Le cobalt, le Congo & les coûts socio-écologiques de la High-Tech (par le Washington Post)

Nous avons tra­duit un excellent article/dossier du Washing­ton Post sur les extrac­tions de cobalt pour la high-tech, ini­tia­le­ment publié le 30 sep­tembre 2016, à l’a­dresse sui­vante : https://www.washingtonpost.com/graphics/business/batteries/congo-cobalt-mining-for-lithium-ion-battery/


La filière du cobalt

Le che­min par­cou­ru depuis les mines meur­trières du Congo creu­sées à mains nues jus­qu’aux télé­phones et ordi­na­teurs por­tables du consommateur.

Le soleil se levait sur l’un des gise­ments les plus riches sur terre, dans l’un des pays les plus pauvres au monde, tan­dis que Sidi­ki Mayam­ba se pré­pa­rait à par­tir travailler.

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Mayam­ba est un mineur de cobalt. La terre rouge de la savane, devant chez lui, recèle une richesse en cobalt et autres mine­rais si stu­pé­fiante qu’un géo­logue la qua­li­fia un jour de « scan­dale géo­lo­gique ».

Ce pay­sage iso­lé du Sud de l’A­frique est au cœur de la folle ruée mon­diale vers le cobalt bon mar­ché, un mine­rai indis­pen­sable aux bat­te­ries lithium-ion rechar­geables qui ali­mentent les smart­phones, ordi­na­teurs por­tables et véhi­cules élec­triques fabri­qués par  Apple, Sam­sung et les grands construc­teurs automobiles.

Mais Mayam­ba, âgé de 35 ans, ne savait rien du rôle qu’il tenait dans la gigan­tesque chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment mon­diale. Il se sai­sit de la pelle en métal et du mar­teau à l’ex­tré­mi­té endom­ma­gée entre­po­sés dans un coin de la pièce qu’il par­ta­geait avec sa femme et son enfant. Puis il enfi­la une veste cou­verte de pous­sière. En homme fier, il aime à revê­tir une che­mise bou­ton­née même lors­qu’il des­cend à la mine. Jus­te­ment, il comp­tait y tra­vailler à la main toute la jour­née et toute la nuit. Il ferait un somme dans les tun­nels sou­ter­rains. Pas d’ou­tils indus­triels. Pas même un casque. Le risque d’é­bou­le­ment est permanent.

« As-tu assez d’argent pour ache­ter de la farine aujourd’­hui ? » Deman­da-t-il à sa femme.

Elle en avait. Mais voi­là qu’un agent de recou­vre­ment se pré­sen­ta à la porte. Ils s’é­taient endet­tés pour du sel. La farine attendra.

Mayam­ba ten­ta de ras­su­rer sa femme. Il dit au revoir à son fils. Puis jeta sa pelle sur son épaule. Il était temps de partir.

La demande mon­diale crois­sante en cobalt est par­fois com­blée par une main d’œuvre — dont des enfants — qui trime dans des condi­tions rudes et périlleuses. Selon les ouvriers, les auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales et les témoi­gnages recueillis par le Washing­ton Post lors de ses visites dans des mines iso­lées, il y aurait envi­ron 100 000 mineurs de cobalt au Congo qui se servent d’ou­tils manuels pour creu­ser à des cen­taines de mètres de pro­fon­deur avec peu de sur­veillance et de maigres mesures de sécu­ri­té. Les décès et les acci­dents sont mon­naie cou­rante. De plus, les auto­ri­tés sani­taires indiquent que l’ac­ti­vi­té minière expose les com­mu­nau­tés locales à des métaux dont les niveaux de toxi­ci­té semble liés à des affec­tions par­mi les­quelles on compte des pro­blèmes res­pi­ra­toires et des mal­for­ma­tions congénitales.

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Un « creu­seur », ou mineur, se déplace dans une mine de cobalt et de cuivre à Kawa­ma, au Congo, en Juin 2016.

Le Washing­ton Post [WP] remonte le par­cours du cobalt et, pour la pre­mière fois, expose com­ment le cobalt extrait dans ces condi­tions si rudes abou­tit dans des pro­duits de consom­ma­tion cou­rante. Depuis les mines congo­laises à petite échelle, il est ache­mi­né vers une seule com­pa­gnie chi­noise – la Congo Dong­Fang Inter­na­tio­nal Mining, appar­te­nant à l’un des plus gros pro­duc­teurs de cobalt dans le monde, Zhe­jiang Huayou Cobalt – qui four­nit depuis des années quelques uns des plus grands fabri­cants mon­diaux de bat­te­ries. Ceux-ci, à leur tour, fabriquent les bat­te­ries qu’on trouve dans des pro­duits tels que les iPhones d’Apple – une décou­verte qui remet en cause les affir­ma­tions des entre­prises lors­qu’elles pré­tendent être en mesure de contrô­ler leurs chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment s’a­gis­sant des vio­la­tions des droits humains ou du tra­vail des enfants.

En réponse aux ques­tions posées par le WP [Washing­ton Post], Apple a recon­nu que ce cobalt se retrou­vait bien dans ses bat­te­ries. Le géant de la high-tech, dont le siège se trouve à Cuper­ti­no, en Cali­for­nie, a décla­ré qu’en­vi­ron 20 % du cobalt qu’il uti­lise pro­vient de Huayou Cobalt. Pau­la Pyers, cadre en charge des res­pon­sa­bi­li­tés sociales de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, a annon­cé que la firme envi­sa­geait d’ac­cor­der davan­tage d’at­ten­tion à la pro­ve­nance de son cobalt. Elle a ajou­té qu’Apple s’en­ga­geait à tra­vailler avec Huayou Cobalt pour assai­nir la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et pour régler les pro­blèmes sous-jacents, tels que l’ex­trême pau­vre­té, qui engendrent les condi­tions de tra­vail pénibles et le tra­vail des enfants.

Un autre client de Huayou, LG Chem, l’un des prin­ci­paux fabri­cants mon­diaux de bat­te­ries, a confié au WP qu’il avait ces­sé d’a­che­ter des mine­rais en pro­ve­nance du Congo à la fin de l’an­née pré­cé­dente. Sam­sung SDI, un autre gros fabri­cant de bat­te­ries, a décla­ré qu’il menait une enquête interne mais que « selon ce qu’ils étaient en mesure de savoir », si la com­pa­gnie uti­lise du cobalt extrait au Congo, celui-ci n’est pas four­ni par Huayou.

Peu d’en­tre­prises retracent régu­liè­re­ment l’o­ri­gine de leur cobalt. Ain­si que l’a consta­té le WP, suivre le par­cours depuis la mine jus­qu’au pro­duit fini est dif­fi­cile mais pos­sible. Car des gardes armés bloquent l’ac­cès à de nom­breuses mines du Congo. De là, le cobalt tran­site par plu­sieurs entre­prises et par­court des mil­liers de kilomètres.

Cepen­dant, 60 % du cobalt mon­dial pro­vient du Congo – un pays chao­tique en proie à la cor­rup­tion et mar­qué par une longue his­toire d’ex­ploi­ta­tion étran­gère de ses res­sources natu­relles. Au siècle der­nier, les socié­tés pillaient la sève de l’hé­véa et les défenses des élé­phants alors que le pays était une colo­nie belge. Aujourd’­hui, plus de cinq décen­nies après l’ac­cès à l’in­dé­pen­dance du Congo, ce sont les mine­rais qui attirent les entre­prises étrangères.

Quelques uns de ces mine­rais font l’ob­jet d’une vigi­lance accrue. Une loi états-unienne de 2010 exige que les entre­prises tentent de s’as­su­rer que l’é­tain, le tungs­tène, le tan­tale et l’or qu’elles uti­lisent pro­viennent de mines non contrô­lées par la milice dans la région du Congo. Il en résulte un sys­tème géné­ra­le­ment per­çu comme un moyen de pré­ven­tion des vio­la­tions des droits humains. Cer­tains disent que le cobalt devrait être rajou­té à la liste des mine­rais de conflit, même si on pense que les mines de cobalt ne jouent aucun rôle dans le  finan­ce­ment de la guerre. Apple a décla­ré au WP que la firme est d’ac­cord pour inclure le cobalt dans cette loi.

Le com­merce du cobalt au Congo fait l’ob­jet de cri­tiques depuis une dizaine d’an­nées, essen­tiel­le­ment de la part de groupes de défenses des droits. Aux États-Unis, les groupes de com­merce ont eux-mêmes recon­nu l’exis­tence de ce pro­blème. La Coa­li­tion citoyenne de l’in­dus­trie élec­tro­nique – dont les membres comptent des socié­tés telles que Apple – a fait part de ses pré­oc­cu­pa­tions en 2010 concer­nant les risques d’at­teintes aux droits humains liés à l’ex­trac­tion de mine­rais, dont le cobalt, ain­si que la dif­fi­cul­té de remon­ter les chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Le minis­tère du Tra­vail des États-Unis ins­crit le cobalt congo­lais par­mi les pro­duits dont il y a tout lieu de pen­ser qu’ils sont issus de la main d’œuvre infantile.

L’in­quié­tude concer­nant les condi­tions d’ex­ploi­ta­tion du cobalt « est mise sur le tapis tous les quatre matins » a décla­ré Guy Dar­by, ana­lyste auprès de la socié­té d’é­tude « Dar­ton Com­mo­di­ties » à Londres. « On aborde le pro­blème avec force gro­gne­ments, réti­cences et désap­pro­ba­tions, et puis on l’ou­blie ».

Au cours de l’an­née qui vient de s’é­cou­ler, une orga­ni­sa­tion néer­lan­daise, le Centre de recherche sur les socié­tés mul­ti­na­tio­nales, connue sous le nom de SOMO, ain­si qu’Amnes­ty Inter­na­tio­nal, ont publié des rap­ports rap­por­tant des pra­tiques irré­gu­lières, notam­ment des dépla­ce­ments for­cés de vil­lages et la pol­lu­tion de l’eau. Le rap­port d’Am­nes­ty, qui accuse Congo Dong­Fang d’a­che­ter des maté­riaux extraits par des enfants, a inci­té d’autres socié­tés à assu­rer que le par­cours de leur cobalt était pas­sé au crible.

Mais lorsque les jour­na­listes du WP se ren­dirent sur les sites miniers du Congo cet été, ils consta­tèrent que les pro­blèmes demeu­raient flagrants.

En sep­tembre, Chen Hon­gliang, le pré­sident de Huayou Cobalt, socié­té mère de Congo Dong­Fang a indi­qué au WP que sa firme ne s’é­tait jamais inter­ro­gée sur la manière dont ses mine­rais étaient obte­nus, bien qu’ayant des exploi­ta­tions au Congo et dans des villes telles que Kol­we­zi depuis une décennie.

« Il s’a­git là d’une lacune de notre part », a décla­ré Chen dans une inter­view à Seat­tle, lors de ses pre­mières obser­va­tions publiques rela­tives à ce sujet. « Nous ne savions pas ».

Chen a spe­ci­fié que Huayou comp­tait recon­si­dé­rer le pro­ces­sus d’a­chat du cobalt, qu’elle en avait confié le contrôle à une entre­prise exté­rieure et qu’elle avait entre­pris, avec l’aide de clients tels que Apple, la créa­tion d’un sys­tème des­ti­né à empê­cher les pra­tiques abusives.

Mais le fait que des pro­blèmes aus­si graves aient pu per­sis­ter si long­temps – mal­gré la fré­quence des signaux d’a­larme – illustre ce qui peut se pro­duire au sein de chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment dif­fi­ciles à décryp­ter parce qu’elles sont pour la plu­part régle­men­tées, que les bas prix pré­do­minent et que les dif­fi­cul­tés sur­viennent dans une région du globe loin­taine et tumultueuse.

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Les bat­te­ries au lithium-ion étaient cen­sées se dis­tin­guer des tech­no­lo­gies sales et toxiques du pas­sé. Plus légères et concen­trant davan­tage d’éner­gie que les bat­te­ries au plomb-acide clas­siques, ces bat­te­ries riches en cobalt sont consi­dé­rées comme étant « vertes ». Elles sont indis­pen­sables aux pro­jets visant à dépas­ser un jour les moteurs à essence asphyxiants. Ces bat­te­ries sont déjà indis­so­ciables des appa­reils de pointe du monde entier.

Les smart­phones ne tien­draient pas dans nos poches sans elles. Les ordi­na­teurs por­tables ne tien­draient pas sur nos genoux. Les véhi­cules élec­triques seraient inuti­li­sables. A bien des égards, la ruée vers l’or actuelle de la Sili­con Val­ley – depuis les appa­reils mobiles jus­qu’aux voi­tures sans conduc­teur – est fon­dée sur la puis­sance des bat­te­ries au lithium-ion.

Mais tout cela se paye à un prix exorbitant.

« C’est vrai, il y a des enfants dans ces mines », a avoué, dans une inter­view, Richard Muyej, gou­ver­neur pro­vin­cial (le poste offi­ciel le plus éle­vé) de Kol­we­zi. Il a éga­le­ment recon­nu l’exis­tence de décès et de pol­lu­tion liés aux acti­vi­tés extractives.

Mais, a‑t-il ajou­té, son gou­ver­ne­ment est trop pauvre pour s’at­ta­quer tout seul à ces problèmes.

« Le gou­ver­ne­ment n’a pas à men­dier », a sur­en­ché­rit Muyej. « Toutes ces entre­prises ont l’o­bli­ga­tion de créer de la richesse dans la zone qu’elles exploitent. »

Il est peu pro­bable que les entre­prises aban­donnent le Congo, pour la simple rai­son que le monde a besoin de ce que le Congo possède.

Chen a indi­qué qu’il s’at­ten­dait à ce que la contro­verse autour du pro­ces­sus de fabri­ca­tion du cobalt au Congo aient des réper­cus­sions bien au-delà de Huayou Cobalt.

« Nous ne sommes pas les seuls concer­nés par cette ques­tion », explique-t-il. « Nous pen­sons que de nom­breuses entre­prises sont dans une situa­tion iden­tique à la nôtre. »

LES POUMONS DU CONGO

Les pires condi­tions affectent les mineurs « arti­sa­naux » du Congo – une appel­la­tion trop élé­gante pour dési­gner cette main d’œuvre dému­nie qui tra­vaille sans mar­teaux-piqueurs ni excavatrices.

Cette armée infor­melle consti­tue un sec­teur lucra­tif, auquel on doit entre 10 et 25 % de la pro­duc­tion mon­diale de cobalt et entre 17 et 40 % de la pro­duc­tion au Congo. Les mineurs arti­sa­naux four­nissent à eux seuls plus de cobalt que n’im­porte quel pays autre que le Congo, se clas­sant juste der­rière les mines indus­trielles du pays.

Cette indus­trie devrait être une aubaine pour un pays que les Nations Unies classent par­mi les moins déve­lop­pés. Mais les choses se sont pas­sées différemment.

« Nous sommes confron­tés au para­doxe d’a­voir une grande richesse en res­sources natu­relles mais une popu­la­tion très pauvre », explique Muyej.

Envi­ron 90 % du cobalt de Chine pro­vient du Congo, où les firmes chi­noises dominent l’in­dus­trie minière.

Le cobalt com­mence son périple dans une mine telle que celle de Til­we­zembe, un ancien site indus­triel deve­nu arti­sa­nal, situé à la péri­phé­rie de Kol­we­zi et où des cen­taines d’hommes fouillent la terre à l’aide d’ou­tils à main.

Ces hommes se font appe­ler « creu­seurs ». Ils triment à l’in­té­rieur de dizaines de trous cri­blant comme autant de cra­tères le pay­sage lunaire de la mine. Les tun­nels sont creu­sés pro­fon­dé­ment à la main, avec pour seul éclai­rage les lampes en plas­tique sem­blables à des jouets, atta­chées au front des mineurs.

Lors d’une de nos visites au mois de juin, une scène aux allures pré­in­dus­trielles s’of­frait à notre regard. Des dizaines de mineurs tra­vaillaient mais seul le cla­que­ment ponc­tuel et assour­di du métal sur la roche par­ve­nait à nos oreilles.

« Nous souf­frons », nous confia Nathan Muyam­ba, un creu­seur de 29 ans. « Mais à quoi sert notre souffrance ? »

LA FLEUR DU COBALT


Les creu­seurs ne dis­posent ni de cartes minières ni de forages de prospection.

Au lieu de cela, ils dépendent de leur intuition.

« On se déplace avec la foi qu’on tom­be­ra un jour sur une bonne pro­duc­tion », dit André Kab­wi­ta, un creu­seur de 49 ans.

On dit que la Nature est un bon guide. Des fleurs sau­vages jaunes sont consi­dé­rées comme signa­lant la pré­sence de cuivre. Une plante aux fleurs vertes minus­cules porte le nom révé­la­teur de « fleur du cobalt ».

Ne pou­vant pré­tendre qu’à un nombre limi­té de sites offi­ciels, les mineurs arti­sa­naux creusent par­tout où ils peuvent. Le long des routes. Sous les voies fer­rées. Dans les jar­dins. Lors­qu’un gise­ment impor­tant de cobalt fut décou­vert il y a quelques années de cela, dans le quar­tier sur­peu­plé de Kasu­lo, ils creu­sèrent direc­te­ment dans les sols en terre bat­tue de leurs mai­sons, créant ain­si un laby­rinthe de grottes souterraines.

D’autres creu­seurs attendent la nuit pour enva­hir des terres appar­te­nant à des com­pa­gnies minières pri­vées, ce qui entraîne des affron­te­ments mor­tels avec les gardes de sécu­ri­té et la police.

Les creu­seurs sont déses­pé­rés, indique Papy Nsen­ga, creu­seur et pré­sident d’un syn­di­cat de creu­seurs qui vient de voir le jour.

La rému­né­ra­tion est basée sur ce qu’ils trouvent. Pas de mine­rais, pas d’argent. Et la somme est maigre – l’é­qui­valent de 2 à 3 dol­lars pour un bon jour, ajoute Nsenga.

« Nous ne devrions pas être obli­gés de vivre ain­si », regrette-t-il.

Et lorsque les acci­dents sur­viennent, les creu­seurs sont livrés à eux-mêmes.

L’an der­nier, lors­qu’un creu­seur eut la jambe écra­sée et un autre une bles­sure à la tête après un effon­dre­ment, Nsen­ga dut récol­ter lui-même auprès des autres creu­seurs les cen­taines de dol­lars néces­saires aux soins. Les entre­prises qui achètent les mine­rais pro­posent rare­ment leur aide, expliquent Nsen­ga et d’autres creuseurs.

Ils nous ont éga­le­ment rap­por­té que les décès sur­ve­naient régu­liè­re­ment. Mais ce n’est que lors­qu’il y a un grand nombre de vic­times, semble-t-il, que les petits médias locaux, tels que Radio Oka­pi finan­cée par l’O­NU, traitent l’é­vé­ne­ment. Treize mineurs de cobalt ont été tués en sep­tembre 2015 lors­qu’un tun­nel de terre s’est effon­dré à Mabaya, près de la fron­tière de Zam­bie. Il y a deux ans, 16 creu­seurs ont été tués à Kawa­ma par des glis­se­ments de ter­rain, sui­vis quelques mois plus tard par un incen­die sou­ter­rain à Kol­we­zi où 15 autres creu­seurs périrent.

A Kol­we­zi, un ins­pec­teur d’une mine de pro­vince, contra­rié par une série d’ac­ci­dents récents, accep­ta de par­ler au WP à condi­tion que son iden­ti­té ne soit pas dévoi­lée, parce qu’il n’est pas auto­ri­sé à s’a­dres­ser aux médias.

Il ren­con­tra les jour­na­listes dans un mini­bus – dans lequel il sau­ta en fer­mant la porte et en s’ins­tal­lant sur un siège du milieu, loin des vitres tein­tées, de manière à ce que per­sonne dans la rue ne l’aperçoive.

Ce matin-là, racon­ta-t-il, il avait aidé à secou­rir quatre mineurs arti­sa­naux pra­ti­que­ment asphyxiés par des éma­na­tions toxiques dues à un incen­die sou­ter­rain à Kol­we­zi. Il ajou­ta que la veille, deux hommes avaient péri dans l’ef­fon­dre­ment d’un tunnel.

Il nous racon­ta qu’il avait per­son­nel­le­ment reti­ré 36 corps des mines arti­sa­nales locales au cours des années pré­cé­dentes. Nous n’a­vons pas été en mesure de véri­fier ses pro­pos par nous-mêmes, mais ils fai­saient écho à d’autres récits rap­por­tés par les mineurs concer­nant la fré­quence des acci­dents miniers.

L’ins­pec­teur tenait pour res­pon­sables les entre­prises comme Dong­Fang qui achètent le cobalt arti­sa­nal et l’ex­pé­dient à l’é­tran­ger par voie maritime.

« Ils s’en fichent », nous dit-il. « Pour eux, ce qui compte c’est que vous leur appor­tiez les mine­rais. Cela leur est com­plè­te­ment égal que vous soyez malade ou bles­sé. »

Congo Dong­Fang a répon­du qu’elle avait sup­po­sé à tort que ces ques­tions étaient prises en charge par ses par­te­naires com­mer­ciaux, qui achètent le cobalt aux mineurs pour le trans­mettre aux com­pa­gnies minières.

Des enfants au travail

Per­sonne ne sait exac­te­ment com­bien d’en­fants tra­vaillent dans l’in­dus­trie minière du Congo. En 2012, L’UNICEF a esti­mé leur nombre à 40 000 filles et gar­çons dans le sud du pays. En 2007, une étude finan­cée par l’U­SAID (l’A­gence des États-Unis pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal) a révé­lé que 4000 enfants tra­vaillaient sur des sites miniers dans la seule ville de Kolwezi.

Les auto­ri­tés locales déclarent qu’elles manquent de moyens pour faire face au problème.

« La ques­tion des enfants est très déli­cate car il est dif­fi­cile de les sor­tir des mines lors­qu’il n’y a pas d’é­coles », sou­ligne Muyej, le gou­ver­neur de la pro­vince. « Nous devons remé­dier à cette situa­tion. »

 

Bien que les auto­ri­tés et les creu­seurs recon­naissent le pro­blème de la main d’œuvre infan­tile, le sujet demeure sen­sible. Les enfants ne tra­vaillent pas seule­ment dans les mines sou­ter­raines, ce qui est une vio­la­tion du code minier du Congo, mais aus­si en marge du com­merce du cobalt.

Des gardes ont empê­ché des jour­na­listes du WP de visi­ter des zones où, selon les creu­seurs locaux, on peut sou­vent trou­ver des enfants en train de tra­vailler. Un jour, nous avons aper­çu un gar­çon vêtu d’un sweat rouge ployant sous le far­deau d’un sac de miné­raux à moi­tié plein. Un autre gar­çon vêtu d’un maillot de foot noir a accou­ru pour lui appor­ter son aide. Kab­wi­ta, le creu­seur, les observait.

« Ils n’ont que 10 et 12 ans », expli­qua-t-il.

Nous [le Washing­ton Post, NdE] avons éga­le­ment don­né un iPhone à un creu­seur afin qu’il prenne des vidéos des femmes et des enfants en train de laver le cobalt ensemble.

L’un de ces enfants se nomme Del­phin Mute­la, un gar­çon silen­cieux qui ne fai­sait pas ses 13 ans.

Lors­qu’il avait envi­ron 8 ans, sa mère avait com­men­cé à emme­ner Del­phin avec elle lors­qu’elle se ren­dait à la rivière pour net­toyer les mine­rais de cobalt. Le lavage de mine­rais est une tâche répan­due chez les femmes ici. Au début, Del­phin était char­gé de gar­der un œil sur ses frères et sœurs.

Mais il apprit à iden­ti­fier les mor­ceaux de mine­rais qui tom­baient dans l’eau au cours du lavage.

Le cuivre avait des reflets verts.

Le cobalt res­sem­blait à du cho­co­lat noir.

S’il pou­vait ramas­ser suf­fi­sam­ment de mor­ceaux, il pou­vait être payé, peut-être 1 dollar.

« J’u­ti­lise l’argent que je gagne pour ache­ter des cahiers et payer les frais de sco­la­ri­té », nous expli­qua Delphin.

Sa mère, Omba Kab­wi­za, trouve cela normal.

« Il y a beau­coup d’en­fants à la rivière », nous dit elle. « C’est comme ça que nous vivons. »

Une demande qui explose

Le cobalt est la matière pre­mière la plus oné­reuse à l’in­té­rieur d’une bat­te­rie au lithium-ion.

Cela repré­sente depuis long­temps un défi pour les gros four­nis­seurs de bat­te­ries – et leurs clients, les fabri­cants de voi­ture et d’or­di­na­teurs. Cela fait des années que des ingé­nieurs tentent de mettre au point des bat­te­ries sans cobalt. Mais ce mine­rai, qu’on connaît sur­tout en tant que pig­ment bleu, pos­sède une capa­ci­té unique d’aug­men­ta­tion des per­for­mances des batteries.

Le prix du cobalt raf­fi­né a varié au cours de l’an­née qui vient de s’é­cou­ler, entre 20 000 et 26 000 dol­lars la tonne.

Selon Bench­mark Mine­ral Intel­li­gence, la demande mon­diale en cobalt éma­nant du sec­teur des bat­te­ries a tri­plé au cours des cinq der­nières années et devrait au moins dou­bler de nou­veau d’i­ci 2020.

Cette pro­gres­sion a sur­tout été ali­men­tée par les véhi­cules élec­triques. Tous les grands construc­teurs auto­mo­biles se pressent de mettre leurs voi­tures élec­triques sur le mar­ché. Au Neva­da, l’u­sine de bat­te­ries à 5 mil­liards de dol­lars de Tes­la, bap­ti­sée Giga­fac­to­ry, accé­lère sa pro­duc­tion. Daim­ler compte ouvrir bien­tôt une deuxième usine de bat­te­ries sur le sol alle­mand. LG Chem fabrique des bat­te­ries pour Gene­ral Motors dans une usine à Hol­land, dans le Michi­gan. La com­pa­gnie chi­noise BYD pro­jette la construc­tion de gigan­tesques nou­velles usines de bat­te­ries en Chine et au Brésil.

Tan­dis que la bat­te­rie d’un smart­phone peut conte­nir entre cinq et dix grammes de cobalt raf­fi­né, une seule bat­te­rie de voi­ture élec­trique peut en conte­nir jus­qu’à 15 000.

Sur le mar­ché mon­dial, l’im­por­tance du cobalt arti­sa­nal a sui­vi l’ac­crois­se­ment de la demande. Cela fait deux ans que toute l’in­dus­trie de la bat­te­rie s’en est ren­du compte, affirme Kurt Van­de­putte, vice-pré­sident de la divi­sion des maté­riaux pour bat­te­ries rechar­geables chez Umi­core en Bel­gique, l’un des plus gros raf­fi­neurs de cobalt au monde.

Le prix du cobalt chu­tait, même au moment où la demande de bat­te­ries explo­sait. Le prix du lithium, un autre maté­riau clef des bat­te­ries, mon­tait en flèche.

« Il est deve­nu évident que l’ex­trac­tion arti­sa­nale prend une place de choix dans la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment », explique Van­de­putte, ajou­tant que Umi­core se four­nit uni­que­ment auprès des mines indus­trielles, dont celles du Congo.

Le cobalt arti­sa­nal est habi­tuel­le­ment moins cher que celui des mines indus­trielles. Les entre­prises n’ont pas à ver­ser de salaires aux mineurs ni à finan­cer des exploi­ta­tions minières à grande échelle.

Comme les mar­chés étaient inon­dés par le cobalt bon mar­ché, cer­tains négo­ciants inter­na­tio­naux ont annu­lé des contrats pour des mine­rais indus­triels, pré­fé­rant faire main basse sur les mine­rais artisanaux.

« Tout le monde savait qu’il se pas­sait quelque chose », affirme Chris­tophe Pillot, consul­tant chez Avi­cenne Ener­gy en France.

Dans le même temps, les entre­prises sont confron­tées à une sur­veillance de plus en plus étroite de leurs chaînes d’approvisionnement.

Les consom­ma­teurs exigent un cer­tain contrôle ; Les entre­prises leur répondent avec des pro­messes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment « éthique » et de « véri­fi­ca­tion requise concer­nant la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment ».

Au Congo, on peut consta­ter un des effets de ce contrôle accru.

En 2010, les États-Unis ont adop­té une loi por­tant sur les mine­rais de conflit, visant à jugu­ler le flux d’argent des­ti­né à la milice meur­trière du Congo. Cette loi se concen­trait sur l’ex­trac­tion arti­sa­nale de quatre minerais.

Mais cette vigi­lance n’est pas de mise lors­qu’il s’a­git du cobalt.

Alors que l’ex­trac­tion du cobalt n’est pas consi­dé­rée comme étant liée au finan­ce­ment des guerres, bon nombre d’ac­ti­vistes et quelques ana­lystes indus­triels affirment que les mineurs de cobalt pour­raient béné­fi­cier de la pro­tec­tion de la loi en matière d’ex­ploi­ta­tion et d’at­teintes aux droits humains. La loi obli­geant les com­pa­gnies à ten­ter de suivre leur chaine d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et à per­mettre la véri­fi­ca­tion de tous les pro­ces­sus par des éva­lua­teurs indépendants.

Mais bien que le Congo ne pos­sède pas beau­coup de ces quatre mine­rais de conflit, le monde dépend du Congo pour le cobalt.

Simon Moores, ana­lyste chez Bench­mark, pense que c’est une des rai­sons pour les­quelles le cobalt a été exclu de la liste jus­qu’à présent.

Le moindre accroc dans la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment du cobalt dévas­te­rait les entreprises.

« NOUS VENDONS TOUT CECI  AUX CHINOIS »

Pour la plu­part des mineurs arti­sa­naux de Kol­we­zi, la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment mon­diale a pour point de départ un centre de négoce du nom de Musompo.

Les quelques 70 petites bou­tiques, appe­lées « comp­toirs », sont ali­gnées côte à côte le long de la grande route qui mène à la fron­tière. Les noms de ces bou­tiques sont peints sur des murs de ciment : Mai­son Saha, Dépôt Grand Tony, Dépôt Sarah. Cha­cune d’entre elles est ornée d’un pan­neau sur lequel on peut lire, écrit à la main, le prix en vigueur du cobalt et du cuivre.

Dans une bou­tique por­tant le nom de Louis 14, la grille tari­faire pro­po­sait l’é­qui­valent de 881 dol­lars pour une tonne de roche conte­nant 16 % de cobalt. Une roche avec 3 % de cobalt valait 55 dollars.

Des mini­bus sta­tion­naient non loin de là et pro­po­saient à la vente des sacs blancs rem­plis de cobalt fraî­che­ment extrait. D’autres sacs arri­vaient sur des vélos char­gés comme des bêtes de somme.

Chaque char­ge­ment était éva­lué par un Meto­rex, appa­reil évo­quant un radar et ser­vant à détec­ter la teneur des mine­rais. Cer­tains mineurs disent que ces machines ne leur ins­pirent pas confiance, les soup­çon­nant d’être tru­quées. Mais ils n’ont pas le choix. Muyej, le gou­ver­neur, nous apprit qu’il était à la recherche de fonds pour ache­ter un Meto­rex afin que les mineurs puissent éva­luer eux-mêmes leurs mine­rais. Les bou­tiques sont nom­breuses à Musom­po, mais d’a­près les creu­seurs elles ven­daient toutes à la même entre­prise : La Congo Dong­Fang Mining.

« Nous ven­dons tout ceci aux Chi­nois, puis les Chi­nois le revendent à CDM », nous révé­la Hubert Mukek­wa, un employé occu­pé à pel­le­ter du cobalt.

KOLWEZI, REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO – 7 JUIN. Un "comptoir" chinois, ou compteur, assis, calcul un paiement tandis que des "creuseurs", ou mineurs, observent attentivement, à Musompo, un marché de minerais, près de Kolwezi, le 7 juin 2016.
KOLWEZI, REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO – 7 JUIN. Un « comp­toir » chi­nois, ou comp­teur, assis, cal­cul un paie­ment tan­dis que des « creu­seurs », ou mineurs, observent atten­ti­ve­ment, à Musom­po, un mar­ché de mine­rais, près de Kol­we­zi, le 7 juin 2016.

Au Congo, les étran­gers n’ont pas le droit de pos­sé­der un comp­toir. Mais aucune des bou­tiques visi­tées par les jour­na­listes du WP ne sem­blait être gérée par des congo­lais. C’é­tait des asia­tiques qui action­naient les Meto­rex, qui tapaient les prix sur d’é­normes cal­cu­la­trices, qui mani­pu­laient l’argent – d’é­paisses liasses de francs congo­lais. On les voyait sou­vent aus­si assis en retrait tan­dis que des congo­lais trans­por­taient les sacs de 120 tonnes. Aucun chef de comp­toir n’ac­cep­ta de s’en­tre­te­nir avec le Post.

Mukek­wa ache­va de rem­plir un sac.

« Dès que nous attei­gnons une quan­ti­té suf­fi­sante, nous la por­tons à CDM », expli­qua-t-il.

Il dési­gna un grand bâti­ment aux murs bleus, qu’on dis­tin­guait au loin.

Devant un comp­toir bap­ti­sé Boss Wu, deux tra­vailleurs congo­lais vêtus de com­bi­nai­sons por­tant dans le dos l’ins­crip­tion CDM en lettres capi­tales, obser­vaient d’autres hommes qui char­geaient des sacs de cobalt dans un camion.

Plus tard, nous avons aper­çu un camion orange char­gé de sacs de cobalt qui s’é­loi­gnait de Musom­po et se diri­geait vers le grand axe routier.

« C24 » était peint en bleu sur la cabine du camion. Nous avons sui­vi le C24 qui quit­ta l’au­to­route au bout de 3 kilo­mètres envi­ron, pour bifur­quer sur un che­min de terre lon­geant un grand mur de brique. Le camion pour­sui­vit sa route jus­qu’à une entrée devant laquelle se tenaient des gardes armés, puis s’in­tro­dui­sit à l’intérieur.

L’ins­crip­tion CDM appa­rais­sait net­te­ment sur la façade du bâti­ment aux murs bleus.

C’est à l’en­trée de ce même bâti­ment que CDM pré­tend que le contrôle de sa chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment s’ar­rête, n’al­lant jamais jus­qu’aux mines ou sur le lieu du négoce, nous dit Chen, pré­sident de Huayou Cobalt, la mai­son-mère de CDM.

« En réa­li­té nous igno­rions beau­coup de choses », ajou­ta Chen, à pro­pos de leur appro­vi­sion­ne­ment en cobalt. « Main­te­nant nous fai­sons preuve de la vigi­lance requise. »

Pis­tage du cobalt de votre batterie

L’in­dus­trie des bat­te­ries au lithium-ion a une chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment extrê­me­ment com­plexe. Chaque socié­té de pro­duits de consom­ma­tion a trai­té avec de mul­tiples four­nis­seurs – et leurs four­nis­seurs ont trai­té avec une mul­ti­pli­ci­té de four­nis­seurs. Cela montre quelques unes des connexions exis­tantes dans le milieu de l’in­dus­trie. Voir les réponses des com­pa­gnies à l’en­quête du Washing­ton Post.

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CE QUE DISENT LES ENTREPRISES

En réponse aux ques­tions du WP, les entre­prises ont elles aus­si expri­mé leur incer­ti­tude quant à leur chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en cobalt, prou­vant à quel point on en sait peu sur les sources des matières premières.

Mais les attentes sont dif­fé­rentes aujourd’­hui, explique Lara Smith, qui dirige, à Johan­nes­burg, Core Consul­tants, une entre­prise qui aide les com­pa­gnies minières à trou­ver une solu­tion à ce problème.

« Les entre­prises ne peuvent pas pré­tendre qu’elles ne sont pas au cou­rant », ajoute-t-elle. « Car si elles vou­laient com­prendre, elles le pour­raient. Elles ne le font pas. »

L’an­née der­nière, CDM a décla­ré avoir expor­té 72 000 tonnes de cobalt indus­triel et arti­sa­nal du Congo, deve­nant ain­si la troi­sième plus grande com­pa­gnie minière du pays, selon les sta­tis­tiques congolaises.

Si on en croit les ana­lystes et l’en­tre­prise elle-même, CDM est de loin le prin­ci­pal expor­ta­teur de cobalt arti­sa­nal du Congo.

CDM expé­die son cobalt à sa filiale, Huayou, en Chine, où le mine­rai est raf­fi­né. Les docu­ments offi­ciels et les entre­tiens qui ont été menés révèlent que par­mi les plus gros clients de Huayou, on trouve les fabri­cants de cathodes de bat­te­ries Hunan Shan­shan, Pulead Tech­no­lo­gy Indus­try et L&F Material.

Ces entre­prises – qui achètent éga­le­ment des mine­rais raf­fi­nés à d’autres socié­tés – fabriquent les cathodes de bat­te­ries riches en cobalt qui jouent un rôle essen­tiel dans les bat­te­ries au lithium-ion. Ces cathodes sont ven­dues à des fabri­cants de bat­te­ries, par­mi les­quels figurent les firmes Ampe­rex Tech­no­lo­gy Ltd (ATL), Sam­sung SDI et LG Chem.

Tous ces fabri­cants de bat­te­ries four­nissent Apple, pour l’a­li­men­ta­tion en éner­gie des iPhones, iPads et Macs.

Apple affirme que son enquête a révé­lé que ses bat­te­ries pro­ve­nant de LG Chem et de Sam­sung SDI contiennent des cathodes venant de Umi­core ; et que celles-ci peuvent conte­nir du cobalt du Congo mais pas de CDM. Apple pense que son cobalt sus­pect était conte­nu dans des bat­te­ries ATL munies de cathodes Pulead.

« Je crois que les risques peuvent être gérés », a décla­ré au Post Yuan Gao, le direc­teur géné­ral de Pulead, ajou­tant qu’il croyait que « la sen­si­bi­li­sa­tion accrue fonc­tionne vrai­ment, dans la mesure où tout le monde contrôle tout le monde tout au long de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. »

Si on se base sur les ana­lyses de IHS, le lea­der mon­dial de l’in­for­ma­tion tech­nique, ATL aus­si a four­ni des élé­ments de bat­te­rie qu’on trouve dans cer­tains pro­duits Kindle pro­po­sés par Ama­zon. ATL s’est abs­te­nu de tout commentaire.

Amazon.com, la socié­té fon­dée par Jef­frey Besos qui détient aus­si le WP, n’a pas répon­du direc­te­ment à nos ques­tions concer­nant les liens éven­tuels avec du cobalt sus­pect. Elle a seule­ment publié une décla­ra­tion, noti­fiant entre autres choses : « Nous tra­vaillons en étroite col­la­bo­ra­tion avec nos four­nis­seurs en veillant à ce qu’ils répondent à nos cri­tères, et nous effec­tuons un cer­tain nombre d’au­dits tous les ans afin de garan­tir que nos par­te­naires indus­triels res­pectent notre poli­tique. »

Sam­sung SDI, qui four­nit en bat­te­ries Sam­sung, Apple et des construc­teurs auto­mo­biles comme BMW, a décla­ré que sa propre enquête en cours « n’a mon­tré aucune pré­sence » de cobalt sus­pect, bien qu’elle uti­lise du cobalt en pro­ve­nance du Congo.

Sam­sung, le fabri­cant de télé­phones, a trans­mis au WP une décla­ra­tion expli­quant qu’ils prennent au sérieux les pro­blèmes de chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment mais élu­dant la pos­si­bi­li­té d’une connexion avec CDM. Confor­mé­ment aux don­nées sec­to­rielles, Sam­sung achète des bat­te­ries pour ses télé­phones à Sam­sung SDI et à ATL, entre autres.

BMW a recon­nu qu’une par­tie du cobalt conte­nu dans ses bat­te­ries Sam­sung SDI pro­vient du Congo mais qu’il fau­drait inter­ro­ger Sam­sung SDI pour obte­nir des détails supplémentaires.

LG Chem, le plus gros four­nis­seur mon­dial en bat­te­ries pour voi­tures élec­triques, a indi­qué que L&F Mate­rial, la socié­té auprès de laquelle elle s’ap­pro­vi­sionne en cathodes, a ces­sé l’an der­nier d’a­che­ter à Huayou du cobalt ori­gi­naire du Congo. Celui-ci a été rem­pla­cé par du cobalt pro­ve­nant de mines situées en Nou­velle-Calé­do­nie. En guise de preuve, LG Chem a four­ni un « cer­ti­fi­cat d’o­ri­gine » rela­tif à une car­gai­son de cobalt de 212 tonnes et datant de décembre 2015.

Mais deux ana­lystes du sec­teur du mine­rai doutent que le four­nis­seur en cathodes de LG Chem ait pu rem­pla­cer le cobalt du Congo par celui de Nou­velle-Calé­do­nie – ou du moins qu’ils puissent le faire long­temps. LG Chem consomme plus de cobalt que n’en pro­duit toute la Nou­velle-Calé­do­nie, selon les ana­lystes et les don­nées publiques dis­po­nibles. LG Chem n’a pas don­né suite aux demandes répé­tées de com­men­taires. Lorsque le WP a deman­dé à LG Chem de « répondre aux affir­ma­tions selon les­quelles les chiffres ne cor­res­pondent pas », LG Chem n’a pas répon­du direc­te­ment à la ques­tion, indi­quant seule­ment qu’elle contrôle régu­liè­re­ment les cer­ti­fi­cats d’origine.

LG Chem dirige éga­le­ment une usine de bat­te­ries dans le Michi­gan pour un de ses plus gros clients, GM, qui pré­voit de lan­cer la vente de sa Che­vro­let Bolt élec­trique avant la fin de l’an­née. LG Chem a décla­ré que l’u­sine du Michi­gan n’a jamais reçu de cobalt congolais.

Un autre client de LG Chem, Ford Motor, affirme que LG Chem lui a assu­ré que les bat­te­ries Ford n’ont jamais eu aucun lien avec le cobalt de CDM.

La plu­part des modèles Tes­la uti­lisent des bat­te­ries four­nies par Pana­so­nic, qui achète du cobalt venant d’A­sie du Sud-Est et du Congo. Les bat­te­ries de rechange pour Tes­la sont fabri­quées par LG Chem. Tes­la a décla­ré au WP qu’elle savait que les bat­te­ries Tes­la de LG Chem ne contiennent pas de cobalt congo­lais, mais elle n’a pas indi­qué com­ment elle le savait.

Tes­la, plus qu’au­cun autre construc­teur auto­mo­bile, a bâti sa répu­ta­tion sur le « sour­çage éthique » de chaque pièce de ses illustres véhicules.

« C’est quelque chose que nous pre­nons vrai­ment très au sérieux », a décla­ré en mars lors d’une confé­rence qui s’est tenue à Fort Lau­der­lale en Flo­ride, Kurt Kel­ty, le direc­teur tech­nique du dépar­te­ment bat­te­ries de Tes­la. « Et il nous faut prendre cela encore plus au sérieux. Nous allons donc envoyer un de nos hommes sur place. »

Six mois plus tard, Tes­la a indi­qué au WP qu’elle pré­voyait tou­jours d’en­voyer quel­qu’un au Congo.

Anomalies congénitales et maladies

A Lubum­ba­shi, autre centre de l’in­dus­trie minière du Congo, situé à envi­ron 300 kilo­mètres de Kol­we­zi, les méde­cins com­mencent à per­cer le mys­tère d’une série de pro­blèmes de san­té dont souffre depuis long­temps la popu­la­tion locale.

Leurs décou­vertes indiquent que l’in­dus­trie minière est à l’o­ri­gine du problème.

Ces méde­cins de l’U­ni­ver­si­té de Lubum­ba­shi savent déjà que les mineurs et les habi­tants sont expo­sés à des métaux à des niveaux dépas­sant de loin le seuil de sécurité.

Une de leurs études a révé­lé que les rési­dents qui vivent près des mines ou des fon­de­ries dans le sud du Congo avaient des concen­tra­tions uri­naires de cobalt qui étaient 43 fois plus éle­vées que celle d’un groupe témoin, des niveaux de plomb cinq fois plus éle­vés et des niveaux de cad­mium et d’u­ra­nium quatre fois plus éle­vés. Les niveaux étaient encore plus éle­vés chez les enfants.

Une autre étude, publiée au début de l’an­née, a révé­lé l’exis­tence de niveaux éle­vés de métaux chez les pois­sons de la région minière. Une étude d’é­chan­tillons de sol autour de Lubum­ba­shi qui regorge de mines a conclu que la zone figu­rait « par­mi les dix régions les plus pol­luées du monde ».

Les méde­cins s’emploient désor­mais à tirer les conclu­sions qui s’imposent.

« Nous sommes en train d’es­sayer d’é­ta­blir une dis­tinc­tion entre mala­die et métaux », explique Eddy Mbuyu, chi­miste à l’université.

Mais ils se montrent pru­dents dans leurs recherches.

« Le busi­ness de la mine détient l’argent et cet argent est syno­nyme de pou­voir », explique Tony Kayembe, épi­dé­mio­lo­giste à l’hô­pi­tal de l’université.

Les études actuelles exa­minent les affec­tions thy­roï­diennes et les pro­blèmes res­pi­ra­toires. Mais les méde­cins sont sur­tout pré­oc­cu­pés par les liens qui pour­raient exis­ter avec les ano­ma­lies congé­ni­tales. Une étude publiée par les méde­cins de l’u­ni­ver­si­té en 2012 a iden­ti­fié des don­nées pré­li­mi­naires indi­quant qu’un bébé court un plus grand risque de naître avec une ano­ma­lie congé­ni­tale visible si le père tra­vaille dans l’in­dus­trie minière du Congo.

Les méde­cins de Lubum­ba­shi ont éga­le­ment publié des rap­ports concer­nant des ano­ma­lies congé­ni­tales si rares – l’une d’entre elles est appe­lée le syn­drome de la sirène – qu’elles sont les seuls cas que le Congo ait jamais connu. Elles ont toutes tou­ché des enfants nés dans des régions où l’ex­ploi­ta­tion minière est intense.

Pour Kayembe, l’é­tude la plus frap­pante est celle qui a exa­mi­né les cas de bébés nés avec une holo­pro­sen­cé­pha­lie, une affec­tion sou­vent mor­telle qui pro­voque des mal­for­ma­tions faciales graves. Pra­ti­que­ment incon­nue. Des car­rières médi­cales entières se déroulent sans être confron­té à un seul cas. Mais l’an der­nier, les méde­cins de Lubum­ba­shi en ont dénom­bré trois en trois mois.

« Ce n’est pas nor­mal du tout », sou­ligne Kayembe.

Ces enquêtes médi­cales pour­raient pro­cu­rer un cer­tain sou­la­ge­ment aux rési­dents, à l’ins­tar de Aime­rance Masen­go, âgée de 15 ans, qui se sent cou­pable depuis qu’elle a don­né nais­sance l’an der­nier à un petit gar­çon atteint de graves et létales malformations.

Aime­rance évoque, dans un chu­cho­te­ment à peine audible, l’ef­froi qui l’a­vait sai­sie lors­qu’elle avait vu son nou­veau-né. Le méde­cin aus­si était effrayé, précise-t-elle.

Le méde­cin expli­qua à Aime­rance qu’il était impos­sible de savoir avec cer­ti­tude pour quelles rai­sons les choses avaient mal tour­né. Mais il consta­ta que le père du bébé était creu­seur de cobalt. Il lui révé­la éga­le­ment qu’il avait vu de nom­breux pro­blèmes chez les enfants des creuseurs.

Aime­rance et le père du bébé vivaient dans le vil­lage voi­sin de Luis­wi­shi, où vivent 8 000 per­sonnes. Tous les habi­tants sem­blaient avoir un lien avec l’ac­ti­vi­té minière arti­sa­nale. Au cours des trois der­nières années, d’a­près les acti­vistes locaux, quatre nou­veaux-nés de ce tout petit vil­lage, sont morts à la suite de mal­for­ma­tions congé­ni­tales graves.

LES CREUSEURS ATTENDENT

Pour les creu­seurs comme Sidi­ki Mayam­ba, qui se demande s’il aura les moyens d’a­che­ter de la farine pour sa famille, ce n’est ni la sécu­ri­té ni les éven­tuels pro­blèmes de san­té qui sus­citent le plus d’in­quié­tude. C’est l’argent. Il a besoin de tra­vailler. Mais il ne veut pas que son fils de deux ans, Harold, le suive dans les mines.

« Creu­seur est un dur métier et il y a beau­coup de risques », explique Mayam­ba. « Je ne peux pas sou­hai­ter à mon enfant d’a­voir ce genre de bou­lot. »

Assai­nir la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment ne sera pas chose aisée pour Huayou Cobalt, même avec l’ap­pui d’une entre­prise aus­si puis­sante que Apple.

Mais Chen, le pré­sident de Huayou, a décla­ré qu’il était néces­saire de prendre cette mesure, non seule­ment pour l’en­tre­prise mais aus­si pour les mineurs congolais.

« Cer­taines entre­prises cherchent seule­ment à fuir le pro­blème », affirme Chen. Mais le pro­blème du Congo est tou­jours pré­sent. La pau­vre­té est tou­jours là.

La ques­tion est de savoir si les autres clients de Huayou, après avoir ache­té du cobalt bon mar­ché pen­dant des années sans se poser la moindre ques­tion, accep­te­ront de coopérer.

Pau­la Pyers, direc­trice chez Apple, affirme que l’en­tre­prise ne sou­haite pas prendre des mesures qui ne vise­raient qu’à « embel­lir la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment ».

« Si nous nous reti­rions tous de la Répu­blique Démo­cra­tique du Congo, les congo­lais se retrou­ve­raient dans une situa­tion désas­treuse », ajoute-t-elle. « En tout cas, nous ne pren­drons pas ce genre d’i­ni­tia­tive ici. »

Dès l’an­née pro­chaine, Apple trai­te­ra en interne le cobalt comme un mine­rai de conflit, en exi­geant pour ce faire que tous les raf­fi­neurs de cobalt acceptent des contrôles externes de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et effec­tuent une éva­lua­tion des risques.

Ces mesures prises par Apple pour­raient avoir des réper­cus­sions impor­tantes sur tout le sec­teur des bat­te­ries. Mais le chan­ge­ment se fera len­te­ment. Il a fal­lu cinq ans à Apple pour faire en sorte que sa chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment ne contienne pas de mine­rais de conflit – et cette mesure a été ren­due obli­ga­toire par voie législative.

Aucun de ces efforts ne chan­ge­ra le des­tin des creu­seurs tels que Kan­do­lo Mboma.

A la mine de Til­we­zembe, cet été, Mbo­ma, assis sur un rocher, vêtu d’un jean macu­lé de noir, les pieds nus se balan­çant au-des­sus de la terre rouge, sem­blait plon­gé dans un état cata­to­nique. Ses yeux ne par­ve­naient pas à remar­quer les autres creu­seurs qui défi­laient devant lui.

« Il a tra­vaillé toute la nuit et il n’a pas man­gé », nous dit un de ses compagnons.

Mbo­ma, 35 ans et père de trois enfants, atten­dait que son cobalt soit pesé. Il serait alors payé, espérait-il.

Il était assis près d’une série de petits stands de nour­ri­ture consti­tués de vieux sacs ten­dus sur des piquets et où un creu­seur pou­vait ache­ter un petit pain pour 100 francs congo­lais, envi­ron 10 cents US. Avec le pain, on avait droit à un verre d’eau gratuit.

« Vous man­gez ce que vous faites », finit par arti­cu­ler Mboma.

Et il fau­dra attendre pour manger.

Peter Who­ris­key, à Washing­ton, a par­ti­ci­pé à la rédac­tion de ce rapport.

Nar­ra­tion : Todd C. Fran­kel. Pho­tos : Michael Robin­son Cha­vez. Édi­tion vidéo : Jorge Ribas. Des­sins : Laza­ro Gamio et Tim Meko.


Tra­duc­tion : Hélé­na Delaunay
Édi­tion : Nico­las Casaux

Note de fin : l’ar­ticle du Washing­ton Post est très inté­res­sant, en ce qu’il dévoile des faits et des images peu connus du grand public, ou trop pas­sés sous silence. Cepen­dant, en bon par­ti­sans du pro­grès tech­no­lo­gique, et, plus géné­ra­le­ment, de la civi­li­sa­tion indus­trielle, leur cri­tique est très limi­tée et seg­men­tée ; de plus, tous les pro­blèmes sou­li­gnés ont tou­jours une solu­tion, tech­nique, cela va sans dire, ne néces­si­tant jamais aucun renon­ce­ment à aucune pra­tique, à aucun pro­ces­sus, à aucune ten­dance, à aucune idéo­lo­gie ; limi­tée parce que les coûts éco­lo­giques des diverses extrac­tions sont infi­ni­ment plus éle­vés, nom­breux et com­plexes que ce qu’ils ne laissent entre­voir, que ce que nous pou­vons com­prendre, en l’é­tat actuel de nos connais­sances éco­lo­giques ; les per­tur­ba­tions et détra­que­ments éco­sys­té­miques, les pol­lu­tions, les des­truc­tions des espèces ani­males et végé­tales, tout cela pré­sente des effets que nous ne pou­vons que dif­fi­ci­le­ment appré­hen­der. Aucune acti­vi­té d’ex­trac­tion à grande échelle et aus­si per­tur­ba­trice que celles exi­gées par le déve­lop­pe­ment d’une civi­li­sa­tion hau­te­ment tech­no­lo­gique ne sera jamais propre, verte, durable, en d’autres termes, éco­lo­gique. La crois­sance ou le déve­lop­pe­ment d’une civi­li­sa­tion hau­te­ment tech­no­lo­gique est incom­pa­tible avec le res­pect de l’é­co­lo­gie pla­né­taire, c’est-à-dire qu’il s’a­git d’un pro­ces­sus des­truc­teur et donc auto­des­truc­teur. Seg­men­tée parce qu’il fau­drait relier ensemble les dif­fé­rents pro­blèmes posés par les dif­fé­rentes acti­vi­tés extrac­tives de la civi­li­sa­tion indus­trielle pour avoir un aper­çu un peu plus com­plet de son insou­te­na­bi­li­té, du carac­tère abso­lu­ment anti­éco­lo­gique de son exis­tence et de son déve­lop­pe­ment (l’ex­trac­tion du cobalt est loin d’être le seul pro­blème liée à l’in­dus­trie minière. Il fau­drait éga­le­ment enquê­ter sur les extrac­tions de cuivre, de nickel, d’or, d’argent, de plomb, de zinc, de molyb­dène et de pla­tine, pour n’en citer que quelques exemples sup­plé­men­taires. Et d’ailleurs, pour­riez-vous citer une seule indus­trie qui ne soit pas pol­luante et destructrice ?).

Pour beau­coup, habi­tués à un dis­cours posi­ti­viste et réduc­teur, cela peut paraitre dur à entendre. & pour­tant n’im­porte quel bio­lo­giste ou éco­logue hon­nête devrait l’ad­mettre : aucune des acti­vi­tés extrac­tives de la civi­li­sa­tion n’est éco­lo­gique (dans le sens du res­pect de l’en­vi­ron­ne­ment, c’est-à-dire que toutes ces acti­vi­tés sont des nui­sances, qu’elles sont des­truc­trices vis-à-vis du monde natu­rel et des contin­gences bio­lo­giques qui le com­posent). Aucune n’est viable. Aucune n’est sou­te­nable. Notre situa­tion col­lec­tive pré­sente des pro­blèmes inso­lubles, ou, plu­tôt, incom­pa­tibles avec le main­tien de la civi­li­sa­tion telle que nous la connais­sons. La situa­tion des mineurs ici ou là peut être amé­lio­rée, l’ex­trac­tion ren­due un peu moins des­truc­trice, le trans­port un peu moins pol­luant, etc. ; néan­moins, des inéga­li­tés doivent per­du­rer afin que cer­tains n’aient d’autres choix que de tra­vailler dans des mines, afin que d’autres puissent res­ter en mesure de le leur ordon­ner, ou de leur impo­ser (afin qu’une cer­taine hié­rar­chie sociale per­dure, peu importe que ce soit sous la forme de mineurs dans des mines et de PDG de com­pa­gnies, ou sous une autre forme ; il serait gro­tesque de pré­tendre que ces PDG — que l’é­lite diri­geante — tra­vaillent à la dis­pa­ri­tion des classes) ; et, enfin, ces acti­vi­tés res­tent des­truc­trices peu importe à quel point les indus­triels les per­fec­tionnent. Si vous sou­hai­tez, si nous sou­hai­tons, mettre un terme au réchauf­fe­ment cli­ma­tique, à la pol­lu­tion de l’air, de l’eau, des sols, à la défo­res­ta­tion, au déclin des espèces ani­males et végé­tales (6ème extinc­tion), il nous faut indu­bi­ta­ble­ment renon­cer à une cer­taine idéo­lo­gie de crois­sance, de pro­grès, de déve­lop­pe­ment, et aux pra­tiques et acti­vi­tés qu’elle engendre imman­qua­ble­ment. Ces remarques, nous les déve­lop­pons dans de nom­breux articles sur notre site. Si le sujet vous inté­resse, nous vous invi­tons à creu­ser.

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  1. « Un sacré vent de pute… Par­don, quel monde de putes ! »
    Hor­mis le fait que WP prenne plai­sir à cas­ser du Chi­nois ou du Gros Local Débri­dé (et que j’ aime­rais bien qu’il mène cette poli­tique objec­tive sur d’autres fronts), ce rap­port m’a inté­res­sé car il dénonce l’hy­po­cri­sie indus­trielle en s’ap­puyant sur la misère humaine.
    La course au pro­fit on connaît (des sous, plus de sous-tou­jours des sous), Big Bro­ther n’est plus une légende depuis long­temps (mon patron connaît mieux le fond de mon cul que moi-même), alors pour­quoi une fois de plus un média (WP) s’a­dresse t‑il à ses lec­teurs comme un séma­phore du dix-hui­tième siècle infor­mant le der­nier né des cour­siers des mers ?

    Bien sûr que j’exa­gère, mais ren­dez-vous compte que ceux qui réus­sissent main­te­nant, sont de ceux là. Par­ler ou écrire noir sur blanc est fade dans un monde en cou­leur, — un monde dic­té par la fenêtre et la pomme, géré par les vapeurs de gazole et hal­lu­ci­né par le clinquant.

    Pen­dant ce temps, on se mour­roie gra­ve­ment. Flasques occi­den­taux et Tri­meurs à la pioche, jeunes, vieux, femmes et hommes.

    Dans les notes, j’ai rele­vé que « l’é­lite ne désire pas la dis­pa­ri­tion des classes ».
    Mais ces gens ne comptent-ils pas sur l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle pour rem­pla­cer leurs subal­ternes ? Ne dési­re­rait-elle pas plu­tôt l’ho­mo­gé­néi­sa­tion des classes, en une classe totale d’es­claves, abon­nés et soumis ?

    Creu­sons !

  2. À toutes les fois on on impose une façon tech­no­lo­gique de défi­nir l’his­toire en exploi­tant un ter­ri­toire, nous déna­tu­rons l’ex­per­tise et les res­sources natu­relles des gens qui l’ha­bitent. Votre repor­tage est excellent en ce qu’il décrit les dérives aux­quelles nous sommes tous expo­sés, dès que des impé­ra­tifs tech­no­lo­giques et com­mer­ciaux violent les sous-sols, les cultures, les gens qui vou­draient s’en appro­prier les fon­de­ments « fon­da­men­taux » iden­ti­taires et les cor­ri­dors aériens qui en déli­mitent les richesses, sans pour autant en recon­naître, en contre-par­tie, l’im­por­tance essen­tielle dans la diver­si­té éco-sys­té­mique. Si on vole des graines et qu’on vend des rai­sins modi­fiés (OGM), on trans­forme dès lors le réel en muta­tions géné­tiques expo­nen­tielles. Le cobalt peut être radioactif.

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