Le pre­mier volume de cette série d’articles expo­sait les inté­rêts indus­triels et éta­tiques der­rière l’objectif d’Extinction Rebel­lion d’atteindre la neu­tra­li­té car­bone. Dans le deuxième, nous regar­dions les objec­tifs, tac­tiques et solu­tions à la crise cli­ma­tique aux­quels ren­voie Extinc­tion Rebel­lion, et qui servent la socié­té indus­trielle au détri­ment de la nature. Dans cette troi­sième par­tie, nous nous inté­res­se­rons à l’histoire du mou­ve­ment pour le Cli­mat, aux tac­tiques uti­li­sées par les élites pour coop­ter les mou­ve­ments sociaux et les ame­ner à ser­vir l’agenda éta­ti­co-indus­triel, ain­si qu’à la nature de cet agen­da.

Le pré­sent article est en grande par­tie une syn­thèse de l’enquête de Cory Mor­ning­star visant à mettre au jour les mani­pu­la­tions du mou­ve­ment Cli­mat par d’importantes entre­prises et ONG. Enquête que ceux qui tiennent à plei­ne­ment sai­sir les acteurs impli­qués dans toute cette affaire, ain­si que les tac­tiques qu’ils emploient, devraient lire sur le site de Cory, « Wrong Kind of Green ».

La fabrication du consentement

Le sec­teur des grandes entre­prises, avec son réseau de think-tanks, de groupes de pres­sion (lob­bies), d’associations com­mer­ciales, de fon­da­tions « phi­lan­thro­piques », de forums et som­mets mon­diaux et d’organisations envi­ron­ne­men­tales cor­rom­pues, oriente le « mou­ve­ment cli­mat » en direc­tion de ses propres inté­rêts depuis plus de dix ans. Ain­si que cette vidéo le for­mule, « une jeu­nesse idéa­liste est sim­ple­ment coop­tée au sein de mou­ve­ments pré­éta­blis afin de fabri­quer l’illusion d’un sou­tien popu­laire en faveur de ce que les classes diri­geantes pré­voient de faire depuis long­temps pour per­pé­tuer leur domi­na­tion. »

Les indus­triels construisent le consen­te­ment dont ils ont besoin au moyen de diverses tac­tiques :

- Pré­sen­ter cer­tains de leurs pro­duits comme étant « verts », « éco­lo­giques », afin de ras­su­rer les citoyens pré­oc­cu­pés, de les ame­ner à se concen­trer sur des efforts quo­ti­diens de consom­ma­tion, de micro-modi­fi­ca­tions de leur style de vie, plu­tôt que sur des efforts d’organisation en vue du déman­tè­le­ment de l’économie mon­diale.

- Avan­cer des solu­tions basées sur l’économie de mar­ché pour résoudre des pro­blèmes créés par l’économie de mar­ché, comme des plans de dés­in­ves­tis­se­ment des éner­gies fos­siles qui ne font en réa­li­té aucune dif­fé­rence pour le sys­tème éco­no­mique, qui est inté­gra­le­ment ali­men­té par des éner­gies fos­siles.

- Pro­mou­voir, dans les médias de masse, des livres, des auteurs et des docu­men­taires qui pré­sentent diverses micro-modi­fi­ca­tions de nos modes de vie, nou­velles tech­no­lo­gies et réformes néo­li­bé­rales comme les solu­tions aux pro­blèmes éco­lo­giques actuels, et qui ne men­tionnent jamais l’action directe ou le chan­ge­ment poli­tique sys­té­mique comme des solu­tions. Exemple : Une véri­té qui dérange de Al Gore, Tout peut chan­ger de Nao­mi Klein, Après le déluge de Leo­nar­do DiCa­prio, etc.

- Pro­po­ser des for­ma­tions aux acti­vistes afin de les ame­ner à entre­prendre des cam­pagnes béné­fiques pour cer­tains inté­rêts indus­triels. Al Gore, qui consi­dère la crise cli­ma­tique comme « la plus grande oppor­tu­ni­té d’investissement jamais appa­rue dans l’Histoire », le fait depuis des années avec son « Cli­mate Rea­li­ty Lea­der­ship Corps » (Corps de Lea­der­ship de la Réa­li­té Cli­ma­tique, quel nom à la noix, NdE).

- Pla­cer les diri­geants ain­si for­més à la tête de mou­ve­ments envi­ron­ne­men­taux, des jeunes sans expé­rience préa­lable dans les mou­ve­ments acti­vistes popu­laires (grass­roots move­ments). On en revient au Cli­mate Rea­li­ty d’Al Gore, mais il y a aus­si le Sun­rise Move­ment, 350.org, The Youth Cli­mate Coa­li­tions, Zero Hour, et d’autres qui, à tra­vers des pro­grammes de for­ma­tion au lea­der­ship pour les jeunes, offrent des oppor­tu­ni­tés de car­rières, et dans cer­tains cas, des chances de ren­con­trer les diri­geants mon­diaux lors de quelque som­met.

- Pro­po­ser à des acti­vistes répu­tés de par­ti­ci­per et d’intervenir lors d’événements orga­ni­sés par des indus­triels, afin qu’ils aient l’air de se pré­oc­cu­per de la situa­tion. Le sta­tut de célé­bri­té de Gre­ta Thun­berg est un exemple récent de cette approche. Je ne juge aucu­ne­ment son choix d’avoir accep­té ces invi­ta­tions ; j’aurais pro­ba­ble­ment fait pareil si j’avais été à sa place. Ce qu’il est impor­tant de sou­li­gner sont les moti­va­tions der­rière sa média­ti­sa­tion : détour­ner l’attention du public de leur pro­gramme fon­da­men­tal, qui demeure inchan­gé, de pro­mou­voir la crois­sance éco­no­mique.

- Assu­rer une cou­ver­ture média­tique favo­rable à des actions sym­bo­liques et à des mou­ve­ments non-conflic­tuels. À l’instar de la manière dont la BBC et The Guar­dian couvrent les mani­fes­ta­tions et actions d’Extinction Rebel­lion.

- Offrir à des acti­vistes de ter­rain des emplois dans leurs fon­da­tions et ONG afin de les orien­ter vers (et afin qu’eux-mêmes orientent vers) des solu­tions réfor­mistes, de les écar­ter des voies plus radi­cales. Même le lob­by pétro­lier recrute, cherche à « exploi­ter le pou­voir des jeunes acti­vistes, et à inté­grer l’industrie des éner­gies fos­siles dans le mou­ve­ment ».

- Inci­ter les citoyens pré­oc­cu­pés à rejoindre et sou­te­nir de grandes ONG envi­ron­ne­men­tales liées aux inté­rêts indus­triels, capi­ta­listes, à l’instar de Green­peace, d’Avaaz, du WWF, ou encore de 350.org, mais aus­si à finan­cer ces orga­ni­sa­tions. Ce qui a pour effet de détour­ner les fonds et l’attention du public de col­lec­tifs véri­ta­ble­ment popu­laires, hos­tiles aux inté­rêts indus­triels et capi­ta­listes.

- Écar­ter des mou­ve­ments les indi­vi­dus pro­mou­vant un chan­ge­ment sys­té­mique, afin de les rendre inef­fi­caces. L’entraînement d’Extinction Rebel­lion inclut des stra­té­gies spé­ci­fi­que­ment conçues pour y par­ve­nir.

- Orien­ter les acti­vistes vers des stra­té­gies élec­to­ra­listes, afin de res­ter dans le cadre du sys­tème actuel. Le Par­ti tra­vailliste du Royaume-Uni sou­tient XR et les Démo­crates, aux USA, sou­tiennent des groupes d’activistes cli­ma­tiques.

- Dis­tri­buer des bourses et des sub­ven­tions, à condi­tion que les béné­fi­ciaires alignent leurs objec­tifs avec ceux de leurs spon­sors. On pou­vait ain­si lire, dans un article de The Guar­dian en date du 12 juillet 2019 : « Un groupe de riches phi­lan­thropes et inves­tis­seurs amé­ri­cains a don­né près d’un demi-mil­lion de livres ster­ling pour sou­te­nir les grèves sco­laires pour le Cli­mat et le mou­ve­ment Extinc­tion Rebel­lion – avec la pro­messe de dizaines de mil­lions sup­plé­men­taires le mois sui­vant. »

À condi­tion, bien enten­du, qu’ils conti­nuent à orga­ni­ser des cam­pagnes non-conflic­tuelles et « cor­po­rate-friend­ly » (favo­rables au monde indus­triel). Par­mi ces riches phi­lan­thropes, on retrouve, quelle iro­nie, de gros bon­nets de l’industrie pétro­lière.

- Sou­te­nir direc­te­ment un mou­ve­ment et accé­der à cer­taines de ses exi­gences, en usant de cette tac­tique à des fins d’autopromotion, dans le but d’obtenir une image éco­lo sans véri­ta­ble­ment chan­ger de pra­tiques. Cela amène les acti­vistes à tra­vailler, en réa­li­té, pour les inté­rêts indus­triels. L’activisme devient une cam­pagne publi­ci­taire pour dif­fé­rents sec­teurs indus­triels.

- Divi­ser les mou­ve­ments entre ceux qui acceptent les pro­messes du capi­ta­lisme vert, et ceux qui voient clair à tra­vers les men­songes du green­wa­shing. De cette manière, les indus­triels créent des ten­sions entre les mili­tants, qui perdent leur éner­gie à se com­battre les uns les autres au lieu de tra­vailler ensemble au déman­tè­le­ment de la socié­té indus­trielle. Les acti­vistes qui sou­tiennent les pro­messes du capi­ta­lisme vert se retrouvent à pro­mou­voir ce contre quoi luttent les mili­tants qui défendent le monde natu­rel [le déploie­ment de parcs éoliens, de cen­trales solaires, etc., sou­te­nu par une large par­tie du « mou­ve­ment éco­lo­giste », du « mou­ve­ment cli­mat », dévaste direc­te­ment et indi­rec­te­ment l’environnement, implique toutes sortes de pol­lu­tions, dégra­da­tions ou des­truc­tions envi­ron­ne­men­tales, aux­quelles s’opposent d’autres mili­tants éco­lo­gistes, NdE].

Le but du « mou­ve­ment (pour le) cli­mat » est au bout du compte de pro­mou­voir la per­pé­tua­tion et l’expansion du sys­tème indus­triel, la domi­na­tion du monde de l’entreprise, ce qui s’oppose direc­te­ment aux objec­tifs de tout mou­ve­ment éco­lo­giste digne de ce nom : déman­te­ler le sys­tème éco­no­mique, pro­té­ger et régé­né­rer la nature sau­vage. Les Rebelles sont des lob­byistes d’entreprises — mais béné­voles. Les indus­triels ont réus­si — réus­sissent — à détour­ner une par­tie des inquié­tudes et des colères popu­laires qui s’expriment à leur encontre, et à les redi­ri­ger de manière à ce qu’elles sou­tiennent tout de même le sys­tème qui les génère — qu’elles devraient cher­cher à déman­te­ler.

Gouvernance d’entreprise

Au cœur de l’équipe diri­geante d’Extinction Rebel­lion se trouvent des lob­byistes pro­fes­sion­nelles : Gail Brad­brook et Farha­na Yamin, notam­ment.

Pen­dant 14 ans, de 2003 à 2017, Gail Brad­brook a tra­vaillé pour Citi­zens Online, un groupe de lob­bying de l’industrie des télé­com­mu­ni­ca­tions qui pro­meut « l’inclusion digi­tale », c’est-à-dire qui essaie d’inciter autant de per­sonnes que pos­sible à uti­li­ser ses pro­duits, et qui encou­rage le déploie­ment de la 5G. Elle a uti­li­sé sa posi­tion au sein d’Extinction Rebel­lion pour lan­cer « Extinc­tion Rebel­lion Busi­ness », un réseau d’entreprises qui voit la crise cli­ma­tique comme — bien évi­dem­ment — une for­mi­dable oppor­tu­ni­té pour faire du pro­fit. Mais qui a vite dis­pa­ru après que de nom­breuses et viru­lentes cri­tiques (tout de même, c’é­tait un peu gros). La série d’articles inti­tu­lée « Astro­tur­fing the way for the Fourth Indus­trial Revo­lu­tion » (en fran­çais, plus ou moins « Dés­in­for­mer le public afin de pro­mou­voir la qua­trième révo­lu­tion indus­trielle ») exa­mine les liens de Gail Brad­brook avec le monde indus­triel et leur influence sur la rébel­lion.

Farha­na Yamin dirige « Track 0 », une ONG qui sou­tient les objec­tifs des Accords de Paris de la COP21 (tota­le­ment décon­nec­tés des enjeux réels aux­quels nous fai­sons face), selon laquelle : « Se mettre en route vers une éco­no­mie décar­bo­née est un impé­ra­tif éco­no­mique autant que scien­ti­fique. Cela offre de for­mi­dables oppor­tu­ni­tés d’innovation, cela incite à la concep­tion d’une myriade de nou­velles tech­no­lo­gies et d’idées qui per­met­tront d’alimenter la crois­sance éco­no­mique, cela per­met de créer des emplois, en vue d’un futur éco­no­mique lumi­neux. » Selon sa bio­gra­phie, « c’est en grande par­tie à elle que l’on doit l’objectif de neu­tra­li­té car­bone d’ici 2050 que com­porte l’accord de Paris ». Elle est éga­le­ment membre du « Glo­bal Agen­da Coun­cil on Cli­mate Change » (Conseil sur le pro­gramme mon­dial pour le chan­ge­ment cli­ma­tique) du Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, et « col­la­bo­ra­teur asso­cié » à la « Cha­tham House », un impor­tant think-tank du milieu des affaires.

[Texte de l’i­mage : les diri­geants d’en­tre­prises s’u­nissent pour sou­te­nir l’ac­cord de Paris.] Au cas où vous vous deman­de­riez qui consi­dère les accords de Paris comme une bonne chose, comme une belle oppor­tu­ni­té de faire du pro­fit.

Qui a fait entrer le renard dans le pou­lailler ? Que ces per­sonnes soient à la tête du mou­ve­ment Extinc­tion Rebel­lion signi­fie clai­re­ment que le mou­ve­ment n’a pas été coop­té par des inté­rêts indus­triels en cours de route, mais qu’il a été conçu, dès l’origine, comme une cam­pagne de pro­pa­gande. Il s’agit exac­te­ment de ce que désigne l’astro­tur­fing. Les bonnes inten­tions et les efforts de plu­sieurs mil­liers de rebelles valent bien peu dès lors que ce sont ces per­sonnes-là qui mènent la danse.

Les indus­triels qui sou­tiennent ain­si la rébel­lion cherchent à faci­li­ter le trans­fert de bil­lions de dol­lars d’argent public vers leurs poches. Il s’agit d’une gigan­tesque ten­ta­tive de relance d’une éco­no­mie mon­diale qui tombe en ruines. Depuis la crise finan­cière de 2007–2008, les popu­la­tions ne sou­haitent pas sou­te­nir un autre plan de sau­ve­tage. Il fal­lait donc nous le pré­sen­ter comme une néces­si­té, comme une condi­tion pour nous sau­ver des catas­trophes liées aux chan­ge­ments cli­ma­tiques. L’argent néces­saire est ponc­tion­né sur le tra­vail des tra­vailleurs sous la forme de fonds de pen­sion, taxes car­bone et impôts d’urgence cli­ma­tique. Et inves­ti dans les infra­struc­tures des indus­tries éner­gé­tiques et des tech­no­lo­gies dites « vertes » ou « propres », ce qui par­ti­cipe à l’empirement inexo­rable de la situa­tion éco­lo­gique.

L’association pour les inves­tis­se­ments et mar­chés du cli­mat (Cli­mate Mar­kets and Invest­ment Asso­cia­tion) déclare : « Beau­coup de choses ont été écrites à pro­pos de la nature et de l’échelle de cette oppor­tu­ni­té éco­no­mique. Tout récem­ment, le rap­port sur la Nou­velle Éco­no­mie Cli­ma­tique (New Cli­mate Eco­no­my) a cal­cu­lé qu’une action cli­ma­tique mas­sive génè­re­rait 26 bil­lions de dol­lars d’opportunités éco­no­miques et 65 mil­lions de nou­veaux emplois d’ici 2030, qui n’existeraient pas si le scé­na­rio du busi­ness-as-usual (des affaires nor­males) se pro­lon­geait. » Il est inté­res­sant de noter que le mon­tant des pro­fits poten­tiels est du même ordre que les inves­tis­se­ments deman­dés aux gou­ver­ne­ments.

La crise qui inquiète les capi­ta­listes est celle de l’économie, que « l’action cli­ma­tique » doit pal­lier. Pour le monde natu­rel, qui com­prend tout être humain s’identifiant comme être vivant plu­tôt que comme uni­té de pro­duc­tion éco­no­mique, la crise désigne le fait que le capi­ta­lisme nous détruit, et « l’action cli­ma­tique », qui vise à per­pé­tuer ce sys­tème, désigne la conti­nua­tion de la catas­trophe.

Cama­rade, choi­sis ta crise.

De l’antimondialisation au capitalisme inclusif

Dans les années 90 et 2000, des mani­fes­ta­tions mas­sives secouèrent le monde, contre le Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, la Banque mon­diale, Le Fond Moné­taire Inter­na­tio­nal, l’Organisation Mon­diale du Com­merce. Ces cor­po­ra­tions, qui visent à pré­ser­ver et favo­ri­ser les inté­rêts des indus­triels au détri­ment de tout, qui ne sont pas élues, qui ne dis­posent d’aucun man­dat popu­laire, dépensent des mil­lions pour la sécu­ri­té et la pré­sence poli­cière lors de la tenue de leurs prin­ci­paux évé­ne­ments annuels afin d’assurer leur propre pro­tec­tion. Les mani­fes­tants appe­laient à les déman­te­ler, à les rem­pla­cer par des orga­ni­sa­tions qui repré­sentent réel­le­ment la popu­la­tion. Loin d’accéder à ces demandes, les élites ont infil­tré, sou­te­nu finan­ciè­re­ment et coop­té la résis­tance, construit leur propre mou­ve­ment de masse, qu’elles peuvent contrô­ler et diri­ger comme bon leur semble.

Les mani­fes­tions sont deve­nues des mar­chan­dises, un pro­duit mar­ke­ting que le milieu des affaires peut ache­ter, et que les ONG sont heu­reuses de vendre en échange de sub­ven­tions, d’attention média­tique et de boni­ments. Les pro­tes­ta­taires eux-mêmes sont à la fois des pro­duits rem­pla­çables et les des­ti­na­taires des slo­gans des mani­fes­ta­tions, qu’on leur pro­pose afin d’apaiser leur culpa­bi­li­té, ou au tra­vers de la peur, ou de la ver­tu, ou encore du besoin d’agir.

Durant les pré­misses des grèves étu­diantes pour le cli­mat de mars 2019, le Forum éco­no­mique mon­dial a dif­fu­sé une vidéo pro­mo­tion­nelle encou­ra­geant les jeunes à rejoindre les grèves. Ces grèves étaient un pro­duit, et les jeunes les clients-cibles. Pensez‑y un ins­tant. Une des ins­ti­tu­tions qui étaient la cible de mani­fes­ta­tions mas­sives il n’y a pas si long­temps, en rai­son de sa pro­mo­tion de pra­tiques des­truc­trices de l’environnement, fait main­te­nant direc­te­ment la pro­mo­tion d’un mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion qui semble avoir exac­te­ment les mêmes pré­oc­cu­pa­tions.

Au lieu d’identifier le sys­tème éco­no­mique comme la cause du désastre éco­lo­gique, ce nou­veau mou­ve­ment est inci­té à diri­ger ses pro­tes­ta­tions contre le chan­ge­ment cli­ma­tique. Un mou­ve­ment inter­na­tio­nal mas­sif mani­feste actuel­le­ment contre des molé­cules de car­bone. Et, de quelque manière, l’histoire selon laquelle les entre­prises sont la solu­tion, selon laquelle le sec­teur pri­vé pour­rait tout répa­rer si seule­ment nous deman­dions aux gou­ver­ne­ments de sau­ver l’économie qui s’effondre et de leur don­ner quelques bil­lions de dol­lars pour inves­tir dans de nou­velles infra­struc­tures et sources d’énergie, est rare­ment remise en ques­tion. Le tout étant pro­mu sous cou­vert d’appellations abs­traites comme « action cli­ma­tique », lar­ge­ment accep­tées comme un objec­tif cru­cial et hon­nête, tan­dis que presque per­sonne ne cherche à com­prendre de quoi il retourne au bout du compte.

Le Forum éco­no­mique mon­dial vise un « capi­ta­lisme inclu­sif ». Mais étant don­né que le capi­ta­lisme est un sys­tème éco­no­mique qui consi­dère tout et tout le monde comme des res­sources à exploi­ter, être inclus dedans ne devrait pas être le sou­hait de tout le monde. Notre ima­gi­na­tion, notre créa­ti­vi­té, nos com­pé­tences et nos sou­haits de rendre le monde meilleur sont trans­for­més en inno­va­tion, entre­pre­na­riat et res­sources humaines. Nos insé­cu­ri­tés, ambi­tions et besoins de base sont des res­sources à cap­ter et à nous revendre sous forme de pro­duits, ser­vices et expé­riences.

Chaque être vivant, chaque carac­té­ris­tique natu­relle et tout ce dont le monde a besoin pour sur­vivre et vivre bien, doit être inté­gré dans le capi­ta­lisme.

Dans une éco­no­mie qui consi­dère tout ce qui existe (et même ce qui n’existe pas) comme des res­sources à vendre ou ache­ter, à faire fruc­ti­fier, les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion ne font pas excep­tion.

We Mean Busi­ness (lit­té­ra­le­ment : Nous vou­lons du busi­ness) est « une coa­li­tion mon­diale d’ONG qui tra­vaillent avec les plus impor­tantes entre­prises du monde pour encou­ra­ger l’ac­tion cli­ma­tique et la prise de déci­sions poli­tiques impor­tantes ». Pour eux, le déses­poir des enfants qui craignent pour leur futur et pour la pla­nète n’est qu’une res­source de plus à chan­ger en pro­fits, à uti­li­ser pour faire tour­ner la machine. D’où leur pro­mo­tion de Gre­ta Thun­berg, des grèves pour le cli­mat, etc. Chris­tia­na Figueres, qui tra­vaille pour Me Wean Busi­ness, entre autres choses, a lar­ge­ment par­ti­ci­pé à la média­ti­sa­tion de Gre­ta Thun­berg, voir : https://www.partage-le.com/2019/09/greta-thunberg-extinction-rebellion-et-le-mouvement-pour-le-climat-developpement-durable-par-nicolas-casaux/

La 4e Révolution industrielle

Tout comme le dioxyde de car­bone est cap­té et uti­li­sé comme res­source pour extir­per les der­nières gouttes de pétrole de la pla­nète, la résis­tance (un sous-pro­duit poten­tiel­le­ment lucra­tif du sys­tème éco­no­mique mon­dial) est coop­tée et uti­li­sée pour per­pé­tuer l’exploitation des res­sources humaines. Les domi­nants savent d’ailleurs très bien ce qu’ils veulent faire de ces res­sources humaines.

Selon un article publié par Klaus Schwab, le fon­da­teur et pré­sident du Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, sur le site inter­net du Forum : « Le Forum éco­no­mique mon­dial four­nit une plate-forme pour aider les 1 000 prin­ci­pales entre­prises du monde à façon­ner un meilleur futur ». Je ne veux vrai­ment pas ima­gi­ner quel genre de futur un mil­lier d’entreprises mul­ti­na­tio­nales pour­raient conce­voir si elles s’y met­taient ensemble. Mais je n’ai même pas à le faire, puisqu’ils l’ont décrit en détail. Cela s’appelle la 4e Révo­lu­tion indus­trielle.

D’après les mots de Klaus Schwab, tou­jours : « La 4e Révo­lu­tion indus­trielle est carac­té­ri­sée par la fusion de tech­no­lo­gies qui trans­cendent les fron­tières entre les sphères de la phy­sique, du digi­tal et de la bio­lo­gie. Par les pos­si­bi­li­tés de mil­liards de per­sonnes connec­tées par des outils mobiles, avec des pro­ces­seurs d’une puis­sance sans pré­cé­dent, une capa­ci­té de sto­ckage et d’accès au savoir illi­mi­té. Pos­si­bi­li­tés qui seront mul­ti­pliées par des avan­cées tech­no­lo­giques majeures dans des sec­teurs tels que l’intelligence arti­fi­cielle, la robo­tique, l’Internet des objets, les véhi­cules auto­nomes, l’impression 3D, la nano­tech­no­lo­gie, la bio­tech­no­lo­gie, la science de la matière, le sto­ckage d’énergie et l’information quan­tique. »

Plus loin, Schwab ajoute : « Cette révo­lu­tion pour­rait créer de plus grandes inéga­li­tés, notam­ment en rai­son de son poten­tiel de per­tur­ba­tion du mar­ché du tra­vail. À mesure que l’automation se sub­sti­tue au tra­vail humain dans l’économie, le rem­pla­ce­ment net d’humains par des machines pour­rait exa­cer­ber le fos­sé entre retour sur capi­tal et retour sur main‑d’œuvre. » Les riches devien­draient plus riches, et les pauvres plus pauvres. Repre­nons : « Les gou­ver­ne­ments obtien­dront de nou­veaux pou­voirs tech­no­lo­giques leur per­met­tant de ren­for­cer leur contrôle sur les popu­la­tions, au tra­vers de sys­tèmes de sur­veillance éten­due et d’un contrôle accru des infra­struc­tures digi­tales. » Enfin : « la 4e Révo­lu­tion indus­trielle va éga­le­ment pro­fon­dé­ment impac­ter la nature de la sécu­ri­té natio­nale et inter­na­tio­nale, affec­tant aus­si bien la pro­ba­bi­li­té que la nature des conflits […]. Au fur et à mesure de son déve­lop­pe­ment et de l’expansion de nou­velles tech­no­lo­gies telles que les armes auto­nomes ou bio­lo­giques, des indi­vi­dus et des petits groupes humains éga­le­ront les États en termes de capa­ci­té à pro­vo­quer des des­truc­tions mas­sives. […] la 4e Révo­lu­tion indus­trielle pour­rait en effet avoir le poten­tiel de robo­ti­ser l’humanité, et donc de nous pri­ver de notre cœur et de notre âme. »

[NdE : Petit apar­té, voi­ci la cita­tion com­plète du para­graphe dans lequel Schwab écrit cela : « Au bout du compte, tout repose sur les gens et les valeurs. Nous devons façon­ner un futur qui fonc­tionne pour nous tous en fai­sant pas­ser les gens avant tout, et en leur don­nant le pou­voir. Dans sa forme la plus pes­si­miste, la plus déshu­ma­ni­sée, la 4e Révo­lu­tion indus­trielle pour­rait en effet avoir le poten­tiel de robo­ti­ser l’humanité, et donc de nous pri­ver de notre cœur et de notre âme. Mais en com­plé­ment des meilleures par­ties de la nature humaine — la créa­ti­vi­té, l’empathie, la gui­dance — elle peut aus­si éle­ver l’humanité jusqu’à une nou­velle conscience morale col­lec­tive basée sur un sen­ti­ment de des­ti­née par­ta­gée. Il nous revient de nous assu­rer que cette der­nière pos­si­bi­li­té triomphe. »

On retrouve ici le bara­tin habi­tuel des illu­mi­nés (ou des men­teurs pro­fes­sion­nels, cela revient au même) qui consi­dèrent que jusqu’ici le déve­lop­pe­ment de la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle, c’est super, et que de toute façon le pro­grès, le déve­lop­pe­ment, consti­tuent une force que l’on n’arrête pas, et que tout ce que « nous » pou­vons faire, c’est essayer d’en tirer le meilleur par­ti.]

Quel argu­ment de vente ! Pau­vre­té extrême, guerre, sur­veillance, contrôle gou­ver­ne­men­tal et cor­po­ra­tiste, et déshu­ma­ni­sa­tion. Et ce sont des gens comme lui qui pro­meuvent les grèves pour le cli­mat, et uti­lisent le mes­sage de Gre­ta Thun­berg pour atteindre leurs objec­tifs [Gre­ta Thun­berg a été conviée à Davos, il est impor­tant de rap­pe­ler qu’elle n’y a pas fait irrup­tion clan­des­ti­ne­ment, NdE].

Jane Goo­dall et Gre­ta Thun­berg se ren­contrent au Forum éco­no­mique mon­dial de Davos en Jan­vier 2019, un évè­ne­ment orga­ni­sé pour pro­mou­voir la qua­trième révo­lu­tion indus­trielle (c’est écrit sur le pan­neau qui se trouve der­rière elles, THE FOURTH INDUSTRIAL REVOLUTION, soit : La qua­trième révo­lu­tion indus­trielle).
Vous remar­quez le logo en haut à droite (Sales­force, une entre­prise d’in­for­ma­tique) ? On le retrouve aus­si sur l’i­mage pré­cé­dente.

La célèbre cita­tion attri­buée à tort à Mus­so­li­ni, qui pour­rait être de Gio­van­ni Gen­tile, selon laquelle le fas­cisme est « l’association de la puis­sance de l’État et de celle des indus­triels », consti­tue une des­crip­tion assez juste de cette der­nière phase de la mon­dia­li­sa­tion.

Un autre évé­ne­ment, orga­ni­sé en sep­tembre 2018, pro­mou­vant la 4e Révo­lu­tion indus­trielle : le « Glo­bal Cli­mate Action Sum­mit » (Som­met pour l’Action Cli­ma­tique Mon­dial), impli­quait beau­coup de ces mêmes orga­ni­sa­tions (le Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, etc.), et était spon­so­ri­sé par Google, Face­book et Ama­zon. Voi­ci ce que sti­pu­lait son « Iti­né­raire expo­nen­tiel d’actions cli­ma­tiques » (Expo­nen­tial Cli­mate Action Road­map) :

« Divi­ser par deux les émis­sions d’ici 2030 requiert le recours éten­du à une série de tech­no­lo­gies qui sont à dif­fé­rents stades de leur déve­lop­pe­ment. L’internet mobile, le cloud, le big data, les appli­ca­tions, les appa­reils intel­li­gents et la pre­mière géné­ra­tion d’automation indus­trielle sont des tech­no­lo­gies matures qui peuvent ser­vir de fon­da­tion pour accroître l’efficacité de toutes les indus­tries en pro­cu­rant connec­ti­vi­té et ges­tion infor­ma­tique. Les pro­chaines tech­no­lo­gies à venir sont l’intelligence arti­fi­cielle, les réseaux 5G, la fabri­ca­tion digi­tale, les cap­teurs intel­li­gents, le déploie­ment à large échelle de l’internet des objets et les drones. Cela per­met­tra un niveau sup­plé­men­taire de dimi­nu­tion des émis­sions avant 2030. Enfin viennent les tech­no­lo­gies qui sont actuel­le­ment à une phase rela­ti­ve­ment pré­coce de leur déve­lop­pe­ment – la blo­ck­chain, l’expérience d’immersion vir­tuelle et de réa­li­té aug­men­tée, les impres­sions 3D, l’édition de gènes, la robo­tique avan­cée et les assis­tants digi­taux. À ce stade, il est impos­sible de quan­ti­fier leur impact poten­tiel sur les émis­sions, mais on peut l’estimer très impor­tant. »

Notez le mot « expo­nen­tiel » dans le titre. Crois­sance expo­nen­tielle. Action cli­ma­tique expo­nen­tielle. Taux d’extinction expo­nen­tiel. On estime que toute cette nou­velle tech­no­lo­gie uti­li­se­ra jusqu’à 1/5 de l’électricité mon­diale d’ici 2025, ce qui rend absurde leur pré­ten­tion selon laquelle l’augmentation de l’efficacité éner­gé­tique per­met­tra une dimi­nu­tion de la consom­ma­tion ou des émis­sions. En outre, la plu­part de ces choses sont des armes et des tech­no­lo­gies de sur­veillance. Ce plan n’a rien à voir avec une décrois­sance de la pol­lu­tion et de la des­truc­tion indus­trielle du vivant, et tout à voir avec la guerre, la sur­veillance, la mani­pu­la­tion et le contrôle des popu­la­tions. Je sens qu’il me faut répé­ter, en lettres majus­cules que CES CHOSES SONT DES ARMES. Et tout cela est avan­cé sous l’égide de l’action cli­ma­tique.

La fabri­ca­tion d’armes serait une réponse tout à fait appro­priée à la dévas­ta­tion envi­ron­ne­men­tale en cours si ces armes étaient uti­li­sées par des êtres vivants pour leur auto­dé­fense. Si elles ser­vaient à mettre hors d’état de nuire les indus­triels en train de rava­ger le monde dont nous dépen­dons. Mais ici, c’est le contraire qui se pro­duit : les indus­triels uti­lisent des armes pour atro­phier notre huma­ni­té, contrô­ler nos actions et nos pen­sées, et même nos gènes. Voi­ci l’ultime dys­to­pie pan­op­tique : des smart cities (villes « intel­li­gentes »), des comp­teurs intel­li­gents, des réseaux élec­triques intel­li­gents, des appa­reils connec­tés, la recon­nais­sance faciale, l’enregistrement de nos moindres mou­ve­ments, de chaque inter­ac­tion et chaque tran­sac­tion. Un monde où nous par­lons à des machines plus sou­vent qu’avec des humains, et où nous ne par­lons défi­ni­ti­ve­ment plus avec les arbres et les esprits. Un monde où même les lam­pa­daires parlent avec vous, et où les arbres sont rem­pla­cés par des arbres « intel­li­gents ». Aucune pos­si­bi­li­té de dis­si­dence ou de résis­tance. Nous avons été ame­nés à qué­man­der notre propre sub­ju­ga­tion et oppres­sion [ce dont traite l’excellent livre de Jaime Sem­prun et René Rie­sel, Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable, NdE].

Si cela se pro­dui­sait dans le monde réel, celui où des per­sonnes pensent par elles-mêmes et agissent dans leur propre inté­rêt, la popu­la­tion se sou­lè­ve­rait et brû­le­rait cha­cune de ces mille entre­prises, et détrui­rait tout leur atti­rail et leurs infra­struc­tures. Mais ici, dans ce monde d’écrans, de pro­pa­gande tech­no-fan­tai­siste, où les seules pen­sées dis­po­nibles sur le mar­ché sont des illu­sions d’entreprises pro­duites en masse, on nous pré­sente un enfant dont le mes­sage est : « Je veux que vous pani­quiez », et nous nous exé­cu­tons.

Même si le dis­cours de Gre­ta était adres­sé aux délé­gués indus­triels pré­sents au Forum éco­no­mique mon­dial de Davos, et même si son inten­tion était d’en appe­ler à mettre un terme à l’avarice entre­pre­neu­riale et à la crois­sance éco­no­mique (ce qu’elle fit en Pologne, quelques semaines aupa­ra­vant, avant que ses « conseillers » ne se mettent à plus sérieu­se­ment cadrer ses dis­cours), la vidéo de son dis­cours a été pro­mue par le Forum éco­no­mique afin de pro­mou­voir un sen­ti­ment de peur et d’urgence, qui leur sert à pro­mou­voir leurs plans basés sur le mar­ché, l’industrie et la tech­no­lo­gie en guise de solu­tion aux pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Encore une fois, la résis­tance est coop­tée et trans­for­mée en pro­fits.

Ain­si que l’é­crit Cory Mor­ning­star : « Quel meilleur moyen de créer une demande pour quelque chose qui nuise à la fois à l’environnement et à la popu­la­tion que de la pré­sen­ter comme une solu­tion aux chan­ge­ments cli­ma­tiques, au tra­vers du doux et inno­cent visage de Gre­ta Thun­berg. La réa­li­té sens des­sus des­sous, l’industrie n’a plus à impo­ser sa volon­té à la popu­la­tion – qui se charge elle-même de se l’imposer via Avaaz & Co. Les gens sont ain­si ame­nés à deman­der les fausses solu­tions que le milieu des affaires pré­pare et pro­meut depuis des années, des décen­nies. »

[Soit la défi­ni­tion même, encore une fois, de l’astro­tur­fing, lié au concept de fabri­ca­tion du consen­te­ment déve­lop­pé par Edward Her­man, Noam Chom­sky et d’autres, NdE].

Kim Hill


La par­tie IV se pen­che­ra sur les façons dont la rébel­lion pour­rait être retour­née pour ser­vir la Vie plu­tôt que le Pro­fit, sur les bases d’une action effi­cace.

Tra­duc­tion : Oli­vier Len­nerts, William Blake

Édi­tion : Nico­las Casaux

Cor­rec­tion : Lola Bear­zat­to

Comments to: À propos d’Extinction Rebellion – Partie III : La 4e Révolution industrielle (par Kim Hill)

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