Nicolas Framont et l’impossible réappropriation des moyens de pollution (par Nicolas Casaux)

Dans une vidéo publiée il y a quelques semaines, en wannabe Fidel Castro (la revolucion o la muerte !), Nicolas Framont, le fondateur et rédac chef du « magazine de la guerre des classes » Frustration, prône « La révolution ou la mort ». Il entend par là une sorte de programme, qu’il présente lui-même, en toute modestie, comme « totalement pragmatique » et « correspond[ant] à la situation ».

En quoi consiste le programme de Fidel Framont ? Limiter le réchauffement climatique, ou l’atténuer. Et s’y adapter. Malheureusement, ajoute-t-il, « un mode de production, le capitalisme » nous en empêche, et « une classe dominante, la bourgeoisie ou la classe capitaliste », nous freine. « La limitation du réchauffement climatique est contraire aux intérêts des capitalistes. » Et ce sont « les capitalistes », « la bourgeoisie occidentale », qui ont créé le réchauffement climatique, et pas « la nature humaine » ou « l’humanité ». Il faut donc stopper la bourgeoisie occidentale.

Un concentré de simplismes et de confusions. Je tenterai de l’exposer en colligeant des morceaux de différents essais déjà publiés, en ligne ou dans mes livres parus aux éditions Libre. Je m’excuse par avance auprès de celles et ceux qui n’apprendront rien de nouveau. Mais étant donné que ces gens répètent les mêmes inepties en boucle sans jamais examiner sérieusement les objections qui leur sont faites depuis plus d’un siècle, la redite est sans doute inévitable.

I. Supprimer la bourgeoisie ne supprime pas le capitalisme

D’abord, on note un glissement, très courant chez certains soi-disant anticapitalistes, entre la dénonciation du « mode de production » capitaliste et la dénonciation de « la bourgeoisie », comme si les deux étaient équivalents. L’anticapitalisme conséquent cible un système. L’anticapitalisme inconséquent ou « tronqué », pour reprendre le terme employé par le courant marxiste de la critique de la valeur (wertkritik), cible une catégorie restreinte de personnes (la bourgeoisie, les 1%, les 10%). La limitation du réchauffement climatique (comme la cessation des activités qui nuisent à la nature en général) est certainement contraire aux intérêts de « la grande bourgeoisie », mais elle est aussi et surtout incompatible avec l’impératif structurel du capitalisme, à savoir la valorisation de la valeur, la croissance.

Si un très improbable grand soir néobolchevique expropriait la bourgeoisie et nationalisait l’économie, nous nous retrouverions avec un capitalisme d’État (ou avec un capitalisme « autogéré », comme on va le voir), mais nous n’assisterions certainement pas à la fin du capitalisme. La bourgeoisie n’est que la principale classe profitante d’un système qui la dépasse. La supprimer sans abolir les structures fondamentales du capitalisme (le travail abstrait, la marchandise, l’argent), ne revient logiquement pas à sortir du capitalisme. L’État ou les collectifs d’ouvriers deviendraient leurs propres capitalistes. Ils se retrouveraient à devoir administrer eux-mêmes les contraintes du capital, l’impératif de croissance et de calcul du temps de travail pour faire tourner la machine économique. Et abolir le travail abstrait, la marchandise et l’argent, c’est tout autre chose que supprimer la bourgeoisie.

Mais Nicolas Framont s’est spécialisé dans la réduction du capitalisme à la bourgeoisie. Le titre d’un de ses récents ouvrages l’exprime sans ambages : Parasites (Les Liens qui Libèrent, 2023). Framont ne combat pas réellement le capitalisme, il combat ce qu’il nomme le « modèle parasitaire », soit la mainmise d’une classe, « la bourgeoisie », sur le capitalisme. Il termine son livre sur un récit d’anticipation. Au terme de la révolution qu’il appelle de ses vœux, « TotalEnergies a ainsi été socialisée et renommée EnergiesCollectives » (changer le gestionnaire et le nom de la machine change tout) ; et l’on a assisté à une « réattribution rapide des profits vers un capital commun aux salariés et aux États ». Il y a donc toujours du capital, des profits, des salariés et des États.

Dans ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, parues en 1934, tout en reconnaissant l’apport de Marx, Simone Weil exposait déjà certaines des principales contradictions du marxisme :

« À vrai dire, Marx rend admirablement compte du mécanisme de l’oppression capitaliste ; mais il en rend si bien compte qu’on a peine à se représenter comment ce mécanisme pourrait cesser de fonctionner. D’ordinaire, on ne retient de cette oppression que l’aspect économique, à savoir l’extorsion de la plus-value ; et si l’on s’en tient à ce point de vue, il est certes facile d’expliquer aux masses que cette extorsion est liée à la concurrence, elle-même liée à la propriété privée, et que le jour où la propriété deviendra collective tout ira bien. Cependant, même dans les limites de ce raisonnement simple en apparence, mille difficultés surgissent pour un examen attentif. Car Marx a bien montré que la véritable raison de l’exploitation des travailleurs, ce n’est pas le désir qu’auraient les capitalistes de jouir et de consommer, mais la nécessité d’agrandir l’entreprise le plus rapidement possible afin de la rendre plus puissante que ses concurrentes. Or ce n’est pas seulement l’entreprise, mais toute espèce de collectivité travailleuse, quelle qu’elle soit, qui a besoin de restreindre au maximum la consommation de ses membres pour consacrer le plus possible de temps à se forger des armes contre les collectivités rivales ; de sorte qu’aussi longtemps qu’il y aura, sur la surface du globe, une lutte pour la puissance, et aussi longtemps que le facteur décisif de la victoire sera la production industrielle, les ouvriers seront exploités. À vrai dire, Marx supposait précisément, sans le prouver d’ailleurs, que toute espèce de lutte pour la puissance disparaîtra le jour où le socialisme sera établi dans tous les pays industriels ; le seul malheur est que, comme Marx l’avait reconnu lui-même, la révolution ne peut se faire partout à la fois ; et lorsqu’elle se fait dans un pays, elle ne supprime pas pour ce pays, mais accentue au contraire la nécessité d’exploiter et d’opprimer les masses travailleuses, de peur d’être plus faible que les autres nations. C’est ce dont l’histoire de la révolution russe constitue une illustration douloureuse. »

Si blâmer les 1%, les ultra-riches ou « la grande bourgeoisie occidentale » pour tout est donc absurde, cela sert le discours de Framont en lui procurant l’efficacité de la démagogie (il est confortable de pouvoir blâmer une petite minorité de riches plutôt que de devoir questionner son rôle, sa place, son mode de vie dans son intégralité).

II. Technologies démocratiques et autoritaires

Dans des publications ultérieures sur Instagram, Framont étale davantage son incompréhension des enjeux. Il prête à certains de ses détracteurs une volonté de « renoncer » à l’analyse de classe au profit d’une focalisation sur la question technologique. Sauf qu’il n’y a pas à opposer les deux et que personne ne le propose.

Framont reconnait que « les technologies ne sont pas neutres », mais note qu’elles « ne sont jamais autonomes » et qu’il « y a bien des gens qui décident d’investir dans ces technologies et de les orienter vers tel usage (celui qui génèrera le plus de profit) plutôt que tel autre ». Il nous montre une nouvelle fois qu’il ne comprend pas comment fonctionne le capitalisme. Les investissements sont moins décidés qu’imposés. Les actionnaires ne « choisissent » pas vraiment la mécanisation : ceux qui n’automatisent pas se font dévorer par ceux qui automatisent, et la contrainte est d’autant plus impérieuse que les concurrents n’ont pas le choix non plus. Marx l’avait explicitement formulé : « la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel » (Le Capital, livre I, chapitre XXIV). « Externes ». C’est-à-dire issues du dehors, et s’imposant à celui qui croit décider. Framont ajoute d’ailleurs entre parenthèses un mot qui contredit ce qu’il vient d’avancer : « celui qui génèrera le plus de profit ». « Le plus » de profit. S’il s’agissait d’un choix libre, on pourrait se contenter de « beaucoup » de profits. Et sur un plan purement logique, la possibilité d’user d’une technologie à n’importe quelle fin ne tient pas davantage. Si nous décidions collectivement d’orienter l’industrie de l’électronique vers la restauration des prairies naturelles, nous rencontrerions quelques difficultés. Les fins potentielles sont inscrites dans le moyen. On ne fait pas n’importe quoi avec n’importe quoi.

Framont continue : « l’idée phare de la planification écologique ce n’est pas d’être pour ou contre “la technologie” mais bien d’être en mesure de décider collectivement de son usage et de sa nécessité plutôt que d’en laisser le soin à la bourgeoisie précisément ». En outre, il se « méfie énormément […] de l’appel à renoncer à des “conforts”. Cette notion est bien relative et pour pas mal d’anti tech ça recouvre les traitements hormonaux. Et quid de la trithérapie tant qu’à faire ? Et pourquoi soigner les maladies chroniques ? Le renoncement par principe aux technologies “complexes” est dangereux et potentiellement bien réactionnaire. Et permet d’éviter de parler des rapports de domination. »

Fais un effort Nicolas. Un jour, ouvre un livre technocritique ou anti-industriel, lis-le en entier et en t’efforçant de faire preuve de bonne volonté. Il se pourrait qu’alors tu racontes moins de bêtises. Par exemple, tu ne peux pas (faire semblant de) reconnaître que les technologies « ne sont pas neutres » puis immédiatement après prétendre qu’on pourrait « décider collectivement » de leurs usages et de leurs nécessités – ce qui revient à dire que les technologies sont neutres et qu’il nous suffirait de décider de bien les utiliser pour que tout aille pour le mieux dans le Meilleur des mondes.

Que disent les technocritiques, les « anti-tech » ou les anti-industriels lorsqu’ils soulignent que la technologie n’est pas neutre ? Eh bien notamment que la conception et la production de toute technologie ont des exigences et des effets sur les plans social et matériel.

La conception. Avant même la production matérielle, chaque technologie commence par une élaboration intellectuelle : elle doit être conçue sur le plan idéel. Elle est d’abord un concept, une idée qui naît dans un cadre spécifique et qui répond à certains besoins ou objectifs. Certaines technologies peuvent être conçues par des êtres humains autonomes. Un ustensile de poterie ou une pirogue en bois reposent sur des principes physiques que n’importe qui peut concevoir, comprendre empiriquement, puis reproduire avec des matériaux simples. D’autres technologies requièrent, pour être conçues, la mobilisation de connaissances pointues et spécialisées. Une horloge mécanique demande déjà des connaissances précises en cinématique. Un microprocesseur est incompréhensible dans sa totalité par un seul individu. Il mobilise la physique quantique, l’électronique, la programmation, etc. La production de tels savoirs exige tout un appareillage : des écoles, des universités, des laboratoires, des enseignants eux-mêmes formés de la même façon, une immense machine à produire et à conserver des connaissances. Et cette machine a, elle aussi, ses exigences incompressibles. Par exemple, elle suppose d’abord qu’une société soit assez riche pour entretenir, des décennies durant, toute une population d’élèves et de chercheurs qui ne produisent ni nourriture ni rien qui serve directement à vivre. Il faut que d’autres les nourrissent, les logent, les équipent, donc un surplus, prélevé sur le travail du reste. Elle suppose ensuite une sélection et une hiérarchie. Tout le monde ne peut pas devenir spécialiste. Le système trie, classe, et concentre le savoir entre quelques mains. La plupart des gens, qui demeurent des non spécialistes, sont incapables de comprendre le fonctionnement des technologies ou des procédés industriels complexes. Ainsi, la spécialisation « implique l’asservissement de ceux qui exécutent à ceux qui coordonnent », comme le notait encore Simone Weil, qui ajoutait : « et sur une telle base, on ne peut qu’organiser et perfectionner l’oppression, mais non pas l’alléger ». (Op. cit.) Les savoirs nécessaires aux technologies complexes ne sont pas qu’une simple ressource, ils impliquent en eux-mêmes un rapport de pouvoir, de domination.

On n’a jamais vu de système scolaire réellement démocratique, c’est-à-dire conçu par celles et ceux qui le fréquentent. Les systèmes scolaires (l’école en général) sont des créations des principales forces qui composent la domination moderne : l’État, le Capital et le patriarcat. Le modèle a notamment été la Prusse, avec son instruction organisée pour servir les besoins de l’État, son administration, son armée, et former des sujets disciplinés. L’école de masse s’est ensuite répandue avec l’industrialisation afin de produire une force de travail disciplinée. En France, l’école gratuite et obligatoire de la Troisième République a explicitement été conçue pour fabriquer des citoyens patriotes et former des ouvriers et des conscrits. Aux Etats-Unis, même chose, l’élaboration du système scolaire a particulièrement été influencée par les industriels (voir les excellents travaux de l’anthropologue Carol Black à ce sujet).

Des expériences d’éducation égalitaire, libre, autogérée, il y en a certes eu, de Francisco Ferrer à Célestin Freinet. Mais toujours à la marge, tolérées aux lisières du système, jamais comme système. Et pour cause. Transmettre, à l’échelle d’une société de masse, un savoir aussi vaste, aussi abstrait et aussi spécialisé que celui de la physique quantique n’a jamais pu se faire autrement qu’au moyen d’un immense appareil hiérarchique et disciplinaire. Selon toute probabilité, le type de savoir qui sous-tend l’ensemble du système industriel n’est pas le produit de l’État et du Capital par accident mais par nécessité. Parce que sa production comme sa conservation exigent précisément le genre d’institutions que seuls l’État et le Capital ont su ériger et entretenir grâce à leur capacité à organiser méthodiquement une société de masse.

Et puis la production. La poterie, pour reprendre cet exemple, ne nécessite que des ressources facilement accessibles, un simple mélange d’argile et d’eau que l’on trouve dans la plupart des régions du monde. Contrairement aux matériaux modernes comme le plastique, qui requièrent des usines et des chaînes d’approvisionnement complexes, elle peut être fabriquée avec des moyens rudimentaires, ne demandant qu’un four à bois ou même un simple feu de terre pour la cuisson.

Une ampoule électrique, par contraste, objet aujourd’hui banal, apparemment simple, présent dans chaque foyer, se compose d’une enveloppe de verre, d’un filament, d’un culot. Sauf que le verre ne peut être soufflé artisanalement. Il exige une transparence spécifique, une épaisseur régulière, une résistance aux variations de température, donc des usines où le sable de silice est fondu à très haute température, donc une infrastructure énergétique lourde. Le filament de tungstène est pire : métal rare, extrait de gisements chinois, russes ou boliviens, raffiné dans des fours atteignant plusieurs milliers de degrés, puis transformé en fil ultrafin par des procédés métallurgiques que seules des installations hautement technologiques permettent. Les LED ajoutent des puces électroniques, des semi-conducteurs produits en salles blanches, des matériaux rares comme le gallium ou l’indium, des circuits imprimés, une chaîne logistique reliant plusieurs continents. Et une ampoule ne fonctionne pas seule : elle suppose un réseau électrique, des centrales, des transformateurs, des lignes à haute tension, une gestion centralisée de la distribution. Contrairement à une lampe à huile ou à une bougie, elle ne peut exister hors d’un système industriel complexe. Une ampoule va donc nécessairement de pair avec une organisation sociale technocratique. Quelle neutralité ?

Comme l’a relevé le politologue Langdon Winner, « adopter un système technique donné impose qu’on crée et qu’on entretienne un ensemble particulier de conditions sociales en tant qu’environnement de fonctionnement de ce système », parce que « certains types de technologie exigent une structure particulière de leur environnement social à peu près comme une voiture exige des roues pour pouvoir rouler. » Ainsi, « en examinant les structures sociales qui caractérisent l’environnement des systèmes techniques, on découvre que certains appareils et certains systèmes sont invariablement liés à des organisations spécifiques du pouvoir et de l’autorité[1] ».

Et de cette observation, on peut inférer l’existence d’une sorte de seuil de complexité séparant les technologies compatibles avec une structure sociale démocratique des technologies exigeant nécessairement une forme sociale autoritaire. L’historien états-unien Lewis Mumford distinguait techniques démocratiques et autoritaires.

Par « techniques démocratiques », Mumford désignait les techniques qui reposent sur « une méthode de production à petite échelle », permettent « l’autogouvernement collectif, la libre communication entre égaux, la facilité d’accès aux savoirs communs, la protection contre les contrôles extérieurs arbitraires » et « l’autonomie personnelle ». La « technique démocratique », reposant « principalement sur la compétence humaine et l’énergie animale mais toujours activement dirigée par l’artisan ou l’agriculteur », exige « relativement peu », est « ingénieuse et durable » et « très facilement adaptable et récupérable ». Historiquement, ces techniques démocratiques remontent « aussi loin que l’usage primitif des outils » et ont ainsi « sous-tendu et soutenu fermement toutes les cultures historiques jusqu’à notre époque ».

En contraste, les « techniques autoritaires », plus récentes, dont le développement remonte « à peu près au quatrième millénaire avant notre ère », ne confèrent « l’autorité qu’à ceux qui se trouvent au sommet de la hiérarchie sociale ». Ces techniques reposent en effet sur le « contrôle politique centralisé qui a donné naissance au mode de vie que nous pouvons à présent identifier à la civilisation, sans en faire l’éloge », lequel s’est fondé sur « la centralisation du pouvoir politique, la fragmentation de la société en classes » (la domination de classe est en effet bien antérieure au capitalisme, comme certains semblent souvent l’oublier), « sur une contrainte physique impitoyable, sur le travail forcé et l’esclavage », sur « la création de machines humaines complexes composées de pièces interdépendantes, remplaçables, standardisées et spécialisées — l’armée des travailleurs, les troupes, la bureaucratie[2] ».

Il importe de noter que chez Mumford, la « technique » ne désigne pas la technologie au sens moderne, pas exclusivement les machines au sens classique, c’est-à-dire les machines composées de métaux et d’autres matériaux inertes. Sa conception de la technique englobe aussi des techniques organisationnelles (ou gouvernementales). Pour lui, la première technique autoritaire, c’était la civilisation elle-même (« une machine archétypale composée d’éléments humains »).

Si l’on souhaite bâtir des sociétés égalitaires, réellement démocratiques, respectueuses de la nature, il nous faut rejeter les techniques et les technologies autoritaires. Lesquelles sont bien antérieures au capitalisme. Mumford prenait souvent pour exemples les grands systèmes hydrauliques (aqueducs, etc.) édifiés par les premiers États dans l’Égypte et la Mésopotamie anciennes, des dispositifs qui supposent centralisation du pouvoir, levée de corvée, calcul administratif et chaîne de commandement, à l’instar des pyramides, des grandes routes impériales, des chantiers monumentaux en général ou des grands navires de type galère, dont la production requiert la mobilisation de ressources et de forces humaines à une échelle inaccessible pour des communautés autonomes. Construire une galère suppose en effet l’abattage et l’acheminement de grandes quantités de bois, souvent depuis des régions éloignées, l’organisation de chantiers spécialisés, une standardisation des pièces, une stricte division des tâches et la coordination d’une main-d’œuvre nombreuse.

Même maître Engels reconnaissait (« De l’autorité », 1873) que l’usine en elle-même « est bien plus tyrannique que ne l’ont jamais été les petits capitalistes qui emploient des ouvriers », et que « vouloir abolir l’autorité dans la grande industrie, c’est vouloir abolir l’industrie elle-même ». C’est pourquoi, poursuivait-il, « une certaine autorité » et « une certaine subordination » resteraient nécessaires (dans l’utopie techno-industrielle communiste à venir). C’était très euphémique, mais on peut lui reconnaître « une certaine » honnêteté.

Simone Weil :

« La force que possède la bourgeoisie pour exploiter et opprimer les ouvriers réside dans les fondements mêmes de notre vie sociale, et ne peut être anéantie par aucune transformation politique et juridique. Cette force, c’est d’abord et essentiellement le régime même de la production moderne, à savoir la grande industrie. À ce sujet, les formules vigoureuses abondent, dans Marx, concernant l’asservissement du travail vivant au travail mort, “le renversement du rapport entre l’objet et le sujet”, “la subordination du travailleur aux conditions matérielles du travail”. “Dans la fabrique”, écrit-il dans le Capital, “il existe un mécanisme indépendant des travailleurs, et qui se les incorpore comme des rouages vivants… La séparation entre les forces spirituelles qui interviennent dans la production et le travail manuel, et la transformation des premières en puissance du capital sur le travail, trouvent leur achèvement dans la grande industrie fondée sur le machinisme. Le détail de la destinée individuelle du manœuvre sur machine disparaît comme un néant devant la science, les formidables forces naturelles et le travail collectif qui sont incorporés dans l’ensemble des machines et constituent avec elles la puissance du maître.” Ainsi la complète subordination de l’ouvrier à l’entreprise et à ceux qui la dirigent repose sur la structure de l’usine et non sur le régime de la propriété. De même “la séparation entre les forces spirituelles qui interviennent dans la production et le travail manuel”, ou, selon une autre formule, “la dégradante division du travail en travail manuel et travail intellectuel” est la base même de notre culture, qui est une culture de spécialistes. La science est un monopole, non pas à cause d’une mauvaise organisation de l’instruction publique, mais par sa nature même ; les profanes n’ont accès qu’aux résultats, non aux méthodes, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent que croire et non assimiler. Le “socialisme scientifique” lui-même est demeuré le monopole de quelques-uns, et les “intellectuels” ont malheureusement les mêmes privilèges dans le mouvement ouvrier que dans la société bourgeoise. Et il en est de même encore sur le plan politique. Marx avait clairement aperçu que l’oppression étatique repose sur l’existence d’appareils de gouvernement permanents et distincts de la population, à savoir les appareils bureaucratique, militaire et policier ; mais ces appareils permanents sont l’effet inévitable de la distinction radicale qui existe en fait entre les fonctions de direction et les fonctions d’exécution. Sur ce point encore, le mouvement ouvrier reproduit intégralement les vices de la société bourgeoise. Sur tous les plans, on se heurte au même obstacle. Toute notre civilisation est fondée sur la spécialisation, laquelle implique l’asservissement de ceux qui exécutent à ceux qui coordonnent ; et sur une telle base, on ne peut qu’organiser et perfectionner l’oppression, mais non pas l’alléger. Loin que la société capitaliste ait élaboré dans son sein les conditions matérielles d’un régime de liberté et d’égalité, l’instauration d’un tel régime suppose une transformation préalable de la production et de la culture. » (Op. cit.)

Tu vois, c’est toi, Nicolas, qui refuses d’examiner, d’évoquer – voire qui nie – des rapports de domination majeurs inscrits à la fois dans les développements technologiques, dans les productions scientifiques, dans l’existence même d’un appareil éducatif, dans l’industrialisme en tant qu’organisation sociotechnique. Les rapports de domination ne se limitent pas aux seuls rapports économiques entre les classes sociales sur lesquels tu te focalises. C’est toi qui réduits la domination moderne au comportement de la grande bourgeoisie vis-à-vis des autres classes sociales, contribuant ainsi à diffuser une critique extrêmement pauvre de la présente situation – une critique amputée de ce que la critique radicale des décennies précédentes, écologiste, marxiste, anarchiste, situationniste ou anti-industrielle, a produit de meilleur.

III. Technologie et écologie

Il est excessivement simpliste de prétendre que « les capitalistes » (et eux seuls, voire pire, la seule « bourgeoisie occidentale ») auraient « créé » le réchauffement climatique. Que les inégalités d’émissions soient massives et que les plus riches en concentrent une part écrasante est évident. Framont souligne que selon un rapport de France Stratégie, « les 50% les plus pauvres en France doivent réduire leur empreinte carbone de 4% tandis que les 10% les plus riches doivent diminuer la leur de 81% », mais le même rapport note aussi que les 40% des Français∙es appartenant à la catégorie intermédiaire doivent réduire la leur de 48%.

En outre, s’en tenir aux seuls gaz à effet de serre est beaucoup trop limité. Le climat est sans doute le seul problème que le capitalisme peut encore prétendre régler au moyen de la technique, en remplaçant les énergies fossiles par des énergies prétendument « vertes », « propres » ou « renouvelables ». Le capitalisme vert et l’éco-socialisme se rejoignent grosso modo autour de cette mystification. Mais ce n’est pas simplement le réchauffement qu’il faut enrayer, c’est la dévastation générale de la biosphère, dont le climat n’est qu’un front parmi d’autres (extermination du vivant, perturbation des cycles biogéochimiques, artificialisation des sols, contaminations chimiques de tous les milieux, fragmentation ou destruction des habitats, etc.). Et cette dévastation est causée par l’ensemble des industries qui composent la civilisation industrielle. (Car la destructivité de la civilisation industrielle ne repose pas seulement sur la manière dont elle obtient l’énergie qu’elle consomme, énergies fossiles ou prétendument « vertes » ou « renouvelables ». Elle repose également sur ce qu’elle fait de cette énergie.)

Aucune industrie n’est écologiquement soutenable – faites l’exercice, tentez d’en nommer une qui le soit, et n’hésitez pas à vous renseigner, même brièvement. Chaque industrie implique son lot de dégradations ou de pollutions environnementales. Y compris les industries de production d’énergies prétendument « vertes », « propres » ou « renouvelables », avec leurs mines de lithium, de cobalt et de terres rares, leurs dépendances aux extractions minières et à une myriade d’autres industries, y compris à l’industrie des fossiles (l’emploi de machines ou d’objets dont la production ou le fonctionnement exige des combustibles fossiles est nécessaire à presque toutes les étapes de fabrication et d’installation des panneaux photovoltaïques, des éoliennes, des centrales de production d’énergie dite « renouvelable », « propre » ou « verte » ; un sujet abondamment documenté sur ce site). Car ce qu’il faut bien voir, aussi, c’est qu’aucune industrie ne peut être considérée isolément, étant donné que chacune dépend d’une constellation d’autres. L’industrie est un système par définition.

Dans un récent article, Framont rejette la critique de la technologie en prétextant que blâmer « les technologies » revient à blâmer « des abstractions ». En réalité, « les technologies » ne sont pas plus « des abstractions » que « la bourgeoisie ». Elles ne sont des abstractions que pour ceux qui ne font pas l’effort d’aller voir ce qu’elles impliquent. Or prendre en compte ce qu’elles impliquent concrètement est justement ce que font les « anti-tech », les anti-industriel∙les et autres technocritiques. D’ailleurs, Framont lui-même est capable de s’en prendre à ces abstractions. Il remarque que les smartphones sont « impossible[s] à produire, à l’heure actuelle, de façon un tant soit peu vertueuse ». Tu vois quand tu veux.

Framont tient donc un discours complètement inconsistant concernant la technologie et ses implications écologiques. Il reconnaît ici et là que la production de certaines technologies n’est pas soutenable (comme avec les smartphones), mais semble l’oublier la seconde d’après et n’applique pas cet examen de manière systématique. Il propose de renoncer aux « technologies qui nécessitent des ressources épuisables et des processus ultra polluants » (je souligne cet « ultra », qui suggère que des processus seulement très polluants, ça irait), mais défend la conservation d’un peu d’IA, en restreignant son usage « à certains besoins (la médecine) », c’est-à-dire aux bons usages, plutôt qu’à « d’autres (l’armement) », c’est-à-dire aux mauvais usages. Outre que le rejet des mauvais usages pour ne conserver que les bons est impossible (parce qu’il s’agit de technologies autoritaires), le problème, c’est que l’IA pour la médecine repose elle aussi sur des data centers, des circuits imprimés, des semi-conducteurs, et toute une flopée de composants, d’appareils et d’industries qui n’ont absolument rien d’écologiques et qui ne sauraient le devenir par décret ou simplement parce qu’on réduirait leur taux de production. Il n’a jamais été démontré qu’une civilisation techno-industrielle basse consommation(en imaginant une telle chose possible, ce qu’elle n’est sans doute pas), exclusivement alimentée par des énergies dites « renouvelables », « vertes » ou « propres » (qui ne sont en réalité jamais rien de ça), dans laquelle la production serait limitée, puisse être effectivement soutenable sur le plan écologique. Tout porte au contraire à croire qu’il n’en serait rien et qu’il s’agit d’un pur fantasme.

Exproprier la bourgeoisie sans toucher à l’industrialisme reviendrait uniquement à changer les gestionnaires de la machine à détruire le monde. Le problème n’est pas simplement qui occupe le haut de la pyramide, mais que le mode de vie industriel lui-même est structurellement incompatible avec la limitation du réchauffement et la préservation d’une planète habitable. C’est pourquoi le combat écologiste n’est pas seulement contraire aux intérêts d’une classe (la bourgeoisie), il est contraire aux intérêts de toutes celles et ceux qui ont été rendu∙es dépendant∙es du mode de vie industriel.

Exemple. Il y a quelques mois, dans un article publié sur le site du magazine Frustration, Guillaume Etiévant, co-rédacteur en chef aux côtés de Nicolas Framont, déplorait la liquidation du groupe Brandt et le licenciement de plus de 700 salariés, et reprochait à l’État de n’avoir pas financé le projet de reprise en coopérative porté par les ouvriers. Dans la foulée, il rappelait que le même sort avait été réservé à « l’usine chimique Vencorex à Pont-de-Claix », dont les salariés voulaient eux aussi reprendre leur outil de travail[3]. Une usine chimique qui produisait des substances destinées aux missiles nucléaires. Et pas la moindre évocation, dans l’article, des mots « écologie », « pollution » ou « climat ». Illustration des limites de la lutte des classes. Sauver l’usine, la confier aux ouvriers, et ne surtout pas se demander ce qu’elle fabrique ni ce qu’elle déverse.

Le combat pour la « préservation de l’emploi » (industriel) est radicalement opposé à la préservation de la nature, pour la raison – pourtant évidente – que l’emploi industriel détruit la nature (pour une discussion plus étayée, voir ici). Voilà ce qu’une grande partie de la gauche s’efforce de nier, d’ignorer ou de balayer sous le tapis.

Et non, l’idée selon laquelle on « reconvertira » les industries nuisibles, souvent invoquée de manière irréfléchie, à la va-vite, comme une sorte de joker, n’est pas un argument recevable, c’est une mystification supplémentaire. D’abord parce que nuisibles, encore une fois, elles le sont toutes. Ensuite parce qu’on ne reconvertit pas des systèmes techniques visant à produire des machines, de l’énergie pour alimenter des machines ou des substances chimiques cancérogènes en outils vertueux, bons pour la planète et le climat. Le cas Vencorex en témoigne. Après la liquidation, d’anciens salariés emmenés par une ex-déléguée syndicale, associés à un industriel local, ont monté un projet de reprise baptisé Exalia, soutenu par le gouvernement et par les élus du territoire, visant à faire de la plateforme de Pont-de-Claix « une pionnière de la chimie verte et décarbonée[4] ». Reconversion, donc. Vers quoi ? Vers la production, « de façon décarbonée », d’acide chlorhydrique, de soude et de chlore liquide, à partir du sel de la mine de Hauterives, « à destination de l’industrie et de l’agroalimentaire[5] ». Le même sel, la même mine, le même chlore, la même soude, pour les mêmes clients, mais (supposément) avec un meilleur bilan carbone. Voilà, pour la « reconversion ».

Ce n’est pas seulement la classe qui possède l’appareil productif qui ravage la nature, c’est l’appareil productif lui-même.

IV. L’exemple de la trithérapie

Puisque Nicolas Framont l’a mentionnée, parlons-en.

Framont semble partir du principe que la conservation de tous les traitements médicaux modernes est non négociable, peu importe ce qu’ils impliquent – il ne pose même pas la question. En fait, pour cette espèce dogmatique de militants, la conservation de l’essentiel du système techno-industriel est non négociable – peu importe ce qu’il implique. Ces gens-là adoptent ainsi une posture très similaire à celle de George Bush père qui, lors d’un sommet de l’environnement de 1992, proclamait que la conservation du mode de vie américain était non négociable. Seulement, à la différence de Bush père, les types comme Framont postulent que les traitements comme la trithérapie – et en fait l’ensemble du système techno-industriel – sont concevables et produisibles par une société égalitaire, réellement démocratique et écologique. Et puisqu’ils le sont, y’a plus qu’à.

En évoquant la trithérapie, les traitements hormonaux, les maladies chroniques, Framont ne produit pas un argument, il recourt à une sorte de chantage en brandissant des personnes souffrantes. Tout l’intérêt de cette rhétorique tient dans le pari que personne n’osera questionner une chose aussi chargée, sous peine de passer pour un monstre. Il s’agit d’un argumentum ad misericordiam à l’état pur, autrement dit d’un non-argument qui ne cherche pas à montrer que la critique a tort, mais à faire passer pour indécent le seul fait de la formuler.

Qu’est-ce, concrètement, qu’une trithérapie ? Le protocole de première ligne que recommande aujourd’hui l’OMS pour la plupart des personnes atteintes du VIH est une combinaison de trois molécules (ténofovir, lamivudine, dolutégravir). Trois molécules (d’où l’appellation de trithérapie) complexes, qui n’existent pas dans la nature, et que l’on obtient, comme la quasi-totalité des antirétroviraux, par synthèse chimique en plusieurs étapes.

Pour concevoir les molécules composant la trithérapie, il faut des chimistes, des virologues, des biologistes moléculaires, des physiciens, des mathématiciens, des informaticiens, des pharmacologues, des toxicologues, des médecins, des statisticiens, etc. Il faut donc un système social en mesure de produire un vaste éventail de spécialisations et de spécialistes. Il faut des siècles de connaissances très pointues et souvent très abstraites ayant au préalable été acquises au moyen de divers instruments parfois assez sophistiqués, puis accumulées, transmises, corrigées, et ce toujours sous la direction et au service d’une organisation sociale profondément inégalitaire et autoritaire.

Quid de la production matérielle ? Pour produire les substances composant la trithérapie, il faut disposer de molécules intermédiaires, elles-mêmes très complexes, qui sortent d’usines chimiques spécialisées, concentrées dans une poignée de pays (la Chine, surtout), et sont fabriquées à partir de dérivés du pétrole, à grand renfort de solvants, de réactifs et de métaux servant de catalyseurs. Autrement dit, avant même que le médicament commence à être produit, il faut déjà toute une industrie chimique, de la pétrochimie et des mines, et tout ce que tout cela implique en amont. Car l’industrie chimique consomme des combustibles fossiles de deux manières : comme source d’énergie (chaleur, vapeur, électricité) et comme matière première permettant de fabriquer solvants, réactifs et molécules intermédiaires. D’après un rapport réalisé en 2024 pour le Forum économique mondial, la production des seuls produits chimiques de base représenterait environ 2,5 % des émissions mondiales directes de CO₂, et plus de 98 % des apports énergétiques et des matières premières utilisées par l’industrie chimique proviennent des combustibles fossiles.

Dans l’ensemble, la fabrication des antirétroviraux peut être rattachée à presque toutes les grandes formes de pollution industrielle. L’industrie chimique, en particulier, produit plusieurs formes majeures de pollution : émissions de gaz à effet de serre, rejets atmosphériques de solvants et de composés organiques volatils, effluents liquides chargés en substances toxiques, production de déchets dangereux, contamination des sols et des nappes, sans oublier les dégâts liés à l’extraction du pétrole, du gaz et des métaux nécessaires à son fonctionnement.

L’assemblage des molécules nécessaires aux antirétroviraux prend place dans des usines respectant des normes pharmaceutiques (locaux stériles, équipements de mesure de précision, contrôle qualité permanent), et un organisme certificateur (en l’occurrence l’État) doit valider le produit afin qu’il puisse circuler. L’Inde, qu’on surnomme « la pharmacie du monde en développement », fabrique à elle seule la majorité des antirétroviraux de la planète, mais son industrie pharmaceutique dépend elle-même largement de matières premières, d’intermédiaires et de principes actifs importés de Chine.

Aurobindo Pharma, géant transnationale de la pharmaceutique basé en Inde, figure parmi les plus grands fournisseurs mondiaux d’antirétroviraux. L’entreprise est accusée de contribuer de manière significative à la pollution de l’eau et de l’air autour de ses usines en Inde, et ainsi de détruire les moyens de subsistance et la santé de nombreuses personnes, et de favoriser la formation de superbactéries, c’est-à-dire de bactéries résistantes à plusieurs médicaments. Elle est aussi accusée de sous payer et même d’exploiter impitoyablement la main-d’œuvre qu’elle emploie. (Mais circulez y’a rien à voir. Un jour Nicolas Framont sera président et tous ces médicaments seront produits de manière parfaitement respectueuse de la nature et des êtres humains. En attendant, c’est juste pas de chance pour les riverain∙es des sites industriels d’Aurobindo et des autres géants de la pharmaceutique.)

Et une fois le comprimé fabriqué, pour pouvoir établir une posologie efficace, il faut mesurer la charge virale dans le sang, donc des laboratoires, des machines, des réactifs, encore tout un appareillage complexe. Autrement dit, la trithérapie, à l’instar de nombre de traitements médicaux modernes complexes, est issue d’une immense chaîne de production qui englobe la quasi-totalité de l’appareil industriel mondial : les mines, la pétrochimie, les usines chimiques, les usines pharmaceutiques, le transport international, l’électronique et la micro-électronique, les États, les laboratoires d’analyse, etc. De sorte que la production de ces molécules participe, à sa mesure, à la dévastation du vivant et au réchauffement de la planète que Framont déplore par ailleurs.

Il serait certainement possible de modifier de diverses manières les processus de production de la trithérapie, mais selon toute logique, à la marge seulement. On peut remplacer un solvant par un autre, changer de pays fournisseur, alimenter les usines en électricité dite « bas carbone », etc. Cependant, tout ça relève du contingent. Certaines exigences sont incompressibles. Fabriquer une molécule aussi complexe que le dolutégravir suppose nécessairement une chimie de synthèse en plusieurs étapes ; laquelle chimie suppose des intermédiaires eux-mêmes issus de l’industrie lourde et des ressources qu’il faut extraire du sol et un système de formation de spécialistes, etc., et sa fabrication à l’échelle de millions de malades suppose des usines, des normes, des contrôles, une logistique planétaire.

V. Le mythe de la réappropriation et de la démocratie industrielle

Bien sûr, Nicolas Framont rétorquerait qu’on pourrait très bien organiser tout ça – après tout, c’est pas grand-chose – de manière réellement démocratique, égalitaire et autogérée grâce à des comités de quartiers, des écosoviets, du tirage au sort et des mandats révocables. Difficile d’arguer contre ce genre d’article de foi.

Chez Framont, l’« autre chose » censée remplacer le capitalisme, la « révolution » qu’il appelle de ses vœux, correspond selon ses dires à « un niveau élevé d’autogestion dans les entreprises conjugué à une planification de la production au niveau national ou international[6] ». L’essentiel de la contradiction tient dans le « conjugué à ». Car ce sont deux échelles inverses, deux types de rapports sociaux contradictoires qu’il prétend « conjugables ». L’autogestion, c’est l’atelier, le face-à-face, le contrôle direct par celles et ceux qui font, l’échelle où chacun∙e peut voir, comprendre, juger et participer. La « planification […] nationale ou internationale », c’est l’exact inverse. C’est l’échelle où « on » décide pour des millions d’inconnu∙es, à partir de données et de dossiers techniques qu’aucune assemblée n’a sous les yeux. Ces deux mondes ne se conjuguent pas. Le second dévore le premier. Dès qu’il faut coordonner au-delà de ce qu’un collectif embrasse, quelqu’un décide ailleurs, à la place des autres. L’autogestion n’est plus qu’un mot creux qu’on continue d’afficher à l’étage du dessous cependant que l’essentiel se règle à l’étage du dessus (je renvoie ici à mon texte intitulé « Le mythe de l’autogestion ou comment ne pas sortir du capitalisme », une chronique du livre que Guillaume Etiévant a récemment commis au sujet de l’autogestion, auquel Framont renvoie comme à une preuve que l’autogestion générale de la société industrielle est possible).

Autre chose. Framont propose donc « une planification écologique et sociale de notre économie » et ajoute que cette « planification peut être étatique, c’est-à-dire confiée à des techniciens parfaitement corruptibles qui décideront à notre place ce qui est bon pour nous », ou « populaire, via de multiples instances de délibérations collectives ». On remarque, d’abord, le flou total d’une formule comme « de multiples instances de délibération collectives ». Et il semble lui échapper que l’existence de techniciens, d’experts et de spécialistes en tous genres n’est pas liée à l’État mais à la technique, à la technologie. Framont propose de « planifier » une société hautement technologique, industrialisée. Or ce sont les systèmes techniques et les processus industriels qui appellent par nécessité des techniciens, des experts et des spécialistes. Il ne s’agit pas d’une superfluité imposée par de mauvais dirigeants. La planification populaire qu’il appelle de ses vœux devrait elle aussi se référer aux avis d’experts et de techniciens.

Framont postule qu’une telle organisation sociale pourrait être gérée démocratiquement sans l’ombre d’un début d’argumentation sérieuse. L’idée et les termes employés pour l’exprimer sont toujours parfaitement vagues (« de multiples instances de délibération collective »). Comment ne réalise-t-il pas qu’il formule un souhait façon liste au Père Noël ?

Dans son livre La Vie bonne – notre socialisme (Divergences, 2026), Joseph Andras, auteur proche du magazine Frustration, ami de Framont, dénonce l’escroquerie du « régime représentatif », mais propose comme horizon un autre régime représentatif, un bon régime représentatif, un régime réellement représentatif :

« Le conseillisme est une “organisation pyramidale dans laquelle les ordres montent du bas vers le haut”. L’inverse, autrement dit, du régime représentatif. Le peuple se rassemble ordinairement dans des conseils – aussi appelés “soviets” ou “assemblées” –, lesquels se trouvent dans sa rue, son quartier, son lieu de travail. Toutes les décisions liées à la vie locale y sont prises. Puis on monte en niveau, disons départemental ou régional, en fonction des découpages propres à chaque pays. Des conseils, en moindre nombre, organisent et coordonnent ce qui nécessite de l’être à ce niveau d’intervention. Des délégués ou des mandatés – et non des représentants –, envoyés par les conseils locaux, y portent la voix de l’en bas : ils sont révocables à tout moment. Montons au dernier niveau. Un Conseil “général”, “central”, “fédéral”, “national”, peu importe la dénomination, coordonne ce qui nécessite cette fois de l’être à l’échelle du pays tout entier. À nouveau, les délégués du peuple y sont envoyés pour coordonner les affaires communes […] Là où le Parlement “est fondé sur la séparation radicale [d’avec] la masse ‘consultée’ de temps en temps”, le Conseil est “l’expression” même du “pouvoir” populaire. […] Le conseillisme n’est en résumé ni le centralisme étatique séparé et bureaucratique, ni l’autosuffisance locale plate comme un terrain de golf, mais un modèle de “coopération verticale et horizontale” mobilisable dans une société techno-industrielle, archi connectée et à intense division du travail. »

Des délégués, non des représentants. Ce qui change tout. « Ces messieurs croient avoir changé les choses quand ils en ont changé les noms », comme le remarquait Engels (dans « De l’autorité »). « Mandater » consiste à « confier une mission, une charge ». Le « représentant » est « celui, celle qui a reçu mandat ou qui a la charge de remplacer une personne ou une collectivité dans l’exercice de ses droits, dans la défense de ses intérêts ». Le délégué ou le mandaté exerce une fonction représentative. Il représente la volonté de celles et ceux qui l’ont délégué ou mandaté. Il est un représentant. Sauf à se payer de mots.

« Nous ne sommes pas des utopistes », prétend Andras, qui ajoute : « on trouvera difficilement plus pragmatiques que nous ». Objection. Le propos d’Andras transpire le vieil utopisme qui s’imagine pouvoir tout concilier. Les théories conseillistes, fédéralistes, confédéralistes, etc., visant à organiser démocratiquement une société de masse (qui plus est, hautement technologique) sont très sympathiques sur le papier. Mais en pratique, ça ne fonctionne pas. Les raisons pour lesquelles il en est ainsi devraient être évidentes. Dans son projet de constitution pour la Corse (1765), Jean-Jacques Rousseau remarquait :

« Un gouvernement purement démocratique convient à une petite ville plutôt qu’à une nation. On ne saurait assembler tout le peuple d’un pays comme celui d’une cité et quand l’autorité suprême est confiée à des députés le gouvernement change et devient aristocratique. »

Lewis Mumford constatait à peu près la même chose deux siècles plus tard :

« La démocratie, au sens où j’emploie ici le terme, est nécessairement plus active au sein de communautés et de groupes réduits, dont les membres se rencontrent face-à-face, interagissent librement en tant qu’égaux, et sont connus les uns des autres en tant que personnes : à tous égards, il s’agit du contraire exact des formes anonymes, dépersonnalisées, en majeure partie invisibles de l’association de masse, de la communication de masse, de l’organisation de masse. Mais aussitôt que de grands nombres sont impliqués, la démocratie doit ou succomber au contrôle extérieur et à la direction centralisée, ou s’embarquer dans la tâche difficile de déléguer l’autorité à une organisation coopérative[7]. »

C’est-à-dire succomber autrement.

Et dès lors qu’il y a délégation du pouvoir, représentation (ou mandature), on sort de la démocratie à proprement parler. Avec la délégation, le contrôle social direct, qui se fonde en partie sur la réputation, la proximité et l’expérience partagée, disparaît au profit de relations anonymes. On ne juge plus des personnes concrètes mais des fonctions abstraites, ce qui favorise l’opacité et l’irresponsabilité. Et même avec mandat impératif, révocabilité et rotation, celles et ceux qui sont chargés de coordonner accumulent information et expérience. Ils doivent trancher dans des situations changeantes, souvent imprévues, ce qui leur confère une autonomie de fait que les mécanismes de contrôle peinent à contenir. De plus, une société nombreuse produit une masse d’informations, de situations et de conflits qu’aucun individu ordinaire ne peut maîtriser. Les décisions portent alors soit sur des simplifications grossières, soit sur des analyses produites par d’autres. Dans les deux cas, la capacité effective de juger et de décider revient à une minorité mieux informée. Aussi, participer réellement aux affaires communes exige du temps pour s’informer, délibérer, suivre les décisions, contrôler les mandaté∙es. À grande échelle, cette exigence devient exorbitante. La majorité ne peut s’y consacrer pleinement, ce qui favorise la spécialisation, et donc l’émergence d’une division entre gouvernant∙es de fait et gouverné∙es.

Et d’autres problèmes encore. Plus une société est vaste, plus elle agrège des conditions de vie, des intérêts et des milieux différents. Les décisions générales deviennent nécessairement abstraites et inadéquates localement, tandis que les décisions locales peinent à s’articuler entre elles. L’organisation se heurte à une tension permanente entre centralisation simplificatrice et fragmentation impuissante. Coordonner (ou « planifier ») l’activité de centaines de milliers, de millions ou de milliards d’êtres humains opérant des systèmes techniques complexes suppose au bout du compte une sorte de bureaucratie, une administration étendue. Le pouvoir se cristallise dans des structures distinctes de la population, comme le « conseil général » (« comité central » est passé de mode) qu’imagine Andras.

On pourrait continuer. La conception d’une démocratie de masse pose un trop grand nombre de problèmes qui s’agrègent et se renforcent parfois mutuellement. Sauf à croire au miracle, l’affaire paraît insoluble. La démocratie réelle est adaptée aux sociétés de très petites tailles. Dès lors que l’échelle change (que la population augmente significativement), le type de régime aussi. Le régime représentatif est distinct de la démocratie. L’idée d’un régime représentatif démocratique relève de la contradiction. Rousseau et Mumford n’ont pas été les seuls à le noter. Un grand nombre de figures historiques l’ont souligné. Avec la multiplication des échelles de pouvoir (local, régional, national, international), la démocratie n’est plus qu’un vœu pieu. Selon toute probabilité, l’organisation d’une société de masse appartient au domaine des techniques autoritaires. Ajoutez à cela les exigences d’un système industriel, de la technologie, et ci-gît la démocratie, 36 pieds sous terre.

Pour finir d’exposer l’absurdité de la croyance en la possibilité de gérer collectivement et démocratiquement une société de masse hautement technologique, il peut être utile d’évoquer une expérience relativement commune. Quiconque a participé à une colocation, un squat, un collectif militant, une AMAP ou une assemblée étudiante sait comment se passe, en réalité, la « gestion démocratique » des affaires communes même les plus élémentaires. Si nous étions capables de gérer collectivement et démocratiquement un appareil techno-industriel mondialisé en mesure de produire du dolutégravir, du ténofovir et de la lamivudine, établir un tour pour l’épluchage des patates et le nettoyage des chiottes entre dix personnes de bonne volonté acquises d’avance à l’horizontalité devrait être une formalité. Et pourtant, souvent, ça grince. Les réunions s’éternisent, quelques-uns finissent par parler et décider pour tout le monde, les tâches ingrates retombent toujours sur les mêmes, et une hiérarchie informelle peut s’installer (basée sur le temps disponible, l’énergie, l’aisance à parler ou encore l’ancienneté).

Si la démocratie réelle est déjà laborieuse pour répartir des corvées entre quelques dizaines de camarades, comment supposer qu’elle coordonnera, entre huit milliards d’inconnus, la chimie de synthèse, les réseaux électriques et les chaînes logistiques globales ? La différence colossale d’échelle et de complexité ne rend pas simplement la tâche plus difficile, elle la rend carrément délirante.

VI. Affronter l’ampleur du désastre

Contrairement à ce que prétend Framont, les anti-industriel∙les ne s’opposent pas « par principe » aux technologies « complexes », mais aux technologies « autoritaires ». Le problème des technologies dites « complexes », c’est qu’elles sont autoritaires. Des anti-autoritaires qui s’opposent « par principe » à l’autoritarisme. Stupéfiant, hein.

Il est idiot et paresseux de décréter « réactionnaire » l’opposition à une organisation sociotechnique, à un système technique ou à un ensemble de technologies dont on n’a pas même pris la peine d’évaluer les implications, les exigences et les effets, et dont on est incapable de montrer en quoi elles seraient compatibles avec l’émancipation, l’égalité ou la liberté — alors que tout indique qu’elles ne le sont pas.

Ce qu’il te faudrait démontrer, Nicolas, c’est que ces technologies ne sont pas intrinsèquement autoritaires (que leur conception et leur production n’exigent pas de dispositions sociales autoritaires). Mais l’empirique est de notre côté. L’autoritarisme, on le constate toutes et tous, c’est sous nos yeux. Nous décrivons ce qui est, et soulignons les nombreuses raisons pour lesquelles les technologies « complexes » reposent sur et exigent une structure sociale autoritaire. Tu promets ce qui n’a jamais été, au moyen de spéculations oiseuses et d’un bon gros article de foi (postuler qu’un jour, autrement gérée, la machine cesserait de commander). Dans tous les cas, l’argument est très léger.

Il te faudrait aussi pouvoir démontrer que les forces productives que tu imagines réappropriables, collectivisables ou socialisables pourraient être rendues soutenables écologiquement. Mais jusqu’à preuve du contraire, une usine de chimie lourde reste une usine de chimie lourde, qu’un actionnaire ou une assemblée générale en tienne les commandes. Les industries de production d’énergies dites « renouvelables » ou « vertes », même « citoyennes », reposent sur l’industrie des extractions minières (et sur l’industrie fossile). Etc. Encore une fois, aucune industrie n’est soutenable. On ne voit pas du tout comment cette machinerie pourrait cesser d’endommager la planète.

Nicolas Framont a cité les malades recourant à la trithérapie afin de court-circuiter la réflexion, mais il aurait pu parler de n’importe qui. Nous avons toutes et tous été rendu∙es vitalement dépendant∙es d’un système sociotechnique qui détruit le monde. Voilà la catastrophe qu’il faut oser regarder en face et discuter dans le détail. Mais c’est précisément ce que l’invocation de la trithérapie tente de nous dissuader de faire. Les anti-tech, les anti-industriel∙les, les technocritiques, peu importe comment vous les appelez, s’efforcent simplement de penser sérieusement les tenants et les aboutissants de la situation, tandis que les écosocialistes utopiques se contentent, en vrais écodémagogues, de postuler que tout est possible, que tout peut se « conjuguer » avec tout (par exemple qu’il est possible de conserver l’essentiel de l’appareil techno-industriel à réchauffer la planète tout en mettant un terme au réchauffement climatique) simplement parce qu’ils le souhaitent très fort.

Cela dit, anticipons d’autres objections, aussi absurdes que malhonnêtes. Nous constatons l’autoritarisme intrinsèque et l’insoutenabilité radicale et irrémédiable du système techno-industriel. Pour autant, nous ne prônons évidemment pas l’arrêt immédiat et sans condition de la production de médicaments. Pour mettre un terme au ravage du monde comme pour concevoir des sociétés réellement démocratiques et égalitaires, l’humanité contemporaine n’a, selon nous, aucun autre choix que de sortir du mode de vie industriel. Mais cette sortie peut s’effectuer de manière progressive et ordonnée, non pas en pilotant démocratiquement la mégamachine, ce qui est impossible, mais en exigeant son démantèlement, à commencer par celui des industries les plus nuisibles et les plus superflues (publicité, armement, aviation de loisir, etc.). Nous avons graduellement été rendu·es dépendant·es du système industriel ; nous pouvons graduellement nous en affranchir.

Une telle sortie est-elle probable ? Non. Mais elle demeure largement plus réaliste que l’alternative. Les écosocialistes, eux, doivent croire à deux miracles à la fois : rendre soutenable l’appareil industriel et le gérer démocratiquement. Et nous devrions nous excuser de parier sur l’improbable ?

Enfin, l’accusation la plus malhonnête : en voulant démanteler un système dont tant d’êtres humains dépendent, nous serions coupables de vouloir leur mort. Il s’agit d’un renversement de responsabilités. Ce système est en train de saper les conditions mêmes de la vie humaine et non humaine (Nicolas Framont le reconnaît aussi mais postule qu’il est possible de le rendre écologique et démocratique) ; aussi, « s’il continue sans changement dans sa direction présente, rendra-t-il probablement la planète entière inhabitable pour tout ce qui ressemble à sa population actuelle[8] ». Vouloir en sortir, ce n’est pas vouloir leur mort, c’est a priori la seule manière de ne pas condamner l’humanité et le reste du vivant.

Telles sont les réalités et les interrogations terriblement difficiles auxquelles on se heurte lorsqu’on se soucie réellement de la nature et de la liberté, de la vie humaine et de la vie sur Terre, lorsqu’on examine sérieusement les implications de la société de masse et de l’industrialisme, la matérialité du système technologique, les exigences de la démocratie réelle et de la préservation d’une planète habitable. Comme l’avait relevé Bernard Charbonneau il y a presque un demi-siècle (Le Feu vert, 1980) :

« En réclamant le respect de l’écosystème terrestre qui a permis l’apparition de la vie et de l’homme, par cela seul l’écologie met en cause l’état social, bien plus que le socialisme et le communisme, héritiers des valeurs de la société industrielle et bourgeoise, qui se contentent de revendiquer la direction de l’État et la socialisation du développement économique. Ce n’est pas seulement la religion du profit qu’elle rejette mais celle de la production et de la rentabilité, non seulement le règne des multinationales mais celui de l’industrie. Le principe de l’écologie est subversif même si l’écologiste est modéré, il ne peut le rester qu’en trichant avec sa vérité. […] Parti de l’expérience des faits locaux, l’on aboutit aux problèmes universels de la condition humaine. L’écologie est implacable, elle vous mène jusqu’aux questions finales concernant le sens de la vie et le contrat social. »

Il y a plus d’un siècle, un anarchiste naturien remarquait déjà :

« Et l’on pourra perpétuellement décapiter des rois, déposer des empereurs, éventrer des présidents de République, la situation restera la même tant qu’il y aura des mines, des usines et des chantiers. Tant que l’Artificiel établi pendant des siècles d’esclavage sera considéré comme base de système de vie, il y aura exploitation de l’homme par l’homme, il y aura spoliation, sans parler de la dégradation toujours continue et aggravée de la Nature.

[…] À ceux qui parleront de révolution tout en déclarant vouloir conserver l’Artificiel superflu, nous dirons ceci : Vous êtes conservateurs d’éléments de servitude, vous serez donc toujours esclaves ; vous pensez vous emparer de la production matérielle pour vous l’approprier, eh bien cette production matérielle qui fait la force de vos oppresseurs est bien garantie contre vos convoitises ; tant qu’elle existera, vos révoltes seront réprimées et vos ruées seront autant de sacrifices inutiles[9]. »

La gauche techno-industrialiste, acquise à l’idéologie du Progrès conçue par la bourgeoisie aux XVIIe et XVIIIe siècles, que ce soit dans ses déclinaisons marxistes, libertaires ou social-démocrates, n’a jamais voulu ni l’entendre ni le considérer sérieusement. Framont perpétue cette fière tradition.

Nicolas Casaux

P.-S. : Nicolas Framont a « répondu » à ma critique dans des « story » publiées sur son profil Instagram (pour celles et ceux qui ne savent pas, une story, c’est un format de publication éphémère – texte, photo ou courte vidéo – qui disparaît au bout de 24 heures ; t’images l’imbécilité ? C’est quand tu sais que ce que tu publies en ligne n’a tellement aucun intérêt que ça peut bien disparaître rapidement, quelle importance). Voici donc.

NICOLAS FRAMONT, COMME ATTENDU

Nicolas Framont a donc réagi à ma critique de ses positions, et c’est comme on pouvait s’y attendre. (Une fois que tu commences à faire carrière, même modestement, en tant qu’activiste ou militant, il devient difficile de changer réellement d’avis sur des points majeurs. Parce que ça reviendrait à renier tout ce que tu as déjà produit, tout ce sur quoi se fonde ta réputation, et sans doute à perdre l’audience dont tu disposes, les contrats, etc., bref, à saborder ta carrière. Surtout s’il s’agit d’abandonner un discours relativement populaire et admissible pour un discours beaucoup moins vendeur.)

Framont ne répond à presque rien sur le fond, me fait dire l’inverse de ce que je dis réellement, et dénigre surtout la forme de mon discours afin de me faire passer – quelle surprise – pour un méchant bourgeois. En bref.

(Et non, Nicolas, je ne m’adresse pas à toi comme à un enfant, n’essaye pas de te victimiser, t’es un adulte, je m’adresse à toi comme à un type dont le discours suinte la mauvaise foi, la malhonnêteté consciente et intéressée).

  1. Négation de son propre discours

Framont prétend ne « jamais » opposer les 99% aux 1%, et décrire au contraire « plusieurs classes sociales » ayant « des responsabilités variables » dans la catastrophe. Un simple coup d’œil à son discours suffit à constater qu’il se moque du monde. Son dernier article, par exemple, publié sur le site de son magazine sous le titre « Canicule : la révolution ou la mort », défend « la lutte de la majorité des gens contre une minorité bourgeoise » (ou encore contre « la grande bourgeoisie occidentale » ou « la classe capitaliste »). Framont passe son temps à produire une opposition parfaitement binaire entre un nous (le gentil peuple) et un eux (les méchants bourgeois/riches). Tous les titres de ses interviews en témoignent (pour Blast : « Classe bourgeoise : les parasites de la société », pour Elucid : « Les bourgeois sont des parasites » ; Limit : « Le plan secret des riches » ; etc.). Dans son livre Parasites (Les Liens qui Libèrent, 2023), dont le titre est déjà assez éloquent, il oppose sans cesse « les peuples » à « la bourgeoisie ». Arrête de nous prendre pour des nouilles Nico. Assume. C’est ton fond de commerce. N’aie pas honte.

  1. Qui qui c’est le bourgeois ?

Framont n’a d’ailleurs pas pu s’empêcher, dans son escarmouche contre moi, de recourir à ce procédé en m’associant à la bourgeoisie tout en se réclamant du petit peuple. Il me reproche en effet d’avoir écrit un texte trop long, dans lequel je mentionne « des citations et des livres » (sacrilège !), comme si je cherchais simplement à prouver que j’avais une plus grosse « bibli » que lui. Selon lui, le fait que j’ose expliquer des trucs (en l’occurrence rappeler les implications matérielles de la production industrielle des substances qui composent la trithérapie) montre que je suis un salopard de l’élite qui pense que « la plupart des gens ne connaissent rien à rien ». Et peu importe que tout travail d’analyse, tout écrit politique consiste à expliquer des choses, et que si expliquer des trucs revient à considérer que tous les gens sont des ignares, alors toute activité intellectuelle ou politique devient par définition un acte d’élitisme méprisant.

Eh Nico, tu passes ton temps à écrire des livres et des articles pour « expliquer » la domination de classe ou le « parasitisme » de la bourgeoisie aux gens. Comment oses-tu ? Tu crois que « la plupart des gens ne connaissent rien à rien » ?! N’est-ce pas une ignoble marque de mépris de classe ? Sois cohérent avec tes convictions. Arrête d’écrire. Les gens savent déjà. C’est bourgeois d’écrire.

Aussi, me faire passer pour un bourgeois, de sa part, c’est une audacieuse inversion de réalité. Le type est sociologue de formation, ancien enseignant à la Sorbonne, ex-conseiller aux affaires sociales du groupe parlementaire de La France insoumise, expert auprès des CSE et « formateur en conditions de travail », fondateur et rédacteur en chef de Frustration Magazine, auteur publié par une maison d’édition parisienne bien distribuée (Les Liens qui Libèrent, cocréée en association avec le groupe éditorial Actes Sud), au sein de laquelle il dirige une collection. Ses livres sont appréciés et célébrés par les organes de la bourgeoisie culturelle (comme Le Monde ou Libé), et il bénéficie en outre d’un accès aux grands médias de la radiotélévision, de Radio France à France Télévisions (il a notamment été invité à plusieurs reprises dans C ce soir sur France 5). Au vu de son CV, Framont appartient donc assez nettement à la petite bourgeoisie intellectuelle.

De mon côté, j’ai juste en poche une licence de géographie, et mon activité éditoriale, à peine lucrative, et jamais saluée par Libé (ô monde cruel), ne me permet pas de sortir d’une certaine précarité quotidienne. Mais j’ai pt’et quand même plus de livres que lui. Je sais pas. Et alors ?

  1. Chantage aux trente millions de malades

Framont prétend qu’en abominable sociopathe, je souhaiterais « arrêter de produire la trithérapie à brève échéance », et donc la mort de millions de personnes. Après avoir rappelé les impacts écologiques désastreux et les exigences sociales autoritaires de la production industrielle de médicaments (comme de tout industrie), je note pourtant :

« Pour autant, nous ne prônons évidemment pas l’arrêt immédiat et sans condition de la production de médicaments. Pour mettre un terme au ravage du monde comme pour concevoir des sociétés réellement démocratiques et égalitaires, l’humanité contemporaine n’a, selon nous, aucun autre choix que de sortir du mode de vie industriel. Mais cette sortie peut s’effectuer de manière progressive et ordonnée, non pas en pilotant démocratiquement la mégamachine, ce qui est impossible, mais en exigeant son démantèlement, à commencer par celui des industries les plus nuisibles et les plus superflues (publicité, armement, aviation de loisir, etc.). Nous avons été rendu·es graduellement dépendant·es du système industriel ; nous pouvons graduellement nous en affranchir. »

Pourquoi me faire dire ce que je ne dis pas, et même l’inverse de ce que je dis ?

  1. TINA toi-même

Framont suggère que la perspective que je défends est mauvaise ou fausse parce qu’elle est inflexible, qu’elle n’admet pas de compromis, en tout cas pas à certains niveaux. Il me reproche de verser dans le TINA (There Is No Alternative, « il n’y a pas d’alternative »). Et effectivement, j’écris par exemple :

« Pour mettre un terme au ravage du monde comme pour concevoir des sociétés réellement démocratiques et égalitaires, l’humanité contemporaine n’a, selon nous, aucun autre choix que de sortir du mode de vie industriel. »

Mais si toute thèse tranchée – qui n’admet pas d’alternative ou de compris à un certain niveau – est nécessairement mauvaise ou fausse, alors la sienne, qui postule la nécessité de « socialiser » et de verdir l’appareil techno-industriel, sous peine de mort, l’est aussi. Lui aussi refuse d’envisager autre chose que la « collectivisation » des moyens de pollution, la conservation (de l’essentiel) du système techno-industriel. There is no alternative.

  1. Le matérialisme du « doux rêveur »

Pour le reste, puisque Framont n’examine sérieusement aucun des principaux arguments que j’oppose à ses idées, je ne peux que renvoyer à mon texte. La réaction de Framont l’illustre d’ailleurs de diverses manières. Je lui reproche entre autres de promettre des mirages, de verser dans la pensée magique, l’article de foi, en prétendant, au moyen de formules risiblement simplistes, qu’il est possible de rendre écologique (soutenable) et démocratique le système techno-industriel qui ravage actuellement la planète et qui n’a pu être édifié et qui ne fonctionne que grâce à l’autoritarisme. Il refait exactement ça. Je l’accuse de démagogie. Il refait exactement ça. Etc.

Le gars reconnaît lui-même être peut-être un « doux rêveur » « inconséquent », mais qu’importe, n’est-ce pas ? Fonder son analyse politique sur de la fantaisie, où est le problème ?!


  1. Langdon Winner, La Baleine et le Réacteur – A la recherche de limites au temps de la haute technologie, éditions Libre, 2022 [1986].
  2. Lewis Mumford, Technique autoritaire et technique démocratique, La Lenteur, 2021 [1963].
  3. Guillaume Etiévant, « Brandt, liquidé avec l’aide de l’État », frustrationmagazine.fr, 13 décembre 2025.
  4. « Rencontre avec Olivier Six (Bo.194), porteur du projet Exalia », Arts & Métier Mag, 8 avril 2026.
  5. Le Monde avec AFP, « Vencorex : les porteurs du projet de relance de l’entreprise chimique annoncent son “abandon définitif” », 9 juin 2026.
  6. Nicolas Framont, « Après la canicule : quelle révolution ? », frustrationmagazine.fr, 14 juillet 2026.
  7. Lewis Mumford, Le Mythe de la machine, tome 2 – Le pentagone de la puissance, Fayard, 1974 [1967].
  8. Ibid.
  9. Emile Gravelle, « Révolution », Le Naturien n°4, 1er Juin 1898.
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  1. La technique dépend d’un moteur, son rendement, sa productivité, ce qui sort des usines et des bureaux du point de vue physique et monétaire, bref : ce que ça rapporte ; c’est donc ce qui détermine le profit, le bénéfice et le taux d’intérêt perçu par les détenteurs du capital investit ; ce rendement est dépendant de l’innovation générale dans une économie et du taux de croissance général de celle-ci ; dans The Rise and Fall of American Growth : The U.S. Standard of Living since the Civil War (2016), Robert Gordon montre que les grandes phases de croissance économique et technique sont derrière nous (les grandes découvertes et les principales innovation qui ont bouleversé nos modes de vie et dont nous ne pouvons plus nous passer car elle nous procurent du confort) et qu’il faut s’habituer à des rythmes de croissance bien inférieurs à ce que nous avons connu par le passé depuis la première révolution industrielle jusqu’aux années 70 ; l’innovation dans l’intelligence artificielle, c’est une part de science fiction du point de vue économique, elle masque le fait que les gains de productivité sont aujourd’hui beaucoup plus faibles que par le passé (récent) – le moteur général est cassé – et que la part que perçoit l’entrepreneur qui innove – ce qu’il récupère en bourse – va ronger la part de ce qu’il reste à l’économie pour tourner ; c’est son côté parasitaire : le gâteau n’augmente plus et la bataille se fait pour qui prend sa part la plus grande. Ça change notre rapport à la technique et la technologie sur le long terme et ce n’est qu’un début : c’est la raison d’un appel à la socialisation de la technique, au minimum dans les grandes écoles et les facs, ce qui n’est pas si bête que vous le laissez croire.

    1. Admettons mais pourquoi ? En quoi cela n’est-il pas si bête ? En l’état je ne comprends pas l’argument, qui me semble très nébuleux.

      1. C’est effectivement pas tres convaicant.
        C’est le vieux mythe marxiste de la baisse tendanciel du taux de profit. Cela fait 150 ans qu’on nous promet l’effondrement du capitalisme industriel. Aujourd’hui on a de l’internet sattelitaire pour tous, l’effondrement des couts de lancement spatiaux, la loi de moore qui se poursuit grace a ASML, et donc des ordinateurs surpuissant, des voitures electriques, de l’intelligence artificiel a foison (meme si c’est pour l’instant a moitie bidon, la puissance de calcul y est). et maiintenant une production de robot humanoide massive destinee a nous remplacer.

        L’europe est completement larguee car elle a eu une politique desastreuse de capitalisme d’etat avec les affres du dirigisme combine a une corruption generalisee (cceux qui dirige sont des incompetents qui n’ont rien cree, de Tchuruk a Ghosn en passant par Thierry Breton, mais empochent un sacre pactole).
        Alors l’europe veut encore plus encadre et socaliser. Mais elle ne peut encadrer ni ne socialiser ce qu’elle ne produit pas. Donc elle acceler sa chute.

        C’est l’arnaque de la collusion entre les partisans de ce capitalisme d’etat et la gauche radical: L’industrie d’etat est un echec, et ce n’est oas elle qui cree de la richesse (le principa l moteur d’innovation sont les « Gafam »). L’etat ne fait qu’accompagner la lente disparition des entreprises qu’il codirige (mis a part edf qu’il perfuse d’argent publique).
        Pourtant ailleurs, l’industrie contuneuie de croitre.

        Meme en Suede, ou je vis, on a vu cette logique calamiteuse a l’oeuvre, avec un ministre ecologiste qui a modifie la loi d’invesstissement pour que les fonds de retraites d’etat puisse investir massivement dans Northvolt et ses batteries foireuses, sous injonction direct de quelques haut fonctionnaire. Le resultat: des milliaresd de perte pour les retraites, force par l’etat « ecologiste » de financer la pseudo transition ecologique alors que meme les americains ne se lance pas massivement dans cette production salle et exigeante en ressources tres polluantes, pour l’instant incompatibles avec nos standards europeens de securites et environnementaux (une des raisons de la faillite est le nombre d’ouvriers tombees gravement malades, ce qui passe tres bien en Chine, moins ici):

        1. La baisse tendancielle du taux de profit n’est pas un mythe. Si l’argent en circulation sur les marchés financiers était injecté dans l’économie réelle, elle s’effondrerait sous le poids de l’inflation. Elle ne tient que sous perfusion de capital fictif pour entretenir le mythe (réel) d’une promesse de gains futurs. Taxer les marchés financiers c’est ce que propose entre autre Nicolas Framont. André Gorz avait compris les travaux de la critique de la valeur juste avant sa mort. Il y a déjà plus de 20 ans… Le capitalisme tardif est entré dans un processus de crise depuis la fin des années 70. Ce processus est irréverssible. Les propriétaires des moyens de production, des moyens de la puissance, des machines, ne peuvent pas exploiter les humains sans contrepartie, sans exploitation, sans travail vivant. Les génies de la Silicon Valley et de Schenzen ne font que retarder l’échéance avec l’IA qui est leur ultime porteur d’espoir. C’est une vision eschatologique de la réalité mais malheureusement, c’est la notre.

          1. Bonjour, Fred.
            Alors je le dis par avance : je n’ai aucune compétence en économie, science étant généralement un somnifère pour ma sensibilité. Par contre, il y a un détail qui m’est immédiatement confus dans la lecture de votre commentaire :
            – La « promesse de gains futurs », est-ce donc un mythe ou une réalité ?
            (Parce qu’un mythe, par essence : ça n’existe pas puisque c’est invérifiable)

            Du reste, et sans le troller vu que je l’ai assez bugné textuellement comme ça durant le week-end écoulé, par pure logique : il me semble que la proposition de Framont est effectivement utopique (voire délirante, en tout cas de disposition autoritariste : c’est indéniable) puisque son si cher et fameux « 99% » n’est absolument pas décisionnaire desdits « marchés financiers ». Ca me renvoie tout de suite à tous les Gillou & Josiane du bistrot de ma rue qui, en bons mélucheux ou marinards, me sortent tout le temps : « La dette ? Quelle dette ? Elle existe pas la dette ! » (<– à lire avec l'accent rocailleux du Sud-Ouest bien voilé par l'excès de Gauloises sans filtres)
            Même si je suis une brèle en économie : mon instinct me souffle quand même que c'est un petit peu plus compliqué que ça…
            Quant à l'IA, je suis d'accord, l'hypothèse d'un Skynet est pour l'instant…un mythe, par contre, nous savons très bien que l'automation (et pas "automatisation") de tous les secteurs d'emploi est bien réelle, car "en marche" notamment depuis l'avènement micro-informatique des années 80 et la spéculation robotique dès que nous sommes entrés dans ce siècle. La casse sociale (et donc économique) ne pouvant ainsi que davantage s'accélérer.
            Il y a eu les corps de métiers, puis le marché de l'emploi, alors dans les années 2030 : qu'est-ce que ce sera ? A quoi pourra ressembler la force de travail exploitée au prochain tournant ?
            Je pose la question sans deviner ou attendre de réponse particulière, mais souhaite juste votre avis personnel, s'il vous plaît.

          2. J’ai 51 ans, je viens d’une famille marxiste, malheureusement fascijne par ce charlatan. Depuis l’age de 15 ans je m’interesse au divaguation de mes proches, et je n’ai jamais vu cette prediction foiruse se realiser. C’est comme l’an mil ou le nouvel an maya.
            Et c’est pour uine raison tres simple. Marx ca date, et il ne pouvait comprendre ce qui fait la valeur pour les hommes. A son epoque l’eau etait gratuite, l’eespace existait encore, et l’air pur aussi. Aujourd’hui l’industrie, par le monde qu’elle cree,valorise des choses qui n’avait aucune valeur. Aujourd’hiuy tu dois payer pour avoir ton eau, et tu paiera de plus en plus cher, car il y’a de nouvel pollution (pfas) et il va devenir vital pour toi de ne pas les boire. Et c’est comme cela pour absolument tout. La societe industriel cree des besoins pour tous, par exemple les telephone portable: avec l’identite numerioque, tout le monde dans mon pays de residence est oblige d’avoir un smartphone et un abonnnement internet a 20 euros par mois. Personne n’a voulu payer son eau8, etre force d’acheter un portable etc.
            L’industrie definit la valeur en creant des penuries, et cela peut etre quasimnet infini, du moins tant que les hommes pourront tenir, et l’histoire a montrer que les hommes peuvent vivre comme des rats stresse tout en continuant a travailler et produire.
            C’est pour cela qu’il faut que ce monde dś’effondre, sinon nous sommes menace par löa generalisation du model chinois et une calcination du monde biologique. Ce qui, a en juger ma courte existence, est bien ce vers quoi nous nous dirigeons.

          1. Et alors, l’etat est toujours moteur dans le developpement industriel. C’est lui qui fige le droit et pousse a l’obeissance. Comme je l’ai dit precedemment, c’est l’etat qui aide a impose une technologie ou autorise une pollution. Mais ca n’empeche pas la creation de valeur.
            Par exemple danms lke cas de l’ai, lorsque cela devient la norme, tout le monde l’utilise, les competences anterieurs disparaissent et cela devient une trechnique inestimable.
            Je crois que c’est illich (j’etais un lecteure de la decroissance) qui demontrait que si on comptait tout le temps de travail que l’on coinsacre a payer une autoi, l’essence et les routes, aller a pied irait plus vite.
            Mais, aujourd’hui, on ne va pas a pied ou a cheval, parce que l’industrie a redefini l’espace en fonction de ce standard (que les etats ont sacralise, notammment parce que cela permettait de lever plus de taxes), les chevaux n’existent plus et lesgens n’ont plus la force physique pour marcher comme autrrefois.
            Donc les etats financent l’ai, mais ils savent tres bien ce qu’ils font. Notamment parce que ceela devient un outil militaire essentiel a leur survie et donc toput le monde paiera, content ou non, et donc cela sera valorise au final.

  2. Le rendement social de l’innovation baisse : la quantité d’années d’école d’ingénieur par invention rentable augmente et le coût scolaire supporté par la collectivité augmente avec la baisse de la productivité d’un ingénieur moyen ; dit autrement : le coût socialisé de l’innovation augmente en amont (années de scolarisation) et en aval (partage de la valeur ajoutée). L’entreprenariat est la valorisation de l’invention par du capital, et à un taux de croissance de 2 ou 3% de l’économie en général il n’est pas possible d’avoir des niveaux de rentabilité sensiblement plus élevés – sauf secteurs très innovants comme l’IA. A ce niveau de croissance, les gains qui dépassent ce rendement rognent sur d’autres gains, ceux du travail par exemple, ce travail qui coûte de plus en plus cher (cf. ci dessus) ; c’est là qu’un rapport de classes s’approfondit, la guerre pour le partage d’une valeur ajoutée (le fameux PIB) stagnante. Ce qui n’est pas bête c’est de chercher à réorienter le système scolaire pour le rendre plus « rentable » socialement parlant : en faire moins une préparation au salariat qu’une préparation à des activités indépendantes, par exemple.

    1. Comme dans les pages de ton Libé’ ou lors de ton rond-de-serviette honoré à la télé : tu baragouines vraiment n’importe quoi, Laurent Joffrin (on t’a reconnu !). La « socialisation de la technique »… Mouais, c’est bien connu : le père noël nous sauvera tous du désastre technologique. #OnLâcheRieng!

  3. Je ne sais plus dans lequel de ses nombreux livres (Exégèse des nouveaux lieux communs ? – Pas sûr du tout), Jacques Ellul émettait l’idée que la Bourgeoisie, au sens d’une classe sociale à part entière, n’existerait plus vraiment, mais qu’au cours du XXème siècle, et en particulier à la suite la Seconde guerre par l’impulsion « nécessaire » de reconstruction durant les Trente glorieuses, elle se serait plutôt diluée en une idéologie mimétique, car pénétrant aussi de la sorte toutes les couches prolétaires, afin de les soumettre (les aliéner) complètement à la fuite en avant consumériste et ainsi renouveler leur justification dans la hiérarchie sociale capitaliste. Donc, énième mensonge du Progrès (véhiculé par son habituel catéchisme laïc, le Progressisme), etc.
    Je ne connaissais pas ce gars mais vu qu’on a affaire ici à un arrogant opportuniste imbécile doublé d’un narcissique médiatique criant : pas la peine de se le coltiner : c’est forcément un énième mauvais joueur de pipeau.

  4. Hors sujet :
    La vilaine Méluche (néanmoins sans son hologramme palpatinien), ce jour, annonçant sur cette rougne de Reporterre qu’il invite toute la Tondelièrerie pour une « Nouvelle alliance populaire » (ah ils en auront déposé et usé des noms, les cons, pour nous refourguer toujours leur même camelote électoraliste) et, avant de me barrer du site : découvrir qu’ils viennent de nous fabriquer un Greto Timbré maison… #EhBeh!
    Même les enfants, quoi. Ces gens ont vraiment bu la honte depuis longtemps…
    https://reporterre.net/Le-futur-Meme-pas-peur-a-13-ans-Cesar-RLM-affronte-la-crise-ecologique-avec-son-rap

    1. Cela n’est pas tellement hors sujet puisque cela fait partie de la meme galaxie. C’est interessant car contriarement5 aux medias subventionne, ces entites fonctionnent apparemment (Nicolas Framont n’est plus capteur d’argent publique, mais je me trompe peut etrre) grace a l acontributioon des bobos, contributeurs piliers du systeme industriel, mais qui par romantisme un peu religieux financent une remise en question absolument sans conseuqnece du systeme. Un peu ce que jouiait le christianisme aupres des riches bourgeois: une religion qui glorifie le pauvre, mais qui par sa non violence et son legitimisme, est par construction incapable de chambouler la structuree social. On allait a la messe pour se laver la conscience pour pouvoir continuer de plus bel le reste de la semaine.
      Reporterre fonctionne sur le meme principe. Il ne propose aucune prise , aucune action, mais est un ramassis de virtue signalling, plutot Palestine que Tibet, pour ratisser un maximum de contributions. Le seul ciment est la lutte contre « l’extreme droite », pour le reste c’est le vide interstellaire, pour la simple raison que quand l’on vit de la mendicite, on ne peut pas critiquer frontalement ceux qui nous font l’aumone. Pourtant des urbains qui se chauffent au fioul, au nucleaire et son dependant d’un reseau de transport destructeur, d’une agriculture destructrice (meme le bio utiliose des machines et beaucoup, beaucoup de plastque), et de toute facon gagnent leur pognon a ce systeme industriel, n’ont absolument aucune vertu ecologique.
      Pire, il se pourrait qu’ils adoubent un systeme « vert# a la chinoise, dictatorial,, avec l’aide de Melenchon, bienm plus durable dans sa destruction que le systeme bravache et chaotique du sieur Donald, enemi jure de reporterre (et de tous les medias d’etat).

  5. Décidément, ce demi-sel inutile, ce propagandiste niaiseux du cliché imbécile (même pas du poncif) aime l’afficher tous les jours son vain et creux narcissisme… Mûr à point pour le divan – si tant est qu’il se l’avoue à lui-même un jour lorsqu’il s’admire dans le miroir tous les matins.
    #NicolasFramhonte #Caliméro #OuinOuin

  6. La réf’ ellulienne sur la dilution de la classe bourgeoise en idéologie mimétique néfaste (toujours de mémoire mais trop le bazar dans mes piles de livres pour vérifier exactement ; sinon pas relu depuis 2019 mais quasi sûr cette fois-ci) :
    – La Pensée marxiste (La Table Ronde, 1979)
    https://www.editionslatableronde.fr/la-pensee-marxiste/9782710390077

    Mais si, ! Nicorniaud du Pseudo-Coco, j’t’assure : lire au moins celui-ci fera du bien à ton super mononeurone (il pourra ainsi se dupliquer au moins par deux).
    Au fait, pourquoi nous as-tu donc caché être l’enfant illégitime de Fox Mulder et Jiang Qing ? Fais pas le modeste, va. Et ne t’en prends à ta petite soeur Camille Etienne qui nous l’a discrètement glissé. Elle veut ton bien et celui de ton compte en banque, d’ailleurs comme nous à ton égard. Tu sais, nous t’apprécions beaucoup tel que tu es… Vraiment ! Par tes boutades et cinglants traits d’esprit : tu égayes et illumines tant nos journées d’obscurantistes casaux-semblablistes sectaires, j’t’assure… 😉

  7. Et cet arnaqueur justifie l’autre assassin stupide et lâche de Luigi Mangione (il flingue dans le dos sa victime, extrait vidéo d’une caméra de surveillance d’ailleurs disponible sur la page francophone de wikipédia intitulée « Assassinat de Brian Thompson ») et le qualifie même de « source d’inspiration ».

    Mais t’es franchement à gerber, Nicouard Framhonte !
    – Déclaré oralement par lui-même dans l’avant-dernier chapitre de cette rinçure YT jointe ci-dessous :
    https://www.youtube.com/watch?v=0dbnf9pUQNo

  8. OK. Donc, il glorifie l’autre sociopathe de Mangione parce qu’il en a tiré de la came imprimée indigeste à fourguer. Le mec n’est même pas sincère mais toujours bien l’ « humaniste » (l’opportuniste) aimant s’afficher partout.
    https://frustrationmagazine.fr/saint-luigi-extrait
    Par curiosité, j’aimerais bien savoir ce que ce QI d’huître pense par exemple de l’assassinat de Pasolini ?
    (Quelqu’un de chez Frustration pour se dévouer et nous le rapporter ici-même ? Vu que le gars ne sait apparemment polémiquer que planqué en « story » ?)

      1. Yo, Framhonte !

        Mesdames et messieurs du Partage, je vous présente Nicolas « Seb » Framont (ou alors l’un de ses stagiaires de chez Frustrafion s’étant senti pousser un poil de testicule).
        En effet, par la boîte courriel de son torchon, vendredi soir, je lui avais proposé de ramener ses dix doigts scrolleurs ici pour voir ce qu’il avait à proposer d’autre, et, en lui précisant bien de prendre un pseudo pour ne pas se faire allumer par tous les visiteurs du site…
        Belle aptitude à l’obéissance, Nico. Si je te disais pour que tu puisses encore mieux soigner ton trop-plein de toi-même, ta boursouflure égocentrique, « Jette-toi à la mer ! » : tu le ferais, Crétinus Vanitus.

        Donc, t’as que ça à proposer ? Ton anathème ras-les-pâquerettes par votre test pourrave pour ménagère éco-anxieuse et clampin rourouge ?
        Quand je disais plus haut que t’es un champion du stand-up. Il n’y a pas à dire, t’as vraiment le sens de la répartie et de l’improvisation.
        Merci pour cet autre fou rire, tocard. ^ ^
        Bisous, ma poule (heureusement que t’es là pour sauver le monde, enfin, le tien-imaginaire, quoi).

        Pierriton

  9. Superbe texte et très utile synthèse. Merci à vous.

    Quant à ce Nicolas Framont, j’ai été le lire et l’écouter, quelques minutes – mais j’ai dû arrêter très vite. Très pénible. Intellectuellement, lui et vous jouez dans des divisions différentes.

  10. Ouh ! Mais dis donc, « Seb ». Je viens de rentrer ton blase dans le moteur de recherche du site. T’es déjà coutumier du fait, dis donc. Eh bien, maintenant, quand tu te pointeras pour troller, M.Lunineruone, essayer de te moquer et rabaisser notre ami Casaux (si tu savais combien ça lui passe dessus, t’as de la chance qu’il ne soit pas moi) : pense bien à changer chaque fois de pseudo… (Mais t’es pas assez fin. Même là, tu te trahiras encore par excès de ta suffisance maladive)

    1. Mais de quoi tu causes ? C’est à moi que tu t’adresses ?
      @Pierritron
      Qu’as-tu donc trouvé dans le moteur du site ?
      J’avoue ne pas comprendre, je ne suis qu’un anti-tech parmi d’autres et même si on n’a visiblement pas les mêmes idées, je ne permets pas de me discréditer comme ça.
      Explique-moi dans les détails car je ne suis qu’un simple lecteur de blog dégouté par ce monde de merde et toi tu rajoutes de la merde à la merde.
      Merci de la réponse.

  11. ‘Scuze, Nico, j’ai rippé : #Lunineurone (t’sais, ce p’tit truc sautillant partout dans ta boîte crânienne chaque fois que t’affiches ta ganache sur les réseaux). Rhô ! Tu vas pas faire une story insta’ rien pour le « bourgeois frustré » que je suis. Je ne mérite pas tant d’honneur de la part d’un Abat-jour mangioniste tel que toi. Au fait, sont-elles bien éco-durables certifiées sans 1%, tes lumières ?
    Par contre, t’as mon adresse courriel : vieng copaing ! ^ ^

  12. Oh, mais Sébastien, euh, j’voulais dire « Nicolas », ‘scuze ! (Qu’en pense-t-il d’ailleurs, ton psy’, de cette dissociation lâche, euh, j’voulais dire « personnelle », re-‘scuze !?)
    Allez, boude pas. T’as cherché : t’as trouvé.
    Sinon, à la maison, tout se passe bien ?
    Pas trop de cales dans la paume de main ?

    1. Alors je ne sais vraiment pas ce que c’est que ton délire, mais oui mon prénom c’est Sébastien. Mon nom de famille c’est Lionnet, je suis de Dijon et je pense ne rien avoir à faire avec Nicolas Framont, les néo bolchéviques c’est pas mon truc, les communistes non plus, les droitards pas plus, les libéraux non plus et les connards débiles comme toi encore moins.
      Je te remercie de me foutre la paix et de ne pas m’invectiver.

    1. Et mon commentaire de départ était du second degré. Je trouve que ce test est d’une débilité profonde, car j’ai essayé. Je trouvais ton commentaire marrant, donc j’y ai répondu d’un ton « complice » car je pensais que tu avais de l’humour et que l’on était sur la même longueur.
      Et l’autre il part dans un délire… Nan mais ça va pas non ? Tu tournes à quoi sérieux ?

  13. Plus sérieusement, pour conclure (car même si le web est un asile psychiatrique sans murs capitonnés et sans camisole, je n’en suis pas qu’un énième guignolo non plus – ou alors seulement à temps partiel pour mon propre hobby), je vous renvoie à ce lien d’un autre article du Partage et, en particulier, au commentaire éclairé que Jean-Paul Floure y avait laissé.
    Et conclus sur cette remarque : depuis l’Affaire Dreyfus, tout le monde a de l’humanisme tartinable à revendre, mais surtout de la pacotille industrielle à placer. Depuis ce temps-là, au moins, la Littérature n’est plus un art mais un marché industriel comme un autre. Par exemple, il suffit de lire ou parcourir le Journal littéraire de Paul Léautaud ou bien encore les Variétés de Paul Valéry pour le comprendre, le savoir…
    https://www.partage-le.com/2025/05/06/la-bourgeoisie-culturelle-de-gauche-une-force-contre-revolutionnaire-par-nicolas-casaux/

    1. comme d’habitude , toutes ces explications rétrospectivement évidentes, confinent au pessimisme.
      la proposition qui réduit le pb systémique à une question d’énergie et son cercle vicieux et d’autant plus vraie que terrifiante.
      Bientôt, l’énergie gratuite, fusion, solaire, que sais je on s’en fout, énergie open bar et la course exponentielle se poursuivant vers encore et toujours plus d’irremediables saccages et destructions hallucinantes.
      ca nous dépasse, spectateurs eberlué, lapin catatonique planté au milieu de la route, effaré de l’aveuglement collectif, conditionné par la puissance de la grosse machine.
      je vais aller me promener et regarder les mouettes après cet indispensable commentaire.

  14. Pierriton,
    Il n’y aura pas de gains futurs. On se dirige vers une dévalorisation de l’argent. Nous avons des exemples récents de ce type de catastrophe (Argentine – 1998, Grèce-2008), mais l’exemple qui se rapproche le plus de ce qui nous attend, c’est 1929. Une crise générale du médium argent, de l’argent sans valeur, qui redevient juste du papier et des électrons sur des disques durs, toute une synthèse sociale qui s’écroule. Mais à la différence de 1929, l’économie ne redémarrera plus. Moi non plus l’économie ne me passionne pas beaucoup, je préfère l’Histoire. Mais il y a des choses simples à comprendre et qui peuvent vous servir de boussole pour démêler le vrai du faux en économie, même si peut-être comme moi, vous êtes nul en math. La loi de la valeur de Marx par exemple. L’économie classique nous explique qu’on fabrique des marchandises pour les vendre, pour avoir de l’argent, pour acheter d’autres marchandises. C’est le schéma classique (M – A – M). Marx renverse la perspective et prétend le contraire. En fait on ne produit pas des marchandises pour satisfaire des besoins mais pour faire plus d’argent (A – M – A). Fabriquer des marchandises pour satisfaire des besoins n’est qu’un détour obligatoire pour atteindre un objectif inatteignable, qui est de faire toujours plus d’argent avec de l’argent. Et toutes les classes sociales sont soumises à cet impératif de valorisation, de croissance infinie. C’est un processus aveugle, indifférent aux choses sensibles, et qui transforme la Terre en déchet en détruisant la vie. Il y a une autre formule que j’aime bien et qui est aussi très simple à comprendre, et qui corrobore parfaitement la loi de la valeur de Marx, c’est la théorie de la décroissance. Imaginez un axe des abscisses (horizontal) et un axe des ordonnées (vertical). Vous avez la courbe de la croissance qui monte et celle de la capacité de charge de la planète qui descend. Plus le temps passe à notre échelle de temps, et plus les les deux courbes s’éloignent. Sachant que la capacité de charge de la planète est la capacité des milieux de vie à se régénérer pour fournir ce dont l’économie a besoin pour croître. Que va-t-il se passer ? Les 2 courbes vont se rejoindre. Bref, Nicolas Framont raisonne comme un homme du 19e siècle, comme un marxiste orthodoxe (lutte des classes). Les intuitions de Marx qui peuvent nous être utile et nous aider à comprendre le monde au 21e siècle, lui sont parfaitement étrangères.

    1. Merci, Fred !
      Je vous rejoins complètement, c’est aussi comme ça que je le pressens depuis la gestion de crise catastrophique du covid. Je pense beaucoup à 1929 également mais vu que le contexte économique n’est plus du tout le même, encore plus mondialisé, globalisé, de prime abord, ça fait longtemps que j’imagine ça comme une rangée de dominos s’abattant dès que l’on pousse le premier pion. (Ouais, j’suis nul en maths ! Mon niveau s’est arrêté aux identités remarquables que je maîtrise encore toutefois. ^ ^)
      Eh, finalement, en relisant bien votre commentaire, grâce à mon expérience passée d’ouvrier-manutentionnaire dans la grande distribution puis la viticulture : j’avais déjà tout capté entre 20 et 30 ans. A l’époque, tant dans les magasins que les vignes ou les chais, lorsque j’expliquais ça à l’instinct, tous mes collègues – pourtant exploités comme moi – se foutaient de ma tronche en me traitant d’ « anarchiste » (alors que ces zozos ne savaient même pas ce que c’est), soit ils s’énervaient carrément après moi en me demandant de la fermer. A deux reprises, ça s’était même terminé avec attrapage de cols et secouages virils (j’ai perdu un boulot à cause de ça : viré comme à l’école parce que j’avais tarté un crétin de quinqua’ après qu’il ait perdu son sang-froid en me jetant au sol quand je lui avais rappelé qu’il n’était qu’un sous-fifre comme moi et, en plus, un bien mauvais, vu que lui fayotait auprès de notre employeur friqué).
      Cette année, au mois de mars, cela a fait dix ans que j’ai complètement déserté le salariat – cet esclavage légalisé. Je survis matériellement en-dessous du smic depuis et les premières années furent horribles ! mais j’ai fini par trouver mon rythme et n’y retournerai jamais. La seule richesse dont dispose l’homme dès sa naissance : c’est le temps ! Hors de question que je le rebrade jusqu’à ma mort pour tous ces enfoirés. Dans la viticulture, j’ai larbiné pour des héritiers millionnaires : ces gens étaient ignares ! Aussi beaufs que les beaufs qu’ils aiment tant mépriser et asservir.

      Bonne fin de journée à vous.

      1. Et j’ajoute, pour l’anecdote, aujourd’hui, cet ancien collègue quinqua’ avec qui ça avait fait du vilain, est petit-retraité septuagénaire et il a un cancer du fumeur alors qu’il n’a jamais touché une clope de sa vie…
        A cause de tous les pesticides, les produits phytosanitaires qu’il a respiré pendant trente ans pour recevoir en retour les miettes que lui jetaient ses employeurs.

        Jacques Ellul, dans sa précieuse théologie (que je préfère à sa « sociologie »), avait bien raison d’insister souvent sur le détail qu’on paye toujours à un moment ou à un autre, et généralement quand on ne s’y attend plus, la bêtise que l’on témoigne d’abord envers soi-même puis les autres. L’inconsidération étant le plus grand fléau négligent de notre temps civilisationnel en cours.

    2. « mais l’exemple qui se rapproche le plus de ce qui nous attend, c’est 1929. Une crise générale du médium argent, de l’argent sans valeur, qui redevient juste du papier « .
      .
      je n’y crois pas une seconde.
      .
      Aucune crise de 29 à l’horizon. 2026 ne ressemble en rien aux années 20 en ce sens ou la capacité d’un être humain à produire de la valeur ajoutée et 100 fois superieur. la faculté de créer de l’argent est techniquement sans limite à présent. L’esclave de 2026 et susceptible de rapporter 100 fois plus que l’esclave de 1926. et tout autant plus encore dans 50 ans.
      .
      il y a eu changement de paradigme économique.
      .
      Le système nous emmène inexorableblement vers un long et lent pourrissement, une paupérisation absolue, une exploitation continue des ressources matériels et immaterieles. Un saccage jusqu’au boutisle aveugle et schizophrénique. Et tout ca, à grand coup de perpetuelles revolutions techniques. la science et ses corollaires peut, pourra et assura la pérennité de cette inépuisable creation de richesse échangeable sur le marché.
      . Avec les effets globaux et absolus, mortifères que chacun ici connait.

      1. et je rajoute que ce triste futur va, évidemment ment, se réaliser dans une sorte d’internationalle néo fachiste seule garante d’assumer tirer a vu sur les parias climatico economique et assurer une « paix sociale » terrain sûr de la sainte economie de marché.
        .
        et au diable la planète.

  15. Pour en finir avec Framont et sa ligne marxiste orthodoxe, il y a déjà le NPA et Lutte Ouvrière. Lutte Ouvrière est l’organe le plus consistant avec le fameux Cercle Léon Trotsky qui fait un travail monumental de sociologie historique depuis plusieurs décennies, c’est une précieuse mine d’informations. A coté, Nicolas Framont n’est qu’un vulgaire opportuniste médiatique qui a la prétention ridicule de se prendre pour un théoricien révolutionnaire. On peut ne pas partager cette ligne trotskyste sur le plan politique, et je sais que c’est le cas sur ce site et que c’est largement argumenté de façon rationnelle et conséquente, mais en fait, ce n’est pas vraiment le problème en ce qui concerne « Frustration magazine ». Le problème, c’est que ces pseudos journalistes font la démonstration de leur insuffisance dès qu’on les attaque sur le fond de leur faiblesse politique et de leur fragilité théorique avec des réponses hypocrites et des procédés diffamatoires. Gerbant.

  16. Merci pour cet article clair, structuré et argumenté.
    Ça fait du bien de lire un texte qui fait 10 pages au lieu de 5 (rapport à la réponse de Framont 😉 ), documenté et rigoureux. Vu sa réponse, je pense simplement que vous avez des capacités intellectuelles supérieures à lui et que donc il ne pourra jamais y avoir véritable échange.

    1. capacités intelectuelles ?
      Bof. je pense qu’il est plus vraisemblable d’invoquer des biais psychologiques, un parcours de vie et/ou un manque de travail plus simplement.

      1. je rajoute cependant , à la relecture de sa réponse.
        .
        cet enseignant est susceptible. il réagit avec excès. sa réponse est intellectuellement malhonnête. il polémique gratuitement et montre une violence hors de propos. il est vexé et pathétique dans sa réaction. l’apport est iin fine ininteressant.
        il est donc vrai en l’espèce qui’il ne demontre pas particulièrement d’intelligence, tout du moins didactique. ce qui pour un éminent (?) sociolgue (?) est un peu étonnant voir dommage.

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