Alertez les bébés ! Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine (par PMO)

Le texte qui suit a ini­tia­le­ment été publié sur le site de PMO (Pièces et main-d’oeuvre), à l’a­dresse sui­vante.


Alertez les bébés ! 

Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine 

Ce mois d’octobre 2019 ver­ra donc l’enregistrement légal par le par­le­ment fran­çais — sauf chute d’une comète sur le Palais Bour­bon — d’un coup de force élar­gis­sant à toutes les femmes, fer­tiles ou sté­riles, seules ou en couple (ou en « trouple », ou en troupe, etc.), l’accès à la fécon­da­tion in labo, prise en charge par une équipe médi­cale et par la sécu­ri­té sociale.

Ce suc­cès, dû à une conver­gence de mou­ve­ments, ne s’arrêtera pas là.

Nous qui ne sommes ni croyants, ni catho­liques, ni de droite (ce qui n’aurait rien d’infâmant), mais de simples chim­pan­zés du futur, athées, libres pen­seurs, anti-sexistes, éco­lo­gistes radi­caux, lud­dites, etc. — comme la plu­part de nos lec­teurs — expo­sons à cette occa­sion les rai­sons de notre oppo­si­tion, à toute repro­duc­tion et modi­fi­ca­tion arti­fi­cielles de l’humain.

Que ce soit pour les homos ou les hété­ros, seuls ou en couples, avec ou sans père. C’est clair ?

Et pour que ce soit encore plus clair, nous le fai­sons avec des femmes, des fémi­nistes et des les­biennes. Celles du Femi­nist Inter­na­tio­nal Net­work of Resis­tance to Repro­duc­tive and Gene­tic Engi­nee­ring, par exemple, qui, dès les années 1980, com­bat­tait les « tech­no­lo­gies déshu­ma­ni­santes » et le génie géné­tique et repro­duc­tif, « pro­duit de déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques qui consi­dèrent le monde comme une machine. »

L’insémination arti­fi­cielle des femmes — arti­sa­nale ou médi­cale — pra­ti­quée depuis le XIXe siècle, pré­ser­vait encore le hasard de l’engendrement. À l’inverse, avec la fécon­da­tion hors corps et le tri­pa­touillage de gamètes dans une boîte de Pétri, la repro­duc­tion bio­lo­gique devient une pro­duc­tion arti­fi­cielle, dont le vivant est la matière première.

Depuis les années 1970, les méde­cins ont de leur propre chef appli­qué ces pro­cé­dés aux femmes sté­riles puis aux fer­tiles. Ils trient les gamètes, sélec­tionnent les embryons. Déjà, ils modi­fient les génomes à l’aide des « ciseaux géné­tiques » CRIS­PR-Cas 9. En clair, ils éla­borent des hommes « aug­men­tés » (trans­hu­mains, post­hu­mains, etc.), ayant béné­fi­cié de leurs trai­te­ments ; et donc des sous-hommes, des « chim­pan­zés du futur », ceux dont les parents auront refu­sé ces trai­te­ments ou n’y auront pas eu accès. Retour de l’« hygiène de la race » et de l’eugénisme décom­plexé. Et vous, aurez-vous des enfants ? « Aug­men­tés » ou ordi­naires ? Post­hu­mains ou chim­pan­zés ? Par les voies natu­relles ou artificielles ?

La loi de bioé­thique votée en 1994, autant vio­lée par les méde­cins, qui repoussent tou­jours plus les limites de leurs prouesses, que par les « parents d’intention », adeptes du « tou­risme pro­créa­tif » afin de contraindre l’État à rati­fier leurs trans­gres­sions, en est à sa troi­sième révi­sion. En atten­dant que la qua­trième ou cin­quième révi­sion de cette loi bio-élas­tique n’étende éga­le­ment l’accès à la repro­duc­tion arti­fi­cielle aux couples d’hommes et aux hommes seuls.

Nous pro­tes­tons donc, en tant qu’humains ordi­naires, membres de l’immense majo­ri­té de l’espèce, dotés depuis nos ori­gines de facul­tés de repro­duc­tion natu­relles (libres, sexuées, gra­tuites — et par­fois défaillantes), contre l’instauration de ces pro­cé­dures arti­fi­cielles (tech­ni­co-mar­chandes), et contre la des­truc­tion et l’appropriation de nos droits repro­duc­tifs, aux mains des bio­crates. Nous pro­tes­tons contre notre sté­ri­li­sa­tion tech­no­lo­gique et sociale au pro­fit de l’espèce supé­rieure des inhu­mains géné­ti­que­ment modifiés.

Nous sommes nos corps. Nous, humains ordi­naires, ani­maux poli­tiques et chim­pan­zés du futur. Nous voi­ci donc en état de légi­time défense. Som­més d’agir ou disparaître.

Que si nous dis­pa­rais­sons, la vic­toire des plus aptes se révé­le­ra sans ave­nir. Le contrat tech­no­so­cial est un mar­ché de dupe. Croyant s’affranchir, l’homme-machine s’asservit. Croyant domi­ner, il obéit. Quand on uti­lise les moyens tech­no­lo­giques, on donne le pou­voir aux tech­no­crates. Quand on uti­lise les moyens bio­tech­no­lo­giques, on donne le pou­voir aux bio­crates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pou­voir à la Mère-Machine.

Som­maire : 1- L’hypocrisie sélec­tion­niste. 2- Exten­sion de l’eugénisme. 3- De l’enfant arti­fi­ciel à l’espèce arti­fi­cielle. 4- La fabri­ca­tion plu­tôt que la nais­sance. 5- Droiche-gaute : le faux cli­vage qui masque les vrais. 6- Décou­vrons le com­plot hété­ro. 7- La repro­duc­tion sans homme, une aug­men­ta­tion trans­hu­ma­niste. 8- Éli­mi­ner l’humain pour éli­mi­ner l’erreur. 9- Le fait accom­pli comme contrat social : le droit du plus fort. 10- La liber­té de dis­po­ser d’un corps obso­lète. 11- Au-delà des limites : trans­for­ma­tion du désir en droit (mon désir sera ta loi). 12-Mère-Machine s’occupera de tout (mater­nage et infan­ti­lisme tech­no­lo­giques). Glos­saire : Nov­langue de la repro­duc­tion artificielle.

Si cer­tains pas­sages vous donnent une impres­sion de déjà-lu, c’est nor­mal. Ceci est une ver­sion réduite, aug­men­tée, revue, cor­ri­gée et mise à jour de Repro­duc­tion arti­fi­cielle pour toutes : le stade infan­tile du trans­hu­ma­nisme, publié en juin 2018.

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2019 sera donc l’année de l’accès à la repro­duc­tion arti­fi­cielle sans cri­tère de sté­ri­li­té (mais rem­bour­sée par la sécu­ri­té sociale). L’année où le par­le­ment aura auto­ri­sé la créa­tion d’embryons trans­gé­niques et de gamètes arti­fi­ciels, cepen­dant que les labo­ra­toires et start up fran­çais pour­sui­vaient leurs efforts en matière de séquen­çage géné­tique à haut débit et de big data géné­tique.

Cela s’appelle la bioé­thique : un pro­ces­sus ultra-rapide d’artificialisation de l’espèce humaine vali­dé par la loi. Un sas d’enregistrement légis­la­tif de l’emballement tech­no­lo­gique et du bou­le­ver­se­ment per­pé­tuel de nos condi­tions de vie. En l’occurrence, du mode de pro­duc­tion des enfants à venir et des amé­lio­ra­tions pos­sibles de ces pro­duits, en fonc­tion du pro­grès des mani­pu­la­tions géné­tiques et des desi­de­ra­ta des parents d’intention.

Ni les débats par­le­men­taires, ni les rap­ports des juri­dic­tions admi­nis­tra­tives, ni les consul­ta­tions citoyennes ne peuvent mas­quer la réa­li­té : c’est la tech­no­lo­gie qui déter­mine l’avenir de nos socié­tés et désor­mais, de l’espèce humaine. C’est là le résul­tat d’un putsch des bio­crates, dont l’immunologue Jean-Fran­çois Del­frais­sy, pré­sident du Comi­té consul­ta­tif natio­nal d’éthique, est le porte-parole :

« La science avance, en effet. Je fais par­tie de ces gens qui pensent qu’on ne peut pas l’arrêter, qu’on ne doit pas l’arrêter. […] Il y a des inno­va­tions tech­no­lo­giques qui sont si impor­tantes qu’elles s’imposent à nous[1]. »

Nous refu­sons quant à nous que des inno­va­tions tech­no­lo­giques s’imposent à nous, plus encore si elles sont impor­tantes, et c’est pour­quoi nous nous oppo­sons à toute repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’humain, comme à toute bio­lo­gie syn­thé­tique[2].

Avec l’instrumentalisation tac­tique du « désir d’enfant » par les bio­crates, c’est le pro­jet eugé­niste (trans­hu­ma­niste) de machi­na­tion de l’espèce humaine qui se déploie der­rière un rideau de fumée sen­ti­men­tal. Nous par­lons de notre dis­pa­ri­tion en tant qu’humains ordi­naires ins­crits dans l’histoire natu­relle de la « géné­ra­tion conti­nue » (Aris­tote), évin­cés par une espèce auto­ma­chi­née, pro­duite, sélec­tion­née et modi­fiée en labo­ra­toire ; une espèce adap­tée à son tech­no­tope arti­fi­ciel. Si l’effondrement éco­lo­gique et le chaos cli­ma­tique fai­saient dou­ter de la per­sis­tance de géné­ra­tions futures, ces pro­grès de la repro­duc­tion arti­fi­cielle sou­te­nus par la tech­no­cra­tie diri­geante lèvent les der­niers doutes.

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1- L’hypocrisie sélectionniste

Rap­pel. Le mot « euge­nics » (du grec bien engen­drer) est for­gé en 1883 par Gal­ton, le cou­sin de Dar­win, pour dési­gner la « science de l’amélioration de la race ». Comme la plu­part des scien­ti­fiques de l’époque, Gal­ton défend la sélec­tion humaine arti­fi­cielle : le tri de ceux qui peuvent se repro­duire ou non. En fait, nous dit l’historien des sciences André Pichot, au début du XXe siècle, « la qua­si-tota­li­té des géné­ti­ciens et des évo­lu­tion­nistes, et une bonne par­tie des autres bio­lo­gistes et des méde­cins, ont été eugé­nistes[3]. » Le scien­tisme triom­phant affiche sa volon­té de puis­sance : les savants peuvent faire mieux que l’évolution natu­relle, en maî­tri­sant les fac­teurs de la repro­duc­tion humaine. La science amé­lio­re­ra le chep­tel humain, comme elle l’a fait pour le bétail non humain.

Dès 1907 cer­tains États amé­ri­cains, et dans les années 1920–30 la Suède, le Dane­mark, le Cana­da, le can­ton de Vaud, le Japon, l’Allemagne, adoptent des lois eugé­nistes, sté­ri­li­sant malades men­taux, han­di­ca­pés, « dégé­né­rés » sup­po­sés affai­blir l’espèce par trans­mis­sion héré­di­taire de leurs tares. Selon les études citées par A. Pichot, entre 350 et 400 000 Alle­mands sont sté­ri­li­sées entre 1934 et 1945. À par­tir de 1939, Hit­ler ordonne l’extermination (dite « eutha­na­sie ») de dizaines de mil­liers de malades men­taux dans des chambres à gaz puis lors d’opérations d’« eutha­na­sie sau­vage ». En 1941, alors que les crimes alle­mands sont connus — et dénon­cés par l’Église catho­lique — le bio­lo­giste eugé­niste anglais Julian Hux­ley (frère d’Aldous) écrit : « l’eugénique devien­dra inévi­ta­ble­ment une par­tie inté­grante de la reli­gion de l’avenir[4]. »

Après-guerre, la plu­part des méde­cins cou­pables échappent à tout pro­cès, l’eugénisme est nié comme crime contre l’humanité et l’extermination des malades refou­lée dans l’oubli. Julian Hux­ley, deve­nu pre­mier direc­teur de l’Unesco, pour­suit sa pré­di­ca­tion : « Nous, humains, nous sommes les agents de l’évolution à venir […]. L’idée eugé­niste peut deve­nir un motif d’agir et une rai­son d’espérer[5]. »

Le pro­jet d’amélioration de l’espèce humaine par les moyens scien­ti­fiques n’a jamais dis­pa­ru. Il s’est au contraire enri­chi des pro­grès tech­no-scien­ti­fiques. Il porte désor­mais les noms de « trans­hu­ma­nisme », lan­cé en 1957 par Julian Hux­ley et Teil­hard de Char­din[6], de « concep­tion humaine consciente » ou de « choix ger­mi­nal », et jouit des per­cées du génie génétique.

Le tri et la modi­fi­ca­tion des humains à naître sont tou­jours sou­te­nus avec fer­veur par les scien­ti­fiques, du prix Nobel James Wat­son (« Si nous pou­vions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes […], pour­quoi s’en pri­ver ? »), au paléoan­thro­po­logue Yves Cop­pens (« L’avenir est superbe. La géné­ra­tion qui arrive va apprendre à pei­gner sa carte géné­tique, à accroître l’efficacité de son sys­tème ner­veux, à faire les enfants de ses rêves […] »), en pas­sant par le géné­ti­cien du Télé­thon Daniel Cohen (« À bas la dic­ta­ture de la sélec­tion natu­relle, vive la maî­trise humaine du vivant ! »), ou son aco­lyte Miro­slav Rad­man qui en appelle à « l’homme trans­gé­nique »[7].

Dans l’histoire des sciences et tech­no­lo­gies et de leur influence sur la socié­té, l’eugénisme pré­cède la repro­duc­tion arti­fi­cielle. La situa­tion n’est pas celle d’un eugé­nisme mena­çant les tech­no­lo­gies repro­duc­tives de « dérive », mais celle d’une tech­no­lo­gie qui dérive de l’eugénisme. Tout pro­grès de la repro­duc­tion arti­fi­cielle fait pro­gres­ser l’eugénisme, d’un point de vue concret, maté­riel, et du point de vue idéo­lo­gique, dans les consciences.

Cela vous choque ? Sans doute seriez-vous cho­qués qu’une socié­té décrète les albi­nos indé­si­rables. Vous par­ta­gez la révolte du chan­teur malien Salif Kei­ta contre les assas­si­nats, en Afrique, de per­sonnes à la peau et aux che­veux dépig­men­tés : « Les albi­nos naissent et gran­dissent comme tout le monde. Ils ont besoin d’être aimés et consi­dé­rées comme des per­sonnes nor­males[8] ».

Rava­lez vos bons sen­ti­ments. En France, le centre de diag­nos­tic pré­im­plan­ta­toire (DPI) de l’hôpital Necker à Paris détecte les gènes de l’albinisme sur des embryons avant leur implan­ta­tion in ute­ro[9], afin de leur évi­ter cette exis­tence de « per­sonnes nor­males » que reven­dique Salif Kei­ta. Les eugé­nistes des années 1930 et 40 débat­taient déjà des « vies dignes d’être vécues ou non ». Le DPI actua­lise les vieilles méthodes de sélec­tion arti­fi­cielle, par le diag­nos­tic géné­tique des parents avant la fécon­da­tion in vitro : on sait ain­si qui risque de mal engen­drer (« caco­gé­nisme »). Essayez de don­ner vos gamètes si vous avez une ano­ma­lie géné­tique. Le par­le­ment fran­çais a léga­li­sé le DPI en 1994 lors de la pre­mière loi de bioé­thique, puis élar­gi son champ d’application en 2004. Ain­si, explique benoî­te­ment la mis­sion d’information sur la révi­sion de cette loi bio-élas­tique en 2019 : « l’issue du DPI est un tri d’embryons, à savoir la sélec­tion par­mi plu­sieurs d’un embryon dépour­vu de l’affection géné­tique recher­chée[10] ».

L’extension de l’eugénisme ne sou­lève plus d’objection ; les sélec­tion­nistes ont gagné.

Le tri sélec­tif par diag­nos­tic pré­na­tal (en début de gros­sesse) éra­dique déjà les tri­so­miques, dont l’espérance de vie atteint pour­tant 60 ans, mais qui demandent de l’atten­tion. Les rares tri­so­miques res­ca­pés du crible tech­no­lo­gique savent qu’ils ne sont pas les bien­ve­nus à Gat­ta­ca, une socié­té qui sélec­tionne ses fœtus. Au temps pour le « droit à la dif­fé­rence » dont se targuent nos mora­listes inclusifs.

Les Ran­tan­plan du « retour aux heures sombres de notre his­toire » ratent ce fait his­to­rique : nos démo­cra­ties pour­suivent l’objectif d’Hitler de sup­pri­mer les « malades men­taux ». De façon moderne, au stade embryon­naire ou fœtal, dans la blan­cheur cli­nique des labo­ra­toires et l’approbation silen­cieuse de la masse vain­cue par le pro­grès. Comme dit le bioé­thi­cien trans­hu­ma­niste Julian Savu­les­cu, l’eugénisme, tout dépend l’usage qu’on en fait :

« L’eugénisme signi­fie juste avoir un meilleur enfant. Cette idée est bien vivante aujourd’hui. Quand les gens dépistent durant la gros­sesse le syn­drome de Down ou un han­di­cap intel­lec­tuel, c’est de l’eugénisme. Le pro­blème de l’eugénisme nazi est qu’il n’était pas volon­taire. Les gens n’avaient pas le choix. Aujourd’hui, ils peuvent choi­sir d’utiliser les fruits de la science pour prendre ces déci­sions de sélec­tion[11]. »

Au moins les trans­hu­ma­nistes assument-ils. À l’inverse de René Fryd­man, opé­ra­teur du pre­mier bébé-éprou­vette fran­çais, et des Tar­tuffe de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, selon les­quels il n’y aurait pas d’eugénisme sans contrainte éta­tique. Chuin­te­ment du pro­fes­seur Jean-Louis Tou­raine, rap­por­teur de la loi de bioé­thique 2019 : « L’objet du DPI, comme du DPN [NdA : diag­nos­tic pré­na­tal], est de faire naître des enfants en bonne san­té et non d’améliorer l’espèce humaine[12] ». Et le chœur pro­gres­siste : « Tous ceux qui recourent à la PMA ne sont pas trans­hu­ma­nistes, ils veulent juste un enfant ! »

Ain­si, l’eugénisme se dis­sou­drait dans la mul­ti­tude des choix indi­vi­duels sans consi­dé­ra­tions sur leurs effets quant à l’avenir de l’espèce. On recon­naît la « direc­tion d’intention » des jésuites que raillait Pas­cal dans ses Pro­vin­ciales. Nous n’avons pas trans­gres­sé l’interdit, la trans­gres­sion s’est pro­duite à notre insu ; ce n’était pas notre inten­tion, juste une fâcheuse consé­quence : nous serons donc absous. Pour pla­gier Bos­suet, « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes ». Mais les « parents d’intention » ne les déplorent même pas : ils se fichent des dégâts col­la­té­raux, poli­tiques et anthro­po­lo­giques, de leurs dési­rs indi­vi­duels. D’ailleurs, ceux qui achètent du Nutel­la à l’huile de palme ne veulent pas défo­res­ter la pla­nète, ils veulent juste un bon goûter.

Sup­pri­mer le mot ne sup­prime pas la chose. Au contraire cette cen­sure per­met-elle « à la science de déve­lop­per dans l’ombre ses dimen­sions tota­li­taires[13] ». Comme le dit André Pichot, sup­pri­mer les mots « race » ou « sexe » ne sup­prime ni les races ni le sexe. Et a for­tio­ri ni le racisme, ni le sexisme. On peut s’il vous plaît rem­pla­cer « race » par « groupe eth­nique », « sexe » par « genre » et « eugé­nisme » par « choix indi­vi­duel ». « Ces mes­sieurs croient avoir chan­gé les choses quand ils en ont chan­gé les noms. Voi­là com­ment ces pro­fonds pen­seurs se moquent du monde[14] » (Engels).

À pro­pos, écou­tons la ministre de la san­té Agnès Buzyn, s’inquiétant qu’un pos­sible dépis­tage de la tri­so­mie 21 par DPI nous entraîne vers « une socié­té qui trie­ra les embryons[15] ». Rap­pe­lons à cette ministre éthique que les tech­ni­ciens trient déjà les embryons, et que 97 % des fœtus por­teurs de tri­so­mie sont éli­mi­nés. Ce qu’elle feint de craindre, c’est ce qu’on fait déjà.

En fait, explique le phi­lo­sophe Jür­gen Haber­mas, choi­sir votre reje­ton fait de vous un eugé­niste libé­ral[16]. Vous sui­vez votre goût per­son­nel pour les bébés de tel ou tel modèle, sur un mar­ché libre et concur­ren­tiel. La dic­ta­ture du mar­ché se sub­sti­tue à la dic­ta­ture de l’État pour pres­crire les normes des pro­duits dési­rables. Et la tech­no­lo­gie com­mande au mar­ché en lui impo­sant sans cesse des pro­duits et des pro­cé­dés nou­veaux et amé­lio­rés. Le dar­wi­nisme social s’actualise au moyen de la tech­no­lo­gie ; il est la ver­sion libé­rale de l’eugénisme. Aus­si, rap­pelle Haber­mas, même fon­dé sur le désir indi­vi­duel, le choix des indi­vi­dus à naître s’appelle l’eugénisme :

« Si l’habitude se prend de recou­rir à la bio­tech­no­lo­gie pour dis­po­ser de la nature humaine au gré de ses pré­fé­rences, il est impos­sible que la com­pré­hen­sion que nous avons de nous-mêmes du point de vue d’une éthique de l’espèce humaine en sorte intacte[17]. »

L’habitude se prend, comme le rap­porte l’Agence fran­çaise de bio­mé­de­cine (bilan 2016) :

« Outre les ano­ma­lies de struc­ture déce­lées en cyto­gé­né­tique, 246 mala­dies géné­tiques dif­fé­rentes ont béné­fi­cié d’une mise au point en vue d’un DPI, dont 25 nou­velles indi­ca­tions de mala­dies géné­tiques. » Par­mi les­quelles, donc, l’albinisme.

Qui a déci­dé de ces indi­ca­tions ? Après quelles déli­bé­ra­tions ? Sur quels cri­tères ? Les experts médi­caux des quatre (désor­mais cinq) centres fran­çais de diag­nos­tic pré­im­plan­ta­toire. Ceux-là mêmes qui depuis plus d’un siècle répandent l’idéologie sélec­tion­niste du haut de leurs com­pé­tences et de leur pou­voir. L’État n’a nul besoin de lois eugé­nistes avec de tels méde­cins, ni avec un Comi­té consul­ta­tif natio­nal d’éthique qui recom­mande l’extension qua­si géné­rale du dépis­tage pré­con­cep­tion­nel des futurs parents, même en l’absence de toute indi­ca­tion préa­lable d’un risque pré­ci­sé­ment iden­ti­fié[18].

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2- Extension de l’eugénisme

L’insémination arti­fi­cielle des femmes (avec assis­tance médi­cale ou non) pré­serve le hasard de l’engendrement. À l’inverse avec la fécon­da­tion hors corps, dans une boîte de Pétri, la repro­duc­tion bio­lo­gique devient une pro­duc­tion arti­fi­cielle, dont le vivant (gamètes, embryons) est la matière pre­mière à trans­for­mer. Qui dit pro­duit dit ana­lyse, contrôle qua­li­té, amé­lio­ra­tion des pro­cé­dés de fabri­ca­tion et, inévi­ta­ble­ment, amé­lio­ra­tion du pro­duit. Il ne s’agit plus de faire un enfant, mais un « bon » enfant. En atten­dant un enfant aux normes ISO[19].

Si les béné­fi­ciaires de la PMA ont droit à un enfant en bonne san­té, pour­quoi pas les autres ? Pour­quoi prendre le risque d’une pro­créa­tion aléa­toire quand la tech­no­lo­gie garan­tit la qua­li­té du pro­duit ? D’autant que l’eugénisme high tech n’élimine plus des per­sonnes mais des embryons consi­dé­rés comme de simples maté­riaux. L’abstraction tech­nique sou­lage la conscience des com­man­di­taires et faci­lite la sélec­tion. Parions que les vigies de l’égalité exi­ge­ront cette liber­té de choix pour tous­sé­toutes. Jean-Fran­çois Del­frais­sy, pré­sident du Comi­té natio­nal d’éthique, confirme : « La tech­no­lo­gie est là, et à par­tir du moment où il y a une offre, il va y avoir des consom­ma­teurs[20]. »

Cela vaut pour l’enfant sur-mesure, déjà dis­po­nible à l’étranger pour les plus riches. Aux États-Unis, en Thaï­lande, dans la par­tie turque de Chypre, on choi­sit le sexe, la cou­leur des yeux, les apti­tudes de ses héri­tiers. Les clients, sauf cer­tains sourds et cer­tains nains, retiennent rare­ment des modèles atteints de han­di­cap, ou ris­quant d’être très petits ou trop gros. Les Euro­péens pré­fèrent des filles, paraît-il. À voir cette ven­deuse cali­for­nienne d’ovocytes sélec­tion­ner ses « don­neuses » (ven­deuses, en fait) comme d’autres choi­sis­saient leurs gagneuses, exa­mi­ner leurs dents, poids et pedi­gree, on sent toute l’humanité — et le fémi­nisme — du baby busi­ness[21].

C’est un lieu com­mun que la plu­part des com­man­di­taires feront de leur mieux pour doter leurs enfants des meilleures armes dans le com­bat de tous contre tous pour la réus­site. Cer­taines inno­va­tions apportent aux plus rapides un avan­tage concur­ren­tiel pro­vi­soire (la résis­tance à cer­tains virus, par exemple). Mais la course aux arme­ments ne peut ces­ser. Les sui­veurs s’alignent au plus vite sur les pré­cur­seurs et leurs normes supé­rieures, entraî­nant une uni­for­mi­sa­tion pro­vi­soire, en atten­dant qu’une énième inno­va­tion redonne le des­sus aux précurseurs.

La pos­si­bi­li­té du choix en elle-même sus­cite le rejet des non conformes. Il faut vrai­ment avoir des parents indignes pour avoir été conçu avec autant de négli­gence. Pour­quoi la socié­té devrait-elle pal­lier l’irresponsabilité paren­tale et prendre en charge les reje­tons défec­tueux. Les asso­cia­tions de han­di­ca­pés déplorent déjà l’indifférence à leurs besoins. Cercle vicieux : si l’insertion des han­di­ca­pés devient plus dif­fi­cile, nul parent ne pren­dra le risque d’avoir un enfant han­di­ca­pé. Ain­si se ren­force l’importance de la sélec­tion artificielle.

Le tech­no-capi­ta­lisme, ayant détruit les condi­tions natu­relles de la repro­duc­tion (libre, sexuée, gra­tuite), lui sub­sti­tue des arti­fices payants. La sélec­tion et la repro­duc­tion arti­fi­cielles sont des mar­chés comme les autres. C’est ain­si que la com­mis­sion spé­ciale bioé­thique de l’Assemblée natio­nale a voté l’ouverture du recueil et de la conser­va­tion des gamètes aux éta­blis­se­ments pri­vés à but lucra­tif. Ce sont des dépu­tés méde­cins (Cyrille Isaac-Sibille, Oli­vier Véran, Bra­him Ham­mouche) ou géné­ti­cien (Phi­lippe Ber­ta) qui ont défen­du cette pri­va­ti­sa­tion[22]. Quoi d’étonnant puisque cette com­mis­sion com­prend un quart de dépu­tés exer­çant une pro­fes­sion médicale.

Si l’ouverture de la PMA à toute femme offre à ces mar­chés un nou­veau champ d’expansion, elle ne les crée pas : ils existent depuis les débuts de la pro­créa­tion tech­no­lo­gique. Ce que la Manif pour tous, qui dis­tingue entre les « bons usages » de la PMA (pour les hété­ros) et les « mau­vais » (« la PMA sans père ») feint d’ignorer. Pour les cathos d’Alliance Vita, « la PMA hors cas d’infertilité » entraî­ne­rait « l’exploitation de la « matière pre­mière repro­duc­tive » » et le risque eugé­niste[23]. Les faits contre­disent leur aveu­gle­ment volon­taire : le tri ne cesse de croître depuis 1994. Au point qu’il a fal­lu ouvrir en mars 2018 un cin­quième centre de DPI fran­çais au CHU de Gre­noble. « Les quatre pre­miers centres sont com­plè­te­ment débor­dés face à une forte demande et des délais d’attente de 18 mois à 2 ans[24]. » Un res­pon­sable gre­no­blois se féli­cite de la ten­dance : « Je n’ai pas d’inquiétude sur le fait que nous allons rece­voir un nombre de demandes crois­sant au fur et à mesure que l’existence du centre sera connue par nos col­lègues géné­ti­ciens et gyné­co­logues. Le nombre de demandes aug­mente déjà très rapi­de­ment[25]. »

L’offre crée la demande, comme le note l’Institut d’éthique bio­mé­di­cale de l’université de Zürich : « Chez les pays ayant auto­ri­sé le tri d’embryon, on observe une ten­dance nette à élar­gir de plus en plus les indi­ca­tions du recours à cette tech­nique. […] Dans le cas du DPI, le risque majeur est de se trou­ver dans une course impa­rable vers une nou­velle forme d’eugénisme[26]. »

C’est en toute connais­sance de cause, et dûment aler­té par les « réac­tion­naires bio­con­ser­va­teurs », que l’État a choi­si l’eugénisme, d’une loi de bioé­thique à l’autre. Dès 1985, l’Américaine Gena Corea, auteur de The Mother Machine[27], membre du réseau inter­na­tio­nal des fémi­nistes contre les tech­no­lo­gies de repro­duc­tion (Finr­rage), dénon­çait la main­mise du pou­voir tech­no­lo­gique sur la pro­créa­tion. La FIV ne risque-t-elle pas de deve­nir la norme pour se repro­duire ?, inter­ro­geait-elle[28].

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3- De l’enfant artificiel à l’espèce artificielle

Tout ce qui est tech­ni­que­ment pos­sible est réa­li­sé. L’heure est au big data géné­tique, aux gamètes arti­fi­ciels, aux bébés trans­gé­niques. En 2016, une équipe états-unienne a mis au point le pre­mier bébé issu de la FIV « à trois parents », por­teur de l’ADN nucléaire de ses parents et de l’ADN mito­chon­drial d’une don­neuse. Le Royaume-Uni a auto­ri­sé ce mode de concep­tion. Le pro­jet de loi bioé­thique fran­çais lève l’interdit de créa­tion d’embryons trans­gé­niques en par­tie pour auto­ri­ser la FIV « à trois parents ».

Après le DPI, voi­ci le séquen­çage géné­tique (scree­ning) des embryons, récla­mé à grands cris en 2016 par 130 méde­cins et bio­lo­gistes fran­çais[29]. Selon Gre­go­ry Stock, ex-direc­teur du pro­gramme de méde­cine, tech­no­lo­gie et socié­té à la facul­té de san­té publique d’UCLA :

« Le scree­ning des embryons par bio­puces arri­ve­ra dans la décen­nie et, au-delà des mala­dies, il per­met­tra en effet de tes­ter des apti­tudes, des tem­pé­ra­ments, des per­son­na­li­tés pour­vu qu’ils com­portent une part géné­tique, ce qui est en géné­ral le cas.[30]»

Le séquen­çage du génome est désor­mais « à haut débit ». Plus on ana­lyse de pro­fils ADN, plus les sta­tis­tiques qu’on en tire disent de choses sur les indi­vi­dus. C’est le rôle des bases de don­nées géné­tiques créées en Angle­terre, en Chine ou aux États-Unis — notam­ment par 23andme, célèbre socié­té de séquen­çage d’Anne Woj­ci­cki (ex-épouse du patron trans­hu­ma­niste de Google Ser­geï Brin), qui exploite deux mil­lions de pro­fils ADN[31]. Au Bei­jing Geno­mics Ins­ti­tute, une équipe ana­lyse le séquen­çage du génome de 2500 « génies » au quo­tient intel­lec­tuel supé­rieur à 160. « Nous sommes sûrs qu’avec assez de matière nous trou­ve­rons au moins une par­tie des gènes qui agissent sur le QI[32] ». Objec­tif : pro­po­ser aux couples ayant recours à la FIV de choi­sir l’embryon le plus intel­li­gent, et aug­men­ter le PIB chi­nois en pro­por­tion du QI de la population.

La France, avec son « Plan méde­cine géno­mique 2025 », déve­loppe son propre big data géné­tique. Pour l’accélérer, le Comi­té consul­ta­tif natio­nal d’éthique vou­drait des diag­nos­tics géné­tiques « en popu­la­tion géné­rale[33] » pour détec­ter les por­teurs sains de patho­lo­gies et consti­tuer des bases de don­nées fran­çaises, exploi­tables par l’intelligence arti­fi­cielle. De façon « enca­drée » cela va de soi — avec l’accord des indi­vi­dus — au moins dans un pre­mier temps.

Le big data géné­tique aurait com­blé Gal­ton, le cou­sin eugé­niste de Dar­win. Obsé­dé par la mesure mathé­ma­tique — des men­su­ra­tions, com­por­te­ments et carac­tères trans­mis — il est le créa­teur de la bio­mé­trie et de la « psy­cho­mé­trie ». C’est en étu­diant les sta­tis­tiques sur les lignées qu’il veut per­fec­tion­ner la sélec­tion arti­fi­cielle, pré­fi­gu­rant ain­si la géné­tique des popu­la­tions. Avec l’eugénisme, il éla­bore une théo­rie bio­lo­gique, mais aus­si une méthode de ges­tion cen­tra­li­sée du chep­tel humain par l’exploitation des don­nées. Après lui en 1904, le bio­lo­giste amé­ri­cain Daven­port, finan­cé par la Car­ne­gie Ins­ti­tu­tion, pour­suit la recherche sur l’eugénisme en dépouillant des mil­lions de fiches sur les Amé­ri­cains sto­ckées dans le labo­ra­toire de Cold Spring Harbor.

Un siècle plus tard, les don­nées sont numé­ri­sées, elles incluent des mil­lions de génomes séquen­cés et leur trai­te­ment s’opère avec les moyens de l’intelligence artificielle.

Un outil per­for­mant, assurent les fon­da­teurs de Geno­mic Pre­dic­tion, pour la sélec­tion d’embryons selon la taille, le poids, la cou­leur de peau, la pré­dis­po­si­tion à cer­taines patho­lo­gies, voire le QI. D’après la revue du Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­lo­gy, cette start up amé­ri­caine est finan­cée par des magnats trans­hu­ma­nistes de la Sili­con Val­ley et son patron, le bio-infor­ma­ti­cien danois Laurent Tel­lier, s’inspire du film Bien­ve­nue à Gat­ta­ca. Son asso­cié, Ste­phen Hsu, compte sur les « mil­liar­daires et les types de la Sili­con Val­ley » pour uti­li­ser sa tech­no­lo­gie et « faire des FIV même quand ils n’ont pas besoin de FIV[34] ». Ensuite, dit-il, le reste de la socié­té sui­vra. Ceux qui en auront les moyens. De quoi réjouir le phi­lo­sophe Nick Bos­trom, co-fon­da­teur de la World Trans­hu­ma­nist Asso­cia­tion et du Future of Huma­ni­ty Ins­ti­tute à l’université d’Oxford :

« L’ensemble des traits qui peuvent être sélec­tion­nés ou éli­mi­nés va beau­coup s’étendre dans les deux pro­chaines décen­nies. Une ten­dance forte des pro­grès en géné­tique com­por­te­men­tale est la chute rapide du coût du géno­ty­page et du séquen­çage des gènes. […] Tout trait dont l’héritabilité est non négli­geable (y com­pris une capa­ci­té cog­ni­tive) pour­rait alors faire l’objet d’une sélec­tion[35]. »

Mieux que la sélec­tion, l’innovation CRIS­PR-Cas9 pro­met la fabri­ca­tion sur-mesure. Ces ciseaux géné­tiques inven­tés par l’américaine Jen­ni­fer Doud­na et la fran­çaise Emma­nuelle Char­pen­tier per­mettent de modi­fier « faci­le­ment » le génome des êtres vivants et de conce­voir des bébés géné­ti­que­ment modi­fiés (BGM). Cou­per, copier, col­ler, tra­vail à façon. Nous n’imaginions pas en 2014, dans la pre­mière ver­sion de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’humain co-rédi­gée avec Alexis Escu­de­ro, que la course à l’humain géné­ti­que­ment modi­fié irait si vite.

En 2016, le Royaume-Uni et la Suède approuvent l’expérimentation de CRIS­PR-Cas9 sur des embryons humains.

En 2017, les aca­dé­mies amé­ri­caines des Sciences et de Méde­cine valident « l’édition ger­mi­nale » (modi­fi­ca­tion géné­tique des gamètes et des embryons) pour éli­mi­ner des mala­dies héré­di­taires graves.

En 2018, les pre­miers bébés géné­ti­que­ment modi­fiés naissent en Chine, pro­vo­quant les habi­tuelles condam­na­tions hypo­crites. Selon la MIT Tech­no­lo­gy Review : « N’importe qui aurait pu prendre cette ini­tia­tive. C’est si facile[36]. » Un cher­cheur russe annonce à l’été 2019 vou­loir repro­duire l’expérience[37] auprès de cinq couples dési­reux de ne pas trans­mettre leur sur­di­té à leurs enfants. On parle ici de modi­fi­ca­tions géné­tiques trans­mis­sibles aux géné­ra­tions sui­vantes. De la créa­tion d’une nou­velle lignée d’humains. Quoi de plus flat­teur pour la volon­té de puis­sance des scien­ti­fiques ? Sicut dei — comme des dieux — enfin.

Autre espoir des bio-mani­pu­la­teurs : les gamètes arti­fi­ciels. À par­tir de cel­lules souches plu­ri­po­tentes induites[38], par exemple pré­le­vées sous la peau (mais aus­si de cel­lules souches embryon­naires pré­le­vées sur des embryons à un stade très pré­coce), les labo­ra­toires déve­loppent indif­fé­rem­ment ovules et sper­ma­to­zoïdes. Finie la dif­fé­ren­cia­tion mâle/femelle, cha­cun peut pro­duire les deux types de gamètes in vitro.

En 2016, une équipe japo­naise obtient des ovo­cytes de sou­ris à par­tir de cel­lules souches, don­nant nais­sance à des souriceaux.

En octobre 2018, des cher­cheurs chi­nois montrent que deux sou­ris mâles peuvent engen­drer à par­tir de cel­lules souches, avec les outils d’édition géné­tique et du clo­nage[39]. Selon des bio­lo­gistes de Mont­pel­lier, « cette nou­velle arme thé­ra­peu­tique tient plus d’une réa­li­té à venir que de la fic­tion[40]. »

La loi de bioé­thique ouvre la pro­duc­tion de gamètes arti­fi­ciels en France. Le texte voté en com­mis­sion spé­ciale auto­rise, sauf oppo­si­tion du direc­teur géné­ral de l’Agence de bio­mé­de­cine, les pro­to­coles de recherche sur des cel­lules souches embryon­naires ou des cel­lules souches plu­ri­po­tentes induites « ayant pour objet la dif­fé­ren­tia­tion de ces cel­lules en gamètes, l’agrégation de ces cel­lules avec des cel­lules pré­cur­seurs de tis­sus extra-embryon­naires ou leur inser­tion dans un embryon ani­mal dans le but de son trans­fert chez la femelle[41]. »

D’une pierre deux coups, nous aurons des embryons trans­gé­niques humains/animaux. Comme les États-Unis et le Japon. Lequel a auto­ri­sé en juillet 2019 le trans­fert de cel­lules souches humaines dans des ovo­cytes fécon­dés de rats et de sou­ris, puis l’implantation de ces embryons chi­mé­riques dans des uté­rus de femelles ani­males géné­ti­que­ment modi­fiées. L’objectif est d’y par­ve­nir ensuite avec des porcs, afin de pro­duire des organes « humains » uti­li­sables comme gref­fons[42].

À l’avenir, les couples de femmes pour­ront se repro­duire et trans­mettre leur ADN, en appa­riant les ovo­cytes de l’une et les sper­ma­to­zoïdes issus des cel­lules souches de l’autre. Elles ne pour­ront faire que des filles, du moins tant que la tech­no­lo­gie ne leur gref­fe­ra pas de chro­mo­some Y — mais n’est-ce pas enfin la libé­ra­tion de l’oppression patriar­cale ? Le rêve des Ama­zones enfin accom­pli ? Moyen­nant certes la sou­mis­sion au sys­tème tech­no-indus­triel, au mar­ché bio­tech­no­lo­gique et au trans­hu­ma­nisme. Mais pour­quoi vou­loir trans­mettre ses propres gènes, comme dans la repro­duc­tion natu­relle, quand on pré­tend s’affranchir de la biologie ?

Avec les gamètes arti­fi­ciels, la dis­po­ni­bi­li­té d’ovocytes en nombre illi­mi­té per­met­tra la pro­duc­tion d’embryons en série, donc un choix décu­plé et une meilleure sélec­tion. Ce que le direc­teur du Cen­ter for Law and the Bios­ciences de Stan­ford, Hen­ry Gree­ly, nomme « DPI facile » dans un livre expli­cite paru en 2016 : The End of Sex and the Future of Human Repro­duc­tion[43]. Selon cet expert, la repro­duc­tion non sexuée devien­drait la norme d’ici 20 à 40 ans, cha­cun choi­sis­sant sa pro­gé­ni­ture par­mi 100 ou 200 embryons fabri­qués à par­tir de ses gamètes arti­fi­ciels et tes­tés pour évi­ter mala­dies, risque de mala­dies et risque de risque. « Je pense qu’il y a de gros, gros mar­chés, assez pour pous­ser le déve­lop­pe­ment [de la tech­no­lo­gie][44] », pré­dit-il, sans prendre de gros risques.

Mieux, la culture de gamètes in vitro per­met d’envisager la pro­duc­tion accé­lé­rée de géné­ra­tions d’embryons pour obte­nir le bon indi­vi­du, nous apprend le Jour­nal of Medi­cal Ethics :

« […] créer un embryon dont on déri­ve­ra de nou­veaux gamètes à par­tir de cel­lules souches déri­vées elles-mêmes de ces embryons, qui ser­vi­ront ensuite à la créa­tion d’un nou­vel embryon. En répé­tant ce pro­ces­sus, les scien­ti­fiques pour­ront créer de mul­tiples géné­ra­tions d’humains « dans une éprou­vette »[45]. »

C’est ce qu’on nomme une boucle ité­ra­tive. Vous vous y ferez.

Les trans­hu­ma­nistes n’ont pas raté ces annonces dis­rup­tives. Nick Bos­trom et Carl Shul­man : « Si la sélec­tion ité­ra­tive d’embryons devient pos­sible, cela chan­ge­ra com­plè­te­ment le coût et l’efficacité de l’augmentation [NdA : l’« aug­men­ta­tion » cog­ni­tive] par la sélec­tion. Pas­sé l’investissement ini­tial, beau­coup d’embryons pour­raient être pro­duits à par­tir de la der­nière géné­ra­tion, pour être four­nis aux parents à bas prix[46]. »

Même jubi­la­tion devant les gamètes in vitro sur Slate.fr, ver­sion fran­çaise d’un site libé­ral amé­ri­cain, fon­dée par Jean-Marie Colom­ba­ni, ex-direc­teur du Monde, et Jacques Atta­li : « L’État fran­çais sau­ra-t-il se gar­der de pro­hi­ber des tech­niques qui pro­mettent d’offrir d’immenses béné­fices tout en ne créant aucune vic­time[47] ? »

Gree­ly le Cali­for­nien nous aver­tit tout sou­rire : « If you care about the future of our spe­cies, you should care about this[48]. » On peut choi­sir d’ignorer ce qui arrive, ou le noyer sous des flots de jéré­miades siru­peuses, d’appels à « l’ouverture » et à la « bien­veillance ». Les eugé­nistes, eux, pro­mo­teurs d’un sur­homme auto­ma­chi­né ou défen­seurs des droits-à-tous-les-dési­rs-indi­vi­duels, n’auront aucune bien­veillance envers ceux qui, à l’ère du Tech­no­cène, choi­si­ront de res­ter humains. De lais­ser naître au hasard des enfants non conformes. On voit déjà der­rière les masques des fausses vic­times l’éternel mufle de la puis­sance impitoyable.

Assez d’hésitations. Que ceux qui tiennent à leur huma­ni­té errante et faillible, hasar­deuse, impré­vue et si limi­tée, s’opposent à voix haute à toute repro­duc­tion arti­fi­cielle. Qu’ils refusent ce putsch tech­no­lo­gique contre l’espèce humaine ; et pour com­men­cer, tout don, toute vente de leurs gamètes ; tout séquen­çage de leur génome.

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4- La fabrication plutôt que la naissance

Tant qu’à choi­sir, autant tout déci­der, tout maî­tri­ser, tout pro­gram­mer. La volon­té de toute-puis­sance s’enfle du pro­grès des tech­no­lo­gies de repro­duc­tion avec d’autant plus d’avidité qu’il s’agit de fabri­quer des êtres vivants. — Maman, com­ment on fait les bébés ? 

« Don­ner la vie » — enten­dez « trans­mettre la vie » —, pour les ani­maux poli­tiques comme pour les autres mam­mi­fères, consis­tait jusqu’ici à accom­plir à deux les opé­ra­tions néces­saires à l’apparition d’un troi­sième, en lais­sant faire des pro­ces­sus auto­nomes, spon­ta­nés. Insup­por­table pour des aspi­rants-dieux dont le slo­gan est : « Rem­pla­cer le natu­rel par le pla­ni­fié[49] ». La rage tech­ni­cienne de « mise en ordre ration­nelle du monde » (Gorz) n’a plus de rai­son d’épargner la nais­sance. Rap­pe­lez-vous Fran­ken­stein de Mary Shelley.

« Rem­pla­cer le natu­rel par le pla­ni­fié », c’est sub­sti­tuer au mou­ve­ment propre des étants l’artifice et ses méca­nismes pro­gram­més. Une des­truc­tion créa­trice cen­sée répa­rer chez les enne­mis de l’humain la « honte pro­mé­théenne » (Gün­ther Anders)

« […] d’être deve­nu plu­tôt que d’avoir été fabri­qué. Il a honte de devoir son exis­tence — à la dif­fé­rence des pro­duits qui, eux, sont irré­pro­chables parce qu’ils ont été cal­cu­lés dans les moindre détails — au pro­ces­sus aveugle, non cal­cu­lé et ances­tral de la pro­créa­tion et de la nais­sance. Son déshon­neur tient donc au fait d’« être né » […][50]. »

Le verbe « naître » vient du latin nas­ci, qui donne éga­le­ment « croître, pous­ser » pour les végé­taux, mais aus­si « com­men­cer ». Natu­ra signi­fie à la fois « nais­sance » et « nature ». Le natu­rel est ce qui naît, par oppo­si­tion à l’artificiel, qui est fabri­qué. En grec, Aris­tote uti­lise phu­sis (« nature ») pour dési­gner les choses qui contiennent en elles-mêmes leur prin­cipe de déve­lop­pe­ment, à l’inverse des artefacts :

« En effet, les étants par nature ont tous mani­fes­te­ment en eux-mêmes un prin­cipe de mou­ve­ment et de repos, les uns selon le lieu, les autres selon la crois­sance et la décrois­sance, les autres encore selon l’altération[51]. »

C’était avant le pro­grès. Désor­mais, on peut lire sous la plume d’une Madame Spran­zi, maî­tresse de confé­rences en his­toire, phi­lo­so­phie et éthique des sciences, une autre définition :

« La PMA valo­rise au contraire le natu­rel si l’on oppose ce terme non à arti­fi­ciel, mais à conven­tion­nel. […] La méde­cine per­met au désir on ne peut plus natu­rel d’enfanter d’être enfin réa­li­sé […] indé­pen­dam­ment même de la capa­ci­té bio­lo­gique de le faire : l’apport de la science ne change rien au carac­tère « natu­rel » de la PMA[52]. »

Et si on oppose « Mar­ta Spran­zi », non à « phi­lo­sophe » (Simone Weil, Han­nah Arendt) mais à « fumiste concep­tuelle », la confu­sion rhé­to­rique per­met au désir on ne peut plus natu­rel de se rendre inté­res­sante d’être enfin réa­li­sé, indé­pen­dam­ment même de ses capa­ci­tés morales.

Jusqu’ici, les humains de nais­sance com­posent avec du don­né dont une part échappe à toute volon­té. La For­tune imper­son­nelle attri­bue ses lots à l’aveugle. Savoir que nous ne devons à per­sonne la cou­leur de nos yeux, le son de notre voix et nos traits phy­sio­lo­giques, garan­tit notre liber­té indi­vi­duelle (dans cer­taines condi­tions sociales, bien sûr). Nous deve­nons des indi­vi­dus en agis­sant à par­tir de ce don­né. Comme le dit l’historien Mar­cel Gauchet :

« Prendre en charge cette contin­gence et la soli­tude qui s’y attache, c’est ce qui fonde notre capa­ci­té d’indépendance psy­chique, c’est là que se joue la consti­tu­tion de l’identité per­son­nelle[53]. »

« Don­ner vie » à un enfant fabri­qué, à l’inverse de « don­ner la vie », est un abus de pou­voir. Si mon concep­teur choi­sit mes carac­tères géné­tiques selon son propre désir, il déter­mine en par­tie ma per­sonne phy­sique et ma per­son­na­li­té morale et devient pour moi la figure du des­tin. D’autant plus que je suis cen­sé être en dette envers lui pour ses choix, for­cé­ment les meilleurs pour moi. Y com­pris s’il m’a pro­gram­mé sourd (ou nain) pour lui res­sem­bler, à l’image de ce couple de les­biennes cana­diennes qui a uti­li­sé le sperme d’un ami sourd congé­ni­tal pour pro­duire deux enfants éga­le­ment sourds (les banques de sperme refu­sant les gamètes des han­di­ca­pés)[54]. D’où les rela­tions des­po­tiques entre pro­gram­meur et pro­gram­mé : des liens de subor­di­na­tion impla­cables[55].

Certes nous dépen­dons d’autrui pour deve­nir un humain, un ani­mal social, dans un monde façon­né par d’autres avant nous. Mais tout homme reçoit sa liber­té d’action avec sa nais­sance. L’humanité renaît avec chaque homme. Par le seul fait de sa nais­sance, cha­cun peut créer un « com­men­ce­ment » (Arendt), c’est-à-dire agir en étant davan­tage que le pro­duit d’une socia­li­sa­tion.

En éli­mi­nant le hasard, le desi­gn de l’enfant détruit les fon­de­ments de cette liber­té. Mais pour les trans­hu­ma­nistes enne­mis de l’imprévu, la liber­té est un choix de consom­ma­teur entre des modèles plus ou moins inter­chan­geables, en libre-ser­vice, et garan­tis sur facture.

James Hughes, bioé­thi­cien trans­hu­ma­niste, fon­da­teur de l’Institute for Ethics and Emer­ging Technologies :

« Si vous sélec­tion­nez, sur cata­logue, la plu­part des gènes de votre enfant, cette sélec­tion ren­for­ce­rait pro­ba­ble­ment l’importance de vos liens paren­to-sociaux avec vos enfants.[56] »

Nick Bos­trom, co-fon­da­teur de la World Trans­hu­ma­nist Asso­cia­tion et du Future of Huma­ni­ty Ins­ti­tute à l’université d’Oxford :

« Peut-être l’amélioration ger­mi­nale condui­ra à plus d’amour et d’attachement paren­taux. Peut-être cer­tains pères et mères trou­ve­ront plus facile d’aimer un enfant qui, grâce aux amé­lio­ra­tions [géné­tiques], sera brillant, beau et en bonne san­té[57]. »

Au temps pour l’autonomie psy­chique et le droit de choi­sir leur voie des êtres-mar­chan­dises ain­si fabri­qués. On leur sou­haite de cor­res­pondre à la com­mande de leurs acqué­reurs, sinon gare aux liens paren­to-sociaux. Quand on inves­tit dans un spé­ci­men, ce n’est pas pour qu’il vous échappe dès l’âge de 15 ans.

Une psy­cha­na­lyste de notre connais­sance nous écrit que son cabi­net et ceux de ses confrères sont « rem­plis de gens qui ont eu trop de parents ». Nombre d’entre vous, lec­teurs, voient sûre­ment ce qu’elle veut dire. On ne peut qu’y son­ger à la lec­ture des exi­gences consu­mé­ristes des trans­hu­ma­nistes ou des parents d’intention. Ou à l’écoute du dépu­té méde­cin Jean-Louis Tou­raine, rap­por­teur de la loi bioé­thique : « Il y a là une pré­pa­ra­tion pro­lon­gée, un désir d’en­fant. Et cet enfant très atten­du, dési­ré, va bien se déve­lop­per et sera l’ob­jet de beau­coup d’at­ten­tion et de beau­coup d’a­mour[58]. » Vive­ment la liberté.

Quelle stig­ma­ti­sa­tion pour les enfants du hasard, dans ces dis­cours et publi­ci­tés siru­peuses pour les enfants dési­rés, pré­ten­dus plus heu­reux et équi­li­brés que les autres. Les enfants du hasard emmerdent le pro­fes­seur Tou­raine (et ses chouchous).

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5- Droiche / gaute : le faux clivage qui masque les vrais

Qui­conque écoute France Inter ou France Culture, lit Le Monde, Les Inrocks ou Libé, a les idées claires et sait dis­tin­guer le camp du bien du camp du mal, grâce à quelques mots-clés faciles à rete­nir. Le débat sur la repro­duc­tion arti­fi­cielle oppose d’une part la « sainte alliance réac­tion­naire[59] », selon la pré­si­dente du conseil de sur­veillance de Publi­cis, Eli­sa­beth Badin­ter : les catho­liques, les conser­va­teurs de droite et l’extrême-droite (camp du mal), dont les motifs sont reli­gieux, obs­cu­ran­tistes, sexistes, homophobes/lesbophobes et nau­séa­bonds ; d’autre part les pro­gres­sistes et libé­raux, la gauche ouverte, géné­reuse, fémi­niste et vegan (camp du bien), dont les motifs sont la tolé­rance, le vivre-ensemble et la bien­veillance. Vous avez choisi ?

Il se trouve que nous, auteurs de ce texte et la plu­part de nos lec­teurs, ne sommes ni de droite ni catho­liques (ce qui n’aurait rien d’infâmant), mais athées, libres pen­seurs, anti-sexistes, éco­lo­gistes anti-indus­triels, lud­dites, etc.

En cri­ti­quant la repro­duc­tion arti­fi­cielle, nous étions répu­tés insen­sibles à la détresse des bré­haignes. Avec l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples les­biens, nous voi­là sexistes et homo­phobes — c’est-à-dire, cou­pables de délits.

Les ano­ma­lies n’ont pas trou­blé les met­teurs en scène de ce faux duel. 10 à 20 % des dépu­tés de droite pour­raient voter la loi de bioé­thique, tan­dis que la dépu­tée macro­niste Agnès Thill s’y oppose. Des homo­sexuels écrivent : « assu­mer plei­ne­ment son homo­sexua­li­té revient aus­si à accep­ter les limites qui en découlent[60] ». Jean-Marie Le Pen se pro­nonce pour l’extension de la PMA, tan­dis que la phi­lo­sophe de gauche Syl­viane Aga­cins­ki exprime sa réti­cence. Marie-Jo Bon­net, les­bienne, mili­tante fémi­niste de gauche, s’oppose à « la médi­ca­li­sa­tion sans limite de la pro­créa­tion ». Rejoi­gnant les posi­tions du Femi­nist Inter­na­tio­nal Net­work of Resis­tance to Repro­duc­tive and Gene­tic Engi­nee­ring qui, dès les années 1980, sou­te­nait des argu­ments fémi­nistes et anthro­po­lo­giques contre les « tech­no­lo­gies déshu­ma­ni­santes » et le génie géné­tique et repro­duc­tif, « pro­duit de déve­lop­pe­ments scien­ti­fiques qui consi­dèrent le monde comme une machine[61]. »

Puis, il y a ces innom­brables sans-voix, pétri­fiés par les impré­ca­tions du camp du bien mais qui, en leur for inté­rieur, ne sont pas d’accord. Nous, Pièces et main d’œuvre, rece­vons de nom­breux mes­sages : « mer­ci de dire à voix haute ce que nous pen­sions être seuls à pen­ser, que nous n’osons pas dire. Nous aus­si, nous sommes des Chim­pan­zés du futur ».

Tous sont effa­rés de la vitesse à laquelle sont répan­dues la haine de l’humain comme ani­mal poli­tique et la volon­té de puis­sance des­truc­trice, par­mi une mino­ri­té domi­nante : la tech­no­cra­tie et ses alliés post­mo­dernes, décons­truc­tion­nistes, anthro­po­phobes et liber­ta­riens, satu­rés de culture amé­ri­caine. À l’inverse de ceux-ci, ils ne sont pas orga­ni­sés. Ils pensent par eux-mêmes et contre leur temps, quitte à se reti­rer des cercles mili­tants où règnent les mots-clés et le plus petit déno­mi­na­teur commun.

Ces défen­seurs de l’autonomie n’entrent pas dans la réduc­tion binaire de la contro­verse. Ils fra­cassent le faux cli­vage en pro­cla­mant cette évi­dence : le pro­grès tech­no­lo­gique n’est pas syno­nyme de pro­grès social et humain. Aus­si les passe-t-on sous silence. Les seuls oppo­sants à la loi de bioé­thique que l’Assemblée natio­nale met en avant sont les cathos de la Manif pour tous et d’Alliance Vita, par­ti­sans d’une repro­duc­tion arti­fi­cielle mais « avec père ». Trop facile.

Inca­pables de l’emporter par l’argument, les hur­leurs de la bonne socié­té et de la bonne pen­sée usent de l’intimidation ver­bale et intel­lec­tuelle, du (faux) pro­cès en dis­cri­mi­na­tion pour réduire les doutes au silence. Pour inter­dire que soient posées ces ques­tions : acquies­çons-nous, oui ou non, aux pro­grès de l’artificialisation et au nou­vel eugé­nisme des bio­crates ? L’espèce doit-elle abdi­quer son humanité ?

Lâchons les réflexes, réflé­chis­sons. Le fait majeur de l’époque, le putsch tech­no­lo­gique per­ma­nent, périme pour l’essentiel l’axe droite/gauche, désor­mais cou­pé par une trans­ver­sale écologiste/technologiste. Le cercle poli­tique se par­tage en quatre : gauche éco­lo­giste et gauche tech­no­lo­giste, droite éco­lo­giste et droite tech­no­lo­giste. Les cli­vages varient sui­vant les sujets. Contre le nucléaire et la socié­té de consom­ma­tion, par exemple, nous aurons à nos côtés la droite éco­lo­giste et contre nous la gauche technologiste.

Le tech­no­lo­giste Macron (en même temps de droiche et de gaute), après Hol­lande et Sar­ko­zy, et comme l’auraient fait Fillon, Mélen­chon ou Le Pen, inves­tit dans l’innovation et les tech­no­lo­gies de déshu­ma­ni­sa­tion : intel­li­gence arti­fi­cielle, nano­tech­no­lo­gies, génie géné­tique, neu­ro­tech­no­lo­gies — les domaines aux­quels la nou­velle loi de bioé­thique ouvre de nou­velles pers­pec­tives de développement.

Le stade actuel du pro­grès tech­no­lo­gique et de la crois­sance éco­no­mique, objec­tifs com­muns à droite et à gauche, se nomme l’homme « aug­men­té » — l’eugénisme. Nul besoin d’être trans­hu­ma­niste pour y contri­buer : il suf­fit d’encourager et de contri­buer aux avan­cées tech­nos­cien­ti­fiques. Voi­là en quoi nous pen­sons contre notre temps.

Le choix qu’on nous laisse ? Renon­cer à notre huma­ni­té pour deve­nir post­hu­mains (cyborgs, cyber­nan­thropes, Humains géné­ti­que­ment modi­fiés), ou som­brer dans l’espèce mori­bonde des Chim­pan­zés du futur. Dis­pa­raître ou dis­pa­raître. On voit l’importance du débat sur les « modèles fami­liaux » à côté de cette rup­ture anthropologique.

On voit sur­tout com­ment les idéo­logues et scien­ti­fiques trans­hu­ma­nistes ins­tru­men­ta­lisent les acti­vistes LGBT et cer­tains fémi­nistes, cer­tains hété­ros sté­riles et cer­tains han­di­ca­pés, s’en ser­vant tan­tôt comme bou­cliers humains, tan­tôt comme che­vaux de Troie pour avan­cer leur agen­da. La seule domi­na­tion et la seule norme incon­tes­tées par les détec­teurs d’inégalités et pour­fen­deurs de l’ordre nor­mé, sont celles qui menacent le plus notre vie : celles de la tech­no­lo­gie et des technomaîtres.

L’offensive eugéniste/transhumaniste trace le front prin­ci­pal de notre temps, qui oppose désor­mais les humains d’origine ani­male aux inhu­mains d’avenir machinal.

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6- Découvrons le complot hétéro

Pour­quoi débattre de l’artificialisation, quand le chan­tage à la pseu­do éga­li­té assure une pseu­do supé­rio­ri­té morale ? L’Inter-LGBT, Mar­lène Schiap­pa ou la séna­trice Verte Esther Ben­bas­sa, le dépu­té LREM Jean-Louis Tou­raine, l’avocate Caro­line Méca­ry ou Thier­ry Bau­det, le pré­sident de la Mutua­li­té fran­çaise, dans leur concours de bons sen­ti­ments, nous enjoignent à « mettre fin à une dis­cri­mi­na­tion ». Com­ment hési­ter ? SOS Homo­pho­bie a l’argument défi­ni­tif : « La PMA est auto­ri­sée pour les couples hété­ro­sexuels et inter­dite pour les couples les­biens. Il y a inéga­li­té des droits, il y a donc homo­pho­bie[62]. » Vous voi­là (con)vaincus. Com­ment les Fran­çais, dont l’égalité est la « pas­sion », sup­por­te­raient-ils pareil outrage ? D’après les son­dages, l’impossibilité pour les femmes seules et les couples les­biens de pro­créer relève de l’inégalité. Les jésuites applau­dissent en connais­seurs cette « direc­tion d’intention » : qu’importe le résul­tat (l’eugénisme), c’est l’intention (la pseu­do éga­li­té) qui compte.

Pré­tendre que la repro­duc­tion sexuée est dis­cri­mi­na­toire — rele­vant d’un choix poli­tique contraire à nos valeurs — est une fable si gros­sière qu’on a honte d’avoir à la décons­truire. Mais on le savait déjà : « Plus le men­songe est gros, mieux il passe. »

Pour qu’il y ait dis­cri­mi­na­tion, il fau­drait qu’un couple les­bien ou une femme seule soit natu­rel­le­ment apte à conce­voir et qu’on lui refuse, en cas de sté­ri­li­té, les trai­te­ments offerts aux couples mixtes. Comme le note la les­bienne fémi­niste Marie-Jo Bon­net, « on ne peut pas com­pa­rer les couples hété­ro­sexuels dont un membre est sté­rile avec les couples de femmes qui ne le sont pas. Pour par­ler dis­cri­mi­na­tion il fau­drait que les deux situa­tions soient com­pa­rables, ce qui n’est pas le cas ici[63]. » Sans par­ler des indi­vi­dus seuls.

Nul n’interdit aux les­biennes et aux femmes seules de pro­créer comme toute femme, sinon la repro­duc­tion natu­relle sexuée, qui n’a pas plus de valeur morale ni d’intentionnalité que la gra­vi­té uni­ver­selle. À moins que les tenants du « tout social » ne prêtent quelque pro­jet secret à la nature ? En fait, pour les théo­ri­ciens LGBT les plus auda­cieux, c’est un com­plot hété­ro qui les frappe de « sté­ri­li­té sociale », d’« infer­ti­li­té cultu­relle ». Une conspi­ra­tion homo­phobe des­ti­née, selon l’écrivain gay Erik Rémès, à pré­ser­ver « le mono­pole des hété­ros[64] ». Vous ne voyez pas ? Le « Gali­lée de la sexua­li­té[65] » et rebel­lo­crate queer Beatriz/Paul Pre­cia­do, vous ins­truit : « En termes bio­lo­giques, affir­mer que l’agencement sexuel d’un homme et d’une femme est néces­saire pour déclen­cher un pro­ces­sus de repro­duc­tion sexuelle est aus­si peu scien­ti­fique que l’ont été autre­fois les affir­ma­tions selon les­quelles la repro­duc­tion ne pou­vait avoir lieu qu’entre deux sujets par­ta­geant la même reli­gion, la même cou­leur de peau ou le même sta­tut social […]. Homo­sexuels, trans­sexuels, et corps consi­dé­rés comme « han­di­ca­pés », nous avons été poli­ti­que­ment sté­ri­li­sés ou bien nous avons été for­cés de nous repro­duire avec des tech­niques hété­ro­sexuelles[66]. »

De quel taux d’idéologie (et de tes­to­sté­rone) faut-il être intoxi­qué pour dif­fu­ser avec tant d’aplomb de telles fausses nou­velles ? Trans­hu­ma­nisme et décons­truc­tion­nisme queer se connectent et s’hybrident Ain­si, pour le bioé­thi­cien trans­hu­ma­niste James Hughes, le clo­nage « rend le mono­pole his­to­rique de l’hétérosexualité sur la repro­duc­tion obso­lète[67] ». Et d’en conclure : « Les homo­sexuels, les les­biennes et les bisexuels sont aus­si des alliés natu­rels du trans­hu­ma­nisme démo­cra­tique ». Les délires queer sont en effet per­for­ma­tifs : les tran­si­den­ti­taires attendent de la tech­no­lo­gie qu’elle leur four­nisse des solu­tions de repro­duc­tion homo­sexuelles. Les gamètes arti­fi­ciels exau­ce­ront bien­tôt leurs vœux.

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L’égalité concerne le champ social et poli­tique. Deman­der à la tech­nos­cience de fabri­quer une éga­li­té bio­lo­gique — de pro­duire en labo­ra­toire des êtres indif­fé­ren­ciés — est un pro­jet tota­li­taire. Ima­gi­nez des humains uni­co­lores, pro­té­gés de tout risque raciste ; des indi­vi­dus de même taille et de même volume, libé­rés de toute agres­sion gros­so­phobe ; aux traits uni­for­mé­ment lisses, sou­la­gés de la dis­cri­mi­na­tion liée à la beau­té phy­sique. Un rêve de natu­ro­phobe. Dotons-les en prime d’un sens de l’humour cer­ti­fié sans second degré ni microa­gres­sions contre votre iden­ti­té res­sen­tie. On rira peu mais cor­rec­te­ment. Quelles tri­bunes pour les défen­seurs du vivren­semble, quels défis pour la créa­ti­vi­té de nos cher­cheurs, quels mar­chés pour l’industrie ! Enfin le pro­grès abo­li­ra la répu­gnante bio­di­ver­si­té humaine. Quel pro­grès poli­tique. C’est à cela aus­si que sert la tech­no­lo­gie : plier le don­né à la volon­té, les faits aux concepts, la réa­li­té à l’idéologie.

La dif­fé­rence n’est pas l’inégalité.

L’égalité n’est pas l’uniformité.

Les humains ne sont pas — pas encore — des pro­duits de série standardisés.

Même le Conseil d’État l’admet : « ni le fait que l’adoption soit déjà ouverte aux couples de femmes et aux per­sonnes seules, ni le droit au res­pect de la vie pri­vée, ni la liber­té de pro­créer, pas plus que l’interdiction des dis­cri­mi­na­tions ou le prin­cipe d’égalité n’imposent l’ouverture de l’AMP[68]. » Donc, concluent les « sages », l’extension de l’accès à la PMA « relève d’un choix politique ».

Quel choix ? Celui des trans­hu­ma­nistes (ouvrir des pro­cé­dures médi­cales à des per­sonnes saines) et celui des fémi­nistes et les­biennes néo-sexistes (éli­mi­ner les mâles de la repro­duc­tion). Mieux valait dis­si­mu­ler ces fon­de­ments réels der­rière le paravent consen­suel de l’égalité.

Cette escro­que­rie juri­di­co-poli­tique est un sous-pro­duit de la tech­no­lo­gie. Celle-ci a d’abord four­ni des bébés aux femmes infer­tiles, puis aux hommes et aux couples sté­riles, puis aux couples fer­tiles sus­cep­tibles de trans­mettre une mala­die grave, puis aux couples sans patho­lo­gie avé­rée mais un peu mous de la concep­tion[69] — « un enfant, tout de suite ». En 2017, 3 % des enfants sont nés d’une PMA, d’après l’agence de bio­mé­de­cine. Selon Agnès Buzyn :

« On n’a pas besoin d’être malade aujourd’hui pour accé­der à la PMA, même quand on est un couple hété­ro­sexuel, on n’a pas à prou­ver qu’on est infer­tile. D’ailleurs, sou­vent on ne trouve pas de cause d’infertilité[70]. »

Voi­là une ministre qui valide des actes illé­gaux. Jusqu’aujourd’hui, seuls les couples hété­ro­sexuels en âge de pro­créer avec « une sté­ri­li­té patho­lo­gique médi­ca­le­ment consta­tée (bilan d’infertilité) » ou un risque de trans­mis­sion de mala­die grave, ont droit à la PMA. Com­ment les méde­cins « fivistes » ont-ils pu, sans cadre légal ni déli­bé­ra­tion, déci­der dans le secret de leurs cabi­nets d’ouvrir la PMA, rem­bour­sée par la sécu­ri­té sociale, à ces couples non sté­riles qui, sou­vent, engendrent natu­rel­le­ment par la suite[71] ?

Agnès Buzyn : « [La future loi] per­met de cla­ri­fier le droit en réa­li­té et donc tout est har­mo­ni­sé[72] ». Qu’à cela ne tienne. Tout le monde peut se garer sur les places réser­vées aux han­di­ca­pés, puis une loi cla­ri­fie le droit en réa­li­té et donc, tout est harmonisé.

Le fait accom­pli l’emporte. Marche après marche, la repro­duc­tion arti­fi­cielle devient la nou­velle norme.

Sous cou­vert d’égalité, la sup­pres­sion du cri­tère patho­lo­gique — glis­se­ment du pal­lia­tif à l’augmentation, suit le pro­gramme trans­hu­ma­niste. C’est-à-dire le pro­jet, inéga­li­taire par essence, d’automachination de cha­cun (et de ses enfants) selon ses moyens et ses dési­rs, grâce au génie géné­tique. Une volon­té de prise en main tech­no­lo­gique de l’évolution. À terme, de séces­sion d’une espèce supé­rieure, contre l’espèce infé­rieure des Chim­pan­zés du futur, humains nés natu­rel­le­ment. Les défen­seurs d’une éga­li­té réelle ne sont pas ceux que l’on croit.

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7- La reproduction sans homme, une augmentation transhumaniste

On nous ques­tionne sou­vent sur le « seuil » : où finit le soin et où com­mence le trans­hu­ma­nisme ? Si la limite est par­fois ténue, ici, aucun doute. La « sté­ri­li­té sociale » est une absur­di­té trans­hu­ma­niste. Elle tra­duit la volon­té, non de pal­lier une carence, mais d’augmenter les facul­tés d’humains natu­rel­le­ment fer­tiles, deve­nant « poli­ti­que­ment fer­tiles ». Daniel Borillo, le juriste gay, se féli­cite ain­si de cette vic­toire tech­ni­co-légale : « La PMA […] cesse d’être un pal­lia­tif à la sté­ri­li­té pour deve­nir une véri­table mani­fes­ta­tion de la liber­té pro­créa­tive[73] ». L’équivalent d’une greffe de membres bio­niques sur un indi­vi­du valide, mani­fes­tant sa liber­té de per­for­mances spor­tives. Comme le mur­mure la jour­na­liste et fémi­niste les­bienne Eli­sa­beth Schem­la, « les homos sont plu­tôt aujourd’hui des « accé­lé­ra­teurs de trans­gres­sion »[74] ».

Dans un pre­mier temps, « l’augmentation » consiste à faire un enfant sans homme. Selon Gwen Fau­chois, ex-vice-pré­si­dente d’Act Up Paris, il est dépas­sé de rap­pe­ler « la par­ti­ci­pa­tion mas­cu­line à tout pro­ces­sus repro­duc­tif[75]. » Pro­vi­soi­re­ment indis­pen­sables comme four­nis­seurs de matière pre­mière repro­duc­tive, les hommes doivent être effa­cés de la généa­lo­gie. Révi­sion­nisme bio­lo­gique qui tra­hit la haine recuite des néo-sexistes. Le père, il faut bien dire que ça nous rap­pelle les heures les plus sombres de l’humanité.

Ayant éli­mi­né l’humain de la sphère de la pro­duc­tion (robots, auto­mates, algo­rithmes), les machines le rem­placent dans sa repro­duc­tion. Comme dans tous les aspects de la vie 4.0, le pro­grès est impla­cable : tou­jours moins d’humain. Ce que la loi de bioé­thique valide en auto­ri­sant les femmes à faire des enfants sans par­te­naire mas­cu­lin. Comme s’en glo­ri­fie Anne, consul­tante en res­sources humaines, à L’Obs : « J’ai fait ma petite fille toute seule, en Bel­gique[76]. » Alice, cinq ans, est sûre­ment fière d’avoir une maman si forte — Toute seule ! mais avec un labo­ra­toire, des méde­cins, un trai­te­ment de sti­mu­la­tion ova­rienne, un dis­po­si­tif de fécon­da­tion in vitro. L’autonomie assis­tée par la tech­no­lo­gie et l’expertise. L’indépendance, c’est la dépendance.

Le plus facile à évin­cer était le père. Son compte est réglé. Alice en réclame un, paraît-il, mais les géné­ra­tions futures auront oublié ce détail. Qui plus est, cette dis­pa­ri­tion s’opère au nom du droit, ce qui ren­force la bonne conscience de ceux que leur stan­ding poli­tique préoccupe.

Puis il faut dire que ces accou­ple­ments à visée repro­duc­trice étaient atro­ce­ment mam­mi­fères. Pen­sons aux reli­gieuses et aux « a‑sexuelles », elles aus­si vic­times de « sté­ri­li­té sociale » et pri­vées de leur « liber­té pro­créa­tive » en rai­son de leur chas­te­té. Grâce à la tech­no­lo­gie, elles pour­ront enfan­ter comme Marie et deve­nir des vierges aug­men­tées.

D’après socio­logues et gyné­co­logues, les écrans éteignent la vie sexuelle. Selon une étude de l’université de Cam­bridge[77], les couples anglais ont 40 % de rap­ports sexuels de moins en 2010 qu’en 1990. À ce rythme, c’est fini en 2030. Aux États-Unis, les couples ont neuf fois moins de rap­ports sexuels dans les années 2010 que vingt ans avant, et les « Mil­le­nials » (nés après 1990) sont les plus tou­chés[78]. La plu­part recon­naissent consa­crer plus de temps à leur smart­phone qu’à leur par­te­naire. On le savait depuis les années soixante, la nata­li­té baisse avec la télé. Avec Inter­net, le por­no est à por­tée de vue per­ma­nente des ado­les­cents. Selon les spé­cia­listes, cela en détourne beau­coup de la sexua­li­té avec des humains en chair et en os. L’écran fait écran. Ain­si se réa­lise le rêve de dés­in­car­na­tion de la cyber-fémi­niste Don­na Haraway :

« La repro­duc­tion cyborg est déta­chée de la repro­duc­tion orga­nique. La pro­duc­tion moderne rem­place la repro­duc­tion et semble pareille aux rêves du tra­vail de colo­ni­sa­tion cyborg. Un rêve qui rend le cau­che­mar du Tay­lo­risme idyl­lique[79]. »

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8- Eliminer l’humain pour éliminer l’erreur

À la pointe de l’innovation, le Conseil de Paris a déci­dé en mars 2018 de sup­pri­mer des docu­ments admi­nis­tra­tifs les mots « père » et « mère », aus­si obso­lètes que le poin­çon­neur des Lilas. On doit désor­mais dire « parent 1, parent 2 ». Avouez que cela sonne plus fami­lier à nos oreilles de tech­no­ci­toyens : « Tapez 1, tapez 2 ». Et c’est facile à décli­ner : « Parent 3, parent 4, parent Étoile ». Réduire les per­sonnes à leur fonc­tion géné­rique, c’est les déper­son­na­li­ser et les rendre inter­chan­geables. D’ailleurs, pour­quoi conser­ver cette notion archaïque de « parents », rési­du d’un modèle fami­lial réac­tion­naire, vali­dant qui plus est une dis­tinc­tion hié­rar­chique avec les « enfants » ? Il serait tel­le­ment libé­ra­teur d’envisager des « asso­cia­tions contrac­tuelles », « éga­li­taires », « mutua­li­sant les rôles et fluc­tuant au gré des dési­rs » de chaque membre dési­gné par un simple numé­ro. Et de confier au robot-pué­ri­cul­teur le soin (caring) du pro­duit paren­tal (ex-enfant).

Aus­si la loca­tion du corps réi­fié de « mères por­teuses » — les cou­veuses humaines — s’impose-t-elle natu­rel­le­ment comme un moyen de satis­faire le désir d’enfant d’hommes sou­hai­tant se pas­ser des femmes, et de femmes ne pou­vant enfan­ter. Avec la mater­ni­té décou­pée en géné­tique, ges­ta­tion­nel et social, il suf­fit d’avoir un pro­jet paren­tal pour être « mère ». Seule compte la volon­té. Selon ce rai­son­ne­ment, les enfants non pro­gram­més n’ont donc pas de parents.

La chro­nique de la GPA révèle qu’au-delà des exemples rebat­tus de Fran­çais par­tis ache­ter des bébés en Inde, en Ukraine ou aux États-Unis, Israël joue un rôle pion­nier. C’est Jean Stern, cofon­da­teur de Gai Pied en 1979, puis jour­na­liste à Libé­ra­tion et à La Tri­bune, qui nous ins­truit dans son livre Mirage gay à Tel Aviv :

« Le “baby-boom gay” en Israël, sans équi­valent dans un autre pays par son ampleur, repré­sente depuis 2010 plus de 10 000 nais­sances pour les les­biennes et 5000 pour les hommes. […] Israël a été un pion­nier de la fécon­da­tion in vitro, légale dès 1981. Le suc­cès et le déve­lop­pe­ment de la FIV sont consi­dé­rés comme une réus­site du savoir-faire israé­lien en matière de bio­lo­gie et de géné­tique, et font l’objet d’une grande fier­té nationale. […] 

Fidèle à son idéo­lo­gie nata­liste, Israël a été le pre­mier pays au monde à se doter en 1996 d’une loi auto­ri­sant la “mater­ni­té de sub­sti­tu­tion”. Mais la loi réserve l’usage de la GPA aux hété­ro­sexuels, sous le contrôle de l’État. Les gays sou­hai­tant y avoir recours se rendent à l’étranger. “Ils louent des ventres, signent un contrat, payent, sou­vent très cher, parlent à peine à la mère por­teuse, sur­tout si elle est asia­tique, et repartent avec l’enfant”, s’indigne le com­mu­niste ten­dance queer Uri Welt­mann. L’achat d’un bébé a en effet un coût : à par­tir de 100 000 dol­lars aux États-Unis, 150 000 au mini­mum si la mère por­teuse est juive, 50 000 dol­lars envi­ron en Inde, aux Phi­lip­pines ou en Thaï­lande. À titre de com­pa­rai­son, la GPA en Israël coûte entre 60 000 et 80 000 dol­lars pour les couples hété­ro­sexuels. Mal­gré ces prix, la demande explose. Des agences d’assistance à la GPA, comme Baby Bloom, pros­pèrent sur ce mar­ché de l’enfant en assis­tant les couples gays pour des démarches com­plexes[80]. »

Au temps pour la GPA « éthique » et acces­sible à tous. En Israël comme ailleurs, la loca­tion d’utérus est réser­vée aux riches, même quand elle s’effectue à domi­cile et de façon « encadrée ».

Quant aux pres­ta­taires en ges­ta­tion, elles ont si bien ingur­gi­té la bonne parole scien­ti­fi­co-éthique sur le mor­cel­le­ment sans dom­mage de la mater­ni­té, qu’elles récitent les mêmes ren­gaines sur la faci­li­té du ser­vice ren­du. Lequel exige d’ailleurs un contrôle tech­nique encore accru, afin de garan­tir la qua­li­té du produit.

Les tenants de la GPA déplorent pour la forme le sort des Indiennes, des Ukrai­niennes et des femmes des pays pauvres réduites à louer leur ventre à de riches com­man­di­taires. C’est pour mieux pro­mou­voir une GPA pré­ten­du­ment dés­in­té­res­sée, sou­vent incar­née par des Amé­ri­caines avides de prouesses nar­cis­siques, de recon­nais­sance et de puis­sance créa­trice. Comme le note la gyné­co­logue Nicole Athéa, ces femmes ont recours à la « rhé­to­rique de l’altruisme » pour pou­voir « se regar­der dans la glace, voire s’idéaliser en jouant un rôle qui leur per­met une légi­ti­ma­tion sociale[81] ». Ain­si, Julie Lynn Stern, six enfants pour cinq familles différentes :

« Elle tire de ses gros­sesses une immense fier­té […]. Elle se sou­vient encore de la tête des parents quand on leur a ten­du le bébé qu’elle venait de mettre au monde. “C’était gigan­tesque, tel­le­ment émou­vant”, dit-elle[82]. »

Avez-vous remar­qué ? Les débats sur l’éthique du pro­cé­dé se concentrent sur les adultes : s’agit-il d’exploiter le corps d’une femme contre de l’argent ? Même quand celle-ci le fait par « plai­sir » et « altruisme » ? Ne risque-t-elle pas de s’attacher à l’enfant ? Et pour­quoi refu­ser un ser­vice entre adultes consen­tants, la « GPA éthique » pro­mue par Eli­sa­beth Badinter ?

Qu’en pensent les pro­duits de ces contrats entre adultes ? Com­ment vit-on quand on a été dési­ré comme orphe­lin, des­ti­né dès avant sa concep­tion à être (aban)donné par celle à qui l’on doit la vie ? Acces­soi­re­ment, que res­sentent les enfants de la mère por­teuse lors de ces gros­sesses sans frères ni sœurs — de ces dons/abandons d’enfants ? Leur pose-t-on seule­ment la question ?

Rares sont les témoi­gnages et les études appro­fon­dies, sur le long terme et sur des cohortes suf­fi­santes d’enfants nés de mères por­teuses et deve­nus adultes. « On a quand même pas mal échan­gé de choses en neuf mois ! », lâche une de ces enfants fran­çais, à la recherche de sa « bien­fai­trice » : « C’est deve­nu une obses­sion[83] ». Il paraît — mais ne le dites pas à Valen­ti­na Men­nes­son, héber­gée pen­dant neuf mois par une « ges­ta­trice » amé­ri­caine et pour qui « le mot mère n’a rien à voir dans tout cela[84] » — que l’enfant et les deux parents com­mu­niquent pen­dant la gros­sesse. Que les voix de la mère et du père créent des émo­tions chez le fœtus. Que les Chi­nois, forts en méta­phores, nomment le péri­née « la porte des ancêtres » — mais ne ver­sons pas dans l’obscurantisme généalogique.

Laurent Salo­mon, gyné­co­logue obs­té­tri­cien à l’hôpital Necker :

« “Le fœtus modèle et déve­loppe son cer­veau (…) avec l’environnement qu’il a durant la gros­sesse.” Il peut s’agir des voix, des sons, des langues qu’il entend dans le ventre. D’ailleurs, pour­suit le méde­cin, dès sa nais­sance, l’enfant répond de manière dif­fé­rente à la langue enten­due durant la gros­sesse. (…) Cela va même plus loin. Le fœtus sent si ces sons, odeurs, ou autres, déclenchent du plai­sir — ou de la peur — chez la femme qui le porte (en fonc­tion des endor­phines qu’elle pro­duit). Résul­tat : “Le fœtus se sen­ti­ra lui-même bien — ou mal — dans ces mêmes situa­tions.” Il fabri­que­ra les mêmes asso­cia­tions, au moins durant un cer­tain temps.[85] »

Déjà, la repro­duc­tion arti­fi­cielle prive les enfants des récits, réels ou fan­tas­més, des cir­cons­tances de leur concep­tion. Quel enfant n’y a son­gé plus ou moins consciem­ment ? La concep­tion en bocal, quel sym­bole pour l’imaginaire. Que dire de ces fra­tries pro­duites en série dans la même éprou­vette, et décon­ge­lées au gré des pro­jets paren­taux. Aînés et cadets fabri­qués le même jour, parais­sant sur la scène fami­liale à des années d’écart. Et mûris bien­tôt dans des uté­rus de location.

Cas inté­res­sant : des femmes enceintes suite à un don d’ovocytes expriment leur trouble quant à leurs liens avec l’enfant issu d’un ovule « étran­ger ». Elles se sentent « mères por­teuses », rap­porte la psy­cha­na­lyste Gene­viève Delai­si de Par­se­val, mili­tante de la repro­duc­tion arti­fi­cielle (et membre du lob­by des époux Men­nes­son, en pro­cès contre l’État pour impo­ser à l’état civil leurs enfants nées par GPA[86]). Afin de ras­su­rer ces futures mères, l’experte use d’un argu­ment bio­lo­gique : les liens mère/enfant s’établissent par la gros­sesse. « Même dans les col­loques médi­caux, la gros­sesse n’est plus consi­dé­rée comme un simple por­tage[87] », sou­tient-elle. Si vous avez por­té l’enfant, vous êtes sa mère.

À moins d’être une simple por­teuse, évi­dem­ment. Et Gene­viève Delai­si de Par­se­val d’inverser alors son dis­cours pour van­ter la GPA :

« C’est donc un pos­tu­lat sim­pliste de pen­ser que la phy­sio­lo­gie consti­tue­rait l’alpha et l’omega de la mater­ni­té : une femme ne devient pas mère, comme par magie, le jour où elle accouche ! (…) Quant à la ques­tion du vécu des enfants nés dans ces condi­tions (…) un bébé por­té par quelqu’un d’autre que sa mère est capable, par dépla­ce­ment, de faire un trans­fert sur d’autres adultes (…) Le fait que ce ne sont pas les gamètes de la ges­ta­trice qui ont par­ti­ci­pé à la créa­tion de l’embryon consti­tue, à l’évidence, un fac­teur favo­rable à ce dépla­ce­ment d’affects[88]. »

Face je gagne, pile tu perds. C’est comme ça les arrange. Gene­viève Delai­si de Par­se­val peut sou­te­nir une chose et son contraire sui­vant les moments et les inter­lo­cu­teurs. Aux uns, elle garan­tit que la PMA avec « tiers pro­créa­teurs » (don de gamètes) est sans « risque psy­chique[89] ». Aux autres, elle explique : « L’autoconservation ovo­cy­taire est bien moins trans­gres­sive que les tech­niques d’AMP avec don de gamètes, puisqu’elle n’engendre aucune “dis­jonc­tion” géné­tique[90]. » De quoi ce double dis­cours est-il le symp­tôme, Gene­viève Delai­si de Parseval ?

Si l’humain est une pâte à mode­ler et à remo­de­ler par la socié­té, a for­tio­ri le petit d’homme doit s’adapter à tout. Et il le fait, tant bien que mal — a‑t-il le choix. Il rem­plit sa mis­sion d’enfant, il pro­tège ses parents. Quant aux effets sur l’individu et la socié­té de ces com­bi­nai­sons de trans­ferts et d’affects dépla­cés, comme ceux des sub­stances toxiques et de la pol­lu­tion sur nos orga­nismes, ils sont d’autant plus dif­fi­ciles à prou­ver qu’on ne les cherche pas. Comme disait le patron des indus­tries chi­miques fran­çaises : « Les géné­ra­tions futures feront comme tout le monde, elles se démerderont ».

Cepen­dant, qua­rante ans après les débuts de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, du réel se mani­feste. Telle cette reven­di­ca­tion insis­tante d’une géné­ra­tion arri­vée à l’âge d’enfanter, et qui veut connaître l’identité de ses « don­neurs de gamètes » au nom d’un « besoin d’humanité ». Un point que la nou­velle loi bioé­thique leur accorde, afin de faire la part du feu, sui­vant le conseil cyni­que­ment pro­di­gué par la socio­logue mili­tante Irène Théry :

« Si nous nous accor­dons sur cette belle ambi­tion, alors tout un ensemble de reven­di­ca­tions qui paraissent aujourd’hui dis­pa­rates — ouver­ture de la PMA à toutes les femmes, accès aux ori­gines, droits des enfants nés de GPÀ à l’étranger, auto­con­ser­va­tion des ovo­cytes… — pren­dront tout leur sens et pour­ront être dis­cu­tées de façon beau­coup plus apai­sée[91]. »

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9- Le fait accompli comme contrat social : le droit du plus fort

Il faut, selon les pro­mo­teurs de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, élar­gir l’accès à la PMA à toutes les femmes, parce que cer­taines d’entre elles y ont recours à l’étranger afin de contour­ner la loi. D’après cette morale poli­tique mode­lée sur la loi du mar­ché, main­te­nir une loi quand des indi­vi­dus la trans­gressent relève de « l’hypocrisie ».

Trans­met­trez-vous cet exemple de civisme à vos enfants, quand vous les aurez obte­nus ? N’oubliez pas de leur ensei­gner aus­si l’exil fis­cal en Suisse, comme révolte contre un impôt fran­çais éter­nel­le­ment en retard sur les autres légis­la­tions. Puisque le fait accom­pli est la forme moderne du contrat social, pen­sez à reven­di­quer la fin de l’hypocrite code de la route, au motif que des mil­lions de conduc­teurs l’enfreignent sans frein, de même que l’abolition de l’hypocrite droit du tra­vail, compte tenu de l’ampleur du tra­vail au noir dans « ce pays ».

Le même fait accom­pli per­met­tra la bana­li­sa­tion de la GPA. « Ne faut-il pas la léga­li­ser aujourd’hui, à l’instar de nom­breux pays étran­gers[92] ? », feint de s’interroger la fon­da­tion Ter­ra Nova. « La GPA existe ailleurs et ne va pas s’arrêter parce qu’on la refuse[93] », plaide Stop Homo­pho­bie. Argu­ment vali­dé par les pro­mo­teurs de la peine de mort, des armes en vente libre, des pes­ti­cides, OGM et autres nécrotechnologies.

Les parents d’intention dont les-dési­rs-sont-des-droits ins­tru­men­ta­lisent déjà l’intérêt de l’enfant pour enté­ri­ner juri­di­que­ment ces pauvres « fan­tômes de la Répu­blique », et donc, le recours aux mères por­teuses à l’étranger. Le couple Men­nes­son, son for­fait accom­pli aux États-Unis, n’a de cesse de faire ins­crire ses jumelles à l’état civil fran­çais, api­toyant les télé­spec­ta­teurs sur les mau­vais trai­te­ments que son désir illé­gal inflige à ses enfants. Ce n’est pas « la France » qui est cou­pable, mais ces consom­ma­teurs sans ver­gogne, qui ne seront pour­tant pas condamnés.

Ain­si, ceux qui ont les moyens de se louer un uté­rus amé­ri­cain ou ukrai­nien par­viennent à leurs fins, écrivent des livres sur leur mer­veilleuse his­toire[94] et dis­posent l’opinion à la machi­na­tion du corps des femmes. Quand suf­fi­sam­ment de rebelles média­tiques auront ain­si fait, la socio­logue Irène Thé­ry, les avo­cats Caro­line Méca­ry et Daniel Borillo n’auront plus qu’à dénon­cer la « stig­ma­ti­sa­tion de familles déjà là » pour for­cer la révi­sion des lois de bioéthique.

C’est encore ce fait accom­pli qui ouvri­ra la voie au bébé sur-mesure dans l’Hexagone, d’abord ache­té ailleurs, puis made in France. Quant aux indi­gna­tions sur­jouées — « Vous exa­gé­rez ! On n’en est pas là ! La France n’est pas les États-Unis, on ne tolère pas ça, la loi empêche les dérives ! » — cha­cun sait désor­mais à quoi s’en tenir.

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10- La liberté de disposer d’un corps obsolète

« PMA : mon corps, mon choix, ma famille, ta gueule[95] ! » La ban­de­role est expli­cite : pour les acti­vistes LGBT et néo-sexistes, la repro­duc­tion arti­fi­cielle relève du choix indi­vi­duel. La repro­duc­tion, sans doute — quoiqu’elle ait tou­jours été liée à la culture et à l’organisation sociale — mais son arti­fi­cia­li­sa­tion, sûre­ment pas. Grande décou­verte pour les com­man­di­taires de bébés-éprou­vettes : délé­guer une fonc­tion natu­relle, libre et gra­tuite au sys­tème tech­no-indus­triel, avec une prise en charge col­lec­tive (« ta gueule » certes, mais « ton fric », soit 300 mil­lions par an), se paie en auto­no­mie et en liber­té. Il fal­lait y pen­ser avant — ou écou­ter les « obs­cu­ran­tistes » technocritiques.

En deve­nant tech­no­lo­gique, la pro­créa­tion est pas­sée de la sphère pri­vée à la sphère publique, sou­mise à la déli­bé­ra­tion et au regard de tous. Il n’y a pas de « premier(e)s concerné(e)s » dans le débat sur le mode de repro­duc­tion. Celui-ci regarde la socié­té des humains dans son ensemble, en ce qu’il déter­mine la pour­suite de la vie natu­relle, spon­ta­née, et col­lec­tive, ou la prise en main de l’évolution par les biocrates.

Mais il est plus facile de cou­vrir ses contra­dic­teurs d’infamie, comme ces asso­cia­tions « fémi­nistes » et LGBT, ulcé­rées qu’on ose débattre de leur choix :

« Comme tou­jours lorsqu’il est ques­tion des droits des femmes, de leur liber­té à dis­po­ser de leur corps et de leur choix de fon­der ou non une famille, la réforme de la pro­cé­dure d’accès à la PMA est à nou­veau l’occasion pour tout un cha­cun de se per­mettre de com­men­ter et cri­ti­quer des choix per­son­nels, qui ne devraient rele­ver que de la liber­té indi­vi­duelle[96]. »

« La liber­té de dis­po­ser de son corps », ou com­ment retour­ner un prin­cipe contre lui-même.

Nous, Chim­pan­zés du futur, défen­dons la liber­té pour cha­cun de faire la bête à deux dos avec qui lui plaît ; nous défen­dons la contra­cep­tion non chi­mique et le droit de ne pas faire d’enfants[97] ; nous défen­dons la liber­té pour le patient de choi­sir son trai­te­ment ou de refu­ser l’acharnement thé­ra­peu­tique ; nous recon­nais­sons le droit à l’avortement et au sui­cide. À l’inverse des bien­pen­sants qui nous ser­monnent, nous reven­di­quons la liber­té de bala­der libre­ment notre corps sans géo­lo­ca­li­sa­tion ni lais­sez-pas­ser bio­mé­trique. Nous n’exigeons pas pour autant que la loi nous auto­rise à nous vendre comme esclaves, à nous louer pour un concours de lan­cer de nains si nous l’étions, à vendre nos organes, notre sang et nos gamètes, ou à léguer notre dépouille aux Amis de l’anthropophagie.

Nous recon­nais­sons une limite à cette libre dis­po­si­tion de notre corps, au nom des droits supé­rieurs de l’humanité. Le droit des par­ti­cu­liers à s’aliéner ne peut pas l’emporter sur le prin­cipe géné­ral de la non dis­po­ni­bi­li­té des corps. Qui s’aliène rend poten­tiel­le­ment licite l’aliénation d’autrui. Dans un monde qui se divise entre ceux qui peuvent et ceux qui subissent, ce ne sont pas les moyens de contrainte et de mani­pu­la­tion qui manquent pour sur­prendre le consen­te­ment des corps et des esprits à l’auto-aliénation. Le but des droits de l’homme est de pro­té­ger cha­cun contre cette licéi­té d’aliénation, et non pas de la per­mettre à la faveur de leur retour­ne­ment. Voi­là pour­quoi la repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’humain nous concerne tous et non pas seule­ment quelques uns, homo­sexuels ou hété­ros stériles.

« Le logi­cien et phi­lo­sophe Alfred N. Whi­te­head notait avec humour : “Per­sonne ne dit : j’arrive ! Et j’apporte mon corps avec moi.” Mau­rice Mer­leau-Pon­ty ajou­tait : “Je n’ai pas un corps, je suis mon corps. Dans l’ouvrage de 1970, Our Bodies, Our­selves, des fémi­nistes bos­to­niennes reven­di­quaient la liber­té de leur vie sexuelle, de leur inti­mi­té et de leur fécon­di­té. Elles disaient elles aus­si : “Nos corps, nous-mêmes”.

Cette for­mule a été mal­heu­reu­se­ment trans­po­sée dans un slo­gan ambi­gu : “Mon corps m’appartient”. Ce n’est pas la même chose[98]. »

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Quelle est cette pré­ten­due liber­té dépen­dante d’un mar­ché qui impose sa loi et d’un appa­reil tech­no-indus­triel qui dicte ses pro­cé­dures ? Déjà la gros­sesse est pas­sée sous la coupe du pou­voir tech­no-médi­cal : consul­ta­tions et diag­nos­tics pré­con­cep­tion­nels, écho­gra­phies « de contrôle », amnio­cen­tèse, césa­riennes non jus­ti­fiées, etc. Le pro­ces­sus de dépos­ses­sion, de la fécon­da­tion à la nais­sance, est ache­vé. Le corps est un simple moyen au ser­vice du « pro­jet paren­tal », se réjouit la juriste uti­li­ta­riste Mar­ce­la Iacub :

« Ima­gi­nons qu’on ins­ti­tue la filia­tion en fonc­tion de la volon­té, (…) le corps devien­dra seule­ment le moyen de la repro­duc­tion et non plus la source du lien de filia­tion lui-même. L’ac­cou­che­ment doit demeu­rer un moyen, comme tous les évé­ne­ments natu­rels doivent être subor­don­nés à la volon­té et à la liber­té[99]. »

Ces accents trans­hu­ma­nistes ne sont pas for­tuits. La juriste, qui tient chro­nique dans Libé­ra­tion, ne cache pas sa fas­ci­na­tion pour la « mort de la mort ».

« Dis­po­ser de son corps », en matière de repro­duc­tion arti­fi­cielle, consiste à s’en remettre aux labo­ra­toires four­nis­seurs d’hormones, aux méde­cins pres­crip­teurs de pro­to­coles, aux tech­ni­ciens réa­li­sant les ponc­tions, la congélation/décongélation et l’implantation d’embryons, au prix d’humiliations que refusent des indi­vi­dus réel­le­ment atta­chés à leur liber­té[100]. Un pro­jet paren­tal réclame une prise en charge de la Sécu, des infra­struc­tures tech­no-scien­ti­fiques, une exper­tise juri­dique et la col­la­bo­ra­tion d’un nombre crois­sant de par­te­naires (les parents d’intention, les don­neurs de gamètes, la mère por­teuse), plus les équipes tech­niques. On fait mieux en matière d’autonomie.

Nous pren­drons au sérieux ces reven­di­ca­tions de libre dis­po­si­tion de son corps quand leurs par­ti­sans dénon­ce­ront avec nous l’emprise tech­no­lo­gique qui atro­phie nos capa­ci­tés phy­siques et nos sens, rédui­sant les corps à de simples sup­ports assis­tés par des pro­thèses numé­riques. À l’heure de la réa­li­té vir­tuelle, du cyborg, du « réduc­tion­nisme infor­ma­tion­nel[101] » (Céline Lafon­taine) qui réduit le vivant à du code géné­tique, c’est bien plu­tôt l’affaissement des corps qui nous menace, leur rejet dans le lien au monde et aux autres[102] et la déper­son­na­li­sa­tion de l’existence. Si je suis mon corps, il n’y a de liber­té qu’incorporée.

À nou­veau la conver­gence idéo­lo­gique des acti­vistes queer « tran­si­den­ti­taires » et des trans­hu­ma­nistes éclate. Cette rage de décons­truire et recons­truire leur corps tra­duit le désir d’en finir avec cette gue­nille impar­faite et péris­sable, dont ils ne maî­trisent pas tous les pro­ces­sus et dont les limites s’imposent à leur volon­té. Ils bradent leur liber­té per­son­nelle pour une puis­sance exté­rieure. D’où cette confu­sion entre décor­po­ra­tion et maî­trise du corps opé­rée par Marc Roux, pré­sident de l’Association fran­çaise trans­hu­ma­niste, à pro­pos de la GPA :

« Elle par­ti­cipe com­plè­te­ment de cette même logique qui peut nous per­mettre de nous rendre le plus indé­pen­dant pos­sible, si ce n’est le plus maître pos­sible de nos corps[103]. » Marc Roux n’est pas son corps. C’est un pur esprit, sinon le sys­tème vocal d’une intel­li­gence arti­fi­cielle. Sa per­cep­tion sen­sible du monde doit être rem­pla­cée par une média­tion tech­no­lo­gique — un smar­tien sur son smart­phone. « The Senses have no futur », écrit le trans­hu­ma­niste Hans Mora­vec. Pour le cyber artiste aus­tra­lien Ste­larc : « Il n’est plus ques­tion de per­pé­tuer l’espèce humaine par la repro­duc­tion, mais d’élever les rela­tions sexuelles grâce à l’interface être humain-machine. Le corps est obso­lète[104]. »

De la nais­sance à la mort, il n’est ques­tion que d’éliminer cet encom­brant obs­tacle à la toute-puis­sance. Qu’est-ce que la repro­duc­tion arti­fi­cielle, sinon l’effacement du corps dans l’engendrement ? L’immaculée concep­tion tech­no­lo­gique. Mais pour­quoi fabri­quer un enfant quand on hait la chair à ce point ; nul ne vous y oblige.

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11- Au-delà des limites : transformation du désir en droit (mon désir sera ta loi)

Mal­gré les pos­tures faus­se­ment sub­ver­sives des acti­vistes LGBT contre « le modèle fami­lial tra­di­tion­nel », leur exi­gence d’accès à la PMA, comme celle des couples hété­ros sté­riles, n’aspire qu’à repro­duire ledit modèle : des parents et des enfants comme tout le monde. Les fana­tiques du « tout social », en guerre contre « la révé­rence totale à l’égard de la nature[105] » (Eli­sa­beth Badin­ter), veulent des contre­fa­çons de la nature (bio­tech­no­lo­giques). Un enfant fabri­qué en labo­ra­toire plu­tôt qu’une famille sans enfant. Soit dit en pas­sant, si le désir d’enfant est « on ne peut plus natu­rel », comme le déclare Mar­ta Spran­zi, alors il y a une nature humaine. On n’avait pas cou­tume d’entendre les décons­truc­tion­nistes sou­te­nir pareille héré­sie essen­tia­liste. C’est comme ça les arrange.

La sté­ri­li­té, natu­relle ou pro­vo­quée par le mode de vie indus­triel (pol­lu­tion, séden­ta­ri­té, obé­si­té, etc.), n’altère pas la san­té. Elle relève plu­tôt du han­di­cap[106], ou de la carence. La concep­tion arti­fi­cielle d’un enfant ne soigne pas l’infertilité, mais la com­pense. Elle est rem­bour­sée par la Sécu, à la dif­fé­rence des chiens d’aveugles — mais Libé­ra­tion ne milite pas contre cette inéga­li­té-là[107].

Han­di­ca­pés, nombre de sourds refusent une greffe d’implants cochléaires. Ils ne veulent pas être des hommes-machines dotés d’ouïe arti­fi­cielle, mais enri­chir la culture humaine de leur par­ti­cu­la­ri­té et trans­mettre le lan­gage des signes. Une solu­tion humaine et auto­nome plu­tôt que l’automachination et la sou­mis­sion à des dis­po­si­tifs hété­ro­nomes, qu’il leur est de plus en plus dif­fi­cile à défendre puisque la tech­no­lo­gie existe.

Comme eux, les couples infer­tiles et les céli­ba­taires qui acceptent leurs limites sus­citent incom­pré­hen­sion et défiance. Pour­quoi refu­ser un enfant puisque la tech­no­lo­gie le per­met ? C’est ain­si que la repro­duc­tion arti­fi­cielle, même mino­ri­taire, s’impose comme la réfé­rence, ses pos­si­bi­li­tés influen­çant dési­rs et com­por­te­ments de tous­sé­toutes. Atten­dez qu’on puisse choi­sir les carac­té­ris­tiques de ses héri­tiers. Cha­cun sait que, pas­sé un cer­tain seuil, l’exception devient la norme. Le phé­no­mène se répète à chaque saut tech­no­lo­gique. La dili­gence n’a pas coha­bi­té long­temps avec l’automobile et le train. Engen­drer soi-même, gra­tui­te­ment et au hasard, sem­ble­ra bien­tôt aus­si incon­gru que faire de l’auto-stop sans pla­te­forme web.

La socio­logue Maria De Koninck, pro­fes­seur à la facul­té de méde­cine de l’Université Laval (Qué­bec), mesure les effets de ce consumérisme :

« [La] construc­tion sociale du désir d’enfant à tout prix — de son enfant à tout prix — […] s’accompagne d’une détresse. […] J’appelle ça la “patho­lo­gi­sa­tion” et la médi­ca­li­sa­tion du désir d’enfant[108] ».

Natu­rel­le­ment, jurent les pro­mo­teurs de la repro­duc­tion arti­fi­cielle, ce « désir d’enfant à tout prix » n’induit nul « droit à l’enfant ». Pour­tant, qui crie à la dis­cri­mi­na­tion dénonce une atteinte à ses droits. Droit à quoi ? Il n’est pas ques­tion de droit à l’enfant — c’est inter­dit — mais du « droit de fon­der une famille » — avec son ham­ster ? Ou du « droit de se repro­duire » — sous forme d’hologrammes en 3D ?

Bien­ve­nue dans le labo­ra­toire de l’homme en pièces déta­chées, où la tech­no­lo­gie pro­duit l’escroquerie juri­dique. De même que les start up de bio­tech­no­lo­gie « ne bre­vètent pas le vivant », selon elles, mais seule­ment des gènes[109], les plain­tifs ne réclament pas un enfant, mais des gamètes sto­ckés dans une banque et une pro­cé­dure tech­nique… pro­dui­sant un enfant. Non pas du lard, mais du cochon. Retour au Pays du men­songe décon­cer­tant (Cili­ga) et illus­tra­tion avec nos jésuites de l’Assemblée nationale :

« De façon una­nime, les tra­vaux pré­pa­ra­toires à la révi­sion bioé­thique ont écar­té ou condam­né cette notion de droit à l’enfant et confir­mé que l’ouverture de l’assistance médi­cale à la pro­créa­tion à toutes les femmes ne repose ni sur l’idée d’un droit à l’enfant, ni sur celle de créer ou de consa­crer un tel droit. Il appa­raît plu­tôt que la seule reven­di­ca­tion est celle du droit au désir d’enfant[110]. »

Vous avez bien lu. S’il ne s’agit que du « droit au désir », quels obs­tacles la nou­velle loi doit-elle lever ? Rien n’empêche le désir d’enfant de s’épanouir dans le cœur de qui­conque. Et quelle révi­sion des lois de bioé­thique consa­cre­ra notre droit au désir de modi­fi­ca­tion géné­tique, notre droit au désir de man­ger notre voi­sin, d’épouser notre chien comme la cyber-fémi­niste Don­na Hara­way, ou de gifler les têtes-à-claques du corps législatif ?

Pour les tech­no-pro­gres­sistes de gauche et de droite, l’enfant est un droit conquis par les femmes (les hommes l’obtiendront dans une pro­chaine loi bioé­thique, ne piaf­fez pas). Voi­là qui donne un sens aug­men­té au slo­gan fémi­niste des années 1970 : Un enfant si je veux, quand je veux.

René Fryd­man rap­porte com­ment, expli­quant aux femmes qu’à 42 ans, la PMA est vouée à l’échec, il s’entend répondre : « Puisque la sécu la rem­bourse jusqu’à 43 ans, j’y ai droit. » Et d’admettre : « c’est vrai que ça ren­force cette notion de droit à l’enfant[111]. » Un droit qu’il a lui-même contri­bué à créer en 1981 avec Emile Papier­nik et Jacques Tes­tard. Du haut de leur exper­tise tech­nique et de leur hubris médi­cale, ils ont pro­duit Aman­dine, le pre­mier bébé-éprou­vette fran­çais, hors de toute déli­bé­ra­tion poli­tique (la pre­mière loi bioé­thique date de 1994). Un droit à l’enfant que Fryd­man conti­nue à pro­mou­voir, en deman­dant à l’Assemblée natio­nale et dans les innom­brables médias qui lui donnent la parole, le rem­bour­se­ment de la congé­la­tion des ovo­cytes pour toutes.

Faut-il s’ébahir du cynisme avec lequel l’ex-camp de l’émancipation renie ses valeurs. Ce « droit à l’enfant » bafoue les droits inalié­nables de l’individu. Dans un État de droit, on ne donne, ne vend ni ne pro­cure nulle per­sonne humaine. Nul n’a le droit à qui­conque — ni esclave, ni épouse, ni enfant — à l’exception des orphe­lins à qui l’on donne des parents d’adoption (et non l’inverse), en ver­tu des droits de l’enfant. L’Agence de bio­mé­de­cine pousse l’hypocrisie jusqu’à rem­pla­cer « don » par « accueil », pour les embryons sur­nu­mé­raires mis à dis­po­si­tion d’autres couples. Certes, l’embryon n’est que de la viande, mais il faut ména­ger la sen­si­bi­li­té des parents d’intention en visite au congé­lo. À quand une loi et une branche de la Sécu pour faire valoir le droit des cœurs soli­taires à un conjoint ? Ou plu­tôt, leur « droit à vivre en couple » ?

Pour conclure, le libé­ral pré­sident du Comi­té consul­ta­tif natio­nal d’éthique n’a plus qu’à décla­rer : « le CCNE n’a pas le droit de juger de cette trans­for­ma­tion du désir en droit[112] », et le tour est joué. Le fait accompli.

N’étant pas un comi­té d’éthique, encore moins consul­ta­tif, nous avons le devoir de juger cette trans­for­ma­tion, qui enté­rine le pri­mat d’un indi­vi­dua­lisme mor­ti­fère sur le bien com­mun de l’humaine condi­tion. « Pour­quoi pro­tes­ter, puisque nous accor­der ce droit ne retire rien à vos propres droits ? », s’indignent les acti­vistes LGBT, tra­his­sant un indi­vi­dua­lisme qu’ils croient uni­ver­sel. N’imaginent même pas qu’on défende des idées supé­rieures à ses inté­rêts. Le désir de par­ti­cu­liers en mal d’enfant ne peut l’emporter sur le prin­cipe col­lec­tif de l’indisponibilité des personnes.

***

Les Chim­pan­zés du futur engendrent comme ils peuvent, avec leurs limites natu­relles ; les Machins du futur fabriquent leurs suc­ces­seurs comme ils veulent, dans les limites de la tech­no­lo­gie et de son pro­grès per­pé­tuel. Ils troquent la contrainte natu­relle, objec­tive et imper­son­nelle, pour l’asservissement au sys­tème tech­ni­cien et à ses pilotes. Ils croient ain­si s’émanciper, sans voir que l’emballement tech­no­lo­gique et l’imposition de nou­veaux pro­duits et nou­velles normes pro­voquent les dési­rs tou­jours renou­ve­lés de consom­ma­teurs envieux et plain­tifs. On entend déjà les lamen­ta­tions sur la pénu­rie de sperme — retour du réel et de cette fameuse « par­ti­ci­pa­tion mas­cu­line à tout pro­ces­sus repro­duc­tif » qu’il fau­drait taire. Les banques de gamètes ont du mal à four­nir la demande. La Bel­gique achète 90 % de son sperme au Dane­mark et le Cana­da se four­nit aux États-Unis. Voi­là qui pro­met de riches débats inter­sec­tion­nels sur la pro­ve­nance eth­nique du maté­riel repro­duc­tif. Pour­quoi pas le Congo ou le Mexique ? En France, les sté­riles, les les­biennes et les soli­taires redoutent la concur­rence ou la dis­cri­mi­na­tion. Tous attendent de l’État qu’il garan­tisse la dis­po­ni­bi­li­té du maté­riel, ou que la main invi­sible du mar­ché trouve la solu­tion : rému­né­ra­tion des don­neurs, cam­pagnes d’incitation à la soli­da­ri­té, import-export. Le pro­fes­seur Fréour, chef du ser­vice PMA du CHU de Nantes, aime­rait qu’on vise mieux la « cible de 20 mil­lions de can­di­dats poten­tiels[113] », c’est-à-dire d’hommes de 18 à 45 ans en bonne san­té, avec de meilleures cam­pagnes de pub. Fau­dra-t-il impo­ser le par­tage de nos gamètes ? (Équi­table, bien­veillant, res­pec­tueux, inclu­sif, etc.) Si l’on conti­nue de faire aux hommes ce que l’on fait aux ani­maux, quelques sources géné­tiques mâles sélec­tion­nées pour leur qua­li­té excep­tion­nelle ser­vi­ront à la fécon­da­tion de toutes les femelles. Mais bien sûr, la tech­no­lo­gie et les gamètes arti­fi­ciels résou­dront le problème.

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Vivre sans temps mort, jouir sans entrave. Ce fut le mot d’ordre de la grande Fête des hor­mones pour les enfants gâtés des Trente glo­rieuses. Cette géné­ra­tion d’héritiers libé­raux-liber­taires ne s’est rien refu­sé, ni la consom­ma­tion, ni la cri­tique de la consom­ma­tion[114]. Elle n’a d’ailleurs rien trans­mis à ses déshé­ri­tés, sinon l’intime convic­tion que tout leur était dû — et tout de suite. « L’at­tente — quel qu’en soit l’ob­jet — est tou­jours insup­por­table[115] », geint la séna­trice EELV Esther Ben­bas­sa. Les baby-boo­mers, ayant bruyam­ment rom­pu avec la géné­ra­tion pré­cé­dente, ont rom­pu avec l’idée même de géné­ra­tion. On savait déjà que chaque géné­ra­tion est un peuple nou­veau (Toc­que­ville). La trans­mis­sion des anciens aux novices est deve­nue into­lé­rable car « auto­ri­taire » et « ver­ti­cale ». En 1963, Shei­la fait l’un des tubes de la géné­ra­tion des copains en chantant :

Papa papa, papa, t’es plus dans l’coup papa 

Tu devrais ma parole, 

Retour­ner bien vite à l’école 

Révi­ser ton jugement 

Crois-moi ce serait plus prudent 

Les novices aujourd’hui « s’éduquent » entre eux (trans­mis­sion « hori­zon­tale ») et éduquent les anciens (retrans­mis­sion ver­ti­cale). Le lien géné­ra­tion­nel tis­sé par l’engendrement (la géné­ra­tion inin­ter­rom­pue du genre humain) perd son sens. L’avenir, ce sont des enfants sans nom­bril, dont nulle généa­lo­gie ne vient trou­bler l’autodétermination. Dom­mage que la géné­ra­tion spon­ta­née soit impossible.

L’exigence de léga­li­sa­tion du désir d’enfant tra­hit la volon­té de puis­sance pué­rile et des­truc­trice de l’individu-consommateur (alias « client roi », « enfant roi »). Le refus de toute règle, toute limite autre que « mon bon plai­sir », abo­lit toute vie en socié­té au pro­fit de négo­cia­tions inter­per­son­nelles où cha­cun défend au mieux son inté­rêt. Ce retour à la bar­ba­rie, c’est ce que la phi­lo­so­phie poli­tique nomme liber­ta­risme. On voit que le « com­bat d’avant-garde » des parents d’intention et de leurs alliés tech­no­crates macro­niens ne risque pas de per­tur­ber le tech­no­ca­pi­ta­lisme, ni la marche des choses.

Si l’éthique change au gré des dési­rs et si les dési­rs sont des droits, il n’y a nulle rai­son de refu­ser l’hybridation avec des dis­po­si­tifs « d’augmentation », ni cette « large marge de manœuvre dans le choix des moda­li­tés liées à leur épa­nouis­se­ment per­son­nel » que réclament les transhumanistes.

« Ce sont les tech­no­crates, enfin, à l’ère tech­no­lo­gique du capi­ta­lisme pla­né­taire uni­fié, qui construisent la machine à tout faire, évin­çant l’humain de sa propre repro­duc­tion après l’avoir évin­cé de toute pro­duc­tion. Eh quoi ! La paresse n’est-elle plus le moteur du pro­grès ? Tout le sens de l’histoire n’était-il pas d’aboutir à la toute-puis­sance ? À l’état d’heureux et génial fai­néant ser­vi par les machines et doté d’une rente per­pé­tuelle ? Devons-nous pleu­rer d’atteindre aux fins de l’homme ? Fi des jéré­miades judéo-chré­tiennes, de la rédemp­tion par la souf­france et le tra­vail, de la mora­line de l’effort et du devoir — au nom de quelle trans­cen­dance, je vous prie ? De quelle nos­tal­gie rance et réac­tion­naire ? Comme le disent les “anar­chistes galac­tiques”, nous qui dési­rons sans fin, nous n’avons que des droits et nous les avons tous. L’activité humaine ayant réa­li­sé l’utopie de l’abondance et de l’oisiveté assis­tée par ordi­na­teur se livre­ra tout entière à la créa­tion et à l’invention de dési­rs nou­veaux. L’émancipation est une galaxie en expan­sion accé­lé­rée, illi­mi­tée. Elle s’impose à la vitesse des accé­lé­ra­tions tech­no­lo­giques qu’elle ins­pire et qui la réa­lisent en retour. Les obs­cu­ran­tistes peuvent bien s’opposer au pro­grès, ils ne peuvent l’arrêter quand le fait accom­pli bou­le­verse sans phrase l’ordre éta­bli, abo­lis­sant du même coup les normes oppres­sives et les pos­si­bi­li­tés d’opposition. Eux-mêmes, alors, doivent chan­ger ou dis­pa­raître. Nous serons bien­tôt des machines à vivre supé­rieures, inté­grées à la machine uni­ver­selle, au fonc­tion­ne­ment opti­mal et per­pé­tuel, et dotées de ces pou­voirs que les reli­gions attri­buaient aux dieux. Il nous faut cepen­dant, fran­chir d’abord le dur détroit des cir­cons­tances[116]. »

Seule la pen­sée des limites et de la mesure peut nous pré­ser­ver des ravages de la volon­té de puis­sance. Une pen­sée capable de trans­muer la vio­lence des dési­rs, non en pou­voir de produire/détruire le monde et nous-mêmes, mais en subli­ma­tion sym­bo­lique (art, récits, mythes) : l’autre spé­ci­fi­ci­té des humains. Nous avons le choix. Tra­ver­ser les océans d’un coup d’avion low cost et télé­char­ger les cata­logues de labo­ra­toires de bébés d’un clic, ou pen­ser et vivre contre notre temps et « se satis­faire du néces­saire » comme l’ours Baloo[117]. L’appel à l’auto-limitation relève d’abord de l’instinct de conservation.

***

12- Mère-Machine s’occupera de tout (maternage et infantilisme technologiques)

Ayant réduit la ges­ta­tion à un dis­po­si­tif sépa­ré et tech­ni­fié, il est logique de la confier aux machines. Tant qu’on nous rédui­ra à l’état de robots, les robots nous rédui­ront à néant. Les cou­veuses arti­fi­cielles rem­pla­ce­ront bien­tôt les cou­veuses humaines, ache­vant la volon­té tech­ni­cienne d’extérioriser le pro­ces­sus de ges­ta­tion, déjà à l’œuvre avec les écho­gra­phies « de contrôle » et le moni­to­ring élec­tro­nique du fœtus.

Le post­hu­main pous­se­ra en bocal, à l’image de cet agneau grand pré­ma­tu­ré dont une équipe de Phi­la­del­phie a réus­si, fin avril 2017, à assu­rer la ges­ta­tion en uté­rus arti­fi­ciel (un « bio­bag »), appa­rem­ment sans séquelles[118]. La même équipe annonce des dis­cus­sions avec les auto­ri­tés amé­ri­caines pour com­men­cer à tes­ter des uté­rus arti­fi­ciels avec des embryons humains d’ici deux ans[119]. Les tra­vaux de Helen Hung-Ching Liu à l’Université Cor­nell à New York, montrent la pos­si­bi­li­té d’implanter un embryon dans une cavi­té arti­fi­cielle cou­verte de cel­lules endo­mé­triales (qui tapissent la paroi de l’utérus). Il ne reste qu’à relier les deux phases de la ges­ta­tion — le début et la fin.

VRP de l’homme-machine à la mau­vaise joie la plus gros­sière, le jour­na­liste de Libé­ra­tion Luc Le Vaillant en braille d’extase :

« Tout ce qui est scien­ti­fi­que­ment pos­sible sera réa­li­sé. Il ne sert à rien d’interdire, cela crée de la fric­tion et de la délin­quance là où il n’y a que désir d’imitation nor­ma­li­sée. Et puis, ce trans­hu­ma­nisme en ges­ta­tion me fas­cine plus qu’il ne m’affole. Cela m’exalte, ce monde faus­tien qui invente de nou­veaux corps. Les anti-GPA font sou­vent le paral­lèle avec le tra­fic d’organes. Qu’ils cessent de dra­ma­ti­ser ! Infer­ti­li­té ou soins, la meilleure réponse sera tech­no­lo­gique. Demain, les répliques façon cœur Car­mat seront plus per­for­mantes que les trans­plan­ta­tions du vivant. Et l’utérus arti­fi­ciel fini­ra par rem­pla­cer les pres­ta­tions humaines[120]. »

C’est bien ce qu’espèrent eugé­nistes et tech­no-fémi­nistes, en rai­son de leur haine du corps, cette gue­nille répu­gnante. Comme le dit Joseph Flet­cher, expert en éthique bio­mé­di­cale d’Harvard : « Nous réa­li­sons que l’utérus est un endroit obs­cur et dan­ge­reux, un milieu plein de périls. Nous devons sou­hai­ter que nos enfants poten­tiels se trouvent là où ils peuvent être sur­veillés et pro­té­gés autant que pos­sible[121]. »

Voi­là qui rap­pelle le dégoût miso­gyne de la nais­sance : « Inter faeces et uri­nam nas­ci­mur[122] » (nous nais­sons par­mi les fèces et l’urine). Dégoût par­ta­gé par la fémi­niste amé­ri­caine Shu­la­mith Fires­tone dans The Dia­lec­tic of Sex (1970) : « Child­birth is like shit­ting a pump­kin » (accou­cher est comme chier une citrouille), écrit-elle gracieusement.

Les tech­no-fémi­nistes reven­diquent l’ectogenèse au nom de l’égalité, bien sûr. Dans la lignée de Fires­tone, Mar­ce­la Iacub affiche sa haine du charnel :

« Le père et la mère auront la même dis­tance à l’égard de l’enfant, qui aura sûre­ment plus de faci­li­té à deve­nir auto­nome. Il y a actuel­le­ment une sacra­li­sa­tion du ventre et de l’accouchement, à mon avis très pré­ju­di­ciable aux femmes[123]. »

Autre dis­ciple de Fires­tone, la « Mutante » Peg­gy Sastre renchérit :

« Les femmes ne feront rien dans la vie tant qu’elles auront un uté­rus (…) La marche vers l’é­ga­li­sa­tion des sexes est un phé­no­mène récent, ouvert par la dé-phy­si­ca­tion des modes de pro­duc­tion ren­tables et effi­caces. Cepen­dant, tant que la femme conti­nue­ra à por­ter dans son corps la repro­duc­tion humaine, les termes seront en déca­lage. Les Mutantes entendent donc par la désu­té­ri­ni­sa­tion de la femme, rendre pos­sible le rat­tra­page[124]. »

Peg­gy Sastre s’exprime aujourd’hui sous son nom dans la presse pour pro­mou­voir l’ectogenèse : « Les femmes ne pour­ront pas connaître de véri­table auto­no­mie tant qu’elles n’auront pas la pos­si­bi­li­té de s’en débar­ras­ser (NdA : « de la gros­sesse et de l’élevage des enfants »)[125] », dit-elle à Cau­seur, dans un dos­sier sur le trans­hu­ma­nisme. La même par­ti­cipe au site des scien­tistes de l’Association fran­çaise pour l’information scien­ti­fique[126] (Afis), qui défend les inté­rêts de la techno-industrie.

On entend la même reven­di­ca­tion dans la bouche de Chloé, « fémi­niste » liber­taire ou assi­mi­lée, qui mange bio, reven­dique le droit d’avoir des enfants et de « dis­po­ser de son corps » sans souf­frir les contraintes de la gros­sesse : « Je veux pou­voir sor­tir le soir, boire et ne pas avoir mal au dos ». Elle est sou­te­nue dans ce com­bat éman­ci­pa­teur par le bio­lo­giste Hen­ri Atlan, défen­seur de l’ectogenèse :

« Très vite, la ges­ta­tion extracor­po­relle devien­dra la norme. Les pra­tiques de « mères por­teuses » et de PMA en-dehors des struc­tures fami­liales recon­nues par la socié­té ont déjà rom­pu le lien immé­mo­rial entre un bébé et la femme qui l’a por­té. […] L’ectogenèse […] fran­chi­ra un nou­veau seuil. […] L’utérus arti­fi­ciel achè­ve­ra la libé­ra­tion sociale des femmes en les ren­dant égales aux hommes devant les contraintes phy­sio­lo­giques inhé­rentes à la pro­créa­tion[127]. »

Je dirais même plus, l’utérus arti­fi­ciel ren­dra les hommes égaux aux femmes en leur per­met­tant de pro­créer sans elles. Nous serions tel­le­ment plus égaux si les autres n’existaient pas. Les sexistes, fémi­nistes et machistes, tirent avan­tage de cette pro­créa­tique pour se repro­duire sans l’autre sexe, réa­li­sant ain­si leurs aspi­ra­tions mythiques et archaïques (Ama­zones, rites de cou­vade, etc).

Hen­ri Atlan :

« La mater­ni­té dans les condi­tions d’une ecto­ge­nèse devien­drait très proche de la pater­ni­té […] La dif­fé­rence des sexes dans la pro­créa­tion et la filia­tion aura dis­pa­ru en tant que don­née de la nature immé­dia­te­ment perçue. »

Der­rière les pro­cla­ma­tions éga­li­taires, l’ectogenèse sert d’abord la volon­té de maî­trise des pro­ces­sus spon­ta­nés d’engendrement. L’idée est ancienne. Elle a été for­mu­lée dès le XVIe siècle par le méde­cin suisse Para­celse, qui se pré­ten­dait capable de fabri­quer « un homme arti­fi­ciel sans âme, dans un uté­rus arti­fi­ciel[128] ». Le mot fut créé par le géné­ti­cien anglais John B.S Hal­dane dans un ouvrage de 1924 où il décri­vait les « test tube babies[129] » (bébés-éprou­vettes) qui ins­pi­rèrent Le Meilleur des Mondes huit ans plus tard.

Ce mater­nage machi­niste vite trans­mué en matriar­cat machi­niste, entraîne la régres­sion infan­tile, la cas­tra­tion des humains (hommes et femmes) réduits ad vitam à l’état d’avortons. En fait d’« aug­men­ta­tion » et d’amélioration, la machi­na­tion dégrade et dimi­nue l’humain, muti­lé de ses déci­sions et facul­tés. Le mater­nage machi­niste gra­ti­fie ses pièces, membres et par­ties, d’une prise en charge totale et les sou­lage du far­deau de la vie auto­nome. Déli­vrés de la fatigue d’être soi, ils sont, de leur mise en ser­vice à leur mise hors ser­vice, fonc­tion­nel­le­ment inté­grés à la machine à fonc­tion­ner, dont la fonc­tion ultime, sinon unique, est de s’auto-perpétuer.

Le machin dans la machine, membre de l’eusociété, du super­or­ga­nisme cyber­né­tique, maillon d’un filet inex­tri­cable, retrouve ce que Romain Rol­land nom­mait « le sen­ti­ment océa­nique » de la fusion avec le Grand Tout. Déli­vré du Père, ce monstre archaïque qui le sépa­rait de sa mère, l’infantile ne quitte plus son grand Tout mater­nel afin de deve­nir lui-même, sa propre per­sonne, et d’affronter le monde extérieur.

Le contrat tech­no-social est un mar­ché de dupe. Croyant s’affranchir, l’individu s’asservit. Croyant domi­ner, il obéit. Quand on uti­lise les moyens tech­no­lo­giques, on donne le pou­voir aux tech­no­crates. Quand on uti­lise les moyens bio­tech­no­lo­giques, on donne le pou­voir aux bio­crates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pou­voir à la Mère-Machine[130].

***

En conclu­sion, lais­sons la parole à Alexandre Via­latte, qui voi­ci un demi-siècle, en juin 1968 et à l’aube d’un âge nou­veau dans le pro­grès des mœurs et des tech­niques, évo­quait les anciennes et nou­velles manières d’enfanter :

« Résu­mons-nous. La femme a joué de tout temps un rôle très impor­tant dans la sur­vie de l’espèce humaine. Tout homme, sans elle, serait un orphe­lin. Par son ins­tinct, par son génie par­ti­cu­lier, pen­dant de longs siècles d’ignorance et de tâton­ne­ment, où l’information fai­sait défaut, elle a su pro­lon­ger la race jusqu’à nos jours où “l’éducation sexuelle”, deve­nue enfin scien­ti­fique et pro­pa­gée par des moyens “audio­vi­suels”, assure l’homme d’une pos­té­ri­té. Il est facile aujourd’hui de se moquer. Mais qu’on songe à l’époque, récente, où sans radio et sans télé­vi­sion, l’homme devait assu­rer par ses propres moyens l’avenir de toute la race humaine. Sans la femme il n’eut jamais pu[131]. »

Pièces et main d’œuvre

Gre­noble, 23 sep­tembre 2019


Lire aus­si :

  • Mani­feste des Chim­pan­zés du futur contre le trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre (Edi­tions Ser­vice com­pris, 2017)
  • De la popul­lu­la­tion, Pièces et main d’œuvre (2004). Pièce déta­chée n°8 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • La sté­ri­li­té pour tous et toutes ! Alexis Escu­de­ro (2014). Pièce déta­chée n°63 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Au bazar du beau bébé, Alexis Escu­de­ro (2014), sui­vi de L’Homme d’aujourd’hui, Pierre Gérard et Hen­ri Mora (2001). Pièce déta­chée n°64 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • De la repro­duc­tion du bétail humain, Alexis Escu­de­ro (2014), sui­vi de La repro­duc­tion arti­fi­cielle des ani­maux non-humains, par Un auteur de Mou­ton 2.0, (2014) et Pour­quoi ? Erwin Char­gaff (2001). Pièce déta­chée n°65 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Les crimes de l’égalité, Alexis Escu­de­ro (2014), sui­vi de Contre La Manif pour Tous, contre le Col­lec­tif pour le res­pect de la per­sonne, contre la repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’humain, A. Escu­de­ro & Pièces et main d’œuvre (2014). Pièce déta­chée n°66 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Ceci n’est pas une femme. À pro­pos des tor­dus « queer », Pièces et main d’œuvre (2015), Pièce déta­chée n°67 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Ecra­sons l’infâme. Le culte de la Mère Machine et la matrice reli­gieuse du trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre, 2017. Pièces déta­chées n°82/82’ et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • La fabri­ca­tion des humains, Fran­çoise Col­lin, 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Le pro­jet Man­hat­tan de repro­duc­tion, Gena Corea, 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Le fil rouge, des théo­ries de Gal­ton aux sondes d’ADN, Nadine Fres­co, 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com

Glossaire

Nov­langue de la repro­duc­tion artificielle 

Auto­con­ser­va­tion des ovocytes

Pra­tique des­ti­née à repous­ser l’âge de la gros­sesse en gar­dant ses œufs au frais. Au congé­la­teur, ne pas confondre « le pois­son pané et les enfants pas nés » (Blanche Gardin).

Bioé­thique, bioéthicien

Domaine d’expertise des­ti­né à rendre légaux les bou­le­ver­se­ments impo­sés par les cher­cheurs tech­no-scien­ti­fiques. Exige une bonne condi­tion phy­sique (course rapide) et une solide impu­dence. Voir les per­for­mances du pré­sident du Comi­té consul­ta­tif natio­nal d’éthique, Jean-Fran­çois Del­frais­sy. Les trans­hu­ma­nistes comptent nombre de bioé­thi­ciens, par­mi les­quels James Hughes, Julian Savu­les­cu, Joseph Fletcher.

Désu­té­ri­ni­sa­tion

Pro­jet d’émancipation fémi­nine par la sup­pres­sion des organes fémi­nins. Conçu sur le modèle de l’émancipation des peuples par la sup­pres­sion des peuples. Les uns et les autres étant rem­pla­cés par des machines.

Don­neurs de gamètes

Objets de toutes les atten­tions, four­nissent leur sperme, leurs ovules et leur ADN aux néces­si­teux pour des motifs par­fois obs­curs. Selon les pays, rému­né­rés ou non, ano­nymes ou non. Le don de sperme se fait à la main, il est sans dou­leur, durable, sou­te­nable et renou­ve­lable plus de 120 fois comme le prouve le « don­neur pri­vé » néer­lan­dais Ed Hou­ben[132]. Le don d’ovocytes à l’inverse néces­site une inter­ven­tion médi­cale lourde et dou­lou­reuse. Scan­da­leuse discrimination.

Droit à se reproduire

Ne pas confondre avec droit à l’enfant, contraire à la digni­té et à l’inaliénabilité de la per­sonne humaine. Le droit à se repro­duire est natu­rel, légi­time et pris en charge par la socié­té par le tru­che­ment de pro­cé­dures tech­no­lo­giques garan­ties à tous­sé­toutes par la loi. Cepen­dant, des pro­grès res­tent à faire, la pédo­pho­bie domi­nante dans nos socié­tés empê­chant tou­jours les pré­pu­bères de se repro­duire. Variantes : droit de fon­der une famille ; droit au désir d’enfant.

Embryons sur­nu­mé­raires

Embryons obte­nus par fécon­da­tion in vitro et non implan­tés. Sto­ckés au congé­la­teur (voir « Vitri­fi­ca­tion ») en attente de pro­jet paren­tal, de don, d’expériences pour la recherche ou de des­truc­tion. Exemples : Eddy et Nel­son, 6 ans, les jumeaux de Céline Dion, pro­duits le même jour que leur grand frère et décon­ge­lés après huit ans de gla­cière. Leur maman les aime tel­le­ment qu’elle dort avec eux.

Fan­tômes de la république

Enfants issus de la loca­tion illé­gale d’un uté­rus à l’étranger et otages de parents délin­quants. Exemple : les jumelles Men­nes­son, com­man­dées aux États-Unis. Valen­ti­na, 18 ans, a publié ses mémoires de bébé pro­dige por­té par une « ges­ta­trice » amé­ri­caine. Le refus de son ins­crip­tion à l’état civil fran­çais est un pro­blème : « Je ne pour­rai pas héri­ter[133] », pro­teste-t-elle. Elle étu­die l’économie et le mana­ge­ment à Londres, ce qui prouve que les fan­tômes aus­si, peuvent deve­nir de bons mana­gers. Ses parents ont d’ailleurs fon­dé le Comi­té de sou­tien pour la léga­li­sa­tion de la GPA et l’aide à la repro­duc­tion assis­tée (Cla­ra) avec le spon­so­ring de « Extra­or­di­na­ry Concep­tions[134] », une agence cali­for­nienne de devi­nez-quoi. Le sens du busi­ness, ce n’est pas génétique.

Gamètes arti­fi­ciels

Sper­ma­to­zoïdes et ovo­cytes pro­duits in vitro à par­tir de cel­lules souches plu­ri­po­tentes induites ou de cel­lules souches embryon­naires. Moyens de repro­duc­tion asexuée, per­met­tant de se pas­ser de don­neurs, de pro­duire des embryons en nombre illi­mi­té, et de pro­duire à la chaîne des géné­ra­tions suc­ces­sives d’embryons en évi­tant le stade « indi­vi­du » et tous les frais affé­rents (édu­ca­tion, san­té, chômage).

GPA éthique

Oxy­more (comme « déve­lop­pe­ment durable », « entre­prise citoyenne », « com­merce équi­table », « obs­cure clar­té », « roue car­rée ») pré­ten­dant que la loca­tion de son uté­rus aux fins de four­nir un enfant à d’autres serait pos­sible gra­tui­te­ment (moyen­nant défraie­ment) et sans lien de subor­di­na­tion. Si votre mère insiste pour por­ter votre enfant, pré­voir les frais de psy­cha­na­lyse pour l’enfant. Le père de la GPÀ éthique est ce bour­geois gen­til­homme qui n’était point mar­chand mais don­nait de l’étoffe à ses amis pour de l’argent.

Mater­ni­té de substitution

Ten­ta­tive d’euphémisme pour « ges­ta­tion pour autrui ». Encore un effort : on sug­gère « Mater­ni­té pour autrui », insur­pas­sable de sen­ti­men­ta­lisme sirupeux.

Parents d’intention

Soyez concen­trés. Ne pas confondre « parents », « parents sociaux », « géni­teurs » et « parents d’intention ». Les parents d’intention qui dési­rent éle­ver l’enfant sépa­ré­ment ou en plu­ri­pa­ren­ta­li­té — en coopé­ra­tive d’élevage mais non en coha­bi­ta­tion — sont nom­més « copa­pas » et « coma­mans ». Enfin, ils co-workent.

Pro­jet parental

Syno­nyme d’« enfant à venir ». Éla­bo­rer un pro­jet paren­tal néces­site un plan d’action et de finan­ce­ment, une étude de mar­ché, une vali­da­tion juri­dique, des col­la­bo­ra­teurs, un dis­po­si­tif tech­no­lo­gique. Sans pro­jet paren­tal, l’embryon conge­lé est une « matière vivante » dis­po­nible, par exemple, pour la recherche. Avec pro­jet paren­tal, il porte les attentes de ses concep­teurs et doit four­nir des garan­ties de qua­li­té. Un enfant né par inad­ver­tance ne peut se pré­va­loir d’un pro­jet parental.

Sté­ri­li­té sociale

Désigne le com­plot hété­ro­sexuel des­ti­né à empê­cher deux indi­vi­dus de même sexe de se repro­duire, afin de pré­ser­ver les inté­rêts et le mono­pole repro­duc­tif du pou­voir hété­ro­nor­mé. Se dit aus­si à pro­pos des per­sonnes dési­reuses de se repro­duire sans rela­tions sexuelles, vic­times de la socié­té coï­to­nor­mée. Syno­nyme : infer­ti­li­té culturelle.

Tech­nique de repro­duc­tion hétérosexuelle

Intro­duc­tion d’un sexe mâle dans un sexe femelle per­met­tant la fécon­da­tion d’un ovule par un sper­ma­to­zoïde et la for­ma­tion d’un embryon. Tech­nique remon­tant à la plus haute Anti­qui­té, conçue pour empê­cher les indi­vi­dus de même sexe de se repro­duire. Il fau­dra attendre le XXIe siècle pour que le com­plot soit révé­lé. (Voir « sté­ri­li­té sociale »)

Vitri­fi­ca­tion

Tech­nique moderne de conser­va­tion des embryons obte­nus par fécon­da­tion in vitro. À l’inverse de la congé­la­tion, lente et favo­ri­sant la for­ma­tion de cris­taux de glace intra et extra-cel­lu­laires, la vitri­fi­ca­tion est ultra-rapide et sans cris­taux. On déshy­drate l’embryon et on rem­place l’eau de ses cel­lules par des sub­stances cryo­pro­tec­trices à concen­tra­tion éle­vée, avant de l’immerger dans l’azote liquide à ‑196°.

Ne pas confondre avec la cryo­gé­ni­sa­tion, des­ti­née à conser­ver les trans­hu­ma­nistes morts jusqu’à leur résur­rec­tion technologique.


Notes et références

  1. Jean-Fran­çois Del­frais­sy, entre­tien avec Valeurs actuelles, 3/03/18
  2. Cf. « Inno­va­tion scien­ti­freak : la bio­lo­gie de syn­thèse », F. Gaillard, in Sous le soleil de l’innovation, rien de nou­veau ! Pièces et main d’œuvre, L’Echappée, 2013
  3. A. Pichot, La socié­té pure. De Dar­win à Hit­ler (Flam­ma­rion, 2000)
  4. J. Hux­ley, L’Homme, cet être unique [1941], trad. fr. Oreste Zeluck (éd.), 1948
  5. J.Huxley, L’Évolution en action (1951 — PUF, 1956)
  6. Idem
  7. Cf. Pièces et main d’œuvre, Mani­feste des Chim­pan­zés du futur contre le trans­hu­ma­nisme (Ser­vice com­pris, 2017)
  8. www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/salif-keita-denonce-le-sort-tragique-des-albinosvendus-en-pieces-detachees_3056963.html
  9. Cf. Bilan annuel 2017 de l’Agence fran­çaise de bio­mé­de­cine
  10. J.-L Tou­raine, jan­vier 2019
  11. J. Savu­les­cu, « The phi­lo­so­pher who says we should play God », Nau­ti­lus, 3/09/15. Notre tra­duc­tion.
  12. Rap­port de la mis­sion d’information sur la révi­sion de la loi bioé­thique, JL Tou­raine, jan­vier 2019
  13. F. Col­lin, « La fabri­ca­tion des humains », 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  14. F. Engels, De l’autorité, 1872
  15. Agnès Buzyn, audi­tion devant la com­mis­sion spé­ciale bioé­thique, Assem­blée natio­nale, 9/09/19
  16. Cf. J. Haber­mas, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugé­nisme libé­ral ? (Gal­li­mard, 2001)
  17. J. Haber­mas, op. cité
  18. Avis n°129 du CCNE rela­tif à la révi­sion de la loi de bioé­thique 2019. Nous sou­li­gnons.
  19. Cer­ti­fi­ca­tions de qua­li­té déli­vrées par des orga­nismes spé­cia­li­sés, en France, l’AFNOR
  20. Audi­tion devant la com­mis­sion « loi de bioé­thique », 30/08/19, www.lcp.fr
  21. Cf. « GPA, PMA : le busi­ness des ovo­cytes », repor­tage de Zone inter­dite, M6
  22. Vote en com­mis­sion dans la nuit du 11 au 12 sep­tembre 2019
  23. Tract « Ensemble, disons NON au mar­ché de la pro­créa­tion », dis­tri­bué à Gre­noble, juin 2018. L’appel à mani­fes­ter contre la loi de bioé­thique le 6 octobre 2019 est signé par Les Familles plu­mées, Trace la Route, Col­lec­tif pour le Res­pect de la méde­cine, les Asso­cia­tions fami­liales catho­liques, l’Institut Famille et Répu­blique, Sen­ti­nelles, Comi­té pro­tes­tant évan­gé­lique pour la digni­té humaine, la Fédé­ra­tion natio­nale de la médaille de la famille fran­çaise, Les Veilleurs Géné­ra­tions à venir, Les Éveilleurs, La Manif pour Tous, Maires pour l’enfance, Agence euro­péenne des adop­tés, Vigie Gen­der, Alliance Vita, La voix des sans père
  24. Le Dau­bé, 20/03/18
  25. P. Ray, cité dans le rap­port annuel 2017 de l’Agence fran­çaise de bio­mé­de­cine
  26. Ins­ti­tut d’éthique bio­mé­di­cale de l’université de Zürich, « Le diag­nos­tic pré­im­plan­ta­toire dans les légis­la­tions des pays euro­péens : sommes-nous sur une pente glis­sante ? », in Bioe­thi­ca Forum, 2008, vol. 1, n° 2
  27. G. Corea, The Mother Machine. Repro­duc­tive Tech­no­lo­gies from Arti­fi­cial Inse­mi­na­tion to Arti­fi­cial Wombs, Har­per & Row Publi­shers, 1985
  28. G. Corea, Confé­rence inter­na­tio­nale FINNRET, Lund, Suède, juillet 1985
  29. Tri­bune parue dans Le Monde, 17/03/16
  30. G. Stock, « Le choix ger­mi­nal est iné­luc­table ! », entre­tien avec lesmutants.com.
  31. Elle a notam­ment ven­du 60 mil­lions de dol­lars l’accès à sa base de don­nées à Genen­tech, filiale de Roche, en 2015, pour une étude sur la mala­die de Par­kin­son.
  32. www.nouvelobs.com/monde/20140110.OBS1978/comment-la-chine-fabrique-ses-futurs-genies.html
  33. Audi­tion devant la com­mis­sion « loi de bioé­thique », 30/08/19, www.lcp.fr
  34. « Euge­nics 2.0 : We’re at the Dawn of Choo­sing Embryos by Health, Height, and More », MIT Tech­no­lo­gy Review, nov. 2017. Notre tra­duc­tion.
  35. Nick Bos­trom, Super intel­li­gence, Dunod 2017
  36. « Dans la fabrique des bébés OGM », Cour­rier Inter­na­tio­nal, hors-série mai-juillet 2019
  37. www.sciencesetavenir.fr/sante/genetique-un-biologiste-voudrait-lui-aussi-creer-des-bebes-crispr_134478
  38. Cel­lules qui ne pro­viennent pas d’un embryon et qui sont capables de se mul­ti­plier indé­fi­ni­ment ain­si que de se dif­fé­ren­cier en tous les types de cel­lules qui com­posent l’organisme.
  39. Idem
  40. « Géné­rer le gamète mâle et femelle à par­tir de cel­lules souches plu­ri­po­tentes humaines : est-ce pos­sible ? », revue Méde­cine de la Repro­duc­tion, Gyné­co­lo­gie Endo­cri­no­lo­gie, 2011 41 Rap­port du 14/09/19, http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta-commission/r2243-a0.asp
  41. Rap­port du 14/09/19, http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta-commission/r2243-a0.asp
  42. Cf. https://www.nature.com/articles/d41586-019–02275‑3 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  43. The End of Sex and the Future of Human Repro­duc­tion, H. Gree­ly, Har­vard Uni­ver­si­ty Press, 2016
  44. Cf. « The next sexual revo­lu­tion will hap­pen in a lab, not a bed », 9/04/18, entre­tien sur www.macleans.ca
  45. « In vitro Euge­nics », Jour­nal of Medi­cal Ethics, 2014, cité par le trans­hu­ma­niste Ber­nard Baert­schi, membre du comi­té d’éthique de l’Inserm, in De l’humain aug­men­té au post­hu­main. Une approche bioé­thique, Vrin, 2019
  46. N. Bos­trom & C. Shul­man, « Embryo Selec­tion for Cog­ni­tive Enhan­ce­ment : Curio­si­ty or Game­chan­ger ? », Future of Huma­ni­ty Ins­ti­tute, Oxford, www.nickbostrom.com
  47. www.slate.fr/story/169437/gametes-in-vitro-procreation-medicalement-assistee-pma-parents-meme-sexe
  48. « Si vous vous sou­ciez de l’avenir de notre espèce, vous devriez vous sou­cier de ça » :https://law.stanford.edu/directory/henry-t-greely/#slsnav-featured-video
  49. J. Hughes, transhumanistes.com/archives/800
  50. G. Anders, L’Obsolescence de l’homme, Ency­clo­pé­die des nui­sances, 2002
  51. Aris­tote, La Phy­sique
  52. Mar­ta Spran­zi, « La PMA pour tous ou le triomphe de la nature », Libé­ra­tion, 15/10/17
  53. M. Gau­chet, « L’individu pri­va­ti­sé », 2007, http://gauchet.blogspot.fr
  54. Cf. Revue médi­cale suisse, https://www.revmed.ch/RMS/2002/RMS-2391/701
  55. J. Haber­mas, L’avenir de la nature humaine, op. cité.
  56. J. Hughes « Embra­cing change with all four arms : A post-huma­nist defense of gene­tic engi­nee­ring », inEubios Jour­nal of Asian and Inter­na­tio­nal Bioe­thics (1996), p. 94–101
  57. Nick Bos­trom, « A Trans­hu­ma­nist Pers­pec­tive on Human Gene­tic Enhan­ce­ments »
  58. Europe 1, 27/08/19
  59. Le Monde, 13/04/18
  60. http://www.lefigaro.fr, 26/01/18
  61. Réseau fémi­niste inter­na­tio­nal de résis­tance aux tech­niques de repro­duc­tion et à l’in­gé­nie­rie géné­tique, Décla­ra­tion de Comil­la, Ben­gla­desh (1989), www.finrrage.org. Voir le Mani­feste des Chim­pan­zés du futur contre le trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre (Edi­tions Ser­vice com­pris, 2017)
  62. www.sos-homophobie.org
  63. « Je ne vois pas en quoi la PMA serait un “pro­grès” », entre­tien avec Le Figa­ro, 08/07/16
  64. Libé­ra­tion 26/10/15
  65. Selon Le Monde, 29 juillet 2017. B. Pre­cia­do, Tes­to Jun­kie. Sexe, drogue et bio­po­li­tique, Gras­set, 2008
  66. Libé­ra­tion, 23/09/13
  67. J. Hugues, « Citi­zen Cyborg ou Le trans­hu­ma­nisme démo­cra­tique 2.0 », sur http://transhumanistes.com/quest-ce-que-le-transhumanisme-democratique/
  68. Conseil d’État, Avis sur le pro­jet de loi rela­tif à la bioé­thique, 18/07/19. C’est nous qui sou­li­gnons.
  69. Par­mi les couples qui ont recours à la PMA, 15 % ne souffrent d’aucune patho­lo­gie, selon l’Étude d’impact du pro­jet de loi rela­tif à la bioé­thique, Assem­blée natio­nale, juillet 2019
  70. Le Dau­bé, 27/08/19
  71. Cf. Un bébé, mais pas à tout prix. Les des­sous de la méde­cine de repro­duc­tion, Bri­gitte-Fan­ny Cohen (Lat­tès, 2001)
  72. www.gouvernement.fr/partage/11107-facebook-live-du-24-juillet-2019-sur-le-projet-de-loi-bioethique
  73. « PMA pour toutes : le consen­sus existe déjà ! », D. Borillo, Libé­ra­tion, 6/06/18
  74. Eli­sa­beth Schem­la, Les homos sont-ils des hété­ros comme les autres ? L’Observatoire, 2017
  75. Libé­ra­tion, 1/08/19
  76. L’Obs, 15/03/18
  77. www.telegraph.co.uk/science/2016/06/05/britons-are-having-less-sex-and-game-of-thrones-could-be-toblam/
  78. « Declines in Sexual Fre­quen­cy among Ame­ri­can Adults, 1989–2014 », Archives of Sexual Beha­vior, nov. 2017, https://link.springer.com/article/10.1007/s10508-017‑0953‑1
  79. Citée in « L’utopie cyborg. Réin­ven­tion de l’humain dans un futur sur-tech­no­lo­gique », M. Gru­gier, revue Qua­si­mo­do, n°7, 2003
  80. Cf. Mirage gay à Tel Aviv, J. Stern, Liber­ta­lia, 2017
  81. https://collectif-corp.com/2019/09/20/reponse-a-m-fogiel-suite-a-son-livre-quest-ce-quelle-a-ma-famille/
  82. L’Obs, 15/03/18
  83. L’Obs, 15/03/18
  84. Le Dau­bé, 20/09/19
  85. https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-sante/20130703.RUE7450/ce-que-transmet-une-femme-a-unembryon-qui-n-est-pas-le-sien.html
  86. Cf. http://claradoc.gpa.free.fr/index.php?page=experts
  87. Idem
  88. L’Obs, 15/03/18
  89. « PMA : pas de père, pas d’inquiétude », Libé­ra­tion, 5/07/17
  90. Cf. « Pro­créa­tion : beau­coup de bruit pour rien », art. cité
  91. L’Obs, 15/03/18
  92. Ter­ra Nova, « Accès à la paren­té : assis­tance médi­cale à la pro­créa­tion et adop­tion », 2010
  93. http://www.stophomophobie.com
  94. Cf. Marc-Oli­vier Fogiel, Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? Gras­set, 2018
  95. Pho­to, Libé­ra­tion, 1/08/19
  96. Act-Up, Aides, Bi’Cause, le CAELIF, le Col­lec­tif Fémi­nistes Révo­lu­tion­naires, les efFRONTé-e‑s,FièrEs, du GLUP, l’Inter-LGBT, le MAG Jeunes LGBT, le Plan­ning Fami­lial et SOS homo­pho­bie
  97. Mais nous payons pour les vôtres
  98. Syl­viane Aga­cins­ki, L’homme dés­in­car­né. Du corps char­nel au corps fabri­qué, Gal­li­mard, juin 2019
  99. Mar­ce­la Iacub « L’Em­pire du ventre », http://www.lesmutants.com/iacubentretien.htm
  100. Cf. Un bébé, mais pas à tout prix, op. cité
  101. L’empire cyber­né­tique. De la machine à pen­ser à la pen­sée-machine, C. Lafon­taine, Seuil, 2004
  102. Cf. David Le Bre­ton, L’adieu au corps, Métai­lié, 1999
  103. https://ieet.org/index.php/IEET2/more/roux20131024
  104. « Obso­lete Body », http://www.stelarc.va.com
  105. Le Monde, 13/04/18
  106. Au sens juri­dique : « limi­ta­tion des pos­si­bi­li­tés d’interaction avec l’environnement et de par­ti­ci­pa­tion à la vie de la socié­té, en rai­son de l’altération d’une fonc­tion »
  107. A l’attention des mal­com­pre­nants : inutile de gla­pir, ceci n’est pas un amal­game entre enfants et chiens, mais la com­pa­rai­son entre la prise en charge de deux types de han­di­caps.
  108. Qué­bec Science, 18/05/17
  109. Cf. La guerre au vivant, Jean-Pierre Ber­lan & alii. Agone, 2001
  110. Etude d’impact du pro­jet de loi rela­tif à la bioé­thique, Assem­blée natio­nale, juillet 2019. Nous sou­li­gnons.
  111. Audi­tion devant la com­mis­sion « loi de bioé­thique », 30/08/19, www.lcp.fr
  112. Entre­tien avec Valeurs actuelles, 3/03/18
  113. Libé­ra­tion, 21–22/09/19
  114. Cf. Michel Clous­card, Le Capi­ta­lisme de la séduc­tion, 1981, Jean Bau­drillard, La Socié­té de consom­ma­tion, 1970
  115. E. Ben­bas­sa, « PMA : non, les éco­lo­gistes ne renon­ce­ront pas ! », Huf­fing­ton Post, 05/05/14
  116. Y. Blanc, Dans l’homme tout est bon (Homo homi­ni por­cus), Sens & Ton­ka, 2016
  117. Cf. Le livre de la jungle, Walt Dis­ney, 1967
  118. Nature Com­mu­ni­ca­tions, 25/04/17, www.nature.com/articles/ncomms15112
  119. https://metro.co.uk/2019/05/14/human-babies-born-using-an-artificial-womb-possible-in-a-decade8156458/
  120. L. Le Vaillant, « Ges­ta­tion pour soi-même », Libé­ra­tion, 13/10/14
  121. J. Flet­cher, The Ethics of Gene­tic Control : Ending Repro­duc­tion Rou­lette, Buf­fa­lo (NY), Pro­me­theus­Books, 1988, cité in A. Gorz, L’Immatériel (Gali­lée, 2003)
  122. Attri­bué à Saint-Augus­tin, mais cer­tains penchent pour Ber­nard de Clair­vaux, au Moyen-Age
  123. http://www.marieclaire.fr/,cheri-mon-bocal-a-accouche,20161,323.asp
  124. « Tota mulier ex ute­ro », Les Mutantes, http://www.lesmutants.com/totamulier.htm
  125. Cf. « L’utérus arti­fi­ciel est l’avenir de la femme », entre­tien avec Cau­seur, juin 2017
  126. Cf. http://pseudo-sciences.org/
  127. H. Atlan, L’utérus arti­fi­ciel (Seuil, 2005)
  128. « Concer­ning the Nature of Things », Para­celse, cité dans Ecto­ge­ne­sis. Arti­fi­cial Womb Tech­no­lo­gy and the Future of Human Repro­duc­tion, S. Gel­fand et J.R. Shook, Rodo­pi, 2006
  129. Cf. J.B.S Hal­dane, Dae­da­lus, or Science and the Future
  130. Cf. Ecra­sons l’infâme. Le culte de la Mère Machine et la matrice reli­gieuse du trans­hu­ma­nisme, Pièces et main d’œuvre, 2017 (Pièces déta­chées n°82/82’)
  131. Cf. A. Via­latte, « His­toire des femmes », in Spec­tacle du Monde, juin 1968
  132. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/07/30/01016–20130730ARTFIG00401-ed-neerlandais-de43ans-et-pere-de-peut-etre-plus-de-cent-vingt-enfants.php
  133. Le Dau­bé, 20/09/19
  134. Cf. Syl­viane Aga­cins­ki, L’homme dés­in­car­né, op. cité

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L’écobusiness de Darwin, leur évolution et la nôtre

Un matin de décembre 2012, Bordeaux se réveillait avec une nouvelle pustule sur sa rive droite. Darwin, un « écosystème écolo », une « ruche dédiée aux activités écocréatives » dans une « démarche de développement durable », un « laboratoire de la ville du XXIe siècle », s’était installé au sein de la métropole française la plus en vogue, dans une caserne militaire désaffectée estimée à 2 millions d’euros que la Communauté urbaine brada pour deux tiers de sa valeur à Philippe Barre, riche héritier de la grande distribution. Juteuse affaire immobilière maquillée par des publicitaires en une étrange promesse de rédemption écologique, Darwin n’est qu’un décor en trompe-l’œil, qui peine à cacher les contradictions sur lesquelles il est édifié. Ses hérauts avaient d’ailleurs jugé nécessaire de prendre les devants en publiant sur leur site une longue page bourrée de justifications creuses : « Darwin, face aux préjugés ». À notre tour de tirer les choses au clair.
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La technologie comme domination (par Miguel Amoros)

[...] La civilisation capitaliste place la production séparée au centre de la société; le pouvoir dépend de la production, la production dépend de la technologie, par conséquent le pouvoir dépend de la technologie. La technologie étant la principale force productive, le progrès social suit la logique du progrès technologique. Et comme le dit Ellul, la technologie n’est rien d’autre que le mode d’organisation du monde. Le pire de tous. La technique n’est pas neutre, elle ne l’est jamais. [...]