain dans le lan­gage »). (N’hésitez pas à le lire pour les ennuyer). Il y a plu­sieurs pré­cé­dents à cela, bien sûr — le plus évident étant le trai­te­ment anor­ma­le­ment sévère de l’ar­ticle de Lisa Litt­man sur la dys­pho­rie de genre à appa­ri­tion rapide, il y a quelques années.

Il me semble que la peur de bri­ser le qua­trième mur explique aus­si pour­quoi les tran­sac­ti­vistes paniquent à ce point face aux inter­ven­tions franches de J.K. Row­ling concer­nant les méfaits du tran­sac­ti­visme pour les femmes et les filles. Row­ling a le cou­rage de décrire la réa­li­té des com­por­te­ments mas­cu­lins qui nuisent aux femmes et aux filles, quelle que soit l’i­den­ti­té des uns ou des autres. Peut-être est-ce pré­ci­sé­ment parce qu’elle com­prend si bien la dif­fé­rence entre la fic­tion et la réa­li­té que la célèbre créa­trice de « Celui-qui-ne-doit-pas-être-nom­mé » est à la fois dési­reuse et capable de nom­mer des choses que d’autres n’osent pas nom­mer du tout. En outre, elle pos­sède la capa­ci­té de com­mu­ni­ca­tion et l’in­fluence cultu­relle néces­saires pour que son mes­sage par­vienne à des mil­lions de per­sonnes. Pour ceux qui sont émo­tion­nel­le­ment ou finan­ciè­re­ment inves­tis dans les fic­tions trans, et qui sou­haitent que d’autres demeurent tout aus­si immer­gés qu’eux, cela doit être terrifiant.

Et puis il y a le Subred­dit « Detrans » [Red­dit est un réseau social et une pla­te­forme de dis­cus­sions très uti­li­sée sur inter­net ; un subred­dit (« sous-red­dit » en fran­çais) est une sous-par­tie du site consa­crée à un thème spé­ci­fique ; Kath­leen Stock fait ici réfé­rence, donc, à une par­tie du forum Red­dit consa­crée à la détran­si­tion (NdT)]. Cette sec­tion de Red­dit com­prend actuel­le­ment 27 000 membres [42 100 au moment où je tra­duis ce texte (NdT)], jeunes pour la plu­part, et beau­coup d’entre eux parlent fran­che­ment des dom­mages cau­sés à leur corps et à leur esprit par une tran­si­tion pré­ma­tu­rée. Cer­tains de ceux qui postent sur ce subred­dit ont déses­pé­ré­ment besoin d’aide. Leurs témoi­gnages sont vrai­ment cho­quants. Vous vous deman­dez peut-être pour­quoi les médias pro­gres­sistes ne parlent pas de ce phé­no­mène. Il s’a­git après tout d’un scan­dale médi­cal qui se déroule au vu et au su de tous.


La réponse est que l’exis­tence des détran­si­tion­nistes rap­pelle aux gens que les iden­ti­fi­ca­tions psy­cho­lo­giques peuvent être tem­po­raires, sur­tout à l’a­do­les­cence, et qu’il n’existe pas de besoin fatal d’effectuer une tran­si­tion sur la base d’un sen­ti­ment de dys­pho­rie. L’i­dée selon laquelle une per­sonne serait « née trans » ou n’aurait pas d’autre choix que de « tran­si­tion­ner », étant don­né « qui elle est vrai­ment à l’in­té­rieur », est un mythe. Les détran­si­tion­nistes le prouvent. Cela dit, toutes les per­sonnes trans ne s’efforcent pas d’ignorer ce fait — loin de là. Mais beau­coup semblent s’y employer, tout comme un grand nombre d’al­liés trans auto­pro­cla­més. Et col­lec­ti­ve­ment, ils semblent déter­mi­nés à exer­cer une pres­sion sur tous les autres afin qu’ils l’i­gnorent aus­si, quel qu’en soit le coût public.

Plus dou­lou­reu­se­ment encore, peut-être, le phé­no­mène des détran­si­tion­nistes rap­pelle aux parents d’en­fants ayant tran­si­tion­né qu’ils pour­raient bien com­mettre une ter­rible erreur en auto­ri­sant la médi­ca­tion de leur enfant — une erreur qui pour­rait plus tard cau­ser des dom­mages graves et irré­vo­cables pour le bien-être de leur enfant. J’ai enten­du dire que cer­taines des per­son­na­li­tés publi­que­ment enga­gées dans la ten­ta­tive d’empêcher toute dis­cus­sion rai­son­née concer­nant le bien-être des enfants trans­genres au Royaume-Uni sont dans cette situa­tion en pri­vé, et je me demande sou­vent com­ment il est pos­sible que de tels inté­rêts par­ti­cu­liers ne soient pas décla­rés. Ces per­sonnes me font pen­ser à Chris­tof, le per­son­nage du Créa­teur dans The Tru­man Show, qui cherche déses­pé­ré­ment à empê­cher son enfant d’at­teindre l’ho­ri­zon arti­fi­ciel du petit monde qui, à son insu, a été façon­né juste pour lui.

Kath­leen Stock


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

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  1. Mer­ci pour cet article, trou­blant de jus­tesse. Com­ment tout ce qui y est décrit n’est-il pas per­çu par une par­tie de la popu­la­tion (et des fémi­nistes) est incompréhensible.
    La pre­mière vidéo est…très dérangeante…bien que je n’ai pu la regar­der que quelques minutes. C’est tel­le­ment évident que ces per­sonnes (peut être pas toutes les per­sonnes trans, je ne sais pas) ont des troubles psy­chiques. Mais com­ment les aider, puisque men­tio­nenr ce fait est tabou, qu’elles refusent tout soin et que la « tran­si­den­ti­té » est en train de deve­nir normale ?

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