Féminisme, transgenrisme, extrême droite : adresse à trois gratte-papiers de Libération (par Audrey A. et Nicolas Casaux)

En image de cou­ver­ture, un homme, membre d’un groupe d’activistes trans, en train de déver­ser de la pisse devant un bâti­ment admi­nis­tra­tif au Royaume-Uni. C’était le 2 sep­tembre 2022, « Des acti­vistes trans ont lais­sé plus de 60 bou­teilles de pisse devant l’EHRC » [la Com­mis­sion bri­tan­nique pour l’é­ga­li­té et les droits humains], à Londres, au Royaume-Uni, ain­si que le titrait le maga­zine Vice, célé­brant l’action. Il s’agissait appa­rem­ment de pro­tes­ter contre la com­mis­sion, qui a récem­ment confir­mé que l’existence de toi­lettes publiques sépa­rées pour les hommes et les femmes était légale. Un des acti­vistes, un homme (mais se disant femme), « a uri­né dans sa robe ornée de bijoux, avant de ver­ser des bou­teilles d’urines sur [lui]-même et sur le trot­toir devant le bâti­ment, tout en criant : “La Com­mis­sion pour l’égalité et les droits humains a du sang sur les mains et de la pisse dans les rues”. » (Pho­to : ©Bex Wade)


Belote, rebe­lote. Après votre consœur Pau­line Bock pour Arrêt sur images, vous, Maxime Macé, Pierre Plot­tu et Johan­na Luys­sen, vous êtes à votre tour fen­dus, pour Libé­ra­tion, et sans ver­gogne, d’un article extra­or­di­nai­re­ment men­son­ger, mal­hon­nête, sur le conflit oppo­sant des fémi­nistes aux pro­mo­teurs du trans­gen­risme. Pour ce faire, vous avez inter­ro­gé des per­sonnes qui n’y com­prennent tout aus­si rien que vous, ou sont sim­ple­ment tout aus­si cap­tieuses, nous contrai­gnant une nou­velle fois à illus­trer la vali­di­té de la loi de Brandolini.

« Si tout semble, a prio­ri, oppo­ser les fémi­nistes anti-trans et l’ex­trême droite, ils se retrouvent sur plu­sieurs points. » Ain­si com­mence votre article. Mais rapi­de­ment, les choses s’enveniment : quelques lignes plus loin, à peine, l’on apprend que « Terf et droites extrêmes se rejoignent sur l’es­sen­tiel ». Ce fut rapide.

Premier mensonge : assimilation de la critique du genre à la Manif pour tous

Une des prin­ci­pales spé­cia­listes que vous inter­ro­gez, Ila­na Eloit, « pro­fes­seure en études de genre à l’u­ni­ver­si­té de Genève », ose les men­songes les plus gros. À pro­pos des fémi­nistes cri­tiques du trans­gen­risme, elle affirme : « Elles se disent “gen­der cri­ti­cal”, “cri­tiques du genre”, un terme plus récent, qui ren­voie aux mou­ve­ments anti­genre que sont les mou­ve­ments réac­tion­naires et conservateurs. »

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Mar­gue­rite Stern avec les Femen contre la Manif pour tous le 12/11/2012

C’est faux. C’est même une inver­sion de la réa­li­té. Les fémi­nistes qui se disent « gen­der cri­ti­cal » (cri­tiques du genre), dans le monde anglo-amé­ri­cain, sont en bonne par­tie, sinon en majo­ri­té, oppo­sées aux « mou­ve­ments réac­tion­naires et conser­va­teurs ». Vous n’avez pas à nous croire. Ren­sei­gnez-vous. Exa­mi­nez les posi­tions de Julie Bin­del, Kara Dans­ky, Lierre Keith, Kath­leen Stock, Jane Clare Jones, Gene­vieve Gluck, feu Mag­da­len Berns, Angie Jones, Shei­la Jef­freys, Janice Ray­mond et tant d’autres. Toutes s’opposent avec véhé­mence aus­si bien au trans­gen­risme qu’aux « mou­ve­ments réac­tion­naires et conser­va­teurs ». Votre article les insulte toutes. Votre article nous insulte toutes. La « cri­tique du genre », c’est aus­si la cri­tique de l’idéologie de ces réac­tion­naires et conser­va­teurs, étant don­né que par « genre », il faut aus­si entendre le « sys­tème de bica­té­go­ri­sa­tion hié­rar­chi­sée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et repré­sen­ta­tions qui leur sont asso­ciées (masculin/féminin)[1] ». Sys­tème que défendent les­dits réac­tion­naires et conservateurs.

Un men­songe éhon­té, donc.

La même — Ila­na Eloit — accuse ensuite ces fémi­nistes « cri­tiques du genre » de « bio­lo­gi­sa­tion de la dif­fé­rence sexuelle ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! Com­ment s’y prend-on pour bio­lo­gi­ser la bio­lo­gie ?! (La « dif­fé­rence sexuelle », n’est-ce pas la bio­lo­gie ?! Le sexe, n’est-ce pas la bio­lo­gie ?!). Mais soyons fair-play, Eloit vou­lait sûre­ment dire, der­rière son très mau­vais choix de mot, sa très mau­vaise for­mule, que les fémi­nistes cri­tiques du genre « natu­ra­lisent les sté­réo­types de genre », pré­tendent que le genre s’inscrit dans la bio­lo­gie, quand c’est exac­te­ment l’inverse qu’elles sou­tiennent. Les fémi­nistes cri­tiques du genre sou­lignent que le genre, au sens du « sys­tème de bica­té­go­ri­sa­tion hié­rar­chi­sée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et repré­sen­ta­tions qui leur sont asso­ciées (masculin/féminin) », est une construc­tion sociale, conçue par les hommes et impo­sée par la domi­na­tion mas­cu­line, la socié­té patriar­cale. En revanche, les réac­tion­naires et conser­va­teurs sou­tiennent que ce sys­tème est comme natu­rel, ins­crit dans la bio­lo­gie. D’où le conflit radi­cal qui oppose les fémi­nistes cri­tiques du genre aux « réac­tion­naires et conser­va­teurs ».

Du genre à l’idéologie du genre (ou de l’« identité de genre »)

Comme nous l’avons rap­pe­lé, le « genre », dans l’analyse fémi­niste, désigne depuis long­temps la construc­tion sociale hié­rar­chique (inéga­li­taire) assi­gnant aux hommes un ensemble de sté­réo­types socio­sexuels « supé­rieurs », soit la « mas­cu­li­ni­té » cultu­relle, et aux femmes un ensemble de sté­réo­types sexistes « subal­ternes », soit la « fémi­ni­té ». Ou, comme le for­mule la pro­fes­seure de science poli­tique et fémi­niste les­bienne Shei­la Jef­freys : « Le “genre”, dans l’analyse clas­sique du patriar­cat, attri­bue les jupes, les talons hauts et l’amour du tra­vail domes­tique non rému­né­ré à celles qui pos­sèdent une bio­lo­gie fémi­nine », c’est-à-dire aux femmes, et « les vête­ments confor­tables, l’esprit d’entreprise et l’initiative à ceux qui pos­sèdent une bio­lo­gie mas­cu­line », c’est-à-dire aux hommes.

Cepen­dant, dans les années 1990, le terme « genre » fut adop­té par des uni­ver­si­taires états-uniens qui, sui­vant des idées héri­tées de célèbres phi­lo­sophes fran­çais, figures de la « French Theo­ry », en firent un concept iden­ti­taire. Dans la « théo­rie queer » de ces uni­ver­si­taires, ain­si que le sou­ligne Shei­la Jef­freys, le « genre » se mit à désigner

« une forme d’ex­pres­sion ou de per­for­mance per­son­nelle, occul­tant ain­si les rela­tions de pou­voir maté­rielles de la domi­na­tion mas­cu­line (But­ler, 1990). L’ob­jec­tif de la poli­tique de genre queer consis­tait à rendre le genre flexible et à créer davan­tage de “genres”. Dès lors, la théo­rie queer était en oppo­si­tion directe avec la poli­tique fémi­niste, et per­mit le déve­lop­pe­ment du trans­gen­risme en tant que pra­tique et idéologie.

Les théo­ri­ciennes fémi­nistes radi­cales ne cherchent pas à rendre le genre un peu plus flexible, mais à l’é­li­mi­ner. Elles sont abo­li­tion­nistes du genre, et com­prennent que le genre four­nit le cadre et la jus­ti­fi­ca­tion de la domi­na­tion mas­cu­line. Selon l’ap­proche fémi­niste radi­cale, la mas­cu­li­ni­té est le com­por­te­ment de la classe diri­geante mas­cu­line et la fémi­ni­té celui de la classe subor­don­née des femmes. Le genre n’a donc pas sa place dans l’a­ve­nir éga­li­taire que le fémi­nisme vise à créer (Del­phy, 1993). Dans l’ap­proche pré­do­mi­nante de la théo­rie queer, cepen­dant, le genre est quelque chose avec lequel on peut “jouer”. Dans cette inter­pré­ta­tion queer, le genre est “trans­gres­sif” lors­qu’il est adop­té par des per­sonnes d’un cer­tain sexe bio­lo­gique qui auraient nor­ma­le­ment dû pré­sen­ter des carac­té­ris­tiques dif­fé­rentes. Il est tou­te­fois impos­sible d’é­chap­per au genre ; il peut être inter­chan­gé, mais, dans cette pers­pec­tive, il ne peut être abo­li[2]. »

Ain­si, pour les théo­ri­ciens queers et post­mo­dernes, « le “genre” est concep­tua­li­sé comme une forme de “dif­fé­rence sociale” plu­tôt que, selon la pers­pec­tive fémi­niste, comme “un ensemble de rela­tions de pou­voir”[3] ». Cette concep­tion queer et post­mo­derne du genre, ter­ri­ble­ment confuse, comme en témoigne la pro­fu­sion d’ouvrages queers ou post­mo­dernes lui consa­crant des mil­liers de pages contra­dic­toires ou abs­conses, a à son tour per­mis la for­ma­tion du concept d’« iden­ti­té de genre », défen­du par les pro­mo­teurs du trans­gen­risme, et désor­mais ins­crit dans la loi en France comme dans d’autres pays du Nord éco­no­mique. Aujourd’hui, les asso­cia­tions de pro­mo­tion des « droits des trans » défi­nissent le genre comme « un concept social caté­go­ri­sant les per­sonnes selon des carac­té­ris­tiques arbi­traires et sub­jec­tives. Le genre peut être influen­cé par des aspects psy­cho­lo­giques, com­por­te­men­taux, sociaux et cultu­rels. Le genre d’une per­sonne n’est pas déter­mi­né par son sexe assi­gné à la nais­sance[4]. » L’« iden­ti­té de genre », elle, est défi­nie comme « l’expérience inté­rieure et per­son­nelle que chaque per­sonne a de son genre. Il s’agit du sen­ti­ment d’être une femme, un homme, les deux, ni l’un ni l’autre, ou d’être à un autre point dans le conti­nuum des genres[5]. » Ain­si, « il existe autant de nuances et d’i­den­ti­tés de genre que de per­sonnes[6] ».

Gra­phisme de pro­pa­gande de l’or­ga­ni­sa­tion Mer­maids au Royaume Uni (asso­cia­tion de défense des per­sonnes dites « trans­genres », « non-binaires » ou « de genres divers », qui tente actuel­le­ment de faire dis­soudre l’as­so­cia­tion LGB Alliance pour trans­pho­bie en l’at­ta­quant en jus­tice. Au lieu de cela, le pro­cès per­met à la jus­tice et au grand public de prendre mesure de l’ho­mo­pho­bie et du sec­ta­risme hors-sol de l’or­ga­ni­sa­tion tran­sac­ti­viste. Mer­ci Mer­maids ! Mais pas pour les enfants homo­sexuels, entre autres, que tu as contri­bué à muti­ler et à sté­ri­li­ser.) Sur le dia­gramme : À gauche, Bar­bie, à droite, Action Man. Si vous êtes un homme dit « effé­mi­né » et que vous vous iden­ti­fiez (ain­si que les per­sonnes autour de vous, qui vous éva­luent) au n°4 parce que vous aimez les vête­ments excen­triques (jupes, kilts), que vous vous rasez la barbe et que vous avez pleu­ré devant Mulan, alors vous n’êtes sans doute pas un homme. Vous l’êtes en tout cas moins qu’un homme qui s’habille en jean-tee-shirt, a aimé Fast and Furious, sent la trans­pi­ra­tion et qui s’identifie au n°11 sur ce brillant gra­phique. Si vous êtes une femme butch qui s’habille en pan­ta­lon car­go-débar­deur, qui ni ne s’épile ni ne se maquille et vous iden­ti­fiez au n°10, alors vous n’êtes sans doute pas une femme. Vous l’êtes en tout cas moins qu’une femme s’identifiant au n°2, qui porte des robes mou­lantes et dort avec du par­fum et des bigou­dis sur la tête. Quel pro­gres­sisme ! Nul besoin d’amalgame gros­sier, il s’agit pré­ci­sé­ment des valeurs de la droite conser­va­trice et de l’extrême droite.

D’une part, ce concept d’« iden­ti­té de genre » char­rie un cer­tain sexisme (« homme » et « femme » sont défi­nis comme des « sen­ti­ments », inévi­ta­ble­ment liés aux sté­réo­types de la mas­cu­li­ni­té et de la fémi­ni­té), et d’autre part il relève d’une forme de mys­ti­cisme. L’identité de genre peut être tout et n’importe quoi. En fin de compte, le fait qu’il existe sup­po­sé­ment « autant de nuances et d’i­den­ti­tés de genre que de per­sonnes » sug­gère que l’identité de genre ne désigne rien d’autre que… la per­son­na­li­té ! Avec l’« iden­ti­té de genre », les per­son­na­li­tés sont éti­que­tées, mises dans des cases. Essen­tia­li­sées. Les « iden­ti­tés de genre » sont des sortes d’essence magique ou d’âmes indi­vi­duelles bien sou­vent construites à par­tir du bon vieux sys­tème de bica­té­go­ri­sa­tion rigide sus­men­tion­né. Et c’est ce concept, donc, que les idéo­logues de la « tran­si­den­ti­té » défendent et sont par­ve­nus à faire ins­crire dans la loi. Et c’est ce concept qu’ils veulent sub­sti­tuer au sexe (qui, lui, consti­tue une réa­li­té maté­rielle signi­fi­ca­tive) par­tout dans la loi. Et c’est cet ensemble d’idées por­tant sur le genre ver­sion queer ou trans et l’identité de genre que nous appe­lons idéo­lo­gie du genre (ou de l’identité de genre). Et c’est au nom de cet ensemble d’idées que des jeunes (et des moins jeunes) sont encou­ra­gés à muti­ler leurs corps sains[7]. Et c’est à la fois contre cette concep­tion queer ou trans du genre (ou de l’identité de genre) et contre ce que l’analyse fémi­niste désigne par le terme « genre » que les fémi­nistes « cri­tiques du genre » se battent. L’abolition du genre, c’est-à-dire de la domi­na­tion mas­cu­line, du « sys­tème de bica­té­go­ri­sa­tion hié­rar­chi­sée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et repré­sen­ta­tions qui leur sont asso­ciées (masculin/féminin) », mais aus­si du concept absurde d’« iden­ti­té de genre », voi­là ce que visent les fémi­nistes « cri­tiques du genre ».

Essentialisme ? Quésaco ?

Eloit accuse éga­le­ment les fémi­nistes cri­tiques du genre de ver­ser dans l’« essen­tia­lisme ». L’accusation revient plu­sieurs fois dans votre article, sans que jamais le terme ne soit expli­qué, l’accusation expli­ci­tée. Pra­tique ! Les pro­fanes, n’y com­pre­nant rien, seront sim­ple­ment impres­sion­nés par le mot savant. Ces fémi­nistes sont accu­sées d’être « essen­tia­listes » ! Cela semble grave ! Déci­dé­ment, elles sont ter­ribles ! Et peu importe que ce soit faux.

Car qui est du côté de l’essentialisme ? La droite et l’extrême droite, évi­dem­ment, mais éga­le­ment l’idéologie du genre, pour la bonne rai­son que le conser­va­tisme de la droite, et son essen­tia­lisme, ont don­né nais­sance à l’idéologie du genre :

« Les conser­va­teurs pré­tendent que si l’on est une femme, alors on est plu­tôt pré­dis­po­sée à s’occuper des tâches ména­gères, à aimer la cou­ture, le rose, les robes, la cui­sine, etc. Les fémi­nistes récusent ce tis­su d’absurdités sexistes et sou­lignent qu’être une femme (une réa­li­té bio­lo­gique) n’implique en rien d’aimer les robes, la cou­leur rose, les talons hauts, la cou­ture, la cui­sine, le ménage, etc. Les (trans)genristes pré­tendent que si l’on aime les robes, la cou­leur rose, la cou­ture, etc., c’est que l’on est une femme (indé­pen­dam­ment de la réa­li­té bio­lo­gique). Les conser­va­teurs pré­tendent que le sexe déter­mine des rôles sociaux, des goûts, des pré­fé­rences. Les fémi­nistes sou­lignent que le sexe n’a pas à déter­mi­ner les rôles sociaux, les goûts, les pré­fé­rences d’une per­sonne, que le sexe ne déter­mine aucun “genre” puisque le “genre” n’est qu’une fic­tion oppres­sive et sexiste conçue par et pour les hommes. Les (trans)genristes affirment que les rôles sociaux, les goûts, les pré­fé­rences (ves­ti­men­taires et autres) d’une per­sonne — le pré­ten­du “genre” auquel elle “s’identifie” — déter­minent l’anatomie, le sexe qu’elle devrait avoir. Voyez la nou­velle oppres­sion, miroir de l’ancienne[8]. »

Comble d’ironie, la gauche ne réa­lise pas que les idées qu’elle défend rejoignent celles des pires réac­tion­naires. Chers Macé, Plot­tu et Luys­sen, comme je (Audrey) l’explique à l’attention de votre consœur Pau­line Bock (Arrêt sur Images) :

« L’essentialisme nous vient des essences. Les essences dans le ciel, les idées pla­to­ni­ciennes. Les ecto­plasmes méta­phy­siques. Les sté­réo­types. La réi­fi­ca­tion de construc­tions sociales. La réi­fi­ca­tion de sté­réo­types sexistes. Le genre est essen­tia­lisme par défi­ni­tion. L’essentialisme, c’est de dire que si une per­sonne (dotée d’un pénis et de tes­ti­cules) aime por­ter des robes et se mettre du ver­nis à ongles, alors cette per­sonne est une femme. L’essentialisme, c’est dire que puisque cette per­sonne (dotée d’une ana­to­mie de sexe fémi­nin) a revê­tu une armure et mené des com­bat­tants à la vic­toire, alors elle est un homme. La réa­li­té, la véri­té, c’est que la pre­mière per­sonne est un homme qui aime por­ter des robes et se peindre les ongles. Tech­ni­que­ment, il pour­rait même s’agir d’un homme trans­gres­sif des sté­réo­types (mais en fait non, puis qu’il demande à être consi­dé­ré comme un ensemble de sté­réo­types sexiste, comme “une femme”). La réa­li­té et la véri­té, c’est que la seconde per­sonne est une femme, qui avait tel­le­ment foi en elle qu’elle bra­va tout ce qu’il y avait à bra­ver en termes de car­cans et conven­tions sociales pour écou­ter sa voix. Affir­mer qu’il s’agit d’un homme est pro­fon­dé­ment sexiste, on ne peut plus miso­gyne[9]. »

Socrate, les féministes et l’extrême droite

Pas­sons main­te­nant au sophisme. Comme cha­cun sait, tous les chats sont mor­tels. Socrate est mor­tel. Donc Socrate est un chat. N’est-ce pas ? De la même manière, tous les par­ti­sans de l’extrême droite sont des êtres humains. Socrate est un être humain. Donc Socrate est un par­ti­san de l’extrême droite. Ou, plus à pro­pos : l’extrême droite pense que la terre est ronde. Les fémi­nistes pensent que la terre est ronde. Donc, les fémi­nistes sont d’extrême droite. Ou, comme vous le sug­gé­rez dans votre article paru dans Libé : l’extrême droite s’oppose au trans­gen­risme. Les fémi­nistes s’opposent au trans­gen­risme. Donc les fémi­nistes sont d’extrême droite. Facile d’être jour­na­liste aujourd’hui ! (Et peu importe que l’extrême droite, les réac­tion­naires et conser­va­teurs, ne soient en véri­té pas tous oppo­sés au trans­gen­risme, peu importe que beau­coup lui soient favo­rables, à l’image des diri­geants ira­niens, pour la rai­son qu’il per­met de faire dis­pa­raître l’homosexualité[10]).

D’ailleurs, selon la logique que vous employez dans votre article, Libé­ra­tion, jour­nal de gauche « libé­ral-liber­taire », façon Yan­nick Jadot, est un média d’extrême droite. La preuve en image :

En effet, sous un cer­tain angle, signi­fi­ca­tif, de l’extrême gauche à l’extrême droite, tous les par­tis n’en forment qu’un seul : le Par­ti tech­no­lo­giste. S’il existe de nom­breux points de diver­gences entre les membres du Par­ti tech­no­lo­giste, il existe aus­si un cer­tain consen­sus : le sys­tème tech­no­lo­gique, c’est-à-dire l’essentiel de ce qui consti­tue la civi­li­sa­tion indus­trielle, doit être conser­vé. Indus­trie, tech­no­lo­gie, inno­va­tion, sont autant de vaches sacrées. Depuis la pers­pec­tive fémi­niste natu­rienne[11] qui est la nôtre, Libé­ra­tion a beau­coup en com­mun avec les « réac­tion­naires et conser­va­teurs ». Alors, qu’est-ce que ça fait d’avoir les mêmes idées que l’extrême droite ?

TERF, une injure ratée

Dès le titre de votre article, cher Maxime, cher Pierre, chère Johan­na, vous recou­rez à une injure indigne, ser­vant à jus­ti­fier le har­cè­le­ment et les vio­lences miso­gynes com­mises par des hommes hété­ro­sexuels tran­si­den­ti­fiés (et des femmes auto­mi­so­gynes tran­si­den­ti­fiées, mal­heu­reu­se­ment) à l’encontre des fémi­nistes qui rejettent les sté­réo­types sexistes (qui rejettent le genre et l’idéologie du genre) : l’appellation de TERF (Trans Exclu­sio­na­ry Radi­cal Femi­nist, soit « fémi­niste radi­cale excluant les trans »). Un men­songe de plus. Non, per­sonne n’est TERF par­mi les nôtres. Pour réfé­rer au réel de la lutte fémi­niste radi­cale (ou « cri­tique du genre ») avec un mini­mum de rigueur, il aurait fal­lu par­ler de PERF (Penis Exclu­sio­na­ry Radi­cal Femi­nist, soit « Fémi­niste radi­cale excluant les pénis »), ou de MERF (Male Exclu­sio­na­ry Radi­cal Femi­nist, soit « Fémi­niste radi­cale excluant les hommes »). Le fémi­nisme est pour les femmes, celles que cette culture de supré­ma­cisme mas­cu­lin exploite et hait à cause de leur sexe, le sexe fémi­nin, auquel a été impo­sé un ensemble d’injonctions com­por­te­men­tales, ves­ti­men­taires, éco­no­miques, conju­gales, pro­fes­sion­nelles, etc., que les fémi­nistes de la deuxième vague ont appe­lé « genre » (le « sys­tème de bica­té­go­ri­sa­tion » susmentionné).

Si nous tenons à ce que les espaces réser­vés aux femmes et aux filles (aux êtres humains de sexe fémi­nin) le demeurent, ce n’est pas pour en exclure « les trans » (caté­go­rie inco­hé­rente, fic­tive), seule­ment les hommes.

David Paternotte : mauvaise foi, mensonge, bêtise (ou les trois) ?

Pour votre article, vous faites ensuite appel au lumi­neux David Pater­notte, « maître de confé­rences en socio­lo­gie à l’u­ni­ver­si­té libre de Bruxelles ». Pauvres étu­diants bruxel­lois. David Pater­notte affirme que dans le dis­cours des pré­ten­dues TERF, on retrou­ve­rait « l’i­dée qu’il y aurait des mil­liar­daires comme George Soros qui finan­ce­raient le lob­by trans pour ser­vir leur quête de pou­voir, ce qui relève du com­plo­tisme » (les ita­liques sont nôtres). Mince alors, David, com­ment fais-tu pour être à ce point mal­hon­nête ? C’est un fait, pas une idée, que l’Open Socie­ty Foun­da­tions de George Soros finance des asso­cia­tions trans. Et ça n’a rien d’un secret. L’Open Socie­ty Foun­da­tions se vante sur son site web de « four­nir à l’activisme trans le sou­tien qu’il mérite[12] ». Mais Soros est loin d’être le seul ultra­riche à finan­cer « l’activisme trans » — c’est-à-dire le lob­bying trans.

La Human Rights Cam­pai­gn (HRC, lit­té­ra­le­ment « la Cam­pagne pour les droits humains »), la plus impor­tante asso­cia­tion de lob­bying en faveur des droits des per­sonnes LGBT (mais sur­tout T) aux États-Unis, dont l’influence s’étend éga­le­ment à l’international et dont le bud­get dépasse les 44 mil­lions de dol­lars annuels[13], est finan­cé par toutes les pires mul­ti­na­tio­nales du monde (Ame­ri­can Air­lines, Apple, The Coca-Cola Com­pa­ny, Google, Micro­soft, Pfi­zer, Nike, BP, Che­vron, Pay­pal, Ama­zon, IBM, etc.[14]). Les Prin­cipes de Jog­ja­kar­ta (qui four­nissent une pre­mière base théo­rique et juri­dique au concept inco­hé­rent de l’« iden­ti­té de genre »), sont issus d’une réunion, à l’université Gad­jah Mada de Java du 6 au 9 novembre 2006, de deux orga­nismes, la CIJ (Com­mis­sion inter­na­tio­nale de juristes) et l’ISHR (Inter­na­tio­nal Ser­vice for Human Rights, lit­té­ra­le­ment : « ser­vice inter­na­tio­nal pour les droits humains »), ain­si que d’experts en droits humains du monde entier. Les deux prin­ci­pales orga­ni­sa­tions à l’origine de ces prin­cipes, la CIJ et l’ISHR, sont finan­cées par des fonds éta­tiques (les gou­ver­ne­ments de l’Allemagne, de la Fin­lande, du Royaume-Uni, du Dane­mark, de la Nor­vège, des Pays-Bas, la Com­mis­sion euro­péenne, etc.) et capi­ta­listes (l’Open Socie­ty Foun­da­tions, entre autres fon­da­tions pri­vées). Par­mi les prin­ci­pales orga­ni­sa­tions consa­crées à la pro­mo­tion des droits trans en Europe, on retrouve l’ONG Trans­gen­der Europe (bud­get 2020 de 1 160 000 €[15]), finan­cée par les enti­tés habi­tuelles (Com­mis­sion Euro­péenne, Open Socie­ty Foun­da­tions, gou­ver­ne­ment des Pays-Bas, Conseil de l’Europe) et ILGA Europe (bud­get 2019 de 3 078 903 €[16]), éga­le­ment finan­cée par les enti­tés habi­tuelles (Com­mis­sion euro­péenne, fon­da­tions pri­vées, entreprises).

Aux États-Unis, la famille des Pritz­ker, une des plus riches du pays, finance éga­le­ment « l’activisme trans »[17], de même que le mil­liar­daire états-unien Jon Stry­ker, héri­tier d’une for­tune liée à la Stry­ker Cor­po­ra­tion (une socié­té de tech­no­lo­gie médi­cale), qui finance le déve­lop­pe­ment du trans­gen­risme au tra­vers de sa fon­da­tion Arcus[18]. Et nous pour­rions continuer.

Rien de tout cela ne relève du « com­plot ». Sim­ple­ment du capi­ta­lisme. L’« acti­visme trans » est lour­de­ment finan­cé par des ultra­riches, des fon­da­tions pri­vées d’ultrariches ou liées à d’importantes entre­prises, des mul­ti­na­tio­nales, des fonds éta­tiques. Il s’agit, encore une fois, d’un fait — et pas d’une « théo­rie du com­plot ». Et cela s’explique très sim­ple­ment par le fonc­tion­ne­ment nor­mal du capi­ta­lisme — ouver­ture de nou­veaux mar­chés, etc. Et le trans­hu­ma­nisme consti­tuant désor­mais l’horizon du capi­ta­lisme tech­no­lo­gique, cela s’explique aus­si par l’accointance idéo­lo­gique entre trans­gen­risme et trans­hu­ma­nisme, ouver­te­ment célé­brée par un des pion­niers de « l’activisme trans », Mar­tine (autre­fois Mar­tin) Roth­blatt[19]. (Cela s’explique éga­le­ment — mais en dis­cu­ter néces­si­te­rait de plus amples déve­lop­pe­ments — par l’autogynéphilie de ces hommes qui, à l’instar de Fou­cault (voir infra), cherchent à libé­rer — nor­ma­li­ser, dépa­tho­lo­gi­ser — leur sexua­li­té. Et qui, à la dif­fé­rence de Fou­cault, y parviennent.)

Foucault, Butler & Co.

Par ailleurs, Flo­rence Roche­fort, « cher­cheuse au CNRS et spé­cia­liste d’his­toire des fémi­nismes », pré­tend que la pers­pec­tive des fémi­nistes cri­tiques du genre s’oppose à tout ce que les sciences sociales ont appor­té depuis vingt, trente ans autour des études de genres. C’est encore faux. Les fémi­nistes s’opposent à l’obscurantisme post­mo­derne qui a acca­pa­ré l’analyse fémi­niste radi­cale, oui, celle-là même qui a poin­té du doigt et dénon­cé le genre comme une construc­tion socio­cul­tu­relle hié­rar­chique en haut de laquelle se trouve l’homme, peu importe sa cou­leur. Et qui sont les fameux théo­ri­ciens des « études de genre » dont se reven­diquent aujourd’hui les tran­sac­ti­vistes ? Judith But­ler, qui s’est ins­pi­rée de Michel Fou­cault, phi­lo­sophe poli­tique adu­lé en France en dépit de sa pédo­phi­lie bien moins connue chez ses com­pa­triotes, ou peut-être tran­quille­ment accep­tée. Libé­ra­tion n’était d’ailleurs pas le der­nier jour­nal à pro­mou­voir la pédo­phi­lie (nous dirions aujourd’hui « pédo­cri­mi­na­li­té »). Après tout, la France de Fou­cault est aus­si celle de Matz­neff. Pour faire bonne mesure, voi­ci un article qui le défend (en toute sin­cé­ri­té) des rumeurs de pédo­phi­lie à son encontre et que nous pour­rions renom­mer : « Michel Fou­cault n’était pas pédo­phile, il aimait juste les ado­les­cents. » Ah, bon, alors ça va.

Le jour­nal Libé­ra­tion, 5 novembre 1977, avec un des­sin pédocriminel/pédophile de Kiki Picas­so. Libé­ra­tion s’est tou­jours ran­gé du côté des droits sexuels mas­cu­lins — du droit des hommes d’abuser et d’exploiter les femmes et les enfants.

Michel Fou­cault n’a œuvré qu’à sa propre libé­ra­tion, c’est-à-dire à la libé­ra­tion de la sexua­li­té et des para­phi­lies mas­cu­lines, bien moins à la libé­ra­tion de l’homosexualité. Il n’avait cure des femmes, et s’il était aujourd’hui vivant, nul doute que son orien­ta­tion sexuelle serait jugée trans­phobe par tous les tenant·es de l’idéologie du genre.

Quant à Judith But­ler, grande papesse des études de genre, voyons ce qu’elle a à nous dire : « Le pas­sage d’un récit struc­tu­ra­liste dans lequel le capi­tal est com­pris comme struc­tu­rant les rela­tions sociales de manière rela­ti­ve­ment homo­logue à une vision de l’hé­gé­mo­nie dans laquelle les rela­tions de pou­voir sont sujettes à la répé­ti­tion, à la conver­gence et à la réar­ti­cu­la­tion a intro­duit la ques­tion de la tem­po­ra­li­té dans la réflexion sur la struc­ture, et a mar­qué le pas­sage d’une forme de théo­rie althus­sé­rienne qui prend les tota­li­tés struc­tu­relles comme objets théo­riques à une forme dans laquelle les idées sur la pos­si­bi­li­té contin­gente de la struc­ture inau­gurent une concep­tion renou­ve­lée de l’hé­gé­mo­nie comme liée aux sites et stra­té­gies contin­gents de la réar­ti­cu­la­tion du pou­voir. » Nous vous ras­su­rons, la tra­duc­tion fran­çaise est fidèle à l’original. Même Fou­cault se retourne dans sa tombe, tant il doit être embar­ras­sé. Et mal­heu­reu­se­ment, Judith But­ler a fait des petits. Son bara­tin se retrouve par­fai­te­ment dans celui que tiennent les sau­gre­nus uni­ver­si­taires qui obtiennent des diplômes dans le domaine des « gen­der stu­dies » — autre­fois appe­lé, du temps des fémi­nistes radi­cales, « women stu­dies ». Eh oui, le genre est tout d’abord venu effa­cer les femmes de l’université, avant de cher­cher (avec suc­cès) à les effa­cer à peu près par­tout, dans le lan­gage, dans la loi et jusque dans la consti­tu­tion fran­çaise.

Confusionnisme biologique

« Ce sont des dis­cours mili­tants extrê­me­ment basiques qui ne tiennent aucun compte des tra­vaux qui ont mon­tré que, y com­pris bio­lo­gi­que­ment, il n’y a pas de bica­té­go­ri­sa­tion abso­lue des sexes », pré­tend Flo­rence Roche­fort au sujet de la pers­pec­tive des fémi­nistes cri­tiques du genre. « Par exemple, on retrouve encore des réfé­rences à “X, Y” [les chro­mo­somes, ndlr] : ça fait des lustres que les bio­lo­gistes ne tra­vaillent plus uni­que­ment avec ça, mais avec une beau­coup plus grande com­plexi­té comme l’a mon­tré Anne Faus­to Ster­ling. La ques­tion n’est d’ailleurs pas que biologique. »

Anne Faus­to-Ster­ling est la bio­lo­giste des gen­der stu­dies à laquelle l’on doit la démo­cra­ti­sa­tion de la confu­sion entre les par­ties et le tout. Faus­to-Ster­ling est à l’origine de la notion du « spectre sexuel ». Elle sou­te­nait jadis qu’il exis­tait au moins 6 sexes chez le mam­mi­fère humain. Absur­di­té. Les « désordres de la dif­fé­ren­cia­tion sexuelle » (DSD) — on parle aus­si d’« ano­ma­lies du déve­lop­pe­ment sexuel » (ADS) ou d’« ano­ma­lies de la dif­fé­ren­cia­tion sexuelle », ou encore d’inter­sexua­tions — ne sont pas des sexes à part entière[20]. Le sexe reste indé­crot­ta­ble­ment binaire. Chez l’être humain, il n’existe que deux types de sys­tèmes repro­duc­teurs : le mas­cu­lin (celui des hommes) et le fémi­nin (celui des femmes). Mal­heu­reu­se­ment, les idéo­logues trans et leurs dis­ciples cré­dules répètent à l’envie les mêmes inep­ties, sou­vent en se réfé­rant aux mêmes élé­ments fal­la­cieux, comme ce gra­phique paru dans le Scien­ti­fic Ame­ri­can :

Impres­sion­nant, non ?! Toutes ces belles cou­leurs et ses rela­tions com­plexes, tous ces noms de gènes com­pli­qués : c’est bien la preuve que c’est du solide ! Eh bien, pas du tout. Mais per­met­tez-nous de sim­pli­fier. Ce que le Scien­ti­fic Ame­ri­can veut que vous voyiez :

Ce que le Scien­ti­fic Ame­ri­can veut que vous croyiez :

En effet, si vous sous­cri­vez à cette idée selon laquelle le sexe ne serait pas binaire, alors vous sous­cri­vez sans doute à l’absurdité de l’image ci-des­sus. En outre, vous ten­tez d’instrumentaliser ces per­sonnes (0,02% de la popu­la­tion[21]) qui naissent avec un trouble du déve­lop­pe­ment sexuel (une forme d’intersexuation), à cause duquel ils ou elles doivent par­fois suivre des trai­te­ments à vie (parce que les dif­fé­rents types d’intersexuation s’accompagnent par­fois de pro­blèmes de san­té, plus ou moins graves), et qui n’ont tech­ni­que­ment rien à voir avec l’idéologie (trans)genre, ain­si que diverses asso­cia­tions de défense des per­sonnes inter­sexuées le rap­pellent régu­liè­re­ment[22]. La pré­ten­due com­plexi­té qu’invoquent les idéo­logues de la non-bina­ri­té du sexe afin de sug­gé­rer qu’il existe d’innombrables sexes, ou toutes sortes de choses étranges, n’est qu’une mys­ti­fi­ca­tion idéologique.

Au pas­sage : Faus­to-Ster­ling est peut-être en train de chan­ger d’avis. Dans la pré­sen­ta­tion d’une confé­rence à venir (le 29 sep­tembre pro­chain), elle explique qu’elle consi­dère désor­mais que nous devrions com­plè­te­ment aban­don­ner l’idée d’« iden­ti­té de genre ».

DARVO

Après avoir affir­mé qu’il n’y avait pas « de bica­té­go­ri­sa­tion abso­lue des sexes » — for­mule ambigüe per­met­tant de sug­gé­rer qu’il existe peut-être bien deux sexes, mais aus­si peut-être une mul­ti­tude de sexes, afin de ne pas avoir l’air de trop nier des réa­li­tés élé­men­taires —, et que la bio­lo­gie se carac­té­ri­se­rait par une « beau­coup plus grande com­plexi­té » que ce que sou­tiennent les fémi­nistes cri­tiques du genre avec leurs « dis­cours mili­tants extrê­me­ment basiques », Flo­rence Roche­fort, sans expli­ci­ter quoi que ce soit, avance promp­te­ment que de toute façon « la ques­tion n’est […] pas que bio­lo­gique » — hop, on passe à autre chose — puisqu’elle est aus­si celle de « nou­velles liber­tés acquises de choi­sir son genre. Ces dis­cours trans­phobes se veulent des paroles de véri­té avec la seule légi­ti­mi­té du nombre de followers. »

Un bel exemple de DARVO (acro­nyme anglais pour Deny, Attack, and Reverse Vic­tim and Offen­der, soit « nier, atta­quer et inver­ser la vic­time et l’a­gres­seur », ce qui don­ne­rait l’acronyme NAIVA, en fran­çais). D’abord, d’où sort cette accu­sa­tion de pho­bie ? Nous nous oppo­sons poli­ti­que­ment aux zéla­teurs du trans­gen­risme, de manière argu­men­tée. Le fait que vous occul­tiez nos argu­ments, les pré­sen­tiez n’importe com­ment ou nous en prê­tiez qui ne sont pas les nôtres de façon à com­battre des épou­van­tails ne signi­fie aucu­ne­ment que nous sommes pho­biques, sim­ple­ment que vous êtes idiots. Et quel est cet étrange argu­ment du « nombre de fol­lo­wers » ? Vous avez infi­ni­ment plus voix au cha­pitre que nous. Les médias de masse relaient aveu­glé­ment le dis­cours des égé­ries tran­sac­ti­vistes. Si cer­taines fémi­nistes acceptent de paraitre dans des médias de droite, c’est parce que tous les médias (sup­po­sé­ment) pro­gres­sistes ou (sup­po­sé­ment) alter­na­tifs adhèrent à l’idéologie trans­genre ultra­li­bé­rale et refusent de les entendre, de leur per­mettre de s’exprimer, lorsqu’ils n’agissent pas en par­faits agres­seurs en leur récla­mant un entre­tien APRÈS les avoir copieu­se­ment calomniées.

Dora Moutot et Marguerite Stern ne sont pas nos représentantes

Dora et Mar­gue­rite peuvent effec­ti­ve­ment avoir des idées ou des accoin­tances dou­teuses. Le choix d’accepter de par­ler aux médias de droite, par exemple, ne fait pas l’unanimité par­mi les fémi­nistes ou par­mi les asso­cia­tions de parents ou de LGB (sans le T) cri­tiques du (trans)genrisme. Casas­no­vas est à maints égards pro­blé­ma­tique, ne serait-ce que par sa miso­gy­nie crasse et les pra­tiques dan­ge­reuses qu’il conseille aux femmes. Quoi qu’il en soit, il s’agit une fois encore d’une ten­ta­tive de déshon­neur par asso­cia­tion, d’une ten­ta­tive de décré­di­bi­li­ser des cri­tiques solides et sour­cées par une vul­gaire stra­té­gie de médisance.

« Panique morale » : c’est celui qui le dit qui l’est

Inévi­ta­ble­ment, il fal­lait que vous invo­quiez le non-argu­ment de la « panique morale ». Dans un conflit poli­tique, l’adversaire peut tou­jours être accu­sé de faire montre d’une « panique morale », pour la rai­son qu’un conflit poli­tique est un conflit « moral », dans le sens de ce « qui concerne les règles ou prin­cipes de conduite […] dans une socié­té don­née ». Il est ridi­cu­le­ment facile, idiot et absurde de taxer tous ceux qui sont en désac­cord avec soi de l’être en rai­son d’une « panique morale ». Nous pour­rions très bien vous accu­ser, vous la gauche trans (la droite ?), de réagir à nos cri­tiques argu­men­tées par une « panique morale ». Cela expli­que­rait très bien pour­quoi vous recou­rez à tous les sophismes et tous les men­songes pour ten­ter de dis­cré­di­ter les fémi­nistes cri­tiques du genre. La manière que vous avez de dia­bo­li­ser des femmes, de fabri­quer des sor­cières (des pho­biques, des femmes aux com­por­te­ments pré­ten­du­ment irra­tion­nels), n’est-ce pas le signe d’une « panique morale » ?

Et d’autres inversions de réalité

« Chez ces fémi­nistes, l’ou­trance peut aller jusque l’in­vec­tive, l’in­sulte et le dis­cré­dit des per­sonnes trans », écri­vez-vous. Encore une stu­pé­fiante inver­sion de réa­li­té. Sur inter­net, tout le monde sait et voit que les acti­vistes trans font preuve d’une agres­si­vi­té sans limite, recou­rant machi­na­le­ment à l’injure, l’insulte, la menace, contre toutes celles et ceux qui osent ques­tion­ner le sys­tème de croyances trans. Même les détran­si­tion­neurs et détran­si­tion­neuses ont peur de s’exprimer à cause d’eux, par crainte de se voir mena­cés, har­ce­lés. Tous les détran­si­tion­neurs et toutes les détran­si­tion­neuses qui se sont expri­mées publi­que­ment ont reçu des injures, des menaces. Il ne fait pas bon être un héré­tique à l’heure de la reli­gion trans­genre. Et ce sont des fémi­nistes, dites « TERF », qui se retrouvent régu­liè­re­ment mena­cées de licen­cie­ment, pour­sui­vies en jus­tice, voire licen­ciées pour leurs opi­nions — même si plu­sieurs ont rem­por­té leurs pro­cès[23]. J’ai fait moi-même (Audrey) l’expérience de ce har­cè­le­ment sur Twit­ter, de la part d’individus qui ret­weetent mes articles sans les lire (ayant trop peur de les lire), accom­pa­gnés de calom­nies et d’injures. Par ailleurs, nous ne comp­tons plus le nombre de mes­sages pri­vés que nous rece­vons, sur tous les réseaux sociaux, de la part de per­sonnes nous confiant plus ou moins la même chose, à savoir qu’elles nous lisent avec atten­tion, mais n’osent pas nous sou­te­nir publi­que­ment ou par­ta­ger nos cri­tiques pour la rai­son qu’elles sont confron­tées, dans leur vie quo­ti­dienne et leur tra­vail, à la viru­lente hégé­mo­nie des idées trans et qu’elles sont ter­ro­ri­sées à l’i­dée de subir les déver­se­ments de haine et l’ostracisme que nous subis­sons en rai­son de nos prises de position.

À notre connais­sance, un seul appel au meurtre est tolé­ré par les auto­ri­tés. Celui des pré­ten­dues TERF. Appe­ler au meurtre de ces fémi­nistes cri­tiques du trans­gen­risme, vendre des vête­ments (t‑shirts, sweat-shirts) flo­qués de cet appel au meurtre, est  vrai­sem­bla­ble­ment accep­table et accepté.

Enfin, après le déshon­neur par asso­cia­tion, la calom­nie, la ten­ta­tive de faire pas­ser les vic­times pour les agres­seurs, l’inversion de réa­li­té se pour­suit avec une ten­ta­tive de faire pas­ser les agres­seurs pour les vic­times. Recours au pathos, donc (et plus pré­ci­sé­ment au sophisme de l’argu­men­tum ad mise­ri­cor­diam, un para­lo­gisme qui « consiste à plai­der des cir­cons­tances par­ti­cu­lières qui sus­ci­te­ront de la sym­pa­thie pour une cause ou une per­sonne et à invi­ter à conclure que, pour cette rai­son, les habi­tuels cri­tères éva­lua­tifs ne sau­raient s’ap­pli­quer — ou du moins ne sau­raient s’ap­pli­quer dans toute leur rigueur[24] »). Ila­na Eloit pré­tend que les per­sonnes dites « trans » feraient « par­tie des per­sonnes les plus vul­né­rables, les plus sujettes aux vio­lences, à la pré­ca­ri­té éco­no­mique ». Non seule­ment est-ce inexact, mais il se trouve en plus que l’inverse est vrai[25] (d’après les sta­tis­tiques cri­mi­nelles du Royaume-Uni ou encore d’autres esti­ma­tions[26]). Mani­pu­la­tion émo­tion­nelle et men­songe, donc. En outre, que l’affirmation d’Ilana Eloit soit vraie ou pas ne devrait pas nous empê­cher de ques­tion­ner la cohé­rence et les effets des idées qui consti­tuent le sys­tème de croyances appe­lé « tran­si­den­ti­té » ou « (trans)genrisme ». Sys­tème qui pour­rait bien, d’ailleurs, nuire aux prin­ci­paux « concer­nés ». Ce ne serait pas la pre­mière fois qu’on ver­rait un ensemble d’individus adhé­rer à des idées leur étant pré­ju­di­ciables : nous nous sou­ve­nons du mot d’Isabelle Alon­so au sujet des femmes qui sou­tiennent Zem­mour : les dindes avec la rôtis­se­rie.

Au final, le média pour lequel vous tra­vaillez, Libé­ra­tion, est fidèle à lui-même en publiant votre épou­van­table article. Il œuvre sur­tout en faveur du « mou­ve­ment pour les droits des hommes », c’est-à-dire en faveur de l’expansion patriar­cale des pré­ro­ga­tives d’hommes miso­gynes et vio­lents, cher­chant à tout acca­pa­rer et contrô­ler, et sur­tout les espaces et les corps des femmes. Comme les mas­cu­li­nistes des lumières avant eux, c’est dans le lan­gage et la loi qu’ils pro­cèdent à l’effacement des femmes afin de les conser­ver où ils le dési­rent. Sous leur contrôle.

Audrey A. & Nico­las Casaux


  1. https://genere.hypotheses.org/532
  2. Shei­la Jef­freys, Gen­der Hurts : A femi­nist ana­ly­sis of the poli­tics of trans­gen­de­rism (2014)
  3. Shei­la Jef­freys, Gen­der Hurts : A femi­nist ana­ly­sis of the poli­tics of trans­gen­de­rism (2014)
  4. https://grandirtrans.fr/2021/03/23/petit-lexique-sur-la-transidentite/
  5. https://www.canada.ca/fr/ministere-justice/nouvelles/2016/05/identite-de-genre-et-expression-de-genre.html
  6. https://questionsexualite.fr/connaitre-son-corps-et-sa-sexualite/la-diversite-de-genre/qu-est-ce-que-l-identite-de-genre
  7. https://www.partage-le.com/2022/08/08/le-transgenrisme-ou-comment-le-sexisme-pousse-des-jeunes-a-mutiler-leurs-corps-sains-par-audrey-a-et-nicolas-casaux/
  8. https://www.partage-le.com/2022/08/08/le-transgenrisme-ou-comment-le-sexisme-pousse-des-jeunes-a-mutiler-leurs-corps-sains-par-audrey-a-et-nicolas-casaux/
  9. https://www.partage-le.com/2022/09/10/arret-sur-images-un-media-poubelle-comme-les-autres-par-audrey‑a/
  10. En effet, en Iran, le trans­sexua­lisme a été adou­bé il y a plu­sieurs décen­nies, depuis une fat­wa de l’ayatollah Kho­mei­ny, pour la rai­son qu’il per­met de sup­pri­mer l’homosexualité.
  11. https://www.partage-le.com/2022/01/29/leur-ecologie-et-la-notre-technologistes-contre-naturiens-par-nicolas-casaux/
  12. https://www.opensocietyfoundations.org/voices/giving-trans-activism-support-it-deserves
  13. https://hrc-prod-requests.s3-us-west‑2.amazonaws.com/HRC-990-FY20.pdf
  14. https://www.hrc.org/about/corporate-partners
  15. https://tgeu.org/wp-content/uploads/2018/06/TGEU_ActivityReport-1618.pdf
  16. https://www.ilga-europe.org/who-we-are/how-we-are-funded
  17. https://philanthropynewsdigest.org/news/jennifer-pritzker-donates-2-million-for-transgender-studies ou : https://www.nationalreview.com/corner/the-money-behind-the-transgender-movement/
  18. https://www.arcusfoundation.org/arcus-novo-foundation-announce-groundbreaking-philanthropy-initiative-to-improve-lives-of-transgender-people/
  19. https://www.partage-le.com/2021/01/25/martine-rothblatt-un-des-peres-fondateurs-du-transgenrisme-et-fervent-transhumaniste-par-jennifer-bilek/
  20. https://www.partage-le.com/2022/08/25/il-nexiste-que-deux-sexes-et-vous-devriez-le-savoir-par-nicolas-casaux/
  21. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12476264/
  22. https://isna.org/faq/transgender/
  23. Comme Maya Fors­ta­ter : https://www.marianne.net/monde/europe/au-royaume-uni-critiquer-la-notion-de-genre-nest-plus-un-motif-de-licenciement
  24. (http://ici.radio-canada.ca/emissions/dessine_moi_un_dimanche/2014–2015/la_chasse_aux_sophismes_inspiration.asp)
  25. https://terfestuneinsulte.wordpress.com/2022/09/02/ni-marginalises-ni-maltraites-ni-vulnerables/, voir aus­si cette vidéo du fou allié : https://www.youtube.com/watch?v=ZGGRV4QWCQA
  26. https://radcaen.fr/index.php/2021/12/01/les-chiffres-de-la-journee-du-souvenir-trans-2021/

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