« Ce que je constate, ce sont les ravages actuels ; c’est la dis­pa­ri­tion effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végé­tales ou ani­males ; et le fait que du fait même de sa den­si­té actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au pré­sent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon exis­tence. Ce n’est pas un monde que j’aime. »

— Claude-Lévi Strauss

« Je hais mon époque de toutes mes forces. »

— Antoine de Saint-Exu­pé­ry

 

En n’ap­pe­lant pas un chat un chat, en mini­mi­sant, en rela­ti­vi­sant, en s’accommodant, en n’al­lant pas au fond des choses, en oubliant, col­lec­ti­ve­ment, nous nous habi­tuons gra­duel­le­ment et doci­le­ment à un véri­table enfer. Ce n’est pas une dis­cus­sion facile, mais c’est une dis­cus­sion vitale :

Lun­di 27 novembre 2017, le Scien­ti­fic Ame­ri­can, un maga­zine de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique amé­ri­cain à paru­tion men­suelle, publiait un article écrit par un méde­cin et psy­cho­logue pour enfants de l’école médi­cale d’Harvard, Jack Tur­ban, inti­tu­lé « Nice Brains Finish Last[1] » (Les cer­veaux gen­tils finissent der­niers) ; sous-titre : « une étude sug­gère que les cer­veaux les plus “pro­so­ciaux” sont les plus expo­sés à la dépres­sion » (la pro­so­cia­li­té désigne « l’ensemble des conduites inten­tion­nelles et volon­taires diri­gées dans le but d’aider ou d’apporter un béné­fice à autrui »).

L’article com­mence par ce para­graphe :

« Nous aimons à croire qu’être gen­til, res­pon­sable et juste pro­cure une vie heu­reuse. Et si nous avions tort ? Et si les gens gen­tils étaient fina­le­ment les plus désa­van­ta­gés ? Une nou­velle étude publiée dans la revue scien­ti­fique Nature Human Beha­vior sug­gère que ceux qui, au plus pro­fond de leur cer­veau, se sou­cient de l’équité éco­no­mique, risquent davan­tage de souf­frir de dépres­sion. Ceux qui ne se sou­cient que d’eux-mêmes tendent à être plus heu­reux. »

Le reste du texte détaille l’étude en ques­tion. Vers la fin, Jack Tur­ban se pose la ques­tion sui­vante : « n’y a‑t-il aucun espoir pour les “pro­so­ciaux” ? » À laquelle il répond que non, pas vrai­ment, mais que, cela étant, les pro­so­ciaux pour­raient se faire aider, se soi­gner, en quelque sorte, afin d’ap­prendre à maî­tri­ser leur pro­so­cia­bi­li­té (« contrô­ler leurs émo­tions »), notam­ment par le biais d’une psy­cho­thé­ra­pie. Et plus pré­ci­sé­ment d’une psy­cho­thé­ra­pie cog­ni­ti­vo-com­por­te­men­tale, visant à leur per­mettre de « mieux contrô­ler leurs réac­tions face à l’iniquité ».

Si vous n’ap­pré­ciez pas l’in­jus­tice, vous avez un pro­blème, soi­gnez-vous ! Jack Tur­ban n’en­vi­sage tout sim­ple­ment pas que les indi­vi­dus « pro­so­ciaux » sont peut-être tout à fait sains d’esprit, et que le pro­blème se situe plu­tôt du côté de l’organisation poli­ti­co-éco­no­mique domi­nante, désor­mais mon­dia­li­sée, du côté du capi­ta­lisme d’État, de la civi­li­sa­tion indus­trielle, du côté de la socié­té mar­chande et tech­no­lo­gique, du côté de la culture toxique dans laquelle nous bai­gnons.

(À toutes fins utiles, rap­pe­lons que le pres­ti­gieux maga­zine Scien­ti­fic Ame­ri­can appar­tient à la coen­tre­prise très lucra­tive (chiffre d’affaires de 1,5 mil­liard d’euros) for­mée par l’association de deux poids lourds de la finance, le Holtz­brinck Publi­shing Group et le fonds d’investissement BC Part­ners.)

Ce très mau­vais article ne nous apprend fina­le­ment rien de nou­veau, mais expose une réa­li­té fon­da­men­tale de la socié­té indus­trielle et du capi­ta­lisme : les gens bien sont condam­nés à y souf­frir. La socié­té indus­trielle capi­ta­liste est un sys­tème qui décou­rage et brise les atti­tudes altruistes, géné­reuses, et qui récom­pense les mau­vais com­por­te­ments, les com­por­te­ments inhu­mains et anti­so­ciaux, ceux qui relèvent de la socio­pa­thie – un autre article publié[2] par le Scien­ti­fic Ame­ri­can en 2012 expo­sait le fait que la richesse est inver­se­ment pro­por­tion­nelle à l’empathie, une autre manière de dire que les riches sont des socio­pathes.

Seule­ment, ce constat, expo­sé par l’ar­ticle en ques­tion, ne devrait (évi­dem­ment) pas nous ame­ner à ten­ter de « soi­gner » ceux qui pré­sentent un carac­tère pro­so­cial – comme s’ils étaient malades ! À moins que l’on ne consi­dère – au contraire de Kri­sh­na­mur­ti – qu’il soit sou­hai­table d’être bien adap­té à une socié­té pro­fon­dé­ment malade.

Port de Rot­ter­dam, 2011 (pho­to : Edward Bur­tyns­ky)

***

Dans un magni­fique essai[3] inti­tu­lé « Résis­tance et acti­visme : com­prendre la dépres­sion grâce à l’écopsychologie », Will Falk, un avo­cat et mili­tant éco­lo­giste amé­ri­cain, écrit :

« Je suis un acti­viste éco­lo­giste. Je souffre de dépres­sion. Être un acti­viste tout en souf­frant de dépres­sion me place direc­te­ment face à un dilemme sans issue : la des­truc­tion du monde natu­rel engendre un stress qui exa­cerbe la dépres­sion. Mettre un terme à la des­truc­tion du monde natu­rel sou­la­ge­rait le stress que je res­sens, et, dès lors, apai­se­rait cette dépres­sion. Cepen­dant, agir pour mettre fin à la des­truc­tion du monde natu­rel m’expose à une grande quan­ti­té de stress, ce qui ali­mente à nou­veau ma dépres­sion.

Soit les des­truc­tions conti­nuent, je suis expo­sé au stress, et je reste dépres­sif, soit je rejoins ceux qui résistent contre la des­truc­tion, je suis expo­sé au stress, et je reste dépres­sif.

Dépres­sif si je ne fais rien, dépres­sif si j’agis. Je choi­sis de lut­ter. »

Plus loin, il se demande :

« Tan­dis que nos habi­tats sont au bord de la des­truc­tion, que l’horreur empoisse notre expé­rience quo­ti­dienne, que la pro­tec­tion de la vie exige que l’on affronte ces hor­reurs, l’élimination du stress est-elle pos­sible ? Est-il hon­nête de s’adapter ? »

Puis apporte la réponse sui­vante :

« L’écopsychologie explique que l’élimination du stress n’est pas pos­sible en cette période éco­lo­gique. La psy­cho­lo­gie étant l’étude de l’esprit, et l’écologie l’étude des rela­tions natu­relles créant la vie, l’écopsychologie expose l’impossibilité d’étudier l’esprit en dehors de ces rela­tions natu­relles et nous encou­rage à exa­mi­ner les types de rela­tions néces­saires à l’esprit pour qu’il soit vrai­ment sain. En obser­vant la dépres­sion au tra­vers du prisme de l’écopsychologie, on peut l’expliquer comme le résul­tat de pro­blèmes dans nos rela­tions avec le monde natu­rel. La dépres­sion ne peut être soi­gnée tant que ces rela­tions ne sont pas répa­rées. »

Il rap­pelle ensuite que :

« Les humains civi­li­sés empoi­sonnent l’air et l’eau, modi­fient l’espace, assas­sinent les espèces, détruisent les cham­pi­gnons, les fleurs, et les arbres, conta­minent les cel­lules, font muter les bac­té­ries, et condamnent les levures. Bref, ils menacent la capa­ci­té de la pla­nète à accueillir la Vie. Les civi­li­sés détruisent non seule­ment ceux dont nous dépen­dons, avec qui nous avons besoin d’être en rela­tion, mais ils détruisent éga­le­ment la pos­si­bi­li­té que ces rela­tions existent dans le futur. Chaque langue autoch­tone per­due, chaque espèce pré­ci­pi­tée vers l’extinction, chaque hec­tare de forêt rasé est une rela­tion condam­née aujourd’hui et à jamais.

En vivant de manière hon­nête dans cette réa­li­té, nous nous ouvrons à la dépres­sion. […]

Dans le monde civi­li­sé, la dou­leur et le trau­ma­tisme sont le reflet d’innombrables phé­no­mènes. La des­truc­tion est deve­nue si totale que la conscience ne trouve nulle part où s’apaiser, nul lieu pré­ser­vé des stig­mates de la vio­lence. »

Et conclut :

« Accep­ter la nature immuable de la dépres­sion me sou­lage de la recherche d’un trai­te­ment. La recherche per­son­nelle d’un trai­te­ment est rapi­de­ment conver­tie par la dépres­sion en injonc­tion à aller mieux. Cette injonc­tion se trans­forme en sen­ti­ment d’échec tan­dis que les symp­tômes de la dépres­sion s’intensifient. Alors que le monde brûle, le stress à l’origine de la dépres­sion est tou­jours pré­sent. Je peux me pro­té­ger effi­ca­ce­ment de cette dépres­sion pen­dant un moment, mais, la vio­lence est à ce point totale, le trau­ma­tisme tel­le­ment évident, qu’il y aura des moments où le stress sur­pas­se­ra mes défenses. Ce n’est pas un échec per­son­nel, et ce n’est pas de ma faute. Je me bats avec autant de force que pos­sible, mais je ne gagne­rai pas tou­jours.

Le plus impor­tant, c’est que cette accep­ta­tion fait de moi un meilleur acti­viste. Je ne peux sépa­rer mon expé­rience des innom­brables humains et non-humains qui rendent cette expé­rience pos­sible. Heu­reu­se­ment, l’écopsychologie m’offre un lexique pour par­ler des rela­tions créant mon expé­rience. Com­prendre que ce stress omni­pré­sent, engen­dré par la des­truc­tion sys­té­mique des rela­tions qui font de nous des humains, est à l’origine de ma dépres­sion, me libère de la voix qui me dit que ma dépres­sion est de ma faute.[…]

Vous n’entendrez peut-être pas la Vie pro­non­cer les mots : « Arrê­tez la des­truc­tion ». Mais les lan­gages de la Vie sont aus­si divers que les expé­riences phy­siques. La dou­leur de la dépres­sion est une expé­rience phy­sique, il s’ensuit que la Vie parle au tra­vers de la dépres­sion. Cette dou­leur me han­te­ra le res­tant de mes jours. La vie conti­nue de par­ler. Elle nous dit : « Résis­tez ! » »

***

En plus d’encourager et de récom­pen­ser les com­por­te­ments anti­so­ciaux entre ses propres membres (à tra­vers le fonc­tion­ne­ment nor­mal de ses ins­ti­tu­tions, de l’é­co­no­mie de mar­ché, du capi­ta­lisme d’État), la civi­li­sa­tion indus­trielle anéan­tit les peuples indi­gènes qui sub­sistent encore (ain­si que l’ONU le for­mule, de manière imper­son­nelle et auto-décul­pa­bi­li­sante : « les cultures autoch­tones d’aujourd’hui sont mena­cées d’extinction dans de nom­breuses régions du monde ») et ravage tous les biomes de la pla­nète. Au point qu’il est désor­mais cou­ram­ment admis, même par les ins­ti­tu­tions et les médias domi­nants, qu’elle génère une sixième extinc­tion de masse (un euphé­misme pour décrire le fait qu’elle mas­sacre allè­gre­ment toutes les espèces vivantes, on devrait donc par­ler de pre­mière exter­mi­na­tion de masse).

Et pour­tant, il se trouve tou­jours, même au sein des sphères mili­tantes, ou des milieux qui se veulent rela­ti­ve­ment conscients de ce qui se passe, des indi­vi­dus pour machi­na­le­ment qua­li­fier de « trop néga­tif », « trop sombre », « trop noir », des dis­cours ne fai­sant qu’énoncer des faits éta­blis. Ceux qui ont le mal­heur de relier entre elles quelques-unes des atro­ci­tés en cours (parce qu’il est impor­tant d’appeler un chat un chat, et com­ment qua­li­fier autre­ment un eth­no­cide, un éco­cide, etc.) sont accu­sés de « voir tout en noir ».

***

L’humanité indus­trielle a si peu de res­pect et d’amour pour ses propres enfants (ou tel­le­ment de mépris) qu’elle a mis en place un sec­teur publi­ci­taire par­fois qua­li­fié de « mar­ke­ting infan­tile » dési­gnant « les pro­ces­sus uti­li­sés par les entre­prises pour condi­tion­ner les enfants à la consom­ma­tion » ; pro­ces­sus qui visent à uti­li­ser les carac­té­ris­tiques psy­cho­lo­giques des enfants, dont leur naï­ve­té, pour leur vendre les mon­tagnes de merdes toxiques que pro­duisent des indus­tries toutes plus anti­éco­lo­giques et anti­so­ciales les unes que les autres. L’humanité indus­trielle a si peu de res­pect et d’amour pour ses propres enfants (ou tel­le­ment de mépris) que la nour­ri­ture – spi­ri­tuelle (édu­ca­tion) et maté­rielle (ali­men­ta­tion) – qu’elle leur four­nit n’est qu’un ersatz toxique de ce qu’elle a été et de ce qu’elle pour­rait être.

Les serres d’Al­me­ria en Espagne (pho­to : Edward Bur­tyns­ky)

Les aver­tis­se­ments de scien­ti­fiques de plus en plus nom­breux (cf. le récent appel de 15 000 scien­ti­fiques) se suc­cèdent, les confé­rences cli­ma­tiques aus­si, tan­dis que l’exploitation des com­bus­tibles fos­siles et les émis­sions de CO2 ne font qu’augmenter[4] (il est pré­vu[5] qu’elles conti­nuent ain­si jusqu’en 2040) et avec elles le réchauf­fe­ment cli­ma­tique et ses consé­quences dont on réa­lise qu’elles sont et seront à la fois plus graves et plus nom­breuses qu’on ne l’imaginait. La socié­té de consom­ma­tion indus­trielle en expan­sion per­pé­tuelle can­cé­rise une por­tion tou­jours plus vaste de la pla­nète. L’humanité indus­trielle noie le monde entier dans ses her­bi­cides, insec­ti­cides et pes­ti­cides (le gly­pho­sate a été auto­ri­sé par l’UE pour 5 ans de plus). Les déchets nucléaires s’accumulent (par­fois au fond des océans, dans des épaves cou­lées n’importe com­ment, aux risques et périls de toutes et de tous, par une mafia du déchet, aux côtés du « mil­lion et demi de tonnes d’armes chi­miques non uti­li­sées qui gisent sur les fonds marins de la pla­nète »)[6]. Et il n’y a pas que de pro­duits en ‑cide que l’hu­ma­ni­té indus­trielle sub­merge la pla­nète : par­mi les mil­lions de sub­stances de syn­thèse qui sont déver­sées un peu par­tout, les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, mas­si­ve­ment dis­per­sés, conta­minent d’ores et déjà la qua­si-tota­li­té des milieux natu­rels et attaquent la san­té des êtres humains[7] (« baisse du QI, troubles du com­por­te­ment et autisme ») comme celles de tous les êtres vivants.

Un article récem­ment publié sur le site du quo­ti­dien Les Echos expose une autre catas­trophe majeure de notre temps :

« Au cours des cent der­nières années, un mil­liard d’hectares de terres fer­tiles, l’équivalent de la sur­face des États-Unis, se sont lit­té­ra­le­ment vola­ti­li­sés. Et l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’inquiète de l’avenir des sur­faces res­tantes. Dans un rap­port de 650 pages, publié en décembre à l’occasion de la clô­ture de l’Année inter­na­tio­nale des sols, elle constate qu’un tiers des terres arables de la pla­nète sont plus ou moins mena­cées de dis­pa­raître. »

Là encore, la séman­tique qu’ils uti­lisent dis­si­mule jusqu’à l’existence d’une res­pon­sa­bi­li­té. « Un mil­liard d’hectares de terres fer­tiles […] se sont lit­té­ra­le­ment vola­ti­li­sés ». « Se sont lit­té­ra­le­ment vola­ti­li­sés » et non pas « ont été détruits ». La faute à per­sonne, la faute à la terre qui choi­sit de se vola­ti­li­ser. Même chose juste après : « sont plus ou moins mena­cées de dis­pa­raître » et non pas « sont en train d’être détruites ». Car c’est bien la civi­li­sa­tion et son agri­cul­ture indus­trielle et sa béto­ni­sa­tion com­pul­sive et son arti­fi­cia­li­sa­tion effré­née qui sont à l’origine de ce désastre.

Au cours des soixante der­nières années, 90% des grands pois­sons[8], 70% des oiseaux marins[9] et, plus géné­ra­le­ment, 52% des ani­maux sau­vages[10], ont été tués ; depuis moins de 40 ans, le nombre d’animaux marins, dans l’ensemble, a été divi­sé par deux[11]. Sachant que ces déclins en popu­la­tions ani­males et végé­tales ne datent pas d’hier et qu’une dimi­nu­tion par rap­port à il y a 60 ou 70 ans masque en réa­li­té des pertes bien pires encore (phé­no­mène que l’on qua­li­fie par­fois d’amnésie éco­lo­gique[12]). D’a­près le rap­port Pla­nète vivante 2018 du WWF, « entre 1970 et 2014, l’effectif des popu­la­tions de ver­té­brés sau­vages a décli­né de 60% ». On estime que d’ici 2048 les océans n’abriteront plus aucun pois­son[14]. D’autres pro­jec­tions estiment que d’ici 2050, il y aura plus de plas­tiques que de pois­sons dans les océans[15]. On estime éga­le­ment que d’ici à 2050, la qua­si-tota­li­té des oiseaux marins auront ingé­ré du plas­tique[16]. Enfin, ain­si qu’un article de Forbes nous le rap­porte, « des scien­ti­fiques estiment qu’au cours des vingt pro­chaines années, 70 à 90% de tous les récifs coral­liens seront détruits en rai­son du réchauf­fe­ment des océans, de leur aci­di­fi­ca­tion et de leur pol­lu­tion ».

L’humanité indus­trielle pro­duit actuel­le­ment envi­ron 50 mil­lions de tonnes de déchets élec­tro­niques (ou e‑déchets) par an[17], dont l’immense majo­ri­té (90%) ne sont pas recy­clés[18]. En rai­son de la course au « déve­lop­pe­ment » (élec­tri­fi­ca­tion, indus­tria­li­sa­tion, moder­ni­sa­tion, « pro­grès ») des conti­nents qui ne l’étaient pas encore entiè­re­ment (Afrique, Asie, Amé­rique du Sud, notam­ment), il est pré­vu que la pro­duc­tion annuelle glo­bale déjà fara­mi­neuse (50 mil­lions de tonnes) de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) croisse de 500%, envi­ron[19], au cours des décen­nies à venir (en rai­son d’explosions des ventes de télé­phones por­tables, d’ordinateurs, de télé­vi­sions, de tablettes, etc.). Il est aus­si pré­vu que la quan­ti­té totale des déchets solides pro­duits par l’humanité indus­trielle mon­diale triple d’ici 2100, pour atteindre plus de 11 mil­lions de tonnes, par jour.

L’humanité indus­trielle épuise (et pol­lue) éga­le­ment les eaux douces du monde entier : ain­si qu’un rap­port de la NASA le sou­li­gnait en 2015, 21 des 37 aqui­fères les plus impor­tants sont pas­sés en-des­sous du seuil de dura­bi­li­té  —  ils perdent plus d’eau qu’ils n’en accu­mulent.

Un camp de concen­tra­tion moderne, aus­si appe­lé usine, en Chine (pho­to : Edward Bur­tyns­ky)

Nous pour­rions conti­nuer encore et encore, en évo­quant pêle-mêle le réseau d’exploitation sexuelle et d’esclavage sala­rial qui sévit actuel­le­ment dans l’agriculture sici­lienne, au sein duquel des mil­liers de femmes sont vio­lées et bat­tues[20] ; les viols et vio­lences à l’en­contre des mineurs et des femmes, épi­dé­miques dans de nom­breux pays, y com­pris en France  (« 19.700 mineurs vic­times de vio­lences sexuelles en France en 2016, dont 78% de filles ») ; l’in­ter­net qui « déborde d’i­mages d’a­gres­sions sexuelles d’en­fants » (pour reprendre le titre d’une récente enquête, édi­fiante, du New York Times) ; le réseau d’esclavage moderne qui exploite près de 40 000 femmes en Ita­lie conti­nen­tale, des Ita­liennes et des migrantes, dans des exploi­ta­tions viti­coles[21] ; les épi­dé­mies de sui­cides et la pol­lu­tion mas­sive qui frappent actuel­le­ment la région de Ban­ga­lore (qua­li­fiée de capi­tale mon­diale du sui­cide) en Inde, où le « déve­lop­pe­ment » détruit les liens fami­liaux et le monde natu­rel[22] ; l’exploitation de Bur­ki­na­bés de tous âges dans les camps d’orpaillage du Bur­ki­na Faso[23], où ils vivent et meurent dans des condi­tions dra­ma­tiques, entre mala­ria et mala­dies liées à l’utilisation du mer­cure, au béné­fice des riches et puis­santes mul­ti­na­tio­nales des pays dits « déve­lop­pés » ; le sort des Pakis­ta­nais qui se retrouvent à trier les déchets élec­tro­niques can­cé­ri­gènes des citoyens du « monde libre » [sic] en échange d’un salaire de misère (et de quelques mala­dies)[24] ; l’exploitation de Nica­ra­guayens sous-payés (la main d’œuvre la moins chère d’Amérique cen­trale) dans des maqui­la­do­ras, où ils confec­tionnent toutes sortes de vête­ments pour des entre­prises sou­vent nord-amé­ri­caines, coréennes ou taï­wa­naises[25] ; les épi­dé­mies de mala­dies liées à la mal­bouffe indus­trielle, qui ravagent les popu­la­tions du monde entier, dont les com­mu­nau­tés du Mexique[26], deuxième pays au monde en termes de taux d’obésité et de sur­poids, après les USA, par­ti­cu­liè­re­ment tou­ché par les mala­dies liées au gras et au sucre, où 7 adultes sur 10 sont en sur­poids ou obèses, ain­si qu’1 enfant sur 3 – d’après l’Organisation Mon­diale de la San­té (OMS), les Mexi­cains sont les pre­miers consom­ma­teurs de soda (163 litres par per­sonne et par an), et la popu­la­tion la plus tou­chée par la mor­ta­li­té liée au dia­bète de toute l’Amérique latine ; l’exploitation d’enfants et d’adultes au Mala­wi dans des plan­ta­tions de tabac[27] (où ils contractent la « mala­die du tabac vert » par intoxi­ca­tion à la nico­tine) des­ti­né à l’exportation, au béné­fice des groupes indus­triels comme Bri­tish Ame­ri­can Tobac­co (Lucky Strike, Pal Mal, Gau­loises…) ou Phi­lip Mor­ris Inter­na­tio­nal (Mal­bo­ro, L&M, Phi­lip Mor­ris…) ; la trans­for­ma­tion de l’Albanie en pou­belle géante[28] (où l’on importe des déchets d’un peu par­tout pour les trai­ter, ce qui consti­tue un sec­teur très impor­tant de l’économie du pays, des mil­liers de gens vivent de ça, et vivent dans des décharges, ou plu­tôt meurent de ça, et meurent dans des décharges) ; dans la même veine, la trans­for­ma­tion de la ville de Guiyu en Chine, en pou­belle géante de déchets élec­tro­niques[29] (en pro­ve­nance du monde entier), où des cen­taines de mil­liers de Chi­nois, enfants et adultes, tra­vaillent à les trier, et donc en contact direct avec des cen­taines de mil­liers de tonnes de pro­duits hau­te­ment toxiques (les toxi­co­logues s’intéressent aux records mon­diaux de toxi­ci­té de Guiyu en termes de taux de can­cer, de pol­lu­tions des sols, de l’eau, etc.) ; la trans­for­ma­tion de la zone d’Agbogbloshie, au Gha­na, éga­le­ment en pou­belle géante de déchets élec­tro­niques[30] (en pro­ve­nance du monde entier, de France, des USA, du Royaume-Uni, etc.), où des mil­liers de Gha­néens, enfants (dès 5 ans) et adultes, tra­vaillent, en échange d’un misé­rable salaire, à trier les cen­taines de mil­liers de tonnes de pro­duits hau­te­ment toxiques qui vont rui­ner leur san­té et conta­mi­ner les sols, l’air et les cours d’eau et les êtres vivants de la région ; la trans­for­ma­tion de bien d’autres endroits, tou­jours dans des pays pauvres (Inde, Égypte, Ban­gla­desh, Phi­lip­pines, Malai­sie, etc.) en pou­belles géantes de déchets[31] (élec­tro­niques, plas­tiques, etc.) ; l’en­fouis­se­ment de déchets élec­tro­niques en France, dans dif­fé­rents endroits dis­crè­te­ment réser­vés à cet effet ; les pol­lu­tions envi­ron­ne­men­tales en Mon­go­lie[32] (liées au « déve­lop­pe­ment » du pays et notam­ment à son indus­trie minière), où des villes par­mi les plus pol­luées au monde suf­foquent dans ce que cer­tains décrivent comme « un enfer » ; les des­truc­tions des récifs coral­liens, des fonds marins et des forêts des îles de Bang­ka et Beli­tung en Indo­né­sie, où des mineurs d’étain légaux et illé­gaux risquent et perdent leur vie à obte­nir ce com­po­sant cru­cial des appa­reils élec­tro­niques, embour­bé dans une vase radio­ac­tive[33] ; la des­truc­tion en cours de la grande bar­rière de corail, en Aus­tra­lie, à cause du réchauf­fe­ment cli­ma­tique[34] ; la conta­mi­na­tion des sols et des cours d’eau de plu­sieurs régions tuni­siennes, où du cad­mium et de l’uranium sont reje­tés, entre autres, par le raf­fi­nage du phos­phate qui y est extrait, avant d’être envoyé en Europe comme engrais agri­cole (raf­fi­nage qui sur­con­somme l’eau de nappes phréa­tiques et qui génère une épi­dé­mie de mala­dies plus ou moins graves sur place)[35] ; les défo­res­ta­tions mas­sives en Afrique, en Ama­zo­nie, en Indo­né­sie, et un peu par­tout sur le globe, qui per­mettent l’expansion de mono­cul­tures de pal­miers à huile, d’hévéa, d’eucalyptus et d’autres arbres (par­fois géné­ti­que­ment modi­fiés) au pro­fit de dif­fé­rentes indus­tries ; l’expansion des plan­ta­tions de soja et des sur­faces des­ti­nées à l’élevage indus­triel, tou­jours au détri­ment des forêts et des bio­topes natu­rels ; l’épuisement de nom­breuses « res­sources » non-renou­ve­lables, dont dif­fé­rents métaux et mine­rais (épui­se­ment que le déploie­ment actuel des infra­struc­tures et des tech­no­lo­gies indus­trielles liées à la pro­duc­tion d’énergies soi-disant vertes ne fait et ne va faire qu’accélérer[36]) ; les épi­dé­mies de mala­dies dites de civi­li­sa­tion (dia­bètes, asthme, aller­gies, mala­dies car­dio-vas­cu­laires, can­cer, obé­si­té, schi­zo­phré­nie, troubles men­taux en tous genres, angoisses, stress, dépres­sion et désor­mais, même, la soli­tude : « 66% des moins de 35 ans déclarent se sen­tir seuls, soit deux per­sonnes sur trois »), qui témoignent d’un mal-être géné­ra­li­sé et engendrent une consom­ma­tion record de psy­cho­tropes, ain­si qu’un récent article de France Inter le rap­porte : « Inten­si­fi­ca­tion des condi­tions de tra­vail, iso­le­ment et hyper-dis­po­ni­bi­li­té, 20 mil­lions d’actifs en France (sur 29 mil­lions) consomment des médi­ca­ments psy­cho­tropes légaux ou illé­gaux » ; et ain­si de suite, ad nau­seam.

L’issue hau­te­ment pré­vi­sible de tout ceci est évi­dente : la civi­li­sa­tion indus­trielle, dont pas un seul aspect n’est sou­te­nable, qui n’est plus qu’une insup­por­table fuite en avant incon­trô­lable et incon­trô­lée, en épui­sant, pol­luant et détrui­sant ain­si l’intégralité de la bio­sphère, fini­ra, selon toute pro­ba­bi­li­té, par s’au­to­dé­truire elle-même. Et le plus tôt, le mieux. Car seul son effon­dre­ment, son auto­des­truc­tion (ou sa des­truc­tion), met­tra un terme à la des­truc­tion du monde natu­rel, à l’ex­ter­mi­na­tion des espèces vivantes, à l’a­néan­tis­se­ment des condi­tions bio­sphé­riques ayant per­mis aux nom­breuses espèces com­po­sant actuel­le­ment la toile du vivant (dont l’es­pèce humaine) de pros­pé­rer. Espèces et espaces qui pour­ront ensuite, enfin, com­men­cer à récu­pé­rer.

Une usine où l’on « traite » des pou­lets, en Chine (pho­to : Edward Bur­tyns­ky)

« Je te remer­cie de dire que l’a­ve­nir a besoin de moi ; mais, tel que je me le repré­sente, il n’a pas plus besoin de moi que moi de lui. Si seule­ment j’a­vais la machine à par­cou­rir le temps, ce n’est pas vers l’a­ve­nir que je la tour­ne­rais, c’est vers le pas­sé. Et je ne m’ar­rê­te­rais même pas aux Grecs ; j’i­rais au moins jus­qu’à l’é­poque égéo-cré­toise. Mais cette seule pen­sée me fait l’ef­fet que fait un mirage à un homme per­du dans le désert. Cela me fait soif. Il vaut mieux ne pas y pen­ser, puis­qu’on est enfer­mé dans cette minus­cule pla­nète et qu’elle ne rede­vien­dra grande, féconde et variée, comme elle le fut autre­fois, que long­temps après nous — si jamais elle le rede­vient. »

— Simone Weil, lettre de février 1940 à son frère André

La des­truc­tion de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui est une tor­ture pour la plu­part, sinon pour la tota­li­té de ses propres membres, ain­si que pour toutes les espèces vivantes et pour le monde natu­rel en géné­ral, devrait être consi­dé­rée comme une chose hau­te­ment sou­hai­table. Ain­si que le for­mule Oli­vier Rey dans son livre Une ques­tion de taille, « la pers­pec­tive de reve­nir à des modes de vie plus sobres, com­pa­rables à ceux qu’a connus l’humanité depuis ses ori­gines et jusqu’à une date très récente, n’a rien d’effrayant. » À sup­po­ser, bien sûr, « que la nature puisse en par­tie récu­pé­rer des ravages » que lui inflige la civi­li­sa­tion indus­trielle. C’est-à-dire, pour reprendre la for­mu­la­tion d’un autre mathé­ma­ti­cien, moins aca­dé­mique (Theo­dore Kac­zyns­ki), à sup­po­ser que l’ef­fon­dre­ment advienne au plus tôt, afin que « le déve­lop­pe­ment du sys­tème-monde tech­no­lo­gique » ne se pour­suive pas « sans entrave jusqu’à sa conclu­sion logique », qui est, « selon toute pro­ba­bi­li­té », que « de la Terre il ne res­te­ra qu’un caillou déso­lé  —  une pla­nète sans vie, à l’exception, peut-être, d’organismes par­mi les plus simples  —  cer­taines bac­té­ries, algues, etc. —  capables de sur­vivre dans ces condi­tions extrêmes. »

Et plu­tôt que de l’encourager, de l’accepter ou de l’observer pas­si­ve­ment, cha­cun de nous peut, à sa manière et à son échelle, à sa mesure, par­ti­ci­per à l’entrave du « déve­lop­pe­ment du sys­tème-monde tech­no­lo­gique », voire à sa perte.

***

De nom­breux auteurs plus ou moins célèbres, à tra­vers la pla­nète entière, avaient par­fai­te­ment réa­li­sé l’in­sou­te­na­bi­li­té fon­da­men­tale de la civi­li­sa­tion indus­trielle, l’i­né­luc­ta­bi­li­té de son effon­dre­ment, et nous en aver­tis­saient, comme Aldous Hux­ley, en 1928, dans un essai inti­tu­lé “Pro­gress : How the Achie­ve­ments of Civi­li­za­tion Will Even­tual­ly Ban­krupt the Entire World” (en fran­çais : « Le pro­grès : com­ment les accom­plis­se­ments de la civi­li­sa­tion vont rui­ner le monde entier ») :

« La colos­sale expan­sion maté­rielle de ces der­nières années a pour des­tin, selon toute pro­ba­bi­li­té, d’être un phé­no­mène tem­po­raire et tran­si­toire. Nous sommes riches parce que nous vivons sur notre capi­tal. Le char­bon, le pétrole, les phos­phates que nous uti­li­sons de façon si inten­sive ne seront jamais rem­pla­cés. Lorsque les réserves seront épui­sées, les hommes devront faire sans… Cela sera res­sen­ti comme une catas­trophe sans pareille. »

Ou Simone Weil, en 1934, dans son livre Réflexions sur les causes de la liber­té et de l’op­pres­sion sociale :

« Quand le chaos et la des­truc­tion auront atteint la limite à par­tir de laquelle le fonc­tion­ne­ment même de l’or­ga­ni­sa­tion éco­no­mique et sociale sera deve­nu maté­riel­le­ment impos­sible, notre civi­li­sa­tion péri­ra ; et l’hu­ma­ni­té, reve­nue à un niveau de vie plus ou moins pri­mi­tif et à une vie sociale dis­per­sée en des col­lec­ti­vi­tés beau­coup plus petites, repar­ti­ra sur une voie nou­velle qu’il nous est abso­lu­ment impos­sible de pré­voir. »

Ou Pierre Four­nier, en 1969 :

« Pen­dant qu’on nous amuse avec des guerres et des révo­lu­tions qui s’engendrent les unes les autres en répé­tant tou­jours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation tech­no­lo­gique incon­trô­lée, de rendre la terre inha­bi­table, non seule­ment pour lui  mais pour toutes les formes de vie supé­rieures. Le para­dis concen­tra­tion­naire qui s’esquisse et que nous pro­mettent ces cons de tech­no­crates ne ver­ra jamais le jour parce que leur igno­rance et leur mépris des contin­gences bio­lo­giques le tue­ront dans l’œuf. La seule vraie ques­tion qui se pose n’est pas de savoir s’il sera sup­por­table une fois né mais si, oui ou non, son avor­te­ment pro­vo­que­ra notre mort. »

Ou Ber­nard Char­bon­neau, en 1969 éga­le­ment, dans son livre Le jar­din de Baby­lone :

« Si nous n’en­vi­sa­geons pas les effets de la civi­li­sa­tion indus­trielle et urbaine, il faut consi­dé­rer comme pro­bable la fin de la nature, avec pour quelques temps une sur­vie confor­table dans l’or­dure : solide, liquide ou sonique. »

Et depuis le rap­port du Club de Rome en 1972, les aver­tis­se­ments se sont mul­ti­pliés : ce sont désor­mais des uni­ver­si­tés, des uni­ver­si­taires, des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales et des experts en tous genres qui nous aver­tissent (de Joseph Tain­ter à Ugo Bar­di en pas­sant par Pablo Ser­vigne et Raphael Ste­vens, la Banque mon­diale, la NASA et plu­sieurs col­lec­tifs uni­ver­si­taires).

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Il se pour­rait cepen­dant — mais c’est extrê­me­ment impro­bable — que la civi­li­sa­tion indus­trielle ne s’ef­fondre pas, ne s’au­to­dé­truise pas, du moins pas sur le court terme, pas au cours des pro­chaines décen­nies, voire du pro­chain siècle, voire au-delà. Contrai­re­ment à ce que beau­coup espèrent, cela serait tout sauf une bonne chose. Cela signi­fie­rait, selon toute logique, que les humains, phy­si­que­ment et psy­chi­que­ment muti­lés, conti­nue­raient d’être réduits à l’é­tat de rouages impuis­sants de la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle mon­dia­li­sée, de la cyber­so­cié­té pla­né­taire, inhu­maine (anti­so­ciale), auto­ri­taire (mais qui pour­rait bien leur faire croire, au moyen de diverses tech­niques, pro­pa­gande, condi­tion­ne­ment, drogues, qu’ils sont libres et heu­reux) ; cyber­so­cié­té dont le fonc­tion­ne­ment impli­que­ra éga­le­ment le contrôle, la domi­na­tion, l’as­ser­vis­se­ment de la pla­nète entière et de tous ses habi­tants non-humains (du moins, de ceux qui n’au­ront pas été éli­mi­nés). Bien­ve­nue dans le Pan­dé­mo­nium pla­né­taire ultime.

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Si la situa­tion conti­nue inexo­ra­ble­ment d’empirer, c’est aus­si, d’une cer­taine manière, à cause de l’espoir. De l’espoir et des espé­rances illu­soires. L’état des choses a beau se dégra­der de jour en jour, le fonc­tion­ne­ment de la gigan­tesque machine sociale que consti­tue la civi­li­sa­tion indus­trielle a beau avoir depuis long­temps dépas­sé le moment où il était encore pos­sible de la réfor­mer, de la contrô­ler, ils sont nom­breux, à gauche comme à droite, à pro­po­ser des plans dont ils pré­tendent qu’ils pour­raient résoudre simul­ta­né­ment tous les pro­blèmes de notre temps. Et ils sont encore plus nom­breux à se nour­rir de telles ras­su­rances creuses (ouf, heu­reu­se­ment, il est encore pos­sible de sau­ver la situa­tion, de conser­ver l’essentiel du pro­grès tech­nique, du Pro­grès, de la civi­li­sa­tion indus­trielle, et de la rendre démo­cra­tique, et éga­li­taire, et sou­te­nable, il suf­fi­rait de suivre le plan de Nao­mi Klein, d’appliquer les pré­co­ni­sa­tions d’Isabelle Delan­noy, de Bill McKib­ben, de Cyril Dion, de Rob Hop­kins, de Jean-Luc Mélen­chon, de Paul Haw­ken, de Ber­nard Stie­gler, d’Alexandria Oca­sio-Cor­tez, etc.).

Theo­dore Kac­zyns­ki dis­cute de ce phé­no­mène dans son der­nier livre, Anti-Tech Revo­lu­tion, Why and How (« Révo­lu­tion anti-tech­no­lo­gique, pour­quoi et com­ment ») :

« Aujourd’hui encore, des per­sonnes dont on aurait espé­ré mieux conti­nuent d’ignorer le fait que le déve­lop­pe­ment des socié­tés [com­plexes] ne peut jamais être contrô­lé ration­nel­le­ment. Ain­si voyons-nous sou­vent des tech­no­philes décla­rer des choses aus­si absurdes que : “L’humanité est en charge de son propre des­tin” ; “[nous allons] prendre en charge notre évo­lu­tion” ; ou “les gens [vont] par­ve­nir à contrô­ler les pro­ces­sus évo­lu­tion­naires”. Les tech­no­philes veulent “gui­der la recherche afin que la tech­no­lo­gie amé­liore la socié­té”, ils ont créé une “uni­ver­si­té de la Sin­gu­la­ri­té” et un “ins­ti­tut de la Sin­gu­la­ri­té”, cen­sés “déter­mi­ner les avan­cées et aider la socié­té à gérer les rami­fi­ca­tions” du pro­grès tech­no­lo­gique, et “garan­tir […] que l’intelligence arti­fi­cielle […] demeure ami­cale” envers les humains.

Bien évi­dem­ment, les tech­no­philes ne par­vien­dront pas à “déter­mi­ner les avan­cées” du pro­grès tech­nique, ni à s’assurer qu’elles “amé­liorent la socié­té” et soient ami­cales envers les humains. Sur le long terme, les avan­cées tech­no­lo­giques seront “déter­mi­nées” par les luttes de pou­voir intes­tines entre les dif­fé­rents groupes qui déve­lop­pe­ront et uti­li­se­ront la tech­no­lo­gie à seule fin d’obtenir plus de pou­voir. […]

Il est peu pro­bable que la majo­ri­té des tech­no­philes croient plei­ne­ment en ces âne­ries de “déter­mi­ner les avan­cées” de la tech­no­lo­gie pour “amé­lio­rer la socié­té”. En pra­tique, l’université de la Sin­gu­la­ri­té sert sur­tout à pro­mou­voir les inté­rêts de ceux qui inves­tissent dans la tech­no­lo­gie, tan­dis que les fan­tasmes concer­nant “l’amélioration de la socié­té” servent à désa­mor­cer la résis­tance du public vis-à-vis des inno­va­tions tech­no­lo­giques extrêmes. Une telle pro­pa­gande n’est effi­cace que parce que le pro­fane est assez naïf pour croire en toutes ces fan­tai­sies.

Quelles que soient les rai­sons der­rière l’ambition des tech­no­philes sou­hai­tant “amé­lio­rer la socié­té”, cer­tains d’entre eux semblent pro­po­ser des choses véri­ta­ble­ment sin­cères. Pour des exemples récents, il faut lire les livres de Jéré­my Rif­kin (2011) et de Bill Ivey (2012). D’autres exemples semblent plus éla­bo­rés que les pro­po­si­tions de Rif­kin et Ivey mais sont tout aus­si impos­sibles à mettre en pra­tique. Dans un livre publié en 2011, Nico­las Ash­ford et Ralph P. Hall “offrent une approche uni­fiée et trans­dis­ci­pli­naire de la manière dont on pour­rait par­ve­nir à un mode de déve­lop­pe­ment durable dans les nations indus­tria­li­sées. […] Les auteurs pro­meuvent la concep­tion de solu­tions mul­ti­fonc­tion­nelles au défi de la sou­te­na­bi­li­té, inté­grant l’économie, l’emploi, la tech­no­lo­gie, l’environnement, le déve­lop­pe­ment indus­triel, les règles juri­diques natio­nales et inter­na­tio­nales, le com­merce, la finance, et la san­té et la sécu­ri­té publique et des tra­vailleurs.” Ash­ford et Hall ne pro­posent pas cela comme une abs­trac­tion type Répu­blique de Pla­ton ou Uto­pie de Tho­mas Moore ; ils croient véri­ta­ble­ment pro­po­ser un pro­gramme pra­tique.

Pour prendre un autre exemple, Nao­mi Klein (2011) pro­pose une “pla­ni­fi­ca­tion” mas­sive, éla­bo­rée, mon­diale, cen­sée per­mettre de jugu­ler le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, régler nombre des autres pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux, nous appor­ter une “véri­table démo­cra­tie”, “domp­ter le monde de l’entreprise”, résoudre le pro­blème du chô­mage, mini­mi­ser le gas­pillage des pays riches tout en aidant les pays pauvres à conti­nuer leur crois­sance éco­no­mique, nour­rir “l’interdépendance plu­tôt que l’hyper-individualisme, la réci­pro­ci­té plu­tôt que la domi­nance et la coopé­ra­tion plu­tôt que la hié­rar­chie”, “tis­ser toutes ces luttes dans un récit cohé­rent concer­nant la manière de pro­té­ger la vie sur terre” et, dans l’ensemble, pro­mou­voir un agen­da “pro­gres­siste” afin de créer “un monde sain et juste”.

L’on est ten­té de se deman­der si tout cela ne consti­tue pas une sorte de blague sophis­ti­quée ; mais non, à l’instar d’Ashford, de Hall, Klein est très sérieuse. Com­ment peuvent-ils croire un ins­tant que les scé­na­rios qu’ils ima­ginent pour­ront se concré­ti­ser dans le monde réel ? Sont-ils tota­le­ment dénués de tout sens pra­tique concer­nant les affaires humaines ? Peut-être. Mais une expli­ca­tion plus réa­liste nous est offerte par Nao­mi Klein elle-même : “Il est tou­jours plus confor­table de nier la réa­li­té que de voir votre vision du monde s’effondrer […]”. La vision du monde de la plu­part des membres de la classe moyenne supé­rieure, qui com­prend la plu­part des intel­lec­tuels, est pro­fon­dé­ment dépen­dante de l’existence d’une socié­té com­plexe et éten­due, minu­tieu­se­ment orga­ni­sée, cultu­rel­le­ment “avan­cée”, carac­té­ri­sée par un haut degré d’ordre social. Pour de tels indi­vi­dus, il serait extrê­me­ment dif­fi­cile, psy­cho­lo­gi­que­ment, de recon­naître que la seule chose pou­vant nous per­mettre d’éviter le désastre qui se pro­file serait un effon­dre­ment total de la socié­té orga­ni­sée, une plon­gée dans le chaos. Ain­si se rac­crochent-ils à n’importe quel pro­gramme, aus­si fan­tai­siste soit-il, qui leur pro­met de pré­ser­ver la socié­té dont dépendent leurs vies et leur vision du monde ; et l’on sus­pecte qu’à leurs yeux, leur vision du monde soit plus impor­tante que leurs propres vies. »

***

Ain­si que l’écrit Oli­vier Rey, à la fin de son livre Une ques­tion de taille :

« On repousse les pro­pos alar­mistes en accu­sant leurs auteurs de jouer les Cas­sandre. Mais la malé­dic­tion qui tou­chait Cas­sandre n’était pas de voir tout en noir, elle était de pré­voir juste sans être jamais être crue – moyen­nant quoi les Troyens firent entrer le che­val de bois dans leur cité. S’il faut se gar­der de céder à la “jouis­sance apo­ca­lyp­tique”, ne pas se com­plaire à énu­mé­rer les maux qui nous frappent ni goû­ter un plai­sir per­vers à annon­cer le pire, la meilleure façon d’honorer le réel n’est pas de le peindre en rose mais de le voir tel qu’il est. »

Les neu­ros­ciences qua­li­fient d’ailleurs de « biais d’optimisme » cette ten­dance à « sur­es­ti­mer la pro­ba­bi­li­té d’un évé­ne­ment posi­tif dans un ave­nir proche et à sous-esti­mer le néga­tif » (Sciences et Ave­nir), qui conduit sou­vent à une éva­lua­tion irréa­liste, illu­soi­re­ment posi­tive du futur. Ain­si que le for­mule la neu­ro­logue Tali Sha­rot : « La croyance que le futur sera mieux que le pas­sé et le pré­sent est qua­li­fiée de biais d’optimisme. Elle touche tout le monde, peu importe la cou­leur de peau, la reli­gion et le sta­tut socioé­co­no­mique. » Bien qu’utile dans cer­tains contextes, ce biais d’optimisme pose pro­blème dans beau­coup d’autres. En effet, les pro­messes d’un ave­nir meilleur, à tra­vers l’histoire, ont été et sont tou­jours uti­li­sées par les reli­gions du Salut, et éga­le­ment désor­mais par les classes diri­geantes d’une manière sécu­lière (mythe du pro­grès, nar­ra­tif hol­ly­woo­dien où le bien finit tou­jours par l’emporter), afin de contrô­ler les popu­la­tions : à par­tir du moment où l’on est per­sua­dé que le bien va triom­pher, que l’on se dirige néces­sai­re­ment vers du mieux, en atten­dant que cela arrive, on est à même de tolé­rer tout et n’importe quoi ; et plus notre situa­tion empire, plus on se rac­croche à cette croyance qui, para­doxa­le­ment, nous per­met ain­si de sup­por­ter l’empirement de l’insupportable.

Le jour­na­liste états-unien Chris Hedges le for­mule ain­si :

« La croyance naïve selon laquelle l’histoire est linéaire et le pro­grès tech­nique tou­jours accom­pa­gné d’un pro­grès moral, est une forme d’aveuglement col­lec­tif. Cette croyance com­pro­met notre capa­ci­té d’action radi­cale et nous berce d’une illu­sion de sécu­ri­té. Ceux qui s’accrochent au mythe du pro­grès humain, qui pensent que le monde se dirige inévi­ta­ble­ment vers un état mora­le­ment et maté­riel­le­ment supé­rieur, sont les cap­tifs du pou­voir. […]

L’aspiration au posi­ti­visme, omni­pré­sente dans notre culture capi­ta­liste, ignore la nature humaine et son his­toire. Cepen­dant, ten­ter de s’y oppo­ser, énon­cer l’évidence, à savoir que les choses empirent et empi­re­ront peut-être bien plus encore pro­chai­ne­ment, c’est se voir exclure du cercle de la pen­sée magique qui carac­té­rise la culture états-unienne et la grande majo­ri­té de la culture occi­den­tale. La gauche est tout aus­si infec­tée par cette manie d’espérer que la droite. Cette manie obs­cur­cit la réa­li­té au moment même où le capi­ta­lisme mon­dial se dés­in­tègre et avec lui l’ensemble des éco­sys­tèmes, nous condam­nant poten­tiel­le­ment tous. »

Un autre phé­no­mène psy­cho­lo­gique influence poten­tiel­le­ment notre accep­ta­tion col­lec­tive de l’empirement glo­bal de la situa­tion : l’a­mné­sie éco­lo­gique ou amné­sie envi­ron­ne­men­tale (liée au concept anglo-amé­ri­cain de shif­ting base­line), qui consiste en une habi­tua­tion pro­gres­sive (inter­gé­né­ra­tion­nelle ou intra­gé­né­ra­tion­nelle) à un pay­sage éco­lo­gique de plus en plus dégra­dé du simple fait que l’on n’en a pas connu d’autre ou que l’on oublie gra­duel­le­ment son état pas­sé. En paral­lèle, on pour­rait évo­quer un phé­no­mène d’amnésie sociale qui cor­res­pon­drait à une habi­tua­tion pro­gres­sive à un milieu social (une socié­té) de plus en plus dégra­dé (qui serait donc de moins en moins social et de plus en plus anti­so­cial), du simple fait que l’on en a pas connu d’autre ou que l’on oublie gra­duel­le­ment son état pas­sé, et que l’on s’ac­cli­mate à sa dété­rio­ra­tion.

De la même manière que les indi­vi­dus « pro­so­ciaux » ne sont pas des malades men­taux à soi­gner mais des per­sonnes saines d’esprit prises au piège dans une culture humaine pro­fon­dé­ment cin­glée, les indi­vi­dus que l’on qua­li­fie par­fois de « catas­tro­phistes » ne sont pas des déran­gés qui ver­raient « tout en noir ». Le monde entier gagne­rait à ce que les euphé­mistes invé­té­rés et autres opti­mistes par déni le recon­naissent, et à ce qu’ils uti­lisent leur éner­gie pour lut­ter contre les désastres socio-éco­lo­giques en cours qui rendent la vie insup­por­table tout en la détrui­sant, plu­tôt que contre ceux qui les exposent et contre le sen­ti­ment de malaise que cela sus­cite chez eux.

Il n’y a qu’en sai­sis­sant plei­ne­ment l’am­pleur et la pro­fon­deur du désastre qu’est la civi­li­sa­tion indus­trielle que l’on peut avoir une chance d’y remé­dier.

Nico­las Casaux

Cor­rec­tion : Lola Bear­zat­to


  1. https://www.scientificamerican.com/article/nice-brains-finish-last/
  2. https://www.scientificamerican.com/article/how-wealth-reduces-compassion/
  3. https://partage-le.com/2017/07/resistance-et-activisme-comprendre-la-depression-grace-a-lecopsychologie-par-will-falk/
  4. http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/apres-un-plateau-de-trois-ans-les-emissions-mondiales-de-co2-repartent-a-la-hausse_5214002_3244.html
  5. http://www.novethic.fr/empreinte-terre/climat/isr-rse/des-emissions-de-co2-en-hausse-jusqu-en-2040-selon-l-aie-145045.html
  6. https://partage-le.com/2017/11/8230/
  7. https://www.arte.tv/fr/videos/069096–000‑A/demain-tous-cretins/
  8. http://www.liberation.fr/sciences/2003/05/15/90-des-gros-poissons-ont-disparu_433629
  9. http://www.sudouest.fr/2015/07/16/environnement-70-des-oiseaux-marins-ont-disparu-en-seulement-60-ans-2025145–6095.php
  10. http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20140930.OBS0670/infographie-52-des-animaux-sauvages-ont-disparu-en-40-ans.html
  11. http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/le-nombre-d-animaux-marins-divise-par-deux-en-40-ans_1716214.html
  12. http://biosphere.ouvaton.org/annee-2012/1814–2012-la-grande-amnesie-ecologique-de-philippe-j-dubois-
  13. https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/rapport-planete-vivante-2016-deux-tiers-des-populations-de-vertebres-pourraient-disparaitre-dici
  14. http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20061102.OBS7880/des-oceans-a-sec-en-2048.html
  15. http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/01/25/01008–20160125ARTFIG00358-en-2050-les-oceans-compteront-plus-de-plastique-que-de-poisson.php
  16. http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/09/01/d‑ici-a-2050-la-quasi-totalite-des-oiseaux-marins-auront-ingere-du-plastique_4741906_3244.html
  17. https://www.theguardian.com/sustainable-business/50m-tonnes-ewaste-designers-manufacturers-recyclers-electronic-junk
  18. https://www.theguardian.com/environment/2015/may/12/up-to-90-of-worlds-electronic-waste-is-illegally-dumped-says-un
  19. https://www.theguardian.com/environment/2010/feb/22/electronic-waste
  20. https://www.theguardian.com/global-development/2017/mar/12/slavery-sicily-farming-raped-beaten-exploited-romanian-women?CMP=Share_iOSApp_Other
  21. https://www.nytimes.com/2017/04/11/world/europe/a‑womans-death-sorting-grapes-exposes-italys-slavery.html?_r=0
  22. https://www.youtube.com/watch?v=F3vlJfePPec
  23. https://www.youtube.com/watch?v=POY0Z6wiBIQ
  24. https://www.youtube.com/watch?v=Pq6GMEqKrpY
  25. https://www.youtube.com/watch?v=0_NBRxDRD4o
  26. https://www.youtube.com/watch?v=WxPFdegA6T8
  27. https://www.youtube.com/watch?v=0VqW8hHZZ_M
  28. https://www.youtube.com/watch?v=asxWOMuRHH4
  29. http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2008/08/20/guiyu-champion-mondial-toxicite
  30. https://www.youtube.com/watch?v=MYzf6idjmik
  31. https://partage-le.com/2016/05/quels-sont-les-couts-humains-et-environnementaux-des-nouvelles-technologies-par-richard-maxwell-toby-miller/
  32. https://www.youtube.com/watch?v=J3PQlGCKh6A
  33. https://www.youtube.com/watch?v=g6-WYb3Bidc
  34. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/australie-la-grande-barriere-de-corail-plus-que-jamais-menacee_108484
  35. https://www.youtube.com/watch?v=P9OGRMzQA4A
  36. https://partage-le.com/2017/07/letrange-logique-derriere-la-quete-denergies-renouvelables-par-nicolas-casaux/
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Comments to: Voyons-nous « les choses en noir » ou sont-ils incapables de regarder l’horreur en face ? (par Nicolas Casaux)
  • 2 décembre 2017

    Mer­ci

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  • 2 décembre 2017

    Excellent article, bien vu.

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  • 5 décembre 2017

    Tout est juste ici…

    Le plus tôt sera le mieux, mais il fau­dra que le dra­gon remue la queue… car tant que la pla­nète ne remue­ra pas la queue pour nous envoyer dans les cordes, toute catas­trophe mineure ne sera qu’op­por­tu­ni­tés pour les dévo­reurs de vie.

    Car un des aspects psy­cho­lo­gique majeur de la course au désastre est bien celui de la conser­va­tion des acquis par ceux qui sont insé­rés dans une pyra­mide quel­conque.

    Mer­ci pour cet article.

    Reply
  • 5 décembre 2017

    Mer­ci pour cet article.
    Mal­heu­reu­se­ment, la plu­part des « opti­mistes » pas­se­ront leur che­min et conti­nue­ront à faire comme si rien ne se pas­sait. :-/

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  • […] Voyons-nous « les choses en noir » ou sont-ils inca­pables de regar­der l’horreur en face ? […]

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  • […] Voyons-nous « les choses en noir » ou sont-ils inca­pables de regar­der l’horreur en face ? […]

    Reply
  • […] Oui c’est sans doute pire. Depuis 17 ans, depuis que je suis tom­bé malade, je vis dans la pré­ca­ri­té. J’ai appris à faire beau­coup sans et en fait même si ce n’est ni volon­taire ni agréable, même si je ne suis pas par­ti en vacance depuis 16 ans, même si je ne par­ti­cipe à aucune de vos réjouis­sances ritua­li­sées, Noël, Jour de l’an, vacance d’été, Pâques, que sais-je, je suis contant de connaitre ça, moi je suis prêt à ce qui va suivre. Ca n’a pas tou­jours été le cas. Quand je me suis retrou­vé à la rue la pre­mière fois j’étais ter­ro­ri­sé à l’idée de som­brer, et pour­tant j’ai sur­vé­cu et aujourd’hui je n’y suis plus. J’ai décou­vert que j’avais infi­ni­ment plus de res­sources que je ne le croyais, voir que tous ceux qui au cours de ma vie ont vou­lu me faire mon édu­ca­tion. En fait en ce moment je me sens comme quelqu’un qui aurait vu deux fois la Seconde Guerre Mon­diale, assis­té deux fois au pro­cès de Nurem­berg et qui à la veille de la vivre une troi­sième enten­drait des gens dire « plus jamais ça ».  L’autre jour, fait raris­sime j’ai vou­lu regar­der la télé, n’importe quoi comme fond sonore pen­dant que je cui­si­nais. Je me retrou­vais devant une émis­sion de consom­ma­tion, info­mer­ciale dégui­sé en repor­tage sur les « fous de Noël » où un ani­ma­teur expli­quait que c’était de plus en plus ten­dance de dépen­ser des for­tunes pour déco­rer cette pitoyable fête. Et de nous faire part de deux alié­nés, l’une visi­ble­ment nan­tis qui se pro­po­sait de s’offrir un coni­fère de deux mètres le temps de cette farce, car après tout les arbres sont des objets jetables, et un autre, simple employé, qui chaque année dépense des mon­tagnes d’argent pour illu­mi­ner sa baraque d’un fes­ti­val son et lumière, comme aux Etats-Unis où ce gâchis for­mi­dable d’énergie et d’argent est éga­le­ment une tra­di­tion. Comme toutes ces émis­sions celle-ci n’avait qu’un but, mettre dans la tête des gens  l’achat indis­pen­sable de déco­ra­tion pas moins indis­pen­sable à un évé­ne­ment sacré (chaque année de ter­ribles dis­putes pour savoir si crèche ou pas en rai­son de la loi de 1905) tout en met­tant en lumière des com­por­te­ments déviants à seul fin que le consom­ma­teur puisse se dire « ah non moi je ne suis pas comme ça, je n’achèterais que cinq guir­landes au lieu de dix ». Mais ce que j’ai rete­nu c’est que pas une seule seconde quelqu’un se scan­da­lise qu’on coupe des arbres dans le seul but de les voir cre­ver dans son salon sous des tonnes de salo­pe­ries à base d’énergie fos­sile. Et que comme chaque année mon quar­tier va se retrou­ver avec des arbres morts sur le trot­toir. Parce que c’est cen­sé être la fête des enfants, qu’il faut enchan­ter nos petits, les faire rêver comme il sied au temps de l’enfance. Après tout c’est pas tous les jours qu’un enfant occi­den­tal peut man­ger à sa faim, tra­ver­ser une rue sans être bom­bar­dé, avoir de l’eau potable ou chier dans cette même eau. C’est pas tous les jours qu’ils peuvent s’acheter 50 jeux vidéo ou pou­pée Star War ou pas­ser 8h devant un écran. Il est nor­mal donc que Noël leur soit consa­cré, impor­tant de res­pec­ter des tra­di­tions idiotes au sujet de super­sti­tions pas moins absurdes car après tout c’est le moment sacré que toute la socié­té de consom­ma­tion attend, l’orgie géné­ra­li­sée et auto­ri­sée, mieux, ins­ti­tu­tion­na­li­sée. Au fait est-ce que quelqu’un s’est amu­sé à cal­cu­ler le bilan car­bone d’un Noël moyen en occi­dent ?  Allez, puisque c’est la sai­son je vais vous faire un cadeau, je vous pré­vient c’est très long, très dépri­mant et si vous n’êtes pas convain­cu par la catas­trophe en cours vous ne le lirez sim­ple­ment pas, mais ça me semble plus utile de lire ça que la der­nière recette ten­dance pour la dinde « éco­res­pon­sable », bonne lec­ture : https://partage-le.com/2017/12/8414/ […]

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  • […] en noir » ou sont-ils inca­pables de regar­der l’horreur en face ? : https://partage-le.com/2017/12/8414/ […]

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  • […] Les enfants trans­genres (docu­men­taire) & quelques remarques sur le trans­hu­ma­nisme (par Nico­las Casaux) – Le Par­tage dans Voyons-nous « les choses en noir » ou sont-ils inca­pables de regar­der l’… […]

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  • […] LePar­tage dans Voyons-nous « les choses en noir » ou sont-ils inca­pables de regar­der l’… […]

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  • 28 janvier 2018
  • 30 janvier 2018

    Quand on sait,je viens de le veri­fier que des adultes se croyant infor­més refusent de lire des docu­ments et ecrits comme ici au nom de leurs cer­ti­tudes qui ne souffrent aucune infor­ma­tion contraire au nom de la sécu­ri­té men­tale que leur per­met leur igno­rence volon­taire.

    Reply
  • 14 janvier 2019

    Article magis­tral, un chef d’œuvre. Qui donne envie de hur­ler et pleu­rer, mais c’est peut-être néces­saire. Mer­ci Nico­las Casaux !

    Reply
    • 14 juin 2019

      Le pas­sage avec les pro­pos de Will Talk m’a soulagé…je me sens moins seule et folle.
      Mer­ci pour cet article très com­plet…

      Reply
  • 22 janvier 2019

    great luci­di­ty, enlight­ning, thank you !

    Reply
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