La « transition énergétique » ou les nouveaux habits du développement capitaliste (par Miguel Amorós)

Tra­duc­tion de l’article « Los trajes nue­vos del desar­rol­lis­mo capi­ta­lis­ta », de Miguel Amorós, trou­vé ici : https://kaosenlared.net/los-trajes-nuevos-del-desarrollismo-capitalista/


Les nouveaux habits du développementalisme capitaliste

La nouvelle phase « verte » du capitalisme et son avant-garde écologique et citoyenne

Le monde capi­ta­liste s’enfonce dans une crise éco­lo­gique sans pré­cé­dent qui menace sa conti­nui­té en tant que sys­tème basé sur la recherche du pro­fit pri­vé. De la pol­lu­tion de l’air, de l’eau et du sol à l’accumulation de déchets et d’ordures ; de l’épuisement des res­sources natu­relles à l’extinction des espèces ; de l’urbanisation galo­pante au chan­ge­ment cli­ma­tique ; une épée de Damo­clès menace la socié­té de mar­ché. Les diri­geants de tous les domaines indus­triels mani­festent leur inquié­tude face à une dégra­da­tion irré­ver­sible de l’environnement, envi­sa­geant une réor­ga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion et de la consom­ma­tion en fonc­tion d’inévitables impé­ra­tifs éco­lo­giques. Beau­coup d’entre eux sont convain­cus que le sys­tème d’exploitation capi­ta­liste ne pour­rait per­du­rer autre­ment. La contra­dic­tion entre la crois­sance (l’accumulation de capi­tal) et ses effets des­truc­teurs (le désastre éco­lo­gique) devra être sur­mon­tée par un com­pro­mis entre indus­trie et nature, ou plu­tôt, entre leurs repré­sen­tants spec­ta­cu­laires res­pec­tifs : d’un côté, les grands diri­geants, et de l’autre, les envi­ron­ne­men­ta­listes auto­ri­sés. Nous entrons dans une nou­velle phase du capi­ta­lisme, une phase « verte », où de nou­veaux gad­gets et sys­tèmes tech­no­lo­giques (éner­gies « renou­ve­lables », voi­tures élec­triques, OGM, Big Data, réseaux 5G, etc.), vont ten­ter de récon­ci­lier le déve­lop­pe­ment éco­no­mique avec la ges­tion du ter­ri­toire et des res­sources qu’il recèle, faci­li­tant ain­si une crois­sance « durable », et ren­dant le mode de vie actuel (moto­ri­sé et consu­mé­riste) com­pa­tible avec la pré­ser­va­tion de l’environnement natu­rel, ou plu­tôt, de ce qu’il en reste. La « tran­si­tion éner­gé­tique » n’est qu’un aspect de la « tran­si­tion éco­no­mique » vers l’écocapitalisme qui, à par­tir de l’incorporation sau­vage (néo­li­bé­rale) de la nature au mar­ché, consti­tue­ra un stade où la mar­chan­di­sa­tion sera régle­men­tée par des méca­nismes d’Entreprise et d’État. Il s’agit d’une immense opé­ra­tion indus­trielle, finan­cière et poli­tique visant à tout chan­ger pour que rien ne change.

Les nou­velles tech­no­lo­gies intro­duites après 1945, dans l’après-guerre (fabri­ca­tion de ciments, d’engrais, d’additifs et de déter­gents, moteurs de plus grande puis­sance, cen­trales ther­miques, etc.), ont été les fac­teurs déclen­cheurs de la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources, des émis­sions de pol­luants et d’une impor­tante métro­po­li­sa­tion, aug­men­tant de manière expo­nen­tielle le pou­voir des socié­tés trans­na­tio­nales. La crois­sance éco­no­mique est deve­nue un fac­teur de des­truc­tion de pre­mier plan, mais aus­si (dans le cadre plus impor­tant de la sta­bi­li­sa­tion sociale) d’une effi­ca­ci­té beau­coup plus grande que celle des syn­di­cats ou des par­tis ouvriers. En consé­quence, le déve­lop­pe­men­ta­lisme s’est mis à infor­mer les poli­tiques de tous les types de gou­ver­ne­ment. L’emploi étant pour le tra­vailleur le seul moyen d’accéder au sta­tut de consom­ma­teur, auto­mo­bi­liste et habi­tant de la conur­ba­tion, la créa­tion d’emplois est alors deve­nue l’objectif numé­ro un de la « classe poli­tique », à droite comme à gauche. Les inté­rêts immé­diats de la masse sala­riale inté­grée au mar­ché étaient ali­gnés sur ceux des patrons et des par­tis, au point de s’opposer fer­me­ment à toute mesure cor­rec­tive éco­lo­gique met­tant en dan­ger la crois­sance et, in fine, l’emploi. Au bout du compte, comme cer­tains l’ont décla­ré, « mou­rir d’un can­cer vaut mieux que mou­rir de faim ». Mal­heu­reu­se­ment, les tra­vailleurs ont été de fer­vents par­ti­sans de la pour­suite du com­merce et des affaires, de l’urbanisation et du par­le­men­ta­risme, ne se sou­ciant aucu­ne­ment de l’impact néga­tif que tout cela pour­rait avoir sur leur envi­ron­ne­ment, leur liber­té ou leur vie. C’est pour­quoi la conscience éco­lo­gique s’est cris­tal­li­sée presque exclu­si­ve­ment dans des sec­teurs inac­tifs ou qua­si inac­tifs, tels que les uni­ver­si­taires, les néo-ruraux, les pré­caires, les étu­diants ou les retrai­tés. Le com­bat contre les nui­sances aura du mal à pro­gres­ser tant que la défense de l’emploi res­te­ra une prio­ri­té pour la popu­la­tion ; si la contra­dic­tion n’est pas sur­mon­tée, la défense des ins­ti­tu­tions pas­se­ra avant la défense du ter­ri­toire et l’autonomie des luttes.

Face à une situa­tion poli­ti­que­ment et socia­le­ment blo­quée, la classe diri­geante inter­na­tio­nale prend l’initiative en essayant de diri­ger à son avan­tage et sans réelle oppo­si­tion la longue marche de l’économie tech­no-indus­trielle vers une « dura­bi­li­té » ren­table, en éli­mi­nant les anciens emplois ou en en créant de nou­veaux. La des­truc­tion conti­nue, et empire même, étant don­né qu’il s’agit cer­tai­ne­ment de sau­ver le capi­ta­lisme, pas la pla­nète. L’écologie extrac­tive pro­duit des gains, même à court terme. Cepen­dant, les mar­chés ne sont pas en mesure de démar­rer un pro­ces­sus de recon­ver­sion « verte », pas plus que les inno­va­tions tech­no­lo­giques dont les pre­mières étapes dépendent lar­ge­ment de l’État. C’est l’État qui doit cana­li­ser les mani­fes­ta­tions, encou­ra­ger la for­ma­tion d’une élite éco­lo­giste prag­ma­tique, ouvrir la voie au nou­veau capi­ta­lisme vert et, si néces­saire, ins­tau­rer un « état d’urgence cli­ma­tique ». En consé­quence, la crise éco­lo­gique devient tri­via­le­ment poli­tique. Pen­dant ce temps, le mou­ve­ment éco­lo­giste est infil­tré par des agents des mul­ti­na­tio­nales et sou­doyé par des fonds d’origine diverses, se trans­for­mant ain­si en un réseau d’influences poli­tiques au ser­vice d’un nou­veau type de capi­ta­lisme. La même chose est arri­vée aux ONG. À ce stade, la purge des « extré­mistes » est néces­saire pour que le par­ti vert ne soit plus un ins­tru­ment de décom­po­si­tion mais un outil de l’ordre domi­nant. Le mes­sage de modé­ra­tion, repo­sant sur des slo­gans peu offen­sifs, n’atteindrait pas les masses mani­pu­lables si les « fon­da­men­ta­listes » anti­sys­tème n’étaient pas iso­lés — ou, comme le for­mulent les hié­rar­chies infor­melles de l’en­vi­ron­ne­men­ta­lisme-spec­tacle, « contour­nés » — le plus tôt pos­sible. [Voir cet article]

Le mou­ve­ment contre le chan­ge­ment cli­ma­tique a don­né nais­sance à une « marque » dépo­sée, Extinc­tion Rebel­lion, qui couvre le flanc envi­ron­ne­men­ta­liste du citoyen­nisme de gauche en lui four­nis­sant des argu­ments en faveur de la média­tion de la crise par l’État. Ceux qui font appel à l’État ne peuvent cer­tai­ne­ment pas être qua­li­fiés de « radi­caux » — bien qu’ils soient contre l’extinction, ils ne sont pas contre le capi­tal, ni contre aucun res­pon­sable spé­ci­fique. Un des prin­cipes direc­teurs du mou­ve­ment sti­pule : « nous évi­tons d’accuser et de poin­ter du doigt, nous vivons dans un sys­tème toxique, mais per­sonne n’est à blâ­mer ». Aucun indi­vi­du concret (aucun diri­geant) ne peut être consi­dé­ré cou­pable de quoi que ce soit. Selon cette men­ta­li­té ser­vile, les diri­geants, comme les capi­ta­listes, ne sont pas tous égaux, et les réformes éco­lo­giques peuvent même être béné­fiques pour la majo­ri­té. Ce sont des alliés et des bien­fai­teurs poten­tiels. Ain­si, les objec­tifs décla­rés de l’écocitoyennisme se limitent à faire pres­sion sur les gou­ver­ne­ments pour les ame­ner à « dire la véri­té aux citoyens », les inci­ter à prendre les mesures néces­saires de « décar­bo­ni­sa­tion » pré­vues dans la « tran­si­tion éner­gé­tique », et décrètent la créa­tion d’ « assem­blées citoyennes de contrôle », véri­tables trem­plins poli­tiques pour les car­rié­ristes [Cyril Dion, Isa­belle Delan­noy, etc., NdT]. Leur arme : la mobi­li­sa­tion non vio­lente de 3,5% des « citoyens » [À pro­pos de ce chiffre absurde et de ses ori­gines, voir cet article]. Pas de révo­lu­tions, car elles impliquent la vio­lence et ne res­pectent pas la « démo­cra­tie », c’est-à-dire le sys­tème des par­tis et des hié­rar­chies. Ils ne veulent pas mettre fin au régime capi­ta­liste, seule­ment le trans­for­mer, le rendre « cir­cu­laire » et « neutre en car­bone ». Mal­heu­reu­se­ment, la majo­ri­té des déchets ne sont pas recy­clables, et la pro­duc­tion d’énergie dite « propre » repose sur l’utilisation de com­bus­tibles fos­siles [en outre, et c’est un des points les plus impor­tants, cette éner­gie dite « propre » sert à ali­men­ter les mêmes appa­reils issus du sys­tème tech­no-indus­triel, futurs e‑déchets, que les éner­gies non-propres servent à ali­men­ter ; l’utilisation de l’énergie dite « verte » ou « propre » ne sert pas des fins plus éco­lo­giques que l’utilisation des éner­gies non-propres, NdT]. Les pro­fes­sion­nels de l’écologie citoyenne ne veulent pas non plus abo­lir l’État, le grand arbre dont l’ombre fait pros­pé­rer leurs car­rières per­son­nelles et leurs stra­té­gies de pla­ce­ment. La crise éco­lo­gique est ain­si réduite, par cet éco­lo­gisme cap­tif, à un pro­blème poli­tique ne pou­vant être réso­lu que dans les hautes sphères au moyen de quelque Green New Deal (ain­si nom­mé d’après le New Deal de Roo­se­velt) : un nou­veau pacte pour l’économie mon­diale pas­sé entre la classe diri­geante mon­diale, la bureau­cra­tie poli­tique et ses conseillers éco­lo­gistes, qui impo­se­rait les mesures en faveur de la réduc­tion des émis­sions pol­luantes et du sto­ckage du dioxyde de car­bone atmo­sphé­rique que les mul­tiples confé­rences sur le chan­ge­ment cli­ma­tique n’ont pas réus­si à impo­ser. [Même si la socié­té tech­no­lo­gique et le capi­ta­lisme par­ve­naient réel­le­ment à rendre sou­te­nable leur fonc­tion­ne­ment, ce qui est extrê­me­ment impro­bable, nous conti­nue­rions à vivre dans une socié­té auto­ri­taire, tota­li­taire, anti­dé­mo­cra­tique, pro­fon­dé­ment inéga­li­taire et alié­nante ; cela revien­drait seule­ment à rendre l’en­fer durable, NdT]. Les stra­té­gies citoyen­nistes « duales » sont « sym­bio­tiques » et non dis­rup­tives. Les éco­sys­tèmes seraient ain­si res­tau­rés au moyen d’une har­mo­ni­sa­tion, depuis l’intérieur, d’intérêts contra­dic­toires. La dua­li­té consiste pré­ci­sé­ment à col­la­bo­rer (sym­biose) avec des ins­ti­tu­tions, d’un côté, et de l’autre, à mobi­li­ser les masses sen­sibles à la catas­trophe. Cepen­dant, les mobi­li­sa­tions ne sont rien d’autre qu’une démons­tra­tion spec­ta­cu­laire de sou­tien pure­ment sym­bo­lique. Elles n’aspirent pas à grande chose, car elles ne remettent pas en cause le sta­tu quo, ne disent rien de la sym­biose entre les gou­ver­ne­ments et ceux qui dominent les mar­chés, la crois­sance ou la mondialisation.

Depuis le som­met de Johan­nes­burg en 2002, sinon avant, nous savons que le monde capi­ta­liste com­prend que son fonc­tion­ne­ment incon­trô­lé pro­duit un tel niveau de des­truc­tion qu’il risque de s’effondrer. Il est plus qu’évident que, mal­gré la résis­tance à la régle­men­ta­tion des pays dont la sta­bi­li­té et l’influence dépendent d’un extrac­ti­visme dur ou d’un déve­lop­pe­ment sans entraves, le capi­ta­lisme dans son ensemble est entré dans une phase de déve­lop­pe­ment vert, dont il tente d’établir les méca­nismes (Agen­da 21, créa­tion du Fonds vert pour le cli­mat, cin­quième rap­port du GIEC, Accord de Paris, les 24 dif­fé­rentes COP). On com­prend ain­si la coop­ta­tion de lea­ders « verts » par le pou­voir, et l’épidémie de réa­lisme et d’opportunisme qui a sai­si les médias envi­ron­ne­men­taux « en action » au point de pro­vo­quer une ava­lanche de demandes d’emplois dans le ter­rain poli­ti­co-admi­nis­tra­tif. Les mili­tants ne veulent pas se fer­mer des portes, encore moins quand il y a une bonne rému­né­ra­tion à la clé, rai­son pour laquelle ils gardent tous leurs idéaux dans leur poche. En véri­té, ce ne sont pas seule­ment les capi­ta­listes qui seraient gagnants avec cet état d’urgence. Le nou­vel éco­lo­gisme sub­ven­tion­né suit le che­min du déve­lop­pe­men­ta­lisme « vert » basé sur les éner­gies indus­trielles « renou­ve­lables », et sou­tient les diri­geants les plus catas­tro­phistes du capi­ta­lisme contre les cli­ma­to-scep­tiques. Tous leurs efforts visent à conci­lier le mode de vie indus­triel et consu­mé­riste avec la pré­ser­va­tion de l’environnement natu­rel, même si, jusqu’à aujourd’hui, les résul­tats ne sont pas encou­ra­geants : les émis­sions de gaz à effet de serre, loin d’être réduites comme le pré­voyaient les accords inter­na­tio­naux, ont atteint des records. Avec l’optimisme d’un novice récem­ment illu­mi­né, ils sou­haitent que la crois­sance éco­no­mique (néces­saire à la sur­vie du capi­ta­lisme), et la pré­ser­va­tion du ter­ri­toire (néces­saire à la conser­va­tion de la bio­di­ver­si­té, du moins en appa­rence), soient de bons amis, peu importe que la tem­pé­ra­ture mon­diale conti­nue d’augmenter et le cli­mat de se dégra­der. Avan­tages incom­pa­rables de la méthode sym­bio­tique et du récit réformiste !

Les res­pon­sables du réchauf­fe­ment cli­ma­tique et de la pol­lu­tion, et les res­pon­sables de la pré­ca­ri­té et de l’exclusion sont les mêmes, mais ceux qui les com­battent ne le sont pas. La ques­tion du désastre éco­lo­gique et celle du désastre social sont deux champs de bataille dif­fé­rents, qui ne se rejoignent jamais, et pas seule­ment à cause d’une cohorte de bureau­crates sou­hai­tant bâtir son ave­nir en agis­sant en tant qu’intermédiaire. Les jours des aspi­rants diri­geants sont comp­tés, car les gens ordi­naires perdent leur dou­ceur lorsque leurs moyens de sub­sis­tance sont affec­tés. Ils ne se laissent plus domes­ti­quer avec la faci­li­té des jours d’a­bon­dance. Le point faible du capi­tal mon­dial ne réside pas dans le cli­mat, pas même dans la san­té, mais dans les appro­vi­sion­ne­ments, la logis­tique. Le jour où le sys­tème tech­no-indus­triel — géré par les mar­chés ou par l’État —, ces­se­ra de répondre aux besoins d’une par­tie impor­tante de la popu­la­tion ou, en d’autres termes, lorsque les condi­tions météo­ro­lo­giques ou quelque autre fac­teur enraye­ra l’approvisionnement, vien­dra le temps des insur­rec­tions. Un sys­tème défaillant, qui entrave la mobi­li­té de ses sujets et les menace de mort par ina­ni­tion n’a pas d’avenir. Il est pro­bable que, dans le feu de l’action, des struc­tures com­mu­nau­taires — fon­da­men­tales pour assu­rer l’autonomie des révoltes — seront recons­truites. Si la socié­té civile par­vient à s’organiser en dehors des ins­ti­tu­tions et des bureau­cra­ties, les luttes envi­ron­ne­men­tales conver­ge­ront avec les luttes sala­riales, comme le reflet d’une conscience sociale uni­fiée. Et ce slo­gan, enten­du pen­dant les rébel­lions des « gilets jaunes », révè­le­ra tout son sens : « fin du mois, fin du monde, même combat ».

Miguel Amorós

Entre­tiens du 12 mai 2019 à la foire d’échange des livres de L’Orxa (Ali­cante) et du 18 mai à la biblio­thèque sociale El Rebrot Bord d’Albaida (Valence), publié par kaosenlared.net


Tra­duc­tion : Pablo Lopez et Nico­las Casaux

Print Friendly, PDF & Email
Total
38
Shares
4 comments
  1. Vous pou­vez éga­le­ment lire des articles sur le même sujet dans le livre de Miguel Amo­ros « Pré­li­mi­naires » paru aux Édi­tions de La Roue.

  2. Le désastre poli­tique de la gauche est plus ancien que cela. Dés la pre­mière inter­na­tio­nale qui vit la scis­sion entre anar­chistes et com­mu­nistes, ces der­niers n’ont jamais été rien de plus que la gauche du Capi­tal qu’ils pré­tendent com­battre et les pires enne­mis des anar­chistes. Dés ce moment, l’his­toire des com­mu­nistes est l’his­toire de leurs divisions.

    Les com­mu­nistes ne nous ont jamais expli­qué com­ment sans le Capi­tal, ils pour­ront construire leur ver­sion de la socié­té indus­trielle où cha­cun et cha­cune pour­ront pro­fi­ter de tous le confort moderne pen­dant que des machines assu­re­ront la pro­duc­tion. Ce qui de plus pose un pro­blème bien plus fon­da­men­tal que leur simple incom­pré­hen­sion du fait que sans Capi­tal, il n’y a pas d’in­dus­tria­li­sa­tion, car avec leur vision socié­tale et comme avec les Verts, leur majus­cule et la droite, la nature est une variable externe qui doit s’a­dap­ter à l’économie.

    Donc les com­mu­nistes ne sortent pas du supré­ma­tisme sys­té­mique de la civi­li­sa­tion qui dés Gil­ga­mesh, est que la nature doit s’a­dap­ter à la civilisation.

    Quand aux Verts, ce ne sont dés le début qu’une bande d’op­por­tu­nistes, en moins braillard juste des clones de Con Ban­dit, et ça dés leur créa­tion. On les a vu en Suisse débar­quer avec leurs gros sou­liers dans le mou­ve­ment anti­nu­cléaire des années 70 qui avait pour but de stop­per la construc­tion des cen­trales nucléaires qui étaient en cours de construc­tion. Avec la com­pli­ci­té active des médias, ils ont réus­sit à pha­go­cy­ter et paci­fier un mou­ve­ment avec lequel ils n’a­vaient rien en com­mun, ceci pour fêter 15 ans plus tard comme une grande vic­toire un mora­toire sur la construc­tion de cen­trales déjà construites. L’é­co­lo­gie pour les masses était née. Bref, les Verts avec une majus­cules sont des tra­ve­los qui se torchent le cul avec les idéaux qu’ils pré­tendent défendre.

    Depuis ils se sont lan­cés dans la poli­tique par­le­men­taire avec suc­cès. Au début ils fai­saient rigo­ler les autres par­tis mais ceux-ci ont vite com­pris qu’ils étaient des leurs. Les com­mu­nistes eux l’a­vaient com­pris dés Mai 68, eux qui s’é­taient alliés avec Con Ban­dit pour trans­for­mer les « Non à la guerre » et « Non en la socié­té de consom­ma­tion » en aug­men­ta­tions de salaire, c’est à dire en « Busi­ness as Usual » et « Ren­trez bien chez vous ». Les punk ont été, après les mili­tants des pre­miers jours de Mai 68, les pre­miers à la com­prendre et c’est bien pour­quoi ils ont rem­pla­cé « Ren­trez bien chez vous » par « No Future ».

    Un mou­ve­ment comme XR n’est donc pas tom­bé du ciel, il est le résul­tat d’un siècle de tra­ves­tis­se­ment des idéaux de la gauche par la gauche ins­ti­tu­tion­nelle et d’un demi siècle de tra­ves­tis­se­ment de l’é­co­lo­gie poli­tique par les Verts. Contrai­re­ment à Mai 68 où l’en­semble des forces poli­tiques avaient été dépas­sée par la rue avant que les syn­di­cats ne rentrent dans la danse et s’al­lient avec les oppor­tu­nistes qui allaient don­ner les Verts, aujourd’­hui ce sont clai­re­ment une par­tie des élites capi­ta­listes, les­quels financent l’é­co­lo­gie Verte depuis des décen­nies, qui sont à la manoeuvre pour favo­ri­ser l’é­mer­gence de mou­ve­ments comme XR. Tout ce que veulent ces élites est se faire sub­ven­tion­ner par l’é­tat et ils y arrivent déjà fort bien dans cer­tains pays qui accordent des sub­ven­tions pour les pan­neaux solaires et les véhi­cules élec­triques des riches.

    Quand à l’é­co­lo­gie poli­tique, les médias ont rete­nu la leçon de Mai 68 à leur façon, ils lui ont don­né de moins en moins la parole et aujourd’­hui c’est le désert abso­lu. La droite s’a­dresse à l’o­pi­nion publique dans ses médias, tan­dis que la gauche a aban­don­né les quar­tiers et les ban­lieues pour ne s’a­dres­ser le plus sou­vent qu’à une petite élite intel­lec­tuelle. Quand à nous, nous ne pou­vons comp­ter que sur nous mêmes pour faire nos propres médias, ce qui pose la ques­tion de com­ment faire pour qu’ils touchent le plus grand nombre dans une socié­té où les élites poli­tiques et média­tiques sont réfrac­taires à tout chan­ge­ment de para­digme mais où de plus en plus de gens réa­lisent qu’elles n’ont rien à par­ta­ger sauf un échec final retentissant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Articles connexes
Lire

À propos des métiers à la con (par David Graeber)

En 1930, John Maynard Keynes avait prédit que d'ici la fin du siècle, les technologies seraient suffisamment avancées pour que des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis mettent en place une semaine de travail de 15 heures. Tout laisse à penser qu’il avait raison. En termes technologiques, nous en sommes tout à fait capables. Et pourtant cela n’est pas arrivé. Au contraire, la technologie a été mobilisée dans le but de trouver des moyens de nous faire travailler plus. [...]
Lire

Ce que signifie le socialisme (Chris Hedges)

Comme l'a écrit Friedrich Engels, nous nous dirigerons soit vers le socialisme soit vers la barbarie. Si nous ne démantelons pas le capitalisme nous tomberons dans le chaos hobbesien des états défaillants, des migrations de masse — auxquelles nous assistons déjà — et de guerre sans fin. Les populations, particulièrement dans les pays du Sud, subiront la misère et un taux de mortalité élevé dû à l'effondrement des écosystèmes et des infrastructures, à une échelle qui n'a pas été atteinte depuis peut-être la peste noire. Aucun arrangement n'est possible avec le capitalisme mondial. Si nous ne renversons pas ce système il nous broiera. Et en ces temps de crise nous devons nous souvenir de ce que signifie être socialiste et de ce que cela ne signifie pas.