Source : http://anarchieverte.ch40s.net/2014/06/individualites-tendant-vers-le-sauvage/


Introduction

Vers la fin des années 2000, après qu’aux États-Unis des cel­lules d’ELF et d’ALF se soit fait déci­mer par une vague de répres­sion, au Mexique, des actions directes et des sabo­tages se fai­saient de plus en plus cou­rants (voir l’extensive chro­no­lo­gie dans Rabia y Acción n.9, Éne­ro 2012, Méxi­co). Plu­sieurs res­tèrent ano­nymes, mais plu­sieurs furent aus­si reven­di­quées par l’ALF, l’ELF et des groupes/cellules anar­chistes. Ces actions prirent de plus en plus d’ampleur au cours des années, et plus récem­ment il y a une ten­dance mar­quée vers une cri­tique anti-civi­li­sa­tion dans les posi­tion­ne­ments et les réflexions de nom­breuses reven­di­ca­tions d’actions ain­si que dans leurs cibles. Un de ces « groupes » a par­ti­cu­liè­re­ment rete­nu l’attention en plus de créer une cer­taine contro­verse, non seule­ment au Mexique, mais aus­si inter­na­tio­na­le­ment, de par la consis­tance, l’envergure et le carac­tère de leurs actions et reven­di­ca­tions…

Depuis 2011, un groupe se dénom­mant Indi­vi­dua­li­dades ten­dien­do a lo sal­vaje (ITS) [Indi­vi­dua­li­tés ten­dant vers le sau­vage] a reven­di­qué plu­sieurs actions, presque toutes diri­gées contre des membres de la « com­mu­nau­té » scien­ti­fique mexi­caine. La plus notoire fut l’explosion d’un colis pié­gé le 8 août 2011 au Tec de Mon­ter­rey, une des plus pres­ti­gieuses uni­ver­si­tés au Mexique, bles­sant gra­ve­ment du coup deux impor­tants scien­ti­fiques de l’institution. ITS reven­di­quèrent aus­si l’assassinat d’un bio­tech­no­lo­giste de renom­mé, Ernes­to Mén­dez Sali­nas, retrou­vé mort d’une balle à la tête dans son auto sur une auto­route, le 8 novembre 2011, ce que les auto­ri­tés mexi­caines ont tou­jours pré­sen­té comme une ten­ta­tive de vol d’auto ratée.

De par le type d’actions, étant don­né qu’ils s’attaquent direc­te­ment à des indi­vi­dus, ain­si que par plu­sieurs posi­tions pré­sen­tées dans leurs com­mu­ni­qués – que j’expose dans la sec­tion La Socié­té Tech­no-indus­trielle – ITS ont sou­vent été com­pa­ré au Free­dom Club / Una­bom­ber / Ted Kac­zyns­ki. De nom­breuses cri­tiques ont été publiées inter­na­tio­na­le­ment à leur endroit dans les milieux de gauche, mar­xistes, liber­taires, anar­chistes, éco­lo­gistes et scien­ti­fiques, mais aus­si des décla­ra­tions de soli­da­ri­té de la part d’individus, de groupes ou de cel­lules anar­chistes insur­rec­tion­nelles, de nihi­listes et d’ELF, sur­tout au Mexique, au Chi­li et en Grèce.

Puisqu’il n’existe pra­ti­que­ment rien en langue fran­çaise à leur sujet, je pro­pose ici une syn­thèse de leurs textes parus jusqu’à main­te­nant (huit com­mu­ni­qués, une courte « note » et une entre­vue par cor­res­pon­dance) – accom­pa­gnée d’une chro­no­lo­gie pour une meilleure com­pré­hen­sion –, où je tente de relier leurs idées par des résu­més accom­pa­gnés de nom­breuses cita­tions et où je m’efforce de repro­duire leur façon de s’exprimer pour un plus grand effet (comme l’utilisation de majus­cules). Ain­si, j’invite à ce que cha­cun qui le désire puisse faire sa propre réflexion et cri­tique de leurs actions et posi­tion­ne­ments, ou comme le diraient ITS :

« Nous lais­sons au rai­son­ne­ment des quelques lec­teurs intel­li­gents d’analyser et (pour­quoi pas?) cri­ti­quer ce texte […] pour pou­voir atteindre des conclu­sions réel­le­ment fortes et avec un vrai sens cri­tique de ce qui se passe dans la Réa­li­té et ne pas se lais­ser empor­ter par la marée du confor­misme civi­li­sé. »

Le nouveau boom du progrès

Dès le début de leur pre­mier com­mu­ni­qué, ITS mettent en avant une cri­tique de la Civi­li­sa­tion et sa des­truc­tion de la Nature Sau­vage en se concen­trant sur le thème du pro­grès tech­no­lo­gique et par­ti­cu­liè­re­ment les avan­cées de la nano­tech­no­lo­gie au Mexique et ailleurs. Ils dénoncent cette der­nière comme étant un nou­vel essor dans le pro­grès anthro­po­cen­trique de l’humain, vers son contrôle et sa domi­na­tion totale sur tout, jusqu’à l’infiniment petit, ce pro­grès qui a déjà conduit la Terre à sa pré­sente héca­tombe décrite dans plu­sieurs pas­sages, dont celui-ci :

« Jour après jour, nous nous regar­dons dans les yeux ter­ro­ri­sés par l’attitude irres­pon­sable de l’humanité envers la Nature Sau­vage, nous nous ren­dons compte que nous vivons dans un cau­che­mar tech­no­lo­gique. Nait-consomme-meurt est la roue tor­tueuse des villes, les der­niers ves­tiges d’environnements sau­vages sont conver­tis en “zones éco­lo­giques pro­té­gées” et la des­truc­tion pro­gresse à chaque ins­tant, comme l’illus­trent les déver­se­ments de pétrole en Ama­zo­nie, en Amé­rique du Sud, et dans le golfe du Mexique, les eaux usées radio­ac­tives de la mer du Japon, la dévas­ta­tion de forêts entières en Rus­sie, l’hyper-exploitation minière en Afrique, la pro­duc­tion à grande échelle de voi­tures en Europe, la dis­pa­ri­tion de mil­liers d’es­pèces d’animaux par année, la construc­tion de super-auto­routes, des sou­ter­rains et des com­plexes rési­den­tiels qui tra­versent des forêts ; le pro­grès tech­no­lo­gique est en train d’en finir avec le monde dans lequel nous sub­sis­tions jusqu’à main­te­nant, et qui est déjà en déclin. »

C’est dans ce contexte que la nano­tech­no­lo­gie pré­sente ses aspi­ra­tions et ses pro­messes. Les tech­no­logues nous déclarent que celle-ci détient le poten­tiel pour résoudre les pro­blèmes éco­lo­giques, comme en puri­fiant l’eau et l’air à l’aide de nano­ca­ta­ly­seurs et en créant de nou­velles sources d’énergies renou­ve­lables à base de nano­par­ti­cules, en plus d’éradiquer des mala­dies incu­rables à l’aide de nano­vac­cins et d’améliorer l’alimentation en la ren­dant plus nutri­tive à l’aide d’in­jec­tion d’anticorps, pour nous rendre plus forts et plus sains, etc.

ITS com­parent ces pro­messes de vie meilleure à celles de la révo­lu­tion indus­trielle qui nous a pro­pul­sés dans un monde arti­fi­ciel, de ciment et de métal, et rap­pellent que ce que les scien­ti­fiques évitent de nous dire c’est que « la nano­tech­no­lo­gie a tor­tu­ré des mil­lions d’animaux, enle­vés direc­te­ment de leurs milieux sau­vages pour être séques­trés dans leurs labo­ra­toires afin de tes­ter leurs nou­veaux pro­duits. Des expé­riences tel­le­ment aber­rantes que nous sommes inca­pables de les ima­gi­ner. »

Pre­nant l’exemple de la méde­cine, ITS ajoutent :

« Plu­sieurs diront peut-être que la Tech­no­lo­gie a aidé à ce que la méde­cine soit plus effi­cace, et nous accusent d’être inhu­mains lorsque nous disons que nous nous oppo­sons net­te­ment à un vac­cin qui gué­rit le dia­bète (par exemple), mais c’est là qu’on tombe dans l’un des nom­breux pièges du sys­tème.

Le Sys­tème Tech­no-indus­triel a tou­jours fait croire qu’il invente ce genre de remèdes pour que l’humanité vive mieux, de par son effi­ca­ci­té et sa rapi­di­té dans le domaine de la san­té, mais ce dont plu­sieurs ne se rendent pas compte c’est que le sys­tème fait cela pour que les gens lui soient encore plus dépen­dants, pour que tous aient la san­té et conti­nuent de grais­ser les rouages de la Méga­ma­chine, pour qu’ils conti­nuent de tra­vailler, de pro­duire et de consom­mer, en autre mot, pour que le Sys­tème de Domi­na­tion reste sur pied. »

Un autre aspect sur lequel les scien­ti­fiques mettent rare­ment l’accent, c’est la récur­rence avec laquelle leurs per­cées ont contri­bué de fac­to aux avan­ce­ments des tech­no­lo­gies de guerre, de domes­ti­ca­tion et de domi­na­tion. ITS consacrent une par­tie de leurs reven­di­ca­tions à la cri­tique des visées et des risques de l’avancement des hautes tech­no­lo­gies ain­si que leurs fusions, comme de la nano­tech­no­lo­gie avec la bio­tech­no­lo­gie, l’électronique molé­cu­laire, l’intelligence arti­fi­cielle, la robo­tique, etc.

ITS émettent des pré­oc­cu­pa­tions allant de l’intérêt mili­taire devant un poten­tiel d’armement (nano­ma­té­riaux, nano­bac­té­rio­lo­gie) encore plus dévas­ta­teur que l’arsenal nucléaire et bio­chi­mique actuel ; aux nano­mo­teurs, par les­quels on vou­drait que puissent se créer, par une basse consom­ma­tion d’énergie, des nano­cy­borgs capables de s’autoréparer et de s’autoreproduire ; ain­si que des dan­gers hypo­thé­tiques comme l’explosion de la nano­con­ta­mi­na­tion (par la guerre ou par l’utilisation à grande échelle de nano­par­ti­cules); ou encore des acci­dents scien­ti­fiques irré­ver­sibles, entre autres la théo­rie de la « grey goo » de l’ingénieur molé­cu­laire Eric Dex­ler – théo­rie qui anti­cipe une pos­sible catas­trophe scien­ti­fique de nano­ré­pli­ca­teurs s’autoreproduisant infi­ni­ment, détrui­sant toute vie en l’espace de quelques jours[1].

Aux cri­tiques qui affirment que leur vision catas­tro­phique est le pro­duit d’imaginations para­noïaques exa­gé­rées et irréa­listes, ITS répondent que ce sont les mêmes cri­tiques qui se firent contre ceux qui met­taient en garde contre l’expansion du nucléaire, avec les résul­tats que l’on connaît aujourd’hui dans plu­sieurs par­ties du monde ; forêts dévas­tées, infer­tiles et mutées, défor­ma­tions géné­tiques, nou­veaux can­cers incu­rables, ain­si que l’holocauste, résul­tat du pro­grès de la Civi­li­sa­tion, de la science et la Tech­no­lo­gie. Ils argu­mentent qu’il y aus­si sous-esti­ma­tion de la capa­ci­té éco­no­mique, de coef­fi­cient et d’intentions de ceux qui se pro­posent d’ « aug­men­ter » ou « amé­lio­rer » l’humain et la nature sau­vage à tra­vers la science et la tech­no­lo­gie. ITS rap­pellent qu’il y a seule­ment quelques décen­nies les scien­ti­fiques rêvaient de pou­voir faire des expé­riences, mani­pu­ler et modi­fier les gènes et les par­ti­cules à nanoé­chelle, un rêve main­te­nant accom­pli par la nano­tech­no­lo­gie, de la même façon, les mêmes rêvaient que leurs ordi­na­teurs gigan­tesques puissent se mettre dans une poche avec, en plus, des mil­liers d’applications.

Ils reprennent éga­le­ment les mots du prix Nobel de chi­mie, Harold Kroto[2] :

« Les gou­ver­ne­ments d’Europe et des États-Unis dédient de grandes quan­ti­tés d’argent à la nano­tech­no­lo­gie, à la recherche, par exemple, de com­ment rendre leurs avions invi­sibles. Si nous recu­lions jusqu’à 1910 nous pour­rions évi­ter d’avoir fait de la recherche en chi­mie pen­dant le 20e siècle et nous aurions évi­té le Napalm et la bombe ato­mique. »

Par contre, bien qu’elle détienne une place cen­trale due à son avan­ce­ment signi­fi­ca­tif au Mexique et au poten­tiel de déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique qu’elle pré­sente, il n’y a pas que la nano­tech­no­lo­gie qui soit cri­ti­quée et ciblée dans les attaques d’ITS, mais les tech­no­lo­gies com­plexes en géné­rale et leurs consé­quences, sur l’hu­main entre autres. Ils pré­cisent leur posi­tion :

« La tech­no­lo­gie com­plexe est le pro­blème qui nous indis­pose comme espèce depuis l’expansion de la Civi­li­sa­tion. Il est ici néces­saire de pré­ci­ser qu’il existe deux types de tech­no­lo­gies : celle qui est com­plexe et la tech­no­lo­gie simple. Des exemples de cette der­nière furent (ou sont) les ins­tru­ments et les outils employés par l’homme pri­mi­tif durant le paléo­li­thique et une par­tie du néo­li­thique, qui l’aidèrent à sur­vivre et que, sans aucun doute, cer­taines cultures uti­lisent encore pour chas­ser, cueillir, se réfu­gier et se défendre. ITS s’est tou­jours posi­tion­né contre la Tech­no­lo­gie moderne, celle qui est com­plexe, celle qui entraine la des­truc­tion de la Nature (humaine) Sau­vage. »

Par exemple, dans leur troi­sième com­mu­ni­qué ITS portent aus­si leur atten­tion sur la tech­no­lo­gie infor­ma­tique et sa trans­for­ma­tion de la vie des indi­vi­dus de par sa constante pré­sence. Ils reprennent les argu­ments du neu­ro­logue Gary Small sur les consé­quences dégé­né­ra­tives sur le cer­veau et sur l’interaction sociale (face-à-face) de l’utilisation exces­sive d’internet, tout en rap­pe­lant que ce même Gary Small conçoit cela comme une épreuve à sur­mon­ter, lui qui pour­suit des recherches sur la sti­mu­la­tion neu­ro­lo­gique par laser.

Cette cri­tique conti­nue sur le thème des médias sociaux, don­nant l’exemple de Face­book comme étant un grand suc­cès dans l’expérience sociale de contrôle du com­por­te­ment – ce der­nier étant un fac­teur de risque pour l’ordre éta­bli –, éli­mi­nant d’une façon très effi­cace la Nature dans le contact humain et déve­lop­pant à grands pas l’aliénation tech­no­lo­gique totale.

« Voi­là com­ment la tech­no­lo­gie en finit peu à peu avec l’interaction sociale qui est une impul­sion clai­re­ment natu­relle. Nous ne par­lons pas ici de s’engager dans des rela­tions d’amitié avec tout le monde indis­tinc­te­ment (ITS rejette l’amitié hypo­crite et la sur­so­cia­li­sa­tion), mais plu­tôt au sein de petits groupes de per­sonnes proche ou en affi­ni­té. La Tech­no­lo­gie est en train de sépa­rer cette inter­con­nexion natu­relle, la rédui­sant à des cour­riels et des com­men­taires numé­riques. »

Du même coup ITS rap­pellent qu’un des diri­geants les plus impor­tants de Face­book, le mil­liar­daire Peter Thiel – qui prône la numé­ri­sa­tion du monde – est un grand inves­tis­seur dans la recherche sur l’intelligence arti­fi­cielle – à tra­vers le Sin­gu­la­ri­ty Ins­ti­tute for Arti­fi­cial Intel­li­gence – ain­si qu’un finan­cier per­son­nel du Dr Aubrey de Grey – bio­gé­ron­to­logue qui concentre ses recherches sur l’immortalité. Ils dédient aus­si quelques pas­sages aux implants de puces élec­tro­niques et les recherches de Mark Gas­son, un scien­ti­fique anglais qui fait la pro­mo­tion de l’amélioration humaine par implants tech­no­lo­giques et qui dans ses recherches s’est infec­té (par exprès) avec un virus infor­ma­tique.

Dans ces exemples, ITS sou­lignent l’obsession de rem­pla­cer l’humain sau­vage par la machine et l’ambition mala­dive des per­sonnes qui s’y dédient.

La Société Techno-industrielle

Au cours de leurs cri­tiques, ITS se réfèrent conti­nuel­le­ment au Sys­tème Tech­no-indus­triel et à la Socié­té Tech­no-indus­trielle, ils les défi­nissent ain­si :

« Par Sys­tème Tech­no-indus­triel nous nous réfé­rons à l’ensemble des élé­ments autant phy­siques que concep­tuels (valeurs) qui englobent la Tech­no­lo­gie com­plexe, la science, l’industrie, la Civi­li­sa­tion et l’artificialité. Le Sys­tème Tech­no-indus­triel c’est l’objectif à frap­per, parce que de lui (et de sa popu­la­tion [Socié­té Tech­no-indus­trielle]) émanent le fonc­tion­ne­ment, l’amélioration et la per­pé­tua­tion de la méga­ma­chine appe­lée Civi­li­sa­tion. »

En dénom­brant des pro­grammes de recherche qui lient les ins­ti­tu­tions mexi­caines éta­tiques et aca­dé­miques (diverses uni­ver­si­tés et centres de recherches, la CONACYT [le Conseil natio­nal de science et tech­no­lo­gie] et la com­pa­gnie pétro­lière éta­tique Pemex et celle d’électricité, la CFE) ain­si que des mul­ti­na­tio­nales (Glaxo Smi­thK­line, Uni­le­ver, Syn­gen­ta), ITS évoquent l’étendue de la coopé­ra­tion et la coor­di­na­tion des avan­cées tech­no­lo­giques en nano­tech­no­lo­gie et ne manque pas de nous rap­pe­ler que ce sont les indi­vi­dus qui y par­ti­cipent direc­te­ment qui sont leurs cibles.

Dès leur pre­mière action reven­di­quée, un colis pié­gé envoyé au chef du Dépar­te­ment d’Ingénierie en Nano­tech­no­lo­gie, le pro­fes­seur Oscar Alber­to Cama­cho Olguín, le 14 avril à l’Universidad Poli­téc­ni­ca del Valle de Méxi­co. Ils annoncent :

« Nous n’hésiterons pas à atta­quer ces per­sonnes, qui sont des élé­ments clés pour l’apogée que la tech­no­lo­gie veut atteindre. Nous pré­fé­rons les voir mortes ou muti­lées plu­tôt qu’elles conti­nuent d’alimenter le Sys­tème de Domi­na­tion. »

Ils affirment que la moti­va­tion scien­ti­fique est basée dans les besoins psy­cho-émo­tion­nels, de réa­li­sa­tion per­son­nelle, de pres­tige et de sta­tut social de ses indi­vi­dus plu­tôt que quel­conque altruisme dédié à l’amélioration de la qua­li­té de vie, concluant que « la plu­part des scien­ti­fiques fondent leurs recherches sur leurs besoins psy­cho­lo­giques tor­dus, sur leurs acti­vi­tés de sub­sti­tu­tion. »

Ils expliquent que plu­sieurs pro­blèmes psy­cho­lo­giques, dont le besoin d’acti­vi­tés de sub­sti­tu­tion, pro­viennent de la frus­tra­tion éma­nant de la perte de la liber­té cau­sée par l’implantation et la crois­sance expo­nen­tielle de la Tech­no­lo­gie dans toutes les facettes de la vie. Dans cette ana­lyse ITS se réfèrent au concept de Pro­ces­sus de pou­voir, repris de La socié­té indus­trielle et son ave­nir [3] – texte qu’ils para­phrasent à plu­sieurs reprises. Ils résument l’essentiel de ce concept comme étant ; l’établissement d’un objec­tif, l’effort déployé pour y arri­ver, la réa­li­sa­tion de l’objectif, et l’atteinte de l’Autonomie.

« Voyons un exemple pour mieux expli­quer ce terme. Un homme qui obtient tout, seule­ment en l’exigeant, devient tou­jours hau­te­ment hédo­niste et déve­loppe de sérieux pro­blèmes psy­cho­lo­giques puisqu’il n’a jamais besoin de faire d’effort. Comme résul­tat, sur­gissent la démo­ra­li­sa­tion et l’ennui, ain­si, quand cet homme tente d’ef­fec­tuer quelque effort et n’y par­vient pas, parce qu’il en est évi­dem­ment inca­pable, sur­vient la frus­tra­tion dépres­sive, le défai­tisme, les sen­ti­ments d’infériorité, etc. Il n’est pas seule­ment ques­tion ici d’un homme bien nan­ti éco­no­mi­que­ment, mais plu­tôt du pusil­la­nime qui ali­mente l’aliénation du sys­tème par son absurde exis­tence.

Face à cette frus­tra­tion, de nom­breuses acti­vi­tés de sub­sti­tu­tion […], qui ont comme fina­li­té le tra­vail arti­fi­ciel et non réel, pour com­bler le vide engen­dré par la non-vie au sein de la Civi­li­sa­tion, sont inven­tées.

Dans la vie, cepen­dant, un effort impor­tant est natu­rel et hau­te­ment néces­saire pour se sen­tir bien avec soi-même et ne pas tom­ber dans les pièges du Sys­tème de Domi­na­tion. Répondre aux besoins phy­siques et bio­lo­giques tels que la recherche et l’obtention de la nour­ri­ture, la construc­tion de refuges, les soins entre les membres d’une com­mu­nau­té de per­sonnes liées et l’apprentissage de la sur­vi­vance sont à la base de la Nature Sau­vage Humaine, seule­ment, dans les villes, de telles acti­vi­tés réelles ne sont pas per­çues comme néces­saires ou sim­ple­ment ne sont même pas prises en compte.

Pour vivre au sein de la Civi­li­sa­tion, il suf­fit de peu d’effort pour com­bler les besoins que celle-ci exige et avoir dans la tête sa fausse idée de sta­bi­li­té […] c’est l’obéissance totale, c’est tout ce qu’il faut pour main­te­nir l’ordre éta­bli qui pré­vaut aujourd’hui. »

ITS consi­dèrent que la tech­no­lo­gie rend les indi­vi­dus de plus en plus dépen­dants du sys­tème, et qu’ils sont ain­si ancrés par son contrôle dans l’acceptation de ses normes sociales de sub­sis­tance, ce qui entraine la perte de l’identité et la néces­si­té « arti­fi­cielle-cultu­relle » de se fondre dans la masse ou d’appartenir à de larges groupes sociaux. C’est ain­si que la plu­part des per­sonnes se lient à des mou­ve­ments sociaux, par leur frus­tra­tion et leur inca­pa­ci­té d’en arri­ver à la liber­té et l’autonomie par leurs propres moyens ; en groupe elles se sentent puis­santes, mais seules elles se sentent inca­pables. Ils pour­suivent :

« Consé­quem­ment sur­gissent des per­sonnes qui se sentent tel­le­ment vides qu’elles en arrivent à l’extrême de dédier leur vie entière à une cause sociale, à une sous-lutte, qui ne fait que pro­vo­quer leur épui­se­ment phy­sique et men­tal, dans l’attente illu­soire, par exemple, d’un monde nou­veau où vivre, qu’elles se disent anar­chistes, com­mu­nistes, fémi­nistes, citoyen­nistes, éco­lo­gistes, végans et nombres d’autres bavar­dages mes­sia­niques connexes.

[…] De cette façon, la plu­part de ces per­sonnes qui disent avoir des approches “radi­cales”, dévient du vrai pro­blème (le Sys­tème Tech­no­lo­gique Indus­triel) et fondent leurs luttes sur des aspects réduc­tion­nistes qui ne font que per­fec­tion­ner le sys­tème et le rendre plus fort ».

À cet égard, ils citent l’exemple de la lutte contre la ségré­ga­tion raciale, qui a mené à la coop­ta­tion, à ce que plus de gens s’intègrent au sys­tème de domi­na­tion et adoptent ses valeurs. En conclu­sion :

« […] les autoch­tones, les femmes, les homo­sexuels, les éco­lo­gistes, et autres. Le sys­tème les a accueillis après que ceux-ci furent pro­ta­go­nistes de luttes pour des amé­lio­ra­tions “huma­ni­taires”, c’est à dire, ils ont fait en sorte que le sys­tème devienne plus “juste” et à simple vue, plus accep­table.

Donc, l’hypothèse selon laquelle le sys­tème doit s’ajuster à l’humanité est éli­mi­née, puisqu’au contraire, les per­sonnes, les gens, la socié­té (peu importe com­ment on veut le nom­mer) doivent se confor­mer aux besoins du sys­tème. Rien de plus. »

ITS iden­ti­fient en tant que gau­chistes ces ten­dances idéo­lo­giques, ces per­sonnes qui dédient leurs vies à l’a­mé­lio­ra­tion du sys­tème de domi­na­tion. Ils affirment même que c’est la socié­té indus­trielle dans son ensemble qui est gau­chiste, puisque celle-ci, à tra­vers la moder­ni­té, nous enseigne que nous devons être amiables, pas­sifs, hau­te­ment sociables, soli­daires, éga­li­taires, réfor­mistes, etc., des valeurs repro­duites par les médias de masse, le mar­ke­ting, l’éducation, les pro­grammes d’aide gou­ver­ne­men­taux et autres.

Un des fac­teurs qui carac­té­rise les gau­chistes selon ITS, c’est la recherche du pou­voir pour concré­ti­ser et impo­ser leurs aspi­ra­tions. En ce sens ITS dénoncent le rela­ti­visme qui carac­té­rise les posi­tions gau­chistes, sur­tout en ce qui a trait au pou­voir et à la tech­no­lo­gie. C’est par rela­ti­visme que ceux-ci affirment que la tech­no­lo­gie est « quelque chose de bien si on la regarde d’un point de vue dif­fé­rent ».

« Le rejet de la Tech­no­lo­gie est contraire aux valeurs des gau­chistes, puisqu’ils en ont besoin pour le pou­voir col­lec­tif qu’ils veulent atteindre : ils disent que si tout le monde contrô­lait les indus­tries et la Tech­no­lo­gie au lieu des quelques-uns qui sont au pou­voir, tout serait dif­fé­rent, ce qui est tota­le­ment erro­né. Cela revient à ne faire que chan­ger la laisse du chien, les consé­quences cli­ma­tiques et l’impact sur l’environnement de la pro­duc­tion à grande échelle conti­nue­raient d’endommager la Terre et par consé­quent la Domi­na­tion conti­nue­rait d’exister. En réa­li­té ça ne chan­ge­rait rien. Ce que veulent ces gens en pre­nant le pou­voir, c’est réfor­mer le sys­tème pour com­bler leurs besoins psy­cho­lo­giques de bien-être et de pro­grès, c’est à dire pour ras­sa­sier leurs acti­vi­tés de sub­sti­tu­tion impré­gnées de soif de pou­voir et de tota­li­ta­risme exa­cer­bé, même s’ils le nient. »

Ils affirment que c’est ain­si que l’humain moderne aux ten­dances gau­chistes rejette gran­de­ment l’individualisme, celui-ci pense qu’il existe pour ser­vir les autres. Pour ITS, aucun indi­vi­du ne devrait avoir pour unique but de ser­vir la socié­té ou pen­ser que les autres sont plus impor­tants que lui-même. Ils ajoutent :

« Plu­sieurs de ces per­sonnes confondent l’individualisme avec l’antisocial. L’être humain est sociable par nature, mais cela ne veut pas dire qu’il soit col­lec­ti­viste dans tous les aspects de son exis­tence sur la Terre. Le social devient quelque chose d’anormal quand les sen­ti­ments d’affection et de soli­da­ri­té réelle se per­ver­tissent en s’é­ten­dant au-delà d’un petit groupe de per­sonnes liées. Pour cette rai­son on peut dire que le col­lec­ti­visme est un sen­ti­ment créé par l’artificialité à laquelle s’est atta­ché le gau­chisme pour atti­rer plus d’automates au sein de ses gigan­tesques cercles sociaux. »

En ce sens, la soli­da­ri­té pro­mis­cue, un terme sou­vent uti­li­sé par ITS, est pré­sen­tée comme une per­ver­sion de l’instinct natu­rel qui tien ses racines his­to­riques dans la phi­lan­thro­pie ren­for­cée par l’amour du pro­chain chré­tien, per­pé­tuée par le gau­chisme dans la socié­té tech­no­lo­gique moderne et qui n’a plus rien a voir avec la soli­da­ri­té natu­relle entre un nombre réduit de proches :

« […] quand un petit groupe de per­sonnes par­tagent leurs vies quo­ti­dien­ne­ment ou un lien très proche, la soli­da­ri­té se fait pré­sente, comme l’est aus­si la défense (les uns les autres), l’appréciation et l’aide, puisque les membres du groupe men­tion­né se connaissent bien et par­tagent une vision com­mune, c’est là ou se déve­loppe la vraie soli­da­ri­té ins­tinc­tive et natu­relle, éloi­gnée du com­pro­mis for­cée, sen­ti­men­ta­liste et hypo­crite de la socié­té gau­chiste.

Voi­là la soli­da­ri­té réelle, celle que par­tagent les indi­vi­dus fai­sant par­tie d’un groupe natu­rel et immé­diat de proches, celle qui n’est pas modi­fiée par les idéo­lo­gies et les pra­tiques vic­ti­mi­santes que l’on connait avec des per­sonnes incon­nues à cause de sché­mas psy­cho­cul­tu­rels. »

Pour ITS, cette soli­da­ri­té pro­mis­cue de per­sonnes sen­tant un lien psy­cho-émo­tion­nel quel­conque avec des per­sonnes incon­nues affli­gées par une condi­tion de souf­france étran­gère à la leur démontre les valeurs hédo­nistes anti­na­tu­relles de la socié­té de masse qui rejette du revers de la main tout ce qui est incom­mode et indé­si­rable, même si cela fait par­tie d’un appren­tis­sage natu­rel, comme dans le rejet de la souf­france et la mort qui sont essen­tielles au déve­lop­pe­ment humain, à ses ins­tincts et sa sur­vie.

« À quoi ser­vi­rait une vie sans dou­leur ? À quoi nous ser­vi­rait d’ob­te­nir rapi­de­ment et faci­le­ment tout ce que nous pour­rions sou­hai­ter, sans faire aucun effort sérieux pour y arri­ver ? Ça n’aurait aucun sens de vivre ain­si, ça ne serait pas vivre, ça ne serait que pul­lu­ler et végé­ter.

[…] nous ne jus­ti­fions pas pour autant le sadisme ou la sen­si­bi­li­té extrême, qui sont d’autres dévia­tions men­tales de la vie civi­li­sée.

La science est celle qui contri­bue […] à inhi­ber la dou­leur et à en arri­ver à n’être que de simples huma­noïdes inca­pables même de res­sen­tir la dou­leur, qui est une consé­quence d’être vivant.

[…] la vie dans la Nature Sau­vage est vio­lente et dure. En fait, le taux de mor­ta­li­té par­mi quelques tri­bus sau­vages était de très bas âge, mais l’important n’est pas la quan­ti­té d’années vécues, on peut vivre plus de cent ans et n’avoir fait abso­lu­ment rien pour atteindre l’Autonomie dési­rée. D‘un autre côté on peut vivre peu d’années dans la Liber­té et ça, c’est déjà une grande vic­toire.

La mort, l’effort majeur, la souf­france et la dou­leur ne sont pas des choses “mau­vaises” en elles-mêmes, elles sont intrin­sèques à la vie de cha­cun de nous qui habi­tons la Terre. Ce qui est mau­vais, c’est la Domi­na­tion, la perte de l’Autonomie et de la digni­té humaine. »

Viva la Revolución ?

À plu­sieurs reprises, ITS raillent les idées révo­lu­tion­naires, qu’ils consi­dèrent comme des fabu­la­tions de la gauche, et aus­si plus spé­ci­fi­que­ment l’idée d’une quel­conque révo­lu­tion anti­tech­no­lo­gique qu’ils qua­li­fient d’ « idéa­liste et irra­tion­nel ». Ils avancent la néces­si­té d’abandonner « les termes gau­chistes » véhi­cu­lés par cer­taines ten­dances anti-civi­li­sa­tion, pour plu­tôt « don­ner lieu à une cri­tique radi­cale et trans­cen­der dans nos posi­tion­ne­ments contre la Méga­ma­chine ». Ils jugent que le concept de révo­lu­tion ne concorde pas avec les idées anti-civi­li­sa­tion puisqu’il s’agit tou­jours d’en arri­ver à la prise de pou­voir, la réor­ga­ni­sa­tion et la domi­na­tion sys­té­mique. Les divers mou­ve­ments armés ou extré­mistes qui veulent réfor­mer ou contrô­ler le sys­tème tech­no-indus­triel viennent aus­si contri­buer à sa conso­li­da­tion et lui per­mettent d’atteindre un nou­veau régime de « paix » qui avec le temps devient plus oppres­sant que le der­nier.

ITS appellent à une auto­cri­tique et une reva­lo­ri­sa­tion des idées anti-civi­li­sa­tion, indis­pen­sables devant les ajus­te­ments du Sys­tème de domi­na­tion et pour ne pas tom­ber dans un dog­ma­tisme carac­té­ris­tique du mar­xisme « Où le dieu c’est la Nature Sau­vage, le mes­sie est Ted Kac­zyns­ki, la bible est le mani­feste Una­bom­ber, les apôtres sont Zer­zan, Feral Faun, Jesús Sepúl­ve­da, entre autres, le para­dis tant atten­du est la chute de la Civi­li­sa­tion, les illu­mi­nés ou les pré­di­ca­teurs sont les “révo­lu­tion­naires” main­te­nus dans la foi qui serait la confiance aveugle qu’un jour arri­ve­ra la “révo­lu­tion”, les dis­ciples seraient les “poten­tiel­le­ment révo­lu­tion­naires”, les croi­sades ou les mis­sions seraient d’apporter la bonne parole aux cercles impli­qués dans les luttes éco­lo­gistes ou anar­chistes (selon où se trouvent les “poten­tiel­le­ment révo­lu­tion­naires”) et les athées ou les sectes seraient ceux d’entre nous qui ne croient pas à leur dogme ou qui n’acceptent pas leurs idées comme étant cohé­rentes avec la réa­li­té. »

Ils jugent que le concept de révo­lu­tion tient pour beau­coup à la néces­si­té psy­cho­lo­gique d’être récom­pen­sé pour ceux qui dédient leur vie au chan­ge­ment, de même qu’il ne tient qu’à la foi pour ceux qui rêvent d’être libé­rés.

Pour ITS :

« La lutte contre le sys­tème tech­no-indus­triel n’est pas un jeu où nous devons gagner ou perdre, vaincre ou être vain­cus, c’est quelque chose que plu­sieurs n’ont pas encore com­pris et il semble que plu­sieurs attendent tou­jours d’être “récom­pen­sés” dans le futur pour avoir joué les “révo­lu­tion­naires”. On doit accep­ter que plu­sieurs choses dans la vie ne sont pas récom­pen­sées, que plu­sieurs tâches et/ou buts ne sont pas atteints (incluant l’Autonomie), et la des­truc­tion du tech­no­sys­tème par le tra­vail des “révo­lu­tion­naires” est l’une d’elles. Il n’est plus temps main­te­nant d’espérer l’imminent effon­dre­ment, pour ceux qui veulent regar­der pas­ser le temps comme si le pro­grès tech­no­lo­gique n’était pas en train de croître à pas gigan­tesque, dévo­rant peu à peu la sphère de notre Liber­té indi­vi­duelle. »

Dans le même esprit ITS cri­tiquent cer­taines posi­tions anti-civi­li­sa­tion sur les idées révo­lu­tion­naires et l’éducation des masses qu’ils attri­buent entre autres à Ted Kac­zyns­ki :

« […] “édu­quer” les gens, les masses, une socié­té qui vit du nou­veau jeu vidéo et de la musique vir­tuelle dans ses lec­teurs, d’automobiles qui se garent seules et d’ordinateurs por­ta­tifs, de télé­phones cel­lu­laires avec de nou­velles moda­li­tés amé­lio­rées et de réseaux sociaux ? Nous ne voyons aucune pos­si­bi­li­té de chan­ge­ment struc­tu­rel à grande échelle sans les masses, pour autant nous ne voyons aucune pos­si­bi­li­té qu’une marée humaine, pous­sée par un raz-le-bol des consé­quences de la vie occi­den­tale, du séden­ta­risme et de l’avancée du Sys­tème Tech­no-indus­triel, détruise vio­lem­ment celui-ci. Nous ne croyons pas que ce soit pos­sible. »

Et un peu plus loin :

« Même si par une action coor­don­née de sabo­tage par les “révo­lu­tion­naires” […] le sys­tème s’ef­fon­drait, la domes­ti­ca­tion conti­nue­rait d’exister. Le Sys­tème Tech­no-indus­triel conti­nue­rait latent même avec très peu de per­sonnes le sou­te­nant (si ce n’est que dans un cer­tain futur il soit capable de s’auto-soutenir lui-même). La nature s’épanouira sans doute (dans cet exemple), mais […] ceux qui étaient habi­tués a la com­mo­di­té et au bon­heur arti­fi­ciel de l’ancien sys­tème ten­te­rons de le recons­truire. »

Cer­tains se deman­de­ront peut-être pour­quoi donc ITS trans­mettent-ils leurs idées en reven­di­quant des actions par com­mu­ni­qués ?

« ITS ne publient pas ce genre de com­mu­ni­qués pour que les gens se “libèrent” ou “se rendent compte” de la situa­tion vécue par la Terre avec le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique et qu’à par­tir de cela ils “changent” leurs habi­tudes ou leur façon de végé­ter, bien sûr que non (nous serions très stu­pides si nous pen­sions ain­si). Nous ne sommes pas, ni ne vou­lons l’être, inté­res­sés d’être les “sau­veurs bien inten­tion­nés”, nous n’avons rien à faire des avant-gardes gau­chistes qui pensent vague­ment qu’avec une action vio­lente reven­di­quée par un com­mu­ni­qué public ils chan­ge­ront la men­ta­li­té putré­fiée de la socié­té civile. Ce genre de mes­sage est diri­gé uni­que­ment et exclu­si­ve­ment aux indi­vi­dus, ou groupes d’affinités, ou dans un pro­ces­sus d’idées, pour qu’ils décident de por­ter la cri­tique envers le Sys­tème Tech­no­lo­gique Indus­triel à un autre niveau, bien enten­du, avec des bases concrètes et éloi­gnées des symp­tômes civi­li­sa­teurs, à par­tir de leurs propres moyens ; de plus, essayer d’apporter une contri­bu­tion sin­cère et impor­tante pour cette lutte qua­li­ta­tive contre la Civi­li­sa­tion et sa pseu­do-sta­bi­li­té. »

« Est-ce que ITS est un groupe anar­chiste ? »

Sur ce point ITS répond que bien qu’ils fassent publier leurs com­mu­ni­qués par des espaces de dif­fu­sion anar­chistes, ils ne s’identifient pas avec cette idéo­lo­gie qui, expliquent-ils, s’est gar­nie de tel­le­ment d’adjectifs et de sous-cou­rants qu’il devient dif­fi­cile d’en faire res­sor­tir le carac­tère unique, ain­si que d’expliquer un posi­tion­ne­ment sur cha­cun de ces aspects pren­drait trop de temps à expli­quer. Le même constat est fait à pro­pos du pri­mi­ti­visme qui, ajoutent-ils, souffre de défor­ma­tions et de mani­pu­la­tions. Ils pré­cisent :

« […] nous ne par­ta­geons pas la vision des anar­chistes à pro­pos de la des­truc­tion de ce monde pour en construire un “nou­veau”, “auto­gé­ré” et à l’intérieur des para­mètres de l’appui mutuel (à des incon­nus) et de la soli­da­ri­té (pro­mis­cue), ce qui, comme nous l’avons décla­ré anté­rieu­re­ment, est anti­na­tu­rel.

[…] Ce en quoi nous croyons c’est l’unique vrai et chao­tique concept de l’Anarchie (qui n’est pas la même chose que l’anarchisme), dans l’illégalité pour atteindre nos objec­tifs et ne pas endu­rer ou bai­ser les pieds des membres et diri­geants de la socié­té tech­no-indus­trielle. »

ITS émettent aus­si une cri­tique de la « nou­velle gué­rilla urbaine » impul­sée prin­ci­pa­le­ment par les pri­son­niers de Conspi­ra­tion des Cel­lules du Feu en Grèce et leurs affi­ni­tés, comme quoi la seule « nou­veau­té » serait l’autonomie et la décen­tra­li­sa­tion de l’action. ITS ajoutent que cette stra­té­gie n’a don­né que plus de pri­son­niers et qu’ils ne s’attendent pas à revoir des pro­cès comme celui de la RAF dans les années 70. Ils font cepen­dant une nuance en par­lant de la ten­dance anar­cho-nihi­liste :

« ITS pense que par­mi ces cel­lules il existe des gens qui ne sentent pas la néces­si­té de construire une nou­velle socié­té, mais plu­tôt de détruire l’existant, un objec­tif que nous ne consi­dé­rons pas comme gau­chiste. Les États sont réel­le­ment pré­oc­cu­pés par la levée de sabo­tages anar­chistes, ce qui démontre qu’ils en sont arri­vés à consti­tuer une menace pour le sys­tème éco­no­mique-poli­tique de cer­tains pays, quelque chose qui leur est digne de recon­naître. »

Donc, ITS n’œuvrent clai­re­ment pas à « chan­ger le monde » et affirment à quelques reprises qu’ils ne croient pas non plus qu’ils aient bou­le­ver­sé le cours des choses avec leurs actions, mais main­tiennent fer­me­ment leur volon­té de mener une guerre contre la Civi­li­sa­tion :

« Bien que tout ceci soit inutile et tombe dans la sté­ri­li­té, nous pré­fé­rons nous battre dans une guerre contre toute domi­na­tion plu­tôt que de res­ter inertes, dans l’expectative, pas­sifs ou comme fai­sant par­tie de tout ça.

Nous pré­fé­rons nous posi­tion­ner du côté de la Faune et la Flore Sau­vage res­tantes. Nous pré­fé­rons retour­ner vers la Nature, la res­pec­ter dans l’absolu et aban­don­ner les villes en main­te­nant nos reven­di­ca­tions en tant que Guer­riers Anti­ci­vi­li­sa­tion. Nous pré­fé­rons conti­nuer la Guerre qu’on nous a décla­rée depuis des années, en sachant que nous allons perdre, mais en nous pro­met­tant à nous-mêmes que nous don­ne­rons notre plus grand effort.

Car, bien que cer­tains fac­teurs à l’intérieur de la Civi­li­sa­tion nous indiquent que nous sommes domes­ti­qués bio­lo­gi­que­ment depuis long­temps, nous conti­nuons d’avoir les Ins­tincts Sau­vages qui nous poussent à défendre tout ce dont nous fai­sons par­tie, la Terre. »

Critiquer par la raison et agir par instinct

« Nous cri­ti­quons par la rai­son et nous agis­sons par ins­tinct, les deux vont main dans la main. Une nous sert pour ana­ly­ser et cri­ti­quer en pro­fon­deur ce qui se passe main­te­nant et l’autre nous sert pour l’attaquer de manière fron­tale, sans aucune com­pas­sion et en reje­tant quel­conque consi­dé­ra­tion pseu­do-morale de la Civi­li­sa­tion. »

À ceux qui cherchent à déchif­frer leurs moti­va­tions et qui les cri­tiquent de déchar­ger leurs frus­tra­tions avec des atten­tats contre les scien­ti­fiques, ITS répondent que leurs sen­ti­ments et leur émo­ti­vi­té, ils les gardent pour d’autres aspects de la vie, que ces attaques pro­viennent de leur ins­tinct de sur­vie et que de renon­cer à cet ins­tinct c’est tom­ber dans le piège de la Domi­na­tion. Plus expli­ci­te­ment :

« Atta­quer le Sys­tème Tech­no-indus­triel est un ins­tinct natu­rel de sur­vie (de même que de mener un style de vie anti-indus­triel en petite com­mu­nau­té), en tant qu’entités ration­nelles nous com­pre­nons que cette réa­li­té que le sys­tème a créée est contraire à la Nature, et sa défense sau­vage est ce qui nous motive comme indi­vi­dus aci­vi­li­sés, pour cela ITS uti­lise la confron­ta­tion directe pour arri­ver à ses dites fins, il n’y a rien de plus répu­gnant et répré­hen­sible pour la socié­té, les auto­ri­tés et le sys­tème même que l’utilisation de la vio­lence.

Le sys­tème est tou­jours celui qui appelle au dia­logue, à l’utilisation de la parole, à régler les pro­blèmes comme des “gens civi­li­sés”, parce qu’il craint la désta­bi­li­sa­tion et le pos­sible effon­dre­ment de sa paix sociale par l’utilisation exces­sive de la confron­ta­tion de la part d’individus éveillés.

L’espèce humaine est conflic­tuelle par nature, et reje­ter cette valeur intrin­sèque est un anta­go­nisme de ce que nous sommes réel­le­ment ou que nous étions (pour les civi­li­sés modernes).

ITS ne met cer­tai­ne­ment pas la vio­lence sur un autel, nous la voyons sim­ple­ment comme un moyen. »

Pour ce qui est de leur concep­tion de la Réa­li­té, ils affirment qu’ils la centrent dans la per­cep­tion de leurs sens par les­quels ils acquièrent des connais­sances cog­ni­tives en uti­li­sant la Rai­son pour décor­ti­quer par une cri­tique radi­cale la fausse réa­li­té arti­fi­cielle impo­sée par le Sys­tème Tech­no-indus­triel.

ITS rap­pellent que l’imagination et la créa­ti­vi­té (en autre mot, la fic­tion) jouent aus­si des rôles impor­tants pour l’espèce humaine dans l’adaptation de ses habi­le­tés et la sur­vie dans son envi­ron­ne­ment. Un pro­blème sur­git tou­te­fois de ces mêmes dis­po­si­tions lorsqu’elles se retrouvent à l’intérieur d’une réa­li­té impo­sée par la Civi­li­sa­tion où la fic­tion occupe la majeure par­tie du temps :

« Vol­pi l’a dit : “Nous y sommes tous les jours à vou­loir être confron­tés à la fic­tion, nous regar­dons la télé­vi­sion, nous jouons à des jeux vidéos, nous allons au théâtre, nous écri­vons [4]” indi­quant une sévère dévia­tion de la réa­li­sa­tion des besoins bio­lo­giques qui par nature doivent être com­blés grâce à un effort sérieux (pro­ces­sus de pou­voir).

L’espèce humaine défor­mée se crée tou­jours plus d’activités de sub­sti­tu­tions et se laisse embru­mer la pen­sée par une “sur­dose” de fic­tions, lais­sant de côté ce qui est impor­tant, tom­bant ain­si dans un des pièges du Sys­tème de Domi­na­tion : la dis­trac­tion. »

Devant cette réa­li­té arti­fi­cielle, ain­si que le rela­ti­visme de la socié­té tech­no-indus­trielle et les valeurs éma­nant de la Civilisation[5] qu’ils nomment pseu­do-morale, il est essen­tiel pour ITS de pou­voir se cen­trer dans une réa­li­té irré­fu­table. De ce fait, ils annoncent qu’ « ITS n’est pas un groupe amo­ral » et expliquent que leur concep­tion de la mora­li­té est basée dans le monde phy­sique où la Nature Sau­vage et la Civi­li­sa­tion s’opposent : « La Nature c’est le bien, la Civi­li­sa­tion c’est le mal ».

L’humain s’est déve­lop­pé pen­dant des mil­lions d’années dans la Nature Sau­vage, et ceux qui défendent la Civi­li­sa­tion et ses valeurs (pro­grès, science, tech­no­lo­gie, culture civi­li­sée, etc.) défendent la dévia­tion de ce déve­lop­pe­ment par la Domi­na­tion, sont inca­pables de voir la Réa­li­té et s’enfoncent dans leur propre des­truc­tion.

Loin de toute dua­li­té méta­phy­sique (esprit-corps, foi-rai­son, etc.) ou théo­lo­gique (dieu-diable, bénit-mau­dit, etc.) ils argu­mentent que la dicho­to­mie Nature Sau­vage / Civi­li­sa­tion est ancrée dans la Réa­li­té, que nous sommes des enti­tés phy­siques avec des besoins phy­siques à l’intérieur d’un monde irré­fu­ta­ble­ment phy­sique, que la méta­phy­sique est une repro­duc­tion men­tale des sché­mas psy­cho­cul­tu­rels impo­sés par la Domi­na­tion :

« Pour ITS la Nature n’est pas une déesse, elle n’est pas notre mère, ni rien du genre. La Nature est ce qu’elle est, c’est une objec­ti­vi­té abso­lue, point ; l’adorer ou l’idéaliser serait tom­ber dans la sacra­li­té irra­tion­nelle, contre laquelle nous sommes entiè­re­ment oppo­sés. »

Un duel à mort

Ces der­nières années, cer­tains membres de la socié­té tech­no-indus­trielle et par­ti­cu­liè­re­ment les milieux scien­ti­fiques, ont prê­té atten­tion aux attaques par les­quelles ils sont ciblés, ont peut le voir par plu­sieurs articles qui sont récem­ment parus dans la revue Nature [6], par exemple, et qui se pré­oc­cupent de cette ten­dance, sur­tout depuis l’attentat réus­si d’ITS contre le Dr Arman­do Her­re­ra Cor­ral, coor­di­na­teur du CEDETEC (Centre de Déve­lop­pe­ment Entre­pre­neu­rial et de Trans­fert de Tech­no­lo­gie), bles­sant celui-ci et son col­lègue, le scien­ti­fique en robo­tique Ale­jan­dro Aceves López, au Tec de Mon­ter­rey le 8 août 2011, ain­si que l’enlèvement et la jam­bi­sa­tion de l’entrepreneur nucléaire Rober­to Adi­nol­fi (direc­teur d’Ansaldo Nucleare) par Nico­la Gai et Alfre­do Cos­pi­to le 7 mai 2012 à Genève [7]. Le pro­blème est de plus pré­oc­cu­pant pour ceux-ci puisqu’il ne s’agit pas d’une confron­ta­tion tra­di­tion­nelle, dans le sens où il n’y a pas de demandes aux­quels on puisse répondre ou de négo­cia­tion pos­sible avec une quel­conque oppo­si­tion ni un enne­mi clai­re­ment défi­ni sur lequel se concen­trer.

« Nous ne vou­lons pas d’un nou­veau régime “alter­na­tif” ou plus “vert” diri­gé par des intel­lec­tuels, des mili­taires ou des poli­ti­ciens ; nous vou­lons que tous les régimes qu’englobe la Civi­li­sa­tion soient détruits. »

De plus ces attaques venant d’initiatives indi­vi­duelles et tota­le­ment décen­tra­li­sées sortent de l’habituelle action sym­bo­lique ou d’un dom­mage maté­riel faci­le­ment rem­pla­çable et vont direc­te­ment contre l’intégrité phy­sique de ses per­sonnes. ITS ne peuvent pas êtres plus clair quand ils répondent aux condam­na­tions de leurs gestes :

« Les condam­na­tions ne se sont pas faites attendre, ils nous appellent ter­ro­ristes, ces inutiles membres de la socié­té indus­trielle, qu’ils sachent que nous le pren­drons comme un com­pli­ment. Nous le répé­tons, nous ne sommes pas de simples sabo­teurs, poseurs de bombes, nous sommes plus que ça, et s’ils nous cata­loguent en tant que ter­ro­ristes, ils ont rai­son, bref, notre objec­tif est de muti­ler ain­si que de tuer ces scien­ti­fiques, cher­cheurs, pro­fes­seurs et autres racailles qui sont en train de réduire la Terre à un simple déchet urba­ni­sé. »

ITS savent bien que le pro­grès ne s’arrête devant rien et que les scien­ti­fiques conti­nue­ront leurs recherches au Mexique et ailleurs, mais ils aver­tissent tou­te­fois qu’en même temps que le Sys­tème tech­no-indus­triel avan­ce­ra, ses défauts seront de plus en plus évi­dents et catas­tro­phiques et les attaques aug­men­te­rons, qu’il y aura des réper­cus­sions à détruire la Terre.

Ils affirment plus d’une fois qu’eux-mêmes ne cherchent pas à arrê­ter le sys­tème, bien que cela soit dési­rable, ils pré­fèrent viser « ce qui est tan­gible, pal­pable et immé­diat, et cet immé­diat c’est l’attaque avec toutes les res­sources, tout le temps et toute l’in­tel­li­gence néces­saires contre ce sys­tème. Nous sommes des indi­vi­dua­li­tés en pro­ces­sus d’accomplissement de notre Liber­té et notre Auto­no­mie, à l’intérieur d’un envi­ron­ne­ment opti­mal, et de pair nous atta­quons le sys­tème qui nous veut clai­re­ment dans des cages, répon­dant à nos ins­tincts humains sau­vages. Avec cela nous nous effor­çons en tant qu’individus en affi­ni­tés à nous main­te­nir le plus loin pos­sible des concepts, pra­tiques et idéo­lo­gies gau­chistes et civi­li­sés. »

C’est jus­te­ment ce pro­ces­sus d’accomplissement de la Liber­té et l’Autonomie comme le conçoivent ITS qui est irré­con­ci­liable avec la Civi­li­sa­tion. La vraie Liber­té selon ITS c’est « le déve­lop­pe­ment auto­suf­fi­sant des capa­ci­tés, ten­dances et besoins bio­lo­giques, phy­siques, psy­cho­lo­giques et émo­tion­nels, à la fois indi­vi­duel­le­ment comme en com­pa­gnie d’un cercle social immé­diat et réduit de per­sonnes proches. Le déve­lop­pe­ment inté­gral et sans aucune média­tion ou limi­ta­tion impo­sées par la Civi­li­sa­tion et le pro­grès humain. Tout cela, dans un envi­ron­ne­ment natu­rel comme déter­mi­né par des indi­vi­dus évo­lu­ti­ve­ment adap­tés. C’est la vraie liber­té, comme en jouis­sait l’homme pri­mi­tif, sans agri­cul­ture, sans pro­duc­tion à grande échelle et sans tech­no­lo­gie com­plexe. »

Comme ils le sou­lignent, leur nom le dit, ils sont une conver­gence d’individus en che­min vers un état pri­maire et sau­vage qu’ils défi­nissent comme étant le style de vie des pre­miers homo sapiens de l’ère paléo­li­thique qui se déve­lop­paient dans un envi­ron­ne­ment sans tech­no­lo­gie com­plexe, sans agri­cul­ture, sans séden­ta­risme et par consé­quent sans Civi­li­sa­tion. Ils acquiescent cepen­dant que la Terre a bien chan­gé depuis et qu’elle est main­te­nant exces­si­ve­ment peu­plée [8] :

« Ce sont des choses très dif­fé­rentes de dire que ce mode de vie semble adé­quat, et de dire qu’il est facile de retour­ner vivre de cette façon. S’il est clair que cer­taines cultures dans le monde per­sistent encore à vivre comme leurs ancêtres il y a des mil­liers d’années, (exemples : Abo­ri­gènes aus­tra­liens, Yano­ma­mi, Men­ta­wai, Danis, Boshi­mans, Inuits, Wao­ra­ni, cer­tains Rara­mu­ris, etc), il existe cer­taines limi­ta­tions sévères (phy­siques, psy­cho­lo­giques et envi­ron­ne­men­tales, sans doute) aux­quelles comme humains modernes, nous devons faire face et que nous devons sur­mon­ter si nous vou­lons adop­ter à nou­veau ce mode de vie avec la nature. Bien que chaque jour il y ait moins de zones sau­vages en Amé­rique (en par­lant de “notre” ter­ri­toire) dans les­quelles le mode de vie chas­seur-cueilleur-nomade puissent être employé, ça ne nous appa­rait pas com­plè­te­ment impos­sible.

Il serait naïf de dire que c’est facile. Logi­que­ment il doit y avoir un pro­ces­sus.»

Quoiqu’on pense de leurs pos­tures et de leurs méthodes, ITS incarne clai­re­ment une expres­sion humaine d’une confron­ta­tion irré­duc­tible, un duel jusqu’à la mort (et peut-être per­du d’avance), entre la Nature Sau­vage et le Sys­tème Tech­no-indus­triel. Sur ce, je leur laisse le mot de la fin :

« Pour ter­mi­ner, nous l’avions déjà dit dans nos com­mu­ni­qués pré­cé­dents, avec ces attaques nous n’essayons pas de gagner ou de perdre (celui qui pense qu’il gagne­ra a déjà per­du), ce dont il est ques­tion c’est de faire face au sys­tème et à ceux qui le sou­tiennent, démon­trer avec des actions qu’il ne nous a pas domes­ti­qués, que nous n’avons pas accep­té ses valeurs, que nous conti­nuons d’être des humains avant d’être des robots, qu’ils n’ont pas tota­le­ment domes­ti­qué notre conduite, que nous résis­tons à faire par­tie de leurs men­te­ries et de leurs négo­cia­tions, que nous ne vou­lons d’aucun pacte, que nous ne vou­lons pas quelque chose de mieux ou moins nocif, nous vou­lons l’affrontement, la guerre à mort contre ce sale sys­tème. »


notes :

[1] Voir Engines of Crea­tion par Eric Dex­ler. L’importance de cette théo­rie aux yeux d’ITS fut reje­tée par ceux-ci après qu’elle fut pré­sen­tée comme l’essentiel de leurs moti­va­tions dans l’article de Chris Tou­mey, Anti-nano­tech vio­lence, revue Nature, octobre 2013.

[2] À pro­pos des nom­breuses cita­tions uti­li­sées par ITS au cours de leurs com­mu­ni­qués (de Nietzsche, Ein­stein, Ayn Rand, Orwell, Bill Joy etc.), ceux-ci prennent la peine de pré­ci­ser qu’ils ne sont pas en accord avec ce que disent en géné­ral ces per­sonnes, mais qu’ils citent des pas­sages spé­ci­fiques quand cela leur convient.

[3] Sur plu­sieurs termes comme sur­so­cia­li­sa­tion, acti­vi­tés de sub­sti­tu­tion et pro­ces­sus de pou­voir, ain­si qu’une grande par­tie des idées dans cette sec­tion, voir La socié­té indus­trielle et son ave­nir par Free­dom Club/Theodore Kac­zyns­ki.

[4] Jorge Vol­pi, La mente : El cere­bro y el arte de la fic­ción.

[5] Pré­sen­tés dans la sec­tion La Socié­té Tech­no-indus­trielle

[6] Stand up against the anti-tech­no­lo­gy ter­ro­rists, Gerar­do Her­re­ra Cor­ral (frère d’Armando Her­re­ra Cor­ral vic­time d’un atten­ta d’ITS), Nature N° 476 ; Anar­chists attack science, Leigh Phil­lips, Nature N° 485 ; Nano­tech­no­lo­gy : Armed resis­tance, Leigh Phil­lips, Nature N° 488, Anti-nano­tech vio­lence, Chris Tou­mey, Nature, octobre 2013, pour en dénom­brer quelques-uns

[7] Le 12 novembre à Genève, Nico­la Gai et Alfre­do Cos­pi­to ont été sen­ten­ciés à 9 ans et 4 mois et 10 ans et 8 mois res­pec­ti­ve­ment, sous accu­sa­tion « d’attaque ayant pour but le ter­ro­risme » pour l’enlèvement de Rober­to Adi­nol­fi, patron de la firme nucléaire Ansal­do Nucleare. et lui avoir tiré une balle dans le genou.

[8] Il vaut la peine de pré­ci­ser que dans leur sep­tième com­mu­ni­qué ITS rejette expli­ci­te­ment toute forme de géno­cide, de sté­ri­li­sa­tion et de contrôle de la popu­la­tion carac­té­ris­tique du cou­rant éco­fas­ciste (lar­ge­ment repré­sen­té par Pent­ti Lin­ko­la) et qui sous-entend le main­tien de la Civi­li­sa­tion et de la Tech­no­lo­gie à ces fins.


Ndt : Du pre­mier au cin­quième com­mu­ni­qué ITS uti­lise le « x » pré­sents dans plu­sieurs écrits anar­chistes de langue espa­gnole pour éli­mi­ner le genre dans la gram­maire, ce qui est impos­sible de repro­duire en fran­çais, étant don­né que la fémi­ni­sa­tion équi­vaut à une ten­ta­tive d’égaliser ou confondre les genres plu­tôt que de les éli­mi­ner. À par­tir du sixième com­mu­ni­qué, ITS rejette cette façon d’écrire la qua­li­fiant de « sous-culture gram­ma­ti­cale » éma­nant du gau­chisme et du réduc­tion­nisme.


Chro­no­lo­gie d’événements entou­rant ITS

14 avril 2011 : Un colis pié­gé diri­gé au chef du Dépar­te­ment d’Ingénierie Nano­tech­no­lo­gique est lais­sé par ITS à l’Université Poly­tech­nique de Valle de Méxi­co. État de Méxi­co. L’explosion blesse gra­ve­ment un gar­dien de sécu­ri­té du cam­pus qui ouvre le colis.

27 avril 2011 : Pre­mier com­mu­ni­qué d’ITS ; une cri­tique de la nano­tech­no­lo­gie.

9 mai 2011 : Une bombe est pla­cée au cam­pus de l’Université Poly­tech­nique de Valle de Méxi­co et une menace à la bombe est envoyée à l’institution. L’intention, révé­lée par la suite par ITS, est d’atteindre les poli­ciers répon­dant à la menace. La bombe est retrou­vée et désa­mor­cée par la police.

22 mai 2011 : Deuxième com­mu­ni­qué d’ITS ; une cri­tique de l’impact de la tech­no­lo­gie sur l’environnement et du concept de révo­lu­tion.

8 août 2011 : Un colis pié­gé diri­gé au Dr Arman­do Her­re­ra Cor­ral, coor­di­na­teur du Centre de Déve­lop­pe­ment Tech­no­lo­gique (CEDETEC), est lais­sé par ITS au Tec de Mon­ter­rey – cam­pus de l’État de Méxi­co. Le colis est retrou­vé et remis à celui-ci. Il explose bles­sant sérieu­se­ment sa cible ain­si que son col­lègue, le scien­ti­fique en robo­tique Ale­jan­dro Aceves López.

9 août 2011 : Troi­sième com­mu­ni­qué d’ITS ; une cri­tique des scien­ti­fiques, de la nano­tech­no­lo­gie et de la tech­no­lo­gie de l’information.

28 août 2011 : Un atten­tat à la bombe d’ITS contre les recher­chistes et bio­tech­no­lo­gistes du Centre de Recherche et d’Études Avan­cées de l’Institut Poly­tech­nique Natio­nal à Ira­pua­to, Gua­na­jua­to, échoue grâce à l’intervention de l’armée mexi­caine.

6 sep­tembre 2011 : Un colis pié­gé diri­gé à Dr Flo­ra Adria­na Ganem Ron­de­ro, tête du dépar­te­ment de Tech­no­lo­gie Phar­ma­ceu­tique de l’UNAM, est lais­sée par ITS sur le cam­pus à Méxi­co, DF, le colis est désa­mor­cé par la police.

mi sep­tembre 2011 : Un colis pié­gé diri­gé à Pedro Bra­j­cich Gal­le­gos, le direc­teur géné­ral de l’Institut Natio­nal de Recherche en Fores­te­rie, Pêche et Agri­cul­ture, inves­tit dans l’ingénierie géné­tique, est lais­sé sur les lieux de cette ins­ti­tu­tion à Méxi­co, DF. Reven­di­quée par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée, ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

21 sep­tembre 2011 : Qua­trième com­mu­ni­qué d’ITS ; une exten­sive ana­lyse des thèmes pré­sen­tés dans les pré­cé­dents com­mu­ni­qués, ain­si que des cla­ri­fi­ca­tions sur plu­sieurs posi­tion­ne­ments.

8 novembre 2011 : Le pro­émi­nent bio­tech­no­lo­giste Ernes­to Mén­dez Sali­nas, de l’Institut de Bio­tech­no­lo­gie de l’UNAM à Cuer­na­va­ca, est retrou­vé mort dans son auto, assas­si­né d’une balle à la tête. Reven­di­qué par ITS, les auto­ri­tés mexi­caines ont tou­jours pré­sen­té cet évé­ne­ment comme une ten­ta­tive de vol raté.

novembre 2011 : Un colis pié­gé est diri­gé au Dr Pedro Luis Gra­sa Soler, direc­teur géné­ral du cam­pus du Tec de Mon­ter­rey dans l’État de Méxi­co. Reven­di­qué par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

novembre 2011 : Dr Manuel Torres Laban­sat, direc­teur de l’Institut de Phy­sique de l’UNAM, et Car­los Aram­bu­ro de HOZ à Mexi­co, reçoivent un colis conte­nant une balle de calibre 308 et une lettre de menaces de la part d’ITS.

novembre 2011 : Un colis pié­gé est envoyé à Fran­cis­co D. Gonzá­lez, direc­teur du quo­ti­dien Mile­nio à Méxi­co, DF. Reven­di­quée par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

25 novembre 2011 : Un colis pié­gé d’ITS est inter­cep­té et désac­ti­vé aux bureaux de Green­peace Mexi­co, diri­gé à l’activiste Ale­jan­dro Oli­ve­ra.

8 décembre 2011 : Un colis pié­gé est envoyé par ITS à la direc­trice en recherche de l’Université Poly­tech­nique de Pachu­ca à Zem­poa­la, Mar­ce­la Vil­la­faña. Un aca­dé­mi­cien est bles­sé lorsqu’il ouvre le colis.

19 décembre 2011 : Cin­quième com­mu­ni­qué d’ITS ; une cri­tique et une décla­ra­tion de guerre contre la gauche.

décembre 2011 : Un colis pié­gé est envoyé par ITS à Pablo Cesar Car­rillo, direc­teur du quo­ti­dien Mile­nio à León, Gua­na­jua­to. Reven­di­qué par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

28 jan­vier 2012 : Sixième com­mu­ni­qué d’ITS ; une auto­cri­tique.

août 2012 : Un colis pié­gé est envoyé aux neu­ro­logues de l’Institut Tech­no­lo­gique Auto­nome du Mexique, à Méxi­co, DF. Reven­di­qué par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

11 février 2013 : Une lettre pié­gée est envoyée par ITS au recher­chiste en nano­tech­no­lo­gie, Ser­gio Andrés Águi­la, à l’Institut de Bio­tech­no­lo­gie de l’UNAM à Cuer­na­va­ca, More­los. Au moment d’ouvrir la lettre, celui-ci se rend compte d’une poudre noire et de fils et alerte les auto­ri­tés. La lettre fut désac­ti­vée par des spé­cia­listes de l’armée et les auto­ri­tés accu­sèrent les car­tels de l’État de More­los.

18 février 2013 : Sep­tième com­mu­ni­qué d’ITS ; une cri­tique de la gauche radi­cale, de l’anarchisme, de l’écofascisme et d’articles parus dans la revue Nature à pro­pos d’actions anti­tech­no­lo­giques.

21 février 2013 : Une lettre pié­gée blesse un tra­vailleur du ser­vice pos­tier à Mexi­co lorsqu’il décide de la sous­traire et de l’ouvrir dans son auto. Plus tard durant la jour­née, ITS reven­dique la lettre en publiant une note à pro­pos de l’incident. La cible ne fut jamais divul­guée.

sep­tembre 2013 : Un colis pié­gé est diri­gé à Ale­jan­dra Lagunes Soto, ex-gérante de Google Méxi­co et actuelle chef coor­di­na­trice de la Stra­té­gie Numé­rique Natio­nale de la Pré­si­dence du Mexique. Reven­di­qué par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

sep­tembre 2013 : Un colis pié­gé est diri­gé à Guiller­mo Turrent Schnas, direc­teur de Moder­ni­sa­tion et Admi­nis­tra­tion de la Com­mis­sion Fédé­rale de l’Électricité. Reven­di­qué par ITS, l’information à ce sujet ne fut jamais dévoi­lée ni par les auto­ri­tés ni par les médias.

fin jan­vier 2014 : Une entre­vue d’ITS réa­li­sée le 28 avril 2012 pour une publi­ca­tion anar­chiste, Que la nuit soit illu­mi­né, genèse, déve­lop­pe­ment et essor de la ten­dance anar­chiste infor­melle, est publiée avec quelques modi­fi­ca­tions de leur part.

février 2014 : Hui­tième com­mu­ni­qué d’ITS ; réponse à un article à pro­pos d’eux dans la revue Nature et à la cen­sure de leurs actions, ain­si que quelques cla­ri­fi­ca­tions sur leurs moti­va­tions.

Comments to: « Nous voulons l’affrontement, la guerre à mort contre ce sale système » (à propos d’ITS)

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.