[Article en date du 9 juin 2012]

Confé­rence inter­na­tio­nale de Rio sur l’environnement du 20 au 22 juin 2012 : les Nations s’apprêtent à signer en totale incons­cience les « Accords de Munich »  comme en 1938, sans voir que nous sommes à la veille de l’effondrement !

Cette cin­quième confé­rence inter­na­tio­nale sur l’environnement sera la der­nière : nous ne serons plus là pour vivre la sui­vante, pré­vue en 2022 car dans les 10 années qui viennent s’accélèrera la PHASE FINALE DE L’AGONIE TERMINALE et la plu­part d’entre nous ne sur­vi­vront pas à l’écroulement des socié­tés indus­trielles, qu’il s’agisse des vieilles comme en Europe, ou des neuves comme au Bré­sil, en Inde ou en Chine, ces pays immer­gés dans la ridi­cule imi­ta­tion ser­vile et aveugle du faux modèle qu’est le mode de vie occi­den­tal.

Le mode de vie dont se targuent les « races supé­rieures » qui se croient « la civi­li­sa­tion » par excel­lence depuis 1756 (Mira­beau cité par Fran­çoise Dufour) est éco­lo­gi­que­ment impos­sible et humai­ne­ment un échec car il ne mène même pas au bon­heur. La vie moderne n’est que régrès et mal-être (hausse des sui­cides, hausse de l’usage de sub­stances psy­cho­tropes légales ou illé­gales, hausse des troubles psy­chia­triques). Les « races infé­rieures » jadis nom­mées « sau­vages » sont depuis la fin des années qua­rante qua­li­fiées de « sous-déve­lop­pées » tan­dis que les « races supé­rieures » se disent « déve­lop­pées ». Les civi­li­sés font miroi­ter aux yeux du reste du monde leur pré­ten­du mer­veilleux mode de vie, ils décident de ce qu’est la mesure du « niveau de vie » et dis­tri­buent les bons points aux meilleurs élèves, ceux qui sortent plus vite de la « sau­va­ge­rie » seront récom­pen­sés par l’appellation flat­teuse de « pays émer­gents », les autres, les per­dants de la course au « déve­lop­pe­ment » ont encore la tête sous l’eau, ils n’émergent pas. Ils sont immer­gés : on par­le­ra de « pays les moins avan­cés ».

Tou­jours le même racisme. Rien de chan­gé depuis les temps colo­niaux. L’Occident fixe les règles du jeu. Un jeu qui s’appelle « le déve­lop­pe­ment » depuis la Réso­lu­tion 198–3 de l’O.N.U. le 4 décembre 1948. Il fal­lait après la guerre trou­ver une expres­sion plus élé­gante que « pays arrié­rés » encore très uti­li­sée. Le Pré­sident Tru­man choi­si­ra les mots « pays déve­lop­pés » et « pays sous-déve­lop­pés » dans son dis­cours du 20 jan­vier 1949 en pré­ci­sant : « Plus de la moi­tié de la popu­la­tion du monde vit dans des condi­tions proches de la misère […] ; sa vie éco­no­mique est pri­mi­tive et stag­nante ». Puis on rem­pla­ce­ra « pays sous-déve­lop­pés » par « pays en voie de déve­lop­pe­ment » sans même sai­sir l’outrecuidance extra­or­di­naire de cette der­nière expres­sion : ces pays n’ont même pas le droit de déci­der en toute liber­té de leur ave­nir, l’Occident défi­nit d’emblée leur des­tin, c’est le déve­lop­pe­ment ou rien ! Pas ques­tion d’envisager par exemple la sta­bi­li­té, ou de trou­ver en eux-mêmes, en étant fiers de leur propre his­toire, leur propre culture, les clés de la vie épa­nouie et agréable, sans tenir compte de ce qui se fait ailleurs, par exemple en Europe ! Et ce déve­lop­pe­ment obli­ga­toire, en plus, les occi­den­taux veulent désor­mais le faire « durer », le rendre « durable » pour reprendre le pire mot choi­si par cer­tains pour tra­duire sus­tai­nable, alors que la seule urgence, au vu de la dégra­da­tion accé­lé­rée des équi­libres éco­lo­giques est d’arrêter le déve­lop­pe­ment. Il est abso­lu­ment insou­te­nable. Il ne faut pas sim­ple­ment chan­ger de « mode de déve­lop­pe­ment », il faut car­ré­ment se débar­ras­ser du déve­lop­pe­ment, donc sur­tout pas le rendre « durable ». Les races supé­rieures, les civi­li­sés, les déve­lop­pés doivent ces­ser d’inculquer au reste du monde leur mode de vie sui­ci­daire qui nous pré­ci­pite tout droit dans le mur des échéances éco­lo­giques, le mur de l’épuisement des res­sources non renou­ve­lables liquides, gazeuses ou miné­rales, le mur de léta­li­té des pol­lu­tions de l’air, de l’eau, de l’alimentation, les plus graves étant la pol­lu­tion radio­ac­tive et celle condui­sant au réchauf­fe­ment du cli­mat et à l’acidification des océans. Il faut ces­ser de croire à notre supé­rio­ri­té, arrê­ter de croire que nous sommes « en avance », arrê­ter de défi­nir nous-mêmes le sens de l’histoire, de pra­ti­quer le « vol de l’histoire » pour reprendre le titre de l’ouvrage de Jack Goo­dy (Gal­li­mard 2010).

Le vers était déjà dans le fruit lorsque le mono­théisme nous a gon­flé d’orgueil à la fois vis à vis des « païens » et à la fois vis à vis des habi­tants non-humains de cette pla­nète. Et nous conti­nuons à occu­per tout l’espace en détrui­sant tous les éco­sys­tèmes au point d’être cou­pable de la Sixième extinc­tion mas­sive des espèces ani­males et végé­tales. Nous rava­geons la bio­di­ver­si­té. La masse des humains et de leur bétail pèse déjà 90% du poids des 5000 autres espèces de mam­mi­fères de cette pla­nète !

Les 2000 bio­lo­gistes qui étaient réunis à l’Unesco en sep­tembre 1968 pour tirer la son­nette d’alarme sur la situa­tion dra­ma­tique de la bio­sphère disaient déjà tout cela il y a 44 ans. Les mathé­ma­ti­ciens du M.I.T., à la demande du Club de Rome, démon­tre­ront début mars 1972 que si l’Occident conti­nue sur sa lan­cée et incite les peuples du Tiers-Monde à faire de même, tout s’écroulera de façon catas­tro­phique vers 2030. Début 2012, lors de la com­mé­mo­ra­tion des 40 ans de ce Rap­port au Club de Rome au Smith­so­nian Ins­ti­tute à Washing­ton, son prin­ci­pal auteur, Den­nis Mea­dows, a été encore plus pes­si­miste. Au vu des réac­tions insuf­fi­santes, non pro­por­tion­nées à la gra­vi­té des faits tout au long de ces 40 années, notam­ment l’échec des 4 Som­mets de l’Environnement : Stock­holm 1972, Nai­ro­bi 1982, Rio 1992, Johan­nes­burg 2002, ce n’est pas en 2030 que le monde s’écroulera, mais plus tôt : vers 2020.

À la veille du 5e Som­met de l’Environnement, on ne peut que consta­ter la tra­gique stag­na­tion de la situa­tion : fin mai 2012 l’ambassadeur de l’Inde disait à la séna­trice fran­çaise Lau­rence Ros­si­gnol, coor­di­na­trice du rap­port d’information du Sénat « Rio + 20 » (www.senat.fr) qu’il fal­lait que l’Occident arrête de vou­loir bri­der la vitesse de déve­lop­pe­ment des pays tels que l’Inde, la Chine ou le Bré­sil, car ces pays ne sont encore qu’en phase de rat­tra­page. Il ne fal­lait pas uti­li­ser l’argument de l’environnement pour han­di­ca­per leur déve­lop­pe­ment :

« Lais­sez-nous d’abord atteindre votre niveau de vie, et ensuite, une fois l’égalité atteinte et que vous nous accueille­rez au sein des Grandes Puis­sances, nous pour­rons dis­cu­ter des moyens de trai­ter des pro­blèmes d’environnement. »

Tra­gique stag­na­tion car les repré­sen­tants des pays du Tiers-Monde disaient exac­te­ment la même chose à Stock­holm en 1972 aux euro­péens et c’est alors que les occi­den­taux déci­dèrent de satis­faire le tro­pisme mimé­tique des jeunes nations déco­lo­ni­sées conver­ties « à haute et intel­li­gible voix à la supré­ma­tie des valeurs blanches » (Frantz Fanon), en acco­lant le mot « déve­lop­pe­ment » dans le voca­bu­laire cen­sé trai­ter des pro­blèmes d’environnement. On par­le­ra de « déve­lop­pe­ment éco­lo­gique » (éco­dé­ve­lop­pe­ment, Igna­cy Sachs) puis à par­tir de l’idée de l’I.U.C.N. et du W.W.F. en 1980, de « sus­tai­nable deve­lop­ment », du vieux fran­çais (1346) « sous­te­nable » qua­li­fiant alors la bonne ges­tion de la forêt pour ne pas en enta­mer le capi­tal (ordon­nance de Bru­noy du roi Phi­lippe VI de Valois).

Tra­gique stag­na­tion car tant qu’on conti­nue­ra à psal­mo­dier comme dans un man­tra « déve­lop­pe­ment, déve­lop­pe­ment, déve­lop­pe­ment », comme dans cette « recom­man­da­tion 3 » par­mi les 16 de la Com­mis­sion séna­to­riale Rio + 20 par­lant du « droit au même niveau de déve­lop­pe­ment pour tous », on conti­nue­ra à nager dans la plus inepte des illu­sions. En termes d’empreinte éco­lo­gique nous avons déjà dépas­sé les capa­ci­tés bio­phy­siques de la bio­sphère depuis 1983 (Mea­dows 2012 p.20). Les nations les plus fol­le­ment consu­mé­ristes comme l’Europe de l’ouest et les U.S.A. devraient depuis long­temps déjà être en train de for­te­ment réduire leur niveau de vie. Il est mathé­ma­ti­que­ment impos­sible que le reste du monde se mette à vivre ne serait-ce que selon le stan­dard du mode de vie fran­çais : il nous fau­drait alors 6 pla­nètes !

Voi­là 40 ans que nous per­dons un temps pré­cieux. Dès 1972 il aurait fal­lu cas­ser le mythe du « déve­lop­pe­ment » et dire à Stock­holm que l’Occident non seule­ment s’excusait d’avoir pra­ti­qué la colo­ni­sa­tion, mais qu’en plus cet Occi­dent gon­flé d’orgueil devait faire acte de contri­tion et avouer que son idéal de vie était un non-sens, que son pré­ten­du « pro­grès » était un régrès, et qu’ain­si il deman­dait aux peuples du Tiers-Monde de détour­ner leur regard dudit modèle occi­den­tal, lequel est à défaire, n’étant qu’une monu­men­tale erreur, et de se res­sour­cer auprès de leurs propres tra­di­tions pour retrou­ver les che­mins de la digni­té et de l’épanouissement.

Plus qu’un géno­cide (le quart de l’humanité d’alors en 1500 presque tota­le­ment exter­mi­né aux Amé­riques), la colo­ni­sa­tion a géné­ré un véri­table eth­no­cide à tra­vers la pré­ten­due « œuvre civi­li­sa­trice » cen­sée être « le devoir des races supé­rieures » (Jules Fer­ry). Appor­ter la civi­li­sa­tion, le déve­lop­pe­ment, c’est intro­duire le com­plexe d’infériorité, c’est infan­ti­li­ser des peuples qui étaient jadis adultes et auto­nomes.

Dès 1972, il aurait fal­lu, au regard des conclu­sions des tra­vaux des éco­logues démon­trant le résul­tat déjà dra­ma­tique du « pillage de la pla­nète » (F. Osborn, R. Heim, J. Dorst, R. Car­son, B. Com­mo­ner, R. Dubos), faire la pro­mo­tion de l’ENVELOPPEMENT en lieu et place du DÉVELOPPEMENT et inver­ser les cri­tères de valeur en saluant l’art de vivre éco­lo­gi­que­ment des SYLVILISATIONS [ici, Thier­ry fait réfé­rence aux peuples sau­vages qui vivent dans ou aux abords des forêts, sil­va venant du latin et signi­fiant Bois, forêt, bos­quet, NdE] et en dénon­çant la déme­sure (hubris) sui­ci­daire et l’orgueil raciste hal­lu­ci­nant de la CIVILISATION. L’enveloppement, c’est l’art de vivre en se glis­sant dis­crè­te­ment dans les éco­sys­tèmes, de façon à lais­ser une place confor­table aux autres espèces ani­males et végé­tales. L’enveloppement, c’est ce mode de vie modeste qui laisse toute la bio­di­ver­si­té s’épanouir en sym­biose avec l’espèce humaine. C’est un peu le « Buen Vivir » issu de la vision que­chua de l’harmonie qui a été récem­ment inté­grée à la consti­tu­tion de l’Équateur.

Au contraire du déve­lop­pe­ment qui n’est que l’étalement mono­di­rec­tion­nel et anthro­po­cen­trique qui repousse jusqu’aux der­nières extré­mi­tés la vie sau­vage, l’enveloppement est une figure repliée (et non dépliée, déployée, éta­lée) plu­ri­di­rec­tion­nelle et bio­cen­trique qui mul­ti­plie les entre­la­ce­ments et les cir­con­vo­lu­tions, ce qui per­met une pro­fu­sion d’interfaces et de points de contacts, une den­si­té d’échanges pour une vie sobre, fru­gale, débar­ras­sée du super­flu, où les mots « riches » et « pauvres » n’ont plus de sens, pas plus que l’obsession chez nous tri­mil­lé­naire de « puis­sance », mais où la convi­via­li­té et la tran­quille plé­ni­tude atteint des som­mets. Le déve­lop­pe­ment muti­lait la per­sonne humaine en ne valo­ri­sant que la sèche et froide rai­son. L’enveloppement réta­bli l’être humain en sa com­plé­tude bigar­rée et baroque, (Michel Maf­fe­so­li), épa­nouis­sant tous les sens, lais­sant s’exprimer les émo­tions, tem­pé­rant la rai­son par le modeste rai­son­nable, bref ce qu’on appelle la sagesse, qui, en prin­cipe, défi­ni « Homo sapiens sapiens » ! L’homme bio­cen­trique remet les pieds (nus) sur terre et retrouve l’humus, donc l’humilité.

Déco­lo­ni­ser notre ima­gi­naire, chan­ger de para­digme n’est pas un vain mot.

Comme l’a répé­té Den­nis Mea­dows le 24 mai 2012 à Paris :

« It’s too late for sus­tai­nable deve­lop­ment. »

(Il est trop tard pour le déve­lop­pe­ment durable/soutenable).

On a été trop loin, les dégâts sont déjà trop impor­tants, on ne peut plus jouer naï­ve­ment avec cet oxy­more ména­geant diplo­ma­ti­que­ment la chèvre et le chou. Au point où en sont les choses, à moins de 8 années de la date fati­dique, il ne faut pas se conten­ter de réfor­mettes ! Il faut révo­lu­tion­ner, bous­cu­ler sans ména­ge­ment nos pré­ju­gés. Trop tard pour la TRANSITION en dou­ceur. Il faut bas­cu­ler. Vite ! A quelques jours de « Rio + 20 », il serait tota­le­ment contre-pro­duc­tif d’en être encore à dis­ser­ter benoî­te­ment sur le « déve­lop­pe­ment durable ».

La demi-jour­née de réflexion aux Dia­co­nesses à Paris 12e le 9 juin est domi­née hélas par les éco­no­mistes. Mais où sont pas­sés les bio­lo­gistes, si actifs au début des années 70 ? Les éco­no­mistes ont vite fait de ne voir qu’une « crise », encore une, là où il s’agit pour la pre­mière fois du choc fron­tal d’ordre géo­lo­gique entre une civi­li­sa­tion occi­den­tale en train de conta­mi­ner dans sa toxi­co-dépen­dance au consu­mé­risme le reste du monde au préa­lable décé­ré­bré par la publi­ci­té et le bour­rage de crâne déve­lop­pe­men­tiste, et une fra­gile pel­li­cule de vie mor­tel­le­ment atteinte par cette méga­ma­chine folle coin­cée dans son auto-accé­lé­ra­tion. La méga­lo­ma­nie occi­den­tale, que ce soit dans sa ver­sion capi­ta­liste ou sa ver­sion socia­liste, nous pré­ci­pite vers l’implosion (P. Thuillier, D. Jen­sen). Nous ne serons jamais 9 mil­liards en 2050 ! (P. Che­fur­ka, H. Stoe­ckel, C. Clug­ston). Des famines dan­tesques auront lieu, bien avant, accom­pa­gnées de guerres civiles, d’épidémies, d’émeutes et des rai­dis­se­ments fon­da­men­ta­listes qui vont avec. Illu­sion de revanche des peuples humi­liés lors de la Guerre de l’Opium et de la colo­ni­sa­tion. Tout cela dans une ambiance de folie guer­rière avec des États ne comp­tant plus que sur leur puis­sance mili­taire et leur capa­ci­té cynique à anéan­tir les émeutes : la Chine s’apprête à dou­bler son bud­get mili­taire ces 3 pro­chaines années après avoir aug­men­té ses dépenses mili­taires de 189% de 2000 à 2010, la Rus­sie de 82% comme les U.S.A. (P. Lar­rou­tu­rou). Dans cette phase finale d’agonie des socié­tés indus­trielles, nous lais­sons encore stu­pi­de­ment les publi­ci­taires faire œuvre de cré­ti­ni­sa­tion des masses, et les riches jouer à leur concur­rence juste pour leur plai­sir infan­tile de la frime osten­ta­toire : en jeter plein la vue, plai­sir per­vers, patho­lo­gique, de rendre jaloux, para­der comme des gamins et se don­ner en spec­tacle aux eth­no­ci­dés des villes qui croient que le bon­heur, c’est l’enrichissement. Syn­drome mimé­tique !

La jus­tice, ce n’est pas l’égalité au sens « tout le monde riche », c’est l’égalité dans la vie modeste et rurale, moins de biens, plus de liens, la fin des hié­rar­chies sociales par la mul­ti­pli­ca­tion des autar­cies locales en reva­lo­ri­sant les savoir-faire arti­sa­naux et locaux, héri­tage de l’ethnodiversité qui fait la valeur du patri­moine imma­té­riel de l’humanité que l’Unesco a rai­son de pro­mou­voir en défen­dant le plu­riel des langues et des cultures, notam­ment les droits des peuples autoch­tones recon­nus enfin par l’O.N.U. en 2003. Cette jus­tice, cette éga­li­té passe par l’éclosion des auto­gou­ver­ne­ments de petite taille, seule pos­si­bi­li­té d’amortir en sou­plesse (rési­lience) les effets de l’effondrement des socié­tés com­plexes (J. Tain­ter) pré­ten­dues modernes et civi­li­sées. Et le tout avec des moyens très éco­nomes en éner­gie et res­sources minières, des moyens basés sur tout ce qui pousse et donc se renou­velle natu­rel­le­ment du seul fait de la cap­ta­tion de l’énergie des rayons du soleil. Bref une vie juste ne peut qu’être une vie à très faible empreinte éco­lo­gique, la seule dont le niveau est éga­li­tai­re­ment par­ta­geable entre tous les habi­tants humains et non humains de cette pla­nète. Or sur notre pla­nète à taille finie, l’espace bio-pro­duc­tif uti­li­sable est de 12 mil­liards d’hectares, soit actuel­le­ment 1,8 ha par per­sonne, mais en termes d’empreinte éco­lo­gique, cette sur­face maxi­mum est déjà lar­ge­ment dépas­sée : 9,6 ha par habi­tant des U.S.A., 7,2 au Cana­da, 5,3 en France, 3,8 en Ita­lie. Mais 0,8 en Inde et 0,5 à Haï­ti (S. Latouche 2012).

Quelles déci­sions in extré­mis ?

La rup­ture radi­cale pour orien­ter les socié­tés vers l’abandon du rêve occi­den­tal de puis­sance, rêve déjà en place dans les pre­miers empires en Chine, en Perse et en Égypte, ne pour­rait résul­ter que d’un virage bru­tal et immé­diat au vu du peu de temps qui nous reste avant l’effondrement : demain tous les publi­ci­taires sont en pri­son (NDLR : i.e. la publi­ci­té deve­nue illé­gale), et tout ce qui dis­trait et diver­tit, inter­dit. Les mass-médias se consacrent uni­que­ment à téta­ni­ser les masses jadis abru­ties pour les dés­in­toxi­quer du rêve stu­pide du consu­mé­risme. Plus rien ne vient de loin. Arrêt immé­diat de tout véhi­cule, bateau ou avion à moteur ther­mique. Inter­dic­tion des toi­tures non culti­vables en petit marai­chage sur ter­rasses : il faut démi­né­ra­li­ser le pay­sage urbain en le re-végé­ta­li­sant. Confis­ca­tion immé­diate de tous les biens des riches pour finan­cer le retour à une vie beso­gneuse et décente pour tous les misé­rables (dota­tion condi­tion­nelle d’autonomie) et pour finan­cer la sor­tie du nucléaire, ain­si que la remise à l’honneur de l’énergie mus­cu­laire ani­male et humaine. Tout cela bien-sûr sans envi­sa­ger de faire la même chose, la même gabe­gie éner­gi­vore mais dans un contexte de sim­pli­ci­té démo­cra­ti­que­ment déci­dée. Arrêt de l’usage des éner­gies fos­siles jusqu’au retour à la concen­tra­tion pré­in­dus­trielle des gaz à effet de serre…

Mais Ber­trand Meheust explique bien dans « Poli­tique de l’oxymore » et « Nos­tal­gie de l’Occupation » pour­quoi on ne prend pas le che­min de ce virage pour­tant abso­lu­ment indis­pen­sable au plus vite pour évi­ter des cen­taines de mil­lions de morts. Si nous sommes effec­ti­ve­ment tous dans un gigan­tesque Tita­nic condam­né au nau­frage : ne faut-il pas avant tout ima­gi­ner com­ment échap­per à la noyade et mettre les cha­loupes à la mer ? Orga­ni­sons-nous main­te­nant en mul­tiples groupes séces­sion­nistes pour bas­cu­ler dans une vie tota­le­ment nou­velle et jouis­sive, avec nos enfants for­més dès aujourd’hui aux métiers d’avenir : la van­ne­rie, la pote­rie, le marai­chage, la trac­tion ani­male et les petites manu­fac­tures muni­ci­pales de recy­clage des métaux pour fabri­quer des vélos…

C’est cela ou le « col­lapse »… l’effondrement san­glant qui nous feront regret­ter les deux « petites » guerres mon­diales du XXe siècle.

 

Thier­ry Sal­lan­tin


Références bibliographiques :

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  30. Gil­bert Rist, Fabri­zio Sabel­li 1992 — Il était une fois le déve­lop­pe­ment. Éd. d’en bas, Lau­sanne
  31. Gil­bert Rist, Marie-Domi­nique Per­rot, Fabri­zio Sabel­li 1992 — La mytho­lo­gie pro­gram­mée. L’économie des croyances dans la socié­té moderne. Seuil
  32. Marie-Domi­nique Per­rot, sous la dir de. 1991 — Déve­lop­pe­ment et peuples autoch­tones. Revue Eth­nies n° 13
  33. Marie-Domi­nique Per­rot 2001 — Mon­dia­li­ser le non-sens. Éd. L’Age d’Homme
  34. Den­nis Mea­dows 2012 — Les limites à la crois­sance dans un monde fini — Éd. Rue de l’Echiquier
  35. Les­ter Brown 2011 — Bas­cu­le­ment. Com­ment évi­ter l’effondrement éco­no­mique et envi­ron­ne­men­tal. Éd. Rue de l’Echiquier
  36. Hughes Stoe­ckel 2012 — La faim du monde, l’humanité au bord d’une famine glo­bale — Éd. Max Milo
  37. Pierre Lar­rou­tu­rou 2011 — Pour évi­ter le krach ultime — Nova ed.
  38. Pierre Lar­rou­tu­rou 2012 — C’est plus grave que ce qu’on vous dit… — Nova ed.
  39. Ber­trand Meheust 2009 — La poli­tique de l’oxymore  — La Décou­verte
  40. Ber­trand Meheust 2012 — Nos­tal­gie de l’Occupation - La Décou­verte
  41. Timo­thée Duver­ger 2011 — La décrois­sance, une idée pour demain. Éd. Sang de la Terre
  42. Ing­mar Grans­tedt 2011, [1980] — L’impasse indus­trielle. Un monde à réou­tiller. Éd. A Plus d’un Titre, 73360 La Bauche
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  44. Phi­lippe Bihouix, Benoît de Guille­bon 2010 — Quel futur pour les métaux ? Éd. E.D.P.
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  51. Michel Maf­fe­so­li 2010 — Matri­mo­nium. Petit trai­té d’écosophie. — Ed . du C.N.R.S.
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  53. Hele­na Nor­bert-Hodge 2002 — Quand le déve­lop­pe­ment crée la pau­vre­té - Fayard
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  97. Edgar Morin 2011 — La voie. Fayard (il y reprend comme M. Maf­fe­so­li mon idée de rem­pla­cer le déve­lop­pe­ment par l’enveloppement)
  98. Alain Caillé, Serge Latouche, Marc Hum­bert, Patrick Vive­ret 2011 — De la convi­via­li­té. Dia­logues sur la socié­té convi­viale à venir. La Décou­verte
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  100. Marc Ner­fin — Inter­na­tio­nal Foun­da­tion for Deve­lop­ment Alter­na­tives — I.F.D.A.
  101. Jan Neder­veen Pie­terse 2000 — Alter­na­tive, Post and Reflexive Deve­lop­ment. En ligne sur la Toile (pdf)
  102. Jan Neder­veen Pie­terse, 2002 — Deve­lop­ment. Deconstructions/Reconstructions. Sage Publi­ca­tions
  103. J. Sea­brook 1994 — Vic­tims of deve­lop­ment. Résis­tance and alter­na­tives. Ver­so, Lon­don
  104. Daniel Céré­zuelle 2011 — La Tech­nique et la chair. Paran­gon
  105. Michael Jacobs 1998 — Sus­tai­nable deve­lop­ment as a contes­ted concept. In Andrew Dob­son 1998, pp. 21–45
  106. Andrew Dob­son 1998 — Fair­ness and Futu­ri­ty : Essays on Envi­ron­men­tal Sus­tai­na­bi­li­ty and Social Jus­tice. Oxford Univ. Press
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  109. Jer­ry Man­der, Edward Gold­smith 1996 — The Case against Glo­bal Eco­no­my and for a turn toward the Local. Sier­ra Club Books, San Fran­cis­co, Cali­for­nia
  110. Jer­ry Man­der 1991 — In the Absence of the Sacred. The Fai­lure of Tech­no­lo­gy and the Sur­vi­val of Indians Nations. Sier­ra Club Books, San Fran­cis­co
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  113. Robert Jau­lin (dir.) 1972 — De l’ethnocide. U.G.E.10/18
  114. Robert Jau­lin (dir.) 1972 — L’ethnocide à tra­vers les Amé­riques. Fayard
  115. Robert Jau­lin 1974 — La Déci­vi­li­sa­tion. Éd. Com­plexe, Bruxelles
  116. Eric Navet 2007 — L’Occident bar­bare et la phi­lo­so­phie sau­vage. Éd. Hom­ni­sphères
  117. William Vogt 1950 [1948] — La faim du monde. ed Hachette, titre ori­gi­nal — Road to Sur­vi­val
  118. Rachel Car­son 1963 [1962] — Prin­temps silen­cieux. Éd. Plon, réed. 2009, Wild­pro­ject
  119. Jean Dorst 1965 — Avant que nature meure. Dela­chaux et Niest­lé, 6e réédi­tion 1976
  120. Roger Heim 1952 — Des­truc­tion et pro­tec­tion de la nature. Éd. Armand Colin
  121. Roger Heim 1973 — L’angoisse de l’An 2000. Éd. Fon­da­tion Sin­ger-Poli­gnac
  122. Bar­ba­ra Ward, René Dubos 1972 — Nous n’avons qu’une Terre. Denoël (rap­port pré­pa­rant la Confé­rence de Stock­holm sur l’environnement humain,1972)
  123. Gro Har­lem Brundt­land 1988 — Notre ave­nir à tous. Éd. du Fleuve, Qué­bec (rap­port pré­pa­rant la Confé­rence de Rio “envi­ron­ne­ment et développement”92
  124. Bar­ry Com­mo­ner 1969 — Quelle Terre lais­se­rons-nous à nos enfants ? [Science and Sur­vi­val]. Éd. du Seuil
  125. Bar­ry Com­mo­ner 1973 — L’encerclement. Éd. du Seuil
  126. Serge Mos­co­vi­ci 1968 — Essai sur l’histoire humaine de la nature. Flam­ma­rion
  127. Serge Mos­co­vi­ci 1972 — La Socié­té contre nature. Seuil
  128. Serge Mos­co­vi­ci 1974 — Hommes domes­tiques et hommes sau­vages. U.G.E. 10/18
  129. Serge Mos­co­vi­ci 2002 — De la nature, pen­ser l’écologie. Éd. Métai­lié
  130. Serge Mos­co­vi­ci 2002 — Réen­chan­ter la nature : entre­tiens avec Pas­cal Dibie. Éd. de l’Aube
  131. Gene­viève Azam, Chris­tophe Bon­neuil, Maxime Combes 2012 — La nature n’a pas de prix. Les méprises de l’économie verte. Ed. Les Liens qui Libèrent
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