Camille Froidevaux-Metterie et Marie Slavicek célèbrent le transféminisme pour Le Monde (par Nicolas Casaux)

Après Arrêt sur images, Libé­ra­tion et 20 minutes, c’est au tour du plus célèbre des quo­ti­diens fran­çais, le jour­nal Le Monde, de mon­trer son allé­geance envers l’Église Trans en vomis­sant sur les fémi­nistes cri­tiques du genre et du trans­gen­risme (sur les pré­ten­dues TERF). Tris­te­ment, ce sont deux femmes, Marie Sla­vi­cek et Camille Froi­de­vaux-Met­te­rie, qui s’y sont collées.

Bon, de la part de Camille Froi­de­vaux-Met­te­rie, c’était atten­du. Cette brillante phi­lo­sophe écri­vait en effet, dans son livre Un corps à soi, paru en 2021 au Seuil, que « s’il y a bien des femmes qui endurent tous les maux asso­ciés au fait d’être un corps fémi­nin, ce sont les femmes trans ». Tra­duc­tion : s’il y a bien des femmes oppri­mées, ce sont les hommes. Et puis, désor­mais que les idées trans sont deve­nues idées d’État, aucun uni­ver­si­taire ne peut les ques­tion­ner sans ris­quer de perdre son poste. Bon, et de la part du Monde aus­si, c’était atten­du (le capi­tal ne valo­rise que ce qui le valorise).

Dans leur splen­dide article paru ce jour dans Le Monde, donc, Sla­vi­cek com­mence par accu­ser les fémi­nistes cri­tiques du trans­gen­risme de consi­dé­rer que « sexe et genre vont de pair », de ne pas dis­so­cier « le sexe bio­lo­gique du genre ». Quelques lignes après, Froi­de­vaux-Met­te­rie explique que ces fémi­nistes sont « oppo­sées au genre ». En à peine quelques lignes, donc, une contra­dic­tion fla­grante. Les fémi­nistes oppo­sées aux trans, les pré­ten­dues TERF, consi­dèrent-elles que sexe et genre vont de pair, ou sont-elles oppo­sées au genre ? Il fau­drait savoir. Ou peut-être que, consi­dé­rant que sexe et genre vont de pair, et étant oppo­sées aux genre, elles sont aus­si oppo­sées au sexe ? En quelques lignes à peine, Froi­de­vaux-Met­te­rie et Sla­vi­cek s’embrouillent dans leurs men­songes. Non, la véri­té, que n’importe qui peut consta­ter en s’y inté­res­sant 30 secondes, c’est que les fémi­nistes cri­tiques du genre sont… cri­tiques du genre. Elles ne consi­dèrent pas que sexe et genre vont de pair, au contraire, elles estiment que le sexe est une réa­li­té mais que le genre est une fic­tion oppres­sive, hié­rar­chique, dont nous devrions nous débarrasser.

Froi­de­vaux-Met­te­rie pré­tend ensuite que la pers­pec­tive des fémi­nistes cri­tiques du genre évoque une sorte de panique face aux « avan­cées de la pen­sée fémi­niste sur cette ques­tion fon­da­trice : qu’est-ce que c’est être une femme ? ». Faute de place, sans doute, ou manque de bol, aucune de nos phi­lo­sophes trans­fé­mi­nistes ne répon­dra à cette ques­tion de savoir ce qu’est une femme dans tout l’article. En revanche, à défaut de nous expli­quer ce qu’est une femme, nos deux phi­lo­sophes trans­fé­mi­nistes nous assurent qu’une « femme trans » (c’est-à-dire un homme) en est une. En d’autres termes, grâce aux for­mi­dables « avan­cées de la pen­sée fémi­niste sur cette ques­tion fon­da­trice : qu’est-ce que c’est être une femme ? », désor­mais, les plus avan­cées des fémi­nistes se retrouvent si avan­cées qu’il leur est impos­sible de défi­nir ce qu’est une femme, qu’elles ne savent plus ce qu’est une femme. Glorieux.

Plus loin, Sla­vi­cek remarque qu’un « argu­ment majeur des fémi­nistes oppo­sées aux trans est que les femmes trans ne feraient que ren­for­cer les sté­réo­types de genre contre les­quels les fémi­nistes luttent depuis des décen­nies ». À quoi Froi­de­vaux-Met­te­rie rétorque :

« C’est tout de même très iro­nique que celles qui se fondent, de façon essen­tia­li­sante, sur des argu­ments bio­lo­giques (une femme, ce serait un uté­rus) affirment en même temps que les per­sonnes trans ren­for­ce­raient la bina­ri­té des sexes. Les anti-trans assument de défi­nir les femmes comme des “femelles”, les rédui­sant à leur corps sexuel et pro­créa­teur selon une logique typi­que­ment patriar­cale. Elles dénient la pos­si­bi­li­té nou­velle qui est la nôtre de choi­sir les moda­li­tés gen­rées dans les­quelles nous nous pré­sen­tons au monde et gomment ain­si trois décen­nies de pen­sée et de conquêtes féministes. »

Qui passe donc du sexe au genre de manière on ne peut plus confuse ? À la ques­tion de savoir si les « femmes trans » ne font que « ren­for­cer les sté­réo­types de genre », Froi­de­vaux-Met­te­rie répond qu’il est osé de la part des « fémi­nistes oppo­sées aux trans » d’affirmer « que les per­sonnes trans ren­for­ce­raient la bina­ri­té des sexes ». Sté­réo­types de genre = bina­ri­té des sexes ? En outre, il n’y a abso­lu­ment rien de « typi­que­ment patriar­cal » dans le fait de recon­naître que le mot femme désigne un des deux sexes de l’espèce humaine, une réa­li­té bio­lo­gique. Comme si réa­li­ser qu’il existe des lions et des lionnes, des che­vaux et des juments, était « patriar­cal ». Comme si mettre des mots sur cette réa­li­té que l’espèce humaine est com­po­sée de deux sexes, qu’il n’existe que deux types de sys­tèmes repro­duc­teurs chez l’être humain, était patriar­cal. Aucun argu­ment ne sera don­né à l’appui de cette absur­di­té, si ce n’est que nous devrions pou­voir « choi­sir les moda­li­tés gen­rées dans les­quelles nous nous pré­sen­tons au monde », ce qui ne veut rien dire, le genre dési­gnant tout et n’importe quoi au pays des transmerveilles.

Mais peu importe la « moda­li­té gen­rée » que vous choi­sis­sez pour vous pré­sen­ter, votre corps sexué reste votre corps sexué. Peu importe la « moda­li­té gen­rée » que vous choi­sis­sez pour vous pré­sen­ter, si vous deviez avoir une crise car­diaque, vos symp­tômes conti­nue­raient d’être déter­mi­nés par le sexe auquel vous appar­te­nez (ne sont pas les mêmes chez les hommes et chez les femmes).

(En fin de compte, l’accusation d’essentialisme bran­die à tout va par les par­ti­sans de l’Église Trans semble cor­res­pondre à un refus du fait de défi­nir les termes du lan­gage, à un refus du prin­cipe même de la défi­ni­tion. Pour les dis­ciples de l’Église Trans, défi­nir les mots (de manière cohé­rente, avec une défi­ni­tion digne de ce nom), c’est être essen­tia­liste, c’est « réduire » le mot, le concept, à quelque chose de pré­cis, c’est pré­ci­ser ce qu’il désigne, et donc ce qu’il ne désigne pas, ce qui revient à être excluant. Or, exclure, c’est mal. C’est presque être nazi. Au contraire, ne pas défi­nir les mots, lais­ser à cha­cun la pos­si­bi­li­té de les défi­nir comme bon lui semble, c’est être inclu­sif, c’est le pro­grès, c’est le bien, c’est Libé, c’est Le Monde.)

Avec le trans­gen­risme, le niveau intel­lec­tuel et phi­lo­so­phique des médias, qui n’était déjà pas fameux, qui était même déjà catas­tro­phique, s’effondre dans un incroyable abîme d’absurdités.

Nico­las Casaux

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