Connect with us

Activisme

Le mythe des énergies renouvelables (par Derrick Jensen)

Cette culture ne met­tra rien en œuvre pour arrê­ter ou ralen­tir signi­fi­ca­ti­ve­ment le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Cette culture sacri­fie­ra – lisez tue­ra – la pla­nète plu­tôt que de remettre en ques­tion le sys­tème socio-éco­no­mique qui détruit notre seule mai­son. Com­ment le savons-nous ? En voi­ci quelques bonnes raisons. […]

Print Friendly, PDF & Email

Tra­duc­tion d’un article de Der­rick Jen­sen, membre fon­da­teur de l’or­ga­ni­sa­tion d’é­co­lo­gie radi­cale Deep Green Resis­tance, ini­tia­le­ment publié (en anglais) sur le site du Fair Obser­ver, le 12 décembre 2016.


Cette culture ne met­tra rien en œuvre pour arrê­ter ou ralen­tir signi­fi­ca­ti­ve­ment le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Cette culture sacri­fie­ra – lisez tue­ra – la pla­nète plu­tôt que de remettre en ques­tion le sys­tème socio-éco­no­mique qui détruit notre seule maison.

Com­ment le savons-nous ? En voi­ci quelques bonnes raisons.

A com­men­cer par Donald Trump. Non, bien que le pré­sident élu des États-Unis consi­dère le chan­ge­ment cli­ma­tique comme un canu­lar, lui et son air chaud – et ce qu’on ima­gine quant à ses stra­té­gies poli­tiques – ne sont pas suf­fi­sants à eux seuls pour tuer la planète.

Ce qu’il faut remar­quer, c’est que sa posi­tion sur le réchauf­fe­ment cli­ma­tique est repré­sen­ta­tive de son mépris pour le monde natu­rel. Plus impor­tant encore, sou­li­gnons que son mépris pour le monde natu­rel est repré­sen­ta­tif du com­por­te­ment glo­bal de cette culture. Il a reçu près de 62 mil­lions de voix, ce qui signi­fie que Trump est loin d’être le seul à éprou­ver de tels sen­ti­ments pour le monde réel.

Ce ne sont pas juste Trump et les 62 mil­lions d’Américains qui ont voté pour lui qui accordent davan­tage de valeur au sys­tème éco­no­mique qu’au monde réel. Ce sont les Démo­crates, les Répu­bli­cains, les diri­geants poli­tiques du monde entier, les jour­na­listes grand public (des médias domi­nants), et presque tous les acti­vistes du mou­ve­ment contre le chan­ge­ment climatique.

Vous ne me croyez pas ? Dans ce cas, posez-vous cette ques­tion : qu’ont en com­mun toutes leurs soi-disant solu­tions au réchauf­fe­ment climatique ?

La réponse est que toutes leurs solu­tions pri­vi­lé­gient ce mode de vie – l’industrialisme, la civi­li­sa­tion indus­trielle, le capi­ta­lisme, le colo­nia­lisme – au détri­ment des besoins du monde natu­rel. Toutes leurs solu­tions tiennent ce mode de vie pour acquis – quelque chose que nous devons main­te­nir à tout prix – et estiment que le monde natu­rel doit s’adapter aux demandes et aux effets des­truc­teurs de cette culture. Par-là même, tous les efforts déployés afin de com­battre les dégâts liés au réchauf­fe­ment cli­ma­tique visent en réa­li­té à défendre l’économie, et pas la planète.

A ce sujet, ils sont assez expli­cites. Il faut les lire. Ils appellent cela « la course pour sau­ver la civi­li­sa­tion », ou « éla­bo­rer un plan pour sau­ver la civi­li­sa­tion », ou encore « se mobi­li­ser pour sau­ver la civilisation ».

UN INCROYABLE TOUR DE FORCE DES RELATIONS PUBLIQUES

Ce qui nous amène à une autre des rai­sons pour les­quelles nous savons que nous tue­rons la pla­nète plu­tôt que de mettre fin à ce mode de vie. Un large pan de « l’environnementalisme » – et en par­ti­cu­lier l’activisme du mou­ve­ment cli­ma­tique – en a été réduit à n’être, de fait, qu’un outil de lob­bying au ser­vice d’un sec­teur indus­triel. Il s’agit d’un tour de passe-passe très habile de la part du capi­ta­lisme et des capi­ta­listes : trans­for­mer une inquié­tude très réelle vis-à-vis du réchauf­fe­ment cli­ma­tique en un mou­ve­ment de masse, puis uti­li­ser ce mou­ve­ment de masse pour sou­te­nir les objec­tifs de sec­teurs spé­ci­fiques de l’économie indus­trielle capitaliste.

Si vous deman­dez aux per­sonnes mobi­li­sées au sein de ce mou­ve­ment de masse pour­quoi elles mani­festent, elles vous répon­dront peut-être qu’elles essaient de sau­ver la pla­nète. Mais si vous leur deman­dez quelles sont leurs reven­di­ca­tions, elles vous répon­dront sans doute qu’elles sou­haitent davan­tage de sub­ven­tions pour les sec­teurs indus­triels du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectrique et de la biomasse.

C’est un incroyable tour de force des rela­tions publiques / du mar­ke­ting. Je ne blâme pas les mani­fes­tants. Ce ne sont pas eux le pro­blème. Le pro­blème, c’est que c’est pré­ci­sé­ment la spé­cia­li­té du capi­ta­lisme. Et le vrai pro­blème, c’est que le solaire et l’hydroélectrique pro­fitent à l’industrie, pas au monde réel. Les tor­tues du désert ont-elles besoin que l’on construise des cen­trales solaires en lieu et place de ce qui était autre­fois leurs mai­sons ? Les sau­mons ont-ils besoin que l’on construise des bar­rages sur les rivières qui étaient autre­fois leurs mai­sons ? Quid des silures géants du Mékong ?

Pour être clair, la nature sau­vage – des mou­flons cana­diens du désert aux fleurs-singe du Michi­gan et aux halo­philes de John­son – ne béné­fi­cie pas le moins du monde de ces soi-disant éner­gies alter­na­tives. Bien sûr, dans cer­tains cas, ces « éner­gies alter­na­tives » émettent moins de car­bone que leurs homo­logues fos­siles, mais elles en émettent tout de même plus que si l’on ne construi­sait pas de cen­trales, et elles détruisent plus d’habitats que si l’on n’en construi­sait aucune.

Voi­là en par­tie ce que j’entends lorsque je dis que ces solu­tions ont pour objet de pro­té­ger – et dans ce cas d’alimenter – l’économie, et pas de pro­té­ger la nature sauvage.

RIEN N’EST GRATUIT

Le fait de favo­ri­ser ce mode de vie plus que la vie sur la pla­nète incite ses par­ti­sans à men­tir, à eux-mêmes et aux autres. Le pre­mier men­songe consiste à pré­tendre que ce mode de vie n’est pas intrin­sè­que­ment des­truc­teur. Au point de péri­cli­ta­tion de la vie sur cette pla­nète où nous en sommes ren­dus, je ne devrais pas avoir à étayer cette affir­ma­tion. Il suf­fit sim­ple­ment de regar­der autour de soi.

La der­nière chose dont le monde a besoin, c’est de plus de pro­duc­tion d’énergie indus­trielle, éner­gie qui sera uti­li­sée pour faire ce que fait tou­jours l’économie indus­trielle – conver­tir le vivant en inerte : les forêts vivantes en planches de bois, les mon­tagnes vivantes en com­po­sants minéraux.

Rien n’est gra­tuit. Chaque action a des consé­quences, et lorsque vous volez les autres, ces autres ne pos­sèdent plus ce que vous leur avez volé. C’est aus­si vrai lorsque les vic­times de ce vol sont non-humaines que lorsqu’elles sont humaines.

Cepen­dant, comme l’a expri­mé Upton Sin­clair, « Il est dif­fi­cile de faire com­prendre quelque chose à quelqu’un lorsque son salaire dépend de ce qu’il ne la com­prenne pas. » & il est encore plus dif­fi­cile de faire com­prendre quelque chose à des gens dont l’intégralité du mode de vie dépend de ce qu’ils ne la com­prennent pas.

Alors nous nous men­tons. En ce qui concerne le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, les per­sonnes comme Trump mentent ouver­te­ment en niant sa réa­li­té. De l’écocide au géno­cide et aux agres­sions indi­vi­duelles, c’est presque tou­jours la pre­mière ligne de défense des auteurs d’atrocités : ce qui se déroule devant vos yeux n’est pas en train d’arriver.

Les acti­vistes du mou­ve­ment pour le cli­mat véhi­culent un men­songe simi­laire, dans le sens où ils semblent pré­tendre que la des­truc­tion cau­sée par les indus­tries du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectricité et de la bio­masse n’existe pas. Ou que, d’une cer­taine manière, les dom­mages qu’elles causent sont un sacri­fice à concé­der au nom d’un inté­rêt supé­rieur. Mais, comme tou­jours, c’est la pla­nète que l’on sacri­fie, et l’intérêt supé­rieur consiste en un sup­plé­ment d’énergie accor­dé à l’économie indus­trielle. Ce n’est pas une bonne affaire pour la pla­nète (encore) vivante.

Par exemple, un article du LA Times dont le titre est « Sacri­fier le désert pour sau­ver la pla­nète », décrit com­ment l’État, les gou­ver­ne­ments fédé­raux, une grosse cor­po­ra­tion, et de grosses organisations/corporations « envi­ron­ne­men­tales » sont en train de détruire de grandes éten­dues du désert de Mojave pour y ins­tal­ler une cen­trale de pro­duc­tion indus­trielle d’énergie solaire. Le désert n’est pas sacri­fié, comme le pré­tend l’article, pour sau­ver la pla­nète, mais pour géné­rer de l’électricité – prin­ci­pa­le­ment pour l’industrie. La Terre n’a pas besoin de cette élec­tri­ci­té : l’industrie, oui. Mais encore une fois, depuis leur pers­pec­tive nar­cis­sique, l’industrie est la terre. Rien n’existe et rien ne peut exis­ter en dehors de l’industrie.

LE MYTHE DES RENOUVELABLES

Même en lais­sant de côté le fait que l’électricité géné­rée par les « renou­ve­lables » est uti­li­sée pour ali­men­ter l’économie indus­trielle, en d’autres termes pour détruire davan­tage la pla­nète, les solu­tions repré­sen­tées par l’éolien / le solaire / l’hydroélectricité / la bio­masse sont nui­sibles en elles-mêmes.

Par exemple, le solaire et l’éolien requièrent l’extraction de terres rares. Toute exploi­ta­tion minière est un désastre envi­ron­ne­men­tal, mais les extrac­tions de terres rares en sont tout par­ti­cu­liè­re­ment. L’extraction de terres rares et leur raf­fi­nage ont, par exemple, rava­gé les alen­tours de Bao­tou, en Chine. Comme l’a expli­qué The Guar­dian, « Vu du ciel, cela res­semble à un grand lac, ali­men­té par plu­sieurs affluents ; mais depuis le sol on réa­lise qu’il s’agit d’une sombre éten­due d’eau dans laquelle aucun pois­son ni aucune algue ne peut sur­vivre. La côte est recou­verte d’une croûte noire, tel­le­ment épaisse que l’on pour­rait y mar­cher. Dans cet immense bas­sin de rejet de 10 kilo­mètres car­rés, les usines voi­sines déversent leurs eaux char­gées de pro­duits chi­miques uti­li­sés pour trans­for­mer les 17 miné­raux les plus recher­chés au monde, com­mu­né­ment appe­lés terres rares. » Le sol de cette région a éga­le­ment été ren­du toxique.

[Ajou­tons éga­le­ment qu’en plus des terres rares, l’in­dus­trie des pan­neaux solaires requiert bien d’autres maté­riaux lis­tés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor, dont, entre autres : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’a­lu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cad­mium (uti­li­sé dans cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le cuivre (câblage et cer­tains types de cel­lules pho­to­vol­taïques), le gal­lium, l’in­dium (uti­li­sé dans les cel­lules pho­to­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (cel­lules PV), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tel­lure et le titane. NdT]

De la même façon, peu importe à quel point les acti­vistes cli­ma­tiques, les poli­ti­ciens et les « envi­ron­ne­men­ta­listes » pré­tendent que les bar­rages sont « verts » et « renou­ve­lables », il devrait être évident qu’ils tuent les rivières. Ils tuent les zones lacustres qu’ils inondent. Ils privent les rivières situées en amont des nutri­ments appor­tés par les pois­sons ana­dromes. Ils privent les plaines d’inondation en aval des nutri­ments qui cir­culent dans les rivières. Ils privent les plages de sédi­ments. Ils détruisent les habi­tats des pois­sons et des autres espèces qui vivent dans les rivières sau­vages, et pas dans des réser­voirs tièdes à l’écoulement alenti.

Et puis il y a la bio­masse — une autre favo­rite des acti­vistes cli­ma­tiques en faveur des éner­gies « vertes » et « renou­ve­lables ». La bio­masse est une façon sym­pa de dire « brû­ler des choses ». En pra­tique, cela signi­fie qu’aux États-Unis, au Cana­da, en Afrique du Sud, en Alle­magne, en Suède, en Répu­blique Tchèque, en Nor­vège, en Rus­sie, en Bié­lo­rus­sie, en Ukraine et dans bien d’autres pays, des forêts sont abat­tues pour ali­men­ter la demande euro­péenne en « biocarburants ».

Il y a des dou­zaines d’énormes usines à bois dans le sud-est des États-Unis. Devi­nez quel pour­cen­tage des « bio-car­bu­rants » extraits de ces usines est expor­té en Europe. Si vous avez dit 99% ou moins, essayez encore, vous êtes trop bas : oui, on parle de 100%. La plu­part de ces arbres en pro­ve­nance des États-Unis sont brû­lés sous forme de pel­lets en Angle­terre. Et il n’y a pas que l’Angleterre qui défo­reste d’autres pays pour les besoins de l’industrie.

Un cher­cheur pro-indus­trie l’explique froi­de­ment, « Les res­sources du nord-ouest de l’Europe n’étant pas suf­fi­santes pour cette demande sou­daine, la région s’appuie sur des impor­ta­tions de l’étranger. » Évi­dem­ment, ces pays défo­restent éga­le­ment leurs propres ter­ri­toires : près de la moi­tié de la pro­duc­tion de bois en Alle­magne consiste à cou­per des arbres, les réduire en pulpe, les sécher en pel­lets, et les brûler.

Et voi­là com­ment on nous pro­pose de « sau­ver le monde » ou, plus pré­ci­sé­ment, de conti­nuer à ali­men­ter l’économie indus­trielle, tan­dis que la pla­nète, qui est notre seule mai­son, entre en période de convul­sions mortelles.

Même en ce qui concerne les émis­sions de car­bone, nombre de soi-disant vic­toires des acti­vistes cli­ma­tiques ne sont pas le fruit de réduc­tions fac­tuelles d’émissions car­bone, mais plu­tôt de magouilles de comp­ta­bi­li­té. Par exemple, voi­ci un gros titre : « Le Cos­ta-Rica reven­dique 99% d’énergie renou­ve­lable en 2015. » Eh bien non, déso­lé. Tout d’abord, il s’agit « d’électricité » pas d’énergie. Dans la plu­part des pays, l’électricité repré­sente envi­ron 20% de l’utilisation d’énergie. Alors rédui­sez leur pour­cen­tage de 99% à un peu moins de 20%.

Ensuite, l’article affirme que « les trois quarts de l’électricité du Cos­ta Rica sont géné­rés par des cen­trales hydro­élec­triques, pro­fi­tant de l’abondant réseau hydro­gra­phique du pays et des fortes pluies tro­pi­cales. » Cette élec­tri­ci­té est donc géné­rée par des bar­rages, qui, comme nous l’avons vu, tuent les rivières. Les bar­rages, qui plus est, ne sont même pas « neutres en car­bone », ain­si que le pré­tendent les gou­ver­ne­ments, les capi­ta­listes et les acti­vistes cli­ma­tiques. On sait depuis des décen­nies que cette affir­ma­tion est fausse. Les bar­rages émettent tel­le­ment de méthane, un puis­sant gaz à effet de serre, qu’on peut les qua­li­fier de « bombes à méthane » ou « d’usines à méthane ».

[Ce n’est pas tout, ajou­tons éga­le­ment une autre pol­lu­tion impor­tante liée aux bar­rages, qui n’est pas évo­quée ici, et que le quo­ti­dien suisse « Le Temps » expo­sait le 5 décembre 2016 dans un article inti­tu­lé : « L’empoisonnement au mer­cure, l’effet caché des bar­rages ». Plus d’infos dans cette vidéo. NdT]

Tota­li­sant 23% de toutes les émis­sions de méthane par les humains, ils en sont la plus impor­tante source d’émissions d’origine anthro­pique. Les bar­rages peuvent émettre, par uni­té d’énergie, jusqu’à 3 fois et demi la quan­ti­té de car­bone atmo­sphé­rique émise par la com­bus­tion du pétrole, prin­ci­pa­le­ment parce que, comme le fait remar­quer un article du New Scien­tist, « de larges quan­ti­tés de car­bone conte­nues dans les arbres sont relâ­chées lorsque le réser­voir est rem­pli pour la pre­mière fois et que les plantes pour­rissent. Après ce pre­mier stade de désa­gré­ga­tion, les matières orga­niques décan­tées au fond du réser­voir se décom­posent en l’absence d’oxygène, ce qui a pour consé­quence une accu­mu­la­tion de méthane dis­sout. Ce méthane est relâ­ché dans l’atmosphère lorsque l’eau tra­verse les tur­bines du barrage. »

Donc lorsque qu’on vous raconte que les bar­rages sont « neutres en car­bone », en réa­li­té, on vous raconte qu’on « ne prend pas en compte le car­bone émit par les bar­rages. » Mais tout cela n’est que comp­ta­bi­li­té et n’a rien à voir avec le monde réel, qui lui, n’a que faire de la comptabilité.

Du point de vue de la san­té de la pla­nète, le mieux que l’on puisse dire des bar­rages est qu’ils fini­ront par s’effondrer, et que si la rivière est tou­jours en vie à ce moment-là, elle fera de son mieux pour s’en remettre.

La bio­masse, si c’est pos­sible, est une arnaque de comp­ta­bi­li­té bien pire encore. Elle est consi­dé­rée comme « neutre en car­bone », « verte » et « renou­ve­lable », bien que la com­bus­tion de pel­lets de bois émette 15 à 20% de dioxyde de car­bone de plus que la com­bus­tion du char­bon. Ce chiffre n’inclut pas le car­bu­rant néces­saire au broyage, au chauf­fage, du séchage et au trans­port du bois, qui ajoute à nou­veau 20% aux émissions.

NEUTRE EN DOLLAR

Vous pou­vez dès lors vous deman­der : com­ment les acti­vistes cli­ma­tiques (et les nations, et les capi­ta­listes che­vron­nés) peuvent-ils qua­li­fier cela de « vert » et de « neutre en car­bone » ? Un de leurs argu­ments est le sui­vant : puisque les arbres ont ini­tia­le­ment sto­cké du car­bone pen­dant leur crois­sance qu’ils libé­re­ront fina­le­ment en mou­rant, nous pou­vons aus­si bien les cou­per et les brû­ler. Ce qui est aus­si faux qu’absurde. Les forêts, en conti­nuant à pous­ser, conti­nuent à sto­cker de plus en plus de car­bone. Une forêt ancienne contient et séquestre annuel­le­ment plus de car­bone qu’une forêt qui essaie de repous­ser après avoir été rasée. Chaque arbre stocke éga­le­ment, en vieillis­sant, une plus grande quan­ti­té de car­bone chaque année.

Une autre manière de for­mu­ler cet argu­ment en faveur de la « neu­tra­li­té car­bone » de la bio­masse est de dire que puisque le car­bone était déjà sto­cké lors de la crois­sance des arbres, tout ce que nous fai­sons est de relâ­cher le car­bone ini­tia­le­ment sto­cké. C’est comme dépen­ser de l’argent que nous avions déjà mis de côté. C’est éga­le­ment absurde pour au moins deux rai­sons. La pre­mière est que nous n’avons pas sto­cké ce car­bone. Ce sont les arbres qui l’ont fait.

C’est comme si vous dépo­siez de l’argent sur votre compte épargne, et que moi, je le reti­rais et le dépen­sais, et que j’affirmais ensuite que nous sommes quittes. Vous pour­riez dire que c’est du vol, mais les capi­ta­listes diraient que c’est « neutre en dol­lar » : un dol­lar a été pla­cé, et un dol­lar a été reti­ré – quel est votre pro­blème ? Une autre rai­son pour laquelle cet argu­ment est une contre-véri­té est que vous pour­riez dire la même chose du char­bon et du pétrole. Le car­bone a été sto­cké par des algues du temps des dino­saures, et nous sommes sim­ple­ment en train de le libérer.

Dans la même veine, un autre argu­ment favo­rable à la neu­tra­li­té car­bone de la défo­res­ta­tion est d’affirmer que bien que vous cou­piez des arbres et relâ­chiez du car­bone, le car­bone sera à nou­veau sto­cké dans le futur puisque les arbres repoussent, ce qui rend le pro­cé­dé neutre en car­bone. Comme l’explique John Upton, jour­na­liste à Cli­mate Cen­tral :

« Lorsque les cen­trales de la plu­part des pays euro­péens brûlent du bois, la seule pol­lu­tion au dioxyde de car­bone dont ils tiennent compte est la com­bus­tion des éner­gies fos­siles néces­saires à la pro­duc­tion et au trans­port du com­bus­tible ligneux. Les lois euro­péennes consi­dèrent que la pol­lu­tion cli­ma­tique direc­te­ment émise par la com­bus­tion ne compte pas, puisqu’elle sera réab­sor­bée par les arbres qui pous­se­ront pour les rem­pla­cer. Cette hypo­thèse est pra­tique, mais fausse. Les cli­ma­to­logues la réfutent depuis plus de 20 ans… Cette astuce de comp­ta­bi­li­té per­met à l’industrie de l’énergie de reje­ter des dizaines de mil­lions de tonnes de dioxyde de car­bone dans l’air chaque année en fai­sant comme si cela n’avait pas lieu. »

En résu­mé, leur argu­ment consiste à dire que la bio­masse est neutre en car­bone puisque les arbres repous­se­ront sans doute et que le car­bone sera sans doute à nou­veau pié­gé au cours des 100 pro­chaines années. Il s’agit d’une arnaque de comp­ta­bi­li­té assez énorme pour faire pâlir de jalou­sie les action­naires d’Enron. Ima­gi­nez ce qui arri­ve­rait à une cor­po­ra­tion pré­ten­dant que son bud­get est à l’équilibre parce qu’elle dépense de l’argent main­te­nant, et qu’elle espère accu­mu­ler la même somme dans les 100 pro­chaines années ? N’importe quelle firme de comp­ta­bi­li­té qui ten­te­rait cela serait fer­mée en une frac­tion de seconde.

En réa­li­té, c’est pire que ça. Puisque ce ne sont pas les défo­res­teurs qui ont séques­tré le car­bone, mais bien la forêt, une ana­lo­gie plus pré­cise serait d’imaginer une entre­prise comme Enron extor­quant l’argent de par­ti­cu­liers, puis pré­ten­dant que ce n’est pas un vol puisque tôt ou tard leurs vic­times gagne­ront plus d’argent qu’elles pla­ce­ront sur leurs comptes en banque (qui sera à nou­veau pillé – par­don, récol­té – par l’entreprise).

Mais rien de tout cela n’y fait : les « envi­ron­ne­men­ta­listes », les nations et les capi­ta­listes conti­nuent de consi­dé­rer la bio­masse comme étant neutre en car­bone, et à la comp­ter, elle et ses chiffres, par­mi leur « vic­toires » dans le domaine du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, sou­vent sans dire un mot de la déforestation.

Au pas­sage, 70% des « éner­gies renou­ve­lables » de l’Allemagne pro­viennent de la bio­masse. Comme le pré­cise l’analyste en éner­gie Robert Wil­son, « la bio­masse est… la plus impor­tante source d’énergie renou­ve­lable, sur la base de la consom­ma­tion en éner­gie finale, dans tous les pays euro­péens à l’exception de Chypre et de l’Irlande. Bien que 30% de l’électricité du Dane­mark pro­vienne de parcs éoliennes, il tire deux fois plus de sa consom­ma­tion en éner­gie finale de la bio­masse que de l’éolien. »

[Nous abor­dons le sujet de la bio­masse dans un autre article récem­ment publié sur notre site. NdT]

Les mêmes écrans de fumée en comp­ta­bi­li­té car­bone existent dans les domaines de l’éolien et du solaire.

Pen­dant ce temps, les émis­sions de car­bone conti­nuent à croitre.

A QUOI BON SE PRENDRE LA TÊTE ?

L’autre jour, j’ai reçu un mot dans lequel quelqu’un me disait avoir com­pris que cette culture est en train de tuer la pla­nète, puis m’expliquait que son atti­tude concer­nant la pro­tec­tion de la pla­nète était « A quoi bon se prendre la tête ? Je vais sor­tir avec mes amis pen­dant le temps qu’il nous reste. »

Il s’a­git pré­ci­sé­ment de l’attitude qui relie entre elles toutes les rai­sons der­rière notre inca­pa­ci­té à aimer la pla­nète qui est notre seule mai­son. Si votre bien aimé‑e se retrou­vait menacé‑e, vous agi­riez, et pren­driez sa défense. L’amour, c’est ça. Vous ne sor­ti­riez pas avec vos amis, et vous ne pren­driez cer­tai­ne­ment pas la défense — comme bien trop « d’environnementalistes » et d’activistes du mou­ve­ment pour le cli­mat — de l’auteur de l’agression.

Il est bien plus que temps pour nous de rompre l’al­lé­geance nous liant à cette éco­no­mie qui ravage la Terre, afin que notre loyau­té puisse à nou­veau rési­der avec la pla­nète vivante & que nous enta­mions une lutte endia­blée pour la protéger.

Der­rick Jensen


Tra­duc­tion : Jess Aubin & Nico­las Casaux

Print Friendly, PDF & Email
Newsletter Signup

9 Comments

9 Comments

  1. Pingback: Le mythe des énergies renouvelables | Français

  2. Pingback: De la Bible à l’électricité, l’occidentalisation du monde : l’exemple de l’Afrique – Tambour

  3. Pingback: L’écologie™ du spectacle et ses illusions vertes (espoir, « progrès » & énergies « renouvelables ») – Le Partage

  4. Pingback: Les ravages de l’industrialisme : les impacts des nouvelles et des hautes technologies – Le Partage

  5. Pingback: Comment les barrages détruisent le monde naturel (& non, le Costa Rica n’est pas un paradis écologique) – Le Partage

  6. Pingback: Le problème des énergies soi-disant « renouvelables » (par Kim Hill) – Le Partage

  7. Pingback: A propos du dernier livre de Naomi Klein, « Tout peut changer » (par Kim Hill) – Le Partage

  8. Pillonel

    10 mai 2019 at 15 h 21 min

    Avis fort inté­res­sant et lar­ge­ment per­ti­nent. Il y a néan­moins plu­sieurs affir­ma­tion qui me choquent. Celle qui me reste le plus en tête à l’ins­tant et de savoir com­ment il est pos­sible que la com­bus­tion de pel­lets de bois émette 15 à 20% de dioxyde de car­bone de plus que la com­bus­tion du char­bon. Ce chiffre n’incluant pas le car­bu­rant néces­saire au broyage, au chauf­fage, du séchage et au trans­port du bois, qui ajoute à nou­veau 20% aux émis­sions. Il me plai­rait d’a­voir des sources claires en par­ti­cu­lier à ce sujet, mais l’en­semble des affir­ma­tions gagne­raient à être documentées.

    • LePartage

      10 mai 2019 at 16 h 00 min

      Der­rick va reprendre tout ça dans un livre, inti­tu­lé Bright Green Lies, qui sort bien­tôt aux USA. Je le traduirai.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Articles les plus consultés

La décroissance, utopie absurde mais rassurante pour civilisés éco-anxieux (par Nicolas Casaux)

Non classé

Pourquoi il faut tout critiquer (par Nicolas Casaux)

ÉCOLOGIE

Quelques notes sur Martin Luther King, Gandhi, le capitalisme et la technologie (par Nicolas Casaux)

Activisme

Manifeste contre l’exploitation minière prétendument « verte » ou « durable »

DÉVELOPPEMENT DURABLE

Newsletter Signup

Copyright © 2018 Jawn Theme. Theme by MVP Themes, powered by WordPress.

Newsletter Signup