Du libéralisme au fascisme, le développement totalitaire de la civilisation (par Bernard Charbonneau)

Nous repro­dui­sons ici un extrait de l’ex­cellent livre L’E­tat que Ber­nard Char­bon­neau ache­va d’é­crire en 1948. Il y décrit la plon­gée de la majeure par­tie de l’hu­ma­ni­té, au fil des siècles et pro­por­tion­nel­le­ment à la pro­gres­sion de l’E­tat, dans un monde tota­li­taire. Nous consi­dé­rons que la volon­té de puis­sance don­nant nais­sance à l’E­tat s’ins­crit dans le cadre plus vaste du pro­ces­sus de civilisation.


Voi­ci le pas­sage où nous sommes pas­sés et où nous vivons encore : celui de la « Révo­lu­tion du XXe siècle » ; celle qui nous fait péné­trer dans cet ave­nir que désigne si bien le qua­li­fi­ca­tif de tota­li­taire. J’emploie ce terme parce qu’il me paraît englo­ber et pré­ci­ser à la fois toutes les carac­té­ris­tiques de ce grand chan­ge­ment. Je dis État tota­li­taire, et non État fas­ciste ou sovié­tique, parce que cet adjec­tif me paraît dési­gner l’essentiel : non des sys­tèmes d’idées qui ne servent qu’à jus­ti­fier après coup le fait accom­pli, mais le fait lui-même : à la fois l’esprit et la réa­li­té sen­sible. Sur ce plan qui est celui où l’homme vit tous les jours, — dans la rue, dans la queue du gui­chet ou der­rière les bar­be­lés du camp — les régimes tota­li­taires sont iden­tiques. Non pas mal­gré la vio­lence, mais par la vio­lence de leur lutte, car le com­bat qui se sub­sti­tue à la volon­té de jus­tice ou de liber­té pour por­ter dans tous les camps le même fruit.

Ce monde est tota­li­taire. Par­tout la même obses­sion de vaincre ras­semble toutes les forces dans un pou­voir cen­tral ser­vi par un par­ti, et cette cen­tra­li­sa­tion sera par­tout men­son­gère, dis­si­mu­lée par son contraire : un décor fédé­ra­liste ou régio­nal. Par­tout, se jus­ti­fiant d’un bien abso­lu, et par l’ennemi inté­rieur et exté­rieur, une agres­si­vi­té à base de peur mène la guerre à tout ce qui pré­tend exis­ter par soi-même : à l’individu, au groupe, aux peuples voi­sins. Ser­vie par une tech­nique concen­trée et pro­li­fé­rante, une volon­té qui s’étend avec elle à tout, et qui elle aus­si ne connaît d’autres bornes que celles des pos­si­bi­li­tés pra­tiques. Par­tout le chef et le par­ti, l’insigne et le slo­gan, la bureau­cra­tie et la masse, la pro­pa­gande. Par­tout les mythes qui exaltent une civi­li­sa­tion méca­ni­sée : la Pro­duc­tion, le Tra­vail. Et ceux par les­quels l’homme se dis­si­mule le prix qu’il doit la payer : le héros, l’aventure. Par­tout la même civi­li­sa­tion, — jusque dans le moindre détail, car il s’agit d’une iden­ti­té concrète […] — jusqu’à la même cra­vate sombre sur la même che­mise blanche. Le regard peut sai­sir du pre­mier coup d’œil tout ce que ces régimes ont d’identique, mais ce qu’ils ont de dif­fé­rent échappe aux yeux : à peine une inflexion du bras, une idée… Si les doc­trines, et les troupes, s’opposent, l’image de l’avenir, — cette vie que tous dis­tinguent dans leurs rêves et que les pro­pa­gandes s’efforcent de fixer —, est bien par­tout la même. Le même auto­strade asphal­té court à tra­vers les mêmes jar­dins, sous les mêmes ciels nua­geux les mêmes bar­rages se dressent ; la même fille blonde aux dents intactes et aux yeux vides.

Il est vrai que les par­ti­sans de ces divers régimes ont un bon moyen pour nier l’identité qui les confond. Lorsque vous leur mon­trez la simi­li­tude des mots d’ordre, ils invoquent la dis­pa­ri­té des faits (par exemple, selon les com­mu­nistes, les hit­lé­riens peuvent user de slo­gans socia­listes — en fait, par leur clien­tèle, ils ne sont pas socia­listes). Mais si vous signa­lez l’identité des faits (par exemples, la police poli­tique en Rus­sie sovié­tique et dans le IIIème Reich), ils invo­que­ront alors la dis­pa­ri­té des fins que ces mêmes moyens servent. Ils peuvent ain­si échap­per indéfiniment.

Ce qui dis­tingue au départ les dif­fé­rents régimes tota­li­taires est secon­daire par rap­port à ce qui les rend de plus en plus sem­blables, — mais nous ne son­geons même pas à com­pa­rer, car ce qui les rend sem­blables, c’est ce que nous ne dis­cu­tons même plus.

Non seule­ment les régimes fas­cistes et sta­li­nien rentrent dans cette des­crip­tion, mais aus­si les démo­cra­ties plus ou moins enga­gées dans la voie tota­li­taire ; elles des­sinent toute une varié­té d’ébauches plus ou moins per­fec­tion­nées dont le régime hit­lé­rien donne une image ache­vée. Pour­quoi par­ler d’hitlérisme ou de com­mu­nisme, ou peut-être même de tra­vaillisme ? La per­ver­sion tota­li­taire n’est pas dans tel de nos enne­mis, mais dans le monde où nous vivons. Il ne s’agit pas d’un concept poli­tique propre à telle frac­tion de l’humanité moderne, mais d’un mal déter­mi­né par des struc­tures éco­no­miques et sociales qui lui sont com­munes, qui l’infectent à un niveau si pro­fond que ses membres en sont à peine conscients : les res­pon­sables des tyran­nies tota­li­taires sont des dupes plus que des cri­mi­nels. Aus­si nulle socié­té actuelle ne peut se pré­tendre intacte, les Fran­çais en par­ti­cu­lier se font des illu­sions lorsqu’ils affirment qu’un tel régime ne pour­ra jamais s’établir dans leur pays. Le tota­li­ta­risme n’est pas un concept, mais une infec­tion qui pul­lu­le­ra aus­si bien sur le conser­va­tisme de droite que sur la révo­lu­tion de gauche ; seule­ment, sur le pre­mier ter­rain elle pro­dui­ra des formes fas­cistes et sur le second des formes com­mu­nistes. La mala­die est la même, bien que les cas soient dif­fé­rents. La poli­ti­sa­tion tota­li­taire sera bru­tale et fana­tique chez des peuples vigou­reux comme en Alle­magne et en Rus­sie, à la fois cocar­dière et cor­rom­pue dans de vieux pays comme l’Italie et la France modé­rée, mais stricte dans des socié­tés mora­li­sées comme l’Angleterre. Ce mal n’est pas un abcès affec­tant tel point de l’es­pace, mais l’infection géné­ra­li­sée de cet orga­nisme de plus en plus soli­daire qui a nom espèce humaine. Aus­si, elle nous appa­raît comme se mani­fes­tant paral­lè­le­ment par­tout à la fois. En réa­li­té elle est une ; comme est un notre monde et l’effort qui le domi­ne­ra en bloc. […] 

polie
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Fas­cismes et com­mu­nisme semblent sur­gir dans une convul­sion qui déchire l’ancien ordre social ; par le sang répan­du, l’éclat des prin­cipes et des héros, ils se placent d’emblée sur le plan de la tra­gé­die, et ils s’y placent volon­tai­re­ment, car ils vivent des pas­sions. Il n’y a donc pas à s’étonner si les par­ti­sans et les adver­saires des mou­ve­ments tota­li­taires les consi­dèrent avant tout comme une rup­ture avec le pas­sé : une révo­lu­tion, qu’elle soit odieuse ou libé­ra­trice. En dou­ter serait aujourd’hui pour la plu­part des hommes dou­ter du sens même de la vie, car leur vie n’a de sens que par ce drame. Le piège de mai sera tou­jours double : avant, de nous appa­raître comme une per­ver­sion étran­gère à notre enten­de­ment, après, de s’imposer à nous comme la plus nor­male des choses. La ten­ta­tion de l’esprit en face de la menace tota­li­taire ? Qu’elle nous semble trop loin (en 1913 ou en 1928, peut-être même en 1948), car il n’y a rien d’aussi rare que l’imagination du réel… avant d’être si près (en 1940 ou en 1945 par exemple) qu’elle semble aller de soi. Si le mal fami­lier d’hier nous avait paru moins nor­mal, peut-être que la mons­truo­si­té d’aujourd’hui nous paraî­trait moins familière.

Au contraire, je crois pou­voir affir­mer ici qu’il n’y a pas de dis­con­ti­nui­té entre l’ère libé­rale et celle des tyran­nies. Un mou­ve­ment aus­si spon­ta­né et aus­si géné­ral n’a pas sur­gi ex-nihi­lo des temps qui l’ont pré­cé­dé. Le seul fait qu’ils se soient suc­cé­dés prouve que le monde libé­ral a été le ter­rain sur lequel s’est déve­lop­pé le mou­ve­ment tota­li­taire ; le XXe siècle est l’héritier du XIXe. Ce qui aurait dû sur­prendre, ce n’est pas la conclu­sion iné­luc­table, mais l’incapacité des hommes à voir le sens de leur présent.

La contrainte tota­li­taire s’est déve­lop­pée à l’intérieur même de la socié­té libé­rale. Certes, ce ne fut pas sur le plan des prin­cipes, mais sur celui des tech­niques et des mythes qui consti­tuent la vie de tous les jours du com­mun des mor­tels. D’une part dans les moyens : l’administration, l’armée, la machine, le style de vie et les formes sociales qu’ils condi­tionnent. De l’autre dans les réac­tions anar­chiques qu’ils pro­voquent chez un être humain tra­vaillé par ces forces qu’il ne sait pas maî­tri­ser : une men­ta­li­té col­lec­tive qui, comme ces tech­niques, dépasse infi­ni­ment les limites d’une classe parce qu’elle est l’expression d’une réac­tion humaine à des condi­tions com­munes à presque toutes les classes. Le plus direc­te­ment sai­sis­sable de la vie et de l’esprit de la civi­li­sa­tion moderne : voi­là ce com­mun déno­mi­na­teur que révèle brus­que­ment la « révo­lu­tion » totalitaire.

Elle n’a qu’une ori­gine : sous le régime des droits de l’homme la civi­li­sa­tion de la masse, de la machine et de l’État. Ana­ly­ser les causes, et sou­vent les formes, du régime tota­li­taire revien­drait à la décrire ; il ne sau­rait être ques­tion d’aller jusqu’au bout de cette ana­lyse, car il ne s’agit pas de défi­nir quelques prin­cipes, mais de peindre l’infini des tra­vaux et des jours d’une vie : la nôtre.

Pour­quoi les prin­cipes de liber­té les plus purs ont-ils abou­ti aux tyran­nies les plus com­plètes de l’histoire ? Parce que la liber­té des libé­raux n’a pas été l’esprit vivant qui aurait pu for­mer le monde moderne, mais la for­mule qui a ser­vi à exor­ci­ser la seule force qui pou­vait s’imposer à lui. Rédui­sant la liber­té à la liber­té de pen­sée, le libé­ra­lisme a déchaî­né à tra­vers l’idolâtrie du bon­heur indi­vi­duel une pas­sion de l’utile et de la puis­sance col­lec­tive qui elle a vrai­ment façon­né le monde actuel.

Cette liber­té n’était pas une véri­té sacrée ; elle n’était pas le devoir que l’homme doit accom­plir contre le monde et contre lui-même, le plus ter­rible de tous : le choix dans la soli­tude, mais une com­mo­di­té que pou­vait garan­tir la loi : l’esprit cri­tique, la liber­té… de pen­sée. Ce que l’individu libé­ral appe­lait liber­té, ce n’était plus une pas­sion conqué­rante s’exprimant par l’action, mais une délec­ta­tion pas­sive, pure­ment inté­rieure, que la contrainte de l’État lui parais­sait devoir pro­té­ger des heurts avec le monde exté­rieur. Alors, la liber­té a ces­sé d’être le com­man­de­ment qui s’impose aux condi­tions par les per­sonnes ; à tra­vers les hommes elle a ces­sé de for­mer la réa­li­té à son image. Comme toute pen­sée qui dégé­nère, la liber­té des libé­raux est deve­nue un idéa­lisme. Défi­nis­sant la liber­té de l’individu en dehors de toute condi­tion concrète, sauf l’unité — et à ce compte il y aura tou­jours des indi­vi­dus libres —, le libé­ra­lisme la laisse écra­ser par les condi­tions — non seule­ment par les condi­tions éco­no­miques, mais par toutes les autres. Par cette somme de toutes les déter­mi­na­tions qui a nom État moderne.

Le réa­lisme de la tyran­nie tota­li­taire est la conclu­sion néces­saire de l’idéalisme libé­ral. Si la liber­té n’est pas une véri­té sacrée et si elle ne com­mande pas au réel, tout est per­mis : dans leur inexis­tence tous les prin­cipes se valent et ils n’ont rien à voir avec l’action qui est du seul domaine des tech­niques. Et voi­ci oppo­sés la valeur à la réa­li­té, l’esprit à la pra­tique ; et voi­ci com­men­cée cette que­relle du « déga­ge­ment » et de « l’en­ga­ge­ment » carac­té­ris­tique d’une socié­té fas­cis­ti­sée qui a com­plè­te­ment oublié que pen­ser c’est vivre et qu’adorer c’est obéir. La liber­té des libé­raux annonce le nihi­lisme spi­ri­tuel et jus­ti­fie le fana­tisme pra­tique des régimes totalitaires.

« Ren­dez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Mais si rien en ce bas-monde n’est à Dieu, au nom de quoi reje­ter les pré­ten­tions de César ? Au nom de quoi impo­ser des bornes aux évi­dences de l’organisation maté­rielle ? Pour­quoi n’ordonnerait-elle pas la vie et la mort elles-mêmes ? Le droit pour les parents d’élever leurs enfants selon leur véri­té, le droit pour l’individu de choi­sir son métier et de vivre dans le pays qu’il a élu, ne peuvent être que par la foi dans une ortho­doxie qui attri­bue aux per­sonnes une valeur suprême : l’avance de l’État mesure exac­te­ment le recul de cette foi. La véri­té ne fixe pas seule­ment une direc­tion à l’État, elle lui fixe les limites de son domaine. Car son éman­ci­pa­tion et son expan­sion totale ne sont que les deux aspects d’un même phé­no­mène. Si une civi­li­sa­tion n’a pas de prin­cipe vécu, rien ne peut y arrê­ter la pro­li­fé­ra­tion de l’État. En oppo­sant la liber­té à la Véri­té et en la chas­sant du monde, le XIXe siècle n’a déli­vré l’individu de l’autorité des Églises que pour le livrer à la pire des tyran­nies : à celle de la force qui n’a pas d’autres normes qu’elle-même ; au poids de la nécessité.

Le même rap­port direct unit l’individualisme libé­ral aux dis­ci­plines mas­sives de l’État tota­li­taire. De même que le libé­ra­lisme oppose — exac­te­ment comme l’État tota­li­taire — l’esprit à la réa­li­té et la liber­té à la véri­té, il oppose — exac­te­ment comme l’État tota­li­taire — l’individu à la socié­té ; et il les détruit ain­si pour deux. Comme l’individu libé­ral n’a rien en propre, il n’existe qu’en s’opposant aux autres : par ses inté­rêts, par sa cri­tique indi­vi­duelle. Il n’a pas assez d’existence per­son­nelle pour s’élever sans dis­pa­raitre jusqu’à un inté­rêt et une véri­té com­munes ; dans cette situa­tion l’individu ne peut être que ce qui détruit l’ordre et l’ordre ce qui détruit l’individu. Lorsque la socié­té indi­vi­dua­liste n’est pas un pur concept, elle n’est qu’un pan­dé­mo­nium d’opinions et d’appétits indi­vi­duels. Un tel désordre est évi­dem­ment impos­sible ; d’autant plus que si l’individu libé­ral est déjà iso­lé, le vieil être social sub­siste suf­fi­sam­ment en lui pour lui rendre cet iso­le­ment pesant. Alors le désir de l’ordre dans la rue s’ajoute à la nos­tal­gie d’une com­mu­nau­té pour pous­ser au réta­blis­se­ment d’une dis­ci­pline sociale.

Or l’individu ne peut plus la conce­voir qu’en termes de contraintes poli­tiques. Tout en vivant de ce qui en sub­siste, le libé­ra­lisme dis­cré­dite et détruit la socié­té spon­ta­née ; et il n’a rien fait pour for­mer dans l’individu la per­sonne capable d’élever sa liber­té au rang de prin­cipe social : celui-ci n’est pas plus capable de conce­voir que d’exercer une loi qui naisse direc­te­ment de lui-même. Cette masse d’atomes iso­lés appelle d’implacables dis­ci­plines d’État […] ; quant à l’individu moyen prêt à céder à tout ce qui menace son confort indi­vi­duel, il est l’élément indis­pen­sable aux entre­prises les plus abs­traites de la dic­ta­ture. Si le désordre indi­vi­dua­liste appelle l’État tota­li­taire, l’État tota­li­taire sup­pose l’individu.

La liber­té indi­vi­duelle a‑t-elle été vrai­ment le prin­cipe de la socié­té libé­rale ? À voir les faits on pour­rait se deman­der si cette affir­ma­tion for­melle de l’autonomie indi­vi­duelle n’a pas eu pour fonc­tion de jus­ti­fier auprès des hommes une évo­lu­tion qui ten­dait à la détruire.

Le libé­ra­lisme a cru que le pro­grès de la liber­té était lié à la volon­té d’un bon­heur qu’il rame­nait à l’amélioration des condi­tions maté­rielles par le pro­grès tech­nique. Mais un bon­heur réduit au bien-être n’est pas une force de liber­té ; le luxe a cor­rom­pu l’aristocratie des répu­bliques antiques, le confort autant que la misère risque de cor­rompre les masses de la démo­cra­tie moderne. Le sou­ci exclu­sif de leur bien-être enferme les indi­vi­dus dans un égoïsme qui livre les affaires publiques à une mino­ri­té d’ambitieux. L’ob­ses­sion des inté­rêts maté­riels, voi­ci la perte de la démo­cra­tie et l’état d’esprit que cultive la dic­ta­ture. Le culte bour­geois du confort et de l’argent a pré­pa­ré les masses à accep­ter l’État totalitaire.

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La liber­té est en contra­dic­tion avec le bon­heur. La liber­té authen­tique n’est pas satis­fac­tion, mais risque, effort et non jouis­sance ; à l’extrême elle est l’angoisse de celui qui tient entre ses mains son salut et sa perte : la moins confor­table des situa­tions. Celui qui veut avant tout le bon­heur doit sacri­fier avant tout sa liber­té, car la ser­vi­tude le décharge du plus lourd des far­deaux : sa res­pon­sa­bi­li­té — le confor­misme est la pre­mière condi­tion du confort. Le libé­ra­lisme répète à l’individu qu’être libre, c’est être heu­reux ; comme toute ser­vi­tude apporte un sem­blant de paix, il fini­ra par croire qu’être serf c’est être libre.

Si la liber­té est par­fois favo­rable à une amé­lio­ra­tion du stan­dard de vie, par contre elle est en contra­dic­tion abso­lue avec une condi­tion fon­da­men­tale du bon­heur : la sécu­ri­té. C’est cette notion mor­telle à la liber­té qui va enva­hir la démo­cra­tie moderne et jus­ti­fier l’État. Car si la civi­li­sa­tion libé­rale a amé­lio­ré les condi­tions d’existence, mal­gré la mul­ti­pli­ca­tion des assu­rances elle n’a pas appor­té la sécu­ri­té. L’individu moderne vit sous la menace constante d’être dépouillé par les crises ou les guerres. Mais peut-être plus que l’insécurité maté­rielle, l’insécurité morale le ronge ; mal­gré le mur que construisent devant l’homme des diver­tis­se­ments tou­jours plus per­fec­tion­nés, le libé­ra­lisme le laisse devant l’angoisse fon­da­men­tale de la liber­té sans le pré­pa­rer à l’assumer. Aus­si la volon­té d’être heu­reux mène les indi­vi­dus à recher­cher, autant que la contrainte qui les dis­pen­se­ra du choix, l’orthodoxie qui les déchar­ge­ra de pen­ser. Assoif­fé d’explications finales autant que de dis­ci­plines, l’individu libé­ral est prêt à accep­ter le régime qui se don­ne­ra pour but de sacri­fier toute sa liber­té à tout son bonheur.

Pour être total le bon­heur ne doit pas se réduire à une simple amé­lio­ra­tion du confort indi­vi­duel, il doit deve­nir un mythe qui syn­thé­tise l’égoïsme et la peur de la soli­tude. Il n’est plus dans des satis­fac­tions objec­tives qui lais­se­raient pla­ner au-des­sus d’elles la menace de l’inquiétude, il est dans l’ac­tion : dans le per­pé­tuel déve­lop­pe­ment des condi­tions col­lec­tives. En atten­dant un bien-être qu’il situe dans l’avenir, l’individu trouve son équi­libre dans l’accomplissement de sa tâche à l’intérieur du corps social ; il sert, et la socié­té l’honore et le paye parce qu’il sert. La morale, et plus spé­cia­le­ment la morale pro­fes­sion­nelle façonne à l’intérieur des socié­tés capi­ta­listes le rouage des régimes tota­li­taires : l’homme défi­ni par sa fonction.

Autant que le bon­heur indi­vi­duel l’utilité col­lec­tive est le prin­cipe des socié­tés libé­rales. Mais entre la liber­té et l’utile la contra­dic­tion est cette fois abso­lue : la liber­té ne sert pas, elle est libre. Une liber­té subor­don­née peut aider à une amé­lio­ra­tion du ren­de­ment, elle dépen­dra avant tout du plan et de l’o­béis­sance au plan ; du point de vue de l’efficacité la liber­té ne peut être qu’une source de trouble, une perte d’énergie. En défi­nis­sant le pro­grès par le déve­lop­pe­ment maté­riel la socié­té bour­geoise a pré­pa­ré l’hu­ma­ni­té à admettre la contrainte tota­li­taire. Le capi­ta­lisme libé­ral a entre­prit, dans le domaine éco­no­mique et social, une immense mobi­li­sa­tion des éner­gies dont les « plans » tota­li­taires ne sont que l’aboutissement poli­tique : trop sou­vent, ce que nous pre­nons pour l’esprit de liber­té, c’est le refus de mobi­li­ser pré­ma­tu­ré­ment au nom d’une ortho­doxie poli­tique ce qui le sera plus tard au nom du rendement.

C’est dans l’économie libé­rale que s’est éla­bo­ré le plus effi­ca­ce­ment le monde tota­li­taire. Dès le début du XIXe siècle, la cen­tra­li­sa­tion poli­tique s’est ren­for­cée d’une orga­ni­sa­tion éco­no­mique qui ten­dait à concen­trer la puis­sance en un seul point d’où dépen­dait tout le reste. Ain­si s’est for­mée une huma­ni­té habi­tuée à subir, et à subir sans com­prendre, pour laquelle le mot de liber­té s’est vidé pro­gres­si­ve­ment de tout conte­nu. Si nous consi­dé­rons la ten­dance de la tech­nique actuelle à réser­ver la connais­sance à une mino­ri­té de spé­cia­listes comme elle réserve la puis­sance à quelques patrons ou direc­teurs, sa ten­dance à s’étendre métho­di­que­ment à tout, sans autre prin­cipe que celui de l’efficacité pra­tique, alors nous pou­vons bien affir­mer qu’en dehors de toute volon­té poli­tique consciente le monde libé­ral ten­dait bien à deve­nir un monde tota­li­taire, où la démo­cra­tie sociale deve­nait aus­si absurde que la démo­cra­tie politique.

La démo­cra­tie tend au par­tage de la véri­té et de la puis­sance entre tous les citoyens, la tech­nique tend au mono­pole de la véri­té autant qu’à celui du pou­voir. Nous payons chaque per­fec­tion­ne­ment d’une com­pli­ca­tion et d’une contrainte, — le tout est de savoir si ce per­fec­tion­ne­ment vaut ce prix. Comme le rouage s’ajoute au rouage, l’explication s’ajoute à l’explication, et dans la mesure où l’organisation englobe de nou­veaux domaines, elle mul­ti­plie les inter­fé­rences. Ain­si, le sens com­mun à tous les hommes ne suf­fit plus, l’individu ne peut plus réa­li­ser la condi­tion de base de toute démo­cra­tie : une connais­sance élé­men­taire de ses inté­rêts maté­riels, car ceux-ci dépendent d’une foule d’éléments qu’il ne peut plus atteindre direc­te­ment. Pour juger sérieu­se­ment de son salaire, il lui faut désor­mais connaitre le méca­nisme de la mon­naie, le sys­tème fis­cal, l’économie fran­çaise et sa situa­tion dans l’économie euro­péenne : une culture poli­tique et juri­dique du niveau de la licence en droit. Dans ces condi­tions le citoyen ordi­naire n’essaye même plus de com­prendre, il se jette sur l’explication qui lui pré­pare la pro­pa­gande ; atro­phiant son apti­tude à s’expliquer, la com­plexi­té du monde actuel le livre au sim­plisme du slo­gan. Plus les tech­niques deviennent her­mé­tiques et rigou­reuses, plus leur vul­ga­ri­sa­tion devient vul­gaire : l’image ou l’incantation qui s’adresse aux nerfs de la foule com­pense la for­mule mathé­ma­tique qui s’adresse à l’intellect du technicien.

Sub­mer­gé par la mul­ti­pli­ci­té des faits où l’économie com­plique la poli­tique et la poli­tique l’économie, l’individu se détourne d’un pou­voir qui n’a plus de sens pour lui ; sa condi­tion étant d’être dépas­sé, sa réac­tion est de s’abandonner. Dans la nation, dans l’armée, dans le par­ti, et dans un syn­di­ca­lisme bureau­cra­ti­sé, il n’est plus qu’un rouage habi­tué à subir l’impulsion d’un état-major d’administrateurs. Le sens com­mun, — et son repré­sen­tant le Par­le­ment — n’a plus d’autorité ; dans une socié­té tech­ni­ci­sée, ce sont les bureaux qui gou­vernent. Le Par­le­ment n’est que le men­songe (pous­sé à l’extrême dans le cas des Par­le­ments hit­lé­rien et sovié­tique) qui per­met aux hommes d’esquiver le pro­blème posé par la fin du bon sens.

Par­tout où pénètre la tech­nique recule la liber­té, car à la dif­fé­rence de la pen­sée libé­rale, ses véri­tés sont sans appel et leur exé­cu­tion auto­ma­tique. La tech­nique comme la loi impose à tous la même dis­ci­pline, et par­tout où elle s’établit, s’établit la loi qui peut seule rendre ses appli­ca­tions pos­sibles : la dis­ci­pline tota­li­taire dans ce qu’elle a d’apparemment légi­time ne fait qu’exprimer en clair la dis­ci­pline indus­trielle. Ain­si sous le cou­vert du libé­ra­lisme, l’évolution éco­no­mique réa­lise dans la vie quo­ti­dienne des indi­vi­dus la condi­tion fon­da­men­tale du régime tota­li­taire : la démis­sion de l’homme, qu’il s’agisse de l’indifférence atone du plus grand nombre à des déter­mi­na­tions qui les dépassent, ou de la par­ti­ci­pa­tion fré­né­tique de quelques-uns.

La civi­li­sa­tion libé­rale réa­lise le fon­de­ment social de tout régime tota­li­taire : la masse pro­lé­ta­ri­sée. L’ère libé­rale glo­ri­fie l’individu ; mais l’individu moderne n’est seul que dans l’isoloir, par­tout ailleurs : au régi­ment, à l’u­sine et dans la ville, il est pris dans la masse comme une goutte d’eau dans la mer. La concen­tra­tion indus­trielle accu­mule les mul­ti­tudes et le pou­voir nive­leur de la tech­nique façonne l’élément de la masse indif­fé­ren­ciée : l’individu, que rien ne dis­tingue de l’individu, ni une forme, ni une pen­sée, ni un pou­voir propres. La socié­té libé­rale a recon­nu aux indi­vi­dus leur droit au vote, mais n’a pas recon­nu leur droit à l’existence. Par le capi­ta­lisme elle a dépos­sé­dé la plu­part des hommes de la pro­prié­té de leurs outils, par la guerre elle les a dépos­sé­dés de leurs corps, par la presse et la pro­pa­gande de leur esprit même. Qu’il porte le bleu de l’ouvrier ou le ves­ton râpé du retrai­té, l’individu moderne est un être auquel rien n’appartient per­son­nel­le­ment, pas plus la terre que la véri­té. Il n’y a plus d’hommes, mais ce poids inerte qui croule sou­dain : les masses des villes, les masses de la guerre, en atten­dant les masses des mani­fes­ta­tions tota­li­taires. Force aveugle, la masse fonce dans l’histoire, — mais elle ne déva­le­ra jamais que plus bas.

Que la pro­lé­ta­ri­sa­tion des classes moyennes abou­tisse au fas­cisme, et celle de la classe ouvrière au com­mu­nisme, le même déses­poir engendre la même démence : l’impuissance indi­vi­duelle mène au culte de la puis­sance col­lec­tive. Quand l’individu se tourne vers lui-même, il ne trouve qu’incertitude, vide et débi­li­té ; mais quand il consi­dère le monde qui le domine il voit triom­pher la force. Tout le dis­suade de cher­cher l’autorité autant que le pou­voir en lui-même pour le tour­ner vers la puis­sance col­lec­tive. Tan­dis que se dressent tou­jours plus haut des buil­dings, dans la fis­sure de la rue passe l’individu, per­du dans la foule, mais sui­vi par les contraintes de l’argent et de la loi comme par son ombre ; et sur lui s’effondrent guerres et révo­lu­tions qu’il ne peut que suivre. Alors, écra­sé, il com­pense ses com­plexes d’infériorité indi­vi­duelle par ses com­plexes de supé­rio­ri­té col­lec­tive : celle de sa nation, de son par­ti ou de sa classe. La révolte de l’individu ali­mente ain­si les forces qui l’anéantissent.

C’est enfin, comme nous n’avons pas ces­sé de le voir, le déve­lop­pe­ment de l’État qui a conduit à l’État tota­li­taire ; il ne fait que conclure une évo­lu­tion qui ten­dait à sub­sti­tuer par­tout la loi à la nature et à l’initiative indi­vi­duelle. Les démo­cra­ties modernes ont pré­ten­du libé­rer l’individu de l’arbitraire du Prince ; mais à leur insu une force irré­sis­tible les pous­sait à étendre le champ de son acti­vi­té. La nature est impar­faite, et bien plus encore l’homme ; tan­dis que l’initiative indi­vi­duelle, au prix des plus grands efforts, n’aboutit qu’à des résul­tats frag­men­taires qui choquent l’esprit d’efficacité autant que la rai­son, la loi, du pre­mier coup, obtient un résul­tat uni­ver­sel. […] Les méde­cins exi­ge­ront de l’État qu’il impose l’hygiène et les mora­listes la ver­tu ; avec chaque caté­go­rie sociale chaque règne appor­te­ra sa pierre à l’édifice, au hasard de ses pré­ju­gés. […] La loi ne se contente plus de sanc­tion­ner quelques crimes, c’est la masse des indi­vi­dus qu’elle contraint au bien dans leurs actes les plus quo­ti­diens. La contrainte pro­li­fé­rante de la loi détruit la démo­cra­tie de l’intérieur, appor­tant le Bien aux hommes tout en atro­phiant leur facul­té à le faire. Et quelle per­fec­tion vau­drait de lui sacri­fier la capa­ci­té de poursuivre ?

auguste

Les faci­li­tés de la loi font oublier que, quelle que soit son ori­gine, elle est en contra­dic­tion avec la liber­té : son prin­cipe est l’obligation. Ce qu’elle défi­nit, il est désor­mais inter­dit à l’homme de l’inventer ; ce qu’elle ordonne, il lui est inter­dit de le choi­sir. Peu à peu l’individu perd le sens de l’i­ni­tia­tive et prend l’habitude d’at­tendre l’im­pul­sion de la loi. S’il lui reste quelque esprit d’indépendance, il le dépense à cri­ti­quer l’i­ner­tie des pou­voirs publics. Veut-il ouvrir une école, fon­der un orchestre, il deman­de­ra la sub­ven­tion et l’autorisation de l’État ; — d’ailleurs com­ment pour­rait-il faire autre­ment ? S’il n’y avait pas d’État, il n’y aurait, semble-t-il, ni tra­vaux publics ni cha­ri­té. L’action sur et par l’État résume en elle toutes les formes de l’action, la liber­té de voter pour les par­tis toutes les liber­tés concrètes.

L’individu moderne perd le sens de l’être ; il ne s’intéresse plus au sujet, mais à l’objet. L’État lui paraît le moyen d’obtenir aux moindres frais ce résul­tat objec­tif. Pour­quoi alors ne pas étendre à tout cette méthode ? Si par alié­na­tion nous enten­dons le fait d’être à la fois dépos­sé­dé et pos­sé­dé — d’abdiquer sa vie entre les mains d’un autre qui vous la vole pour l’en rece­voir —, alors l’histoire actuelle n’est qu’un irré­sis­tible pro­ces­sus d’a­lié­na­tion où l’individu moderne trans­fère sa pen­sée et son action à l’État. À la fin seuls existent les Sports, les Beaux-Arts, la Pro­pa­gande ; l’être humain n’est plus qu’une sur­vi­vance encom­brante dans l’é­norme appa­reil dont il fut le pré­texte. L’État tota­li­taire n’est pas autre chose qu’une concré­ti­sa­tion de la démis­sion totale de l’homme.

Le sens de la vie indi­vi­duelle étant défi­ni par des condi­tions exté­rieures, et l’individu exis­tant de moins en moins par lui-même, les tâches de l’État s’avèrent illi­mi­tées. Le Bien s’identifiant à l’utile et à la puis­sance, l’intensité de la vie se confond avec celle de la bataille poli­tique : l’État suc­cède à l’homme. A l’origine du régime tota­li­taire toutes les formes de la poli­ti­sa­tion, et sur­tout le fait que les indi­vi­dus ne s’interrogent même plus sur les pro­blèmes qu’elle pose. […] 

Cette liber­té qui n’est plus dans le geste quo­ti­dien ne vit plus dans l’esprit quo­ti­dien ; elle peut sur­vivre quelque temps dans le voca­bu­laire, elle n’est plus la puis­sance affec­tive qui com­mande les mou­ve­ments des masses. Der­rière la phra­séo­lo­gie libé­rale se forme spon­ta­né­ment une men­ta­li­té col­lec­tive que l’on pour­rait appe­ler pré-fas­ciste ou mieux pré-tota­li­taire, qui détruit la liber­té de l’intérieur pour n’en lais­ser que des concepts vides.

Cet état d’esprit, comme la réa­li­té qu’il tra­duit, n’est pas dans les articles des consti­tu­tions, mais dans la vie : dans la rue ou au comp­toir ; il ne se mani­feste pas dans les gros livres, mais dans les lieux com­muns des conver­sa­tions banales. Celui qui veut la sai­sir l’atteindra dans la presse non-poli­tique et dans le ciné­ma des pays sans pro­pa­gande : dans Grin­goire plu­tôt que dans Nietzsche et dans Ce Soir plu­tôt que dans Karl Marx. Tou­jours le plus bas pos­sible, — encore mieux dans l’i­mage que dans le texte. Cette men­ta­li­té n’exprime pas telle ten­dance, mais le monde actuel dans son ensemble. Ce n’est pas telle vague qui forme le rocher, mais l’usure de la mer ; ce n’est pas tel jour­nal qui forme la men­ta­li­té pré-tota­li­taire, mais le jour­nal — et plus tard ce ne sera pas telle pro­pa­gande, mais la Pro­pa­gande qui pour­ra l’exploiter. Cette men­ta­li­té n’est pas celle de tel indi­vi­du, elle appar­tient à une socié­té : l’homme intel­li­gent y suc­com­be­ra aus­si bien que l’imbécile, seule­ment ce sera pour s’être jugé au-des­sus d’elle, car ses construc­tions sys­té­ma­tiques ne feront qu’organiser les lieux com­muns enra­ci­nés dans son sub­cons­cient. Et elle n’est pas le propre de tel par­ti ou de telle classe sociale ; men­ta­li­té moyenne, elle se réa­lise le plus par­fai­te­ment dans les classes moyennes. Cepen­dant l’ouvrier de chez Renault et l’employé de banque, parce qu’ils vont voir les mêmes films, subi­ront l’empreinte des mêmes images. Ain­si en plein triomphe du libé­ra­lisme, débor­dant lar­ge­ment les limites du fas­cisme conscient, s’est consti­tuée une mytho­lo­gie pré-fas­ciste qui a été la base psy­cho­lo­gique du fas­cisme dans les masses.

Ber­nard Charbonneau

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