A propos des médias « indépendants/alternatifs/libres », de l’écologie d’État et de l’insoumission docile

Bas­ta Mag, Repor­terre, Kai­zen, les Coli­bris, Demain le film, Jean-Luc Mélen­chon… : si ceux-là ne sont pas tous direc­te­ment liés, sauf par le pro­gres­sisme poli­ti­que­ment cor­rect dont ils font montre, aux yeux de beau­coup, ils repré­sentent le poten­tiel de chan­ge­ment en vue d’un monde meilleur. Ceux qui suivent nos publi­ca­tions com­prennent sans doute pour­quoi nous sommes loin de par­ta­ger ce point de vue, qui relève des pro­fondes illu­sions et de la confu­sion dis­til­lées par la socié­té du spec­tacle. Bien que ce sujet soit plu­tôt secon­daire au vu de la catas­trophe éco­lo­gique et sociale en cours, il nous paraît néan­moins impor­tant de l’ex­po­ser le plus clai­re­ment pos­sible. Nous ne pen­sons pas pei­gner la girafe en lui consa­crant quelques articles, sur les cen­taines que nous avons publiés.

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Nous par­tons de la pré­misse selon laquelle l’ordre éta­bli est un désastre, autant sociale qu’é­co­lo­gique, et qu’il est néces­saire de le ren­ver­ser. Cet ordre pour­rait être décrit comme une cor­po­ra­to­cra­tie — « un conglo­mé­rat de mar­chés finan­ciers et de cor­po­ra­tions, qui domine le monde », selon la for­mule de Charles Der­ber (pro­fes­seur de socio­lo­gie à l’U­ni­ver­si­té de Bos­ton) — qui « unit les pou­voirs éco­no­miques, poli­tiques et idéo­lo­giques ».

La culture qui engendre cette cor­po­ra­to­cra­tie n’est pas nou­velle, ses racines remontent aux ori­gines de la civi­li­sa­tion. Par sou­ci de conci­sion, nous nous conten­te­rons de rap­pe­ler que les groupes d’in­té­rêts finan­ciers les plus puis­sants de notre temps régnaient déjà au début du XXème siècle (cf. la famille Rocke­fel­ler et la Stan­dard Oil Com­pa­ny, BP et la Anglo-Per­sian Oil Com­pa­ny, la Royal Dutch Shell Com­pa­ny, la famille Roth­schild, etc.) ; qu’ils ont façon­né, tout au long de son his­toire, et qu’ils façonnent encore la socié­té indus­trielle mon­dia­li­sée que nous connais­sons aujourd’hui.

Nous par­lons donc du ren­ver­se­ment d’un ordre sécu­laire, au mini­mum — Napo­léon Bona­parte créa la Pré­fec­ture de police de Paris en 1800, la police était alors un ins­tru­ment au ser­vice de l’Em­pire fran­çais ; aujourd’­hui, elle est l’ins­tru­ment de l’Em­pire cor­po­ra­tiste. Ce qui implique de per­ce­voir pour ce qu’elle est toute la culture qu’il a pro­duite entre temps.

Nous par­tons de la pré­misse selon laquelle cette cor­po­ra­to­cra­tie influence ou contrôle tout, des paro­dies de démo­cra­tie™ à la nour­ri­ture™ que l’on mange ; de la musique™ radio­dif­fu­sée aux émis­sions télé­vi­sées ; de la presse™ grand public aux pro­grammes uni­ver­si­taires ; de la nature des dif­fé­rents métiers au fait qu’il soit consi­dé­ré comme nor­mal de devoir tra­vailler (cf. l’i­déo­lo­gie du tra­vail).

Nous par­tons éga­le­ment de la pré­misse selon laquelle l’i­dée de pro­grès est une mys­ti­fi­ca­tion consti­tu­tive de la culture domi­nante — la cor­po­ra­to­cra­tie. Ain­si que le for­mule Kirk­pa­trick Sale : « Le pro­grès est le mythe qui nous assure que ‘en avant toute’ n’a jamais tort. L’écologie est la dis­ci­pline qui nous enseigne que c’est un désastre ». Appa­rue lors de la révo­lu­tion scien­ti­fique méca­niste du XVIIème siècle, « l’i­dée de Pro­grès » est peu à peu deve­nue la seule phi­lo­so­phie de l’his­toire de la moder­ni­té. Elle se carac­té­rise par une croyance aveugle et contre toute évi­dence selon laquelle le concept d’his­toire serait natu­rel, et consis­te­rait en une pro­gres­sion linéaire vers plus d’é­ga­li­té, de jus­tice et de bon­heur — à l’aide d’un pro­grès tech­no­lo­gique, éga­le­ment linéaire, qui ten­drait à amé­lio­rer indé­fi­ni­ment la condi­tion humaine.

Ceux que la culture offi­cielle n’a pas har­na­chés de ses œillères hyp­no­tiques com­prennent que ce pro­grès est une illu­sion. Les hautes tech­no­lo­gies, pour prendre un exemple, en plus de dépendre de la divi­sion du tra­vail et du savoir, d’une ges­tion anti­dé­mo­cra­tique des « res­sources natu­relles » mon­diales, n’ont rien à voir avec le bon­heur et tout à voir avec le désastre éco­lo­gique et social en cours. Des pra­tiques extrac­ti­vistes hau­te­ment des­truc­trices de l’en­vi­ron­ne­ment à l’a­lié­na­tion dans le vir­tuel, de la com­plexi­té inhu­maine (qui dépasse l’en­ten­de­ment) de la socié­té indus­trielle aux mon­tagnes de déchets élec­tro­niques toxiques qui pol­luent la Terre, leur déve­lop­pe­ment implique toutes sortes de ter­ribles nuisances.

Bien sûr, les par­ti­sans du pro­grès assu­re­ront que tout ceci peut être répa­ré grâce à plus de tech­no­lo­gie, et à des amé­lio­ra­tions tech­niques. Ce refrain sécu­laire a tou­jours accom­pa­gné et accom­pagne tou­jours les dégâts engen­drés par le pro­grès. Des siècles d’a­mé­lio­ra­tions tech­no­lo­giques plus tard, nous en sommes ren­dus à aujourd’­hui, où l’on apprend, dans une étude publiée ce lun­di 13 février 2017 dans la revue scien­ti­fique Nature Eco­lo­gy & Evo­lu­tion, que « l’un des habi­tats les plus inac­ces­sibles au monde […], les fosses marines, sont par­mi les lieux les plus conta­mi­nés au monde par les pol­luants orga­niques per­sis­tants » ; où l’on a appris, l’an der­nier, dans une autre étude, que « les humains ont pro­duit assez de plas­tique depuis la Seconde Guerre mon­diale pour recou­vrir toute la Terre de film ali­men­taire » ; et dans une autre étude encore que « la pro­duc­tion mon­diale de maté­riaux plas­tiques a été mul­ti­pliée par 20 au cours des der­nières 50 années, dépas­sant 300 mil­lions de tonnes en 2015. La demande croit expo­nen­tiel­le­ment et la pro­duc­tion devrait qua­dru­pler d’ici 2050 et « qu’en consé­quence, 275 mil­lions de tonnes de déchets plas­tiques ont été géné­rées par les pays côtiers du monde, dont entre 4.7 et 12.7 mil­lions de tonnes finissent dans les océans, un scé­na­rio cen­sé aug­men­ter de l’ordre d’une magni­tude d’ici 2025 » — cette der­nière étude nous révé­lait éga­le­ment que « les ‘plas­tiques bio­dé­gra­dables’ ne se dégradent pas d’eux-mêmes dans des condi­tions natu­relles, et ne repré­sentent donc à prio­ri pas une solu­tion pour la réduc­tion des déchets marins ».

Aujourd’­hui où les « res­sources » de la pla­nète, renou­ve­lables comme non-renou­ve­lables, sont impi­toya­ble­ment sur­ex­ploi­tées ; où les forêts du monde, dont il n’en res­te­rait que deux, sont dans un état cala­mi­teux (les vraies forêts, pas les plan­ta­tions ou mono­cul­tures modernes), et qui ne cesse d’empirer. Où la plu­part des éco­sys­tèmes ori­gi­nels ont été modi­fiés (détruits, ou détra­qués), d’une façon ou d’une autre (25% des fleuves n’atteignent plus l’océan ; depuis moins de 60 ans, 90% des grands pois­sons, 70% des oiseaux marins et, plus géné­ra­le­ment, 52% des ani­maux sau­vages, ont dis­pa­ru ; depuis moins de 40 ans, le nombre d’animaux marins, dans l’ensemble, a été divi­sé par deux). Où les scien­ti­fiques estiment que nous vivons la sixième extinc­tion de masse sachant que les déclins en popu­la­tions ani­males et végé­tales ne datent pas d’hier, et qu’une dimi­nu­tion par rap­port à il y a 60 ou 70 ans masque en réa­li­té des pertes bien pires encore, cf. l’amnésie éco­lo­gique. Où on estime que d’ici 2048 les océans n’abriteront plus aucun pois­son. Où d’autres pro­jec­tions estiment que d’ici 2050, il y aura plus de plas­tiques que de pois­sons dans les océans. Où on estime éga­le­ment que d’ici à 2050, la qua­si-tota­li­té des oiseaux marins auront ingé­ré du plas­tique. Où tous les biomes de la pla­nète ont été conta­mi­nés par dif­fé­rents pro­duits chi­miques toxiques de syn­thèse (cf. l’empoisonnement uni­ver­sel que décrit Fabrice Nico­li­no). Où l’air que nous res­pi­rons est désor­mais clas­sé can­cé­ri­gène par l’OMS. Où les espèces ani­males et végé­tales dis­pa­raissent (sont tuées) au rythme de 200 par jour (esti­ma­tion de l’ONU). Et où les dérè­gle­ments cli­ma­tiques aux­quels la pla­nète est d’ores et déjà condam­née pro­mettent d’effroyables conséquences.

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L’illu­sion la plus cru­ciale et la plus média­ti­sée du pro­gres­sisme de notre temps est évi­dem­ment le mythe des éner­gies renou­ve­lables cen­sées four­nir une nou­velle source d’éner­gie propre-verte-et-durable à injec­ter dans le réseau mon­dial de la socié­té indus­trielle, dont toutes les indus­tries sont par ailleurs pol­luantes, mais qui n’in­siste pas là-des­sus, étran­ge­ment que nous ana­ly­sons dans un récent article : L’écologie™ du spec­tacle et ses illu­sions vertes (espoir, « pro­grès » & éner­gies « renou­ve­lables »).

Dans une des nom­breuses tra­duc­tions publiées sur notre site, inti­tu­lée « Notre manie d’espérer est une malé­dic­tion », Chris Hedges écrit, à pro­pos de l’i­déo­lo­gie du pro­grès, que :

« La croyance naïve selon laquelle l’histoire est linéaire, et le pro­grès tech­nique tou­jours accom­pa­gné d’un pro­grès moral, est une forme d’aveuglement col­lec­tif. Cette croyance com­pro­met notre capa­ci­té d’action radi­cale et nous berce d’une illu­sion de sécu­ri­té. Ceux qui s’accrochent au mythe du pro­grès humain, qui pensent que le monde se dirige inévi­ta­ble­ment vers un état mora­le­ment et maté­riel­le­ment supé­rieur, sont les cap­tifs du pou­voir. Seuls ceux qui acceptent la pos­si­bi­li­té tout à fait réelle d’une dys­to­pie, de la mon­tée impi­toyable d’un tota­li­ta­risme ins­ti­tu­tion­nel, ren­for­cé par le plus ter­ri­fiant des dis­po­si­tifs de sécu­ri­té et de sur­veillance de l’histoire de l’humanité, sont sus­cep­tibles d’effectuer les sacri­fices néces­saires à la révolte.

L’aspiration au posi­ti­visme, omni­pré­sente dans notre culture capi­ta­liste, ignore la nature humaine et son his­toire. Cepen­dant, ten­ter de s’y oppo­ser, énon­cer l’évidence, à savoir que les choses empirent, et empi­re­ront peut-être bien plus encore pro­chai­ne­ment, c’est se voir exclure du cercle de la pen­sée magique qui carac­té­rise la culture états-unienne et la grande majo­ri­té de la culture occi­den­tale. La gauche est tout aus­si infec­tée par cette manie d’espérer que la droite. Cette manie obs­cur­cit la réa­li­té, au moment même où le capi­ta­lisme mon­dial se dés­in­tègre, et avec lui l’ensemble des éco­sys­tèmes, nous condam­nant poten­tiel­le­ment tous.

Le théo­ri­cien du XIXe siècle Louis-Auguste Blan­qui, contrai­re­ment à presque tous ses contem­po­rains, écar­ta la croyance, chère à Karl Marx, selon laquelle l’histoire est une pro­gres­sion linéaire vers l’égalité et une meilleure mora­li­té. Il nous avait aver­ti du fait que ce posi­ti­visme absurde était un men­songe col­por­té par les oppres­seurs : « Toutes les atro­ci­tés du vain­queur, la longue série de ses atten­tats sont froi­de­ment trans­for­mées en évo­lu­tion régu­lière, iné­luc­table, comme celle de la nature.[….] Mais l’engrenage des choses humaines n’est point fatal comme celui de l’univers. Il est modi­fiable à toute minute ». Il avait pres­sen­ti que les avan­cées scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques, plu­tôt que d’être les pré­sages du pro­grès, pou­vaient être « une arme ter­rible entre les mains du Capi­tal contre le Tra­vail et la Pen­sée ». Et à une époque où bien peu le fai­saient, il dénon­çait le sac­cage du monde natu­rel. « La hache abat, per­sonne ne replante. On se sou­cie peu que l’avenir ait la fièvre ». »

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Qui dit ren­ver­se­ment dit sub­ver­sion : « Qui est de nature à trou­bler ou à ren­ver­ser l’ordre social ou poli­tique ».

Alors en quoi des médias comme Bas­ta Mag et Repor­terre qui font bien sou­vent l’a­po­lo­gie d’un simple ver­dis­se­ment de la socié­té indus­trielle, qui encou­ragent le déve­lop­pe­ment des illu­sions vertes (même s’il est arri­vé à Repor­terre d’en émettre une timide cri­tique, ce qui n’est pas sans expo­ser une cer­taine inco­hé­rence au niveau de l’a­na­lyse) ; qui se pré­sentent comme « indé­pen­dants » bien qu’ils soient, entre autres, par­tiel­le­ment finan­cés par la « réserve par­le­men­taire » seraient-ils subversifs ?

Repor­terre qui a récem­ment relayé un article du maga­zine Kai­zen (fon­dé, entre autres, par Cyril Dion, co-fon­da­teur du Mou­ve­ment Coli­bris, et « ins­pi­ré par la phi­lo­so­phie de Pierre Rabhi ») inti­tu­lé « Petit manuel des bonnes pra­tiques éco­los sur Inter­net », qui va jus­qu’à nous expli­quer que pour adop­ter un com­por­te­ment modèle, il faut « Faire le choix d’une police [de carac­tères] éco­lo », et « Opter pour une signa­ture sobre ». Repor­terre (« le quo­ti­dien de l’é­co­lo­gie ») qui vient éga­le­ment de publier un article inti­tu­lé « Au Bhou­tan, le bon­heur brut est serein mal­gré les nuages », chan­tant les louanges de ce petit pays qui aurait « un bilan car­bone néga­tif », sans men­tion­ner une seule fois les nom­breux bar­rages (qui lui servent à s’a­li­men­ter en hydro­élec­tri­ci­té « verte » et à gagner de l’argent en en ven­dant une bonne par­tie à l’Inde) et leurs consé­quences éco­lo­giques désas­treuses (ce qui est le lot de tous les bar­rages), à pro­pos des­quels Yeshei Dor­ji, pho­to­graphe et blo­gueur, nous rap­porte, dans un article publié sur le site de Glo­bal Voices, que :

« La plu­part de nos rivières, foi­son­nantes de vie, sont empri­son­nées dans des bar­rages qui déplacent humains et ani­maux ain­si que des formes de vie aqua­tiques rares et même inconnues.

Cer­tains bar­rages pla­ni­fiés et en construc­tion sont des­ti­nés à créer d’é­normes rete­nues d’eau qui modi­fie­ront les condi­tions météo­ro­lo­giques et cau­se­ront des trem­ble­ments de terre, parce qu’ils sont situés dans des zones sis­mi­que­ment actives.

Il y a un dan­ger clair et pré­sent qu’un désastre envi­ron­ne­men­tal se pro­duise à un moment.

Des condi­tions d’exé­cu­tion défa­vo­rables et inéqui­tables des pro­jets ont cau­sé la faillite de nom­breuses entre­prises bhou­ta­naises. Même la vente de légumes a été usur­pée par les sous-trai­tants indiens, ce qui prive les Bhou­ta­nais de mon­ter leurs petites entreprises.

Des cen­taines d’en­fants nés hors mariage de mères bhou­ta­naises mais de pères indiens, ouvriers sur les cen­trales, vaga­bondent dans les rues, sans ins­crip­tion a l’é­tat civil et sans droit à l’é­du­ca­tion. Comme nos lois sexistes ne recon­naissent pas les mères bhou­ta­naises comme des citoyennes dignes de ce nom, leurs enfants ne sont pas recon­nus comme des citoyens natu­rels du Bhoutan ».

Repor­terre qui publie pour la Saint-Valen­tin un article encou­ra­geant ses lec­teurs à ache­ter des fleurs bio™, plu­tôt que des fleurs indus­trielles. Une très bonne illus­tra­tion du cos­mé­tisme « la foi en ce que des ajus­te­ments rela­ti­ve­ment super­fi­ciels de nos acti­vi­tés vont assu­rer la main­te­nance du Nou­veau Monde et per­pé­tuer l’âge de l’exubérance » dont parle William Cat­ton. La publi­ca­tion de cet article expose bien le côté ges­tion des nui­sances plu­tôt que sup­pres­sion des pro­blèmes dont relève leur ligne édi­to­riale. Au lieu de dire clai­re­ment que la Saint-Valen­tin est une escro­que­rie qui pousse à la consom­ma­tion, ils conseillent d’a­che­ter des fleurs bio. Nous n’a­vons pas besoin d’une indus­trie flo­rale bio­lo­gique, nous n’a­vons pas besoin d’une indus­trie flo­rale tout court. Le bio en tant que label inven­té par et pour la socié­té indus­trielle n’est d’au­cune aide dans la lutte contre la cor­po­ra­to­cra­tie ; il ne cor­res­pond pas du tout à des pra­tiques réel­le­ment res­pec­tueuses de l’environnement.

Repor­terre qui, en cette période élec­to­rale, couvre l’é­co­lo­gie poli­ti­cienne du par­ti « vert » (EELV), du par­ti socia­liste, et de Jean-Luc Mélen­chon, comme si la poli­tique ins­ti­tu­tion­nelle avait d’autres objec­tifs que de faire diver­sion et de désa­mor­cer des colères légi­times et utiles. Comme si les ins­ti­tu­tions créées par et pour la cor­po­ra­to­cra­tie pou­vaient faire autre chose que ce pour quoi elles furent conçues.

Ce qui nous amène à l’illu­sion du réfor­misme, et à la meilleure illus­tra­tion de son absur­di­té et de son échec : le déve­lop­pe­ment durable. Il s’a­git de la pré­ten­tion, vieille de plus de 40 ans, selon laquelle tout le sys­tème indus­triel pour­rait être ren­du éco­lo­gique (dans le sens de  res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment) à l’aide d’a­mé­lio­ra­tions tech­no­lo­giques ou tech­niques. Des mil­lions d’am­poules basse consom­ma­tion et de sacs en bio­plas­tique après, nous pou­vons consta­ter ce qui était cou­ru d’a­vance, à savoir que rien n’a chan­gé, que tout a empi­ré, et que tout empire.

Conduire une prius, ache­ter bio, équi­table ou res­pon­sable n’a­mé­liore pas l’é­tat éco­lo­gique du monde, au contraire. Cela ne fait que don­ner bonne conscience.

Il suf­fit d’y réflé­chir quelques ins­tants pour com­prendre. Toutes les indus­tries sont hau­te­ment des­truc­trices. L’in­dus­trie de la pêche ? Une catas­trophe. L’in­dus­trie de la high-tech ? Un désastre (d’Ag­bog­blo­shie, dans la ban­lieue d’Ac­cra, au Gha­na, à la col­line fumeuse de Manilles, aux Phi­lip­pines, en pas­sant par Guyiu en Chine, on en sait quelque chose). L’in­dus­trie du tex­tile ? Même chose. L’in­dus­trie de l’au­to­mo­bile ? L’in­dus­trie de l’ar­me­ment ? Pour­riez-vous citer une seule indus­trie qui ne soit pas une cala­mi­té écologique ?

Évi­dem­ment, cer­tains socia­listes ou com­mu­nistes de souche, qui ne per­çoivent pas que capi­ta­lisme, socia­lisme et com­mu­nisme sont « les enfants de la civi­li­sa­tion », ima­ginent, à l’aide d’une bonne dose de pen­sée magique, que des mines socia­listes seraient éco­lo­giques, qu’une indus­trie de la pêche socia­liste serait res­pec­tueuse des pois­sons, qu’il pour­rait y avoir un bon extrac­ti­visme, que la fumée des usines com­mu­nistes ne serait pas mau­vaise, et que la pol­lu­tion socia­liste serait sûre­ment moins toxique que la pol­lu­tion capitaliste.

Ce qui explique peut-être pour­quoi Jean-Luc Mélen­chon a autant de succès.

Lorsque l’on constate à quel point il embrasse le mythe du pro­grès, et les hautes tech­no­lo­gies (cf. son récent double dis­cours avec un « holo­gramme »), on com­prend qu’il n’est lui aus­si qu’une dis­trac­tion de plus. Comme pour beau­coup de poli­ti­ciens, ses mee­tings pré­sentent un carac­tère mes­sia­nique non négli­geable, comme lors­qu’A­lexis Cor­bière, porte-parole de la « France insou­mise » (mais appa­rem­ment sou­mise au pro­gres­sisme et au tech­no­lo­gisme), intro­duit le dis­cours de Mélen­chon du 5 février 2017 en expli­quant (plus ou moins) humo­ris­ti­que­ment que « Le monde est entré dans un nou­veau mil­lé­naire » et qu’il est « venu le temps des hologrammes ».

Durant ce dis­cours, il se moque ensuite des « pisses-bou­gons » (ça, c’est nous, entre autres) qui trouvent que son holo­gramme fait « trop show­bizz », et jus­ti­fie cela parce qu’il faut, selon lui « s’ap­puyer sur des tech­niques de notre temps, qui fassent rêver, qui fassent sou­rire ». Une belle apo­lo­gie de la socié­té du spec­tacle, et une des­crip­tion très juste d’une des prin­ci­pales méthodes de contrôle social employées par la cor­po­ra­to­cra­tie : faire rêver, pen­dant que le monde brûle. Il arti­cule éga­le­ment quelques tirades bis­cor­nues et pro-déve­lop­pe­ment comme : « Et puis c’est le défi d’un par­tage des richesses abso­lu­ment inouï, qui est non seule­ment scan­da­leux mora­le­ment, pour nous autres qui sont du camp de l’é­man­ci­pa­tion humaine, mais qui est une entrave à tout déve­lop­pe­ment coor­don­né de la pla­nète et des êtres humains qui y pul­lulent » ; et de nom­breuses harangues en forme de décla­ra­tions d’a­mour à la France (des droits de l’homme, de l’é­cole ce mer­veilleux outil d’ac­cul­tu­ra­tion et de pro­pa­gande d’a­bord monar­chiste, puis impé­ria­liste, et enfin éta­tiste  laïque, et d’autres pon­cifs qui sont autant de men­songes gro­tesques, qui passent sous silence la France impé­ria­liste, colo­niale et néo­co­lo­niale, une sorte de révi­sion­nisme his­to­rique posi­ti­viste qui ne garde que les pré­ten­tions les plus insi­dieuses). Quelle subversion ?

Mélen­chon qui fait l’a­po­lo­gie de l’in­dus­trie du jeu vidéo (« Il faut que cela devienne une indus­trie de pointe de la patrie »), et de cette catas­trophe pro­gram­mée qu’est l’é­cole numé­rique (« Il faut que nos jeunes à l’é­cole apprennent le voca­bu­laire de la tech­nique du numé­rique comme on a appris la gram­maire hier, parce que c’est la langue de demain. Il faut qu’ils apprennent les tech­niques qui per­mettent au numé­rique de fonc­tion­ner ».), ce qui est cri­mi­nel au vu des ravages de l’in­dus­tria­lisme, des impacts des nou­velles et des hautes tech­no­lo­gies, tant éco­lo­giques que psy­cho­lo­giques.

Mélen­chon qui célèbre éga­le­ment la conquête spa­tiale (« Si nous vou­lons conti­nuer à occu­per les orbites basses autour de la Terre… »), qui n’est que pol­lu­tion de l’es­pace et désastre écologique.

Sou­mis à l’i­ner­tie de son époque et à la puis­sance irré­sis­tible de la culture tech­no­lo­gique, des forces qui animent la civi­li­sa­tion indus­trielle et sac­cagent le monde, son plai­doyer est une célé­bra­tion de tout ce que la Science a de plus irré­flé­chie et de plus dan­ge­reux. La ques­tion de Car­los Ruiz Rafon, « enfin de compte, quel est le sens d’une science capable d’en­voyer un homme sur la lune, mais inca­pable de mettre un mor­ceau de pain sur la table de chaque être humain ? », plus que jamais d’ac­tua­li­té, demeure indiscutée.

Mélen­chon qui s’a­dresse, tout au long de sa pré­sen­ta­tion fan­to­ma­tique, à l’hu­bris et à l’or­gueil toxiques de ceux qu’une culture supré­ma­ciste a for­més, jus­qu’à s’ex­cla­mer que : « Nous sommes le deuxième ter­ri­toire mari­time du monde. Est-ce que ça n’est pas extra­or­di­naire ? » ou encore : « Est-ce que vous savez que vous être le 2e peuple au monde pour ce qui est de la contri­bu­tion indi­vi­duelle pat vos impôts à l’é­co­no­mie de l’es­pace ? C’est vous, les fran­çais » (quelle fier­té, n’est-ce pas ?!).

Mélen­chon qui, dans son dis­cours, encense la marche de l’his­toire et toutes les illu­sions les plus conven­tion­nelles de la socié­té du spec­tacle, sur les­quelles s’ap­puie l’i­dée de pro­grès  cette « erreur fort à la mode », ce « fanal obs­cur » qui a « fleu­ri sur le ter­rain pour­ri de la fatui­té moderne », ain­si que le for­mu­lait déjà Charles Bau­de­laire en son temps. L’é­du­ca­tion natio­nale est glo­ri­fiée (« le savoir est un inves­tis­se­ment »), ain­si que les pro­ces­sus d’embrigadement sys­té­ma­tique dont par­lait Lewis Mum­ford, qui sont l’es­sence du tota­li­ta­risme de la civi­li­sa­tion (« eh bien moi, je vous pro­pose de recom­men­cer le sys­tème du pré-recru­te­ment, nous pré-recru­te­rons des jeunes à 16/17 ans, nous leur ver­se­rons un salaire, et ils devront 10 ans de ser­vice à la patrie dans les écoles qui leur seront dési­gnées ensuite »), dont la fina­li­té est une ter­rible stan­dar­di­sa­tion, elle aus­si glo­ri­fiée (« alors ils auront la même cou­leur et la même allure que le peuple tout entier »).

Mélen­chon, ce chantre du pro­grès, qui en est encore à pro­cla­mer qu’il « n’y a pas d’autre limite que notre capa­ci­té à inves­tir, à inven­ter, à ins­tal­ler des machines », est un « con de tech­no­crate » ordi­naire, comme aurait dit Pierre Four­nier, qui nous pro­met, comme tous « ces cons de tech­no­crates », un « para­dis concen­tra­tion­naire qui […] ne ver­ra jamais le jour parce que leur igno­rance et leur mépris des contin­gences bio­lo­giques le tue­ront dans l’œuf. La seule vraie ques­tion qui se pose n’est pas de savoir s’il sera sup­por­table une fois né mais si, oui ou non, son avor­te­ment pro­vo­que­ra notre mort ».

Mélen­chon qui nous a d’ailleurs gra­ti­fié d’une belle rhé­to­rique de la pomme pour­rie après l’af­faire Théo (du nom du jeune qui s’est fait vio­ler par des poli­ciers), en affir­mant qu’il était pour « pur­ger la police de ses élé­ments mal­sains », se disant « per­sua­dé que la masse des poli­ciers répu­bli­cains est révul­sée par ce type de pra­tiques ». Et qui a aus­si affir­mé que « la police fran­çaise a un fon­de­ment répu­bli­cain très pro­fond » (encore une fois, la police a un fon­de­ment féo­dal, monar­chique, impé­riale, ou dic­ta­to­riale, et aujourd’­hui cor­po­ra­tiste ; elle a un fon­de­ment répu­bli­cain dans la mesure où répu­blique n’est pas néces­sai­re­ment syno­nyme de démo­cra­tie). Ceux qui sou­haitent lut­ter contre l’ordre éta­bli ne doivent pas se leur­rer quant au rôle de la police, qui est loin d’être un mys­tère. La police est une ins­ti­tu­tion d’État, qui défend l’ordre éta­bli et ses lois. Le sys­tème judi­ciaire tout entier pro­tège les pri­vi­lèges des riches et des puis­sants. L’obéissance aux lois n’implique pas la mora­li­té — cela peut d’ailleurs impli­quer l’immoralité. Le rôle de la police est et a tou­jours été de ser­vir les inté­rêts de la classe dominante.

Nous avons deman­dé à Faus­to Giu­dice ce qu’il pen­sait de Jean-Luc Mélenchon :

« Même en se dédou­blant, Mélen­chon reste ce qu’il est : un homme du pas­sé. Et le spec­tacle qu’il a offert le 5 février der­nier était bien celui d’un fan­tôme (impro­pre­ment qua­li­fié d’ho­lo­gramme) à deux dimen­sions. Ce n’est pas seule­ment la rhé­to­rique de Méluche qui appar­tient au pas­sé (celui de la IIIème Répu­blique), mais les notions qu’ex­priment ses mots : « la France », « la patrie », « l’É­tat », le « déve­lop­pe­ment » [pour ceux qui ne com­prennent pas en quoi la notion de déve­lop­pe­ment pose pro­blème, c’est par ici, NdA] et le reste à l’a­ve­nant. Bref, Méluche a tout faux : quand la seule posi­tion pos­sible est l’ho­ri­zon­ta­li­té, il est ver­ti­cal, quand la seule option viable est la décrois­sance, il est pour la crois­sance, quand le seul ter­rain de lutte pos­sible est le monde, il nous parle de « patrie ». Il a sa place au Musée de cire de Madame Tus­saud. Après avoir vu sa pres­ta­tion dédou­blée du 5 février, je me suis dit que Méluche n’est qu’un bol­cho-patrio­tard pro­duc­ti­viste, mar­ké­ti­sé par un Young Team qui fume trop de moquette bio. La ques­tion qui se pose est donc : est-ce que Super-Popeye va mettre du Bon Beurre Bio dans nos Zépi­nards géné­ti­que­ment modi­fiés ? ».

Ne per­dons pas plus de temps à com­men­ter l’illu­mi­na­tion d’un adepte par­mi tant d’autres de la reli­gion du pro­grès. La France des insou­mis est tota­le­ment sou­mise au mythe du pro­grès, à l’é­ta­tisme, et à la majeure par­tie des alié­na­tions civi­li­sées. Une autre remarque que nous aurions pu for­mu­ler à pro­pos de Mélen­chon l’a été par René Rie­sel et Jaime Sem­prun, ori­gi­nel­le­ment à pro­pos du tra­vail d’Her­vé Kempf (fon­da­teur de Repor­terre) :

Sa ten­ta­tive cri­tique omet exem­plai­re­ment d’analyser ou de seule­ment men­tion­ner la com­po­sante la plus mas­sive et cer­tai­ne­ment la plus appa­rente des « rap­ports actuels de domi­na­tion », celle qu’un ving­tième siècle écra­sé par les « tota­li­ta­rismes de tran­si­tion », selon la for­mule de Mum­ford, a léguée au sui­vant : la bureaucratie.

Nous aurions effec­ti­ve­ment pu nous conten­ter de sou­li­gner que Mélen­chon est un par­ti­san « d’un état fort » tan­dis que notre ana­lyse poli­tique est proche de celles de beau­coup d’a­nar­chistes, et d’an­ti-indus­triels comme Jaime Sem­prun, qui com­pre­nait que :

« Les gémis­se­ments éco­lo­gistes de cette époque ne sont que des sophismes. Deman­der à l’É­tat aide et pro­tec­tion revient à admettre par avance toutes les ava­nies que cet État juge­ra néces­saire d’in­fli­ger, et une telle dépos­ses­sion est déjà la nui­sance majeure, celle qui fait tolé­rer toutes les autres ».

Cette éco­lo­gie d’État, on la retrouve dans le film docu­men­taire « Demain », réa­li­sé par une star du ciné­ma inter­na­tio­nal (Méla­nie Laurent) et par une figure de proue de l’éco­lo­gie™ en France (celle qui est média­ti­sée), Cyril Dion (co-fon­da­teur des Coli­bris). En plus d’a­voir obte­nu près de 440 000€ de finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif (crowd­fun­ding), ce film a été finan­cé par Akuo Ener­gy, le pre­mier pro­duc­teur indé­pen­dant fran­çais d’énergie renou­ve­lable, par l’AFD (l’A­gence Fran­çaise du Déve­lop­pe­ment, qui comme son nom l’in­dique pro­meut le déve­lop­pe­ment d’un peu tout, qui bétonne l’A­frique en y finan­çant la construc­tion des infra­struc­tures néces­saires au déploie­ment de la socié­té de consom­ma­tion indus­trielle, etc.), et par Bjorg Bon­ne­terre et Com­pa­gnie (un groupe agroa­li­men­taire fran­çais spé­cia­li­sé dans la pré­pa­ra­tion de pro­duits bio­lo­giques, filiale du groupe Royal Wes­sa­nen, une mul­ti­na­tio­nale dénon­cée par Domi­nique Guillet de Koko­pel­li). Sou­li­gnons éga­le­ment qu’il a été copro­duit en par­te­na­riat avec France Télé­vi­sions. Quelle subversion ?

Ce que tout cela nous indique devrait être clair, mais parce que l’é­poque tend à la confu­sion, pré­ci­sons : ce film a été sub­ven­tion­né par une entre­prise du sec­teur des soi-disant « renou­ve­lables », par une ins­ti­tu­tion finan­cière qui met en œuvre la poli­tique défi­nie par le gou­ver­ne­ment fran­çais, par l’in­dus­trie de l’a­groa­li­men­taire, et par la télé­vi­sion publique. S’il a été finan­cé par un orga­nisme comme l’AFD, c’est bien parce qu’il n’est qu’une vitrine de pro­mo­tion du déve­lop­pe­ment durable et de ses illu­sions vertes. Et s’il y a bien une illu­sion dont il faut que les milieux acti­vistes se libèrent, c’est la croyance selon laquelle la révo­lu­tion sera sub­ven­tion­née et/ou télévisée.

Par contre, les dis­cours pseu­do-poé­tiques creux qui ne disent rien et le disent mal sont appré­ciés, sub­ven­tion­nés et même dif­fu­sés dans le plus pres­ti­gieux jour­nal de France, le quo­ti­dien Le Monde, appar­te­nant au trio capi­ta­liste Ber­gé-Niel-Pigasse, comme le prouve la publi­ca­tion de ce boni­ment de Cyril Dion (qui oscille entre angé­lisme, hypo­cri­sie et stu­pi­di­té). On peut y lire de belles pro­messes d’un ave­nir qui pour­rait être superbe si seule­ment nos diri­geants accep­taient de mettre en place une « éco­no­mie sym­bio­tique » qui consiste en un indus­tria­lisme vert, comme vous pou­vez le voir ici, et qui s’ins­crit dans l’oxy­more du déve­lop­pe­ment durable. On y trouve éga­le­ment la confu­sion d’un dis­cours qui essaie de plaire à tout le monde, ne désigne aucun enne­mi, aucune cause aux pro­blèmes qu’il énonce, qui parle de « renon­cer au ser­vage du tra­vail moderne, à un cer­tain confor­misme » puis enchaine sur une rhé­to­rique de la créa­tion d’emploi : « Selon les cal­culs que nous avons faits pour le film ‘Demain’, nous pour­rions, au bas mot, créer 1,5 mil­lion d’emplois » ; et où l’on trouve aus­si « toutes les fausses pistes habi­tuelles (régle­men­ter, taxer, com­pen­ser, redis­tri­buer, banque éthique…) pour évi­ter de par­ler de l’a­sy­mé­trie racine entre ceux qui créent la mon­naie sans rien foutre, et ceux qui creusent », ain­si que l’ex­prime un ami économiste.

Dans un dis­cours de 2004 à pro­pos de l’ONG-isa­tion de la résis­tance, l’au­teure et mili­tante indienne Arund­ha­ti Roy expo­sait en quoi les méca­nismes de finan­ce­ment expli­quaient (et impli­quaient) l’i­nef­fi­ca­ci­té des grandes ONG, et leur inap­ti­tude à engen­drer un véri­table chan­ge­ment. Elle ter­mi­nait en rap­pe­lant une dure réa­li­té : « La vraie résis­tance a de vrais coûts. Et aucun salaire. »

***

Non, la sub­ver­sion, nous la per­ce­vons dif­fi­ci­le­ment chez ces médias — Bas­ta Mag et Repor­terre  qui se pro­clament « libres », « indé­pen­dants » ou « alter­na­tifs », mais qui sont en par­tie finan­cés par la réserve par­le­men­taire, par le minis­tère de la Culture, par la région Ile-de-France, et par le minis­tère de l’Écologie (en ce qui concerne Repor­terre). Et dont les publi­ca­tions s’ins­crivent le plus sou­vent (à quelques excep­tions près) dans une poli­tique presque aus­si confor­miste que celle des grands médias, qui consiste à pré­sen­ter les voies ins­ti­tu­tion­nelles comme légi­times, et à même de faire adve­nir un véri­table chan­ge­ment, ain­si qu’à encou­ra­ger le déve­lop­pe­ment durable par­fois sous d’autres appellations.

Nous ne la voyons cer­tai­ne­ment pas chez ces éco-célé­bri­tés qui cherchent à faire bonne figure dans les grands médias et auprès des auto­ri­tés, dont le tra­vail consiste éga­le­ment à pro­mou­voir les illu­sions vertes du déve­lop­pe­ment durable, et fina­le­ment à encou­ra­ger la conti­nua­tion de la civi­li­sa­tion industrielle.

Nous la voyons chez ceux qui osent remettre en ques­tion les men­songes actuels et his­to­riques de la culture domi­nante ; ceux qui, comme Howard Zinn com­prennent que « réin­ter­ro­ger notre his­toire, ce n’est pas seule­ment se pen­cher sur le pas­sé, mais aus­si s’intéresser au pré­sent et ten­ter de l’envisager du point de vue de ceux qui ont été délais­sés par les bien­faits de la soi-disant civi­li­sa­tion ».

Nous la voyons chez de rares jour­na­listes comme John Pil­ger et Cory Mor­ning­star.

Nous la voyons dans les ZAD, et chez cer­tains groupes peu média­ti­sés comme le col­lec­tif gre­no­blois Pièces et Main d’Oeuvre (PMO), l’as­so­cia­tion Tech­no­lo­gos, et le cou­rant anti-indus­triel plus géné­ra­le­ment, qui main­tiennent en vie une cri­tique sociale digne de ce nom, et avec elle des pistes pour par­ve­nir à des socié­tés démo­cra­tiques et écologiques.

Nous la voyons dans cer­tains actes de sabo­tage, dans cer­tains actes de révolte, à l’ins­tar du black bloc, qui n’a rien à voir avec le caillas­sage bar­bare et insen­sé que les médias dépeignent. Dans cer­tains ouvrages artis­tiques, dans le rap comme dans la pein­ture.

Nous la voyons dans des actes du quo­ti­dien qui n’o­béissent pas aux dik­tats de la culture mar­chande, patriar­cale et supré­ma­ciste. Chez ces indi­vi­dus qui, à leur manière et avec leurs moyens, par­ti­cipent à une sorte d’al­pha­bé­ti­sa­tion mili­tante — à l’ins­tar des confé­rences ges­ti­cu­lées de la SCOP Le Pavé —, conçue comme un moyen de lut­ter contre l’op­pres­sion, et contre la colo­ni­sa­tion.

Col­lec­tif Le Partage

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  1. Quelle ana­lyse foi­son­nante, per­cu­tante et d’une jus­tesse remar­quable. Je pense que JLM est un de ces Jaco­bins bien plus proche de Robes­pierre que de Roux et Var­let et des sec­tions com­mu­nales. Et pour conser­ver le pou­voir et les pri­vi­lèges des fonc­tions d’É­tat, JLM écra­se­ra encore les sec­tions, du moins il essaie­ra. Et comme l’a­vait ana­ly­sé Pierre Kro­pot­kine La grande révo­lu­tion fran­çaise 1789–93 : (Kro­pot­kine 1909) : Les reven­di­ca­tions sociales et l’esprit de com­mune, l’écrasement des sec­tions popu­laires… Que j’ai inté­gré, avec ma propre ana­lyse, dans ce billet de blog ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/08/des-clics-pour-le-declic/ J’a­voue, décou­vrir les liens de Repor­terre, ici. Je les ai mis en lien ici, car il avait relayé la contes­ta­tion contre le DAPL alors que Trump pré­ten­dait que per­sonne ne s’en plai­gnait ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/02/14/les-nations-primordiales-damerique-ne-sont-pas-des-immigrants/ Alors, j’a­voue avoir une vision proche de celle de Lan­dauer et dite « anar­cho-indi­gé­niste ». Loin donc du bruit et de la fureur du monde. Votre ana­lyse sur l’a­vè­ne­ment du Numé­rique est très juste et d’ailleurs, le rejoint celle faite par Zénon dans son der­nier texte, Tan­gente : sor­tir du piège de la toile d’a­rai­gnée mon­diale, que vous pou­vez retrou­ver dans la page de mon tout petit blog ; Les Chro­niques de Zénon. Cepen­dant, je ne crois pas que les Fran­çais prêts à stop­per le bou­zin et à boy­cot­ter la pré­si­den­tielle… Qu’im­porte, nous ne mesu­rons pas com­bien la résis­tance est enclen­chée. Voyez que même le mou­ve­ment Zapa­tiste envi­sage de pré­sen­ter une femme indi­gène par­ti­ci­per à la Pré­si­den­tielle de 2018… Nous avons du che­min à faire. Mais beau­coup avons déjà pris la tan­gente. JBL1960

  2. Encore un très bon article, merci.

    « les par­ti­sans du pro­grès assu­re­ront que tout ceci peut être répa­ré grâce à plus de tech­no­lo­gie, et à des amé­lio­ra­tions techniques. »

    Les médias mentent constam­ment et plus ils sont puis­sants, plus ils publient, plus ils mentent.
    Par exemple le cas des puri­fi­ca­teurs d’air, pour avoir un air pur on pro­duit des puri­fi­ca­teurs qui pour être déve­lop­pés, construits, pro­duits, jetés… vont géné­rer plus de pol­lu­tion que l’air qu’il vont dépolluer.
    Si cette exemple est com­pré­hen­sible elle s’ap­plique à un bon nombre de choses moins évi­dentes à dis­cer­ner au pre­mier abord comme par exemple les véhi­cules élec­triques, les pan­neaux solaires, le végétarisme…la majo­ri­té des gens s’at­tarde à la der­nière étape d’un pro­ces­sus pour se for­ger une opi­nion, de cette étape, pour eux il n’y a n’y d’a­vant, n’y d’a­près, ain­si la voi­ture élec­trique ne pol­lue pas, le végé­ta­risme ne fait pas de mal aux ani­maux et l’on nour­rit plus de monde moins cher, en san­té avec des céréales (3 affir­ma­tions com­plè­te­men­te­ment fausses) et la dépol­lu­tion répare et amé­liore l’en­vi­ron­ne­ment (c’est du delire mais ça passe) etc etc ce n’est pas avec ce genre de dis­cours que le peuple avale allè­gre­ment et qui devient véri­té qu’on va sau­ver quoique ce soit.

    Le pro­grès à notre échelle détruit la pla­nete, il y a ceux qui l’ont com­pris, ceux qui ne le com­prennent pas et ceux qui ne veulent pas le savoir et ces der­niers forment cer­tai­ne­ment le groupe le plus dan­ge­reux car ils sont sou­vent puis­sants et bien infor­mé sur la réelle situa­tion, leurs opi­nions est simple, jouir des res­sources et après moi le déluge. 

    Celui qui n’est pas fru­gale est un irres­pon­sable en plus de n’être pas cré­dible (pro­fit, consom­ma­tion, déve­lop­pe­ment… c’est pol­luer), des médias comme https://partage-le.com/ doivent donc ne pas se déve­lop­per exces­si­ve­ment, ne doivent pas trop publier pour res­ter cré­dible, c’est une arme à double tran­chant mais une condi­tion pour évi­ter les dérives qui arrive inévi­ta­ble­ment avec la crois­sance d’une compagnie.

    1. Je par­tage l’ad­mi­ra­tion pour cet article qui nous ouvre les yeux sur les mani­pu­la­tions des opi­nions par des médias dis­tri­buant de la bonne conscience.
      Par contre je me per­mets de réagir à votre com­men­taire Gus lorsque vous affir­mez concer­nant le végé­ta­risme qu’il est basé sur de fausses idées. D’a­bord le végé­ta­risme est une pra­tique qui peut avoir plu­sieurs moti­va­tions selon les per­sonnes. Mais je vais reprendre vos contre-arguments :

      1. le végé­ta­risme ne fait pas de mal aux animaux
      Oui c’est un fait, et vous ne pou­vez pas le nier, les ani­maux éprouvent autant de souf­france que nous, cela a été prou­vé par toutes les recherches sur le sujet. Donc tuer moins d’a­ni­maux implique for­cé­ment moins de souf­frances. La mort heu­reuse n’existe pas. L’hu­ma­ni­té a exploi­té les ani­maux pen­dant des dizaines de mil­liers d’an­nées, il se peut même que cette consom­ma­tion ani­male ait par­ti­ci­pé à l’é­vo­lu­tion des homi­ni­dés. Mais nous savons que nous pou­vons désor­mais se pas­ser de l’a­li­men­ta­tion ani­male avec quelques pré­cau­tions. Alors il est peut être temps de les en remer­cier et lais­ser vivre en paix sur cette terre qui leur appar­tient autant qu’elle nous appartient. 

      2. on nour­rit plus de monde moins cher,
      Cer­tains végé­ta­riens uti­lisent cet argu­ment mal­adroi­te­ment. Il est sûr que si tout le monde devient végé­ta­rien sous un régime capi­ta­liste cela ne chan­ge­ra rien au pro­blème. On sait tous qu’on peut déjà nour­rir toute l’hu­ma­ni­té avec ce que nous pro­dui­sons. Mais vu la crois­sance démo­gra­phique, la crois­sance de consom­ma­tion de viande, la pol­lu­tion que cela engendre, il nous fau­dra bien­tôt 3 pla­nètes pour sup­por­ter ce rythme. Mais comme le dit l’ar­ticle, on n’est pas de ceux qui sou­haitent colo­ni­ser d’autres pla­nètes alors qu’on n’ar­rive même pas à s’oc­cu­per cor­rec­te­ment de la notre. 

      3. en san­té avec des céréales
      Ceci est très réduc­teur et mépri­sant pour les cen­taines de mil­lions d’hu­main qui n’ont pas autre chose dont riz et le blé consti­tue l’a­li­ment de base. Certes cela ne suf­fit pas pour etre en bonne san­té mais dans toutes les cultures du monde il y a foi­son de plats végé­ta­riens qui suf­fisent à être en bonne san­té. En occi­dent on peut lar­ge­ment se pas­ser de viande et les sub­sti­tuer par des pro­téines végé­tales. Il est évident tou­te­fois qu’on ne peut pas deman­der cet effort à des popu­la­tion qui sur­vivent et n’ont pas les moyens ni le luxe de choi­sir ce qu’elle peuvent mettre sur l’assiette. 

      J’es­père ne pas pas­ser pour un végé­ta­rien « extré­miste », j’es­saie juste de rec­ti­fier la remarque que vous avez faite sur le sujet.

  3. Un article de salu­bri­té publique de la part du site Le Par­tage ! Encore un ! je relaie , his­toie que ça se sache … j’ai tité la résis­tance molle sur les brindherbes.

    Oui, la résis­tance molle, parce qu’ils sont prêts à tout nous faire gober pour main­te­nir une hié­rar­chie coûte que coûte et nous main­te­nir en état ser­vile, et nous faire cou­rir après le pre­mier lièvre qui nous détour­ne­ra d’une Connais­sance pro­fonde de l’état de ce monde. L’espoir est un piège encore plus puis­sant que la peur. Alors voi­ci un bon moyen de déco­der un piège sup­plé­men­taire de ce qui se déroule sous nos yeux …. en sou­hai­tant que les gens sachent prendre le temps néces­saire à la lec­ture sans céder aux sirènes de la bou­li­mie d’informations et de quête de sen­sa­tion­nel. Le sen­sa­tion­nel est déjà là, il faut juste savoir en dis­cer­ner la sub­ti­li­té et prendre la patience d’assembler le puzzle.

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