Comment le « progrès », sous la forme, entre autres, du déploie­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables » (ou « vertes »), détruit les commu­nau­tés humaines et le monde natu­rel / Pourquoi la société haute­ment tech­no­lo­gique, verte et démo­cra­tique fantas­mée par beau­coup n’existe pas

À travers l’exemple de l’ar­chi­pel des Toke­lau

Si l’éco­lo­gie est aujourd’­hui essen­tiel­le­ment asso­ciée au déve­lop­pe­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables », c’est en grande partie à cause des médias de masse qui, à l’ins­tar de l’école, condi­tionnent l’opi­nion publique sur ce sujet comme sur d’autres. Depuis des décen­nies, ceux-ci propagent une image, une vision de ce qu’est l’éco­lo­gie, cali­brée et forma­tée afin de garan­tir la perpé­tua­tion de la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle. Une image compa­tible avec l’in­dus­tria­lisme, le capi­ta­lisme, avec le main­tien des struc­tures poli­tiques et écono­miques actuelles, une image qui sied aux diri­geants étatiques — qui contrôlent les médias de masse dits « de service public » — comme aux magnats des nombreuses indus­tries qui consti­tuent la civi­li­sa­tion indus­trielle — qui contrôlent large­ment le reste des médias de masse, qui leur appar­tiennent, et qui financent, via leurs fonda­tions ou leurs fonds privés, les prin­ci­pales asso­cia­tions que le grand public asso­cie à l’éco­lo­gie (le WWF, 350.org, etc.) ainsi que les prin­ci­pales célé­bri­tés asso­ciées à l’éco­lo­gie (comme Yann Arthus-Bertrand et Nico­las Hulot, qui sont, ou ont été, finan­cés par Bouygues, Total, EDF, etc.). Ainsi le déploie­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables » se retrouve-t-il épin­glé comme la prin­ci­pale reven­di­ca­tion écolo­giste.

Au travers de la promo­tion de ces éner­gies dites « vertes », et des tech­no­lo­gies dites « vertes » en géné­ral, est véhi­cu­lée l’idée selon laquelle la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle pour­rait deve­nir écolo­gique. Idée asso­ciée, à gauche, chez les plus auda­cieux (qui osent expri­mer cette évidence que nous ne vivons pas vrai­ment en démo­cra­tie), à l’idée selon laquelle elle pour­rait égale­ment deve­nir véri­ta­ble­ment (ou davan­tage) démo­cra­tique.

Afin d’illus­trer le non-sens, l’ab­sur­dité d’une telle idée, de ce qu’ils présentent comme une solu­tion aux problèmes de notre temps, je commen­te­rai ici le déploie­ment d’une des tech­no­lo­gies soi-disant « renou­ve­lables » en m’in­té­res­sant à un petit archi­pel du Paci­fique Sud : l’ar­chi­pel des Toke­lau, et en me basant, en partie, sur un docu­men­taire commandé par la chaîne alle­mande SWR et diffusé en 2015 sur Arte, inti­tulé Le para­dis solaire des Toke­lau. Docu­men­taire mani­fes­te­ment produit afin de promou­voir l’idée selon laquelle l’im­plan­ta­tion de tech­no­lo­gies de produc­tion d’éner­gie dite « verte » sur les îles des Toke­lau, « deve­nues pion­nières en matière d’éner­gies renou­ve­lables », consti­tue un fabu­leux progrès, une réus­site : l’ar­chi­pel incar­ne­rait en quelque sorte le magni­fique futur 100% écolo­gique qui nous attend tous.

À mi-chemin entre Hawaï et la Nouvelle-Zélande, et sur une éten­due de 170 km, trois petits atolls poly­né­siens, Fakaofo (2,6 km²), Nuku­nonu (5,4 km²) et Atafu (2,2 km²), composent l’ar­chi­pel des Toke­lau. 1400 habi­tants y vivent sur envi­ron 10 kilo­mètres carrés.

L’État de Toke­lau fait partie inté­grante de la Nouvelle-Zélande, tout en étant doté d’un statut parti­cu­lier et d’un système juri­dique auto­nome. C’est un « terri­toire asso­cié à la Nouvelle-Zélande ».

Les insu­laires sont de confes­sion chré­tienne, mais le chris­tia­nisme n’est évidem­ment pas leur reli­gion origi­nelle : il y a été intro­duit en 1850 par des mission­naires catho­liques et protes­tants (de la London Missio­nary Society, experte en la matière). Ainsi qu’on l’ap­prend dans le docu­men­taire diffusé sur Arte :

« Les premiers mission­naires catho­liques sont arri­vés ici il y a 150 ans, depuis, Nuku­nonu est presque à 100% catho­lique, contrai­re­ment aux deux autres atolls, où les protes­tants ont été plus rapides. »

L’ar­chi­pel a donc subi le même sort que de nombreux autres, et qu’une large partie du monde plus géné­ra­le­ment. Une colo­ni­sa­tion reli­gieuse, cultu­relle.

Le passé pré-chré­tien des Toke­lau semble peu connu, ainsi que l’ex­plique Jacques Leclerc, linguiste et socio­lin­guiste de l’uni­ver­sité de Laval :

« nous igno­rons l’his­toire ancienne des popu­la­tions de ce petit archi­pel du Paci­fique-Sud. Nous pouvons présu­mer que la plupart des habi­tants des îles descendent de colons poly­né­siens venus par canoë de Tonga, des Samoa et des Fiji, il y a envi­ron 1000 ans. Ces Poly­né­siens ont déve­loppé leur propre langue et leur culture. »

Nous savons cepen­dant que les habi­tants de cet archi­pel tiraient leur subsis­tance, entre autres, du pois­son, de la noix de coco, de la banane, du taro, de l’arbre à pain et de la papaye.

Le rapport d’une expé­di­tion états-unienne de 1841 dans l’ar­chi­pel, publié dans le livre Migra­tion and Health in a Small Society: the Case of Toke­lau (en français : « Migra­tion et santé dans une petite société : le cas des Toke­lau »), en 1992, nous apprend que :

« les habi­tants qui y vivaient étaient beaux et en bonne santé. Ils semblaient pros­pé­rer grâce à un “maigre régime” de pois­sons et de noix de coco, puisqu’au­cune trace d’agri­cul­ture n’y était visible. Les gens des deux sexes étaient tatoués avec des formes géomé­triques, de tortues et de pois­sons. Les nombreux rapports et jour­naux de l’ex­pé­di­tion donnent l’im­pres­sion d’un peuple admi­rable, aimable (quoique prudent), paisible, ordonné et ingé­nieux. »

On y apprend égale­ment qu’a­près

« l’adop­tion par les habi­tants des Toke­lau d’un régime alimen­taire plus occi­den­tal, la qualité de leur denti­tion déclina de manière drama­tique. La nour­ri­ture riche en fibre, les noix de coco et le fruit à pain furent graduel­le­ment rempla­cés par le sucre raffiné et la farine blanche. En résul­tat, dans la caté­go­rie des 15–19 ans, l’in­ci­dence des caries dentaires fut multi­plié par 8 (de 0–1 dent à 8 dents), tandis qu’elle quadru­plait dans la caté­go­rie des 35–44 ans (de 4 dents à 17 dents), et ce, en à peine 35 ans. »

Le passage au régime alimen­taire occi­den­tal a égale­ment engen­dré un net phéno­mène de prise de poids chez les habi­tants de l’ar­chi­pel.

Contrai­re­ment à ce qu’a écrit le linguiste Jacques Leclerc  sur son site, à savoir que « l’ave­nir de cette société est pour le moment rela­ti­ve­ment assuré, tant et aussi long­temps qu’elle restera à l’écart du monde moderne », les problèmes, pour les Toke­lau, ont donc commencé en 1765, lorsque le commo­dore britan­nique John Byron a « décou­vert » cet archi­pel, jusqu’a­lors inconnu (des Blancs, des Occi­den­taux, des Civi­li­sés, de Ceux-qui-comptent, de Ceux-qui-font-l’His­toire).

En effet, si, aupa­ra­vant, la culture y était de type poly­né­sienne, elle commença à chan­ger radi­ca­le­ment dès l’ar­ri­vée des mission­naires chré­tiens, sous l’in­fluence de la culture (de la civi­li­sa­tion) qu’ils appor­taient.

Avec le temps, la moder­nité tech­no­lo­gique commença à s’y impo­ser. Douce­ment, cepen­dant — l’ar­chi­pel ne fut raccordé au réseau télé­pho­nique mondial qu’en 1994 — en raison de la situa­tion géogra­phique des îles, très isolées ; des géné­ra­teurs fonc­tion­nant au diesel y furent instal­lés au cours des dernières décen­nies. Tant que l’ar­chi­pel était dépen­dant du pétrole importé des Samoa, à raison de 200 litres quoti­diens, le courant n’était dispo­nible que quelques heures par jour.

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Ce n’est plus le cas aujourd’­hui : le courant y est désor­mais dispo­nible 24h sur 24 depuis qu’une « centrale solaire » (en photo ci-dessus) y a été instal­lée en 2012 ; 4032 panneaux solaires, tota­li­sant une puis­sance d’1 MW, ont en effet été impor­tés sur l’ar­chi­pel par l’en­tre­prise néo-zélan­daise Powers­mart Solar en colla­bo­ra­tion avec IT Power Austra­lia :

« En second lieu 1344 batte­ries de 250 kg chacune, soit 336 tonnes au total, assistent le parc. […] Enfin, les géné­ra­teurs diesel déjà en place ne vont pas être élimi­nés. Ils servi­ront en appoint (back-up) les jours où la produc­tion solaire est vrai­ment très faible [et lors des jour­nées de main­te­nance de la centrale solaire, NdA]. […] Au final, plus de 95% de l’élec­tri­cité consom­mée dans les 3 atolls sera solaire, et moins de 5% sera d’ori­gine fossile ou biomasse. »

Réca­pi­tu­lons. Un archi­pel du Paci­fique Sud où vivent quelques centaines de personnes, qui subsis­taient très bien de façon tradi­tion­nelle, de manière auto­nome, voit son quoti­dien boule­versé par l’ar­ri­vée de mission­naires chré­tiens puis, au fur et à mesure, par l’in­dus­tria­lisme que ces derniers apportent et qui cham­boule inté­gra­le­ment leur mode de vie. Le repor­tage de la chaîne SWR affirme pour­tant que :

« Les Toke­lau sont ainsi deve­nues le premier terri­toire auto­nome grâce unique­ment à l’éner­gie solaire. »

L’au­to­no­mie peut se défi­nir par « la capacité de quelqu’un à être auto­nome, à ne pas être dépen­dant d’au­trui » ; elle désigne le « carac­tère de quelque chose qui fonc­tionne ou évolue indé­pen­dam­ment d’autre chose » ; elle relève donc du fait de ne pas dépendre de. La perte de l’au­to­no­mie mène à la dépen­dance. Or le docu­men­taire d’Ulli Weiss­bach affirme que ce « terri­toire » [par quoi il faut entendre les êtres humains qui y vivent, et seule­ment eux, le terri­toire, ce ne sont pas les arbres, les pois­sons, etc.] est devenu auto­nome depuis qu’il dépend [qu’ils dépendent, au quoti­dien] de la produc­tion d’élec­tri­cité d’une centrale solaire, et de tout ce que celle-ci requiert : capi­ta­lisme mondia­lisé, infra­struc­tures indus­trielles, exploi­ta­tion des ressources plané­taires, extrac­tions minières, etc., en bref, une civi­li­sa­tion indus­trielle globa­li­sée.

L’au­to­no­mie corres­pond égale­ment au « Fait de se gouver­ner par ses propres lois  », au « Fait, pour une collec­ti­vité, de s’ad­mi­nis­trer elle-même  ». Encore, une fois, il appa­rait clai­re­ment que les Toke­lauans étaient autre­fois auto­nomes : désor­mais qu’ils dépendent, comme nous autres, des lois du marché, des lois du capi­ta­lisme mondia­lisé, des lois conçues par et pour les tech­no­crates de l’Union Euro­péenne, de l’OMC, etc., leur auto­no­mie s’est évapo­rée.

Parler d’auto­no­mie est donc un non-sens (ou un mensonge).

Les habi­tants des Toke­lau, autre­fois auto­nomes avant que ne soit implanté/imposé chez eux le mode de vie indus­triel sont désor­mais entiè­re­ment dépen­dants (ils l’étaient déjà en partie vis-à-vis des géné­ra­teurs au diesel) de la produc­tion d’élec­tri­cité géné­rée par la centrale solaire construite sur leur archi­pel, de l’élec­tri­cité, et des appa­reils qu’elle alimente, de la civi­li­sa­tion indus­trielle mondia­li­sée qui produit le tout, panneaux solaires et autres appa­reils (batte­ries, câbles, etc.). Cette civi­li­sa­tion dont il devrait être sacre­ment évident qu’elle est profon­dé­ment insou­te­nable, qu’elle consti­tue un désastre sans avenir, voué à rava­ger la planète jusqu’à s’au­to­dé­truire dans le proces­sus. Dépendre d’une telle mons­truo­sité, est-ce bien souhai­table ?

Si, en effet, l’ali­men­ta­tion des habi­tants des Toke­lau ne dépen­dait autre­fois que de leur envi­ron­ne­ment immé­diat, que des écosys­tèmes dans lesquels ils évoluaient, elle dépend aujourd’­hui de tout un tas de produits impor­tés ils cuisaient aupa­ra­vant leurs plats dans des feuilles de bana­nier, aujourd’­hui, progrès oblige, ils cuisent leurs plats dans des feuilles d’alu­mi­nium qui, elles, ne poussent pas dans les arbres ; ils importent égale­ment du riz, des sodas, de l’al­cool et bien d’autres choses encore. Ainsi que le docu­men­taire sur ce petit para­dis nous l’ap­prend :

« Désor­mais on ne peut plus se passer du papier alumi­nium dans la cuisine des mers du Sud ; autre­fois, on enrou­lait les aliments dans des feuilles de bana­nier. » (L’em­phase est mienne, elle vise à faire ressor­tir la profonde auto­no­mie dont ils jouissent aujourd’­hui).

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Au passage, souli­gnons cet autre formi­dable effet du progrès :

« Le délit le plus fréquent est l’abus d’al­cool chez les mineurs, ici l’âge légal pour en consom­mer est de 20 ans, mais en géné­ral, les jeunes commencent à boire dès 16 ans […] Au maga­sin du village, la bière est ration­née, il n’y a ni vin, ni alcool fort. »

Le numéro 251 du maga­zine New Inter­na­tio­na­list (un média à but non-lucra­tif, spécia­lisé dans les droits humains, la poli­tique et la justice sociale et envi­ron­ne­men­tale, qui existe depuis plus de 40 ans), en date de janvier 1994, nous apprend que « l’al­coo­lisme est devenu commun sur l’ar­chi­pel, ainsi que l’obé­sité ».

Si leur mode de vie ne repo­sait pas, aupa­ra­vant, sur l’uti­li­sa­tion de plas­tiques, s’il était épar­gné par ses pollu­tions, ce n’est plus le cas. De nombreux objets en conte­nant, vête­ments, outils et usten­siles en tous genres, sont désor­mais régu­liè­re­ment impor­tés sur l’ar­chi­pel.

Si leur mode de vie était aupa­ra­vant lié à la nature, s’il impliquait de connaître ses secrets, ses voies, et s’il néces­si­tait des efforts physiques consé­quents, les choses ont bien changé. Depuis que l’ar­chi­pel possède sa propre centrale solaire, tous les habi­tants possèdent, dans leurs maisons, des télé­vi­sions à écrans plats, des smart­phones, des tablettes, des congé­la­teurs et ont accès à inter­net. Le docu­men­taire de Weiss­bach le rapporte fière­ment :

« Consé­quence : les gens regardent plus la télé­vi­sion, et pas seule­ment les enfants ; aupa­ra­vant les géné­ra­teurs étaient coupés le soir, à présent, les postes restent allu­més presque tout le temps. »

Progrès, quand tu nous tiens.

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Depuis l’avè­ne­ment de leur béné­dic­tion solaire, ils peuvent effec­ti­ve­ment comman­der tout et n’im­porte quoi sur Amazon, comme le font les civi­li­sés ; se faire livrer des réfri­gé­ra­teurs, des congé­la­teurs, des machines à laver, et tous ces objets dont la fabri­ca­tion, l’uti­li­sa­tion et la main­te­nance parti­cipent allè­gre­ment à la pollu­tion de l’air, de l’eau et des sols de la planète (comme tout ce qui dépend de l’in­dus­trie de l’ex­trac­tion minière, de l’in­dus­trie chimique, de l’in­dus­trie du plas­tique, des trans­ports mondia­li­sés, eux-mêmes sources de pollu­tions colos­sales, etc.).

Comble du ridi­cule, le docu­men­taire d’Arte nous montre qu’ils possèdent désor­mais des petites voitu­rettes de golf élec­triques pour se dépla­cer sur leurs îles minus­cules.

Souli­gnons au passage que toute cette auto­no­mie dépen­dance n’a pu se mettre en place qu’à l’aide des subven­tions de l’État néo-zélan­dais, et que les habi­tants de l’ar­chi­pel doivent, en contre­par­tie, effec­tuer des travaux d’in­té­rêt collec­tif, comme « la construc­tion de route » (écolo­gie, bonsoir).

Plusieurs articles que nous avons publiés sur notre site exposent les raisons pour lesquelles les éner­gies soi-disant « renou­ve­lables » ne sont pas des solu­tions, mais de nouveaux problèmes. Ce repor­tage d’Arte l’illustre formi­da­ble­ment.

Les panneaux solaires ne poussent pas dans les arbres, pas plus que les feuilles d’alu­mi­nium. L’in­dus­trie de la construc­tion des panneaux solaires requiert de nombreux maté­riaux listés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor, dont, entre autres : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’alu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photo­vol­taïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photo­vol­taïques), le gallium, l’in­dium (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (cellules PV), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tellure et le titane. Elle requiert égale­ment des terres rares, prin­ci­pa­le­ment extraites et trai­tées en Chine, où ces proces­sus entrainent de nombreuses dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales (à ce propos, vous pouvez lire cet article du Monde, inti­tulé « En Chine, les terres rares tuent des villages ») ; les déchets des usines de trai­te­ment des terres rares polluent lacs et rivières, tuant la faune et la flore qui y vivent. Tout ceci (extrac­tions, trans­ports, assem­blages, etc.) consomme énor­mé­ment de combus­tibles fossiles, parti­cipe à émettre quan­tité de gaz à effet de serre (GES) dans l’at­mo­sphère, et requiert les struc­tures sociales coer­ci­tives des États modernes (de l’État en géné­ral).

L’in­dus­trie de la construc­tion des panneaux solaires a entraîné une augmen­ta­tion de 1057% (entre 1990 et 2015) des émis­sions de trifluo­rure d’azote (NF3), un gaz à effet de serre 17 200 fois plus puis­sant que le CO2, utilisé dans la fabri­ca­tion des panneaux, aux USA (en Chine et dans les autres pays qui fabriquent les panneaux solaires, pas de données dispo­nibles, on n’ose pas imagi­ner l’aug­men­ta­tion).

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Les batte­ries propres, vertes et renou­ve­lables pour stocker l’éner­gie propre, verte et renou­ve­lable.

Afin de trans­for­mer le courant continu produit par les panneaux solaires en courant alter­na­tif pour l’usage domes­tique, « des centaines d’on­du­leurs, fabriqués en Alle­magne » par l’en­tre­prise SolarWorld, ont égale­ment été instal­lés, qui ont eux aussi, comme les panneaux solaires, une durée de vie limi­tée, encore plus réduite, et doivent être chan­gés tous les 10 ans, envi­ron (avec le trans­port que cela induit, les extrac­tions des matières premières néces­saires, les émis­sions de GES et la consom­ma­tion d’éner­gie du tout). L’in­dus­trie de la fabri­ca­tion des ondu­leurs, comme celle de la fabri­ca­tion des panneaux solaires, comme toutes les indus­tries des hautes tech­no­lo­gies, comme la grande majo­rité des indus­tries en géné­ral, est syno­nyme de multiples dégra­da­tions, destruc­tions et pollu­tions envi­ron­ne­men­tales.

La centrale solaire des Toke­lau est reliée à inter­net 24h/24 pour être surveillée, contrô­lée, et au besoin gérée. Une dépen­dance de plus. Un désastre indus­triel de plus. L’im­pact envi­ron­ne­men­tal de l’in­ter­net est colos­sal, et crois­sant.

En outre, l’éco­no­mie des Toke­lau repose désor­mais en bonne partie sur ce tenta­cu­laire complexe techno-indus­triel plané­taire que consti­tue l’in­ter­net, en raison, ainsi que nous le rapporte un article de Fran­ceinfo, d’un

« parte­na­riat entre le gouver­ne­ment de Toke­lau, l’opé­ra­teur télé­coms du pays Tele­tok et une société privée néer­lan­daise qui donne la société Dot TK, gérée depuis Amster­dam. Depuis, l’ar­chi­pel a été connecté au haut débit et a vu fleu­rir les cyber cafés. Toke­lau s’est ainsi créé une petite écono­mie.

Si les noms de domaine sont gratuits (avec affi­chage publi­ci­taire), l’en­tre­prise propose aussi de les vendre à ceux qui voudraient en deve­nir proprié­taires. Les recettes ainsi récol­tées repré­sentent 10% de son PIB.  »

Sur les îles, « la créa­tion et la main­te­nance des noms de domaine […] sont tota­le­ment gratuites, avec l’af­fi­chage d’un petit bandeau publi­ci­taire. L’ar­chi­pel compte ainsi 31 millions de noms de domaines. »

Donc : pour leurs ondu­leurs, leurs panneaux solaires, inter­net, et tout ce qui consti­tue leur nouveau mode de vie, les habi­tants des Toke­lau dépendent désor­mais de l’exis­tence de la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle mondia­li­sée, sans laquelle ils ne sauraient peut-être plus se nour­rir, se vêtir, s’abri­ter. Mais dans le langage de SWR, d’Arte, des médias grand public, des progres­sistes du monde entier, des écolo­gistes média­tiques, cette dépen­dance (dont les impli­ca­tions sont colos­sales) s’ap­pelle auto­no­mie. Le docu­men­taire nous apprend d’ailleurs que :

« Quand le bateau ne passe pas, des produits vitaux viennent à manquer, comme les cannes à pêche, l’es­sence pour les hors-bords, le riz, sans oublier la bière des Samoa. » (L’em­phase est encore mienne et vise encore à souli­gner la merveilleuse auto­no­mie dont disposent désor­mais les Toke­lauans.)

Ce n’est pas tout. L’im­bé­ci­lité du désastre en cours est plus vaste encore. Les popu­la­tions de pois­sons des eaux envi­ron­nant l’ar­chi­pel sont en déclin « nous ne prenons plus autant de pois­sons qu’a­vant », explique un habi­tant. Avec l’ex­pan­sion de la civi­li­sa­tion indus­trielle, et donc de la pêche indus­trielle (légale et illé­gale), les habi­tants des Toke­lau voient dispa­raître les pois­sons, ces créa­tures qui leur ont permis de vivre en parfaite auto­no­mie sur l’ar­chi­pel pendant des siècles. Un lien vital unis­sait les pois­sons et les Toke­lauans   contrai­re­ment aux cannes à pêches, à l’es­sence et à la bière, qui n’ont rien de vital, au contraire ; consi­dé­rer que l’es­sence est une ressource vitale, c’est la marque de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui ne s’ar­rê­tera pas avant d’avoir extrait et brûlé jusqu’à la dernière goutte de cette « ressource vitale ».

Si l’ar­ri­vée des mission­naires chré­tiens consti­tue le début du proces­sus qui allait rendre la popu­la­tion de l’ar­chi­pel dépen­dante du fonc­tion­ne­ment d’une écono­mie mondia­li­sée fonda­men­ta­le­ment polluante et destruc­trice, les géné­ra­teurs au fuel, la centrale solaire et l’in­té­gra­tion des Toke­lau à un réseau de trans­port mari­time de marchan­dises indus­trielles consti­tuent son achè­ve­ment.

Le mode de vie tradi­tion­nel des habi­tants de l’île unique­ment basé sur la nature du terri­toire écolo­gique au sein duquel ils évoluaient, sur leurs propres savoir-faire a été phago­cyté et remplacé par une dépen­dance à une orga­ni­sa­tion socio­tech­nique mondia­li­sée auto­ri­taire. En effet, encore une fois, si la vie et la survie des Toke­lauans d’avant le débarque­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne dépen­daient que d’eux-mêmes, s’ils contrô­laient eux-mêmes tous les aspects de leur exis­tence la prove­nance de leur alimen­ta­tion, leur habi­tat, bref leur entière subsis­tance , ils dépendent aujourd’­hui des infra­struc­tures de la civi­li­sa­tion indus­trielle, ne savent plus cuisi­ner sans élec­tri­cité indus­trielle, sans produits comme les feuilles d’alu­mi­nium, sans outils modernes, se nour­rissent de produits impor­tés, vivent dans des bâti­ments construits à l’aide de machines indus­trielles, et ainsi de suite. S’ils recou­raient autre­fois unique­ment à l’uti­li­sa­tion de tech­niques démo­cra­tiques, les voilà dépen­dants de tech­niques auto­ri­taires (voir la distinc­tion de Lewis Mumford entre tech­niques auto­ri­taires et tech­niques démo­cra­tiques).

C’est-à-dire qu’ils dépendent désor­mais entiè­re­ment comme nous tous qui vivons au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle de machines, d’ou­tils et de produits dont ils ne contrôlent ni la concep­tion, ni la fabri­ca­tion, ni le trans­port, ni la main­te­nance et qui sont, en termes écolo­giques, autant de nuisances pour la planète.

Comble du comble, la plus cruciale de leurs ressources, celle qui leur a véri­ta­ble­ment permis de vivre de manière auto­nome sur cet archi­pel et ce, pendant des siècles —, le pois­son, décline. Pour­rait-on faire plus stupide ? Oui. Tout à fait. Car la civi­li­sa­tion indus­trielle et son écono­mie mondia­li­sée vont, très certai­ne­ment au cours de ce siècle, entraî­ner une éléva­tion du niveau des océans qui submer­gera tota­le­ment l’ar­chi­pel des Toke­lau (ils ont déjà construits plusieurs digues pour se proté­ger des inon­da­tions et des raz-de-marée, de plus en plus fréquents).

Résu­mons : une popu­la­tion qui vivait autre­fois de la pêche et de la cueillette, prin­ci­pa­le­ment, qui était en très bonne santé, qui dépen­dait unique­ment de ce que les commu­nau­tés natu­relles (ou écosys­tèmes) au sein desquelles elle évoluait pouvaient lui four­nir, qui se passait très bien du plas­tique, des télé­vi­sions, des smart­phones, d’in­ter­net, des feuilles d’alu­mi­nium, des congé­la­teurs, du coca-cola, des bières et des voitu­rettes de golf, a vu sa santé et son bien-être décli­ner au fur et à mesure qu’elle était rendue dépen­dante de toutes ces choses. Et cette catas­trophe est présen­tée, dans les médias domi­nants, comme un « progrès ». Et cette ultra-dépen­dance est appe­lée « auto­no­mie » par les progres­sistes du monde entier. Et la civi­li­sa­tion techno-indus­trielle mondia­li­sée dont ils sont désor­mais dépen­dants exter­mine les pois­sons qui leur permet­taient autre­fois de vivre en parfaite et véri­table auto­no­mie. Et cette même civi­li­sa­tion va égale­ment englou­tir leur archi­pel sous les eaux, et conti­nuer de rava­ger le monde natu­rel jusqu’à étouf­fer la planète sous ses déchets et s’au­to­dé­truire dans le proces­sus.

Note de fin : L’ac­tua­lité de ce petit archi­pel nous dévoile (ou nous rappelle) l’objec­tif du déve­lop­pe­ment par les États et les corpo­ra­tions des éner­gies soi-disant « vertes », qui était déjà l’objec­tif du déploie­ment du réseau élec­trique basé sur les combus­tibles fossiles (auxquels les « renou­ve­lables » viennent simple­ment s’ajou­ter, cf. « Pour une histoire déso­rien­tée de l’éner­gie » de Jean-Baptiste Fres­soz), et qui consiste fina­le­ment en un raccor­de­ment de tous puisque chaque être humain est un consom­ma­teur ou ouvrier poten­tiel et donc un profit poten­tiel, ou simple­ment un rouage de plus pour faire tour­ner la machine infer­nale du soi-disant Progrès à la société de consom­ma­tion indus­trielle, à son marché plané­taire qui se dessine. Telle est la mission civi­li­sa­trice.

Tout comme il était (et est) incon­ce­vable pour les Euro­péens des siècles précé­dents (et pour certains de notre temps) de ne pas cher­cher à appor­ter le chris­tia­nisme et la civi­li­sa­tion à tous les peuples d’une planète que leur idéo­lo­gie les pous­sait à conqué­rir, il est incon­ce­vable pour tous ceux qui font actuel­le­ment partie d’une culture expan­sion­niste (et supré­ma­ciste), de ne pas encou­ra­ger son expan­sion ; ainsi parait-il impen­sable pour les humains indus­triels de ne pas cher­cher à inté­grer l’hu­ma­nité entière dans la société de consom­ma­tion indus­trielle (ou pour les tech­no­crates de ne pas inté­grer l’hu­ma­nité entière à leur tech­no­cra­tie). Aucun endroit ne doit ni ne peut être laissé tranquille. Peu importe les dégâts sociaux et envi­ron­ne­men­taux. Peu importe que de tout temps des indi­vi­dus et des peuples se soient battus contre la colo­ni­sa­tion, contre l’oc­ci­den­ta­li­sa­tion du monde ; peu importe qu’ils aient été soit détruits soit assi­mi­lés de force par la marche auto­ri­taire du progrès ; peu importe que certains soient encore là à se battre contre, comme l’af­firme Ati Quigua des Arhua­cos du terri­toire que l’on nomme Colom­bie :

« Nous nous battons pour ne pas avoir de routes et d’élec­tri­cité — cette forme d’auto-destruc­tion qui est appe­lée “déve­lop­pe­ment” c’est préci­sé­ment ce que nous essayons d’évi­ter. »

Ceux qui défen­daient autre­fois la colo­ni­sa­tion vantaient tout le bien (le progrès !) que celle-ci appor­tait à des peuples consi­dé­rés comme à moitié ou plei­ne­ment barbares, grâce aux insti­tu­tions qu’elle mettait en place. Aujourd’­hui, la civi­li­sa­tion conti­nue et cherche à appor­ter (à impo­ser) l’élec­tri­cité et ses bien­faits à tous les peuples du monde, même les plus isolés ; on apporte l’élec­tri­cité comme on appor­tait l’évan­gile : du fiat lux divin, nous sommes simple­ment passés à la lumière élec­trique (non moins divine). De l’illu­mi­na­tion reli­gieuse à la lumi­nes­cence d’une ampoule Philips™. Et l’eth­no­cide suit son cours. Et l’éco­cide aussi.

Que ce soit à travers l’élec­tri­fi­ca­tion du monde, ou à travers sa scola­ri­sa­tion, chaque jour qui passe, avec la mondia­li­sa­tion progresse la stan­dar­di­sa­tion du monde, que décrit James C. Scott dans l’ex­trait qui suit, tiré de son livre Petit éloge de l’anar­chisme :

« L’es­sor du module poli­tique moderne et aujourd’­hui hégé­mo­nique de l’État-nation a déplacé et ensuite écrasé toute une série de formes poli­tiques verna­cu­laires : des bandes sans État, des tribus, des cités libres, des confé­dé­ra­tions de villes aux contours souples, des commu­nau­tés d’es­claves marrons et des empires. À leur place, désor­mais, se trouve partout un modèle verna­cu­laire unique : l’État-nation de l’At­lan­tique Nord, tel que codi­fié au XVIIème siècle et subsé­quem­ment déguisé en système univer­sel. En prenant plusieurs centaines de mètres de recul et en ouvrant grand les yeux, il est éton­nant de consta­ter à quel point on trouve, partout dans le monde, pratique­ment le même ordre insti­tu­tion­nel: un drapeau natio­nal, un hymne natio­nal, des théâtres natio­naux, des orchestres natio­naux, des chefs d’État, un parle­ment (réel ou fictif), une banque centrale, une liste de minis­tères, tous plus ou moins les mêmes et tous orga­ni­sés de la même façon, un appa­reil de sécu­rité, etc. Les empires colo­niaux et l’ému­la­tion “moder­niste” ont joué un rôle de propa­gande pour ce modèle, mais son emprise n’est viable que dans la mesure où ces insti­tu­tions sont des méca­nismes univer­sels qui intègrent une unité poli­tique aux systèmes inter­na­tio­naux établis. Il y avait, jusqu’à 1989, deux pôles d’ému­la­tion. Dans le bloc socia­liste, on pouvait passer de la Tché­co­slo­vaquie au Mozam­bique, en passant par Cuba, le Viet­nam, le Laos et la Mongo­lie et obser­ver plus ou moins le même appa­reil central de plani­fi­ca­tion, les mêmes fermes collec­tives et les mêmes plans quinquen­naux. Depuis, à quelques excep­tions près, un seul et unique stan­dard s’est imposé. […]

Aujourd’­hui, au-delà de l’État-nation comme tel, les forces de la stan­dar­di­sa­tion sont repré­sen­tées par des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales. L’objec­tif prin­ci­pal d’ins­ti­tu­tions comme la Banque mondiale, le FMI, I’OMC, l’Unesco et même l’Uni­cef et la Cour inter­na­tio­nale est de propa­ger partout dans le monde des stan­dards norma­tifs (des “pratiques exem­plaires”) origi­naires, encore une fois, des nations de l’At­lan­tique Nord. Le poids finan­cier de ces agences est tel que le fait de ne pas se confor­mer à leurs recom­man­da­tions entraîne des péna­li­tés consi­dé­rables qui prennent la forme d’an­nu­la­tions de prêts et de l’aide inter­na­tio­nale. Le char­mant euphé­misme “harmo­ni­sa­tion” désigne main­te­nant ce proces­sus d’ali­gne­ment insti­tu­tion­nel. Les socié­tés multi­na­tio­nales jouent égale­ment un rôle déter­mi­nant dans ce projet de stan­dar­di­sa­tion. Elles aussi pros­pèrent dans des contextes cosmo­po­lites fami­liers et homo­gé­néi­sés où l’ordre légal, la régle­men­ta­tion commer­ciale, le système moné­taire, etc. sont uniformes. De plus, elles travaillent constam­ment, par la vente de leurs produits et services et par la publi­cité, à fabriquer des consom­ma­teurs, dont les goûts et les besoins sont leur matière première. […]

Le résul­tat est une sévère réduc­tion de la diver­sité cultu­relle, poli­tique et écono­mique, c’est-à-dire une homo­gé­néi­sa­tion massive des langues, des cultures, des systèmes de propriété, des formes poli­tiques et, surtout, des sensi­bi­li­tés et des mondes vécus qui leur permettent de perdu­rer.Il est main­te­nant possible de se proje­ter avec angoisse au jour, dans un avenir rappro­ché, où l’homme d’af­faires de l’At­lan­tique Nord, en sortant de l’avion, trou­vera partout dans le monde un ordre insti­tu­tion­nel (des lois, des codes de commerce, des minis­tères, des systèmes de circu­la­tion, des formes de proprié­tés, des régimes fonciers, etc.) tout à fait fami­lier. Et pourquoi pas ? Ces formes sont essen­tiel­le­ment les siennes. Seuls la cuisine, la musique, les danses et les costumes tradi­tion­nels demeu­re­ront exotiques et folk­lo­riques… bien que complè­te­ment commer­cia­li­sés. »

***

La foca­li­sa­tion de la ques­tion écolo­gique sur la seule problé­ma­tique de la produc­tion éner­gé­tique permet de dissi­mu­ler l’am­pleur de ce qui pose réel­le­ment problème : à savoir que toutes les produc­tions indus­trielles sont polluantes, que toutes sont toxiques, que toutes sont insou­te­nables (de l’in­dus­trie chimique, à l’in­dus­trie textile, en passant par les indus­tries agri­cole, auto­mo­bile, élec­tro-infor­ma­tique, du jouet, de l’ar­me­ment, cosmé­tique, etc.). Que toutes reposent sur une orga­ni­sa­tion sociale tech­no­cra­tique, auto­ri­taire, anti­dé­mo­cra­tique. Si l’éco­lo­gie est aujourd’­hui asso­ciée au déploie­ment des « renou­ve­lables », c’est parce que cela arrange les indus­triels, les classes diri­geantes, le système dans son ensemble. En réalité, le déve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie des éner­gies dites « renou­ve­lables » ne sert qu’à produire toujours plus d’élec­tri­cité et à étendre la société techno-indus­trielle. Cette élec­tri­cité sert à faire fonc­tion­ner d’in­nom­brables appa­reils élec­tro-infor­ma­tiques dont les produc­tions en masse, par la civi­li­sa­tion indus­trielle, sont autant de catas­trophes sociales et écolo­giques. Asso­cier cela à la protec­tion de la planète, à la défense du monde natu­rel (à ce que devrait être l’éco­lo­gie), relève du contre­sens.

D’au­cuns préten­dront que le déploie­ment des « renou­ve­lables » permet une sorte de décrois­sance, ce qui est faux. Le déploie­ment des « renou­ve­lables » s’ef­fec­tue en paral­lèle du déploie­ment des indus­tries des combus­tibles fossiles et du nucléaire. On construit actuel­le­ment des centrales solaires, des parcs éoliens, ET des centrales au char­bon, ET des centrales nucléaires, ET des barrages, ET des centrales au gaz (on assiste d’ailleurs actuel­le­ment au début de l’ex­ploi­ta­tion des hydrates de méthane) ET toujours plus de télé­phones portables, de télé­vi­sions, d’or­di­na­teurs, de voitures, de tablettes, etc. Bref, les soi-disant « renou­ve­lables » s’ajoutent simple­ment à diffé­rents moyens de produire de l’éner­gie pour alimen­ter les appa­reils haute­ment nocifs d’une civi­li­sa­tion techno-marchande dont toutes les produc­tions sont haute­ment nuisibles pour la planète. En outre, la multi­pli­ca­tion de moindres maux n’a jamais consti­tué une dyna­mique posi­tive.

D’au­cuns diront et croi­ront qu’il pour­rait en être autre­ment. Qu’une autre civi­li­sa­tion techno-indus­trielle est possible, bio et/ou démo­crato-socia­liste. Comme s’il exis­tait des hautes tech­no­lo­gies réel­le­ment vertes. Comme s’il était possible de conce­voir une société haute­ment tech­no­lo­gique sans hiérar­chies (sans d’im­por­tantes divi­sions et spécia­li­sa­tions du travail, et tout ce que cela implique), sans classes sociales, sans inéga­li­tés, sans domi­na­tion. Les croyants conti­nue­ront de croire, même face à d’in­nom­brables évidences contraires (et peut-être même, d’au­tant plus face à d’in­nom­brables évidences contraires).

En atten­dant, tout empire.

Nico­las Casaux


Le docu­men­taire de SWR, « Le para­dis solaire des Toke­lau » :

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