Il y a quelques jours, j’ai regar­dé une vidéo[1] d’une dis­cus­sion entre plu­sieurs jeunes figures de l’écologie rela­ti­ve­ment grand public, inti­tu­lée « Face à l’ef­fon­dre­ment, conti­nuer à se battre ? ». Par­mi les inter­ve­nants qui pre­naient part à cette dis­cus­sion, on retrou­vait Nico­las Hae­rin­ger, qui tra­vaille pour la branche fran­çaise de l’ONG inter­na­tio­nale 350.org.

Ain­si que le sug­gère le titre de la vidéo, leur dis­cus­sion tour­nait autour de l’effondrement à venir de la civi­li­sa­tion indus­trielle, sujet — rela­ti­ve­ment — popu­la­ri­sé par le livre Com­ment tout peut s’effondrer de Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens.

Dans cet ouvrage, les deux auteurs exposent en quoi la civi­li­sa­tion indus­trielle mon­dia­li­sée, loin d’être une aven­ture pleine d’avenir, est vouée à s’autodétruire à court terme, dans les pro­chaines décen­nies. Et ce, pour de mul­tiples rai­sons — pêle-mêle : la fini­tude des com­bus­tibles fos­siles, des mine­rais et des métaux et des mul­tiples res­sources actuel­le­ment sur­ex­ploi­tées par les nom­breuses indus­tries qui com­posent la socié­té indus­trielle, les consé­quences du réchauf­fe­ment cli­ma­tique lié aux émis­sions de gaz à effet de serre par l’industrie qui sur­ex­ploite les éner­gies fos­siles, les innom­brables pol­lu­tions et des­truc­tions des milieux natu­rels liées au déve­lop­pe­ment de la socié­té indus­trielle, les insta­bi­li­tés poli­tiques qui découlent et décou­le­ront des pro­blèmes pré­cé­dem­ment cités…

Le livre de Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens sti­pule que les éner­gies renou­ve­lables ne sont en rien une solu­tion, qu’elles reposent éga­le­ment sur un extrac­ti­visme insou­te­nable. On peut ajou­ter à cela le livre plus récent de Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, qui expose en quoi leur déve­lop­pe­ment pré­ci­pite de nom­breuses catas­trophes éco­lo­giques à tra­vers le globe (dont celles liées aux extrac­tions de terres rares en Chine), et en quoi toutes les hautes tech­no­lo­gies dépendent de catas­trophes éco­lo­giques pla­né­taires (extrac­tion du col­tan, du cobalt, etc., en Afrique et ailleurs). Et celui de Phi­lippe Bihouix, L’âge des low tech, qui expose éga­le­ment le mythe de la crois­sance verte et ses consé­quences éco­lo­gi­que­ment désas­treuses. Ces trois livres pro­posent une cri­tique par­tielle du mythe des éner­gies renou­ve­lables comme solu­tion aux pro­blèmes aux­quels la socié­té indus­trielle est confron­tée.

Une éva­lua­tion plus com­plète pren­drait en compte le carac­tère anti­dé­mo­cra­tique des états modernes. Elle rap­pel­le­rait que toutes les hautes tech­no­lo­gies sont les pro­duits de ces socié­tés auto­ri­taires (ou de cette socié­té auto­ri­taire mon­dia­li­sée, puisque tous les États par­ti­cipent désor­mais d’un sys­tème éco­no­mique glo­bal). Qu’il en va ain­si des tech­no­lo­gies dites « renou­ve­lables » (qui font par­tie des hautes tech­no­lo­gies), qu’en plus de cela la pro­duc­tion d’électricité (toutes ori­gines confon­dues, soi-disant verte ou offi­ciel­le­ment pas verte du tout) ne sert qu’à ali­men­ter en éner­gie une socié­té dont tous les autres aspects sont éga­le­ment anti-éco­lo­giques : même si l’énergie verte était vrai­ment verte, son uti­li­sa­tion, elle, ne l’est jamais : rechar­ger un télé­phone por­table, regar­der la télé­vi­sion ou rou­ler dans une voi­ture grâce à une éner­gie hypo­thé­ti­que­ment verte n’a rien d’écologique ; quid de la fabri­ca­tion de la télé­vi­sion, de la voi­ture, des routes, etc. ?

Mais reve­nons-en à la dis­cus­sion pré­cé­dem­ment men­tion­née. Les dif­fé­rentes ana­lyses des par­ti­ci­pants pré­sen­taient plu­sieurs points com­muns. Tout d’abord, leur cri­tique sociale était très limi­tée. Les notions d’esclavage sala­rial ou d’esclavage moderne, le carac­tère anti­dé­mo­cra­tique de la socié­té indus­trielle, son carac­tère intrin­sè­que­ment inéga­li­taire, coer­ci­tif, oppres­sif, ses dyna­miques impé­ria­listes et expan­sion­nistes sécu­laires, etc., n’ont été que peu ou pas men­tion­nés. Par contre, ont été men­tion­nésle fait de faire son savon soi-même, de man­ger bio, de recy­cler, de ne pas man­ger de viande issue d’élevages indus­triels, et tous les autres ava­tars de l’écocitoyenneté.

L’ONG inter­na­tio­nale 350.org, pour laquelle tra­vaille Nico­las Hae­rin­ger, fait la pro­mo­tion de toutes les éner­gies dites « vertes » et milite « pour un ave­nir 100% renou­ve­lable ».

Cela explique sûre­ment pour­quoi Nico­las Hae­rin­ger a évi­té de par­ler de la réa­li­té des éner­gies vertes, quand bien même un autre par­ti­ci­pant, Mathieu Dumé­ry (le « Pro­fes­seur feuillage » de la web-série éco­lo épo­nyme), sou­li­gnait timi­de­ment leur carac­tère dou­teux. Cela explique aus­si pour­quoi Nico­las Hae­rin­ger ne s’est pas épan­ché sur le sujet de l’effondrement — ce concept basé sur le livre de Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens, qui expose assez clai­re­ment le mythe des éner­gies renou­ve­lables. Or, par­ti­ci­per à une dis­cus­sion sur le thème de l’effondrement, tan­dis qu’on tra­vaille pour une ONG dont la prin­ci­pale acti­vi­té consiste à pro­mou­voir les illu­sions renou­ve­lables dans le monde entier, une ONG qui ignore tota­le­ment le concept d’effondrement, la réa­li­té de l’insoutenabilité com­plète de la socié­té indus­trielle, c’est pour le moins éton­nant.

***

La colonisation du continent africain

Chan­ge­ment de sujet, mais pour mieux y reve­nir. On peut faire remon­ter le début de la colo­ni­sa­tion de l’Afrique par les puis­sances euro­péennes au XVe siècle, avec le début de la traite négrière à des­ti­na­tion de l’Eu­rope. Traite négrière qui a ensuite pris son essor avec la colo­ni­sa­tion de l’Amérique par les Euro­péens, le mas­sacre des Amé­rin­diens, et le besoin d’esclaves (de main d’œuvre) des colons qui s’y éta­blis­saient.

Depuis cette époque, les puis­sances euro­péennes (ces « races supé­rieures ») n’ont eu de cesse de « civi­li­ser » les « sau­vages » et autres « bar­bares » d’Afrique (ces « races infé­rieures »), ain­si que l’expliquait Jules Fer­ry en 1885 : « […] il y a pour les races supé­rieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civi­li­ser les races infé­rieures. »

C’est d’ailleurs en 1885, lors de la Confé­rence de Ber­lin, que l’Afrique a été décou­pée, poli­ti­que­ment, en dif­fé­rents États, selon les ambi­tions hégé­mo­niques des puis­sances euro­péennes et non pas selon les iden­ti­tés et les volon­tés des popu­la­tions locales (ain­si que le sou­ligne Tiken Jah Fako­ly dans sa chan­son « Ils ont par­ta­gé le monde »).

Main dans la main, les puis­sances éta­tiques et les cor­po­ra­tions euro­péennes se sont appro­priées le conti­nent afri­cain. Les nom­breux peuples autoch­tones et leurs dif­fé­rentes cultures ont gra­duel­le­ment été soit déci­més soit incor­po­rés dans les socié­tés (ou la socié­té) que les colons y implan­taient. Et après que la plu­part des socié­tés tra­di­tion­nelles ont été éra­di­quées, et que les Euro­péens ont impo­sé un peu par­tout sur le conti­nent les struc­tures sociales et cultu­relles qu’ils vou­laient, une paro­die de déco­lo­ni­sa­tion a pris place, prin­ci­pa­le­ment au cours du XXe siècle.

En réa­li­té, une forme plus sub­tile et plus insi­dieuse de colo­ni­sa­tion voyait le jour, le néo­co­lo­nia­lisme dont par­lait Kwame Nkru­mah[2]. La France, tout par­ti­cu­liè­re­ment, conti­nuait à gar­der la main sur ses anciennes colo­nies à tra­vers les méca­nismes de la Fran­ça­frique (détaillés dans les tra­vaux de Fran­çois-Xavier Ver­schave, de l’association Sur­vie, etc.).

Aujourd’hui, l’Afrique est tou­jours contrô­lée et pillée par des forces exté­rieures au conti­nent, dont, bien sûr, les puis­sances euro­péennes, aux­quelles s’ajoutent aus­si la Chine, les USA et d’autres États, mais aus­si des mul­ti­na­tio­nales d’un peu par­tout (mais encore et sur­tout des mul­ti­na­tio­nales des pays riches comme Shell, BP, Total, et Arcel­lor­Mit­tal) qui déva­lisent ses res­sources minières, pétro­lières, fores­tières, qui acca­parent ses terres arables, et ain­si de suite. Le tout avec l’aide des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales comme la Banque mon­diale et le FMI, et la com­pli­ci­té des régimes fan­toches du conti­nent. Ce que décrit Tom Bur­gis, jour­na­liste du Finan­cial Times, dans un assez bon livre[3] inti­tu­lé The Loo­ting Machine. War­lords, Tycoons, Smug­glers and the Sys­te­ma­tic Theft of Africa’s Wealth (en fran­çais : La machine à piller. Chefs de guerre, magnats, tra­fi­quants et le vol sys­té­ma­tique des richesses de l’Afrique) paru en 2015.

Ain­si, l’Afrique se trouve aujourd’hui, et peut-être plus que jamais, au cœur des dyna­miques expan­sion­nistes de la civi­li­sa­tion indus­trielle et du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé. La colo­ni­sa­tion ne s’est jamais arrê­tée. La déco­lo­ni­sa­tion est res­tée lettre morte. Elle n’est qu’un concept creux et men­son­ger que bran­dissent ceux qui cherchent à jus­ti­fier et à ratio­na­li­ser la situa­tion actuelle du conti­nent. Ceux qui trouvent tout à fait nor­mal et juste que l’Afrique et tous les Afri­cains aient adop­té un modèle de déve­lop­pe­ment occi­den­tal, qu’ils soient mon­tés dans le mer­veilleux train du « pro­grès », qu’ils aient été « civi­li­sés », divi­sés en États, et tout ce qui s’ensuit. Ceux qui se fichent pas mal que tout ceci soit le résul­tat non pas de la volon­té des peuples d’Afrique mais de celle des puis­sances colo­niales qui ont rava­gé et décou­pé et pillé le conti­nent — et qui conti­nuent.

Énergies renouvelables, greenwashing et nouvelle colonisation « verte »

Ce qui nous ramène au sujet ini­tial de cet article, car c’est ici que le déve­lop­pe­ment des éner­gies renou­ve­lables entre en scène. La colo­ni­sa­tion tou­jours en cours de l’Afrique — l’implantation de la socié­té indus­trielle de consom­ma­tion sur le conti­nent — est désor­mais faci­li­tée par le déploie­ment des éner­gies dites renou­ve­lables qui per­mettent de four­nir du cou­rant assez faci­le­ment, même à des vil­lages per­dus dans la brousse, et donc de les relier au mar­ché, de trans­for­mer leurs habi­tants en consom­ma­teurs.

Et qui se charge d’encourager les Afri­cains à récla­mer le déploie­ment des tech­no­lo­gies « vertes » sur leur ter­ri­toire ? L’ONG inter­na­tio­nale 350.org, à tra­vers une cam­pagne d’un cynisme répu­gnant, inti­tu­lée « DeCOA­Lo­nise Afri­ca[4] » (en fran­çais : « Déco­lo­ni­ser l’Afrique », sauf que l’expression anglaise joue sur le fait que « coal » en anglais signi­fie « char­bon », c’est-à-dire qu’en plus de « Déco­lo­ni­ser l’Afrique », ils entendent « Déchar­bo­ni­ser l’Afrique »).

À tra­vers cette cam­pagne, l’ONG 350.org sug­gère que le « déve­lop­pe­ment » de l’Afrique (à la sauce occi­den­tale, comme par­tout) doit conti­nuer — ce n’est même pas dis­cu­té, il s’agit pour eux d’une évi­dence — mais qu’il doit doré­na­vant se baser sur nos chères illu­sions vertes, et non pas sur le vilain char­bon et sur les éner­gies fos­siles qui étaient pol­luantes, mau­vaises pour l’environnement (ce qu’elles sont évi­dem­ment, mais ce que sont aus­si les éner­gies dites « renou­ve­lables », au même titre que tout ce qui consti­tue le « déve­lop­pe­ment », cette « croyance occi­den­tale » qui n’est pas « autre chose que l’extension pla­né­taire du sys­tème de mar­ché », comme l’explique Gil­bert Rist[5]).

Sur le site offi­ciel de la cam­pagne, on peut lire :

« À la manière du ”Par­tage de l’Afrique”, le déve­lop­pe­ment du char­bon et des éner­gies fos­siles en Afrique est une nou­velle vague de colo­ni­sa­tion entre­pre­neu­riale qui pro­fite aux cor­po­ra­tions et aux super-riches. Toute nou­velle cen­trale au char­bon engen­dre­ra des coûts immenses : des des­truc­tions envi­ron­ne­men­tales locales, des impacts sur la san­té des habi­tants, et une inten­si­fi­ca­tion du rythme et des impacts du chan­ge­ment cli­ma­tique. »

Ce qui est exact. Même si c’est un peu tard pour se sou­cier des impacts des indus­tries fos­siles sur l’Afrique étant don­né que cela fait des décen­nies que les mul­ti­na­tio­nales de ce sec­teur pillent et ravagent le conti­nent. Mais mieux vaut tard que jamais, pour­rait-on croire.

Seule­ment, cette lutte contre le déve­lop­pe­ment du char­bon et des éner­gies fos­siles n’en est pas vrai­ment une, dans les faits, elle cor­res­pond plu­tôt à un sou­tien au déve­lop­pe­ment des éner­gies dites « vertes » dans l’es­poir (absurde) que l’Afrique atteigne le fameux « 100% renou­ve­lables » que nous pro­mettent tous les apôtres du ver­dis­se­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle.

350.org est une ONG inter­na­tio­nale qui a été créée de toutes pièces grâce à l’argent des Rocke­fel­ler (plus pré­ci­sé­ment, grâce à l’argent du Rocke­fel­ler Bro­thers Fund), ces chers phi­lan­thropes. Son finan­ce­ment dépend aujourd’hui majo­ri­tai­re­ment de fon­da­tions pri­vées[6], dont la Cli­ma­te­Works Foun­da­tion, une fon­da­tion qui regroupe, entre autres, la David and Lucile Packard Foun­da­tion, la William and Flo­ra Hew­lett Foun­da­tion (HP, ça vous dit quelque chose ? Hew­lett-Packard, une des prin­ci­pales mul­ti­na­tio­nales de l’informatique) et la Ford Foun­da­tion (Ford, tout le monde connaît) ; et le Clowes Fund, Inc., lié à la Eli Lil­ly and Com­pa­ny, une immense mul­ti­na­tio­nale de l’industrie phar­ma­ceu­tique (le Pro­zac, c’est elle), 10e groupe phar­ma­ceu­tique mon­dial par son chiffre d’af­faires ; et la Sili­con Val­ley Com­mu­ni­ty Foun­da­tion, dont les membres du conseil d’administration tra­vaillent chez Micro­soft, eBay, Elec­tro­nic Arts, etc. ; et le New Ven­ture Fund, une fon­da­tion finan­cée, entre autres, par la Rocke­fel­ler Foun­da­tion, par la fon­da­tion de Bill & Melin­da Gates, par la Ikea Foun­da­tion, etc. ; et la Over­brook Foun­da­tion, créée et encore diri­gée par la famille Alt­schul, dont l’actuel pré­sident, Arthur Alt­schul Jr., a tra­vaillé, comme son père avant lui, pour Gold­man Sachs, et pour un paquet de mul­ti­na­tio­nales amé­ri­caines dans le sec­teur de l’industrie phar­ma­ceu­tique, de la banque, etc. ; et la Tides Foun­da­tion, qui reçoit de l’argent de War­ren Buf­fett, un des hommes les plus riches du monde, qui pos­sède des inves­tis­se­ments dans à peu près toutes les indus­tries du monde, et aus­si de George Soros, un autre mil­liar­daire amé­ri­cain ; et de bien d’autres fon­da­tions liées à bien d’autres indus­tries et à bien d’autres magnats de la finance.

Si tous ces admi­rables phi­lan­thropes — qui font par­tie des « super-riches » que dénonce la cam­pagne de 350.org — financent direc­te­ment ou indi­rec­te­ment cette ONG, c’est parce que son acti­vi­té ne menace en rien leurs acti­vi­tés. En effet, nombre d’entre eux inves­tissent d’ores et déjà dans les indus­tries du solaire, de l’éolien, et dans toutes les indus­tries des illu­sions vertes (en Afrique, de nom­breuses cen­trales solaires sont construites par Vin­ci, Total, etc., les « renou­ve­lables » sont une affaire juteuse pour les grands groupes indus­triels, ou pour de nou­veaux groupes indus­triels), et tous tire­ront pro­fit de la conti­nua­tion du « déve­lop­pe­ment » de l’Afrique — qui cor­res­pond, rap­pe­lons-le encore, à l’intégration de toute l’Afrique dans la civi­li­sa­tion indus­trielle pla­né­taire, celle-là même qui est vouée à s’effondrer dans un futur rela­ti­ve­ment proche du fait de son insou­te­na­bi­li­té com­plète.

Mais en atten­dant, ce qui se déroule actuel­le­ment en Afrique, et ce que les éner­gies dites « renou­ve­lables » servent désor­mais à appuyer — encore une fois, non pas à la place des éner­gies fos­siles mais en plus — relève tou­jours de la colo­ni­sa­tion, bien que la nov­langue civi­li­sée pré­fère par­ler de « déve­lop­pe­ment[7] ».

C’est-à-dire que sous cou­vert d’un ima­gi­naire de « déco­lo­ni­sa­tion » men­son­ger, l’ONG 350.org encou­rage la conti­nua­tion de la colo­ni­sa­tion du conti­nent afri­cain. Une véri­table déco­lo­ni­sa­tion impli­que­rait le départ des mul­ti­na­tio­nales de tous les sec­teurs (pas seule­ment de celles du sec­teur des indus­tries fos­siles), l’arrêt du pillage de l’Afrique par les puis­sances cor­po­ra­tistes et éta­tiques, la réap­pro­pria­tion par les Afri­cains des terres qui sont les leurs afin qu’ils recouvrent leur auto­suf­fi­sance, à tra­vers une véri­table sou­ve­rai­ne­té, indi­vi­duelle et com­mu­nau­taire — ce que beau­coup réclament[8].

Mais, bien sûr, les ultra-riches capi­ta­listes qui financent 350.org ne veulent pas de cette déco­lo­ni­sa­tion-là. Celle qu’ils pro­meuvent, qui n’est en réa­li­té qu’une conti­nua­tion de la colo­ni­sa­tion, mais défen­due par de nou­veaux argu­ments « renou­ve­lables » et « verts », leur per­met et leur per­met­tra d’engranger tou­jours plus de pro­fits. En appor­tant l’électricité ici et là en Afrique, grâce aux éner­gies pas vertes comme grâce aux tech­no­lo­gies « vertes » (éoliennes, pan­neaux solaires, etc.), qui sont plus simples à implan­ter, ils per­mettent à des Afri­cains d’acheter les appa­reils qui vont avec, smart­phones, télé­vi­sions, lec­teurs DVD, de déve­lop­per des pra­tiques et toutes sortes d’activités indus­trielles et mar­chandes, etc[9] — « l’extension pla­né­taire du sys­tème de mar­ché » dont parle Gil­bert Rist.

Dans sa série d’articles inti­tu­lée « Tra­ver­sée d’une Afrique bien­tôt élec­trique », que j’examine dans cet autre article[10], le jour­nal capi­ta­liste le plus connu de France, Le Monde, expose cela de manière on ne peut plus signi­fi­ca­tive. Par exemple, en rap­por­tant les pro­pos d’un cer­tain William Kebet : « Quand nous connec­tons des clients au mini-réseau, nous leur pro­po­sons d’acheter des appa­reils ména­gers : télé, fri­go, micro-ondes, explique Ander­son. Nous vou­lons qu’ils s’habituent à uti­li­ser l’électricité avec des outils modernes. Plus ils en consomment, plus nous aug­men­tons notre béné­fice. » Ou encore ces pro­pos d’un autre pro­ta­go­niste : « De plus en plus de gens veulent la lumière, la musique, les films. Ils découvrent les avan­tages de l’électricité, les rêves qu’elle porte. […] Désor­mais on peut regar­der les nou­velles tous les jours à la télé. »

Dans un article de la BBC inti­tu­lé TV from the sun : « Now I am connec­ted to the whole world » (en fran­çais : Télé­vi­sion solaire : « Main­te­nant, je suis connec­té au monde entier »), on apprend que des mil­liers de foyers afri­cains, non connec­tés au réseau élec­trique, notam­ment au Kenya, peuvent désor­mais quand même regar­der la télé­vi­sion grâce à un kit solaire ven­du par la marque Azu­ri, com­pre­nant une antenne satel­lite qui leur per­met d’ac­cé­der à un bou­quet de 50 chaînes ! N’est-ce pas mer­veilleux ? C’est en cela que les pan­neaux solaires pho­to­vol­taïques per­mettent plus sim­ple­ment de tous nous trans­for­mer en consom­ma­teurs de hautes tech­no­lo­gies : pas besoin de réseau élec­trique et de toutes ses infra­struc­tures (câbles, pylônes, etc.).

Et dans un récent article du Monde diplo­ma­tique inti­tu­lé « Batailles com­mer­ciales pour éclai­rer l’Afrique[11] », dont le sous-titre lit : « Fermes éoliennes, bar­rages, cen­trales solaires, géo­ther­miques ou nucléaires… Le mar­ché de l’énergie se déve­loppe sur tout le conti­nent noir, sus­ci­tant la convoi­tise des géants mon­diaux de l’électricité, mais aus­si de cer­taines entre­prises afri­caines », Auré­lien Ber­nier écrit :

« On ne compte plus les ini­tia­tives des­ti­nées à ali­men­ter l’Afrique en élec­tri­ci­té. En 2012, les Nations unies inau­gurent le dis­po­si­tif Éner­gie durable pour tous, qui vise à four­nir, d’ici à 2030, un accès uni­ver­sel aux sources modernes de cou­rant, avec une prio­ri­té natu­rel­le­ment don­née à l’Afrique. En juillet 2013, c’est au tour du pré­sident amé­ri­cain Barack Oba­ma de lan­cer, lors d’un voyage en Tan­za­nie, le plan Power Afri­ca (Éner­gie pour l’Afrique), en par­te­na­riat avec la Banque afri­caine de déve­lop­pe­ment (BAD) et la Banque mon­diale. Ce pro­gramme pilo­té par l’Agence des États-Unis pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal (Usaid) pro­pose une exper­tise tech­nique et juri­dique, des prêts et des outils finan­ciers pour déve­lop­per des pro­jets durables… par le biais d’entreprises amé­ri­caines. En octobre 2015, à la veille de la confé­rence de Paris sur le cli­mat (COP21), le groupe des Vingt (G20) orga­nise sa toute pre­mière réunion des ministres concer­nés, qui annoncent un plan d’accès à l’énergie pour l’Afrique sub­sa­ha­rienne. La même année, l’ancien ministre de l’écologie fran­çais Jean-Louis Bor­loo a créé une fon­da­tion, Éner­gies pour l’Afrique, qui vise à « connec­ter 600 mil­lions d’Africains à l’électricité d’ici à 2025 ». De pres­ti­gieux par­te­naires appa­raissent sur son site Inter­net : Viven­di, Car­re­four, JC Decaux, Bouygues, Élec­tri­ci­té de France (EDF), Das­sault, Eif­fage, Engie, Orange, Schnei­der Elec­tric, Total, Veo­lia, Vin­ci… »

Il rap­pelle ensuite que : « Grâce à la délo­ca­li­sa­tion des filières de pro­duc­tion de pan­neaux solaires et d’éoliennes dans les pays où la main‑d’œuvre est bon mar­ché, leurs coûts d’installation sont de plus en plus faibles ». Et cite des pro­pos tenus en 2015 par Thier­no Bocar Tall, qui était alors pré­sident-direc­teur géné­ral de la Socié­té afri­caine des bio­car­bu­rants et des éner­gies renou­ve­lables (Saber) : « Les capi­taux inter­na­tio­naux ont enfin trou­vé une porte à leur mesure pour entrer en Afrique : le déve­lop­pe­ment des éner­gies renou­ve­lables. »

Les Anglais parlent de green­wa­shing (en fran­çais, on parle d’écoblanchiment) lorsqu’une entre­prise tente de se don­ner une image éco­lo­gique et res­pon­sable. C’est en ce sens que les ONG comme 350.org par­ti­cipent au green­wa­shing de la colo­ni­sa­tion (et du « déve­lop­pe­ment » en géné­ral). La nou­velle colo­ni­sa­tion (ou le nou­veau « déve­lop­pe­ment », ces expres­sions sont syno­nymes) est cool, « verte » et « durable », elle pro­met un ave­nir mer­veilleux « 100% renou­ve­lable ».

Fina­le­ment, cette cam­pagne afri­caine de l’ONG 350.org s’inscrit sim­ple­ment dans l’entreprise média­tique mon­diale de pro­mo­tion des illu­sions vertes — en tant que solu­tions à tous nos pro­blèmes, en tant que moyens pour que la civi­li­sa­tion indus­trielle per­dure — et du mythe[12] du « déve­lop­pe­ment durable » plus géné­ra­le­ment.

En plus du désastre éco­lo­gique qu’il consti­tue, le « déve­lop­pe­ment » (durable ou pas, c’est exac­te­ment la même chose) est un eth­no­cide en expan­sion, un pro­jet de des­truc­tion des (der­nières) cultures humaines dif­fé­rentes de la mono­cul­ture domi­nante (celle des smart­phones, des télé­vi­sions, des voi­tures, des Mac­Do, des avions, des anxio­ly­tiques et des anti­dé­pres­seurs, des « mala­dies de civi­li­sa­tion », des burn-out, des inéga­li­tés sociales colos­sales et qui ne cessent de croître, etc.).

En Afrique, les ONG comme 350.org ne sont que de nou­veaux mis­sion­naires « verts » (ou éco-mis­sion­naires) qui conti­nuent le tra­vail de leurs pré­dé­ces­seurs : civi­li­ser les der­niers sau­vages, s’assurer que tous les Afri­cains sont connec­tés à l’économie de mar­ché mon­dia­li­sée afin qu’ils deviennent eux aus­si des consom­ma­teurs. D’aucuns diraient que c’est ce que veulent les Afri­cains. Ce qui est pro­ba­ble­ment vrai, dans une cer­taine mesure. Dans la mesure où après des siècles de colo­nia­lisme, il est atten­du que les colo­ni­sés aient les aspi­ra­tions qu’on leur a incul­quées, qu’ils soient habi­tués au sys­tème colo­nial. Comme nous le sommes en France. Com­bien sont ceux qui réa­lisent que le sala­riat n’est qu’une forme moderne d’esclavage ? Même chose dans tous les autres États — qui sont le résul­tat non pas de pro­ces­sus démo­cra­tiques et de volon­tés popu­laires, mais de l’im­po­si­tion par la vio­lence de la volon­té d’une poi­gnée au plus grand nombre (le pro­duit d’une colo­ni­sa­tion plus ou moins récente). Mal­heu­reu­se­ment, les voix des der­nières popu­la­tions qui ne veulent pas de ce « pro­grès » et de ce « déve­lop­pe­ment » ne sont guère média­ti­sées. Qui s’intéresse à la volon­té et au sort des Pyg­mées des forêts d’Afrique cen­trale, par exemple ?

Qui s’intéresse à ce que nous a dit Ati Qui­gua, membre du peuple des Arhua­cos (qui vit sur le ter­ri­toire que l’on appelle la Colom­bie), lors de la 15ème ses­sion du Forum per­ma­nent de l’ONU sur les ques­tions autoch­tones, à New-York, en 2016 : « Nous nous bat­tons pour ne pas avoir de routes et d’électricité — cette forme d’autodestruction qui est appe­lée “déve­lop­pe­ment” c’est pré­ci­sé­ment ce que nous essayons d’éviter. »

Le conti­nent afri­cain, au contraire de l’Europe, abrite encore des popu­la­tions qui savent vivre sans la machi­ne­rie com­mer­ciale inter­na­tio­nale. Des popu­la­tions qui n’ont pas encore été ren­dues — entiè­re­ment — dépen­dantes ni du sys­tème mar­chand ni des hautes tech­no­lo­gies de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui savent vivre avec leur envi­ron­ne­ment immé­diat, en tirer leur sub­sis­tance quo­ti­dienne, sans le détruire.

Ceux qui pro­meuvent le « déve­lop­pe­ment » (« durable » ou pas, « vert » ou pas, c’est exac­te­ment le même) sont cou­pables de pro­mou­voir la catas­trophe sociale et éco­lo­gique que l’on devrait tous être en mesure de consta­ter.

Nico­las Casaux

***

P.S. : La même chose se pro­duit un peu par­tout dans le monde. Et même en Poly­né­sie. Dans un autre article, j’é­tu­die l’exemple édi­fiant de l’ar­chi­pel des Toke­lau, qui fait par­tie de la Nou­velle-Zélande. Depuis qu’une cen­trale solaire y a été ins­tal­lée, ses habi­tants, qui vivaient encore il n’y a pas si long­temps de manière véri­ta­ble­ment sou­te­nable et saine, sont désor­mais accros à la bière impor­tée, à la télé­vi­sion, surfent sur inter­net à l’aide de leurs tablettes, de leurs smart­phones ou de leurs ordi­na­teurs por­tables, se déplacent en voi­tu­rettes de golf élec­triques, etc. — c’est-à-dire qu’ils ne vivent plus du tout de manière ni saine ni sou­te­nable. Comme beau­coup, ils sont pas­sés d’êtres humains à consom­ma­teurs. Voi­ci leur his­toire :

https://partage-le.com/2016/06/le-desastre-ecologique-renouvelable-des-tokelau/

 


  1. https://youtu.be/AdkX0hQDs74
  2. http://re.ivoire-blog.com/archive/2015/05/19/definition-du-neo-colonialisme-par-nkrumah-kwame-460409.html
  3. https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2015–3‑page-153.htm
  4. https://decoalonise.africa/
  5. Voir ici : http://journals.openedition.org/lectures/11782 et là : https://youtu.be/1VOI3xs7b1c
  6. https://350.org/2016-annual-report/
  7. Pour com­prendre la nature colo­niale du « déve­lop­pe­ment », vous pou­vez lire cet excellent article de Joa­quin Sabat publié sur le jour­nal du Mauss, inti­tu­lé « Le déve­lop­pe­ment est-il colo­nial ? » : http://www.journaldumauss.net/?Le-developpement-est-il-colonial, un article excellent mais trop timide ; il n’ose pas répondre fran­che­ment à la ques­tion alors qu’il démontre pour­tant l’évidence de la réponse : le déve­lop­pe­ment est évi­dem­ment colo­nial, au même titre que la « mis­sion civi­li­sa­trice », et de ses autres appel­la­tions.
  8. Voir les nom­breux articles en fran­çais publiés sur ce sujet par le World Rain­fo­rest Move­ment, le Mou­ve­ment mon­dial pour les forêts tro­pi­cales (une ONG inter­na­tio­nale mais qui n’est pas finan­cée par les super-riches), dont celui-ci, par exemple, inti­tu­lé « Des femmes afri­caines exigent que les entre­prises de pal­mier à huile leur rendent leurs terres et que cesse la vio­lence » : https://wrm.org.uy/fr/actions-et-campagnes/signer-le-petition-des-femmes-africaines-exigent-que-les-entreprises-de-palmier-a-huile-leur-rendent-leurs-terres-et-que-cesse-la-violence/
  9. Pour plus de détails sur ce sujet, voir cet article inti­tu­lé : « L’électrification ou l’expansion de la socié­té indus­trielle de consom­ma­tion : l’exemple de l’Afrique » : https://partage-le.com/2016/12/de-la-bible-a-lelectricite-loccidentalisation-du-monde-lexemple-de-lafrique/
  10. https://partage-le.com/2016/12/de-la-bible-a-lelectricite-loccidentalisation-du-monde-lexemple-de-lafrique/
  11. https://www.monde-diplomatique.fr/2018/02/BERNIER/58354
  12. Voir cet excellent article de Der­rick Jen­sen inti­tu­lé « Le déve­lop­pe­ment durable est un men­songe » : https://partage-le.com/2015/12/le-developpement-durable-est-un-mensonge-par-derrick-jensen/
Vous avez réagi à cet article !
Afficher les commentaires Hide comments
Comments to: 350.org et les énergies « renouvelables » : le greenwashing de la colonisation (par Nicolas Casaux)
  • 3 mars 2018

    Le pro­grès et le déve­lop­pe­ment sont des armes à des­truc­tion mas­sive.

    Reply
  • 4 mars 2018

    J’ai­me­rais croire aux éner­gies renou­ve­lables. J’ai­me­rais envoyer chaque mois quelques sous pour des orga­ni­sa­tions comme 350.org. et me sen­tir utile. J’ai­me­rais me réjouir de l’A­frique « déve­lop­pée », d’être l’o­tage de l’in­dus­trie éolienne qui a com­men­cé de colo­ni­ser mon vil­lage. J’ai­me­rais me sen­tir libre au volant de ma voi­ture élec­trique pour aller cher­cher mon lait au super mar­ché en fai­sant signe aux pro­prié­taires des vaches qui broutent autour de chez moi. Je vou­drais ado­rer pas­ser ma vie entre mon tra­vail sous sur­veillance vidéo et mes loi­sirs dans des salles de sport cli­ma­ti­sées label eco+++. Je vou­drais me réjouir de mou­rir dans ces mai­sons spé­cia­li­sées après avoir sage­ment ser­vi ce sys­tème qui aura dic­té ma vie, cor­rom­pu mes enfants, anéan­tis mon envi­ron­ne­ment, bouf­fé mon temps en échange de sa recon­nais­sance d’a­voir lais­ser faire pour ne pas avoir d’his­toire, d’être la conne qu’il m’a deman­dé d’être, d’a­voir renon­cé à ma vie pour que per­dure l’in­jus­tice, le pro­fit, la domi­na­tion. Te lire Nico­las me redonne ce cou­rage qui par­fois vient à man­quer : dans ma région nous ne sommes pas nom­breux à sen­tir la corde ser­rée autour de notre cou par toutes ces fausses solu­tions, type éner­gies renou­ve­lables, aux­quelles s’ac­crochent nos voi­sins, nos amis même par­fois, repar­tis de plus belle der­rière ces illu­sions avec le sen­ti­ment de faire la révo­lu­tion verte… Ce ne sera pas facile de les arrê­ter, ils sont tel­le­ment sûrs d’être en guerre contre le sys­tème ! Le green­wa­shing a eu rai­son de leur cer­veau aus­si.

    Reply
    • 17 mars 2018

      Très beau com­men­taire.
      Ça fait plai­sir de voir que je ne suis pas seul à res­sen­tir l’a­lié­na­tion constante de cet culture mor­ti­fère.
      Mer­ci pour ça.
      Sim­ple­ment.

      Reply
  • 13 mars 2018

    Atten­tion aux détails.

    1 — le mythe des éner­gies vertes — le contexte.

    Je com­prends bien cette expres­sion car elle est par­tiel­le­ment juste. Si on demande à notre socié­té mar­chande de faire de l’éner­gie verte, on obtient évi­de­ment un résul­tat faus­se­ment vert. Le mode de fonc­tion­ne­ment du sys­tème capi­ta­liste signi­fie ren­de­ment de la rente, pro­pa­gande, coer­ci­tion et men­songe etc .. Le ‘vert’ est cos­mé­tique par sys­té­misme ‘natu­rel’.
    Mais si on était dans un sys­tème démo­cra­tique où les gens peuvent choi­sir et faire ce qu’il convient pour une éco­no­mie viable, verte, … les obs­tacles seront tout autre. Et, peut-être, est-ce pos­sible. Per­sonne ne peut pré­ju­ger des choix démo­cra­tiques éclai­rés.

    2 — le mythe des éner­gies vertes — les res­sources

    L’exemple usuel est l’u­sage de métaux rares. Concer­nant le PV, c’est mani­feste, sauf qu’il est pos­sible de faire du PV sans pro­duits rares … le ren­de­ment est faible mais le soleil est gra­tuit…

    concer­nant l’éo­lien c’est encore plus évident. La pré­sence de puis­sants aimants per­ma­nents néces­site des métaux rares.
    Ici aus­si, c’est un choix. Il existe des éoliennes SANS aimants.
    Alors il res­te­ra éven­tuel­le­ment quelques nano­grammes de métaux rares dans les régu­la­teurs.. On change d’é­chelle..
    Il y a peut-être des solu­tions, QUI les recherchent ?
    Bref, les argu­ments res­sources rares sont très ten­dan­cieux.

    3 — le mythe des éner­gies vertes — démographie/démocratie

    À force de dire, avec jus­tesse, qu’il n’y a pas de solu­tion, que reste-t-il ?

    En gros 3 scé­na­rios,
    — la lente baisse des niveaux de vie avec la dis­pa­ri­tion des condi­tions néces­saires (les res­sources ‘natu­relles’ et les pol­lu­tions de tout).
    — la catas­trophe due à l’in­ca­pa­ci­té du Sys­tème de fonc­tion­ner autre­ment (le capi­ta­lisme est une fuite en avant ; basé sur res­sources infi­nies, ..).
    — la pla­ni­fi­ca­tion, retour au rai­son­nable, lequel est encore dif­fi­ci­le­ment éva­luable … mais cela pour­rait se faire.

    Qui décide et domine ? Des per­sonnes HORS du risque de manque.
    Il en sera donc selon leurs bon plai­sir.
    Comme le sys­tème capi­ta­liste est deve­nu pré­caire, fra­gile, on peut ima­gi­ner sans gros risque d’er­reur que la catas­trophe bru­tale est le scé­na­rio le plus pro­bable. On peut même pen­ser que c’est un excellent choix de la caste domi­nante (qui se croit à l’a­bri), ce qui rend ce scé­na­rio encore plus pro­bable.

    Reply
  • 30 mars 2018

    Il est dif­fi­cile de répondre de manière brève à l’ensemble de ce post, d’autant qu’il alterne ana­lyse & jux­ta­po­si­tion de faits (ce qui ne vaut ni démons­tra­tion ni argu­men­ta­tion).

    Je ne répon­drai pas ici sur la ques­tion des finan­ce­ments de 350, me conten­tant de sou­li­gner que :
    – il est tota­le­ment gro­tesque, pour ne pas dire dif­fa­ma­toire, de lais­ser entendre que 350 serait l’allié de Total ou d’Engie
    – les fon­da­tions basées aux Etats-Unis ne sont pas liées aux entre­prises dont elles portent le nom – les liens entre la Fon­da­tion Ford (dont l’histoire est par ailleurs aus­si com­plexe que pro­blé­ma­tique) et l’entreprise Ford n’ont rien à voir avec les liens qui existent entre Total et la Fon­da­tion Total.
    – La seule chose que dit le fait que 350 soit finan­cé par des fon­da­tions pri­vées, c’est que 350 n’est pas une orga­ni­sa­tion qui se reven­dique comme anti-capi­ta­liste – ce qui n’est nul­le­ment une sur­prise, 350 ne pré­tend le contraire nulle part.

    Quelques pré­ci­sions ensuite : 350.org ne fait pas cam­pagne pour n’importe quel type de renou­ve­lable, mais pour susb­si­tuer aux fos­siles des renou­ve­lables contrô­lés par la « com­mu­nau­té » (au sens anglo-saxon). Il n’est donc nul­le­ment ques­tion d’un sou­tien aux mégas pro­jets solaires ou éoliens que des entre­prises comme Total peuvent sou­te­nir / dans les­quels ils peuvent inves­tir. Nous ne disons par ailleurs nulle part que nous sou­hai­tons main­te­nir (et encore moins faire croître) la consom­ma­tion éner­gé­tique, ou que notre ambi­tion serait d’amener télé­vi­seur, congé­la­teur, tablette, impri­mante 3D ou que sais-je encore dans chaque mai­son, par­tout dans le monde. Nous fai­sons cepen­dant le choix de nous cen­trer sur les poli­tiques de l’offre, consi­dé­rant que c’est à un levier de chan­ge­ment essen­tiel Y COMPRIS de la demande.

    Nous ne sommes par ailleurs pas des sou­tiens béats des renou­ve­lables, qui seraient ver­tueuses en tant que telles. À titre per­son­nel, je men­tionne aus­si sou­vent que je peux le fait qu’un futur 100% renou­ve­lable pour­rait par­fai­te­ment être tota­le­ment dys­to­pique, et réduire la socié­té à un agré­gat d’invididus, sans droits col­lec­tifs – après tout, c’est ce futur que Tes­la, Ama­zon, Apple ou encore Google nous pré­parent.

    Je pense en revanche que remettre en cause un mode d’approvisionnement en éner­gie n’est pas qu’une simple ques­tion tech­nique & que sor­tir de l’ère des com­bus­tibles fos­siles ouvre donc la voix à des bou­le­ver­se­ments bien plus pro­fonds que la simple ques­tion de savoir si notre élec­tri­ci­té est d’origine fos­sile, nucléaire, renou­ve­lable indus­trielle ou renou­ve­lable com­mu­nu­taire. Et je pense qu’il n’est pas aber­rant de faire le choix de construire le chan­ge­ment par une approche de « cam­pagnes » (autour d’un objec­tif pré­cis, limi­té, et « attei­gnable ») plu­tôt qu’autour de grands signi­fiants par­fois vides ou de reven­di­ca­tions trop géné­rales (quand bien même elles sont justes).

    J’ai tou­te­fois l’impression que le désac­cord prin­ci­pale (ou du moins, me semble-t-il, le plus inté­res­sant à creu­ser) tourne autour de la ques­tion de l’effondrement – c’est d’ailleurs le point de départ de la (très) vive cri­tique qui m’est adres­sée.

    Je ne pense per­son­nel­le­ment pas que l’effondrement soit un cadre d’analyse per­ti­nent pour pen­ser des stra­té­gies et construire des mobi­li­sa­tions col­lec­tives, pour au moins deux rai­sons : la ques­tion du temps & celle de l’espace.
    Le temps : je suis assez mal à l’aise avec l’idée d’effondrement comme quelque chose « à venir » : si la notion doit avoir un sens, alors il faut recon­naître qu’il est déjà en cours (ou qu’il est déjà adve­nu) dans de nom­breux endroits du monde (à com­men­cer par la colo­ni­sa­tion « des amé­riques », qui a pro­vo­qué la mort de plus de 90% de la popu­la­tion autoch­tone). Plus réce­me­ment, l’épidémie du Sida a repré­sen­té, me semble-t-il, un effon­dre­ment – face auquel les malades ont réagi et inven­té des manières de s’organiser col­lec­ti­ve­ment – non pas pour « vivre après l’effondrement » mais le jugu­ler et faire en sorte qu’il ne soit plus l’unique hori­zon pos­sible.
    L’espace : l’intérêt de la notion d’effondrement est sans aucun doute sa capa­ci­té à nous aider à arti­cu­ler ensemble des situa­tions très diverses, à englo­ber des his­toires et des réa­li­tés très dif­fé­rentes, dans un récit com­mun. Mais ce fai­sant, elle ne nous aide pas à pen­ser les situa­tions par­ti­cu­lière – or ce sont ces situa­tions par­ti­cu­lières qui nous per­mettent, le plus sou­vent, d’agir et de pen­ser des formes effi­caces de résis­tance.
    J’ai dit une par­tie de cela dans l’émission – mais il me semble que le pro­blème de l’effondrement, au fond, c’est que pour beau­coup, il fonc­tionne comme un sys­tème auto-réfé­ren­cé : il n’y a pas de désac­cord pos­sible. Quand on exprime des réserves quant à sa per­ti­nence, on se voit rétor­quer qu’on est encore dans le déni (la fameuse pre­mière phase du deuil) ou, comme c’est le cas ici, qu’on est en fait un agent infil­tré des mul­ti­na­tio­nales qui pillent la pla­nète.
    Il y aurait pour­tant énor­mé­ment de choses à tirer d’une dis­cus­sion de fond sur ces désac­cords, plu­tôt qu’à les rejet­ter pure­ment et sim­ple­ment.
    À mon sens, la notion d’effondrement rem­plit un vide : le fait que nous n’avons pas de cadre d’analyse nous per­met­tant de pen­ser com­ment orga­ni­ser et avan­cer suf­fi­sam­ment vite dans toutes les sor­ties que nous devons prendre : sor­tie des fos­siles, sor­tie des fis­siles, des pes­ti­cides, de l’extractivisme, de l’emprise de la finance sur nos vies, etc.
    Mais je ne crois pas que l’effondrement rem­plisse ce vide de manière opé­rante. Et je crois que ce post de blog en est une preuve sup­plé­men­taire : si des désac­cords (impor­tants & fon­da­men­taux) débouchent sur la conclu­sion que l’une des par­ties (350 et moi, en l’occurrence) sont des idiots utiles du pillage du monde et de l’Afrique en par­ti­cu­lier, alors c’est que le rai­son­ne­ment qui sous-tend cette conclu­sion se place à un niveau de géné­ra­li­té et d’abstraction bien trop éle­vé.

    Reply
    • 30 mars 2018

      Bon, essayons d’organiser.

      1. 350, Total et Engie tra­vaillent à déve­lop­per les éner­gies dites « renou­ve­lables ». Il me semble que cela les range déjà dans une caté­go­rie com­mune. Cela consti­tue un point com­mun.

      2. Les fon­da­tions qui financent 350 reçoivent bien sou­vent de l’argent des magnats des entre­prises dont elles portent le nom et d’autres magnats de dif­fé­rentes indus­tries, plu­sieurs exemples sont don­nés (de Buf­fett à Soros en pas­sant par les Rocke­fel­ler : leur argent vous finance).

      3. Les « renou­ve­lables contrô­lés par la « com­mu­nau­té » » ne dif­fèrent pas vrai­ment des autres. Un pan­neau solaire fabri­qué en Chine et ven­du en masse à une entre­prise ou ache­té à l’unité par une « com­mu­nau­té », v’la la dif­fé­rence. L’uberisation du déploie­ment des renou­ve­lables c’est ça l’idée ? On sait que le désastre de l’industrie des renou­ve­lables relève, d’une part, de leur fabri­ca­tion qui relève comme bien d’autres de l’extractivisme (cf. le livre de Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares). Comme toutes les pro­duc­tions de masse, la pro­duc­tion de masse de pan­neaux solaires et d’éoliennes, c’est un désastre. Mais c’est loin d’être le seul pro­blème lié au déploie­ment des tech­no­lo­gies dites « renou­ve­lables ». Par exemple, que vous le vou­liez ou non, que vous vou­liez ou non « ame­ner télé­vi­seur, congé­la­teur, tablette, impri­mante 3D ou que sais-je encore dans chaque mai­son, par­tout dans le monde », c’est pré­ci­sé­ment ce à quoi servent les renou­ve­lables. Très concrè­te­ment, c’est ce qui se passe, votre numé­ro 1, Bill McKib­ben en parle ici : https://www.newyorker.com/magazine/2017/06/26/the-race-to-solar-power-africa

      Parce que le pro­blème fon­da­men­tal, que tu me sembles esqui­ver en par­lant de l’effondrement, même si c’était un point inté­res­sant, puisque 350 est à des années-lumières de consi­dé­rer les impli­ca­tions des ana­lyses mises en avant par la col­lap­so­lo­gie (cela dit, je te l’accorde, l’effondrement, c’est du flan, une idée vague qui ne sert pas à grand-chose fina­le­ment, et puis le véri­table effon­dre­ment c’est celui du monde natu­rel et des popu­la­tions indi­gènes, c’est l’écocide et l’ethnocide), c’est que le déploie­ment des renou­ve­lables en Afrique sert le « déve­lop­pe­ment » (ce pro­jet colo­nia­liste), l’industrialisme, l’ouverture de nou­veaux mar­chés pour les indus­tries et les indus­triels. On le voit par­tout (dans les nom­breux liens que j’ai mis qui ren­voient vers la série d’articles du Monde Afrique, par exemple, dans l’article de Bill McKib­ben ci-avant, mais une simple recherche google avec en mots-clés « Afrique, solaire » ou « Afri­ca, solar », ou « Afri­ca, rene­wables », ce genre de choses, te don­ne­ra des tas d’autres exemples).

      4. La com’ de 350.org, les objec­tifs affi­chés, parlent tou­jours de par­ve­nir au 100% renou­ve­lables. En tant qu’ONG, vous êtes pré­ci­sé­ment des « des sou­tiens béats des renou­ve­lables » (si je me trompe, montre-moi en quoi ce n’est pas le cas). Que tu émettes per­son­nel­le­ment des réserves, okay, c’est un autre sujet. En tant qu’ONG, vous êtes pré­ci­sé­ment « des idiots utiles du pillage du monde et de l’Afrique », mais vous n’êtes pas les seuls, beau­coup de grosses ONG servent à cela, l’ONG-isation de la résis­tance et le colo­nia­lisme soft (soft power) que consti­tuent les ONG sont étu­diés et très jus­te­ment dénon­cés par plu­sieurs figures des luttes sociales (d’Arundhati Roy à David Har­vey).

      Reply
      • 31 mars 2018

        Sur le point 1 : com­ment peut-on sérieu­se­ment écrire que « Total tra­vaille à déve­lop­per les éner­gies dites renou­ve­lables » et affir­mer que 350.org appar­tient à la même caté­go­rie ?
        *Chiffre d’affaires Total en 2015*
        165 357 mil­lions USD
        *Inves­tis­se­ments orga­niques amont (extrac­tion de pétrole et gaz)en 2015*
        20 508 mil­lions USD
        *R&D en 2015*
        1 068 mil­lions USD
        *R&D annuelle 2015–2019 consacrée aux clean­tech*
        370 mil­lions USD

        165 000 mil­lions de chiffre d’af­faire annuel, à peine plus de 100 mil­lions inves­tis annuel­le­ment dans les « clean­tech » (qui ne recouvrent par ailleurs pas que les renou­ve­lables) = Total ne tra­vaille pas à déve­lop­per les éner­gies renou­ve­lables. Total tra­vaille à piller, à creu­ser, à forer jus­qu’à la der­nière goutte tous les gise­ments d’hy­dro­car­bures pos­sibles.

        Je veux bien qu’on ait un désac­cord sur la ques­tion du déve­lop­pe­ment et de la civi­li­sa­tion (et encore, il fau­drait dis­cu­ter à un niveau d’abs­trac­tion moins éle­vé pour vrai­ment com­prendre où se situe le désac­cord), mais de là à affir­mer des choses aus­si en déca­lage avec les faits…

        2/ Je n’ai jamais écrit le contraire. J’ai sim­ple­ment dit que les fon­da­tions US n’é­taient pas stra­té­gi­que­ment liées aux entre­prises dont elles portent le nom.

        3 & 4/ C’est sans doute là le désac­cord de fond : je ne pense per­son­nel­le­ment pas que le type de renou­ve­lable soit indif­fé­rent (et répondre « ube­ri­sa­tion » quand on parle « contrô­lé par la com­mu­nau­té » = il y a à l’é­vi­dence un gros mal­en­ten­du — ou il fau­drait qu’on m’ex­plique en quoi Uber est contrô­lé par la « com­mu­nau­té ») & je ne pense pas que trou­ver des manières de pro­duire de l’élec­tri­ci­té à petite échelle, dans des sché­mas contrô­lés par les consom­ma­teurs de la dite élec­tri­ci­té, soit équi­valent à un pillage ou au déve­lop­pe­ment comme étape ultime du pro­ces­sus colo­nial.

        Et je conti­nue à avoir fran­che­ment du mal à com­prendre com­ment on peut sérieu­se­ment consi­dé­rer qu’il n’y a aucune dif­fé­rence fon­da­men­tale entre les éner­gies fos­siles et des pro­jets renou­ve­lables, a for­tio­ri de petite taille.

        Reply
      • 31 mars 2018

        (au pas­sage, mer­ci d’a­voir mis de l’ordre dans mes pre­miers com­men­taires mal posi­tion­nés et illi­sibles)

        Reply
        • 31 mars 2018

          1. Peu importe la dif­fé­rence de magni­tude et les dif­fé­rences liés au fait que Total opère dans bien des domaines, l’i­dée était sim­ple­ment que Total par­ti­cipe (peu importe à quel point, ou avec quelle pro­por­tion de son bud­get) au déploie­ment des EnR. EnR dont 350 fait la pro­mo­tion. Oui ou non ?

          2. 3. 4. Tu éludes la ques­tion de savoir à quoi servent les EnR (et celle de leur pro­duc­tion). A te lire on croi­rait que 350 encou­rage exclu­si­ve­ment l’au­to-construc­tion de petites éoliennes Pigott. Ce n’est pas du tout ça, je ne sais pas si c’est de la mau­vaise foi (mais en même temps je n’at­tends pas grand-chose de cette dis­cus­sion c’est ton employeur), mais 350 encou­rage à fond le déve­lop­pe­ment du solaire et des EnR en Afrique (entre autres), c’est ouver­te­ment ce que déclare McKib­ben, par exemple dans ses cam­pagnes avec 350 Gha­na, « l’A­frique pour­rait deve­nir un lea­der des éner­gies renou­ve­lables ». Pas du tout des éoliennes Pigott et des pan­neaux solaires construits en récup. En France aus­si on a des « coopé­ra­tives d’éner­gies citoyennes » qui font dans la « gou­ver­nance citoyenne », ça ne change pas beau­coup la nature des tech­no­lo­gies uti­li­sées, l’éner­gie pro­duite sert tou­jours à ali­men­ter un appa­reillage indus­triel tout sauf éco­lo­gique, etc. En Afrique (et ailleurs), c’est un fait que le déve­lop­pe­ment des renou­ve­lables sert à la pro­pa­ga­tion du capi­ta­lisme, l’ou­ver­ture de mar­chés, des gens qui se mettent à ache­ter toutes les merdes du sys­tème indus­triel mon­dia­li­sé (les kits de petits pan­neaux solaires en Afrique servent à ce que les gens s’a­chètent télé­vi­sion, télé­phone, etc.). Peut-être que tu com­pren­drais mieux notre point de vue (pas for­cé­ment facile à com­prendre pour un non-ini­tié de manière immé­diate) en lisant ça, sait-on jamais : https://partage-le.com/2016/06/le-desastre-ecologique-renouvelable-des-tokelau/

          D’autre part le colo­nia­lisme en Afrique cor­res­pond au « déve­lop­pe­ment », l’A­frique a été « déve­lop­pée » par les colo­ni­sa­teurs, c’est ain­si qu’ils le conce­vaient et l’é­non­çaient. Le déve­lop­pe­ment en ce sens ça ren­voie à l’i­déo­lo­gie décrite et dénon­cée par exemple par Gil­bert Rist. Le déve­lop­pe­ment c’est l’in­dus­tria­li­sa­tion, la moder­ni­sa­tion, la mon­dia­li­sa­tion, etc. Un pro­ces­sus dont on sait (ou on devrait savoir) aujourd’­hui que c’est une catas­trophe tant sociale qu’é­co­lo­gique.

          Au-delà de tout ça, je me demande si tu réa­lises que le déve­lop­pe­ment des renou­ve­lables sert glo­ba­le­ment à deux choses : 1. à four­nir du jus à une civi­li­sa­tion indus­trielle qui est de cen­taines de manières dif­fé­rentes une cala­mi­té éco­lo­gique et sociale (même en ver­sion soi-disant « durable », « verte », etc.), et 2. à per­mettre de l’é­tendre encore davan­tage sur le globe. Où est-ce que ta vision c’est on va four­nir de la lumière aux Afri­cains ?

          Pour le dire autre­ment, rem­pla­cer la source de l’a­li­men­ta­tion en éner­gie de la civi­li­sa­tion indus­trielle par les EnR (qui sont faus­se­ment « renou­ve­lables », « vertes », etc.) ne chan­ge­ra rien à sa noci­vi­té, même si les EnR étaient par­fai­te­ment et magi­que­ment 100% non-dom­ma­geables pour le monde natu­rel, ça ne chan­ge­rait glo­ba­le­ment pas les pro­blèmes aux­quels nous fai­sons face (ça les ferait d’ailleurs pt’et rapi­de­ment empi­rer, cf. le para­doxe de Jevons).

          Et appor­ter le pro­grès ou la moder­ni­té sous la forme de l’élec­tri­ci­té aux endroits où des popu­la­tions savaient encore vivre indé­pen­dam­ment de la méga­ma­chine, pour croire que c’est une bonne chose il faut être igno­rant, ou très naïf, ou plein de mau­vaise foi, ou les trois ou un peu des trois j’i­ma­gine.

          Pour le dire encore autre­ment, l’i­dée n’est pas qu’il n’y a « aucune dif­fé­rence fon­da­men­tale entre les éner­gies fos­siles et des pro­jets renou­ve­lables », mais que les deux sont nui­sibles et par­ti­cipent de la même chose en fin de compte : la civi­li­sa­tion indus­trielle, son ali­men­ta­tion éner­gie et/ou son expan­sion géo­gra­phique.

          Reply
Write a response

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.