Tra­duc­tion d’un article de Der­rick Jen­sen, membre fon­da­teur de l’or­ga­ni­sa­tion d’é­co­lo­gie radi­cale Deep Green Resis­tance, ini­tia­le­ment publié (en anglais) sur le site du Fair Obser­ver, le 12 décembre 2016.


Cette culture ne met­tra rien en œuvre pour arrê­ter ou ralen­tir signi­fi­ca­ti­ve­ment le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Cette culture sacri­fie­ra – lisez tue­ra – la pla­nète plu­tôt que de remettre en ques­tion le sys­tème socio-éco­no­mique qui détruit notre seule mai­son.

Com­ment le savons-nous ? En voi­ci quelques bonnes rai­sons.

A com­men­cer par Donald Trump. Non, bien que le pré­sident élu des États-Unis consi­dère le chan­ge­ment cli­ma­tique comme un canu­lar, lui et son air chaud – et ce qu’on ima­gine quant à ses stra­té­gies poli­tiques – ne sont pas suf­fi­sants à eux seuls pour tuer la pla­nète.

Ce qu’il faut remar­quer, c’est que sa posi­tion sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique est repré­sen­ta­tive de son mépris pour le monde natu­rel. Plus impor­tant encore, sou­li­gnons que son mépris pour le monde natu­rel est repré­sen­ta­tif du com­por­te­ment glo­bal de cette culture. Il a reçu près de 62 mil­lions de voix, ce qui signi­fie que Trump est loin d’être le seul à éprou­ver de tels sen­ti­ments pour le monde réel.

Ce ne sont pas juste Trump et les 62 mil­lions d’Américains qui ont voté pour lui qui accordent davan­tage de valeur au sys­tème éco­no­mique qu’au monde réel. Ce sont les Démo­crates, les Répu­bli­cains, les diri­geants poli­tiques du monde entier, les jour­na­listes grand public (des médias domi­nants), et presque tous les acti­vistes du mou­ve­ment contre le chan­ge­ment cli­ma­tique.

Vous ne me croyez pas ? Dans ce cas, posez-vous cette ques­tion : qu’ont en com­mun toutes leurs soi-disant solu­tions au réchauf­fe­ment cli­ma­tique ?

La réponse est que toutes leurs solu­tions pri­vi­lé­gient ce mode de vie – l’industrialisme, la civi­li­sa­tion indus­trielle, le capi­ta­lisme, le colo­nia­lisme – au détri­ment des besoins du monde natu­rel. Toutes leurs solu­tions tiennent ce mode de vie pour acquis – quelque chose que nous devons main­te­nir à tout prix – et estiment que le monde natu­rel doit s’adapter aux demandes et aux effets des­truc­teurs de cette culture. Par-là même, tous les efforts déployés afin de com­battre les dégâts liés au réchauf­fe­ment cli­ma­tique visent en réa­li­té à défendre l’économie, et pas la pla­nète.

A ce sujet, ils sont assez expli­cites. Il faut les lire. Ils appellent cela « la course pour sau­ver la civi­li­sa­tion », ou « éla­bo­rer un plan pour sau­ver la civi­li­sa­tion », ou encore « se mobi­li­ser pour sau­ver la civi­li­sa­tion ».

UN INCROYABLE TOUR DE FORCE DES RELATIONS PUBLIQUES

Ce qui nous amène à une autre des rai­sons pour les­quelles nous savons que nous tue­rons la pla­nète plu­tôt que de mettre fin à ce mode de vie. Un large pan de « l’environnementalisme » – et en par­ti­cu­lier l’activisme du mou­ve­ment cli­ma­tique – en a été réduit à n’être, de fait, qu’un outil de lob­bying au ser­vice d’un sec­teur indus­triel. Il s’agit d’un tour de passe-passe très habile de la part du capi­ta­lisme et des capi­ta­listes : trans­for­mer une inquié­tude très réelle vis-à-vis du réchauf­fe­ment cli­ma­tique en un mou­ve­ment de masse, puis uti­li­ser ce mou­ve­ment de masse pour sou­te­nir les objec­tifs de sec­teurs spé­ci­fiques de l’économie indus­trielle capi­ta­liste.

Si vous deman­dez aux per­sonnes mobi­li­sées au sein de ce mou­ve­ment de masse pour­quoi elles mani­festent, elles vous répon­dront peut-être qu’elles essaient de sau­ver la pla­nète. Mais si vous leur deman­dez quelles sont leurs reven­di­ca­tions, elles vous répon­dront sans doute qu’elles sou­haitent davan­tage de sub­ven­tions pour les sec­teurs indus­triels du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectrique et de la bio­masse.

C’est un incroyable tour de force des rela­tions publiques / du mar­ke­ting. Je ne blâme pas les mani­fes­tants. Ce ne sont pas eux le pro­blème. Le pro­blème, c’est que c’est pré­ci­sé­ment la spé­cia­li­té du capi­ta­lisme. Et le vrai pro­blème, c’est que le solaire et l’hydroélectrique pro­fitent à l’industrie, pas au monde réel. Les tor­tues du désert ont-elles besoin que l’on construise des cen­trales solaires en lieu et place de ce qui était autre­fois leurs mai­sons ? Les sau­mons ont-ils besoin que l’on construise des bar­rages sur les rivières qui étaient autre­fois leurs mai­sons ? Quid des silures géants du Mékong ?

Pour être clair, la nature sau­vage – des mou­flons cana­diens du désert aux fleurs-singe du Michi­gan et aux halo­philes de John­son – ne béné­fi­cie pas le moins du monde de ces soi-disant éner­gies alter­na­tives. Bien sûr, dans cer­tains cas, ces « éner­gies alter­na­tives » émettent moins de car­bone que leurs homo­logues fos­siles, mais elles en émettent tout de même plus que si l’on ne construi­sait pas de cen­trales, et elles détruisent plus d’habitats que si l’on n’en construi­sait aucune.

Voi­là en par­tie ce que j’entends lorsque je dis que ces solu­tions ont pour objet de pro­té­ger – et dans ce cas d’alimenter – l’économie, et pas de pro­té­ger la nature sau­vage.

RIEN N’EST GRATUIT

Le fait de favo­ri­ser ce mode de vie plus que la vie sur la pla­nète incite ses par­ti­sans à men­tir, à eux-mêmes et aux autres. Le pre­mier men­songe consiste à pré­tendre que ce mode de vie n’est pas intrin­sè­que­ment des­truc­teur. Au point de péri­cli­ta­tion de la vie sur cette pla­nète où nous en sommes ren­dus, je ne devrais pas avoir à étayer cette affir­ma­tion. Il suf­fit sim­ple­ment de regar­der autour de soi.

La der­nière chose dont le monde a besoin, c’est de plus de pro­duc­tion d’énergie indus­trielle, éner­gie qui sera uti­li­sée pour faire ce que fait tou­jours l’économie indus­trielle – conver­tir le vivant en inerte : les forêts vivantes en planches de bois, les mon­tagnes vivantes en com­po­sants miné­raux.

Rien n’est gra­tuit. Chaque action a des consé­quences, et lorsque vous volez les autres, ces autres ne pos­sèdent plus ce que vous leur avez volé. C’est aus­si vrai lorsque les vic­times de ce vol sont non-humaines que lorsqu’elles sont humaines.

Cepen­dant, comme l’a expri­mé Upton Sin­clair, « Il est dif­fi­cile de faire com­prendre quelque chose à quelqu’un lorsque son salaire dépend de ce qu’il ne la com­prenne pas. » & il est encore plus dif­fi­cile de faire com­prendre quelque chose à des gens dont l’intégralité du mode de vie dépend de ce qu’ils ne la com­prennent pas.

Alors nous nous men­tons. En ce qui concerne le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, les per­sonnes comme Trump mentent ouver­te­ment en niant sa réa­li­té. De l’écocide au géno­cide et aux agres­sions indi­vi­duelles, c’est presque tou­jours la pre­mière ligne de défense des auteurs d’atrocités : ce qui se déroule devant vos yeux n’est pas en train d’arriver.

Les acti­vistes du mou­ve­ment pour le cli­mat véhi­culent un men­songe simi­laire, dans le sens où ils semblent pré­tendre que la des­truc­tion cau­sée par les indus­tries du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectricité et de la bio­masse n’existe pas. Ou que, d’une cer­taine manière, les dom­mages qu’elles causent sont un sacri­fice à concé­der au nom d’un inté­rêt supé­rieur. Mais, comme tou­jours, c’est la pla­nète que l’on sacri­fie, et l’intérêt supé­rieur consiste en un sup­plé­ment d’énergie accor­dé à l’économie indus­trielle. Ce n’est pas une bonne affaire pour la pla­nète (encore) vivante.

Par exemple, un article du LA Times dont le titre est « Sacri­fier le désert pour sau­ver la pla­nète », décrit com­ment l’État, les gou­ver­ne­ments fédé­raux, une grosse cor­po­ra­tion, et de grosses organisations/corporations « envi­ron­ne­men­tales » sont en train de détruire de grandes éten­dues du désert de Mojave pour y ins­tal­ler une cen­trale de pro­duc­tion indus­trielle d’énergie solaire. Le désert n’est pas sacri­fié, comme le pré­tend l’article, pour sau­ver la pla­nète, mais pour géné­rer de l’électricité – prin­ci­pa­le­ment pour l’industrie. La Terre n’a pas besoin de cette élec­tri­ci­té : l’industrie, oui. Mais encore une fois, depuis leur pers­pec­tive nar­cis­sique, l’industrie est la terre. Rien n’existe et rien ne peut exis­ter en dehors de l’industrie.

LE MYTHE DES RENOUVELABLES

Même en lais­sant de côté le fait que l’électricité géné­rée par les « renou­ve­lables » est uti­li­sée pour ali­men­ter l’économie indus­trielle, en d’autres termes pour détruire davan­tage la pla­nète, les solu­tions repré­sen­tées par l’éolien / le solaire / l’hydroélectricité / la bio­masse sont nui­sibles en elles-mêmes.

Par exemple, le solaire et l’éolien requièrent l’extraction de terres rares. Toute exploi­ta­tion minière est un désastre envi­ron­ne­men­tal, mais les extrac­tions de terres rares en sont tout par­ti­cu­liè­re­ment. L’extraction de terres rares et leur raf­fi­nage ont, par exemple, rava­gé les alen­tours de Bao­tou, en Chine. Comme l’a expli­qué The Guar­dian, « Vu du ciel, cela res­semble à un grand lac, ali­men­té par plu­sieurs affluents ; mais depuis le sol on réa­lise qu’il s’agit d’une sombre éten­due d’eau dans laquelle aucun pois­son ni aucune algue ne peut sur­vivre. La côte est recou­verte d’une croûte noire, tel­le­ment épaisse que l’on pour­rait y mar­cher. Dans cet immense bas­sin de rejet de 10 kilo­mètres car­rés, les usines voi­sines déversent leurs eaux char­gées de pro­duits chi­miques uti­li­sés pour trans­for­mer les 17 miné­raux les plus recher­chés au monde, com­mu­né­ment appe­lés terres rares. » Le sol de cette région a éga­le­ment été ren­du toxique.

[Ajou­tons éga­le­ment qu’en plus des terres rares, l’in­dus­trie des pan­neaux solaires requiert bien d’autres maté­riaux lis­tés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor, dont, entre autres : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’a­lu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cad­mium (uti­li­sé dans cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le cuivre (câblage et cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le gal­lium, l’in­dium (uti­li­sé dans les cel­lules pho­to­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (cel­lules PV), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tel­lure et le titane. NdT]

De la même façon, peu importe à quel point les acti­vistes cli­ma­tiques, les poli­ti­ciens et les « envi­ron­ne­men­ta­listes » pré­tendent que les bar­rages sont « verts » et « renou­ve­lables », il devrait être évident qu’ils tuent les rivières. Ils tuent les zones lacustres qu’ils inondent. Ils privent les rivières situées en amont des nutri­ments appor­tés par les pois­sons ana­dromes. Ils privent les plaines d’inondation en aval des nutri­ments qui cir­culent dans les rivières. Ils privent les plages de sédi­ments. Ils détruisent les habi­tats des pois­sons et des autres espèces qui vivent dans les rivières sau­vages, et pas dans des réser­voirs tièdes à l’écoulement alen­ti.

Et puis il y a la bio­masse — une autre favo­rite des acti­vistes cli­ma­tiques en faveur des éner­gies « vertes » et « renou­ve­lables ». La bio­masse est une façon sym­pa de dire « brû­ler des choses ». En pra­tique, cela signi­fie qu’aux États-Unis, au Cana­da, en Afrique du Sud, en Alle­magne, en Suède, en Répu­blique Tchèque, en Nor­vège, en Rus­sie, en Bié­lo­rus­sie, en Ukraine et dans bien d’autres pays, des forêts sont abat­tues pour ali­men­ter la demande euro­péenne en « bio­car­bu­rants ».

Il y a des dou­zaines d’énormes usines à bois dans le sud-est des États-Unis. Devi­nez quel pour­cen­tage des « bio-car­bu­rants » extraits de ces usines est expor­té en Europe. Si vous avez dit 99% ou moins, essayez encore, vous êtes trop bas : oui, on parle de 100%. La plu­part de ces arbres en pro­ve­nance des États-Unis sont brû­lés sous forme de pel­lets en Angle­terre. Et il n’y a pas que l’Angleterre qui défo­reste d’autres pays pour les besoins de l’industrie.

Un cher­cheur pro-indus­trie l’explique froi­de­ment, « Les res­sources du nord-ouest de l’Europe n’étant pas suf­fi­santes pour cette demande sou­daine, la région s’appuie sur des impor­ta­tions de l’étranger. » Évi­dem­ment, ces pays défo­restent éga­le­ment leurs propres ter­ri­toires : près de la moi­tié de la pro­duc­tion de bois en Alle­magne consiste à cou­per des arbres, les réduire en pulpe, les sécher en pel­lets, et les brû­ler.

Et voi­là com­ment on nous pro­pose de « sau­ver le monde » ou, plus pré­ci­sé­ment, de conti­nuer à ali­men­ter l’économie indus­trielle, tan­dis que la pla­nète, qui est notre seule mai­son, entre en période de convul­sions mor­telles.

Même en ce qui concerne les émis­sions de car­bone, nombre de soi-disant vic­toires des acti­vistes cli­ma­tiques ne sont pas le fruit de réduc­tions fac­tuelles d’émissions car­bone, mais plu­tôt de magouilles de comp­ta­bi­li­té. Par exemple, voi­ci un gros titre : « Le Cos­ta-Rica reven­dique 99% d’énergie renou­ve­lable en 2015. » Eh bien non, déso­lé. Tout d’abord, il s’agit « d’électricité » pas d’énergie. Dans la plu­part des pays, l’électricité repré­sente envi­ron 20% de l’utilisation d’énergie. Alors rédui­sez leur pour­cen­tage de 99% à un peu moins de 20%.

Ensuite, l’article affirme que « les trois quarts de l’électricité du Cos­ta Rica sont géné­rés par des cen­trales hydro­élec­triques, pro­fi­tant de l’abondant réseau hydro­gra­phique du pays et des fortes pluies tro­pi­cales. » Cette élec­tri­ci­té est donc géné­rée par des bar­rages, qui, comme nous l’avons vu, tuent les rivières. Les bar­rages, qui plus est, ne sont même pas « neutres en car­bone », ain­si que le pré­tendent les gou­ver­ne­ments, les capi­ta­listes et les acti­vistes cli­ma­tiques. On sait depuis des décen­nies que cette affir­ma­tion est fausse. Les bar­rages émettent tel­le­ment de méthane, un puis­sant gaz à effet de serre, qu’on peut les qua­li­fier de « bombes à méthane » ou « d’usines à méthane ».

[Ce n’est pas tout, ajou­tons éga­le­ment une autre pol­lu­tion impor­tante liée aux bar­rages, qui n’est pas évo­quée ici, et que le quo­ti­dien suisse « Le Temps » expo­sait le 5 décembre 2016 dans un article inti­tu­lé : « L’empoisonnement au mer­cure, l’effet caché des bar­rages ». Plus d’infos dans cette vidéo. NdT]

Tota­li­sant 23% de toutes les émis­sions de méthane par les humains, ils en sont la plus impor­tante source d’émissions d’origine anthro­pique. Les bar­rages peuvent émettre, par uni­té d’énergie, jusqu’à 3 fois et demi la quan­ti­té de car­bone atmo­sphé­rique émise par la com­bus­tion du pétrole, prin­ci­pa­le­ment parce que, comme le fait remar­quer un article du New Scien­tist, « de larges quan­ti­tés de car­bone conte­nues dans les arbres sont relâ­chées lorsque le réser­voir est rem­pli pour la pre­mière fois et que les plantes pour­rissent. Après ce pre­mier stade de désa­gré­ga­tion, les matières orga­niques décan­tées au fond du réser­voir se décom­posent en l’absence d’oxygène, ce qui a pour consé­quence une accu­mu­la­tion de méthane dis­sout. Ce méthane est relâ­ché dans l’atmosphère lorsque l’eau tra­verse les tur­bines du bar­rage. »

Donc lorsque qu’on vous raconte que les bar­rages sont « neutres en car­bone », en réa­li­té, on vous raconte qu’on « ne prend pas en compte le car­bone émit par les bar­rages. » Mais tout cela n’est que comp­ta­bi­li­té et n’a rien à voir avec le monde réel, qui lui, n’a que faire de la comp­ta­bi­li­té.

Du point de vue de la san­té de la pla­nète, le mieux que l’on puisse dire des bar­rages est qu’ils fini­ront par s’effondrer, et que si la rivière est tou­jours en vie à ce moment-là, elle fera de son mieux pour s’en remettre.

La bio­masse, si c’est pos­sible, est une arnaque de comp­ta­bi­li­té bien pire encore. Elle est consi­dé­rée comme « neutre en car­bone », « verte » et « renou­ve­lable », bien que la com­bus­tion de pel­lets de bois émette 15 à 20% de dioxyde de car­bone de plus que la com­bus­tion du char­bon. Ce chiffre n’inclut pas le car­bu­rant néces­saire au broyage, au chauf­fage, du séchage et au trans­port du bois, qui ajoute à nou­veau 20% aux émis­sions.

NEUTRE EN DOLLAR

Vous pou­vez dès lors vous deman­der : com­ment les acti­vistes cli­ma­tiques (et les nations, et les capi­ta­listes che­vron­nés) peuvent-ils qua­li­fier cela de « vert » et de « neutre en car­bone » ? Un de leurs argu­ments est le sui­vant : puisque les arbres ont ini­tia­le­ment sto­cké du car­bone pen­dant leur crois­sance qu’ils libé­re­ront fina­le­ment en mou­rant, nous pou­vons aus­si bien les cou­per et les brû­ler. Ce qui est aus­si faux qu’absurde. Les forêts, en conti­nuant à pous­ser, conti­nuent à sto­cker de plus en plus de car­bone. Une forêt ancienne contient et séquestre annuel­le­ment plus de car­bone qu’une forêt qui essaie de repous­ser après avoir été rasée. Chaque arbre stocke éga­le­ment, en vieillis­sant, une plus grande quan­ti­té de car­bone chaque année.

Une autre manière de for­mu­ler cet argu­ment en faveur de la « neu­tra­li­té car­bone » de la bio­masse est de dire que puisque le car­bone était déjà sto­cké lors de la crois­sance des arbres, tout ce que nous fai­sons est de relâ­cher le car­bone ini­tia­le­ment sto­cké. C’est comme dépen­ser de l’argent que nous avions déjà mis de côté. C’est éga­le­ment absurde pour au moins deux rai­sons. La pre­mière est que nous n’avons pas sto­cké ce car­bone. Ce sont les arbres qui l’ont fait.

C’est comme si vous dépo­siez de l’argent sur votre compte épargne, et que moi, je le reti­rais et le dépen­sais, et que j’affirmais ensuite que nous sommes quittes. Vous pour­riez dire que c’est du vol, mais les capi­ta­listes diraient que c’est « neutre en dol­lar » : un dol­lar a été pla­cé, et un dol­lar a été reti­ré – quel est votre pro­blème ? Une autre rai­son pour laquelle cet argu­ment est une contre-véri­té est que vous pour­riez dire la même chose du char­bon et du pétrole. Le car­bone a été sto­cké par des algues du temps des dino­saures, et nous sommes sim­ple­ment en train de le libé­rer.

Dans la même veine, un autre argu­ment favo­rable à la neu­tra­li­té car­bone de la défo­res­ta­tion est d’affirmer que bien que vous cou­piez des arbres et relâ­chiez du car­bone, le car­bone sera à nou­veau sto­cké dans le futur puisque les arbres repoussent, ce qui rend le pro­cé­dé neutre en car­bone. Comme l’explique John Upton, jour­na­liste à Cli­mate Cen­tral :

« Lorsque les cen­trales de la plu­part des pays euro­péens brûlent du bois, la seule pol­lu­tion au dioxyde de car­bone dont ils tiennent compte est la com­bus­tion des éner­gies fos­siles néces­saires à la pro­duc­tion et au trans­port du com­bus­tible ligneux. Les lois euro­péennes consi­dèrent que la pol­lu­tion cli­ma­tique direc­te­ment émise par la com­bus­tion ne compte pas, puisqu’elle sera réab­sor­bée par les arbres qui pous­se­ront pour les rem­pla­cer. Cette hypo­thèse est pra­tique, mais fausse. Les cli­ma­to­logues la réfutent depuis plus de 20 ans… Cette astuce de comp­ta­bi­li­té per­met à l’industrie de l’énergie de reje­ter des dizaines de mil­lions de tonnes de dioxyde de car­bone dans l’air chaque année en fai­sant comme si cela n’avait pas lieu. »

En résu­mé, leur argu­ment consiste à dire que la bio­masse est neutre en car­bone puisque les arbres repous­se­ront sans doute et que le car­bone sera sans doute à nou­veau pié­gé au cours des 100 pro­chaines années. Il s’agit d’une arnaque de comp­ta­bi­li­té assez énorme pour faire pâlir de jalou­sie les action­naires d’Enron. Ima­gi­nez ce qui arri­ve­rait à une cor­po­ra­tion pré­ten­dant que son bud­get est à l’équilibre parce qu’elle dépense de l’argent main­te­nant, et qu’elle espère accu­mu­ler la même somme dans les 100 pro­chaines années ? N’importe quelle firme de comp­ta­bi­li­té qui ten­te­rait cela serait fer­mée en une frac­tion de seconde.

En réa­li­té, c’est pire que ça. Puisque ce ne sont pas les défo­res­teurs qui ont séques­tré le car­bone, mais bien la forêt, une ana­lo­gie plus pré­cise serait d’imaginer une entre­prise comme Enron extor­quant l’argent de par­ti­cu­liers, puis pré­ten­dant que ce n’est pas un vol puisque tôt ou tard leurs vic­times gagne­ront plus d’argent qu’elles pla­ce­ront sur leurs comptes en banque (qui sera à nou­veau pillé – par­don, récol­té – par l’entreprise).

Mais rien de tout cela n’y fait : les « envi­ron­ne­men­ta­listes », les nations et les capi­ta­listes conti­nuent de consi­dé­rer la bio­masse comme étant neutre en car­bone, et à la comp­ter, elle et ses chiffres, par­mi leur « vic­toires » dans le domaine du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, sou­vent sans dire un mot de la défo­res­ta­tion.

Au pas­sage, 70% des « éner­gies renou­ve­lables » de l’Allemagne pro­viennent de la bio­masse. Comme le pré­cise l’analyste en éner­gie Robert Wil­son, « la bio­masse est… la plus impor­tante source d’énergie renou­ve­lable, sur la base de la consom­ma­tion en éner­gie finale, dans tous les pays euro­péens à l’exception de Chypre et de l’Irlande. Bien que 30% de l’électricité du Dane­mark pro­vienne de parcs éoliennes, il tire deux fois plus de sa consom­ma­tion en éner­gie finale de la bio­masse que de l’éolien. »

[Nous abor­dons le sujet de la bio­masse dans un autre article récem­ment publié sur notre site. NdT]

Les mêmes écrans de fumée en comp­ta­bi­li­té car­bone existent dans les domaines de l’éolien et du solaire.

Pen­dant ce temps, les émis­sions de car­bone conti­nuent à croitre.

A QUOI BON SE PRENDRE LA TÊTE ?

L’autre jour, j’ai reçu un mot dans lequel quelqu’un me disait avoir com­pris que cette culture est en train de tuer la pla­nète, puis m’expliquait que son atti­tude concer­nant la pro­tec­tion de la pla­nète était « A quoi bon se prendre la tête ? Je vais sor­tir avec mes amis pen­dant le temps qu’il nous reste. »

Il s’a­git pré­ci­sé­ment de l’attitude qui relie entre elles toutes les rai­sons der­rière notre inca­pa­ci­té à aimer la pla­nète qui est notre seule mai­son. Si votre bien aimé‑e se retrou­vait menacé‑e, vous agi­riez, et pren­driez sa défense. L’amour, c’est ça. Vous ne sor­ti­riez pas avec vos amis, et vous ne pren­driez cer­tai­ne­ment pas la défense — comme bien trop « d’environnementalistes » et d’activistes du mou­ve­ment pour le cli­mat — de l’auteur de l’agression.

Il est bien plus que temps pour nous de rompre l’al­lé­geance nous liant à cette éco­no­mie qui ravage la Terre, afin que notre loyau­té puisse à nou­veau rési­der avec la pla­nète vivante & que nous enta­mions une lutte endia­blée pour la pro­té­ger.

Der­rick Jen­sen


Tra­duc­tion : Jess Aubin & Nico­las Casaux

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