Les proxénètes du yoga et de la pleine conscience & le Complexe Industriel de la Spiritualité

Article original (en anglais) : cliquez ici.

Les tra­di­tions de sagesse et les pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles comme le yoga, les approches inté­grées du lea­der­ship et la médi­ta­tion ont été coop­tées au ser­vice de la classe cor­po­ra­tiste domi­nante. Une alter­na­tive radi­cale à ce qui est deve­nu un Com­plexe Indus­triel de la Spi­ri­tua­li­té (CIS) est aujourd’­hui néces­saire. Cet article est un cri de guerre pour les ensei­gnants gué­rille­ros de l’in­dus­trie de la conscience qui ne sou­haitent plus se pros­ti­tuer pour le 1%.

Les fonctions du Complexe Industriel de la Spiritualité (CIS)

Les tra­di­tions de sagesse dévoyées et les pra­tiques de conscience cor­po­relle rem­plissent aujourd’­hui un cer­tain nombre de fonc­tions nui­sibles. Cette lec­ture peut s’a­vé­rer dif­fi­cile si, comme moi, vous leur avez dédié une bonne par­tie de votre vie, mais s’il-vous-plait, tenez bon, la seconde par­tie de cet article explique com­ment nous pou­vons deve­nir des guer­riers spi­ri­tuels véri­ta­ble­ment per­ti­nents. En bref, le CIS peut entraî­ner et entraîne sou­vent ce qui suit :

  • Faire de nous des pigeons qui acceptent de se faire pigeonner
  • Nous faire pigeon­ner davantage
  • Aider uni­que­ment le 1% à se gaver
  • Aider le 1% à rendre nos vies plus merdiques
Yoga à Wall Street : des ban­quiers impor­tants cherchent à amé­lio­rer leur effi­ca­ci­té grâce au Yoga
  1. Faire de nous des pigeons qui acceptent de se faire pigeonner

Les tra­di­tions de sagesse dévoyées et les pra­tiques de conscience cor­po­relle, dans un monde psy­cho­lo­gi­que­ment et émo­tion­nel­le­ment des­truc­teur, pré­ju­di­ciable à l’en­vi­ron­ne­ment, et dans lequel règnent l’in­jus­tice sociale et la soli­tude, peuvent rendre la vie sup­por­table. Tout en étant bien inten­tion­nées, elles peuvent per­pé­tuer un sys­tème qui doit être chan­gé et non tolé­ré. Les pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles, sur­tout lors­qu’elles sont défor­mées et embal­lées pour la grande consom­ma­tion, ne menacent pas le sta­tu quo mais le sou­tiennent incons­ciem­ment en léni­fiant ceux qu’il détruit. Si nous souf­frons de l’é­tat dans lequel se trouve le monde, nous pou­vons soit y remé­dier soit faire en sorte de se sen­tir mieux quoi qu’il arrive. La reli­gion a tou­jours été l’o­pium du peuple mais de nos jours, l’o­pium des classes moyennes n’est plus reli­gieux mais spi­ri­tuel. La « McMé­di­ta­tion® » de pleine conscience, le « (K-)Hatha » Yoga® et d’autres pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles « Lite® », sont du pro­zac bio.

En élar­gis­sant le contexte des pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles du consom­ma­teur occi­den­tal, on trouve le mou­ve­ment de la Psy­cho­lo­gie Posi­tive enra­ci­né chez les culs-bénis états-uniens, et dont le prin­cipe de base est de se mon­trer opti­miste quelle que soit la gra­vi­té des choses — expri­mé de façon élo­quente par le slo­gan « sou­rire ou mou­rir ! ». A la tête de ce mou­ve­ment, Mar­tin Selig­man, pré­sident de l’A­me­ri­can Psy­cho­lo­gi­cal Socie­ty a rem­por­té un contrat mili­taire fara­mi­neux incon­tes­té après avoir ins­pi­ré les stra­té­gies de tor­ture de « l’im­puis­sance acquise » à la CIA.

Mat­thieu Ricard en train d’en­sei­gner la médi­ta­tion et la pleine conscience à l’é­lite de Man­hat­tan (tra­ders de Wall Street et capi­ta­listes philanthropes).
  1. Nous faire pigeonner davantage

De nom­breuses adap­ta­tions modernes des sys­tèmes cor­po-spi­ri­tuels mettent l’ac­cent sur l’in­di­vi­du et sur l’in­té­rêt per­son­nel par l’in­ter­mé­diaire de la super­sti­tion. Cela pro­vient de la pré­do­mi­nance cultu­relle dans le domaine du déve­lop­pe­ment per­son­nel de la côte ouest des États-Unis. La place occu­pée par ce nou­veau pro­duit de consom­ma­tion signi­fie que les pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles véhi­culent de plus en plus le nar­cis­sisme, l’é­goïsme et la vani­té. Ce qui a été ini­tia­le­ment iden­ti­fié et nom­mé « maté­ria­lisme spi­ri­tuel » — l’u­sage de pra­tiques spi­ri­tuelles au ser­vice de l’e­go — est main­te­nant deve­nu la norme. Voir éga­le­ment cet article sur les mala­dies spi­ri­tuel­le­ment trans­mis­sibles. Le mes­sage qui appa­raît sur presque tous les pros­pec­tus et les sites que je vois est : « Le yoga vous fait mai­grir et vous rend sexy ». Le CIS crée acti­ve­ment la culture consu­mé­riste mal­saine qu’il pré­tend guérir.

L’hy­per-indi­vi­dua­lisme du CIS détourne l’éner­gie des indi­vi­dus curieux du chan­ge­ment social externe vers le chan­ge­ment inté­rieur. Cela s’est pro­duit à la fin des années 60 et au début des années 70 lorsque le mou­ve­ment « du poten­tiel humain » de la côte ouest des États-Unis a détour­né une jeu­nesse poli­ti­sée en l’en­voyant s’oc­cu­per de ses propres fesses. Si les pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles allaient de pair avec le chan­ge­ment exté­rieur ou le sou­te­naient, elles seraient admi­rables. Mal­heu­reu­se­ment, elles sont sou­vent pro­po­sées en tant que pal­lia­tifs. L’i­dée géné­rale consiste à pen­ser que si suf­fi­sam­ment de per­sonnes se détendent et obtiennent des jambes gal­bées, le monde en sera trans­for­mé indé­pen­dam­ment des sys­tèmes et des struc­tures de domi­na­tion. La phrase tron­quée « soyez le chan­ge­ment » est inutile en tant que stra­té­gie pour l’ob­ten­tion d’une jus­tice sociale ou d’une sou­te­na­bi­li­té éco­lo­gique : à aucun moment de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, un exemple per­son­nel n’a suf­fi à contraindre ceux qui abusent du pou­voir à y renon­cer. Gand­hi a aus­si fou­tu un bazar mons­trueux — en per­tur­bant ter­ri­ble­ment les fon­de­ments éco­no­miques de l’Em­pire Bri­tan­nique. La sagesse dévoyée du CIS peut appa­raître comme une « deuxième matrice » — une sou­pape de sécu­ri­té pour le cou­rant dominant.

A propos de Gandhi, de l’indépendance de l’Inde et de la non-violence :

Un autre pro­blème, d’ordre poli­tique, lié aux pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles, réside dans le fait que leur struc­ture évoque celle des dic­ta­tures asia­tiques médié­vales. « Confor­mez-vous et obéis­sez à une auto­ri­té qui vous est exté­rieure » est le mes­sage impli­cite qui se dégage d’un grand nombre de cours. Quand, la der­nière fois, avez-vous fait part de vos remarques à votre pro­fes­seur des Cinq Rythmes, ou fait du yoga de façon démocratique ?

Ces pra­tiques qui s’ap­pa­rentent à une contre-culture n’en sont pas une, mais font par­tie du problème.

  1. Aider uniquement le 1% à se gaver

Tan­dis que les pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles New-Age édul­co­rées du CIS visant à sub­ju­guer les masses ont pro­li­fé­ré, d’autres pra­tiques de conscien­ti­sa­tion sont essen­tiel­le­ment acces­sibles à l’é­lite, des bar­rières finan­cières et cultu­relles en empê­chant la démo­cra­ti­sa­tion. J’ai pu en avoir un aper­çu récem­ment dans une autre de ces salles de sports où se bous­cu­laient une foule d’en­traî­neurs blancs cor­po­ra­tistes, d’âge moyen et issus de la classe moyenne, avec les femmes du 1%. Les bons ensei­gnants de cor­po-spi­ri­tua­lisme pros­ti­tuent de plus en plus leurs ser­vices auprès de ceux qui dété­riorent le monde, en les ren­dant acces­sibles seule­ment au plus offrant. S’ils accom­plis­saient un véri­table tra­vail de trans­fi­gu­ra­tion, ce serait une bonne chose (après tout, ce sont les malades qui ont besoin d’un méde­cin) mais la plu­part du temps il ne s’a­git que de mettre des cou­teaux entre les mains d’en­fants dan­ge­reux (voir 4). Dans un monde où tout a un prix, la sagesse n’est qu’une mar­chan­dise de plus mise sur le mar­ché, et ceux qui ont l’argent auront la meilleure part.

Extrait d’un autre article, publié sur le site Salon.com : Les ensei­gne­ments boud­dhistes sur l’éveil à la réa­li­té de l’impermanence « telle qu’elle est » est ren­ver­sée dans la pleine conscience cor­po­ra­tiste. Au lieu de culti­ver la conscience des contin­gences de la réa­li­té pré­sente cau­sant des souf­frances, et en cela déve­lop­pant la capa­ci­té à inter­ve­nir sur ces condi­tions de souf­france, la pleine conscience cor­po­ra­tiste ne va pas plus loin que l’encouragement des indi­vi­dus à gérer leur stress afin d’optimiser leur per­for­mance, au sein des condi­tions exis­tantes de pré­ca­ri­té — qui, curieu­se­ment, sont dépeintes comme inévi­tables tan­dis qu’elles exigent la flexi­bi­li­té des indi­vi­dus. Comme le dit Gelles dans son inter­view pour The Atlan­tic : « Nous vivons dans une éco­no­mie capi­ta­liste, et la pleine conscience ne peut chan­ger ça ». Mais cela n’appuie-t-il pas ce que Bik­khu Bod­hi, un moine boud­dhiste occi­den­tal, nous dit en nous aver­tis­sant : « sans une cri­tique sociale poin­tue, les pra­tiques boud­dhistes peuvent faci­le­ment être uti­li­sées pour jus­ti­fier et sta­bi­li­ser le sta­tu quo, et ser­vir à ren­for­cer le capi­ta­lisme consu­mé­riste » ?

Ses par­ti­sans [à la pleine conscience cor­po­ra­tiste], comme Jere­my Hun­ter, cepen­dant, nous assurent que la pleine conscience peut ser­vir de « tech­no­lo­gie dis­rup­tive », réfor­mant jusqu’aux com­pa­gnies les plus dys­fonc­tion­nelles en orga­ni­sa­tions plus gen­tilles, com­pas­sion­nelles et sou­te­nables. Les pro­fes­seurs de pleine conscience cor­po­ra­tiste qui pré­tendent que les pro­grammes indi­vi­dua­li­sés de pleine conscience sont sub­ver­sifs évoquent sou­vent la méta­phore du « che­val de Troie ». Ils émettent l’hypothèse selon laquelle, avec le temps, les lea­ders, les diri­geants et les employés entrai­nés à la pleine conscience pour­ront se réveiller et mettre en place des chan­ge­ments majeurs dans les pra­tiques et poli­tiques cor­po­ra­tistes. Selon leur affir­ma­tion, Gold­man Sachs, Mon­san­to et Gene­ral Mil­ls, des com­pa­gnies ayant ren­du leurs pro­grammes de pleine conscience publics, devien­dront bien­tôt des cor­po­ra­tions modèles de res­pon­sa­bi­li­té sociale et éco­lo­gique [SIC!].

  1. Permettre au 1% de rendre la vie encore plus merdique

Les pra­tiques cor­po-spi­ri­tuelles sont de plus en plus uti­li­sées dans l’op­tique d’a­mé­lio­rer l’ef­fi­ca­ci­té des psy­cho­pathes qui sont au pou­voir sans modi­fier ni leurs atti­tudes et com­por­te­ments fon­da­men­taux, ni les struc­tures et les sys­tèmes dont ils pro­fitent. Ensei­gner la médi­ta­tion à des connards ne peut qu’en faire des connards encore plus effi­caces (ou des tireurs d’é­lite). Il faut être naïf pour croire que de puis­sants outils ne peuvent avoir qu’un impact posi­tif. J’ai aus­si appris, en tra­vaillant dans le milieu des affaires, que beau­coup de per­sonnes occu­pant des postes à res­pon­sa­bi­li­té ne sont pas des psy­cho­pathes (je dirais envi­ron 50 % du 1 %). Mais ils sont pié­gés dans une sorte de double-pen­sée, ter­ri­ble­ment stres­sés, accros à la richesse et aus­si vic­times du sys­tème, d’une cer­taine façon. Infli­ger des souf­frances trouble tout le monde sauf les psy­cho­pathes, sou­la­ger ces souf­frances est ardu. Même dans la pers­pec­tive d’ai­der des gens trau­ma­ti­sés et déshu­ma­ni­sés à rega­gner de la sen­si­bi­li­té, cela n’est guère plus que de la cruau­té lors­qu’ils conti­nuent à faire fonc­tion­ner une machine qui les trau­ma­tise et les déshu­ma­nise de nou­veau, eux et les autres. Notez que même si la sagesse tra­di­tion­nelle pou­vait les rendre heu­reux, la machine qu’ils font fonc­tion­ner ne s’ar­rête pas. Bien que l’hu­ma­ni­sa­tion de ceux qui sont au pou­voir puisse bien sûr s’a­vé­rer béné­fique — en fait je pense pou­voir affir­mer que le fait d’ai­der ceux qui sont au pou­voir à éprou­ver quelque chose pour eux-mêmes et donc pour les autres et pour la pla­nète consti­tue un élé­ment vital de la solu­tion — il en faut beau­coup plus pour qu’un chan­ge­ment signi­fi­ca­tif inter­vienne. Ensei­gner le yoga à des ban­quiers ne peut être qua­li­fié de révolutionnaire.

Excuses non recevables

J’ai moi-même avan­cé les excuses sui­vantes et je conti­nue de les entendre sur le ter­rain pour jus­ti­fier le main­tien du sou­tien appor­té à un sys­tème néfaste, injuste et des­truc­teur de l’en­vi­ron­ne­ment. Je nour­ris depuis peu une cer­taine into­lé­rance à l’é­gard de ces conne­ries pro­fé­rées par moi-même et par mes sem­blables. Je demande donc votre indul­gence pour le ton agres­sif employé ci-dessous :

  • « Je ne fais qu’ai­der les gens »
    Non, vous aidez des gens qui nuisent à d’autres gens
  • « J’aide tout le monde »
    Non vous aidez sur­tout ceux qui ont du fric
  • « Le tra­vail que je four­nis a tou­jours une influence positive »
    Ne soyez pas si naïfs. Lisez « Le Zen en Guerre »
  • « Je change les choses de l’intérieur »
    Vrai­ment ? Il est pos­sible que vous aidiez des gens à être plus heu­reux mais est-ce que cela change les sys­tèmes et les structures ?
  • « Je n’en ai pas les moyens »
    Vous vou­lez dire : « Je ne suis pas dis­po­sé à sacri­fier quoique ce soit dans mon style de vie pour vivre en accord avec mes prin­cipes. » C’est une ques­tion d’a­vi­di­té et non de néces­si­té. A très peu d’ex­cep­tions près, la majo­ri­té d’entre nous ne nage pas dans la mouise. Rédui­sez les voyages en Inde et pro­fi­tez-en pour éco­no­mi­ser quelques émis­sions de carbone.

Actions de guérilla à l’usage des profs de pratiques corpo-spirituelles :

Alors qu’est-ce que je peux faire ? Pou­vons-nous nous battre pour quelque chose plu­tôt que se conten­ter d’être contre ce qui se passe actuellement ?

Tout d’a­bord, je pense que dans la com­mu­nau­té ensei­gnante il est néces­saire de lever la main hon­nê­te­ment et d’af­fir­mer : « oui, je m’en­gage ». Je suis loin d’être blanc comme neige et j’é­cris ceci alors que je n’ai pris conscience du CIS que très récem­ment. Cela m’est par­ti­cu­liè­re­ment pénible mais pour moi main­te­nant, tout autre choix revien­drait à vivre dans le men­songe. J’en incite d’autres à avoir le cou­rage de se pen­cher sérieu­se­ment sur la ques­tion et de deve­nir des profs gué­rille­ros d’aï­ki­do, de yoga, de médi­ta­tion, etc… Si vous en avez assez de sau­ver les gens de la noyade et que vous avez envie de savoir qui les pousse dans l’eau, pre­nez contact. Je rêve d’un monde dans lequel la sagesse tra­di­tion­nelle serait uti­li­sée pour contri­buer à un vrai chan­ge­ment social. Dans lequel nous médi­te­rions pour contri­buer à une action sociale et dans lequel notre action sociale ferait par­tie de notre pra­tique spi­ri­tuelle. Que se pas­se­rait-il si, en ayant le pri­vi­lège d’ac­cé­der à une tech­no­lo­gie cor­po-spi­ri­tuelle de pointe, on assu­rait l’ac­ces­si­bi­li­té à tous, en par­ti­cu­lier à ceux qui se trouvent en pre­mière ligne de l’ac­ti­visme social ? Que se pas­se­rait-il si on débrayait et si on refu­sait de venir en aide à ceux qui per­pé­tuent la violence ?

Voi­ci quelques enga­ge­ments per­son­nels qui pour­raient s’a­vé­rer utiles à d’autres. Pour ma part :

  • J’af­fir­me­rai que nous vivons sous une force d’oc­cu­pa­tion qui ne nous veut pas du bien, et que je fais par­tie de la résis­tance. Mon but ne consiste pas à m’a­dap­ter ou à sou­te­nir un sys­tème psy­cho­lo­gi­que­ment des­truc­teur, socia­le­ment injuste et pré­ju­di­ciable à l’en­vi­ron­ne­ment mais à sou­te­nir ceux qui le détrui­ront de l’in­té­rieur et de l’ex­té­rieur. Le pre­mier chan­ge­ment concerne l’é­tat d’es­prit. J’ai le choix entre col­la­bo­rer ou entraî­ner de vrais révo­lu­tion­naires. Non, pas des révo­lu­tion­naires spi­ri­tuels méta­pho­riques ; de vrais révo­lu­tion­naires à part entière qui se servent de l’in­té­rieur pour amé­lio­rer l’ex­té­rieur et vice-versa.
  • Je trou­ve­rai des moyens pour que mon tra­vail soit acces­sible finan­ciè­re­ment et socia­le­ment. Pas d’ex­cuses. Il se pour­rait que je sois obli­gé de réduire les cap­puc­ci­nos au soja qui sont très chers. J’ai déjà com­men­cé en créant un pro­gramme de déve­lop­pe­ment per­son­nel démo­cra­tique, col­la­bo­ra­tif et open-source basé sur 12 étapes.
  • Je refu­se­rai d’en­sei­gner à toute per­sonne déte­nant un pou­voir quel­conque à moins que je ne décèle une ouver­ture vers un véri­table désir de chan­ge­ment. Ne pas don­ner de cou­teaux à des enfants déjà dangereux.
  • Je recher­che­rai acti­ve­ment les acteurs du chan­ge­ment qui pour­raient béné­fi­cier de ce que je fais.
  • Je crée­rai des cours de jeux de rôles per­cu­tants pour mettre en lumière des cas d’in­jus­tice sociale.
  • Je crée­rai un cours de lea­der­ship des­ti­né par­ti­cu­liè­re­ment aux groupes radi­caux et je leur en ferai cadeau.
  • Je pour­sui­vrai le tra­vail de rési­lience psy­cho­lo­gique avec les ONG.
  • Je ces­se­rai d’ap­por­ter mon sou­tien finan­cier en tant que consom­ma­teur au CIS dominant.
  • J’in­cor­po­re­rai dans mes cours des élé­ments pour rendre ser­vice et d’autres aspects pour décou­ra­ger le narcissisme.
  • J’é­ta­bli­rai des liens expli­cites entre le tra­vail cor­po­rel que j’en­seigne et la poli­tique (voir liens vidéos).
  • L’ex­pres­sion « guer­rier spi­ri­tuel » peut être prise plus à la lettre que l’ha­bi­tuelle expres­sion cali­for­nienne ban­cale… y com­pris de cer­taines manières que je n’a­bor­de­rai pas en public sur le net.

NB : le mot pros­ti­tu­tion est uti­li­sé ici comme une ana­lo­gie sus­ci­tée par l’é­mo­tion pour par­ler du fait de vendre quelque chose de sacré et ne consti­tue pas une attaque contre les tra­vailleurs du sexe.


Tra­duc­tion : Hélé­na Delau­nay & Maria Grandy

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  1. Mélan­ger New Age (qui est de la daube bien fumante), et Spi­ri­tua­li­té (au sens intros­pec­tion de Soi pour Apprendre à Aimer l’Autre) à ce point me fait dire et qua­li­fier cet article de mer­dique justement ! 🙂

    Et pour­tant cela ne m’empêchera pas d’u­ti­li­ser ce genre d’ex­pres­sion : Aspire à une Rêve-olu­tion Inté­rieure si tu veux voir dans le Monde une Ré-Evo­lu­tion Exté­rieure, puisque vous avez l’air de ne jurer que par la Révo­lu­tion San­glante et Des­truc­trice… ;p

    J’ai déve­lop­pé ma réponse, certes à ma facon, mais de manière construc­tive non ? 😉

    Boris PUYET »> Boris Teyup sur FB

    1. Le fait est que dans le monde d’au­jourd’­hui, les deux s’entremêlent, com­merce et monde mar­chand obli­geant. La com­mer­cia­li­sa­tion, la finan­cia­ri­sa­tion de pra­tiques spi­ri­tuelles de sagesses issus de divers cultures et endroits du monde (il faut aus­si poser le pro­blème de l’ap­pro­pria­tion cultu­relle) les déna­ture gran­de­ment. Ce n’est pas com­pli­qué à comprendre.

  2. Hey,
    C’est pas éton­nant que quelque chose d’aus­si puis­sant que la spi­ri­tua­li­té soit repris par le sys­tème. Je com­prends très bien com­ment on peut per­ver­tir le truc mais je ne sais pas si ça peut tenir à long terme, même à court terme d’ailleurs. Médi­ta­tion et spi­ri­tua­li­té ne font pas bon ménage avec l’égoïsme néces­saire au système.

  3. bon­jour et mer­ci pour votre article ! je sors d’un stage de médi­ta­tion mbsr et l’ai écour­té, car j’en avais assez d’en­tendre qu’on a tou­jours le choix dans la vie, que c’est à l’in­di­vi­du de trou­ver une réponse à son stress, c’est aux per­sonnes de s’a­dap­ter ; une per­sonne par­lait de sa souf­france à tra­vailler dans un opens­pace, et bien elle devait gérer son stress et savoir dire non, s’af­fir­mer ; la prof a don­né l’exemple des per­son­nels soi­gnants dans les hopi­taux qui fai­saient un burn out parce qu’ils don­naient trop d’empathie aux patients ; je me suis donc aga­cée à deux reprises du fait qu’on par­lait tout le temps de la res­pon­sa­bi­li­té de l’in­di­vi­du, qui avait tout le temps le choix, ce qui a fait par­tir 3 ou 4 per­sonnes de la salle et pro­vo­quer le mépris d’une autre car c’é­tait com­ple­te­ment hors contexte et que je leur fai­sais perdre du temps ; la prof a plu­tôt rec­ti­fié ses pro­pos, en disant que bien sûr il y a avait des pro­blèmes de struc­ture mais reste convain­cue que le chan­ge­ment du monde vien­dra du chan­ge­ment de chaque indi­vi­du, et je lui ai répon­du à peu près ce que vous avez écrit « medi­ter pour une action sociale…avec de vrais révo­lu­tion­naires qui se servent de l’in­té­rieur pour modi­fier l’ex­te­rieur ». elle a plu­tôt acquies­cé mais en même temps m’a dit à un autre moment qu’elle n’é­tait pas trop pro mili­tan­tisme et qu’elle pen­sait que mili­ter dans des orgas n’a­vaient jamais appor­té grand chose ! bref mmer­ci pour cet article je me sens moins seule au monde !

  4. Article inté­res­sant. Il est rare de voire quel­qu’un de l’in­té­rieur de ces mou­ve­ments expri­mer un avis poli­tique qui ne soit pas d’une tié­deur sans nom.
    Mais après ça, ne faut-il pas se poser d’autres ques­tions ? Si vous avez réus­si à vous ber­ner sur l’u­sage que font les puis­sants de vos pra­tiques, que ne savez-vous si vous-mêmes en abu­sez ? Mon avis : tout est à jeter dans le déve­lop­pe­ment per­son­nel, le lea­der­ship ne s’ap­prend pas dans des cours, entre jeunes bran­chouilles classes moyennes en mal d’en­chan­te­ment du monde. Soyons hon­nêtes, si ces gad­gets avaient le moindre éffi­cace en dehors du ren­for­ce­ment du délire bour­geois de contrôle du corps, les coachs seraient monarques et dic­ta­teurs ‑or ils sont coachs.
    Pour une ana­lyse com­plé­men­taire sur le yoga et son inser­tion dans les struc­tures sociales indiennes, ansi que son rap­port avec l’im­pé­ria­lisme et le natio­na­lisme Hin­dou : http://www.revolutionpermanente.fr/En-Inde-le-yoga-n-est-pas-que-non-violence

  5. Mer­ci pour l’ar­ticle, que je lis pour la deuxième fois. J’adhère à ce qui y est dit, tant cela devient très aga­çant d’en­tendre un tas de mili­tants actifs (pour le chan­ge­ment réel) se trans­for­mer en pas­sifs cen­trés sur eux. Il y a un paral­lèle très simple à faire entre déve­lop­pe­ment per­son­nel et libé­ra­lisme : c’est la même pen­sée du cha­cun pour soi. Soit disant, on peut tous s’en sor­tir en y croyant… bref.
    Je rajou­te­rais une nuance sur les inté­res­sés ‑c’est d’ailleurs la même que je fais à Etienne Chouard- qui selon moi ne sont pas que « les 1% ». 1%, c’est consen­suel, on est tous d’ac­cord, on parle de gens que per­sonne ne connaît, donc on ne se fâche pas. Mais ce que j’ob­serve, en tout cas en France (même si je pense bien qu’il était ques­tion du 1% mon­dial) c’est que des gens qui pro­fitent de la pas­si­vi­té et de l’ab­sence de chan­ge­ment, il y en a quand même beau­coup. Je n’ai pas les chiffres, mais les gens que j’ob­serve par­fois ne sont pas mil­liar­daires. Juste fils à Papa, bobo ou aris­to, héri­tiers de quelques 10aines de mil­liers d’eu­ros, d’une mai­son, ce qui suf­fit à les mettre à l’a­bri. Eux aus­si ont inté­rêt à ce que ça ne change pas (donc à ce qu’un gou­rou dise « y a pas de hasard, ta pen­sée crée le monde »); car si on venait à réel­le­ment chan­ger les choses et par­ta­ger, ils per­draient for­cé­ment quelque chose…
    donc réflé­chis­sons aux petits chefs et aux petits inté­rêts, par­tout autour de nous, en plus des 1%!

  6. Bon­jour !
    Je plus­soie : « Médi­ta­tion et spi­ri­tua­li­té ne font pas bon ménage avec l’égoïsme néces­saire au système. »
    Cela peut sem­bler para­doxal, mais c’est bien depuis que je regarde « en moi » et rien qu’en moi (en sui­vant un che­min spi­ri­tuel) que mes rela­tions avec les autres évo­luent au quo­ti­dien vers plus d’empathie, de bien­veillance et de partage.
    Mon exemple : depuis mes 18 ans, j’ai par­ti­ci­pé, plus ou moins acti­ve­ment, à divers mou­ve­ments mili­tants (Attac, sou­tien aux sans-papiers, défense d’une école « pour tou.te.s », col­lec­tif infor­mel de réap­pro­pria­tion des rues, etc.), et cela fai­sait du bien à mon égo : je défen­dais mes convic­tions, for­cé­ment les « bonnes », les plus « géné­reuses », etc. Je me suis même plon­gé dans le fémi­nisme, et j’af­fir­mais haut et fort ma com­pas­sion et mon sou­tien à la cause…
    Puis, un jour, j’ai prix ce nou­veau che­min, et j’ai accep­té de regar­der, réel­le­ment, en moi. Et je me suis vu avec les femmes : mani­pu­la­teur, cher­chant à trom­per, contrô­ler, à diri­ger, à dominer.
    Depuis lors, il m’est impos­sible de por­ter le même regard accu­sa­teur : je me suis vu mettre en place les mêmes méca­nismes (ou des méca­nismes simi­laires) que tous ceux qu’a­vant je qua­li­fiais de salopards… 

    Bref, je suis convain­cu que le chan­ge­ment « glo­bal » n’est pos­sible que si chacun.e accepte de se voir tel.le qu’il. est, qui est la pre­mière étape pour évo­luer et se débar­ras­ser des croyances (dans le « pro­grès », la « civi­li­sa­tion », etc.) et des atta­che­ments (notam­ment maté­riels) qui nous enferment et nous coupent des autres êtres (humains, ani­maux, végé­taux, etc.)

    Mer­ci pour cet excellent site !

    Ben­ja­min

    1. Il m’est arri­vé la même chose que toi,j’ai cru à un moment qu’il fal­lait mili­ter pour tout et au final c’est moi que je servais.De sûr­croit j’ai pas­sé ma vie(40 piges) à attendre quelque chose qui vien­drait de l’ex­té­rieur alors qu’à l’in­té­rieur c’é­tait une véri­table porcherie.Du coup là j’ai seule­ment com­men­cé à pro­gres­ser pour de vrai.
      Au final ce bon vieux Freud avait rai­son avec« Malaise dans la civi­li­sa­tion »,l’homme n’est pas un gen­til petit ani­mal débonnaire

  7. Excellent article !
    Le débrous­saillage doit autant se faire inté­rieu­re­ment qu’extérieurement…
    Quand prise de conscience il y a véri­ta­ble­ment de quelque chose, l’ac­tion doit aus­si­tôt être posée et s’en­suivre dans la matière , en har­mo­nie et adé­qua­tion avec cette prise de conscience, sans quoi ce n’en est pas une véritablement…
    Ne faire que tra­vailler en son for inté­rieur, sans aucune action qui en témoigne à l’ex­té­rieur et qui soit en adé­qua­tion avec, peut vous rendre la vie plus « sup­por­table » ou ce que vous vou­lez, mais ce ne serait qu’un pur tra­vail d’illu­sion­nisme du « soi-même », qui au delà du confort men­tal (et « gains » d’im­mé­dia­te­té contin­geants, vu qu’il ne « s’op­pose » à rien dan la matière) appor­té au « pra­ti­quant » de cet ordre, ne ser­vi­rait en rien un vrai chan­ge­ment, mais alors en rien, car il y aurait contra­dic­tion dans l’har­mo­nie du flux et du cou­rant vrai de la vie…

    1. J’a­joute et vice-versa…
      Agir « exté­rieu­re­ment » sans tra­vail inté­rieur revient au même point de « nul­li­té » que de de tra­vailler « inté­rieu­re­ment » sans en poser le « fruit » dans la matière en adé­qua­tion avec et au fur et à mesure des prises de conscience …

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