La pornographie, voilà à quoi ressemble la fin du monde (par Chris Hedges)

Article ori­gi­nal publié en anglais sur le site de Tru­th­dig, le 15 février 2015. 


BOSTON — Cin­quante nuances de Grey, le livre, aus­si bien que le film, consti­tue une glo­ri­fi­ca­tion du sadisme qui domine qua­si­ment tous les aspects de la culture amé­ri­caine et qui est au centre de la por­no­gra­phie et du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé. Il célèbre la déshu­ma­ni­sa­tion des femmes. Il se fait le cham­pion d’un monde dépour­vu de com­pas­sion, d’empathie et d’a­mour. Il éro­tise le pou­voir hyper­mas­cu­lin à l’o­ri­gine des abus, des dégra­da­tions, des humi­lia­tions et des tour­ments des femmes dont les per­son­na­li­tés ont été sup­pri­mées, dont le seul désir est de s’a­vi­lir au ser­vice de la luxure mâle. À l’ins­tar d’Ame­ri­can Sni­per, le film accepte incon­di­tion­nel­le­ment un monde pré­da­teur où le faible et le vul­né­rable sont les objets de l’ex­ploi­ta­tion tan­dis que les puis­sants sont des demi-dieu vio­lents et nar­cis­siques. Il bénit l’en­fer capi­ta­liste comme natu­rel et bon.

« La por­no­gra­phie », écrit Robert Jen­sen, « voi­là à quoi res­semble la fin du monde. »

Nous sommes aveu­glés par un délire auto­des­truc­teur. Une myriade de diver­tis­se­ments et de spec­tacles, com­pre­nant émis­sions de télé « réa­li­té », grands évè­ne­ments spor­tifs, médias sociaux, por­no (au moins deux fois plus lucra­tif que les films hol­ly­woo­diens), pro­duits de luxe, drogues, alcools et Jésus magique, nous offrent de sédui­santes échap­pa­toires à la réa­li­té. Nous rêvons d’être riches, puis­sants et célèbres. Quant à ceux que nous devons écra­ser afin de construire nos pathé­tiques petits empires, nous consi­dé­rons qu’ils méritent leurs sorts. Le fait que la qua­si-tota­li­té d’entre nous n’at­tein­dra jamais la féli­ci­té pro­mise est emblé­ma­tique de notre auto-illu­sion­ne­ment col­lec­tif et de l’ef­fi­ca­ci­té de cette culture de mani­pu­la­tions et de mensonges.

Le por­no cherche à éro­ti­ser le sadisme. Dans le por­no, les femmes sont payées pour répé­ter des man­tras tels que : « Je suis une chatte. Je suis une salope. Je suis une pute. Je suis une putain. Baise-moi vio­lem­ment avec ta grosse bite. » Elles implorent qu’on les abuse phy­si­que­ment. Le por­no valide des sté­réo­types racistes dégra­dants. Les hommes noirs sont des bêtes sexuelles puis­santes har­ce­lant les femmes blanches. Les femmes noires sont avides de luxure brute, pri­mi­tives. Les femmes lati­nos sont sen­suelles et ont le sang chaud. Les femmes asia­tiques sont des gei­shas dociles, sexuel­le­ment sou­mises. Dans le por­no, les imper­fec­tions humaines n’existent pas. Les poi­trines sili­co­nées déme­su­rées, les lèvres pul­peuses gon­flées de gel, les corps sculp­tés par des chi­rur­giens plas­tiques, les érec­tions médi­ca­le­ment assis­tées qui ne cessent jamais et les régions pubiennes rasées — qui relèvent de la pédo­phi­lie — réduisent les exé­cu­tants à des mor­ceaux de plas­tique. L’o­deur, la trans­pi­ra­tion, l’ha­leine, les bat­te­ments du cœur et le tou­cher sont effa­cés, tout comme la ten­dresse. Les femmes, dans le por­no, sont des mar­chan­dises condi­tion­nées, des pou­pées de plai­sir et des marion­nettes sexuelles. Elles sont pri­vées de leurs véri­tables émo­tions. Le por­no n’a rien à voir avec le sexe, si l’on défi­nit le sexe comme une rela­tion mutuelle entre deux par­te­naires, mais relève de la mas­tur­ba­tion, de l’auto-excitation soli­taire, dénuée d’in­ti­mi­té et d’a­mour. Le culte du moi — qui est l’es­sence du por­no — est au cœur de la culture capi­ta­liste. Le por­no, comme le capi­ta­lisme mon­dia­li­sé, c’est là que les êtres humains sont envoyés pour mourir.

Quelques per­sonnes, à gauche, sai­sissent l’im­mense dan­ger que consti­tue la por­no­gra­phie pour l’in­ti­mi­té, le sexe et l’a­mour. Mal­heu­reu­se­ment, dans son ensemble, la gauche estime que la por­no­gra­phie relève de la liber­té d’ex­pres­sion. S’il est inac­cep­table d’ex­ploi­ter finan­ciè­re­ment et d’a­bu­ser phy­si­que­ment une femme dans une usine en Chine, le faire sur un lieu de tour­nage d’un film por­no est appa­rem­ment accep­table. Si la tor­ture à Abu Ghraib — où des pri­son­niers furent humi­liés sexuel­le­ment et abu­sés comme dans un tour­nage por­no — est into­lé­rable, elle est tolé­rable sur des sites de por­no­gra­phies commerciaux.

Une nou­velle vague de fémi­nistes, tra­his­sant l’ou­vrage emblé­ma­tique de fémi­nistes radi­cales comme Andrea Dwor­kin, sou­tiennent que le por­no est une forme de libé­ra­tion sexuelle et d’au­to­no­mi­sa­tion. Ces « fémi­nistes », qui s’appuient sur Michel Fou­cault et Judith But­ler, sont les pro­duits attar­dés du néo­li­bé­ra­lisme et du post­mo­der­nisme. Le fémi­nisme, pour eux, ne relève plus de la libé­ra­tion de la femme oppri­mée ; il s’incarne dans une poi­gnée de femmes riches et puis­santes — où, comme c’est le cas dans Cin­quante nuances de Grey, dans les femmes capables d’accaparer un homme puis­sant et riche. C’est une femme qui a écrit le livre Cin­quante nuances de Grey, ain­si que le scé­na­rio du film. C’est une femme qui a réa­li­sé le film. C’est la diri­geante d’un stu­dio qui l’a ache­té. Cette col­lu­sion de femmes illustre l’in­ter­na­li­sa­tion de l’op­pres­sion et de la vio­lence sexuelle, qui sont au cœur du por­no. Dwor­kin l’a­vait com­pris. Elle avait écrit que « la nou­velle por­no­gra­phie est un vaste cime­tière où la Gauche est allée mou­rir. La Gauche ne peut avoir ses pros­ti­tuées et leurs politiques. »

J’ai ren­con­tré Gail Dines, l’une des fémi­nistes radi­cales les plus célèbres du pays, dans un petit café à Bos­ton mar­di. Elle est l’au­teur de Porn­land : Com­ment le por­no a enva­hi nos vies (Porn­land : How Porn Has Hija­cked Our Sexua­li­ty) et est pro­fes­seure de socio­lo­gie et d’é­tudes fémi­nines à l’u­ni­ver­si­té de Whee­lock. Dines, ain­si qu’une poi­gnée d’autres, dont Robert Jen­sen, dénoncent cou­ra­geu­se­ment une culture aus­si dépra­vée que la Rome de Caligula.

« L’in­dus­trie du por­no a détour­né la sexua­li­té d’une culture tout entière, et dévaste toute une géné­ra­tion de gar­çons », nous aver­tit elle. « Et quand vous rava­gez une géné­ra­tion de gar­çons, vous rava­gez une géné­ra­tion de filles. »

« Quand vous com­bat­tez le por­no, vous com­bat­tez le capi­ta­lisme mon­dia­li­sé », affirme-t-elle. « Les inves­tis­seurs en capi­tal-risque, les banques, les com­pa­gnies de carte de cré­dit sont tous impli­qués dans ce busi­ness. C’est pour­quoi vous ne voyez jamais d’his­toires anti­por­no. Les médias sont aus­si impli­qués. Ils sont finan­ciè­re­ment liés à ces com­pa­gnies. Le por­no fait par­tie de tout ceci. Le por­no nous dit que nous n’a­vons plus rien d’hu­mains — limite, inté­gri­té, désir, créa­ti­vi­té et authen­ti­ci­té. Les femmes sont réduites à trois ori­fices et deux mains. Le por­no s’inscrit dans la des­truc­tion capi­ta­liste de l’in­ti­mi­té et de l’in­ter­dé­pen­dance, et cela inclut la dépen­dance à la Terre. Si nous étions une socié­té d’êtres plei­ne­ment humains, for­mant de véri­tables com­mu­nau­tés, nous ne sup­por­te­rions pas de regar­der du por­no. Nous ne sup­por­te­rions pas de regar­der un autre être humain se faire torturer. »

« Pour concen­trer l’immense majo­ri­té des richesses dans une petite poi­gnée de mains, il vous faut un bon sys­tème idéo­lo­gique, en mesure de légi­ti­mer la souf­france éco­no­mique des autres », explique-t-elle. « Et c’est ce que fait le por­no. Le por­no vous dit que l’i­né­ga­li­té maté­rielle entre femmes et hommes n’est pas le pro­duit de ce sys­tème éco­no­mique. Qu’elle relève de la bio­lo­gie. Car les femmes, n’é­tant que des putes et des salopes à bai­ser, ne méritent pas l’é­ga­li­té com­plète. Le por­no c’est le porte-voix idéo­lo­gique qui légi­ti­mise notre sys­tème maté­riel d’i­né­ga­li­tés. Le por­no est au patriar­cat ce que les médias sont au capitalisme. »

Afin de garan­tir l’excitation conti­nue d’innombrables mâles faci­le­ment ennuyés, les réa­li­sa­teurs de por­no pro­duisent des vidéos de plus en plus vio­lentes et avi­lis­santes. Extreme Asso­ciates, qui se spé­cia­lise dans les scènes réa­listes de viols, ain­si que JM Pro­duc­tions, mettent en avant les souf­frances bien réelles endu­rées par les femmes sur leurs pla­teaux. JM Pro­duc­tions est un pion­nier des vidéos de « baise orale agres­sive » ou de « baise faciale », à l’image de leur série inti­tu­lée « Étouf­fe­ments en série », dans laquelle des femmes s’é­touffent et vomissent sou­vent. Cela se ter­mine par des « tour­noie­ments » : après le sexe, l’homme enfonce la tête de la femme dans les toi­lettes puis tire la chasse. La com­pa­gnie pro­met : « toutes les putes subissent le trai­te­ment tour­noyant. Baise-la, puis tire la chasse ». Les péné­tra­tions anales répé­tées et vio­lentes génèrent des pro­lap­sus anaux, une patho­lo­gie qui fait s’ef­fon­drer les parois internes du rec­tum de la femme, qui dépassent de son anus. Cela s’appelle le « rose­bud­ding » (« flo­rai­son d’une rose »). Cer­taines femmes, péné­trées à de mul­tiples reprises, bien sou­vent après avoir ava­lé des poi­gnées d’a­nal­gé­siques, par nombre d’hommes lors de tour­nages por­nos, subissent par la suite des opé­ra­tions de chi­rur­gie recons­truc­trices anales et vagi­nales. Les femmes peuvent être affec­tées par des mala­dies sexuel­le­ment trans­mis­sibles et des troubles de stress post-trau­ma­tique (TSPT). Et avec l’immixtion du por­no dans la culture grand public — cer­tains par­ti­ci­pants de vidéos por­no­gra­phiques sont trai­tés comme des célé­bri­tés dans des émis­sions comme celles d’O­prah et d’Ho­ward Stern — le com­por­te­ment pro­mu par le por­no, dont le strip-tease, le sexe com­pul­sif, le sado­ma­so­chisme et l’ex­hi­bi­tion, deviennent chic. Le por­no défi­nit aus­si les stan­dards de beau­té et de com­por­te­ments de la femme. Ce qui a des consé­quences ter­ribles pour les filles.

« Notre socié­té expliquent aux femmes qu’elles ont deux options », me dit Gail Dines. « Elles sont soit bai­sables soit invi­sibles. Être bai­sable, c’est se confor­mer à la culture du por­no, avoir l’air sexy, être sou­mise et faire ce que veut l’homme. C’est la seule façon d’être visible. Vous ne pou­vez pas deman­der aux filles ado­les­centes, qui aspirent plus que tout à se faire remar­quer, de choi­sir l’invisibilité. »

Rien de tout ça, sou­ligne Dines, n’est un acci­dent. Le por­no est un pro­duit de la culture de la mar­chan­dise, du besoin capi­ta­liste de vendre des produits.

« Dans l’Amérique d’a­près la Seconde Guerre mon­diale, on observe l’é­mer­gence d’une classe moyenne avec un reve­nu dis­po­nible », explique-t-elle. « Le seul pro­blème c’est que ce groupe est né de parents ayant connu la dépres­sion et la guerre. Ils ne savaient pas com­ment dépen­ser. Ils ne savaient qu’é­co­no­mi­ser. Ce dont [les capi­ta­listes] avaient besoin pour faire croître l’é­co­no­mie, c’é­tait de gens prêts à dépen­ser leur argent en ache­tant des choses dont ils n’a­vaient pas besoin. Pour les femmes, ils ont créé les séries télé­vi­sées. Une des rai­sons pour les­quelles les mai­sons style ranch furent déve­lop­pées, c’é­tait parce que [les familles] n’a­vaient qu’une seule télé­vi­sion. La télé­vi­sion était dans le salon, et les femmes pas­saient beau­coup de temps dans la cui­sine. Il fal­lait donc divi­ser la mai­son de façon à ce qu’elles puissent regar­der la télé­vi­sion depuis la cui­sine. Afin qu’elles puissent être édu­quées [condi­tion­nées, par la télé­vi­sion, NdT] ».

« Mais qui appre­nait aux hommes à dépen­ser leur argent ? », conti­nue-t-elle. « Play­boy [le maga­zine]. Ce fut le génie de Hugh Hef­ner. Il com­prit qu’il ne suf­fi­sait pas de mar­chan­di­ser la sexua­li­té, mais qu’il fal­lait sexua­li­ser les mar­chan­dises. Play­boy ne pro­met­tait pas les filles où les femmes, Play­boy pro­met­tait que si vous ache­tiez suf­fi­sam­ment, si vous consom­miez au niveau sug­gé­ré par le maga­zine, alors vous auriez la récom­pense, à savoir les femmes. L’é­tape cru­ciale, c’était la consom­ma­tion de mar­chan­dises. Il a incor­po­ré le por­no, qui sexua­li­sait et mar­chan­di­sait le corps des femmes, dans l’image de la classe moyenne. Il lui a don­né un ver­nis de respectabilité. »

Le VCR, le DVD et, plus tard, Inter­net, ont per­mis au por­no de s’introduire dans les foyers. Les images fixes et sati­nées de Play­boy, Pen­thouse et Hust­ler per­dirent de leur éclat. L’Amérique, comme le monde entier, ou presque, se por­ni­fia. Les reve­nus de l’in­dus­trie du mon­diale du por­no sont esti­més à 96 mil­liards de dol­lars, le mar­ché des USA comp­tant pour envi­ron 13 mil­liards. Il y a, écrit Dines, « 420 mil­lions de pages por­no sur inter­net, 4.2 mil­lions de sites web por­no, et l’on dénombre 68 mil­lions de recherches por­nos par jour. »

Paral­lè­le­ment à la crois­sance de la por­no­gra­phie, on observe une explo­sion des vio­lences liées au sexe, y com­pris des abus domes­tiques, des viols et des viols en réunion. Un viol est signa­lé toutes les 6,2 minutes aux USA, mais le total esti­mé, qui prend en compte les assauts non-rap­por­tés, est sans doute cinq fois plus éle­vé, comme le sou­ligne Rebec­ca Sol­nit dans son livre Men Explain Things to Me (« Les hommes m’ex­pliquent des choses »).

« Beau­coup d’hommes assas­sinent leurs par­te­naires ou anciennes par­te­naires, on compte bien plus de 1000 homi­cides de ce type chaque année — ce qui signi­fie que tous les trois ans, le nombre de morts que cela génère dépasse le nombre de morts du 11-sep­tembre. Mais per­sonne ne déclare la guerre contre ce ter­ro­risme-là », écrit Solnit.

En atten­dant, le por­no est de plus en plus acces­sible. « Grâce au télé­phone mobile vous pou­vez four­nir du por­no aux hommes qui vivent dans les zones den­sé­ment peu­plées du Bré­sil et de l’Inde », explique Dines. « Avec seule­ment un seul ordi­na­teur por­table dans la famille, l’homme ne peut pas s’as­soir au milieu du salon et se mas­tur­ber. Avec un télé­phone, le por­no devient por­table. L’en­fant moyen consomme son por­no sur son télé­phone mobile. »

L’an­cienne indus­trie du por­no, qui engran­geait de l’argent grâce aux films, est morte. Les firmes de la pro­duc­tion n’engrangent plus la majeure par­tie des pro­fits. Ce sont les dis­tri­bu­teurs qui s’engraissent. Et notam­ment, Mind­Geek, une com­pa­gnie mon­diale d’in­for­ma­tique, qui domine la dis­tri­bu­tion du por­no. Sur inter­net, le por­no gra­tuit sert d’appât pour une socié­té comme Mind­Geek, qui cherche à atti­rer les spec­ta­teurs vers des sites de pay-per-view (« paie­ment à la séance » ou « télé­vi­sion à la carte »). La plu­part des uti­li­sa­teurs de ces sites sont des ado­les­cents. C’est comme « dis­tri­buer des ciga­rettes à la sor­tie du col­lège », explique Dines. « Vous les ren­dez accrocs. »

« Autour de 12 à 15 ans, vous déve­lop­pez vos com­por­te­ments sexuels », explique-t-elle. « Vous attra­pez [les gar­çons] quand ils construisent leurs iden­ti­tés sexuelles. Vous les mar­quez à vie. Si vous com­men­cez par vous mas­tur­ber devant du por­no cruel et violent, alors vous n’al­lez pas recher­cher inti­mi­té et connec­ti­vi­té. Les études montrent que les gar­çons s’intéressent de moins en moins au sexe avec de véri­tables femmes. Ils ne par­viennent pas à main­te­nir des érec­tions avec des vraies femmes. Dans le por­no, il ne s’agit pas de “faire l’a­mour”. Il s’a­git de “faire la haine”. Il la méprise. Elle le dégoute et le révolte. Si vous extir­pez l’a­mour, il vous faut bien le rem­pla­cer par quelque chose pour gar­der le tout inté­res­sant. D’où la vio­lence, la dégra­da­tion, la cruau­té et la haine. Mais ça aus­si, cela finit par être ennuyeux. Il faut sans cesse sur­en­ché­rir. Les hommes prennent leur pied, dans le por­no, lorsque les femmes sont sou­mises. Qui est plus sou­mis que les enfants ? Le por­no ouvre inévi­ta­ble­ment la voie au por­no infan­tile. C’est pour­quoi les orga­ni­sa­tions qui com­battent le por­no infan­tile sans com­battre le por­no adulte font une grave erreur. »

L’a­bus inhé­rent à la por­no­gra­phie n’est pas remis en ques­tion par la majo­ri­té des hommes et des femmes. Regar­dez les entrées du film Cin­quante nuances de Grey, sor­ti la veille de la Saint Valen­tin, et qui pré­voit d’en­gran­ger plus de 90 mil­lions de dol­lars sur ce week-end de quatre jours (qui com­prend la Jour­née du Pré­sident de ce lundi).

« La por­no­gra­phie a socia­li­sé une géné­ra­tion d’hommes au vision­nage de tor­tures sexuelles », explique Dines. « Vous n’êtes pas né avec cette capa­ci­té. Vous devez être condi­tion­né pour cela. Tout comme on condi­tionne les sol­dats afin qu’ils tuent. Pour pou­voir être violent envers un groupe, vous devez d’a­bord le déshu­ma­ni­ser. C’est une vieille méthode. Les juifs deviennent des you­pins. Les Noirs des nègres. Les femmes des salopes. Et rien ne réduit les femmes au rang de salopes mieux que le porno. »

Chris Hedges


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

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  1. C’est son opi­nion, dom­mage que la per­sonne qui a écrit l’ar­ticle voit le monde qu’en deux lumières…

    Noir et Blanc. Pas éton­nant que les 50 nuances de  » GRIS  » lui échappe. Cin­quante Nuances de Grey, n’est pas un film/ livre por­no, il est déran­geant par endroits, mais il n’est pas por­no. C’est avant tout une his­toire entre une femme per­due et un homme bri­sé qui tout deux vont essayer avec un brin d’es­poir de se concor­der ensemble ( néga­tif ) pour en faire res­sor­tir quelque chose de mieux ( posi­tif )… Les his­toires sont que le reflet de NOS propres failles, de nos propres blessures…

    Elles servent au contraire à mon­trer que l’hu­main n’est pas que tout noir où tout blanc, il a une palette de cou­leur et qu’il est pos­sible de gar­der espoir et de tou­jours s’a­mé­lio­rer car oui tout est pos­sible dans la vie, cer­tains récits incroyable sur le genre humain le démontre bien et c’est ce que cette saga consciem­ment où incons­ciem­ment a mis en lumière ( au delà de l’as­pect éro­tique qui lui plaît où pas peu importe )

    M’en­fin ne confon­dons pas Por­no où ce qui est mis en avant est juste LA dégra­da­tion pri­maire, pri­mi­tive entre une femme et un homme et des films  » déran­geants  » parce qu’ils ne sont pas uni­que­ment tout blanc… Il y’a beau­coup de drames humains qui apportent de belle leçon au final d’empathie et de com­pré­hen­sion à nous de voir ces sub­ti­li­té plu­tôt que de s’ar­rê­ter à son bout du nez… 

    Si Cin­quante Nuances de Grey était de la dégra­da­tion pure, sans aucun mes­sage der­rière de posi­tif, juste de l’a­bus de l’a­ni­ma­li­té, des choses dégueu­lasses, je ne l’au­rais pas aimé.

    1. Bon­jour Alexan­dra, laisse moi te dire que cet article est un constat et ce constat si tu veux le sai­sir dans toute sa glo­ba­li­té il te faut com­prendre et res­sen­tir le concept de la gre­nouille, plon­gé dans un réci­pient d’eau froide que l’on sou­met petit à petit au feu. C’est à dire que l’eau se chauffe dou­ce­ment mais sur­ement et sans que la gre­nouille ne puisse s’en rendre compte puisque l’eau ne change pas bru­ta­le­ment de tem­pé­ra­ture. Donc sur une cer­taine durée la gre­nouille va finir par brû­ler si elle ne prends pas conscience de la super­che­rie dans laquelle elle se trouve ! Bien main­te­nant pla­çons l’homme dans une pièce (cine­ma, salon de Tv…), une pièce sem­blable à un bocal ou est dif­fu­ser film, émis­sion… retra­çons sur une durée pré­cise l’his­toire du cine­ma, des médias dans toute leur forme et la soi disante évo­lu­tion cultu­relle de l’homme depuis les debuts ( depuis 100 ans on va dire ^^) Essaye de voir avec toute ta sen­si­bi­li­té et faire jouer sa sen­si­bi­li­té c’est ce dont on a besoin pour res­sen­tir ce qui est entrain de se pas­ser actuel­le­ment, les medias ne font qu’empirer l’i­mage de l’homme et de la femme au fur et à mesure des décen­nies, tou­jours plus obs­cènes, plus vul­gaires, plus osés, plus violent, plus insul­tant, sans cesse ils auge­mentent la tem­pé­ra­ture et cela à com­men­cer tran­quille­ment avec des films au debut du siècle on va dire tres soft par rap­port à ce qu’on nous sert aujourd’­hui ! Prends le bocal mets y de l’eau brû­lante et plonges y une gre­nouille auto­ma­ti­que­ment la gre­nouille va faire un bond pour sor­tir et sur­vivre, main­te­nant ima­gine toi dans les années 20 avec l’es­prit et la tem­pé­ra­ture du moment en pro­je­tant au cine­ma sans que per­sonne, je dis bien per­sonne ne soient pré­pa­rer à la pro­jec­tion de cin­quante nuance de Grey ou un ame­ri­can pie enfin bref que va t’il se pas­ser concrè­te­ment dans la salle ?

  2. Vous avez tel­le­ment rai­son ! J’ai lu le tome 1 du livre « nuances de Grey » et je n’ai même pas eu envie de lire le 2e. Tout ce que je pen­sais c’é­tait : « espèce de folle, tu ne peux même pas voir vers quoi tu te diriges » ! J’a­vais un conjoint accroc du por­no depuis son ado­les­cence et j’ai été très mal­heu­reuse de l’a­voir épou­sé. Je sen­tais très bien que lorsque nous avions un rap­port phy­sique et qu’il fer­mait les yeux ce n’est pas moi qu’il voyait.

  3. On peut regar­der que cet aspect des choses, pen­ser que l’homme est deve­nu un vrai per­vers, que le capi­ta­lisme est le por­no sont liés, pour­quoi pas…
    Ou alors on peut voir l’autre coté et voir que nous ne mour­rons plus d’une simple rage de dent, que jamais l’homme n’a eu autant de moyens pour rendre l’hu­ma­ni­té belle et humaine…
    L’a­mour existe aus­si dans notre monde et beau­coup le vive et en parle, peut-être bien plus qui se com­portent comme des animaux.
    Alors peut-être qu’il serait temps d’ar­rê­ter de cra­cher sur notre monde et com­prendre que mau­dire l’ombre ne vaut rien et qu’il est pré­fé­rable d’al­lu­mer une lumière.

    1. Tu sais, entre les deux options que tu donne (l’homme crade et le por­no­ca­pi­ta­lisme / Vie plus longue et moyen énormes de l’homme), les deux peuvent très bien coexis­ter (et je pense que c’est le cas). Ce n’est pas que de cra­cher sur le monde que d’a­voir un constat clair et pré­cis, c’est du réa­lisme .. ! Bien sur que l’a­mour existe, mais pour mieux vivre l’a­mour, il est impor­tant de com­prendre ce qui sème la dis­corde entre humains et com­ment cela se fait t‑il.. Ce n’est pas que de mau­dire l’ombre que de la recon­naître a juste valeur, et ca n’empeche pas d’al­lu­mer une lumière.. 😉

  4. je nai pas écou­té ce film ni lu le livre…je nai vu que la bande annonce et ca ma répu­gné , révol­té , cho­qué de voir a quelle point la socié­té est de plus en plus hyper­sexua­li­ser… on glo­ri­fie main­te­nant tous les crimes , on les mets sur un pédes­tal et on fan­tasme des­sus. ce qui m attriste le plus cest que main­te­ne­nat la por­no­gra­phie eet le sado mazo­chisme est ren­du acces­sible et a la por­ter des enfants et des parents. cela semble de plus en plus accep­té avec lar­ri­ver de ce film grand public. ridi­cule fran­che­metn ridicule.

  5. Com­ment construire un monde meilleur sans dénon­cer ce qu’il se passe ? Le but n’est pas de « mau­dire l’ombre » mais bien d’a­me­ner l’hu­ma­ni­té à une prise de conscience, et ce, dans dif­fé­rents domaines (tor­ture ani­male, agro-ali­men­taire, finances et j’en passe). Cette socié­té ne peut plus conti­nuer sur cette route. Nous devons réhu­ma­ni­ser notre sys­tème et nous ouvrir vers d’autres réa­li­tés au lieu de rétro­gra­der nos men­ta­li­tés. Je suis ensei­gnante et je peux vous dire que je vois nos enfants vivre avec le por­no et les filles construire leur iden­ti­té sexuelle dans la sou­mis­sion totale aux dési­rs de leur par­te­naire. Je crains qu’au­cune de celles-là ne connaisse jamais ses propres dési­rs.. quant aux gar­çons ayant moins de confiance en eux, ils n’osent plus appro­cher les filles de peur ne pas etre à la hau­teur et c’est là que les blo­cages sexuels com­mencent sans par­ler des déviances pos­sibles plus tard.… Allez‑y chers parents, osez ouvrir l’or­di­na­teur de votre enfant, et sur­tout osez abor­der le sujet avec eux ! votre role est de les accom­pa­gner dans ce monde !

  6. Je vous remer­cie d’a­voir publié cet article comme je remer­cie la per­sonne qui me l’a envoyé. Cela va dans le sens de « Plainte contre X » de l’au­trice fran­çaise Kari­ne­Bern­feld que je vous conseille. Pre­nez soin de vou-e‑s.

  7. Mer­ci pour cet article. Je le trouve puis­sant à dif­fé­rents points de vue. Si seule­ment il pou­vait atteindre un peu cer­taines consciences.

  8. Je serai plus bref. J’ai trou­vé cette article per­ti­nent très per­ti­nent. L apo­lo­gie de la per­ver­sion ne nous mène­ra qu’à notre perte. Quand j’en­tends mon film favo­ri c’est requiem for a dream je me dis mais où va le monde un film qui montre la déchéance humaine (j ai été toxi­co­mane à la seringue je sais de quoi je parle) je n ai pas vu Grey mais j ima­gine tout à fait. La por­no­gra­phie m a fait beau­coup de mal, je n ai jamais été adicte mais je suis très timide et voir ces éta­lons mus­clé en érec­tion durant des heures avec des machins énormes j ai pen­sé que je n avais pas ma place avec les filles qu elles me reje­te­raient par ce que je suis un peu maigre etc. J ai mis beau­coup de temps à M auto­ri­ser à aller vers les femmes et à être heu­reux. Oui mon exemple est peut être un peu extrême mais je le dis avec le coeur.La por­no­gra­phie nous déshumanise

  9. Bon­jour,

    Je suis AFREG, le web­mas­ter du http://www.pornodependance.com

    Mon site traite de l’ad­dic­tion à la por­no­gra­phie. Cette forme d’ad­dic­tion est en grande par­tie liée à l’es­sor d’In­ter­net, qui donne accès à une infi­ni­té de conte­nu X à l’In­ter­naute, sans qu’au­cun contrôle ne semble possible.
    Les effets de l’ad­dic­tion à la por­no­gra­phie sont nom­breux : dérive vers une sexua­li­té vio­lente, pro­blèmes de couple, pro­blèmes érec­tiles… Le por­no a une telle pré­gnance dans notre socié­té contem­po­raine, que le pro­blème est sus­cep­tible de tou­cher aujourd’­hui tout le monde.. Mon site pro­pose un forum où les dépen­dants et leurs proches peuvent venir s’exprimer libre­ment et s’entraider. Le tout est évi­dem­ment entiè­re­ment béné­vole et GRATUIT. 

    Mer­ci ! AFREG.

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