Le texte qui suit a initia­le­ment été publié sur le site de PMO (Pièces et main-d’oeuvre), à l’adresse suivante.


Aler­tez les bébés !

Objec­tions aux progrès de l’eu­gé­nisme et de l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion de l’es­pèce humaine

Ce mois d’oc­tobre 2019 verra donc l’en­re­gis­tre­ment légal par le parle­ment français — sauf chute d’une comète sur le Palais Bour­bon — d’un coup de force élar­gis­sant à toutes les femmes, fertiles ou stériles, seules ou en couple (ou en « trouple », ou en troupe, etc.), l’ac­cès à la fécon­da­tion in labo, prise en charge par une équipe médi­cale et par la sécu­rité sociale.

Ce succès, dû à une conver­gence de mouve­ments, ne s’ar­rê­tera pas là.

Nous qui ne sommes ni croyants, ni catho­liques, ni de droite (ce qui n’au­rait rien d’in­fâ­mant), mais de simples chim­pan­zés du futur, athées, libres penseurs, anti-sexistes, écolo­gistes radi­caux, luddites, etc. — comme la plupart de nos lecteurs — expo­sons à cette occa­sion les raisons de notre oppo­si­tion, à toute repro­duc­tion et modi­fi­ca­tion arti­fi­cielles de l’hu­main.

Que ce soit pour les homos ou les hété­ros, seuls ou en couples, avec ou sans père. C’est clair ?

Et pour que ce soit encore plus clair, nous le faisons avec des femmes, des fémi­nistes et des lesbiennes. Celles du Femi­nist Inter­na­tio­nal Network of Resis­tance to Repro­duc­tive and Gene­tic Engi­nee­ring, par exemple, qui, dès les années 1980, combat­tait les « tech­no­lo­gies déshu­ma­ni­santes » et le génie géné­tique et repro­duc­tif, « produit de déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques qui consi­dèrent le monde comme une machine. »

L’in­sé­mi­na­tion arti­fi­cielle des femmes — arti­sa­nale ou médi­cale — pratiquée depuis le XIXe siècle, préser­vait encore le hasard de l’en­gen­dre­ment. À l’in­verse, avec la fécon­da­tion hors corps et le tripa­touillage de gamètes dans une boîte de Pétri, la repro­duc­tion biolo­gique devient une produc­tion arti­fi­cielle, dont le vivant est la matière première.

Depuis les années 1970, les méde­cins ont de leur propre chef appliqué ces procé­dés aux femmes stériles puis aux fertiles. Ils trient les gamètes, sélec­tionnent les embryons. Déjà, ils modi­fient les génomes à l’aide des « ciseaux géné­tiques » CRISPR-Cas 9. En clair, ils élaborent des hommes « augmen­tés » (trans­hu­mains, post­hu­mains, etc.), ayant béné­fi­cié de leurs trai­te­ments ; et donc des sous-hommes, des « chim­pan­zés du futur », ceux dont les parents auront refusé ces trai­te­ments ou n’y auront pas eu accès. Retour de l’« hygiène de la race » et de l’eu­gé­nisme décom­plexé. Et vous, aurez-vous des enfants ? « Augmen­tés » ou ordi­naires ? Posthu­mains ou chim­pan­zés ? Par les voies natu­relles ou arti­fi­cielles ?

La loi de bioé­thique votée en 1994, autant violée par les méde­cins, qui repoussent toujours plus les limites de leurs prouesses, que par les « parents d’in­ten­tion », adeptes du « tourisme procréa­tif » afin de contraindre l’État à rati­fier leurs trans­gres­sions, en est à sa troi­sième révi­sion. En atten­dant que la quatrième ou cinquième révi­sion de cette loi bio-élas­tique n’étende égale­ment l’ac­cès à la repro­duc­tion arti­fi­cielle aux couples d’hommes et aux hommes seuls.

Nous protes­tons donc, en tant qu’hu­mains ordi­naires, membres de l’im­mense majo­rité de l’es­pèce, dotés depuis nos origines de facul­tés de repro­duc­tion natu­relles (libres, sexuées, gratuites — et parfois défaillantes), contre l’ins­tau­ra­tion de ces procé­dures arti­fi­cielles (tech­nico-marchandes), et contre la destruc­tion et l’ap­pro­pria­tion de nos droits repro­duc­tifs, aux mains des biocrates. Nous protes­tons contre notre stéri­li­sa­tion tech­no­lo­gique et sociale au profit de l’es­pèce supé­rieure des inhu­mains géné­tique­ment modi­fiés.

Nous sommes nos corps. Nous, humains ordi­naires, animaux poli­tiques et chim­pan­zés du futur. Nous voici donc en état de légi­time défense. Sommés d’agir ou dispa­raître.

Que si nous dispa­rais­sons, la victoire des plus aptes se révé­lera sans avenir. Le contrat tech­no­so­cial est un marché de dupe. Croyant s’af­fran­chir, l’homme-machine s’as­ser­vit. Croyant domi­ner, il obéit. Quand on utilise les moyens tech­no­lo­giques, on donne le pouvoir aux tech­no­crates. Quand on utilise les moyens biotech­no­lo­giques, on donne le pouvoir aux biocrates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pouvoir à la Mère-Machine.

Sommaire : 1– L’hy­po­cri­sie sélec­tion­niste. 2– Exten­sion de l’eu­gé­nisme. 3– De l’en­fant arti­fi­ciel à l’es­pèce arti­fi­cielle. 4– La fabri­ca­tion plutôt que la nais­sance. 5– Droiche-gaute : le faux clivage qui masque les vrais. 6– Décou­vrons le complot hétéro. 7– La repro­duc­tion sans homme, une augmen­ta­tion trans­hu­ma­niste. 8– Élimi­ner l’hu­main pour élimi­ner l’er­reur. 9– Le fait accom­pli comme contrat social : le droit du plus fort. 10– La liberté de dispo­ser d’un corps obso­lète. 11– Au-delà des limites : trans­for­ma­tion du désir en droit (mon désir sera ta loi). 12-Mère-Machine s’oc­cu­pera de tout (mater­nage et infan­ti­lisme tech­no­lo­giques). Glos­saire: Novlangue de la repro­duc­tion arti­fi­cielle.

Si certains passages vous donnent une impres­sion de déjà-lu, c’est normal. Ceci est une version réduite, augmen­tée, revue, corri­gée et mise à jour de Repro­duc­tion arti­fi­cielle pour toutes : le stade infan­tile du trans­hu­ma­nisme, publié en juin 2018.

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2019 sera donc l’an­née de l’ac­cès à la repro­duc­tion arti­fi­cielle sans critère de stéri­lité (mais rembour­sée par la sécu­rité sociale). L’an­née où le parle­ment aura auto­risé la créa­tion d’em­bryons trans­gé­niques et de gamètes arti­fi­ciels, cepen­dant que les labo­ra­toires et start up français pour­sui­vaient leurs efforts en matière de séquençage géné­tique à haut débit et de big data géné­tique.

Cela s’ap­pelle la bioé­thique : un proces­sus ultra-rapide d’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion de l’es­pèce humaine validé par la loi. Un sas d’en­re­gis­tre­ment légis­la­tif de l’em­bal­le­ment tech­no­lo­gique et du boule­ver­se­ment perpé­tuel de nos condi­tions de vie. En l’oc­cur­rence, du mode de produc­tion des enfants à venir et des amélio­ra­tions possibles de ces produits, en fonc­tion du progrès des mani­pu­la­tions géné­tiques et des desi­de­rata des parents d’in­ten­tion.

Ni les débats parle­men­taires, ni les rapports des juri­dic­tions admi­nis­tra­tives, ni les consul­ta­tions citoyennes ne peuvent masquer la réalité : c’est la tech­no­lo­gie qui déter­mine l’ave­nir de nos socié­tés et désor­mais, de l’es­pèce humaine. C’est là le résul­tat d’un putsch des biocrates, dont l’im­mu­no­logue Jean-François Delfraissy, président du Comité consul­ta­tif natio­nal d’éthique, est le porte-parole :

« La science avance, en effet. Je fais partie de ces gens qui pensent qu’on ne peut pas l’ar­rê­ter, qu’on ne doit pas l’ar­rê­ter. […] Il y a des inno­va­tions tech­no­lo­giques qui sont si impor­tantes qu’elles s’im­posent à nous[1]. »

Nous refu­sons quant à nous que des inno­va­tions tech­no­lo­giques s’im­posent à nous, plus encore si elles sont impor­tantes, et c’est pourquoi nous nous oppo­sons à toute repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main, comme à toute biolo­gie synthé­tique[2].

Avec l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion tactique du « désir d’en­fant » par les biocrates, c’est le projet eugé­niste (trans­hu­ma­niste) de machi­na­tion de l’es­pèce humaine qui se déploie derrière un rideau de fumée senti­men­tal. Nous parlons de notre dispa­ri­tion en tant qu’hu­mains ordi­naires inscrits dans l’his­toire natu­relle de la « géné­ra­tion conti­nue » (Aris­tote), évin­cés par une espèce auto­ma­chi­née, produite, sélec­tion­née et modi­fiée en labo­ra­toire ; une espèce adap­tée à son tech­no­tope arti­fi­ciel. Si l’ef­fon­dre­ment écolo­gique et le chaos clima­tique faisaient douter de la persis­tance de géné­ra­tions futures, ces progrès de la repro­duc­tion arti­fi­cielle soute­nus par la tech­no­cra­tie diri­geante lèvent les derniers doutes.

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1– L’hy­po­cri­sie sélec­tion­niste

Rappel. Le mot « euge­nics » (du grec bien engen­drer) est forgé en 1883 par Galton, le cousin de Darwin, pour dési­gner la « science de l’amé­lio­ra­tion de la race ». Comme la plupart des scien­ti­fiques de l’époque, Galton défend la sélec­tion humaine arti­fi­cielle : le tri de ceux qui peuvent se repro­duire ou non. En fait, nous dit l’his­to­rien des sciences André Pichot, au début du XXe siècle, « la quasi-tota­lité des géné­ti­ciens et des évolu­tion­nistes, et une bonne partie des autres biolo­gistes et des méde­cins, ont été eugé­nistes[3]. » Le scien­tisme triom­phant affiche sa volonté de puis­sance : les savants peuvent faire mieux que l’évo­lu­tion natu­relle, en maîtri­sant les facteurs de la repro­duc­tion humaine. La science amélio­rera le chep­tel humain, comme elle l’a fait pour le bétail non humain.

Dès 1907 certains États améri­cains, et dans les années 1920–30 la Suède, le Dane­mark, le Canada, le canton de Vaud, le Japon, l’Al­le­magne, adoptent des lois eugé­nistes, stéri­li­sant malades mentaux, handi­ca­pés, « dégé­né­rés » suppo­sés affai­blir l’es­pèce par trans­mis­sion héré­di­taire de leurs tares. Selon les études citées par A. Pichot, entre 350 et 400 000 Alle­mands sont stéri­li­sées entre 1934 et 1945. À partir de 1939, Hitler ordonne l’ex­ter­mi­na­tion (dite « eutha­na­sie ») de dizaines de milliers de malades mentaux dans des chambres à gaz puis lors d’opé­ra­tions d’« eutha­na­sie sauvage ». En 1941, alors que les crimes alle­mands sont connus — et dénon­cés par l’Église catho­lique — le biolo­giste eugé­niste anglais Julian Huxley (frère d’Al­dous) écrit : « l’eu­gé­nique devien­dra inévi­ta­ble­ment une partie inté­grante de la reli­gion de l’ave­nir[4]. »

Après-guerre, la plupart des méde­cins coupables échappent à tout procès, l’eu­gé­nisme est nié comme crime contre l’hu­ma­nité et l’ex­ter­mi­na­tion des malades refou­lée dans l’ou­bli. Julian Huxley, devenu premier direc­teur de l’Unesco, pour­suit sa prédi­ca­tion : « Nous, humains, nous sommes les agents de l’évo­lu­tion à venir […]. L’idée eugé­niste peut deve­nir un motif d’agir et une raison d’es­pé­rer[5]. »

Le projet d’amé­lio­ra­tion de l’es­pèce humaine par les moyens scien­ti­fiques n’a jamais disparu. Il s’est au contraire enri­chi des progrès techno-scien­ti­fiques. Il porte désor­mais les noms de « trans­hu­ma­nisme », lancé en 1957 par Julian Huxley et Teil­hard de Char­din[6], de « concep­tion humaine consciente » ou de « choix germi­nal », et jouit des percées du génie géné­tique.

Le tri et la modi­fi­ca­tion des humains à naître sont toujours soute­nus avec ferveur par les scien­ti­fiques, du prix Nobel James Watson (« Si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’ad­di­tion de gènes […], pourquoi s’en priver ? »), au paléoan­thro­po­logue Yves Coppens (« L’ave­nir est superbe. La géné­ra­tion qui arrive va apprendre à peigner sa carte géné­tique, à accroître l’ef­fi­ca­cité de son système nerveux, à faire les enfants de ses rêves […] »), en passant par le géné­ti­cien du Télé­thon Daniel Cohen (« À bas la dicta­ture de la sélec­tion natu­relle, vive la maîtrise humaine du vivant ! »), ou son acolyte Miro­slav Radman qui en appelle à « l’homme trans­gé­nique »[7].

Dans l’his­toire des sciences et tech­no­lo­gies et de leur influence sur la société, l’eu­gé­nisme précède la repro­duc­tion arti­fi­cielle. La situa­tion n’est pas celle d’un eugé­nisme menaçant les tech­no­lo­gies repro­duc­tives de « dérive », mais celle d’une tech­no­lo­gie qui dérive de l’eu­gé­nisme. Tout progrès de la repro­duc­tion arti­fi­cielle fait progres­ser l’eu­gé­nisme, d’un point de vue concret, maté­riel, et du point de vue idéo­lo­gique, dans les consciences.

Cela vous choque ? Sans doute seriez-vous choqués qu’une société décrète les albi­nos indé­si­rables. Vous parta­gez la révolte du chan­teur malien Salif Keita contre les assas­si­nats, en Afrique, de personnes à la peau et aux cheveux dépig­men­tés : « Les albi­nos naissent et gran­dissent comme tout le monde. Ils ont besoin d’être aimés et consi­dé­rées comme des personnes normales[8] ».

Rava­lez vos bons senti­ments. En France, le centre de diagnos­tic préim­plan­ta­toire (DPI) de l’hô­pi­tal Necker à Paris détecte les gènes de l’al­bi­nisme sur des embryons avant leur implan­ta­tion in utero[9], afin de leur éviter cette exis­tence de « personnes normales » que reven­dique Salif Keita. Les eugé­nistes des années 1930 et 40 débat­taient déjà des « vies dignes d’être vécues ou non ». Le DPI actua­lise les vieilles méthodes de sélec­tion arti­fi­cielle, par le diagnos­tic géné­tique des parents avant la fécon­da­tion in vitro : on sait ainsi qui risque de mal engen­drer (« caco­gé­nisme »). Essayez de donner vos gamètes si vous avez une anoma­lie géné­tique. Le parle­ment français a léga­lisé le DPI en 1994 lors de la première loi de bioé­thique, puis élargi son champ d’ap­pli­ca­tion en 2004. Ainsi, explique benoî­te­ment la mission d’in­for­ma­tion sur la révi­sion de cette loi bio-élas­tique en 2019 : « l’is­sue du DPI est un tri d’em­bryons, à savoir la sélec­tion parmi plusieurs d’un embryon dépourvu de l’af­fec­tion géné­tique recher­chée[10] ».

L’ex­ten­sion de l’eu­gé­nisme ne soulève plus d’objec­tion ; les sélec­tion­nistes ont gagné.

Le tri sélec­tif par diagnos­tic préna­tal (en début de gros­sesse) éradique déjà les triso­miques, dont l’es­pé­rance de vie atteint pour­tant 60 ans, mais qui demandent de l’atten­tion. Les rares triso­miques resca­pés du crible tech­no­lo­gique savent qu’ils ne sont pas les bien­ve­nus à Gattaca, une société qui sélec­tionne ses fœtus. Au temps pour le « droit à la diffé­rence » dont se targuent nos mora­listes inclu­sifs.

Les Rantan­plan du « retour aux heures sombres de notre histoire » ratent ce fait histo­rique : nos démo­cra­ties pour­suivent l’objec­tif d’Hit­ler de suppri­mer les « malades mentaux ». De façon moderne, au stade embryon­naire ou fœtal, dans la blan­cheur clinique des labo­ra­toires et l’ap­pro­ba­tion silen­cieuse de la masse vain­cue par le progrès. Comme dit le bioé­thi­cien trans­hu­ma­niste Julian Savu­lescu, l’eu­gé­nisme, tout dépend l’usage qu’on en fait :

« L’eu­gé­nisme signi­fie juste avoir un meilleur enfant. Cette idée est bien vivante aujourd’­hui. Quand les gens dépistent durant la gros­sesse le syndrome de Down ou un handi­cap intel­lec­tuel, c’est de l’eu­gé­nisme. Le problème de l’eu­gé­nisme nazi est qu’il n’était pas volon­taire. Les gens n’avaient pas le choix. Aujourd’­hui, ils peuvent choi­sir d’uti­li­ser les fruits de la science pour prendre ces déci­sions de sélec­tion[11]. »

Au moins les trans­hu­ma­nistes assument-ils. À l’in­verse de René Fryd­man, opéra­teur du premier bébé-éprou­vette français, et des Tartuffe de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, selon lesquels il n’y aurait pas d’eu­gé­nisme sans contrainte étatique. Chuin­te­ment du profes­seur Jean-Louis Touraine, rappor­teur de la loi de bioé­thique 2019 : « L’objet du DPI, comme du DPN [NdA : diagnos­tic préna­tal], est de faire naître des enfants en bonne santé et non d’amé­lio­rer l’es­pèce humaine[12] ». Et le chœur progres­siste : « Tous ceux qui recourent à la PMA ne sont pas trans­hu­ma­nistes, ils veulent juste un enfant ! »

Ainsi, l’eu­gé­nisme se dissou­drait dans la multi­tude des choix indi­vi­duels sans consi­dé­ra­tions sur leurs effets quant à l’ave­nir de l’es­pèce. On recon­naît la « direc­tion d’in­ten­tion » des jésuites que raillait Pascal dans ses Provin­ciales. Nous n’avons pas trans­gressé l’in­ter­dit, la trans­gres­sion s’est produite à notre insu ; ce n’était pas notre inten­tion, juste une fâcheuse consé­quence : nous serons donc absous. Pour plagier Bossuet, « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Mais les « parents d’in­ten­tion » ne les déplorent même pas : ils se fichent des dégâts colla­té­raux, poli­tiques et anthro­po­lo­giques, de leurs désirs indi­vi­duels. D’ailleurs, ceux qui achètent du Nutella à l’huile de palme ne veulent pas défo­res­ter la planète, ils veulent juste un bon goûter.

Suppri­mer le mot ne supprime pas la chose. Au contraire cette censure permet-elle « à la science de déve­lop­per dans l’ombre ses dimen­sions tota­li­taires[13] ». Comme le dit André Pichot, suppri­mer les mots « race » ou « sexe » ne supprime ni les races ni le sexe. Et a fortiori ni le racisme, ni le sexisme. On peut s’il vous plaît rempla­cer « race » par « groupe ethnique », « sexe » par « genre » et « eugé­nisme » par « choix indi­vi­duel ». « Ces messieurs croient avoir changé les choses quand ils en ont changé les noms. Voilà comment ces profonds penseurs se moquent du monde[14] » (Engels).

À propos, écou­tons la ministre de la santé Agnès Buzyn, s’inquié­tant qu’un possible dépis­tage de la triso­mie 21 par DPI nous entraîne vers « une société qui triera les embryons[15] ». Rappe­lons à cette ministre éthique que les tech­ni­ciens trient déjà les embryons, et que 97 % des fœtus porteurs de triso­mie sont élimi­nés. Ce qu’elle feint de craindre, c’est ce qu’on fait déjà.

En fait, explique le philo­sophe Jürgen Haber­mas, choi­sir votre reje­ton fait de vous un eugé­niste libé­ral[16]. Vous suivez votre goût person­nel pour les bébés de tel ou tel modèle, sur un marché libre et concur­ren­tiel. La dicta­ture du marché se substi­tue à la dicta­ture de l’État pour pres­crire les normes des produits dési­rables. Et la tech­no­lo­gie commande au marché en lui impo­sant sans cesse des produits et des procé­dés nouveaux et amélio­rés. Le darwi­nisme social s’ac­tua­lise au moyen de la tech­no­lo­gie ; il est la version libé­rale de l’eu­gé­nisme. Aussi, rappelle Haber­mas, même fondé sur le désir indi­vi­duel, le choix des indi­vi­dus à naître s’ap­pelle l’eu­gé­nisme :

« Si l’ha­bi­tude se prend de recou­rir à la biotech­no­lo­gie pour dispo­ser de la nature humaine au gré de ses préfé­rences, il est impos­sible que la compré­hen­sion que nous avons de nous-mêmes du point de vue d’une éthique de l’es­pèce humaine en sorte intacte[17]. »

L’ha­bi­tude se prend, comme le rapporte l’Agence française de biomé­de­cine (bilan 2016) :

« Outre les anoma­lies de struc­ture déce­lées en cyto­gé­né­tique, 246 mala­dies géné­tiques diffé­rentes ont béné­fi­cié d’une mise au point en vue d’un DPI, dont 25 nouvelles indi­ca­tions de mala­dies géné­tiques. » Parmi lesquelles, donc, l’al­bi­nisme.

Qui a décidé de ces indi­ca­tions ? Après quelles déli­bé­ra­tions ? Sur quels critères ? Les experts médi­caux des quatre (désor­mais cinq) centres français de diagnos­tic préim­plan­ta­toire. Ceux-là mêmes qui depuis plus d’un siècle répandent l’idéo­lo­gie sélec­tion­niste du haut de leurs compé­tences et de leur pouvoir. L’État n’a nul besoin de lois eugé­nistes avec de tels méde­cins, ni avec un Comité consul­ta­tif natio­nal d’éthique qui recom­mande l’ex­ten­sion quasi géné­rale du dépis­tage précon­cep­tion­nel des futurs parents, même en l’ab­sence de toute indi­ca­tion préa­lable d’un risque préci­sé­ment iden­ti­fié[18].

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2– Exten­sion de l’eu­gé­nisme

L’in­sé­mi­na­tion arti­fi­cielle des femmes (avec assis­tance médi­cale ou non) préserve le hasard de l’en­gen­dre­ment. À l’in­verse avec la fécon­da­tion hors corps, dans une boîte de Pétri, la repro­duc­tion biolo­gique devient une produc­tion arti­fi­cielle, dont le vivant (gamètes, embryons) est la matière première à trans­for­mer. Qui dit produit dit analyse, contrôle qualité, amélio­ra­tion des procé­dés de fabri­ca­tion et, inévi­ta­ble­ment, amélio­ra­tion du produit. Il ne s’agit plus de faire un enfant, mais un « bon » enfant. En atten­dant un enfant aux normes ISO[19].

Si les béné­fi­ciaires de la PMA ont droit à un enfant en bonne santé, pourquoi pas les autres ? Pourquoi prendre le risque d’une procréa­tion aléa­toire quand la tech­no­lo­gie garan­tit la qualité du produit ? D’au­tant que l’eu­gé­nisme high tech n’éli­mine plus des personnes mais des embryons consi­dé­rés comme de simples maté­riaux. L’abs­trac­tion tech­nique soulage la conscience des comman­di­taires et faci­lite la sélec­tion. Parions que les vigies de l’éga­lité exige­ront cette liberté de choix pour tous­sé­toutes. Jean-François Delfraissy, président du Comité natio­nal d’éthique, confirme : « La tech­no­lo­gie est là, et à partir du moment où il y a une offre, il va y avoir des consom­ma­teurs[20]. »

Cela vaut pour l’en­fant sur-mesure, déjà dispo­nible à l’étran­ger pour les plus riches. Aux États-Unis, en Thaï­lande, dans la partie turque de Chypre, on choi­sit le sexe, la couleur des yeux, les apti­tudes de ses héri­tiers. Les clients, sauf certains sourds et certains nains, retiennent rare­ment des modèles atteints de handi­cap, ou risquant d’être très petits ou trop gros. Les Euro­péens préfèrent des filles, paraît-il. À voir cette vendeuse cali­for­nienne d’ovo­cytes sélec­tion­ner ses « donneuses » (vendeuses, en fait) comme d’autres choi­sis­saient leurs gagneuses, exami­ner leurs dents, poids et pedi­gree, on sent toute l’hu­ma­nité — et le fémi­nisme — du baby busi­ness[21].

C’est un lieu commun que la plupart des comman­di­taires feront de leur mieux pour doter leurs enfants des meilleures armes dans le combat de tous contre tous pour la réus­site. Certaines inno­va­tions apportent aux plus rapides un avan­tage concur­ren­tiel provi­soire (la résis­tance à certains virus, par exemple). Mais la course aux arme­ments ne peut cesser. Les suiveurs s’alignent au plus vite sur les précur­seurs et leurs normes supé­rieures, entraî­nant une unifor­mi­sa­tion provi­soire, en atten­dant qu’une énième inno­va­tion redonne le dessus aux précur­seurs.

La possi­bi­lité du choix en elle-même suscite le rejet des non conformes. Il faut vrai­ment avoir des parents indignes pour avoir été conçu avec autant de négli­gence. Pourquoi la société devrait-elle pallier l’ir­res­pon­sa­bi­lité paren­tale et prendre en charge les reje­tons défec­tueux. Les asso­cia­tions de handi­ca­pés déplorent déjà l’in­dif­fé­rence à leurs besoins. Cercle vicieux : si l’in­ser­tion des handi­ca­pés devient plus diffi­cile, nul parent ne pren­dra le risque d’avoir un enfant handi­capé. Ainsi se renforce l’im­por­tance de la sélec­tion arti­fi­cielle.

Le techno-capi­ta­lisme, ayant détruit les condi­tions natu­relles de la repro­duc­tion (libre, sexuée, gratuite), lui substi­tue des arti­fices payants. La sélec­tion et la repro­duc­tion arti­fi­cielles sont des marchés comme les autres. C’est ainsi que la commis­sion spéciale bioé­thique de l’As­sem­blée natio­nale a voté l’ou­ver­ture du recueil et de la conser­va­tion des gamètes aux établis­se­ments privés à but lucra­tif. Ce sont des dépu­tés méde­cins (Cyrille Isaac-Sibille, Olivier Véran, Brahim Hammouche) ou géné­ti­cien (Philippe Berta) qui ont défendu cette priva­ti­sa­tion[22]. Quoi d’éton­nant puisque cette commis­sion comprend un quart de dépu­tés exerçant une profes­sion médi­cale.

Si l’ou­ver­ture de la PMA à toute femme offre à ces marchés un nouveau champ d’ex­pan­sion, elle ne les crée pas : ils existent depuis les débuts de la procréa­tion tech­no­lo­gique. Ce que la Manif pour tous, qui distingue entre les « bons usages » de la PMA (pour les hété­ros) et les « mauvais » (« la PMA sans père ») feint d’igno­rer. Pour les cathos d’Al­liance Vita, « la PMA hors cas d’in­fer­ti­lité » entraî­ne­rait « l’ex­ploi­ta­tion de la “matière première repro­duc­tive” » et le risque eugé­niste[23]. Les faits contre­disent leur aveu­gle­ment volon­taire : le tri ne cesse de croître depuis 1994. Au point qu’il a fallu ouvrir en mars 2018 un cinquième centre de DPI français au CHU de Grenoble. « Les quatre premiers centres sont complè­te­ment débor­dés face à une forte demande et des délais d’at­tente de 18 mois à 2 ans[24]. » Un respon­sable greno­blois se féli­cite de la tendance : « Je n’ai pas d’inquié­tude sur le fait que nous allons rece­voir un nombre de demandes crois­sant au fur et à mesure que l’exis­tence du centre sera connue par nos collègues géné­ti­ciens et gyné­co­logues. Le nombre de demandes augmente déjà très rapi­de­ment[25]. »

L’offre crée la demande, comme le note l’Ins­ti­tut d’éthique biomé­di­cale de l’uni­ver­sité de Zürich : « Chez les pays ayant auto­risé le tri d’em­bryon, on observe une tendance nette à élar­gir de plus en plus les indi­ca­tions du recours à cette tech­nique. […] Dans le cas du DPI, le risque majeur est de se trou­ver dans une course impa­rable vers une nouvelle forme d’eu­gé­nisme[26]. »

C’est en toute connais­sance de cause, et dûment alerté par les « réac­tion­naires biocon­ser­va­teurs », que l’État a choisi l’eu­gé­nisme, d’une loi de bioé­thique à l’autre. Dès 1985, l’Amé­ri­caine Gena Corea, auteur de The Mother Machine[27], membre du réseau inter­na­tio­nal des fémi­nistes contre les tech­no­lo­gies de repro­duc­tion (Finr­rage), dénonçait la main­mise du pouvoir tech­no­lo­gique sur la procréa­tion. La FIV ne risque-t-elle pas de deve­nir la norme pour se repro­duire ?, inter­ro­geait-elle[28].

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3– De l’en­fant arti­fi­ciel à l’es­pèce arti­fi­cielle

Tout ce qui est tech­nique­ment possible est réalisé. L’heure est au big data géné­tique, aux gamètes arti­fi­ciels, aux bébés trans­gé­niques. En 2016, une équipe états-unienne a mis au point le premier bébé issu de la FIV « à trois parents », porteur de l’ADN nucléaire de ses parents et de l’ADN mito­chon­drial d’une donneuse. Le Royaume-Uni a auto­risé ce mode de concep­tion. Le projet de loi bioé­thique français lève l’in­ter­dit de créa­tion d’em­bryons trans­gé­niques en partie pour auto­ri­ser la FIV « à trois parents ».

Après le DPI, voici le séquençage géné­tique (scree­ning) des embryons, réclamé à grands cris en 2016 par 130 méde­cins et biolo­gistes français[29]. Selon Gregory Stock, ex-direc­teur du programme de méde­cine, tech­no­lo­gie et société à la faculté de santé publique d’UCLA :

« Le scree­ning des embryons par biopuces arri­vera dans la décen­nie et, au-delà des mala­dies, il permet­tra en effet de tester des apti­tudes, des tempé­ra­ments, des person­na­li­tés pourvu qu’ils comportent une part géné­tique, ce qui est en géné­ral le cas.[30] »

Le séquençage du génome est désor­mais « à haut débit ». Plus on analyse de profils ADN, plus les statis­tiques qu’on en tire disent de choses sur les indi­vi­dus. C’est le rôle des bases de données géné­tiques créées en Angle­terre, en Chine ou aux États-Unis — notam­ment par 23andme, célèbre société de séquençage d’Anne Wojci­cki (ex-épouse du patron trans­hu­ma­niste de Google Sergeï Brin), qui exploite deux millions de profils ADN[31]. Au Beijing Geno­mics Insti­tute, une équipe analyse le séquençage du génome de 2500 « génies » au quotient intel­lec­tuel supé­rieur à 160. « Nous sommes sûrs qu’a­vec assez de matière nous trou­ve­rons au moins une partie des gènes qui agissent sur le QI[32] ». Objec­tif : propo­ser aux couples ayant recours à la FIV de choi­sir l’em­bryon le plus intel­li­gent, et augmen­ter le PIB chinois en propor­tion du QI de la popu­la­tion.

La France, avec son « Plan méde­cine géno­mique 2025 », déve­loppe son propre big data géné­tique. Pour l’ac­cé­lé­rer, le Comité consul­ta­tif natio­nal d’éthique voudrait des diagnos­tics géné­tiques « en popu­la­tion géné­rale[33] » pour détec­ter les porteurs sains de patho­lo­gies et consti­tuer des bases de données françaises, exploi­tables par l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle. De façon « enca­drée » cela va de soi — avec l’ac­cord des indi­vi­dus — au moins dans un premier temps.

Le big data géné­tique aurait comblé Galton, le cousin eugé­niste de Darwin. Obsédé par la mesure mathé­ma­tique — des mensu­ra­tions, compor­te­ments et carac­tères trans­mis — il est le créa­teur de la biomé­trie et de la « psycho­mé­trie ». C’est en étudiant les statis­tiques sur les lignées qu’il veut perfec­tion­ner la sélec­tion arti­fi­cielle, préfi­gu­rant ainsi la géné­tique des popu­la­tions. Avec l’eu­gé­nisme, il élabore une théo­rie biolo­gique, mais aussi une méthode de gestion centra­li­sée du chep­tel humain par l’ex­ploi­ta­tion des données. Après lui en 1904, le biolo­giste améri­cain Daven­port, financé par la Carne­gie Insti­tu­tion, pour­suit la recherche sur l’eu­gé­nisme en dépouillant des millions de fiches sur les Améri­cains stockées dans le labo­ra­toire de Cold Spring Harbor.

Un siècle plus tard, les données sont numé­ri­sées, elles incluent des millions de génomes séquen­cés et leur trai­te­ment s’opère avec les moyens de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle.

Un outil perfor­mant, assurent les fonda­teurs de Geno­mic Predic­tion, pour la sélec­tion d’em­bryons selon la taille, le poids, la couleur de peau, la prédis­po­si­tion à certaines patho­lo­gies, voire le QI. D’après la revue du Massa­chu­setts Insti­tute of Tech­no­logy, cette start up améri­caine est finan­cée par des magnats trans­hu­ma­nistes de la Sili­con Valley et son patron, le bio-infor­ma­ti­cien danois Laurent Tellier, s’ins­pire du film Bien­ve­nue à Gattaca. Son asso­cié, Stephen Hsu, compte sur les « milliar­daires et les types de la Sili­con Valley » pour utili­ser sa tech­no­lo­gie et « faire des FIV même quand ils n’ont pas besoin de FIV[34] ». Ensuite, dit-il, le reste de la société suivra. Ceux qui en auront les moyens. De quoi réjouir le philo­sophe Nick Bostrom, co-fonda­teur de la World Tran­shu­ma­nist Asso­cia­tion et du Future of Huma­nity Insti­tute à l’uni­ver­sité d’Ox­ford :

« L’en­semble des traits qui peuvent être sélec­tion­nés ou élimi­nés va beau­coup s’étendre dans les deux prochaines décen­nies. Une tendance forte des progrès en géné­tique compor­te­men­tale est la chute rapide du coût du géno­ty­page et du séquençage des gènes. […] Tout trait dont l’hé­ri­ta­bi­lité est non négli­geable (y compris une capa­cité cogni­tive) pour­rait alors faire l’objet d’une sélec­tion[35]. »

Mieux que la sélec­tion, l’in­no­va­tion CRISPR-Cas9 promet la fabri­ca­tion sur-mesure. Ces ciseaux géné­tiques inven­tés par l’amé­ri­caine Jenni­fer Doudna et la française Emma­nuelle Char­pen­tier permettent de modi­fier « faci­le­ment » le génome des êtres vivants et de conce­voir des bébés géné­tique­ment modi­fiés (BGM). Couper, copier, coller, travail à façon. Nous n’ima­gi­nions pas en 2014, dans la première version de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main co-rédi­gée avec Alexis Escu­dero, que la course à l’hu­main géné­tique­ment modi­fié irait si vite.

En 2016, le Royaume-Uni et la Suède approuvent l’ex­pé­ri­men­ta­tion de CRISPR-Cas9 sur des embryons humains.

En 2017, les acadé­mies améri­caines des Sciences et de Méde­cine valident « l’édi­tion germi­nale » (modi­fi­ca­tion géné­tique des gamètes et des embryons) pour élimi­ner des mala­dies héré­di­taires graves.

En 2018, les premiers bébés géné­tique­ment modi­fiés naissent en Chine, provoquant les habi­tuelles condam­na­tions hypo­crites. Selon la MIT Tech­no­logy Review : « N’im­porte qui aurait pu prendre cette initia­tive. C’est si facile[36]. » Un cher­cheur russe annonce à l’été 2019 vouloir repro­duire l’ex­pé­rience[37] auprès de cinq couples dési­reux de ne pas trans­mettre leur surdité à leurs enfants. On parle ici de modi­fi­ca­tions géné­tiques trans­mis­sibles aux géné­ra­tions suivantes. De la créa­tion d’une nouvelle lignée d’hu­mains. Quoi de plus flat­teur pour la volonté de puis­sance des scien­ti­fiques ? Sicut dei — comme des dieux — enfin.

Autre espoir des bio-mani­pu­la­teurs : les gamètes arti­fi­ciels. À partir de cellules souches pluri­po­tentes induites[38], par exemple préle­vées sous la peau (mais aussi de cellules souches embryon­naires préle­vées sur des embryons à un stade très précoce), les labo­ra­toires déve­loppent indif­fé­rem­ment ovules et sper­ma­to­zoïdes. Finie la diffé­ren­cia­tion mâle/femelle, chacun peut produire les deux types de gamètes in vitro.

En 2016, une équipe japo­naise obtient des ovocytes de souris à partir de cellules souches, donnant nais­sance à des souri­ceaux.

En octobre 2018, des cher­cheurs chinois montrent que deux souris mâles peuvent engen­drer à partir de cellules souches, avec les outils d’édi­tion géné­tique et du clonage[39]. Selon des biolo­gistes de Mont­pel­lier, « cette nouvelle arme théra­peu­tique tient plus d’une réalité à venir que de la fiction[40]. »

La loi de bioé­thique ouvre la produc­tion de gamètes arti­fi­ciels en France. Le texte voté en commis­sion spéciale auto­rise, sauf oppo­si­tion du direc­teur géné­ral de l’Agence de biomé­de­cine, les proto­coles de recherche sur des cellules souches embryon­naires ou des cellules souches pluri­po­tentes induites « ayant pour objet la diffé­ren­tia­tion de ces cellules en gamètes, l’agré­ga­tion de ces cellules avec des cellules précur­seurs de tissus extra-embryon­naires ou leur inser­tion dans un embryon animal dans le but de son trans­fert chez la femelle[41]. »

D’une pierre deux coups, nous aurons des embryons trans­gé­niques humains/animaux. Comme les États-Unis et le Japon. Lequel a auto­risé en juillet 2019 le trans­fert de cellules souches humaines dans des ovocytes fécon­dés de rats et de souris, puis l’im­plan­ta­tion de ces embryons chimé­riques dans des utérus de femelles animales géné­tique­ment modi­fiées. L’objec­tif est d’y parve­nir ensuite avec des porcs, afin de produire des organes « humains » utili­sables comme gref­fons[42].

À l’ave­nir, les couples de femmes pour­ront se repro­duire et trans­mettre leur ADN, en appa­riant les ovocytes de l’une et les sper­ma­to­zoïdes issus des cellules souches de l’autre. Elles ne pour­ront faire que des filles, du moins tant que la tech­no­lo­gie ne leur gref­fera pas de chro­mo­some Y — mais n’est-ce pas enfin la libé­ra­tion de l’op­pres­sion patriar­cale ? Le rêve des Amazones enfin accom­pli ? Moyen­nant certes la soumis­sion au système techno-indus­triel, au marché biotech­no­lo­gique et au trans­hu­ma­nisme. Mais pourquoi vouloir trans­mettre ses propres gènes, comme dans la repro­duc­tion natu­relle, quand on prétend s’af­fran­chir de la biolo­gie ?

Avec les gamètes arti­fi­ciels, la dispo­ni­bi­lité d’ovo­cytes en nombre illi­mité permet­tra la produc­tion d’em­bryons en série, donc un choix décu­plé et une meilleure sélec­tion. Ce que le direc­teur du Center for Law and the Bios­ciences de Stan­ford, Henry Greely, nomme « DPI facile » dans un livre expli­cite paru en 2016 : The End of Sex and the Future of Human Repro­duc­tion[43]. Selon cet expert, la repro­duc­tion non sexuée devien­drait la norme d’ici 20 à 40 ans, chacun choi­sis­sant sa progé­ni­ture parmi 100 ou 200 embryons fabriqués à partir de ses gamètes arti­fi­ciels et testés pour éviter mala­dies, risque de mala­dies et risque de risque. « Je pense qu’il y a de gros, gros marchés, assez pour pous­ser le déve­lop­pe­ment [de la tech­no­lo­gie][44] », prédit-il, sans prendre de gros risques.

Mieux, la culture de gamètes in vitro permet d’en­vi­sa­ger la produc­tion accé­lé­rée de géné­ra­tions d’em­bryons pour obte­nir le bon indi­vidu, nous apprend le Jour­nal of Medi­cal Ethics :

« […] créer un embryon dont on déri­vera de nouveaux gamètes à partir de cellules souches déri­vées elles-mêmes de ces embryons, qui servi­ront ensuite à la créa­tion d’un nouvel embryon. En répé­tant ce proces­sus, les scien­ti­fiques pour­ront créer de multiples géné­ra­tions d’hu­mains “dans une éprou­vette”[45]. »

C’est ce qu’on nomme une boucle itéra­tive. Vous vous y ferez.

Les trans­hu­ma­nistes n’ont pas raté ces annonces disrup­tives. Nick Bostrom et Carl Shul­man : « Si la sélec­tion itéra­tive d’em­bryons devient possible, cela chan­gera complè­te­ment le coût et l’ef­fi­ca­cité de l’aug­men­ta­tion [NdA : l’« augmen­ta­tion » cogni­tive] par la sélec­tion. Passé l’in­ves­tis­se­ment initial, beau­coup d’em­bryons pour­raient être produits à partir de la dernière géné­ra­tion, pour être four­nis aux parents à bas prix[46]. »

Même jubi­la­tion devant les gamètes in vitro sur Slate.fr, version française d’un site libé­ral améri­cain, fondée par Jean-Marie Colom­bani, ex-direc­teur du Monde, et Jacques Attali : « L’État français saura-t-il se garder de prohi­ber des tech­niques qui promettent d’of­frir d’im­menses béné­fices tout en ne créant aucune victime[47] ? »

Greely le Cali­for­nien nous aver­tit tout sourire : « If you care about the future of our species, you should care about this[48]. » On peut choi­sir d’igno­rer ce qui arrive, ou le noyer sous des flots de jéré­miades siru­peuses, d’ap­pels à « l’ou­ver­ture » et à la « bien­veillance ». Les eugé­nistes, eux, promo­teurs d’un surhomme auto­ma­chiné ou défen­seurs des droits-à-tous-les-désirs-indi­vi­duels, n’au­ront aucune bien­veillance envers ceux qui, à l’ère du Tech­no­cène, choi­si­ront de rester humains. De lais­ser naître au hasard des enfants non conformes. On voit déjà derrière les masques des fausses victimes l’éter­nel mufle de la puis­sance impi­toyable.

Assez d’hé­si­ta­tions. Que ceux qui tiennent à leur huma­nité errante et faillible, hasar­deuse, impré­vue et si limi­tée, s’op­posent à voix haute à toute repro­duc­tion arti­fi­cielle. Qu’ils refusent ce putsch tech­no­lo­gique contre l’es­pèce humaine ; et pour commen­cer, tout don, toute vente de leurs gamètes ; tout séquençage de leur génome.

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4– La fabri­ca­tion plutôt que la nais­sance

Tant qu’à choi­sir, autant tout déci­der, tout maîtri­ser, tout program­mer. La volonté de toute-puis­sance s’enfle du progrès des tech­no­lo­gies de repro­duc­tion avec d’au­tant plus d’avi­dité qu’il s’agit de fabriquer des êtres vivants. — Maman, comment on fait les bébés ?

« Donner la vie » — enten­dez « trans­mettre la vie » —, pour les animaux poli­tiques comme pour les autres mammi­fères, consis­tait jusqu’ici à accom­plir à deux les opéra­tions néces­saires à l’ap­pa­ri­tion d’un troi­sième, en lais­sant faire des proces­sus auto­nomes, spon­ta­nés. Insup­por­table pour des aspi­rants-dieux dont le slogan est : « Rempla­cer le natu­rel par le plani­fié[49] ». La rage tech­ni­cienne de « mise en ordre ration­nelle du monde » (Gorz) n’a plus de raison d’épar­gner la nais­sance. Rappe­lez-vous Fran­ken­stein de Mary Shel­ley.

« Rempla­cer le natu­rel par le plani­fié », c’est substi­tuer au mouve­ment propre des étants l’ar­ti­fice et ses méca­nismes program­més. Une destruc­tion créa­trice censée répa­rer chez les enne­mis de l’hu­main la « honte promé­théenne » (Günther Anders)

« […] d’être devenu plutôt que d’avoir été fabriqué. Il a honte de devoir son exis­tence — à la diffé­rence des produits qui, eux, sont irré­pro­chables parce qu’ils ont été calcu­lés dans les moindre détails — au proces­sus aveugle, non calculé et ances­tral de la procréa­tion et de la nais­sance. Son déshon­neur tient donc au fait d’”être né” […][50]. »

Le verbe « naître » vient du latin nasci, qui donne égale­ment « croître, pous­ser » pour les végé­taux, mais aussi « commen­cer ». Natura signi­fie à la fois « nais­sance » et « nature ». Le natu­rel est ce qui naît, par oppo­si­tion à l’ar­ti­fi­ciel, qui est fabriqué. En grec, Aris­tote utilise phusis (« nature ») pour dési­gner les choses qui contiennent en elles-mêmes leur prin­cipe de déve­lop­pe­ment, à l’in­verse des arte­facts :

« En effet, les étants par nature ont tous mani­fes­te­ment en eux-mêmes un prin­cipe de mouve­ment et de repos, les uns selon le lieu, les autres selon la crois­sance et la décrois­sance, les autres encore selon l’al­té­ra­tion[51]. »

C’était avant le progrès. Désor­mais, on peut lire sous la plume d’une Madame Spranzi, maîtresse de confé­rences en histoire, philo­so­phie et éthique des sciences, une autre défi­ni­tion :

« La PMA valo­rise au contraire le natu­rel si l’on oppose ce terme non à arti­fi­ciel, mais à conven­tion­nel. […] La méde­cine permet au désir on ne peut plus natu­rel d’en­fan­ter d’être enfin réalisé […] indé­pen­dam­ment même de la capa­cité biolo­gique de le faire : l’ap­port de la science ne change rien au carac­tère “natu­rel” de la PMA[52]. »

Et si on oppose « Marta Spranzi », non à « philo­sophe » (Simone Weil, Hannah Arendt) mais à « fumiste concep­tuelle », la confu­sion rhéto­rique permet au désir on ne peut plus natu­rel de se rendre inté­res­sante d’être enfin réalisé, indé­pen­dam­ment même de ses capa­ci­tés morales.

Jusqu’ici, les humains de nais­sance composent avec du donné dont une part échappe à toute volonté. La Fortune imper­son­nelle attri­bue ses lots à l’aveugle. Savoir que nous ne devons à personne la couleur de nos yeux, le son de notre voix et nos traits physio­lo­giques, garan­tit notre liberté indi­vi­duelle (dans certaines condi­tions sociales, bien sûr). Nous deve­nons des indi­vi­dus en agis­sant à partir de ce donné. Comme le dit l’his­to­rien Marcel Gauchet :

« Prendre en charge cette contin­gence et la soli­tude qui s’y attache, c’est ce qui fonde notre capa­cité d’in­dé­pen­dance psychique, c’est là que se joue la consti­tu­tion de l’iden­tité person­nelle[53]. »

« Donner vie » à un enfant fabriqué, à l’in­verse de « donner la vie », est un abus de pouvoir. Si mon concep­teur choi­sit mes carac­tères géné­tiques selon son propre désir, il déter­mine en partie ma personne physique et ma person­na­lité morale et devient pour moi la figure du destin. D’au­tant plus que je suis censé être en dette envers lui pour ses choix, forcé­ment les meilleurs pour moi. Y compris s’il m’a programmé sourd (ou nain) pour lui ressem­bler, à l’image de ce couple de lesbiennes cana­diennes qui a utilisé le sperme d’un ami sourd congé­ni­tal pour produire deux enfants égale­ment sourds (les banques de sperme refu­sant les gamètes des handi­ca­pés)[54]. D’où les rela­tions despo­tiques entre program­meur et programmé : des liens de subor­di­na­tion impla­cables[55].

Certes nous dépen­dons d’au­trui pour deve­nir un humain, un animal social, dans un monde façonné par d’autres avant nous. Mais tout homme reçoit sa liberté d’ac­tion avec sa nais­sance. L’hu­ma­nité renaît avec chaque homme. Par le seul fait de sa nais­sance, chacun peut créer un « commen­ce­ment » (Arendt), c’est-à-dire agir en étant davan­tage que le produit d’une socia­li­sa­tion.

En élimi­nant le hasard, le design de l’en­fant détruit les fonde­ments de cette liberté. Mais pour les trans­hu­ma­nistes enne­mis de l’im­prévu, la liberté est un choix de consom­ma­teur entre des modèles plus ou moins inter­chan­geables, en libre-service, et garan­tis sur facture.

James Hughes, bioé­thi­cien trans­hu­ma­niste, fonda­teur de l’Ins­ti­tute for Ethics and Emer­ging Tech­no­lo­gies :

« Si vous sélec­tion­nez, sur cata­logue, la plupart des gènes de votre enfant, cette sélec­tion renfor­ce­rait proba­ble­ment l’im­por­tance de vos liens parento-sociaux avec vos enfants.[56] »

Nick Bostrom, co-fonda­teur de la World Tran­shu­ma­nist Asso­cia­tion et du Future of Huma­nity Insti­tute à l’uni­ver­sité d’Ox­ford :

« Peut-être l’amé­lio­ra­tion germi­nale conduira à plus d’amour et d’at­ta­che­ment paren­taux. Peut-être certains pères et mères trou­ve­ront plus facile d’ai­mer un enfant qui, grâce aux amélio­ra­tions [géné­tiques], sera brillant, beau et en bonne santé[57]. »

Au temps pour l’au­to­no­mie psychique et le droit de choi­sir leur voie des êtres-marchan­dises ainsi fabriqués. On leur souhaite de corres­pondre à la commande de leurs acqué­reurs, sinon gare aux liens parento-sociaux. Quand on inves­tit dans un spéci­men, ce n’est pas pour qu’il vous échappe dès l’âge de 15 ans.

Une psycha­na­lyste de notre connais­sance nous écrit que son cabi­net et ceux de ses confrères sont « remplis de gens qui ont eu trop de parents ». Nombre d’entre vous, lecteurs, voient sûre­ment ce qu’elle veut dire. On ne peut qu’y songer à la lecture des exigences consu­mé­ristes des trans­hu­ma­nistes ou des parents d’in­ten­tion. Ou à l’écoute du député méde­cin Jean-Louis Touraine, rappor­teur de la loi bioé­thique : « Il y a là une prépa­ra­tion prolon­gée, un désir d’en­fant. Et cet enfant très attendu, désiré, va bien se déve­lop­per et sera l’objet de beau­coup d’at­ten­tion et de beau­coup d’amour[58]. » Vive­ment la liberté.

Quelle stig­ma­ti­sa­tion pour les enfants du hasard, dans ces discours et publi­ci­tés siru­peuses pour les enfants dési­rés, préten­dus plus heureux et équi­li­brés que les autres. Les enfants du hasard emmerdent le profes­seur Touraine (et ses chou­chous).

***

5– Droiche / gaute : le faux clivage qui masque les vrais

Quiconque écoute France Inter ou France Culture, lit Le Monde, Les Inrocks ou Libé, a les idées claires et sait distin­guer le camp du bien du camp du mal, grâce à quelques mots-clés faciles à rete­nir. Le débat sur la repro­duc­tion arti­fi­cielle oppose d’une part la « sainte alliance réac­tion­naire[59] », selon la prési­dente du conseil de surveillance de Publi­cis, Elisa­beth Badin­ter : les catho­liques, les conser­va­teurs de droite et l’ex­trême-droite (camp du mal), dont les motifs sont reli­gieux, obscu­ran­tistes, sexistes, homo­phobes/lesbo­phobes et nauséa­bonds ; d’autre part les progres­sistes et libé­raux, la gauche ouverte, géné­reuse, fémi­niste et vegan (camp du bien), dont les motifs sont la tolé­rance, le vivre-ensemble et la bien­veillance. Vous avez choisi ?

Il se trouve que nous, auteurs de ce texte et la plupart de nos lecteurs, ne sommes ni de droite ni catho­liques (ce qui n’au­rait rien d’in­fâ­mant), mais athées, libres penseurs, anti-sexistes, écolo­gistes anti-indus­triels, luddites, etc.

En critiquant la repro­duc­tion arti­fi­cielle, nous étions répu­tés insen­sibles à la détresse des bréhaignes. Avec l’ex­ten­sion de la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens, nous voilà sexistes et homo­phobes — c’est-à-dire, coupables de délits.

Les anoma­lies n’ont pas trou­blé les metteurs en scène de ce faux duel. 10 à 20 % des dépu­tés de droite pour­raient voter la loi de bioé­thique, tandis que la dépu­tée macro­niste Agnès Thill s’y oppose. Des homo­sexuels écrivent : « assu­mer plei­ne­ment son homo­sexua­lité revient aussi à accep­ter les limites qui en découlent[60] ». Jean-Marie Le Pen se prononce pour l’ex­ten­sion de la PMA, tandis que la philo­sophe de gauche Sylviane Agacinski exprime sa réti­cence. Marie-Jo Bonnet, lesbienne, mili­tante fémi­niste de gauche, s’op­pose à « la médi­ca­li­sa­tion sans limite de la procréa­tion ». Rejoi­gnant les posi­tions du Femi­nist Inter­na­tio­nal Network of Resis­tance to Repro­duc­tive and Gene­tic Engi­nee­ring qui, dès les années 1980, soute­nait des argu­ments fémi­nistes et anthro­po­lo­giques contre les « tech­no­lo­gies déshu­ma­ni­santes » et le génie géné­tique et repro­duc­tif, « produit de déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques qui consi­dèrent le monde comme une machine[61]. »

Puis, il y a ces innom­brables sans-voix, pétri­fiés par les impré­ca­tions du camp du bien mais qui, en leur for inté­rieur, ne sont pas d’ac­cord. Nous, Pièces et main d’œuvre, rece­vons de nombreux messages : « merci de dire à voix haute ce que nous pensions être seuls à penser, que nous n’osons pas dire. Nous aussi, nous sommes des Chim­pan­zés du futur ».

Tous sont effa­rés de la vitesse à laquelle sont répan­dues la haine de l’hu­main comme animal poli­tique et la volonté de puis­sance destruc­trice, parmi une mino­rité domi­nante : la tech­no­cra­tie et ses alliés post­mo­dernes, décons­truc­tion­nistes, anthro­po­phobes et liber­ta­riens, satu­rés de culture améri­caine. À l’in­verse de ceux-ci, ils ne sont pas orga­ni­sés. Ils pensent par eux-mêmes et contre leur temps, quitte à se reti­rer des cercles mili­tants où règnent les mots-clés et le plus petit déno­mi­na­teur commun.

Ces défen­seurs de l’au­to­no­mie n’entrent pas dans la réduc­tion binaire de la contro­verse. Ils fracassent le faux clivage en procla­mant cette évidence : le progrès tech­no­lo­gique n’est pas syno­nyme de progrès social et humain. Aussi les passe-t-on sous silence. Les seuls oppo­sants à la loi de bioé­thique que l’As­sem­blée natio­nale met en avant sont les cathos de la Manif pour tous et d’Al­liance Vita, parti­sans d’une repro­duc­tion arti­fi­cielle mais « avec père ». Trop facile.

Inca­pables de l’em­por­ter par l’ar­gu­ment, les hurleurs de la bonne société et de la bonne pensée usent de l’in­ti­mi­da­tion verbale et intel­lec­tuelle, du (faux) procès en discri­mi­na­tion pour réduire les doutes au silence. Pour inter­dire que soient posées ces ques­tions : acquiesçons-nous, oui ou non, aux progrès de l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion et au nouvel eugé­nisme des biocrates ? L’es­pèce doit-elle abdiquer son huma­nité ?

Lâchons les réflexes, réflé­chis­sons. Le fait majeur de l’époque, le putsch tech­no­lo­gique perma­nent, périme pour l’es­sen­tiel l’axe droite/gauche, désor­mais coupé par une trans­ver­sale écolo­giste/tech­no­lo­giste. Le cercle poli­tique se partage en quatre : gauche écolo­giste et gauche tech­no­lo­giste, droite écolo­giste et droite tech­no­lo­giste. Les clivages varient suivant les sujets. Contre le nucléaire et la société de consom­ma­tion, par exemple, nous aurons à nos côtés la droite écolo­giste et contre nous la gauche tech­no­lo­giste.

Le tech­no­lo­giste Macron (en même temps de droiche et de gaute), après Hollande et Sarkozy, et comme l’au­raient fait Fillon, Mélen­chon ou Le Pen, inves­tit dans l’in­no­va­tion et les tech­no­lo­gies de déshu­ma­ni­sa­tion : intel­li­gence arti­fi­cielle, nano­tech­no­lo­gies, génie géné­tique, neuro­tech­no­lo­gies — les domaines auxquels la nouvelle loi de bioé­thique ouvre de nouvelles pers­pec­tives de déve­lop­pe­ment.

Le stade actuel du progrès tech­no­lo­gique et de la crois­sance écono­mique, objec­tifs communs à droite et à gauche, se nomme l’homme « augmenté » — l’eu­gé­nisme. Nul besoin d’être trans­hu­ma­niste pour y contri­buer : il suffit d’en­cou­ra­ger et de contri­buer aux avan­cées tech­nos­cien­ti­fiques. Voilà en quoi nous pensons contre notre temps.

Le choix qu’on nous laisse ? Renon­cer à notre huma­nité pour deve­nir post­hu­mains (cyborgs, cyber­nan­thropes, Humains géné­tique­ment modi­fiés), ou sombrer dans l’es­pèce mori­bonde des Chim­pan­zés du futur. Dispa­raître ou dispa­raître. On voit l’im­por­tance du débat sur les « modèles fami­liaux » à côté de cette rupture anthro­po­lo­gique.

On voit surtout comment les idéo­logues et scien­ti­fiques trans­hu­ma­nistes instru­men­ta­lisent les acti­vistes LGBT et certains fémi­nistes, certains hété­ros stériles et certains handi­ca­pés, s’en servant tantôt comme boucliers humains, tantôt comme chevaux de Troie pour avan­cer leur agenda. La seule domi­na­tion et la seule norme incon­tes­tées par les détec­teurs d’iné­ga­li­tés et pour­fen­deurs de l’ordre normé, sont celles qui menacent le plus notre vie : celles de la tech­no­lo­gie et des tech­no­maîtres.

L’of­fen­sive eugé­niste/trans­hu­ma­niste trace le front prin­ci­pal de notre temps, qui oppose désor­mais les humains d’ori­gine animale aux inhu­mains d’ave­nir machi­nal.

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6– Décou­vrons le complot hétéro

Pourquoi débattre de l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion, quand le chan­tage à la pseudo égalité assure une pseudo supé­rio­rité morale ? L’In­ter-LGBT, Marlène Schiappa ou la séna­trice Verte Esther Benbassa, le député LREM Jean-Louis Touraine, l’avo­cate Caro­line Mécary ou Thierry Baudet, le président de la Mutua­lité française, dans leur concours de bons senti­ments, nous enjoignent à « mettre fin à une discri­mi­na­tion ». Comment hési­ter ? SOS Homo­pho­bie a l’ar­gu­ment défi­ni­tif : « La PMA est auto­ri­sée pour les couples hété­ro­sexuels et inter­dite pour les couples lesbiens. Il y a inéga­lité des droits, il y a donc homo­pho­bie[62]. » Vous voilà (con)vain­cus. Comment les Français, dont l’éga­lité est la « passion », suppor­te­raient-ils pareil outrage ? D’après les sondages, l’im­pos­si­bi­lité pour les femmes seules et les couples lesbiens de procréer relève de l’iné­ga­lité. Les jésuites applau­dissent en connais­seurs cette « direc­tion d’in­ten­tion » : qu’im­porte le résul­tat (l’eu­gé­nisme), c’est l’in­ten­tion (la pseudo égalité) qui compte.

Prétendre que la repro­duc­tion sexuée est discri­mi­na­toire — rele­vant d’un choix poli­tique contraire à nos valeurs — est une fable si gros­sière qu’on a honte d’avoir à la décons­truire. Mais on le savait déjà : « Plus le mensonge est gros, mieux il passe. »

Pour qu’il y ait discri­mi­na­tion, il faudrait qu’un couple lesbien ou une femme seule soit natu­rel­le­ment apte à conce­voir et qu’on lui refuse, en cas de stéri­lité, les trai­te­ments offerts aux couples mixtes. Comme le note la lesbienne fémi­niste Marie-Jo Bonnet, « on ne peut pas compa­rer les couples hété­ro­sexuels dont un membre est stérile avec les couples de femmes qui ne le sont pas. Pour parler discri­mi­na­tion il faudrait que les deux situa­tions soient compa­rables, ce qui n’est pas le cas ici[63]. » Sans parler des indi­vi­dus seuls.

Nul n’in­ter­dit aux lesbiennes et aux femmes seules de procréer comme toute femme, sinon la repro­duc­tion natu­relle sexuée, qui n’a pas plus de valeur morale ni d’in­ten­tion­na­lité que la gravité univer­selle. À moins que les tenants du « tout social » ne prêtent quelque projet secret à la nature ? En fait, pour les théo­ri­ciens LGBT les plus auda­cieux, c’est un complot hétéro qui les frappe de « stéri­lité sociale », d’« infer­ti­lité cultu­relle ». Une conspi­ra­tion homo­phobe desti­née, selon l’écri­vain gay Erik Rémès, à préser­ver « le mono­pole des hété­ros[64] ». Vous ne voyez pas ? Le « Gali­lée de la sexua­lité[65] » et rebel­lo­crate queer Beatriz/Paul Preciado, vous instruit : « En termes biolo­giques, affir­mer que l’agen­ce­ment sexuel d’un homme et d’une femme est néces­saire pour déclen­cher un proces­sus de repro­duc­tion sexuelle est aussi peu scien­ti­fique que l’ont été autre­fois les affir­ma­tions selon lesquelles la repro­duc­tion ne pouvait avoir lieu qu’entre deux sujets parta­geant la même reli­gion, la même couleur de peau ou le même statut social […]. Homo­sexuels, trans­sexuels, et corps consi­dé­rés comme “handi­ca­pés”, nous avons été poli­tique­ment stéri­li­sés ou bien nous avons été forcés de nous repro­duire avec des tech­niques hété­ro­sexuelles[66]. »

De quel taux d’idéo­lo­gie (et de testo­sté­rone) faut-il être intoxiqué pour diffu­ser avec tant d’aplomb de telles fausses nouvelles ? Tran­shu­ma­nisme et décons­truc­tion­nisme queer se connectent et s’hy­brident Ainsi, pour le bioé­thi­cien trans­hu­ma­niste James Hughes, le clonage « rend le mono­pole histo­rique de l’hé­té­ro­sexua­lité sur la repro­duc­tion obso­lète[67] ». Et d’en conclure : « Les homo­sexuels, les lesbiennes et les bisexuels sont aussi des alliés natu­rels du trans­hu­ma­nisme démo­cra­tique ». Les délires queer sont en effet perfor­ma­tifs : les tran­si­den­ti­taires attendent de la tech­no­lo­gie qu’elle leur four­nisse des solu­tions de repro­duc­tion homo­sexuelles. Les gamètes arti­fi­ciels exau­ce­ront bien­tôt leurs vœux.

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L’éga­lité concerne le champ social et poli­tique. Deman­der à la tech­nos­cience de fabriquer une égalité biolo­gique — de produire en labo­ra­toire des êtres indif­fé­ren­ciés — est un projet tota­li­taire. Imagi­nez des humains unico­lores, proté­gés de tout risque raciste ; des indi­vi­dus de même taille et de même volume, libé­rés de toute agres­sion gros­so­phobe ; aux traits unifor­mé­ment lisses, soula­gés de la discri­mi­na­tion liée à la beauté physique. Un rêve de natu­ro­phobe. Dotons-les en prime d’un sens de l’hu­mour certi­fié sans second degré ni microa­gres­sions contre votre iden­tité ressen­tie. On rira peu mais correc­te­ment. Quelles tribunes pour les défen­seurs du vivren­semble, quels défis pour la créa­ti­vité de nos cher­cheurs, quels marchés pour l’in­dus­trie ! Enfin le progrès abolira la répu­gnante biodi­ver­sité humaine. Quel progrès poli­tique. C’est à cela aussi que sert la tech­no­lo­gie : plier le donné à la volonté, les faits aux concepts, la réalité à l’idéo­lo­gie.

La diffé­rence n’est pas l’iné­ga­lité.

L’éga­lité n’est pas l’uni­for­mité.

Les humains ne sont pas — pas encore — des produits de série stan­dar­di­sés.

Même le Conseil d’État l’ad­met : « ni le fait que l’adop­tion soit déjà ouverte aux couples de femmes et aux personnes seules, ni le droit au respect de la vie privée, ni la liberté de procréer, pas plus que l’in­ter­dic­tion des discri­mi­na­tions ou le prin­cipe d’éga­lité n’im­posent l’ou­ver­ture de l’AMP[68].  » Donc, concluent les « sages », l’ex­ten­sion de l’ac­cès à la PMA « relève d’un choix poli­tique ».

Quel choix ? Celui des trans­hu­ma­nistes (ouvrir des procé­dures médi­cales à des personnes saines) et celui des fémi­nistes et lesbiennes néo-sexistes (élimi­ner les mâles de la repro­duc­tion). Mieux valait dissi­mu­ler ces fonde­ments réels derrière le paravent consen­suel de l’éga­lité.

Cette escroque­rie juri­dico-poli­tique est un sous-produit de la tech­no­lo­gie. Celle-ci a d’abord fourni des bébés aux femmes infer­tiles, puis aux hommes et aux couples stériles, puis aux couples fertiles suscep­tibles de trans­mettre une mala­die grave, puis aux couples sans patho­lo­gie avérée mais un peu mous de la concep­tion[69] — « un enfant, tout de suite  ». En 2017, 3 % des enfants sont nés d’une PMA, d’après l’agence de biomé­de­cine. Selon Agnès Buzyn :

« On n’a pas besoin d’être malade aujourd’­hui pour accé­der à la PMA, même quand on est un couple hété­ro­sexuel, on n’a pas à prou­ver qu’on est infer­tile. D’ailleurs, souvent on ne trouve pas de cause d’in­fer­ti­lité[70]. »

Voilà une ministre qui valide des actes illé­gaux. Jusqu’aujourd’­hui, seuls les couples hété­ro­sexuels en âge de procréer avec « une stéri­lité patho­lo­gique médi­ca­le­ment consta­tée (bilan d’in­fer­ti­lité) » ou un risque de trans­mis­sion de mala­die grave, ont droit à la PMA. Comment les méde­cins « fivistes » ont-ils pu, sans cadre légal ni déli­bé­ra­tion, déci­der dans le secret de leurs cabi­nets d’ou­vrir la PMA, rembour­sée par la sécu­rité sociale, à ces couples non stériles qui, souvent, engendrent natu­rel­le­ment par la suite[71] ?

Agnès Buzyn : « [La future loi] permet de clari­fier le droit en réalité et donc tout est harmo­nisé[72] ». Qu’à cela ne tienne. Tout le monde peut se garer sur les places réser­vées aux handi­ca­pés, puis une loi clari­fie le droit en réalité et donc, tout est harmo­nisé.

Le fait accom­pli l’em­porte. Marche après marche, la repro­duc­tion arti­fi­cielle devient la nouvelle norme.

Sous couvert d’éga­lité, la suppres­sion du critère patho­lo­gique — glis­se­ment du pallia­tif à l’aug­men­ta­tion, suit le programme trans­hu­ma­niste. C’est-à-dire le projet, inéga­li­taire par essence, d’au­to­ma­chi­na­tion de chacun (et de ses enfants) selon ses moyens et ses désirs, grâce au génie géné­tique. Une volonté de prise en main tech­no­lo­gique de l’évo­lu­tion. À terme, de séces­sion d’une espèce supé­rieure, contre l’es­pèce infé­rieure des Chim­pan­zés du futur, humains nés natu­rel­le­ment. Les défen­seurs d’une égalité réelle ne sont pas ceux que l’on croit.

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7– La repro­duc­tion sans homme, une augmen­ta­tion trans­hu­ma­niste

On nous ques­tionne souvent sur le « seuil » : où finit le soin et où commence le trans­hu­ma­nisme ? Si la limite est parfois ténue, ici, aucun doute. La « stéri­lité sociale » est une absur­dité trans­hu­ma­niste. Elle traduit la volonté, non de pallier une carence, mais d’aug­men­ter les facul­tés d’hu­mains natu­rel­le­ment fertiles, deve­nant « poli­tique­ment fertiles  ». Daniel Borillo, le juriste gay, se féli­cite ainsi de cette victoire tech­nico-légale : « La PMA […] cesse d’être un pallia­tif à la stéri­lité pour deve­nir une véri­table mani­fes­ta­tion de la liberté procréa­tive[73] ». L’équi­valent d’une greffe de membres bioniques sur un indi­vidu valide, mani­fes­tant sa liberté de perfor­mances spor­tives. Comme le murmure la jour­na­liste et fémi­niste lesbienne Elisa­beth Schemla, « les homos sont plutôt aujourd’­hui des “accé­lé­ra­teurs de trans­gres­sion”[74] ».

Dans un premier temps, « l’aug­men­ta­tion » consiste à faire un enfant sans homme. Selon Gwen Fauchois, ex-vice-prési­dente d’Act Up Paris, il est dépassé de rappe­ler « la parti­ci­pa­tion mascu­line à tout proces­sus repro­duc­tif[75]. » Provi­soi­re­ment indis­pen­sables comme four­nis­seurs de matière première repro­duc­tive, les hommes doivent être effa­cés de la généa­lo­gie. Révi­sion­nisme biolo­gique qui trahit la haine recuite des néo-sexistes. Le père, il faut bien dire que ça nous rappelle les heures les plus sombres de l’hu­ma­nité.

Ayant éliminé l’hu­main de la sphère de la produc­tion (robots, auto­mates, algo­rithmes), les machines le remplacent dans sa repro­duc­tion. Comme dans tous les aspects de la vie 4.0, le progrès est impla­cable : toujours moins d’hu­main. Ce que la loi de bioé­thique valide en auto­ri­sant les femmes à faire des enfants sans parte­naire mascu­lin. Comme s’en glori­fie Anne, consul­tante en ressources humaines, à L’Obs : « J’ai fait ma petite fille toute seule, en Belgique[76]. » Alice, cinq ans, est sûre­ment fière d’avoir une maman si forte — Toute seule ! mais avec un labo­ra­toire, des méde­cins, un trai­te­ment de stimu­la­tion ovarienne, un dispo­si­tif de fécon­da­tion in vitro. L’au­to­no­mie assis­tée par la tech­no­lo­gie et l’ex­per­tise. L’in­dé­pen­dance, c’est la dépen­dance.

Le plus facile à évin­cer était le père. Son compte est réglé. Alice en réclame un, paraît-il, mais les géné­ra­tions futures auront oublié ce détail. Qui plus est, cette dispa­ri­tion s’opère au nom du droit, ce qui renforce la bonne conscience de ceux que leur stan­ding poli­tique préoc­cupe.

Puis il faut dire que ces accou­ple­ments à visée repro­duc­trice étaient atro­ce­ment mammi­fères. Pensons aux reli­gieuses et aux « a-sexuelles », elles aussi victimes de « stéri­lité sociale » et privées de leur « liberté procréa­tive » en raison de leur chas­teté. Grâce à la tech­no­lo­gie, elles pour­ront enfan­ter comme Marie et deve­nir des vierges augmen­tées.

D’après socio­logues et gyné­co­logues, les écrans éteignent la vie sexuelle. Selon une étude de l’uni­ver­sité de Cambridge[77], les couples anglais ont 40 % de rapports sexuels de moins en 2010 qu’en 1990. À ce rythme, c’est fini en 2030. Aux États-Unis, les couples ont neuf fois moins de rapports sexuels dans les années 2010 que vingt ans avant, et les « Mille­nials » (nés après 1990) sont les plus touchés[78]. La plupart recon­naissent consa­crer plus de temps à leur smart­phone qu’à leur parte­naire. On le savait depuis les années soixante, la nata­lité baisse avec la télé. Avec Inter­net, le porno est à portée de vue perma­nente des adoles­cents. Selon les spécia­listes, cela en détourne beau­coup de la sexua­lité avec des humains en chair et en os. L’écran fait écran. Ainsi se réalise le rêve de désin­car­na­tion de la cyber-fémi­niste Donna Hara­way :

« La repro­duc­tion cyborg est déta­chée de la repro­duc­tion orga­nique. La produc­tion moderne remplace la repro­duc­tion et semble pareille aux rêves du travail de colo­ni­sa­tion cyborg. Un rêve qui rend le cauche­mar du Taylo­risme idyl­lique[79]. »

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8– Elimi­ner l’hu­main pour élimi­ner l’er­reur

À la pointe de l’in­no­va­tion, le Conseil de Paris a décidé en mars 2018 de suppri­mer des docu­ments admi­nis­tra­tifs les mots « père » et « mère », aussi obso­lètes que le poinçon­neur des Lilas. On doit désor­mais dire « parent 1, parent 2 ». Avouez que cela sonne plus fami­lier à nos oreilles de tech­no­ci­toyens : « Tapez 1, tapez 2 ». Et c’est facile à décli­ner : « Parent 3, parent 4, parent Étoile ». Réduire les personnes à leur fonc­tion géné­rique, c’est les déper­son­na­li­ser et les rendre inter­chan­geables. D’ailleurs, pourquoi conser­ver cette notion archaïque de « parents », résidu d’un modèle fami­lial réac­tion­naire, vali­dant qui plus est une distinc­tion hiérar­chique avec les « enfants » ? Il serait telle­ment libé­ra­teur d’en­vi­sa­ger des « asso­cia­tions contrac­tuelles », « égali­taires », « mutua­li­sant les rôles et fluc­tuant au gré des désirs » de chaque membre dési­gné par un simple numéro. Et de confier au robot-puéri­cul­teur le soin (caring) du produit paren­tal (ex-enfant).

Aussi la loca­tion du corps réifié de « mères porteuses » — les couveuses humaines — s’im­pose-t-elle natu­rel­le­ment comme un moyen de satis­faire le désir d’en­fant d’hommes souhai­tant se passer des femmes, et de femmes ne pouvant enfan­ter. Avec la mater­nité décou­pée en géné­tique, gesta­tion­nel et social, il suffit d’avoir un projet paren­tal pour être « mère ». Seule compte la volonté. Selon ce raison­ne­ment, les enfants non program­més n’ont donc pas de parents.

La chro­nique de la GPA révèle qu’au-delà des exemples rebat­tus de Français partis ache­ter des bébés en Inde, en Ukraine ou aux États-Unis, Israël joue un rôle pion­nier. C’est Jean Stern, cofon­da­teur de Gai Pied en 1979, puis jour­na­liste à Libé­ra­tion et à La Tribune, qui nous instruit dans son livre Mirage gay à Tel Aviv :

« Le “baby-boom gay” en Israël, sans équi­valent dans un autre pays par son ampleur, repré­sente depuis 2010 plus de 10 000 nais­sances pour les lesbiennes et 5000 pour les hommes. […] Israël a été un pion­nier de la fécon­da­tion in vitro, légale dès 1981. Le succès et le déve­lop­pe­ment de la FIV sont consi­dé­rés comme une réus­site du savoir-faire israé­lien en matière de biolo­gie et de géné­tique, et font l’objet d’une grande fierté natio­nale. […]

Fidèle à son idéo­lo­gie nata­liste, Israël a été le premier pays au monde à se doter en 1996 d’une loi auto­ri­sant la “mater­nité de substi­tu­tion”. Mais la loi réserve l’usage de la GPA aux hété­ro­sexuels, sous le contrôle de l’État. Les gays souhai­tant y avoir recours se rendent à l’étran­ger. “Ils louent des ventres, signent un contrat, payent, souvent très cher, parlent à peine à la mère porteuse, surtout si elle est asia­tique, et repartent avec l’en­fant”, s’in­digne le commu­niste tendance queer Uri Welt­mann. L’achat d’un bébé a en effet un coût : à partir de 100 000 dollars aux États-Unis, 150 000 au mini­mum si la mère porteuse est juive, 50 000 dollars envi­ron en Inde, aux Philip­pines ou en Thaï­lande. À titre de compa­rai­son, la GPA en Israël coûte entre 60 000 et 80 000 dollars pour les couples hété­ro­sexuels. Malgré ces prix, la demande explose. Des agences d’as­sis­tance à la GPA, comme Baby Bloom, pros­pèrent sur ce marché de l’en­fant en assis­tant les couples gays pour des démarches complexes[80]. »

Au temps pour la GPA « éthique » et acces­sible à tous. En Israël comme ailleurs, la loca­tion d’uté­rus est réser­vée aux riches, même quand elle s’ef­fec­tue à domi­cile et de façon « enca­drée ».

Quant aux pres­ta­taires en gesta­tion, elles ont si bien ingur­gité la bonne parole scien­ti­fico-éthique sur le morcel­le­ment sans dommage de la mater­nité, qu’elles récitent les mêmes rengaines sur la faci­lité du service rendu. Lequel exige d’ailleurs un contrôle tech­nique encore accru, afin de garan­tir la qualité du produit.

Les tenants de la GPA déplorent pour la forme le sort des Indiennes, des Ukrai­niennes et des femmes des pays pauvres réduites à louer leur ventre à de riches comman­di­taires. C’est pour mieux promou­voir une GPA préten­du­ment désin­té­res­sée, souvent incar­née par des Améri­caines avides de prouesses narcis­siques, de recon­nais­sance et de puis­sance créa­trice. Comme le note la gyné­co­logue Nicole Athéa, ces femmes ont recours à la « rhéto­rique de l’al­truisme » pour pouvoir « se regar­der dans la glace, voire s’idéa­li­ser en jouant un rôle qui leur permet une légi­ti­ma­tion sociale[81] ». Ainsi, Julie Lynn Stern, six enfants pour cinq familles diffé­rentes :

« Elle tire de ses gros­sesses une immense fierté […]. Elle se souvient encore de la tête des parents quand on leur a tendu le bébé qu’elle venait de mettre au monde. “C’était gigan­tesque, telle­ment émou­vant”, dit-elle[82]. »

Avez-vous remarqué ? Les débats sur l’éthique du procédé se concentrent sur les adultes : s’agit-il d’ex­ploi­ter le corps d’une femme contre de l’argent ? Même quand celle-ci le fait par « plai­sir » et « altruisme » ? Ne risque-t-elle pas de s’at­ta­cher à l’en­fant ? Et pourquoi refu­ser un service entre adultes consen­tants, la « GPA éthique » promue par Elisa­beth Badin­ter ?

Qu’en pensent les produits de ces contrats entre adultes ? Comment vit-on quand on a été désiré comme orphe­lin, destiné dès avant sa concep­tion à être (aban)donné par celle à qui l’on doit la vie ? Acces­soi­re­ment, que ressentent les enfants de la mère porteuse lors de ces gros­sesses sans frères ni sœurs — de ces dons/aban­dons d’en­fants ? Leur pose-t-on seule­ment la ques­tion ?

Rares sont les témoi­gnages et les études appro­fon­dies, sur le long terme et sur des cohortes suffi­santes d’en­fants nés de mères porteuses et deve­nus adultes. « On a quand même pas mal échangé de choses en neuf mois ! », lâche une de ces enfants français, à la recherche de sa « bien­fai­trice » : « C’est devenu une obses­sion[83] ». Il paraît — mais ne le dites pas à Valen­tina Mennes­son, héber­gée pendant neuf mois par une « gesta­trice » améri­caine et pour qui « le mot mère n’a rien à voir dans tout cela[84] » — que l’en­fant et les deux parents commu­niquent pendant la gros­sesse. Que les voix de la mère et du père créent des émotions chez le fœtus. Que les Chinois, forts en méta­phores, nomment le péri­née « la porte des ancêtres » — mais ne versons pas dans l’obs­cu­ran­tisme généa­lo­gique.

Laurent Salo­mon, gyné­co­logue obsté­tri­cien à l’hô­pi­tal Necker :

« “Le fœtus modèle et déve­loppe son cerveau (…) avec l’en­vi­ron­ne­ment qu’il a durant la gros­sesse.” Il peut s’agir des voix, des sons, des langues qu’il entend dans le ventre. D’ailleurs, pour­suit le méde­cin, dès sa nais­sance, l’en­fant répond de manière diffé­rente à la langue enten­due durant la gros­sesse. (…) Cela va même plus loin. Le fœtus sent si ces sons, odeurs, ou autres, déclenchent du plai­sir — ou de la peur — chez la femme qui le porte (en fonc­tion des endor­phines qu’elle produit). Résul­tat : “Le fœtus se sentira lui-même bien — ou mal — dans ces mêmes situa­tions.” Il fabriquera les mêmes asso­cia­tions, au moins durant un certain temps.[85] »

Déjà, la repro­duc­tion arti­fi­cielle prive les enfants des récits, réels ou fantas­més, des circons­tances de leur concep­tion. Quel enfant n’y a songé plus ou moins consciem­ment ? La concep­tion en bocal, quel symbole pour l’ima­gi­naire. Que dire de ces fratries produites en série dans la même éprou­vette, et décon­ge­lées au gré des projets paren­taux. Aînés et cadets fabriqués le même jour, parais­sant sur la scène fami­liale à des années d’écart. Et mûris bien­tôt dans des utérus de loca­tion.

Cas inté­res­sant : des femmes enceintes suite à un don d’ovo­cytes expriment leur trouble quant à leurs liens avec l’en­fant issu d’un ovule « étran­ger ». Elles se sentent « mères porteuses », rapporte la psycha­na­lyste Gene­viève Delaisi de Parse­val, mili­tante de la repro­duc­tion arti­fi­cielle (et membre du lobby des époux Mennes­son, en procès contre l’État pour impo­ser à l’état civil leurs enfants nées par GPA[86]). Afin de rassu­rer ces futures mères, l’ex­perte use d’un argu­ment biolo­gique : les liens mère/enfant s’éta­blissent par la gros­sesse. « Même dans les colloques médi­caux, la gros­sesse n’est plus consi­dé­rée comme un simple portage[87] », soutient-elle. Si vous avez porté l’en­fant, vous êtes sa mère.

À moins d’être une simple porteuse, évidem­ment. Et Gene­viève Delaisi de Parse­val d’in­ver­ser alors son discours pour vanter la GPA :

« C’est donc un postu­lat simpliste de penser que la physio­lo­gie consti­tue­rait l’al­pha et l’omega de la mater­nité : une femme ne devient pas mère, comme par magie, le jour où elle accouche ! (…) Quant à la ques­tion du vécu des enfants nés dans ces condi­tions (…) un bébé porté par quelqu’un d’autre que sa mère est capable, par dépla­ce­ment, de faire un trans­fert sur d’autres adultes (…) Le fait que ce ne sont pas les gamètes de la gesta­trice qui ont parti­cipé à la créa­tion de l’em­bryon consti­tue, à l’évi­dence, un facteur favo­rable à ce dépla­ce­ment d’af­fects[88]. »

Face je gagne, pile tu perds. C’est comme ça les arrange. Gene­viève Delaisi de Parse­val peut soute­nir une chose et son contraire suivant les moments et les inter­lo­cu­teurs. Aux uns, elle garan­tit que la PMA avec « tiers procréa­teurs » (don de gamètes) est sans « risque psychique[89] ». Aux autres, elle explique : « L’au­to­con­ser­va­tion ovocy­taire est bien moins trans­gres­sive que les tech­niques d’AMP avec don de gamètes, puisqu’elle n’en­gendre aucune “disjonc­tion” géné­tique[90]. » De quoi ce double discours est-il le symp­tôme, Gene­viève Delaisi de Parse­val ?

Si l’hu­main est une pâte à mode­ler et à remo­de­ler par la société, a fortiori le petit d’homme doit s’adap­ter à tout. Et il le fait, tant bien que mal — a-t-il le choix. Il remplit sa mission d’en­fant, il protège ses parents. Quant aux effets sur l’in­di­vidu et la société de ces combi­nai­sons de trans­ferts et d’af­fects dépla­cés, comme ceux des substances toxiques et de la pollu­tion sur nos orga­nismes, ils sont d’au­tant plus diffi­ciles à prou­ver qu’on ne les cherche pas. Comme disait le patron des indus­tries chimiques françaises : « Les géné­ra­tions futures feront comme tout le monde, elles se démer­de­ront ».

Cepen­dant, quarante ans après les débuts de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, du réel se mani­feste. Telle cette reven­di­ca­tion insis­tante d’une géné­ra­tion arri­vée à l’âge d’en­fan­ter, et qui veut connaître l’iden­tité de ses « donneurs de gamètes » au nom d’un « besoin d’hu­ma­nité ». Un point que la nouvelle loi bioé­thique leur accorde, afin de faire la part du feu, suivant le conseil cynique­ment prodi­gué par la socio­logue mili­tante Irène Théry :

« Si nous nous accor­dons sur cette belle ambi­tion, alors tout un ensemble de reven­di­ca­tions qui paraissent aujourd’­hui dispa­rates — ouver­ture de la PMA à toutes les femmes, accès aux origines, droits des enfants nés de GPÀ à l’étran­ger, auto­con­ser­va­tion des ovocy­tes… — pren­dront tout leur sens et pour­ront être discu­tées de façon beau­coup plus apai­sée[91]. »

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9– Le fait accom­pli comme contrat social : le droit du plus fort

Il faut, selon les promo­teurs de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, élar­gir l’ac­cès à la PMA à toutes les femmes, parce que certaines d’entre elles y ont recours à l’étran­ger afin de contour­ner la loi. D’après cette morale poli­tique mode­lée sur la loi du marché, main­te­nir une loi quand des indi­vi­dus la trans­gressent relève de « l’hy­po­cri­sie ».

Trans­met­trez-vous cet exemple de civisme à vos enfants, quand vous les aurez obte­nus ? N’ou­bliez pas de leur ensei­gner aussi l’exil fiscal en Suisse, comme révolte contre un impôt français éter­nel­le­ment en retard sur les autres légis­la­tions. Puisque le fait accom­pli est la forme moderne du contrat social, pensez à reven­diquer la fin de l’hy­po­crite code de la route, au motif que des millions de conduc­teurs l’en­freignent sans frein, de même que l’abo­li­tion de l’hy­po­crite droit du travail, compte tenu de l’am­pleur du travail au noir dans « ce pays ».

Le même fait accom­pli permet­tra la bana­li­sa­tion de la GPA. « Ne faut-il pas la léga­li­ser aujourd’­hui, à l’ins­tar de nombreux pays étran­gers[92] ? », feint de s’in­ter­ro­ger la fonda­tion Terra Nova. « La GPA existe ailleurs et ne va pas s’ar­rê­ter parce qu’on la refuse[93] », plaide Stop Homo­pho­bie. Argu­ment validé par les promo­teurs de la peine de mort, des armes en vente libre, des pesti­cides, OGM et autres nécro­tech­no­lo­gies.

Les parents d’in­ten­tion dont les-désirs-sont-des-droits instru­men­ta­lisent déjà l’in­té­rêt de l’en­fant pour enté­ri­ner juri­dique­ment ces pauvres « fantômes de la Répu­blique », et donc, le recours aux mères porteuses à l’étran­ger. Le couple Mennes­son, son forfait accom­pli aux États-Unis, n’a de cesse de faire inscrire ses jumelles à l’état civil français, apitoyant les télé­spec­ta­teurs sur les mauvais trai­te­ments que son désir illé­gal inflige à ses enfants. Ce n’est pas « la France » qui est coupable, mais ces consom­ma­teurs sans vergogne, qui ne seront pour­tant pas condam­nés.

Ainsi, ceux qui ont les moyens de se louer un utérus améri­cain ou ukrai­nien parviennent à leurs fins, écrivent des livres sur leur merveilleuse histoire[94] et disposent l’opi­nion à la machi­na­tion du corps des femmes. Quand suffi­sam­ment de rebelles média­tiques auront ainsi fait, la socio­logue Irène Théry, les avocats Caro­line Mécary et Daniel Borillo n’au­ront plus qu’à dénon­cer la « stig­ma­ti­sa­tion de familles déjà là » pour forcer la révi­sion des lois de bioé­thique.

C’est encore ce fait accom­pli qui ouvrira la voie au bébé sur-mesure dans l’Hexa­gone, d’abord acheté ailleurs, puis made in France. Quant aux indi­gna­tions surjouées — « Vous exagé­rez ! On n’en est pas là ! La France n’est pas les États-Unis, on ne tolère pas ça, la loi empêche les dérives ! » — chacun sait désor­mais à quoi s’en tenir.

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10– La liberté de dispo­ser d’un corps obso­lète

« PMA : mon corps, mon choix, ma famille, ta gueule[95] ! » La bande­role est expli­cite : pour les acti­vistes LGBT et néo-sexistes, la repro­duc­tion arti­fi­cielle relève du choix indi­vi­duel. La repro­duc­tion, sans doute — quoiqu’elle ait toujours été liée à la culture et à l’or­ga­ni­sa­tion sociale — mais son arti­fi­cia­li­sa­tion, sûre­ment pas. Grande décou­verte pour les comman­di­taires de bébés-éprou­vettes : délé­guer une fonc­tion natu­relle, libre et gratuite au système techno-indus­triel, avec une prise en charge collec­tive (« ta gueule » certes, mais « ton fric », soit 300 millions par an), se paie en auto­no­mie et en liberté. Il fallait y penser avant — ou écou­ter les « obscu­ran­tistes » tech­no­cri­tiques.

En deve­nant tech­no­lo­gique, la procréa­tion est passée de la sphère privée à la sphère publique, soumise à la déli­bé­ra­tion et au regard de tous. Il n’y a pas de « premier(e)s concerné(e)s » dans le débat sur le mode de repro­duc­tion. Celui-ci regarde la société des humains dans son ensemble, en ce qu’il déter­mine la pour­suite de la vie natu­relle, spon­ta­née, et collec­tive, ou la prise en main de l’évo­lu­tion par les biocrates.

Mais il est plus facile de couvrir ses contra­dic­teurs d’in­fa­mie, comme ces asso­cia­tions « fémi­nistes » et LGBT, ulcé­rées qu’on ose débattre de leur choix :

« Comme toujours lorsqu’il est ques­tion des droits des femmes, de leur liberté à dispo­ser de leur corps et de leur choix de fonder ou non une famille, la réforme de la procé­dure d’ac­cès à la PMA est à nouveau l’oc­ca­sion pour tout un chacun de se permettre de commen­ter et critiquer des choix person­nels, qui ne devraient rele­ver que de la liberté indi­vi­duelle[96]. »

« La liberté de dispo­ser de son corps », ou comment retour­ner un prin­cipe contre lui-même.

Nous, Chim­pan­zés du futur, défen­dons la liberté pour chacun de faire la bête à deux dos avec qui lui plaît ; nous défen­dons la contra­cep­tion non chimique et le droit de ne pas faire d’en­fants[97] ; nous défen­dons la liberté pour le patient de choi­sir son trai­te­ment ou de refu­ser l’achar­ne­ment théra­peu­tique ; nous recon­nais­sons le droit à l’avor­te­ment et au suicide. À l’in­verse des bien­pen­sants qui nous sermonnent, nous reven­diquons la liberté de bala­der libre­ment notre corps sans géolo­ca­li­sa­tion ni lais­sez-passer biomé­trique. Nous n’exi­geons pas pour autant que la loi nous auto­rise à nous vendre comme esclaves, à nous louer pour un concours de lancer de nains si nous l’étions, à vendre nos organes, notre sang et nos gamètes, ou à léguer notre dépouille aux Amis de l’an­thro­po­pha­gie.

Nous recon­nais­sons une limite à cette libre dispo­si­tion de notre corps, au nom des droits supé­rieurs de l’hu­ma­nité. Le droit des parti­cu­liers à s’alié­ner ne peut pas l’em­por­ter sur le prin­cipe géné­ral de la non dispo­ni­bi­lité des corps. Qui s’aliène rend poten­tiel­le­ment licite l’alié­na­tion d’au­trui. Dans un monde qui se divise entre ceux qui peuvent et ceux qui subissent, ce ne sont pas les moyens de contrainte et de mani­pu­la­tion qui manquent pour surprendre le consen­te­ment des corps et des esprits à l’auto-alié­na­tion. Le but des droits de l’homme est de proté­ger chacun contre cette licéité d’alié­na­tion, et non pas de la permettre à la faveur de leur retour­ne­ment. Voilà pourquoi la repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main nous concerne tous et non pas seule­ment quelques uns, homo­sexuels ou hété­ros stériles.

« Le logi­cien et philo­sophe Alfred N. White­head notait avec humour : “Personne ne dit : j’ar­rive ! Et j’ap­porte mon corps avec moi.” Maurice Merleau-Ponty ajou­tait : “Je n’ai pas un corps, je suis mon corps. Dans l’ou­vrage de 1970, Our Bodies, Ourselves, des fémi­nistes bosto­niennes reven­diquaient la liberté de leur vie sexuelle, de leur inti­mité et de leur fécon­dité. Elles disaient elles aussi : “Nos corps, nous-mêmes”.

Cette formule a été malheu­reu­se­ment trans­po­sée dans un slogan ambigu : “Mon corps m’ap­par­tient”. Ce n’est pas la même chose[98]. »

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Quelle est cette préten­due liberté dépen­dante d’un marché qui impose sa loi et d’un appa­reil techno-indus­triel qui dicte ses procé­dures ? Déjà la gros­sesse est passée sous la coupe du pouvoir techno-médi­cal : consul­ta­tions et diagnos­tics précon­cep­tion­nels, écho­gra­phies « de contrôle », amnio­cen­tèse, césa­riennes non justi­fiées, etc. Le proces­sus de dépos­ses­sion, de la fécon­da­tion à la nais­sance, est achevé. Le corps est un simple moyen au service du « projet paren­tal », se réjouit la juriste utili­ta­riste Marcela Iacub :

« Imagi­nons qu’on insti­tue la filia­tion en fonc­tion de la volonté, (…) le corps devien­dra seule­ment le moyen de la repro­duc­tion et non plus la source du lien de filia­tion lui-même. L’ac­cou­che­ment doit demeu­rer un moyen, comme tous les événe­ments natu­rels doivent être subor­don­nés à la volonté et à la liberté[99]. »

Ces accents trans­hu­ma­nistes ne sont pas fortuits. La juriste, qui tient chro­nique dans Libé­ra­tion, ne cache pas sa fasci­na­tion pour la « mort de la mort ».

« Dispo­ser de son corps », en matière de repro­duc­tion arti­fi­cielle, consiste à s’en remettre aux labo­ra­toires four­nis­seurs d’hor­mones, aux méde­cins pres­crip­teurs de proto­coles, aux tech­ni­ciens réali­sant les ponc­tions, la congé­la­tion/décon­gé­la­tion et l’im­plan­ta­tion d’em­bryons, au prix d’hu­mi­lia­tions que refusent des indi­vi­dus réel­le­ment atta­chés à leur liberté[100]. Un projet paren­tal réclame une prise en charge de la Sécu, des infra­struc­tures techno-scien­ti­fiques, une exper­tise juri­dique et la colla­bo­ra­tion d’un nombre crois­sant de parte­naires (les parents d’in­ten­tion, les donneurs de gamètes, la mère porteuse), plus les équipes tech­niques. On fait mieux en matière d’au­to­no­mie.

Nous pren­drons au sérieux ces reven­di­ca­tions de libre dispo­si­tion de son corps quand leurs parti­sans dénon­ce­ront avec nous l’em­prise tech­no­lo­gique qui atro­phie nos capa­ci­tés physiques et nos sens, rédui­sant les corps à de simples supports assis­tés par des prothèses numé­riques. À l’heure de la réalité virtuelle, du cyborg, du « réduc­tion­nisme infor­ma­tion­nel[101] » (Céline Lafon­taine) qui réduit le vivant à du code géné­tique, c’est bien plutôt l’af­fais­se­ment des corps qui nous menace, leur rejet dans le lien au monde et aux autres[102] et la déper­son­na­li­sa­tion de l’exis­tence. Si je suis mon corps, il n’y a de liberté qu’in­cor­po­rée.

À nouveau la conver­gence idéo­lo­gique des acti­vistes queer « tran­si­den­ti­taires » et des trans­hu­ma­nistes éclate. Cette rage de décons­truire et recons­truire leur corps traduit le désir d’en finir avec cette guenille impar­faite et péris­sable, dont ils ne maîtrisent pas tous les proces­sus et dont les limites s’im­posent à leur volonté. Ils bradent leur liberté person­nelle pour une puis­sance exté­rieure. D’où cette confu­sion entre décor­po­ra­tion et maîtrise du corps opérée par Marc Roux, président de l’As­so­cia­tion française trans­hu­ma­niste, à propos de la GPA :

« Elle parti­cipe complè­te­ment de cette même logique qui peut nous permettre de nous rendre le plus indé­pen­dant possible, si ce n’est le plus maître possible de nos corps[103]. » Marc Roux n’est pas son corps. C’est un pur esprit, sinon le système vocal d’une intel­li­gence arti­fi­cielle. Sa percep­tion sensible du monde doit être rempla­cée par une média­tion tech­no­lo­gique — un smar­tien sur son smart­phone. « The Senses have no futur », écrit le trans­hu­ma­niste Hans Mora­vec. Pour le cyber artiste austra­lien Stelarc : « Il n’est plus ques­tion de perpé­tuer l’es­pèce humaine par la repro­duc­tion, mais d’éle­ver les rela­tions sexuelles grâce à l’in­ter­face être humain-machine. Le corps est obso­lète[104]. »

De la nais­sance à la mort, il n’est ques­tion que d’éli­mi­ner cet encom­brant obstacle à la toute-puis­sance. Qu’est-ce que la repro­duc­tion arti­fi­cielle, sinon l’ef­fa­ce­ment du corps dans l’en­gen­dre­ment ? L’im­ma­cu­lée concep­tion tech­no­lo­gique. Mais pourquoi fabriquer un enfant quand on hait la chair à ce point ; nul ne vous y oblige.

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11– Au-delà des limites : trans­for­ma­tion du désir en droit (mon désir sera ta loi)

Malgré les postures faus­se­ment subver­sives des acti­vistes LGBT contre « le modèle fami­lial tradi­tion­nel », leur exigence d’ac­cès à la PMA, comme celle des couples hété­ros stériles, n’as­pire qu’à repro­duire ledit modèle : des parents et des enfants comme tout le monde. Les fana­tiques du « tout social », en guerre contre « la révé­rence totale à l’égard de la nature[105] » (Elisa­beth Badin­ter), veulent des contre­façons de la nature (biotech­no­lo­giques). Un enfant fabriqué en labo­ra­toire plutôt qu’une famille sans enfant. Soit dit en passant, si le désir d’en­fant est « on ne peut plus natu­rel », comme le déclare Marta Spranzi, alors il y a une nature humaine. On n’avait pas coutume d’en­tendre les décons­truc­tion­nistes soute­nir pareille héré­sie essen­tia­liste. C’est comme ça les arrange.

La stéri­lité, natu­relle ou provoquée par le mode de vie indus­triel (pollu­tion, séden­ta­rité, obésité, etc.), n’al­tère pas la santé. Elle relève plutôt du handi­cap[106], ou de la carence. La concep­tion arti­fi­cielle d’un enfant ne soigne pas l’in­fer­ti­lité, mais la compense. Elle est rembour­sée par la Sécu, à la diffé­rence des chiens d’aveugles — mais Libé­ra­tion ne milite pas contre cette inéga­lité-là[107].

Handi­ca­pés, nombre de sourds refusent une greffe d’im­plants cochléaires. Ils ne veulent pas être des hommes-machines dotés d’ouïe arti­fi­cielle, mais enri­chir la culture humaine de leur parti­cu­la­rité et trans­mettre le langage des signes. Une solu­tion humaine et auto­nome plutôt que l’au­to­ma­chi­na­tion et la soumis­sion à des dispo­si­tifs hété­ro­nomes, qu’il leur est de plus en plus diffi­cile à défendre puisque la tech­no­lo­gie existe.

Comme eux, les couples infer­tiles et les céli­ba­taires qui acceptent leurs limites suscitent incom­pré­hen­sion et défiance. Pourquoi refu­ser un enfant puisque la tech­no­lo­gie le permet ? C’est ainsi que la repro­duc­tion arti­fi­cielle, même mino­ri­taire, s’im­pose comme la réfé­rence, ses possi­bi­li­tés influençant désirs et compor­te­ments de tous­sé­toutes. Atten­dez qu’on puisse choi­sir les carac­té­ris­tiques de ses héri­tiers. Chacun sait que, passé un certain seuil, l’ex­cep­tion devient la norme. Le phéno­mène se répète à chaque saut tech­no­lo­gique. La dili­gence n’a pas coha­bité long­temps avec l’au­to­mo­bile et le train. Engen­drer soi-même, gratui­te­ment et au hasard, semblera bien­tôt aussi incon­gru que faire de l’auto-stop sans plate­forme web.

La socio­logue Maria De Koninck, profes­seur à la faculté de méde­cine de l’Uni­ver­sité Laval (Québec), mesure les effets de ce consu­mé­risme :

« [La] construc­tion sociale du désir d’en­fant à tout prix — de son enfant à tout prix — […] s’ac­com­pagne d’une détresse. […] J’ap­pelle ça la “patho­lo­gi­sa­tion” et la médi­ca­li­sa­tion du désir d’en­fant[108] ».

Natu­rel­le­ment, jurent les promo­teurs de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, ce « désir d’en­fant à tout prix » n’in­duit nul « droit à l’en­fant ». Pour­tant, qui crie à la discri­mi­na­tion dénonce une atteinte à ses droits. Droit à quoi ? Il n’est pas ques­tion de droit à l’en­fant — c’est inter­dit — mais du « droit de fonder une famille » — avec son hamster ? Ou du « droit de se repro­duire » — sous forme d’ho­lo­grammes en 3D ?

Bien­ve­nue dans le labo­ra­toire de l’homme en pièces déta­chées, où la tech­no­lo­gie produit l’es­croque­rie juri­dique. De même que les start up de biotech­no­lo­gie « ne brevètent pas le vivant », selon elles, mais seule­ment des gènes[109], les plain­tifs ne réclament pas un enfant, mais des gamètes stockés dans une banque et une procé­dure tech­nique… produi­sant un enfant. Non pas du lard, mais du cochon. Retour au Pays du mensonge décon­cer­tant (Ciliga) et illus­tra­tion avec nos jésuites de l’As­sem­blée natio­nale :

« De façon unanime, les travaux prépa­ra­toires à la révi­sion bioé­thique ont écarté ou condamné cette notion de droit à l’en­fant et confirmé que l’ou­ver­ture de l’as­sis­tance médi­cale à la procréa­tion à toutes les femmes ne repose ni sur l’idée d’un droit à l’en­fant, ni sur celle de créer ou de consa­crer un tel droit. Il appa­raît plutôt que la seule reven­di­ca­tion est celle du droit au désir d’en­fant[110]. »

Vous avez bien lu. S’il ne s’agit que du « droit au désir », quels obstacles la nouvelle loi doit-elle lever ? Rien n’em­pêche le désir d’en­fant de s’épa­nouir dans le cœur de quiconque. Et quelle révi­sion des lois de bioé­thique consa­crera notre droit au désir de modi­fi­ca­tion géné­tique, notre droit au désir de manger notre voisin, d’épou­ser notre chien comme la cyber-fémi­niste Donna Hara­way, ou de gifler les têtes-à-claques du corps légis­la­tif ?

Pour les techno-progres­sistes de gauche et de droite, l’en­fant est un droit conquis par les femmes (les hommes l’ob­tien­dront dans une prochaine loi bioé­thique, ne piaf­fez pas). Voilà qui donne un sens augmenté au slogan fémi­niste des années 1970 : Un enfant si je veux, quand je veux.

René Fryd­man rapporte comment, expliquant aux femmes qu’à 42 ans, la PMA est vouée à l’échec, il s’en­tend répondre : « Puisque la sécu la rembourse jusqu’à 43 ans, j’y ai droit. » Et d’ad­mettre : « c’est vrai que ça renforce cette notion de droit à l’en­fant[111]. » Un droit qu’il a lui-même contri­bué à créer en 1981 avec Emile Papier­nik et Jacques Testard. Du haut de leur exper­tise tech­nique et de leur hubris médi­cale, ils ont produit Aman­dine, le premier bébé-éprou­vette français, hors de toute déli­bé­ra­tion poli­tique (la première loi bioé­thique date de 1994). Un droit à l’en­fant que Fryd­man conti­nue à promou­voir, en deman­dant à l’As­sem­blée natio­nale et dans les innom­brables médias qui lui donnent la parole, le rembour­se­ment de la congé­la­tion des ovocytes pour toutes.

Faut-il s’éba­hir du cynisme avec lequel l’ex-camp de l’éman­ci­pa­tion renie ses valeurs. Ce « droit à l’en­fant » bafoue les droits inalié­nables de l’in­di­vidu. Dans un État de droit, on ne donne, ne vend ni ne procure nulle personne humaine. Nul n’a le droit à quiconque — ni esclave, ni épouse, ni enfant — à l’ex­cep­tion des orphe­lins à qui l’on donne des parents d’adop­tion (et non l’in­verse), en vertu des droits de l’en­fant. L’Agence de biomé­de­cine pousse l’hy­po­cri­sie jusqu’à rempla­cer « don » par « accueil », pour les embryons surnu­mé­raires mis à dispo­si­tion d’autres couples. Certes, l’em­bryon n’est que de la viande, mais il faut ména­ger la sensi­bi­lité des parents d’in­ten­tion en visite au congélo. À quand une loi et une branche de la Sécu pour faire valoir le droit des cœurs soli­taires à un conjoint ? Ou plutôt, leur « droit à vivre en couple » ?

Pour conclure, le libé­ral président du Comité consul­ta­tif natio­nal d’éthique n’a plus qu’à décla­rer : « le CCNE n’a pas le droit de juger de cette trans­for­ma­tion du désir en droit[112] », et le tour est joué. Le fait accom­pli.

N’étant pas un comité d’éthique, encore moins consul­ta­tif, nous avons le devoir de juger cette trans­for­ma­tion, qui enté­rine le primat d’un indi­vi­dua­lisme morti­fère sur le bien commun de l’hu­maine condi­tion. « Pourquoi protes­ter, puisque nous accor­der ce droit ne retire rien à vos propres droits ? », s’in­dignent les acti­vistes LGBT, trahis­sant un indi­vi­dua­lisme qu’ils croient univer­sel. N’ima­ginent même pas qu’on défende des idées supé­rieures à ses inté­rêts. Le désir de parti­cu­liers en mal d’en­fant ne peut l’em­por­ter sur le prin­cipe collec­tif de l’in­dis­po­ni­bi­lité des personnes.

***

Les Chim­pan­zés du futur engendrent comme ils peuvent, avec leurs limites natu­relles ; les Machins du futur fabriquent leurs succes­seurs comme ils veulent, dans les limites de la tech­no­lo­gie et de son progrès perpé­tuel. Ils troquent la contrainte natu­relle, objec­tive et imper­son­nelle, pour l’as­ser­vis­se­ment au système tech­ni­cien et à ses pilotes. Ils croient ainsi s’éman­ci­per, sans voir que l’em­bal­le­ment tech­no­lo­gique et l’im­po­si­tion de nouveaux produits et nouvelles normes provoquent les désirs toujours renou­ve­lés de consom­ma­teurs envieux et plain­tifs. On entend déjà les lamen­ta­tions sur la pénu­rie de sperme — retour du réel et de cette fameuse « parti­ci­pa­tion mascu­line à tout proces­sus repro­duc­tif » qu’il faudrait taire. Les banques de gamètes ont du mal à four­nir la demande. La Belgique achète 90 % de son sperme au Dane­mark et le Canada se four­nit aux États-Unis. Voilà qui promet de riches débats inter­sec­tion­nels sur la prove­nance ethnique du maté­riel repro­duc­tif. Pourquoi pas le Congo ou le Mexique ? En France, les stériles, les lesbiennes et les soli­taires redoutent la concur­rence ou la discri­mi­na­tion. Tous attendent de l’État qu’il garan­tisse la dispo­ni­bi­lité du maté­riel, ou que la main invi­sible du marché trouve la solu­tion : rému­né­ra­tion des donneurs, campagnes d’in­ci­ta­tion à la soli­da­rité, import-export. Le profes­seur Fréour, chef du service PMA du CHU de Nantes, aime­rait qu’on vise mieux la « cible de 20 millions de candi­dats poten­tiels[113] », c’est-à-dire d’hommes de 18 à 45 ans en bonne santé, avec de meilleures campagnes de pub. Faudra-t-il impo­ser le partage de nos gamètes ? (Équi­table, bien­veillant, respec­tueux, inclu­sif, etc.) Si l’on conti­nue de faire aux hommes ce que l’on fait aux animaux, quelques sources géné­tiques mâles sélec­tion­nées pour leur qualité excep­tion­nelle servi­ront à la fécon­da­tion de toutes les femelles. Mais bien sûr, la tech­no­lo­gie et les gamètes arti­fi­ciels résou­dront le problème.

***

Vivre sans temps mort, jouir sans entrave. Ce fut le mot d’ordre de la grande Fête des hormones pour les enfants gâtés des Trente glorieuses. Cette géné­ra­tion d’hé­ri­tiers libé­raux-liber­taires ne s’est rien refusé, ni la consom­ma­tion, ni la critique de la consom­ma­tion[114]. Elle n’a d’ailleurs rien trans­mis à ses déshé­ri­tés, sinon l’in­time convic­tion que tout leur était dû — et tout de suite. « L’at­tente — quel qu’en soit l’objet — est toujours insup­por­table[115] », geint la séna­trice EELV Esther Benbassa. Les baby-boomers, ayant bruyam­ment rompu avec la géné­ra­tion précé­dente, ont rompu avec l’idée même de géné­ra­tion. On savait déjà que chaque géné­ra­tion est un peuple nouveau (Tocque­ville). La trans­mis­sion des anciens aux novices est deve­nue into­lé­rable car « auto­ri­taire » et « verti­cale ». En 1963, Sheila fait l’un des tubes de la géné­ra­tion des copains en chan­tant :

Papa papa, papa, t’es plus dans l’coup papa

Tu devrais ma parole,

Retour­ner bien vite à l’école

Révi­ser ton juge­ment

Crois-moi ce serait plus prudent

Les novices aujourd’­hui « s’éduquent » entre eux (trans­mis­sion « hori­zon­tale ») et éduquent les anciens (retrans­mis­sion verti­cale). Le lien géné­ra­tion­nel tissé par l’en­gen­dre­ment (la géné­ra­tion inin­ter­rom­pue du genre humain) perd son sens. L’ave­nir, ce sont des enfants sans nombril, dont nulle généa­lo­gie ne vient trou­bler l’au­to­dé­ter­mi­na­tion. Dommage que la géné­ra­tion spon­ta­née soit impos­sible.

L’exi­gence de léga­li­sa­tion du désir d’en­fant trahit la volonté de puis­sance puérile et destruc­trice de l’in­di­vidu-consom­ma­teur (alias « client roi », « enfant roi »). Le refus de toute règle, toute limite autre que « mon bon plai­sir », abolit toute vie en société au profit de négo­cia­tions inter­per­son­nelles où chacun défend au mieux son inté­rêt. Ce retour à la barba­rie, c’est ce que la philo­so­phie poli­tique nomme liber­ta­risme. On voit que le « combat d’avant-garde » des parents d’in­ten­tion et de leurs alliés tech­no­crates macro­niens ne risque pas de pertur­ber le tech­no­ca­pi­ta­lisme, ni la marche des choses.

Si l’éthique change au gré des désirs et si les désirs sont des droits, il n’y a nulle raison de refu­ser l’hy­bri­da­tion avec des dispo­si­tifs « d’aug­men­ta­tion », ni cette « large marge de manœuvre dans le choix des moda­li­tés liées à leur épanouis­se­ment person­nel » que réclament les trans­hu­ma­nistes.

« Ce sont les tech­no­crates, enfin, à l’ère tech­no­lo­gique du capi­ta­lisme plané­taire unifié, qui construisent la machine à tout faire, évinçant l’hu­main de sa propre repro­duc­tion après l’avoir évincé de toute produc­tion. Eh quoi ! La paresse n’est-elle plus le moteur du progrès ? Tout le sens de l’his­toire n’était-il pas d’abou­tir à la toute-puis­sance ? À l’état d’heu­reux et génial fainéant servi par les machines et doté d’une rente perpé­tuelle ? Devons-nous pleu­rer d’at­teindre aux fins de l’homme ? Fi des jéré­miades judéo-chré­tiennes, de la rédemp­tion par la souf­france et le travail, de la mora­line de l’ef­fort et du devoir — au nom de quelle trans­cen­dance, je vous prie ? De quelle nostal­gie rance et réac­tion­naire ? Comme le disent les “anar­chistes galac­tiques”, nous qui dési­rons sans fin, nous n’avons que des droits et nous les avons tous. L’ac­ti­vité humaine ayant réalisé l’uto­pie de l’abon­dance et de l’oi­si­veté assis­tée par ordi­na­teur se livrera tout entière à la créa­tion et à l’in­ven­tion de désirs nouveaux. L’éman­ci­pa­tion est une galaxie en expan­sion accé­lé­rée, illi­mi­tée. Elle s’im­pose à la vitesse des accé­lé­ra­tions tech­no­lo­giques qu’elle inspire et qui la réalisent en retour. Les obscu­ran­tistes peuvent bien s’op­po­ser au progrès, ils ne peuvent l’ar­rê­ter quand le fait accom­pli boule­verse sans phrase l’ordre établi, abolis­sant du même coup les normes oppres­sives et les possi­bi­li­tés d’op­po­si­tion. Eux-mêmes, alors, doivent chan­ger ou dispa­raître. Nous serons bien­tôt des machines à vivre supé­rieures, inté­grées à la machine univer­selle, au fonc­tion­ne­ment opti­mal et perpé­tuel, et dotées de ces pouvoirs que les reli­gions attri­buaient aux dieux. Il nous faut cepen­dant, fran­chir d’abord le dur détroit des circons­tances[116]. »

Seule la pensée des limites et de la mesure peut nous préser­ver des ravages de la volonté de puis­sance. Une pensée capable de trans­muer la violence des désirs, non en pouvoir de produire/détruire le monde et nous-mêmes, mais en subli­ma­tion symbo­lique (art, récits, mythes) : l’autre spéci­fi­cité des humains. Nous avons le choix. Traver­ser les océans d’un coup d’avion low cost et télé­char­ger les cata­logues de labo­ra­toires de bébés d’un clic, ou penser et vivre contre notre temps et « se satis­faire du néces­saire » comme l’ours Baloo[117]. L’ap­pel à l’auto-limi­ta­tion relève d’abord de l’ins­tinct de conser­va­tion.

***

12– Mère-Machine s’oc­cu­pera de tout (mater­nage et infan­ti­lisme tech­no­lo­giques)

Ayant réduit la gesta­tion à un dispo­si­tif séparé et tech­ni­fié, il est logique de la confier aux machines. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous rédui­ront à néant. Les couveuses arti­fi­cielles rempla­ce­ront bien­tôt les couveuses humaines, ache­vant la volonté tech­ni­cienne d’ex­té­rio­ri­ser le proces­sus de gesta­tion, déjà à l’œuvre avec les écho­gra­phies « de contrôle » et le moni­to­ring élec­tro­nique du fœtus.

Le post­hu­main pous­sera en bocal, à l’image de cet agneau grand préma­turé dont une équipe de Phila­del­phie a réussi, fin avril 2017, à assu­rer la gesta­tion en utérus arti­fi­ciel (un « biobag »), appa­rem­ment sans séquelles[118]. La même équipe annonce des discus­sions avec les auto­ri­tés améri­caines pour commen­cer à tester des utérus arti­fi­ciels avec des embryons humains d’ici deux ans[119]. Les travaux de Helen Hung-Ching Liu à l’Uni­ver­sité Cornell à New York, montrent la possi­bi­lité d’im­plan­ter un embryon dans une cavité arti­fi­cielle couverte de cellules endo­mé­triales (qui tapissent la paroi de l’uté­rus). Il ne reste qu’à relier les deux phases de la gesta­tion — le début et la fin.

VRP de l’homme-machine à la mauvaise joie la plus gros­sière, le jour­na­liste de Libé­ra­tion Luc Le Vaillant en braille d’ex­tase :

« Tout ce qui est scien­ti­fique­ment possible sera réalisé. Il ne sert à rien d’in­ter­dire, cela crée de la fric­tion et de la délinquance là où il n’y a que désir d’imi­ta­tion norma­li­sée. Et puis, ce trans­hu­ma­nisme en gesta­tion me fascine plus qu’il ne m’af­fole. Cela m’exalte, ce monde faus­tien qui invente de nouveaux corps. Les anti-GPA font souvent le paral­lèle avec le trafic d’or­ganes. Qu’ils cessent de drama­ti­ser ! Infer­ti­lité ou soins, la meilleure réponse sera tech­no­lo­gique. Demain, les répliques façon cœur Carmat seront plus perfor­mantes que les trans­plan­ta­tions du vivant. Et l’uté­rus arti­fi­ciel finira par rempla­cer les pres­ta­tions humaines[120]. »

C’est bien ce qu’es­pèrent eugé­nistes et techno-fémi­nistes, en raison de leur haine du corps, cette guenille répu­gnante. Comme le dit Joseph Flet­cher, expert en éthique biomé­di­cale d’Har­vard : « Nous réali­sons que l’uté­rus est un endroit obscur et dange­reux, un milieu plein de périls. Nous devons souhai­ter que nos enfants poten­tiels se trouvent là où ils peuvent être surveillés et proté­gés autant que possible[121]. »

Voilà qui rappelle le dégoût miso­gyne de la nais­sance : « Inter faeces et urinam nasci­mur[122] » (nous nais­sons parmi les fèces et l’urine). Dégoût partagé par la fémi­niste améri­caine Shula­mith Fires­tone dans The Dialec­tic of Sex (1970) : « Child­birth is like shit­ting a pump­kin » (accou­cher est comme chier une citrouille), écrit-elle gracieu­se­ment.

Les techno-fémi­nistes reven­diquent l’ec­to­ge­nèse au nom de l’éga­lité, bien sûr. Dans la lignée de Fires­tone, Marcela Iacub affiche sa haine du char­nel :

« Le père et la mère auront la même distance à l’égard de l’en­fant, qui aura sûre­ment plus de faci­lité à deve­nir auto­nome. Il y a actuel­le­ment une sacra­li­sa­tion du ventre et de l’ac­cou­che­ment, à mon avis très préju­di­ciable aux femmes[123]. »

Autre disciple de Fires­tone, la « Mutante » Peggy Sastre renché­rit :

« Les femmes ne feront rien dans la vie tant qu’elles auront un utérus (…) La marche vers l’éga­li­sa­tion des sexes est un phéno­mène récent, ouvert par la dé-physi­ca­tion des modes de produc­tion rentables et effi­caces. Cepen­dant, tant que la femme conti­nuera à porter dans son corps la repro­duc­tion humaine, les termes seront en déca­lage. Les Mutantes entendent donc par la désu­té­ri­ni­sa­tion de la femme, rendre possible le rattra­page[124]. »

Peggy Sastre s’ex­prime aujourd’­hui sous son nom dans la presse pour promou­voir l’ec­to­ge­nèse : « Les femmes ne pour­ront pas connaître de véri­table auto­no­mie tant qu’elles n’au­ront pas la possi­bi­lité de s’en débar­ras­ser (NdA : « de la gros­sesse et de l’éle­vage des enfants »)[125] », dit-elle à Causeur, dans un dossier sur le trans­hu­ma­nisme. La même parti­cipe au site des scien­tistes de l’As­so­cia­tion française pour l’in­for­ma­tion scien­ti­fique[126] (Afis), qui défend les inté­rêts de la techno-indus­trie.

On entend la même reven­di­ca­tion dans la bouche de Chloé, « fémi­niste » liber­taire ou assi­mi­lée, qui mange bio, reven­dique le droit d’avoir des enfants et de « dispo­ser de son corps » sans souf­frir les contraintes de la gros­sesse : « Je veux pouvoir sortir le soir, boire et ne pas avoir mal au dos ». Elle est soute­nue dans ce combat éman­ci­pa­teur par le biolo­giste Henri Atlan, défen­seur de l’ec­to­ge­nèse :

« Très vite, la gesta­tion extracor­po­relle devien­dra la norme. Les pratiques de “mères porteuses” et de PMA en-dehors des struc­tures fami­liales recon­nues par la société ont déjà rompu le lien immé­mo­rial entre un bébé et la femme qui l’a porté. […] L’ec­to­ge­nèse […] fran­chira un nouveau seuil. […] L’uté­rus arti­fi­ciel achè­vera la libé­ra­tion sociale des femmes en les rendant égales aux hommes devant les contraintes physio­lo­giques inhé­rentes à la procréa­tion[127]. »

Je dirais même plus, l’uté­rus arti­fi­ciel rendra les hommes égaux aux femmes en leur permet­tant de procréer sans elles. Nous serions telle­ment plus égaux si les autres n’exis­taient pas. Les sexistes, fémi­nistes et machistes, tirent avan­tage de cette procréa­tique pour se repro­duire sans l’autre sexe, réali­sant ainsi leurs aspi­ra­tions mythiques et archaïques (Amazones, rites de couvade, etc).

Henri Atlan :

« La mater­nité dans les condi­tions d’une ecto­ge­nèse devien­drait très proche de la pater­nité […] La diffé­rence des sexes dans la procréa­tion et la filia­tion aura disparu en tant que donnée de la nature immé­dia­te­ment perçue. »

Derrière les procla­ma­tions égali­taires, l’ec­to­ge­nèse sert d’abord la volonté de maîtrise des proces­sus spon­ta­nés d’en­gen­dre­ment. L’idée est ancienne. Elle a été formu­lée dès le XVIe siècle par le méde­cin suisse Para­celse, qui se préten­dait capable de fabriquer « un homme arti­fi­ciel sans âme, dans un utérus arti­fi­ciel[128] ». Le mot fut créé par le géné­ti­cien anglais John B.S Haldane dans un ouvrage de 1924 où il décri­vait les « test tube babies[129] » (bébés-éprou­vettes) qui inspi­rèrent Le Meilleur des Mondes huit ans plus tard.

Ce mater­nage machi­niste vite trans­mué en matriar­cat machi­niste, entraîne la régres­sion infan­tile, la castra­tion des humains (hommes et femmes) réduits ad vitam à l’état d’avor­tons. En fait d’« augmen­ta­tion » et d’amé­lio­ra­tion, la machi­na­tion dégrade et dimi­nue l’hu­main, mutilé de ses déci­sions et facul­tés. Le mater­nage machi­niste grati­fie ses pièces, membres et parties, d’une prise en charge totale et les soulage du fardeau de la vie auto­nome. Déli­vrés de la fatigue d’être soi, ils sont, de leur mise en service à leur mise hors service, fonc­tion­nel­le­ment inté­grés à la machine à fonc­tion­ner, dont la fonc­tion ultime, sinon unique, est de s’auto-perpé­tuer.

Le machin dans la machine, membre de l’eu­so­ciété, du super­or­ga­nisme cyber­né­tique, maillon d’un filet inex­tri­cable, retrouve ce que Romain Rolland nommait « le senti­ment océa­nique » de la fusion avec le Grand Tout. Déli­vré du Père, ce monstre archaïque qui le sépa­rait de sa mère, l’in­fan­tile ne quitte plus son grand Tout mater­nel afin de deve­nir lui-même, sa propre personne, et d’af­fron­ter le monde exté­rieur.

Le contrat techno-social est un marché de dupe. Croyant s’af­fran­chir, l’in­di­vidu s’as­ser­vit. Croyant domi­ner, il obéit. Quand on utilise les moyens tech­no­lo­giques, on donne le pouvoir aux tech­no­crates. Quand on utilise les moyens biotech­no­lo­giques, on donne le pouvoir aux biocrates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pouvoir à la Mère-Machine[130].

***

En conclu­sion, lais­sons la parole à Alexandre Vialatte, qui voici un demi-siècle, en juin 1968 et à l’aube d’un âge nouveau dans le progrès des mœurs et des tech­niques, évoquait les anciennes et nouvelles manières d’en­fan­ter :

« Résu­mons-nous. La femme a joué de tout temps un rôle très impor­tant dans la survie de l’es­pèce humaine. Tout homme, sans elle, serait un orphe­lin. Par son instinct, par son génie parti­cu­lier, pendant de longs siècles d’igno­rance et de tâton­ne­ment, où l’in­for­ma­tion faisait défaut, elle a su prolon­ger la race jusqu’à nos jours où “l’édu­ca­tion sexuelle”, deve­nue enfin scien­ti­fique et propa­gée par des moyens “audio­vi­suels”, assure l’homme d’une posté­rité. Il est facile aujourd’­hui de se moquer. Mais qu’on songe à l’époque, récente, où sans radio et sans télé­vi­sion, l’homme devait assu­rer par ses propres moyens l’ave­nir de toute la race humaine. Sans la femme il n’eut jamais pu[131]. »

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, 23 septembre 2019


Lire aussi :

  • Mani­feste des Chim­pan­zés du futur contre le trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre (Editions Service compris, 2017)
  • De la popul­lu­la­tion, Pièces et main d’œuvre (2004). Pièce déta­chée n°8 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • La stéri­lité pour tous et toutes ! Alexis Escu­dero (2014). Pièce déta­chée n°63 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • Au bazar du beau bébé, Alexis Escu­dero (2014), suivi de L’Homme d’aujourd’­hui, Pierre Gérard et Henri Mora (2001). Pièce déta­chée n°64 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • De la repro­duc­tion du bétail humain, Alexis Escu­dero (2014), suivi de La repro­duc­tion arti­fi­cielle des animaux non-humains, par Un auteur de Mouton 2.0, (2014) et Pourquoi ? Erwin Char­gaff (2001). Pièce déta­chée n°65 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • Les crimes de l’éga­lité, Alexis Escu­dero (2014), suivi de Contre La Manif pour Tous, contre le Collec­tif pour le respect de la personne, contre la repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main, A. Escu­dero & Pièces et main d’œuvre (2014). Pièce déta­chée n°66 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus « queer », Pièces et main d’œuvre (2015), Pièce déta­chée n°67 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • Ecra­sons l’in­fâme. Le culte de la Mère Machine et la matrice reli­gieuse du trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre, 2017. Pièces déta­chées n°82/82’ et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • La fabri­ca­tion des humains, Françoise Collin, 1987, sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • Le projet Manhat­tan de repro­duc­tion, Gena Corea, 1987, sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  • Le fil rouge, des théo­ries de Galton aux sondes d’ADN, Nadine Fresco, 1987, sur www.piece­set­main­doeuvre.com

Glos­saire

Novlangue de la repro­duc­tion arti­fi­cielle

Auto­con­ser­va­tion des ovocytes

Pratique desti­née à repous­ser l’âge de la gros­sesse en gardant ses œufs au frais. Au congé­la­teur, ne pas confondre « le pois­son pané et les enfants pas nés » (Blanche Gardin).

Bioé­thique, bioé­thi­cien

Domaine d’ex­per­tise destiné à rendre légaux les boule­ver­se­ments impo­sés par les cher­cheurs techno-scien­ti­fiques. Exige une bonne condi­tion physique (course rapide) et une solide impu­dence. Voir les perfor­mances du président du Comité consul­ta­tif natio­nal d’éthique, Jean-François Delfraissy. Les trans­hu­ma­nistes comptent nombre de bioé­thi­ciens, parmi lesquels James Hughes, Julian Savu­lescu, Joseph Flet­cher.

Désu­té­ri­ni­sa­tion

Projet d’éman­ci­pa­tion fémi­nine par la suppres­sion des organes fémi­nins. Conçu sur le modèle de l’éman­ci­pa­tion des peuples par la suppres­sion des peuples. Les uns et les autres étant rempla­cés par des machines.

Donneurs de gamètes

Objets de toutes les atten­tions, four­nissent leur sperme, leurs ovules et leur ADN aux néces­si­teux pour des motifs parfois obscurs. Selon les pays, rému­né­rés ou non, anonymes ou non. Le don de sperme se fait à la main, il est sans douleur, durable, soute­nable et renou­ve­lable plus de 120 fois comme le prouve le « donneur privé » néer­lan­dais Ed Houben[132]. Le don d’ovo­cytes à l’in­verse néces­site une inter­ven­tion médi­cale lourde et doulou­reuse. Scan­da­leuse discri­mi­na­tion.

Droit à se repro­duire

Ne pas confondre avec droit à l’en­fant, contraire à la dignité et à l’ina­lié­na­bi­lité de la personne humaine. Le droit à se repro­duire est natu­rel, légi­time et pris en charge par la société par le truche­ment de procé­dures tech­no­lo­giques garan­ties à tous­sé­toutes par la loi. Cepen­dant, des progrès restent à faire, la pédo­pho­bie domi­nante dans nos socié­tés empê­chant toujours les prépu­bères de se repro­duire. Variantes : droit de fonder une famille ; droit au désir d’en­fant.

Embryons surnu­mé­raires

Embryons obte­nus par fécon­da­tion in vitro et non implan­tés. Stockés au congé­la­teur (voir « Vitri­fi­ca­tion ») en attente de projet paren­tal, de don, d’ex­pé­riences pour la recherche ou de destruc­tion. Exemples : Eddy et Nelson, 6 ans, les jumeaux de Céline Dion, produits le même jour que leur grand frère et décon­ge­lés après huit ans de glacière. Leur maman les aime telle­ment qu’elle dort avec eux.

Fantômes de la répu­blique

Enfants issus de la loca­tion illé­gale d’un utérus à l’étran­ger et otages de parents délinquants. Exemple : les jumelles Mennes­son, comman­dées aux États-Unis. Valen­tina, 18 ans, a publié ses mémoires de bébé prodige porté par une « gesta­trice » améri­caine. Le refus de son inscrip­tion à l’état civil français est un problème : « Je ne pour­rai pas héri­ter[133] », proteste-t-elle. Elle étudie l’éco­no­mie et le mana­ge­ment à Londres, ce qui prouve que les fantômes aussi, peuvent deve­nir de bons mana­gers. Ses parents ont d’ailleurs fondé le Comité de soutien pour la léga­li­sa­tion de la GPA et l’aide à la repro­duc­tion assis­tée (Clara) avec le spon­so­ring de « Extraor­di­nary Concep­tions[134] », une agence cali­for­nienne de devi­nez-quoi. Le sens du busi­ness, ce n’est pas géné­tique.

Gamètes arti­fi­ciels

Sper­ma­to­zoïdes et ovocytes produits in vitro à partir de cellules souches pluri­po­tentes induites ou de cellules souches embryon­naires. Moyens de repro­duc­tion asexuée, permet­tant de se passer de donneurs, de produire des embryons en nombre illi­mité, et de produire à la chaîne des géné­ra­tions succes­sives d’em­bryons en évitant le stade « indi­vidu » et tous les frais affé­rents (éduca­tion, santé, chômage).

GPA éthique

Oxymore (comme « déve­lop­pe­ment durable », « entre­prise citoyenne », « commerce équi­table », « obscure clarté », « roue carrée ») préten­dant que la loca­tion de son utérus aux fins de four­nir un enfant à d’autres serait possible gratui­te­ment (moyen­nant défraie­ment) et sans lien de subor­di­na­tion. Si votre mère insiste pour porter votre enfant, prévoir les frais de psycha­na­lyse pour l’en­fant. Le père de la GPÀ éthique est ce bour­geois gentil­homme qui n’était point marchand mais donnait de l’étoffe à ses amis pour de l’argent.

Mater­nité de substi­tu­tion

Tenta­tive d’eu­phé­misme pour « gesta­tion pour autrui ». Encore un effort : on suggère « Mater­nité pour autrui », insur­pas­sable de senti­men­ta­lisme siru­peux.

Parents d’in­ten­tion

Soyez concen­trés. Ne pas confondre « parents », « parents sociaux », « géni­teurs » et « parents d’in­ten­tion ». Les parents d’in­ten­tion qui dési­rent élever l’en­fant sépa­ré­ment ou en pluri­pa­ren­ta­lité — en coopé­ra­tive d’éle­vage mais non en coha­bi­ta­tion — sont nommés « copa­pas » et « coma­mans ». Enfin, ils co-workent.

Projet paren­tal

Syno­nyme d’« enfant à venir ». Élabo­rer un projet paren­tal néces­site un plan d’ac­tion et de finan­ce­ment, une étude de marché, une vali­da­tion juri­dique, des colla­bo­ra­teurs, un dispo­si­tif tech­no­lo­gique. Sans projet paren­tal, l’em­bryon congelé est une « matière vivante » dispo­nible, par exemple, pour la recherche. Avec projet paren­tal, il porte les attentes de ses concep­teurs et doit four­nir des garan­ties de qualité. Un enfant né par inad­ver­tance ne peut se préva­loir d’un projet paren­tal.

Stéri­lité sociale

Désigne le complot hété­ro­sexuel destiné à empê­cher deux indi­vi­dus de même sexe de se repro­duire, afin de préser­ver les inté­rêts et le mono­pole repro­duc­tif du pouvoir hété­ro­normé. Se dit aussi à propos des personnes dési­reuses de se repro­duire sans rela­tions sexuelles, victimes de la société coïto­nor­mée. Syno­nyme : infer­ti­lité cultu­relle.

Tech­nique de repro­duc­tion hété­ro­sexuelle

Intro­duc­tion d’un sexe mâle dans un sexe femelle permet­tant la fécon­da­tion d’un ovule par un sper­ma­to­zoïde et la forma­tion d’un embryon. Tech­nique remon­tant à la plus haute Antiquité, conçue pour empê­cher les indi­vi­dus de même sexe de se repro­duire. Il faudra attendre le XXIe siècle pour que le complot soit révélé. (Voir « stéri­lité sociale »)

Vitri­fi­ca­tion

Tech­nique moderne de conser­va­tion des embryons obte­nus par fécon­da­tion in vitro. À l’in­verse de la congé­la­tion, lente et favo­ri­sant la forma­tion de cris­taux de glace intra et extra-cellu­laires, la vitri­fi­ca­tion est ultra-rapide et sans cris­taux. On déshy­drate l’em­bryon et on remplace l’eau de ses cellules par des substances cryo­pro­tec­trices à concen­tra­tion élevée, avant de l’im­mer­ger dans l’azote liquide à –196°.

Ne pas confondre avec la cryo­gé­ni­sa­tion, desti­née à conser­ver les trans­hu­ma­nistes morts jusqu’à leur résur­rec­tion tech­no­lo­gique.


Notes et réfé­rences

  1. Jean-François Delfraissy, entre­tien avec Valeurs actuelles, 3/03/18
  2. Cf. « Inno­va­tion scien­ti­freak : la biolo­gie de synthèse », F. Gaillard, in Sous le soleil de l’in­no­va­tion, rien de nouveau ! Pièces et main d’œuvre, L’Echap­pée, 2013
  3. A. Pichot, La société pure. De Darwin à Hitler (Flam­ma­rion, 2000)
  4. J. Huxley, L’Homme, cet être unique [1941], trad. fr. Oreste Zeluck (éd.), 1948
  5. J.Huxley, L’Évo­lu­tion en action (1951 – PUF, 1956)
  6. Idem
  7. Cf. Pièces et main d’œuvre, Mani­feste des Chim­pan­zés du futur contre le trans­hu­ma­nisme (Service compris, 2017)
  8. www.fran­cet­vinfo.fr/monde/afrique/societe-afri­caine/salif-keita-denonce-le-sort-tragique-des-albi­nos­ven­dus-en-pieces-deta­chees_3056963.html
  9. Cf. Bilan annuel 2017 de l’Agence française de biomé­de­cine
  10. J.-L Touraine, janvier 2019
  11. J. Savu­lescu, « The philo­so­pher who says we should play God », Nauti­lus, 3/09/15. Notre traduc­tion.
  12. Rapport de la mission d’in­for­ma­tion sur la révi­sion de la loi bioé­thique, JL Touraine, janvier 2019
  13. F. Collin, « La fabri­ca­tion des humains », 1987, sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  14. F. Engels, De l’au­to­rité, 1872
  15. Agnès Buzyn, audi­tion devant la commis­sion spéciale bioé­thique, Assem­blée natio­nale, 9/09/19
  16. Cf. J. Haber­mas, L’ave­nir de la nature humaine. Vers un eugé­nisme libé­ral ? (Galli­mard, 2001)
  17. J. Haber­mas, op. cité
  18. Avis n°129 du CCNE rela­tif à la révi­sion de la loi de bioé­thique 2019. Nous souli­gnons.
  19. Certi­fi­ca­tions de qualité déli­vrées par des orga­nismes spécia­li­sés, en France, l’AFNOR
  20. Audi­tion devant la commis­sion « loi de bioé­thique », 30/08/19, www.lcp.fr
  21. Cf. « GPA, PMA : le busi­ness des ovocytes », repor­tage de Zone inter­dite, M6
  22. Vote en commis­sion dans la nuit du 11 au 12 septembre 2019
  23. Tract « Ensemble, disons NON au marché de la procréa­tion », distri­bué à Grenoble, juin 2018. L’ap­pel à mani­fes­ter contre la loi de bioé­thique le 6 octobre 2019 est signé par Les Familles plumées, Trace la Route, Collec­tif pour le Respect de la méde­cine, les Asso­cia­tions fami­liales catho­liques, l’Ins­ti­tut Famille et Répu­blique, Senti­nelles, Comité protes­tant évan­gé­lique pour la dignité humaine, la Fédé­ra­tion natio­nale de la médaille de la famille française, Les Veilleurs Géné­ra­tions à venir, Les Éveilleurs, La Manif pour Tous, Maires pour l’en­fance, Agence euro­péenne des adop­tés, Vigie Gender, Alliance Vita, La voix des sans père
  24. Le Daubé, 20/03/18
  25. P. Ray, cité dans le rapport annuel 2017 de l’Agence française de biomé­de­cine
  26. Insti­tut d’éthique biomé­di­cale de l’uni­ver­sité de Zürich, « Le diagnos­tic préim­plan­ta­toire dans les légis­la­tions des pays euro­péens : sommes-nous sur une pente glis­sante ? », in Bioe­thica Forum, 2008, vol. 1, n° 2
  27. G. Corea, The Mother Machine. Repro­duc­tive Tech­no­lo­gies from Arti­fi­cial Inse­mi­na­tion to Arti­fi­cial Wombs, Harper & Row Publi­shers, 1985
  28. G. Corea, Confé­rence inter­na­tio­nale FINNRET, Lund, Suède, juillet 1985
  29. Tribune parue dans Le Monde, 17/03/16
  30. G. Stock, « Le choix germi­nal est inéluc­table ! », entre­tien avec lesmu­tants.com.
  31. Elle a notam­ment vendu 60 millions de dollars l’ac­cès à sa base de données à Genen­tech, filiale de Roche, en 2015, pour une étude sur la mala­die de Parkin­son.
  32. www.nouve­lobs.com/monde/20140110.OBS1978/comment-la-chine-fabrique-ses-futurs-genies.html
  33. Audi­tion devant la commis­sion « loi de bioé­thique », 30/08/19, www.lcp.fr
  34. « Euge­nics 2.0: We’re at the Dawn of Choo­sing Embryos by Health, Height, and More », MIT Tech­no­logy Review, nov. 2017. Notre traduc­tion.
  35. Nick Bostrom, Super intel­li­gence, Dunod 2017
  36. « Dans la fabrique des bébés OGM », Cour­rier Inter­na­tio­nal, hors-série mai-juillet 2019
  37. www.scien­ce­se­ta­ve­nir.fr/sante/gene­tique-un-biolo­giste-voudrait-lui-aussi-creer-des-bebes-crispr_134478
  38. Cellules qui ne proviennent pas d’un embryon et qui sont capables de se multi­plier indé­fi­ni­ment ainsi que de se diffé­ren­cier en tous les types de cellules qui composent l’or­ga­nisme.
  39. Idem
  40. « Géné­rer le gamète mâle et femelle à partir de cellules souches pluri­po­tentes humaines : est-ce possible ? », revue Méde­cine de la Repro­duc­tion, Gyné­co­lo­gie Endo­cri­no­lo­gie, 2011 41 Rapport du 14/09/19, http://www.assem­blee-natio­nale.fr/15/ta-commis­sion/r2243-a0.asp
  41. Rapport du 14/09/19, http://www.assem­blee-natio­nale.fr/15/ta-commis­sion/r2243-a0.asp
  42. Cf. https://www.nature.com/articles/d41586–019–02275–3 et sur www.piece­set­main­doeuvre.com
  43. The End of Sex and the Future of Human Repro­duc­tion, H. Greely, Harvard Univer­sity Press, 2016
  44. Cf. « The next sexual revo­lu­tion will happen in a lab, not a bed », 9/04/18, entre­tien sur www.macleans.ca
  45. « In vitro Euge­nics », Jour­nal of Medi­cal Ethics, 2014, cité par le trans­hu­ma­niste Bernard Baert­schi, membre du comité d’éthique de l’In­serm, in De l’hu­main augmenté au post­hu­main. Une approche bioé­thique, Vrin, 2019
  46. N. Bostrom & C. Shul­man, « Embryo Selec­tion for Cogni­tive Enhan­ce­ment: Curio­sity or Game­chan­ger? », Future of Huma­nity Insti­tute, Oxford, www.nick­bos­trom.com
  47. www.slate.fr/story/169437/gametes-in-vitro-procrea­tion-medi­ca­le­ment-assis­tee-pma-parents-meme-sexe
  48. « Si vous vous souciez de l’ave­nir de notre espèce, vous devriez vous soucier de ça » :https://law.stan­ford.edu/direc­tory/henry-t-greely/#slsnav-featu­red-video
  49. J. Hughes, trans­hu­ma­nistes.com/archives/800
  50. G. Anders, L’Ob­so­les­cence de l’homme, Ency­clo­pé­die des nuisances, 2002
  51. Aris­tote, La Physique
  52. Marta Spranzi, « La PMA pour tous ou le triomphe de la nature », Libé­ra­tion, 15/10/17
  53. M. Gauchet, « L’in­di­vidu priva­tisé », 2007, http://gauchet.blog­spot.fr
  54. Cf. Revue médi­cale suisse, https://www.revmed.ch/RMS/2002/RMS-2391/701
  55. J. Haber­mas, L’ave­nir de la nature humaine, op. cité.
  56. J. Hughes « Embra­cing change with all four arms: A post-huma­nist defense of gene­tic engi­nee­ring », inEubios Jour­nal of Asian and Inter­na­tio­nal Bioe­thics (1996), p. 94–101
  57. Nick Bostrom, « A Tran­shu­ma­nist Pers­pec­tive on Human Gene­tic Enhan­ce­ments »
  58. Europe 1, 27/08/19
  59. Le Monde, 13/04/18
  60. http://www.lefi­garo.fr, 26/01/18
  61. Réseau fémi­niste inter­na­tio­nal de résis­tance aux tech­niques de repro­duc­tion et à l’in­gé­nie­rie géné­tique, Décla­ra­tion de Comilla, Bengla­desh (1989), www.finr­rage.org. Voir le Mani­feste des Chim­pan­zés du futur contre le trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre (Editions Service compris, 2017)
  62. www.sos-homo­pho­bie.org
  63. « Je ne vois pas en quoi la PMA serait un “progrès” », entre­tien avec Le Figaro, 08/07/16
  64. Libé­ra­tion 26/10/15
  65. Selon Le Monde, 29 juillet 2017. B. Preciado, Testo Junkie. Sexe, drogue et biopo­li­tique, Gras­set, 2008
  66. Libé­ra­tion, 23/09/13
  67. J. Hugues, « Citi­zen Cyborg ou Le trans­hu­ma­nisme démo­cra­tique 2.0 », sur http://trans­hu­ma­nistes.com/quest-ce-que-le-trans­hu­ma­nisme-demo­cra­tique/
  68. Conseil d’État, Avis sur le projet de loi rela­tif à la bioé­thique, 18/07/19. C’est nous qui souli­gnons.
  69. Parmi les couples qui ont recours à la PMA, 15 % ne souffrent d’au­cune patho­lo­gie, selon l’Étude d’im­pact du projet de loi rela­tif à la bioé­thique, Assem­blée natio­nale, juillet 2019
  70. Le Daubé, 27/08/19
  71. Cf. Un bébé, mais pas à tout prix. Les dessous de la méde­cine de repro­duc­tion, Brigitte-Fanny Cohen (Lattès, 2001)
  72. www.gouver­ne­ment.fr/partage/11107-face­book-live-du-24-juillet-2019-sur-le-projet-de-loi-bioe­thique
  73. « PMA pour toutes : le consen­sus existe déjà ! », D. Borillo, Libé­ra­tion, 6/06/18
  74. Elisa­beth Schemla, Les homos sont-ils des hété­ros comme les autres ? L’Ob­ser­va­toire, 2017
  75. Libé­ra­tion, 1/08/19
  76. L’Obs, 15/03/18
  77. www.tele­graph.co.uk/science/2016/06/05/britons-are-having-less-sex-and-game-of-thrones-could-be-toblam/
  78. « Declines in Sexual Frequency among Ameri­can Adults, 1989–2014 », Archives of Sexual Beha­vior, nov. 2017, https://link.sprin­ger.com/article/10.1007/s10508–017–0953–1
  79. Citée in « L’uto­pie cyborg. Réin­ven­tion de l’hu­main dans un futur sur-tech­no­lo­gique », M. Grugier, revue Quasi­modo, n°7, 2003
  80. Cf. Mirage gay à Tel Aviv, J. Stern, Liber­ta­lia, 2017
  81. https://collec­tif-corp.com/2019/09/20/reponse-a-m-fogiel-suite-a-son-livre-quest-ce-quelle-a-ma-famille/
  82. L’Obs, 15/03/18
  83. L’Obs, 15/03/18
  84. Le Daubé, 20/09/19
  85. https://www.nouve­lobs.com/rue89/rue89-sante/20130703.RUE7450/ce-que-trans­met-une-femme-a-unem­bryon-qui-n-est-pas-le-sien.html
  86. Cf. http://clara­doc.gpa.free.fr/index.php?page=experts
  87. Idem
  88. L’Obs, 15/03/18
  89. « PMA : pas de père, pas d’inquié­tude », Libé­ra­tion, 5/07/17
  90. Cf. « Procréa­tion : beau­coup de bruit pour rien », art. cité
  91. L’Obs, 15/03/18
  92. Terra Nova, « Accès à la parenté : assis­tance médi­cale à la procréa­tion et adop­tion », 2010
  93. http://www.stopho­mo­pho­bie.com
  94. Cf. Marc-Olivier Fogiel, Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? Gras­set, 2018
  95. Photo, Libé­ra­tion, 1/08/19
  96. Act-Up, Aides, Bi’Cause, le CAELIF, le Collec­tif Fémi­nistes Révo­lu­tion­naires, les efFRONTé-e-s,FièrEs, du GLUP, l’In­ter-LGBT, le MAG Jeunes LGBT, le Plan­ning Fami­lial et SOS homo­pho­bie
  97. Mais nous payons pour les vôtres
  98. Sylviane Agacinski, L’homme désin­carné. Du corps char­nel au corps fabriqué, Galli­mard, juin 2019
  99. Marcela Iacub « L’Em­pire du ventre », http://www.lesmu­tants.com/iacu­ben­tre­tien.htm
  100. Cf. Un bébé, mais pas à tout prix, op. cité
  101. L’em­pire cyber­né­tique. De la machine à penser à la pensée-machine, C. Lafon­taine, Seuil, 2004
  102. Cf. David Le Breton, L’adieu au corps, Métai­lié, 1999
  103. https://ieet.org/index.php/IEET2/more/roux20131024
  104. « Obso­lete Body  », http://www.stelarc.va.com
  105. Le Monde, 13/04/18
  106. Au sens juri­dique : « limi­ta­tion des possi­bi­li­tés d’in­te­rac­tion avec l’en­vi­ron­ne­ment et de parti­ci­pa­tion à la vie de la société, en raison de l’al­té­ra­tion d’une fonc­tion »
  107. A l’at­ten­tion des malcom­pre­nants : inutile de glapir, ceci n’est pas un amal­game entre enfants et chiens, mais la compa­rai­son entre la prise en charge de deux types de handi­caps.
  108. Québec Science, 18/05/17
  109. Cf. La guerre au vivant, Jean-Pierre Berlan & alii. Agone, 2001
  110. Etude d’im­pact du projet de loi rela­tif à la bioé­thique, Assem­blée natio­nale, juillet 2019. Nous souli­gnons.
  111. Audi­tion devant la commis­sion « loi de bioé­thique », 30/08/19, www.lcp.fr
  112. Entre­tien avec Valeurs actuelles, 3/03/18
  113. Libé­ra­tion, 21–22/09/19
  114. Cf. Michel Clous­card, Le Capi­ta­lisme de la séduc­tion, 1981, Jean Baudrillard, La Société de consom­ma­tion, 1970
  115. E. Benbassa, « PMA: non, les écolo­gistes ne renon­ce­ront pas ! », Huffing­ton Post, 05/05/14
  116. Y. Blanc, Dans l’homme tout est bon (Homo homini porcus), Sens & Tonka, 2016
  117. Cf. Le livre de la jungle, Walt Disney, 1967
  118. Nature Commu­ni­ca­tions, 25/04/17, www.nature.com/articles/ncomm­s15112
  119. https://metro.co.uk/2019/05/14/human-babies-born-using-an-arti­fi­cial-womb-possible-in-a-deca­de8156458/
  120. L. Le Vaillant, « Gesta­tion pour soi-même », Libé­ra­tion, 13/10/14
  121. J. Flet­cher, The Ethics of Gene­tic Control : Ending Repro­duc­tion Roulette, Buffalo (NY), Prome­theusBooks, 1988, cité in A. Gorz, L’Im­ma­té­riel (Gali­lée, 2003)
  122. Attri­bué à Saint-Augus­tin, mais certains penchent pour Bernard de Clair­vaux, au Moyen-Age
  123. http://www.marie­claire.fr/,cheri-mon-bocal-a-accouche,20161,323.asp
  124. « Tota mulier ex utero », Les Mutantes, http://www.lesmu­tants.com/tota­mu­lier.htm
  125. Cf. « L’uté­rus arti­fi­ciel est l’ave­nir de la femme », entre­tien avec Causeur, juin 2017
  126. Cf. http://pseudo-sciences.org/
  127. H. Atlan, L’uté­rus arti­fi­ciel (Seuil, 2005)
  128. « Concer­ning the Nature of Things », Para­celse, cité dans Ecto­ge­ne­sis. Arti­fi­cial Womb Tech­no­logy and the Future of Human Repro­duc­tion, S. Gelfand et J.R. Shook, Rodopi, 2006
  129. Cf. J.B.S Haldane, Daeda­lus, or Science and the Future
  130. Cf. Ecra­sons l’in­fâme. Le culte de la Mère Machine et la matrice reli­gieuse du trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre, 2017 (Pièces déta­chées n°82/82’)
  131. Cf. A. Vialatte, « Histoire des femmes », in Spec­tacle du Monde, juin 1968
  132. http://www.lefi­garo.fr/actua­lite-france/2013/07/30/01016–20130730ARTFIG00401-ed-neer­lan­dais-de43ans-et-pere-de-peut-etre-plus-de-cent-vingt-enfants.php
  133. Le Daubé, 20/09/19
  134. Cf. Sylviane Agacinski, L’homme désin­carné, op. cité

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