« Transphobe » : sur un anathème en vogue (par Nicolas Casaux)

Un « agré­gat de déses­poirs et de folies ». C’est ain­si que Rie­sel et Sem­prun dési­gnent la civi­li­sa­tion indus­trielle contem­po­raine dans leur excellent Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable. Rien ne l’illustre davan­tage, sans doute, que l’essor de ce qu’on appelle désor­mais « tran­sac­ti­visme », de l’idéologie du « trans­gen­risme » (mieux nom­mée « gen­risme »), elle-même liée au gali­ma­tias « queer » (post­mo­derne) échap­pé des diva­ga­tions, entre autres, d’une cer­taine Judith But­ler (pres­ti­gieuse uni­ver­si­taire états-unienne, illustre pen­seuse de notre temps, et à son image).

Qui­conque affirme, aujourd’hui, dans un tweet, une publi­ca­tion Face­book ou n’importe où en public, qu’une femme est un « être humain de sexe fémi­nin » — à la manière du Centre natio­nal de res­sources tex­tuelles et lexi­cales (CNRTL) et de la plu­part des dic­tion­naires —, ou qu’il n’existe que deux sexes, ou qu’un homme ne peut pas deve­nir une femme (ou inver­se­ment) étant don­né que la sexua­tion c’est dans toutes les cel­lules du corps et pour la vie, c’est-à-dire des véri­tés bio­lo­giques élé­men­taires, risque d’être accu­sé de « trans­pho­bie » (c’est ce qui est arri­vé à J. K. Row­ling[1]).

Grâce aux médias de masse, les idées confuses et contra­dic­toires qui com­posent l’imbroglio « trans » (« gen­riste ») ont rapi­de­ment, aveu­glé­ment — et pro­fon­dé­ment, vis­cé­ra­le­ment — été adop­tées par une large par­tie de la jeu­nesse (stars d’Hollywood « tran­si­tion­nant » et séries « queers » sur Canal+ aidant), y com­pris par de jeunes militant·es pré­ten­du­ment « anar­chistes » ou « anticapitalistes ».

M’étant expri­mé, ayant tra­duit des articles et sous-titré des docu­men­taires sur le sujet, et conti­nuant de ce faire, j’ai — comme bien d’autres — régu­liè­re­ment droit à d’aimables répro­ba­tions sur les réseaux sociaux, de la part d’individus qui refusent caté­go­ri­que­ment tout ques­tion­ne­ment des idées trans (au point de refu­ser de lire ou de com­prendre les objec­tions qui leur sont adres­sées), et au contraire semblent trou­ver un malin plai­sir à déni­grer, cra­cher, atta­quer, dia­bo­li­ser, qui­conque ose cri­ti­quer ou ques­tion­ner leur vali­di­té. Les femmes (fémi­nistes) qui osent s’exprimer sur le sujet publi­que­ment sont sou­vent trai­tées de tous les noms, inju­riées (exemple : « étouffe-toi avec ma bite de femme »), mena­cées de toutes les vio­lences pos­sibles et ima­gi­nables (de viol, de mort).

On constate par exemple (tout en bas de l’i­mage ci-des­sus) que, tout en n’ayant jamais rien lu d’elle, aucun de ses livres, même pas celui qu’ils citent pour le dif­fa­mer, les hono­rables mili­tants radi­caux qui tiennent le site « d’aspiration révo­lu­tion­naire, anti-capi­ta­liste et anti-auto­ri­taire » expansive.info n’hésitent pas à vomir sur la pro­fes­seure émé­rite Janice Ray­mond, 78 ans, connue pour son tra­vail contre la vio­lence, l’ex­ploi­ta­tion sexuelle, les abus médi­caux envers les femmes et les per­sonnes par­fois dites « inter­sexes » (nées avec un trouble du déve­lop­pe­ment sexuel), mais aus­si pour ses cri­tiques du trans­sexua­lisme et du transgenrisme.

Dans L’Empire trans­sexuel (à l’époque, on ne par­lait pas encore de « trans­gen­risme », uni­que­ment de « trans­sexua­lisme », mais les choses que ces deux expres­sions dési­gnent se recoupent et se confondent par­fois), paru en 1979 , tra­duit et publié en fran­çais en 1981, Ray­mond notait que :

« […] fon­da­men­ta­le­ment, une socié­té qui assigne un rôle sté­réo­ty­pé à cha­cun des deux sexes ne peut qu’engendrer le trans­sexua­lisme. Bien enten­du, cette expli­ca­tion ne figure pas dans la lit­té­ra­ture médi­cale et psy­cho­lo­gique qui pré­tend éta­blir l’étiologie du trans­sexua­lisme. Cette lit­té­ra­ture ne remet nul­le­ment le sté­réo­type en cause […]. Tou­te­fois, tant que ces spé­cu­la­tions sur les causes de trans­sexua­lisme per­sistent à éva­luer l’adaptation ou l’inadaptation des trans­sexuels en fonc­tion de normes mas­cu­lines ou fémi­nines, elles sont à côté de la véri­té. À mon avis, la socié­té patriar­cale et ses défi­ni­tions de la mas­cu­li­ni­té et de la fémi­ni­té consti­tuent la cause pre­mière de l’existence du trans­sexua­lisme. En dési­rant les organes et le corps spé­ci­fiques au sexe oppo­sé, le trans­sexuel ne cherche sim­ple­ment qu’à incar­ner l’“essence” du rôle qu’il convoite.

Au sein d’une telle socié­té, le trans­sexuel ne fait qu’échanger un sté­réo­type contre un autre, et ren­force ain­si les maillons qui main­tiennent la socié­té sexiste, ce qui exerce une influence fon­da­men­tale sur les aspects du trai­te­ment du trans­sexua­lisme. En effet, dans une telle socié­té, il est désor­mais par­fai­te­ment logique d’adapter le corps du trans­sexuel à son esprit si son esprit ne peut s’adapter à son corps. »

Véri­ta­ble­ment vision­naire, le livre de Ray­mond devrait être réédi­té cette année (vous pou­vez d’ores et déjà le com­man­der ici).

Somme toute, l’anathème « trans­phobe » — qui n’a fon­da­men­ta­le­ment aucun sens, étant don­né que l’idée de « trans », d’être « trans », est une absur­di­té, n’a aucune vali­di­té — se retrouve aujourd’hui uti­li­sé de deux manières :

  1. Pour dési­gner diverses mani­fes­ta­tions de sexisme (déni­gre­ment d’une per­sonne sur la base d’un com­por­te­ment jugé inadé­quat en regard des sté­réo­types socio­sexuels, autre­ment dit en regard du genre, par exemple une fille qui aime le foot, un homme qui porte du rouge à lèvres, etc.).
  2. Pour déni­grer, calom­nier ou dif­fa­mer des per­sonnes objec­tant de manière soli­de­ment argu­men­tée aux impli­ca­tions sociales, humaines et juri­diques d’une doc­trine irréa­liste, inco­hé­rente, nui­sible pour les femmes, les enfants et les hommes qu’elle encou­rage à se muti­ler, homo­phobe (cela res­sort tout par­ti­cu­liè­re­ment en Iran où il est plus accep­table d’être consi­dé­ré trans et opé­ré pour deve­nir hété­ro­sexuel que d’être homo­sexuel), miso­gyne (des­truc­tion de la caté­go­rie femme, des­truc­tion donc des droits que les femmes avaient spé­cia­le­ment acquis dans la socié­té, espaces réser­vés, etc.), qui, dans l’ensemble, ne fait que ren­for­cer le genre et ses sté­réo­types. Rien à voir, donc, avec une véri­table « pho­bie » : en l’occurrence, ces per­sonnes ne sont pas plus « trans­phobes » que les anti­ca­pi­ta­listes seraient « capitalophobes ».

Celles et ceux qui sou­haitent en savoir plus sur les tenants et abou­tis­sants de l’idéologie trans (encore une fois, mieux nom­mée « idéo­lo­gie gen­riste », dans la mesure où elle ren­force le sys­tème d’op­pres­sion et d’im­po­si­tion de sté­réo­types que consti­tue le genre) trou­ve­ront sur www.partage-le.com des docu­men­taires, des articles et des textes qui en parlent. Par exemple :

Trans­gen­risme, effa­ce­ment poli­tique du sexe et capi­ta­lisme (par le Col­lec­tif anti-genre)

Nico­las Casaux


  1. Lire, à ce sujet, ce texte qu’elle a publié afin d’exposer ses motifs : https://www.partage-le.com/2021/04/19/j‑k-rowling-detaille-les-raisons-de-sa-prise-de-position-au-sujet-du-genre-et-du-sexe/

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