Une brève contre-histoire de la gauche (par Nicolas Casaux)

Une brève contre-histoire de la gauche

Origine bourgeoise

La « gauche », au sens politique du terme, n’est pas une création du peuple révolté, de la plèbe, de la populace. Les concepts de « gauche » et de « droite » naissent ensemble, en frères ennemis, au cours de l’été 1789, dans une vaste salle aménagée dans l’Hôtel des Menus-Plaisirs, non loin du Château de Versailles. Dans cette salle se rassemblent les près de 1 200 députés de l’Assemblée constituante, issue des États généraux convoqués par Louis XVI pour tenter de résoudre la crise financière de la monarchie, mais ayant échappé à son contrôle. Lesdits députés représentent officiellement les trois ordres de la société d’Ancien Régime : le clergé, la noblesse et le tiers état, catégorie fourre-tout englobant tous ceux qui n’appartenaient pas aux deux ordres privilégiés, soit l’immense majorité de la population, du riche négociant au journalier misérable. Les députés du tiers état, cependant, n’étaient pas vraiment « représentatifs » de ceux au nom desquels ils parlaient, puisqu’ils étaient surtout avocats, magistrats, notaires, négociants, propriétaires, bref, des notables locaux. Les paysans, les ouvriers et les pauvres, qui formaient pourtant la masse des sujets du royaume, étaient quasiment absents. Cette prétendue représentation du peuple était donc, pour l’essentiel, une assemblée de gens instruits, possédants ou proches du pouvoir, autrement dit une réunion des différentes fractions des classes dominantes et ascendantes.

Dès le mois de mai, certains votes avaient été comptés en invitant les députés à se ranger d’un côté ou de l’autre de la salle. Mais c’est à la fin du mois d’août et en septembre, lors du débat sur le veto royal, c’est-à-dire le pouvoir du roi de bloquer ou de retarder les lois votées par l’Assemblée, que la disposition s’affirme réellement. Les partisans d’un pouvoir royal fort se regroupent à la droite du président de séance. Les députés les plus hostiles au veto absolu et les plus favorables à la « souveraineté nationale » – c’est-à-dire au transfert du pouvoir du roi vers une Assemblée qui prétendait incarner ou représenter la nation, et dans laquelle les élites bourgeoises étaient en train de s’imposer – se placent à sa gauche.

Originellement, le mot « gauche » désigne donc une position dans une assemblée où les élites bourgeoises (hommes de loi, propriétaires, négociants et notables) sont en train d’acquérir une puissance politique sans précédent. La « gauche » ne désigne pas une opposition à l’ordre nouveau, mais une partie de cet ordre, une fraction des élites que l’on peut qualifier de « bourgeoisie progressiste ». On y reviendra. Le terme qui prétend aujourd’hui incarner une sorte d’opposition au « système » correspond historiquement à une position interne au nouvel ordre politique que la bourgeoisie, tout particulièrement, contribuait à édifier.

Cependant, durant presque tout le XIXe siècle, le concept de « gauche » demeure principalement parlementaire (peu employé par la population) et fluctuant. Ce n’est qu’au tournant du XXe siècle, autour de l’affaire Dreyfus, du Bloc des gauches de 1902 et de l’unification socialiste de 1905, que le mot devient le nom courant d’un camp politique rassemblant principalement le Parti radical, plusieurs organisations socialistes bientôt réunies dans la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), une partie des intellectuels dreyfusards et leurs électorats populaires. Une fraction importante du mouvement ouvrier, notamment syndicaliste révolutionnaire, demeure toutefois extérieure ou hostile à cette coalition parlementaire.

La gauche ainsi formée rassemble, pour l’essentiel, les fractions progressistes de la bourgeoisie et la partie du mouvement ouvrier et populaire qui accepte d’inscrire ses luttes dans le cadre « républicain », électoral et parlementaire.

Le socle commun : progrès et égalité

Dans son ouvrage Les Gauches françaises : 1762-2012 – Histoire et politique (Flammarion 2012), l’historien (de gauche) Jacques Julliard note que la gauche se consolide autour de deux idées : l’idée de progrès et l’idée de justice. « Ôtez l’une ou l’autre de ces deux idées, écrit-il, et il ne reste rien de ce que l’on appelle la gauche. » Mais le terme de « justice » paraît trop général. La justice est une revendication universelle et politiquement indéterminée. L’égalité est le principe particulier au nom duquel la gauche définit ce qui est juste. Dans sa brève histoire mondiale de la gauche (La Découverte, 2022), l’historien israélien (de gauche) Shlomo Sand affirme que la gauche repose sur ce qu’il appelle le « mythe » ou l’« imaginaire de l’égalité », et se demande comment celui-ci a fini par se fondre avec l’idée moderne de progrès. L’ouvrage collectif dirigé par Jean-Jacques Becker et Gilles Candar, Histoire des gauches en France (La Découverte, 2004), va dans le même sens. Il semble donc plus exact de définir le socle historique de la gauche comme la rencontre de l’idée de progrès et de l’aspiration à l’égalité. Mais cela reste encore très vague. De quel « progrès » et de quelle égalité s’agit-il ?

Quel « progrès » ?

« Je doute que l’âge de l’acier soit supérieur à l’âge de pierre. »

— Gandhi, La Jeune Inde (Librairie Stock, Delamain, Boutelleau & Cie, 1924).

L’idée de « progrès » en question n’a pas été conçue par le peuple, par une catégorie de dominé∙es, par les paysannes de la pieve de Canari, en Corse, ou du pays de Cornouaille, en Basse-Bretagne, pas non plus par les femmes Iroquoises ou par les femmes du peuple Ainou au Japon. L’idée de « progrès » sur laquelle la gauche se fonde est conçue par des penseurs des « Lumières », par des figures comme Nicolas de Condorcet (1743-1794). Condorcet, mathématicien et philosophe, est notamment célèbre pour son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1794-1795). D’après Julliard, « ce livre-testament […] exprime au plus profond la pensée politique de la gauche jusqu’à une période récente » – et même jusqu’à aujourd’hui. Condorcet affirme qu’il existe pour l’humanité une sorte de destinée, de voie unique de développement vers un état supérieur, qui la conduit de la « sauvagerie » à la civilisation scientifique, industrielle, commerçante et politique incarnée par l’Europe éclairée. Condorcet présente « les Français et les Anglo-Américains » comme « les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés » (il vante la « supériorité de nos lumières »), et déplore en contraste la « barbarie des peuplades africaines » et « l’ignorance des sauvages ». L’historiographie dominante souligne l’antiesclavagisme de Condorcet, mais oublie souvent qu’il allait de pair avec un racisme culturel assez classique, selon lequel l’Europe était vouée à « civiliser ou faire disparaître, même sans conquête, les nations sauvages ».

L’idée de Progrès qui émerge des Lumières est stadiale, unilinéaire et ethnocentrée. Elle fournit la matrice de l’évolutionnisme social qui fleurira au XIXe siècle. Elle suppose que toutes les sociétés humaines sont engagées, à des rythmes différents, sur une même voie de développement, passant par une succession de stades hiérarchisés. Les penseurs européens qui élaborent ce schéma placent évidemment la civilisation européenne au stade le plus avancé de cette trajectoire. Cet évolutionnisme constitue une forme de racisme culturel ou civilisationnel, puisque même lorsqu’il n’attribue pas aux différents peuples des capacités biologiques inégales, il les classe selon leur degré supposé d’avancement et prend la société occidentale pour mesure de leur développement. Les différences observées entre des groupes humains contemporains sont alors interprétées comme des écarts temporels : certaines sociétés auraient simplement moins avancé que d’autres sur une même route. Les sociétés extra-européennes peuvent ainsi être considérées comme les témoins vivants de stades antérieurs de l’histoire humaine, tandis que la civilisation occidentale, technique et scientifique, fournit la mesure du développement accompli et indique la direction dans laquelle les autres sont appelées à progresser.

Selon Julliard, le texte de Condorcet affirme « qu’il existe une philosophie de l’Histoire, que celle-ci progresse grâce à des étapes successives, au nombre de dix selon lui. Ce progrès est avant tout celui de l’esprit humain à travers ses diverses manifestations, de la religion et de la politique jusqu’à la science et à la technique. Ensuite, que ce progrès scientifique, mis en œuvre par la technique, va transformer les conditions sociales d’existence des hommes. Enfin que ce progrès social engendrera à son tour un progrès moral de l’humanité. » (Aucune mention du racisme culturel qu’implique presque mécaniquement cette acception du progrès.) Et cette philosophie de l’histoire, ajoute Julliard, deviendra « la poutre maîtresse de l’édifice philosophique de la gauche ».

Or cette « poutre maîtresse », la gauche la partage avec le libéralisme bourgeois et, à terme, elle la partagera aussi avec la droite modernisatrice. On la retrouve chez Henri de Saint-Simon (1760-1825), un aristocrate devenu philosophe, fervent laudateur du développement industriel, considéré comme un des pères du socialisme. Saint-Simon oppose à l’ancien gouvernement féodal un « système industriel » dans lequel les affaires communes seraient administrées par l’association des producteurs, des savants et des artistes, sous la direction des individus jugés les plus capables (une aristocratie au service de l’industrie, une technocratie). Friedrich Engels (1820-1895), qui fut influencé par Saint-Simon, résumera plus tard cette orientation par la substitution de « l’administration des choses » au « gouvernement des personnes ». Le projet saint-simonien prétend établir une association pacifique et égalitaire entre tous les producteurs. Mais cette égalité demeure organisée suivant une hiérarchie méritocratique des capacités, tandis que la société entière est ordonnée autour de la production et de l’exploitation « rationnelle » de la nature. Karl Marx (1818-1883), que Julliard qualifie de « disciple de Condorcet », hérite aussi largement de Saint-Simon. Par-delà leurs querelles, ces auteurs partagent une vision commune selon laquelle l’histoire avance inéluctablement dans une direction déterminée, suivant un processus mélioratif, assurant l’élévation morale de l’être humain, l’amélioration de sa condition matérielle, grâce à la domination croissante de la nature par la technique et l’industrie. Cette vision commune est en fait l’idéologie dominante de la société d’alors – c’est-à-dire, comme l’avait très justement noté Marx, l’idéologie de la classe dominante[1]. (Marx ne fut pas le rebelle qu’il s’imaginait être. A bien des égards, il fut un homme de son temps, largement imprégné par les idées dominantes du moment.)

Là-dessus, gauche et droite ne s’opposent pas vraiment. Elles ne représentent que deux façons d’administrer le même monde. Leur désaccord porte sur le partage des richesses produites, la manière d’administrer le système, le rythme du développement et quelques modalités annexes. Il ne porte pas sur le système de production (l’industrialisme), ni sur la vision de l’histoire et le projet de domination du monde qui le sous-tendent.

C’est ainsi que Jules Ferry (1832-1893), l’une des figures les plus vénérées de la gauche républicaine, approuve la conquête coloniale (Tunisie, Tonkin, Madagascar) et déclare, à la tribune de la Chambre des députés, le 28 juillet 1885 : « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » Le colonialisme n’est pas en contradiction avec le progressisme. Il en découle. Civiliser, c’est étendre par la force la marche de l’histoire à ceux qu’on juge en retard – c’est imposer « le progrès ». La foi dans le progrès, la certitude de la supériorité de la civilisation industrielle et le droit de dominer ne font qu’un. Une partie de la gauche, cela dit, s’y opposa. Clemenceau et une partie des radicaux dénoncèrent violemment Ferry. Clemenceau récusa l’idée même de « races supérieures » et de « races inférieures ». Mais, comme le rappellent Becker et Candar, le reste de la gauche soutint la colonisation « au nom de la mission civilisatrice de la France ». La phrase de Ferry recueillit, ce jour-là, des marques d’approbation sur les bancs de la gauche de gouvernement, l’indignation venant surtout de l’extrême gauche. Le racisme colonial n’était pas une trahison de l’idéologie du Progrès, plutôt une conséquence. C’est parce que l’on croit à l’idée de progrès théorisée par l’élite intellectuelle occidentale que l’on s’imagine que certaines populations sont arriérées, sauvages, barbares, etc.

Si ce type de racisme colonial explicite se fait plus rare aujourd’hui, surtout à gauche, l’idée de progrès, elle, est plus prégnante que jamais, au point d’être considérée, à gauche comme à droite, comme une simple donnée, un fait qu’il serait aberrant de questionner. J’ai déjà dit, ci-dessus, quelques mots à son sujet. Mais un examen critique de l’idée implique bien davantage. Je tenterai d’aller à l’essentiel.

Au-delà d’une conception de l’histoire humaine spécifique, que j’ai décrite plus haut, qu’est-ce donc que le progrès selon ses pères fondateurs ? Le mot « progrès » désigne un « passage à un degré supérieur » (Le Robert), un « mouvement en avant » vers « un terme idéal » (CNRTL). On dit d’un enfant qu’il progresse, mais d’un cancer aussi. Tout progrès n’est pas bon. La notion de progrès qui nous intéresse, élaborée par les Lumières, vise à remédier à des choses jugées problématiques, à une condition jugée insatisfaisante. Quelle est cette condition ?

Les textes fondateurs de l’idée de Progrès promettent de délivrer les êtres humains de leur dépendance à la nature, de la misère, de l’ignorance, de certaines hiérarchies et de certaines autorités héritées du passé. Mais leur ambition est plus vaste. Ce qu’ils aspirent à dépasser, c’est la condition d’un être qui ne se suffit pas à lui-même et demeure soumis à des puissances qu’il ne maîtrise pas. Il apparaît ainsi que l’idée moderne de progrès s’érige contre la condition de créature : contre la dépendance immédiate à l’égard de la nature et des autres, contre la vulnérabilité du corps exposé à la maladie et à la souffrance, contre la finitude, contre la mort, contre tout ce qui attache les êtres humains à la terre et à leur condition corporelle, mais aussi contre certaines traditions, certaines hiérarchies et certains pouvoirs hérités.

L’idéologie moderne du progrès réunit ainsi des contraintes de natures très différentes sous une même catégorie d’obstacles à surmonter. Elle promet de délivrer l’humanité aussi bien de la tutelle des anciennes autorités religieuses ou politiques que de sa dépendance à l’égard du vivant. Elle porte ainsi en elle une ambition de maîtrise illimitée. Le transhumanisme, qui considère les caractéristiques biologiques fondamentales de l’être humain comme des problèmes techniques à résoudre, en constitue l’un des aboutissements logiques.

Or cette insatisfaction vis-à-vis de la condition d’être vivant n’a rien de naturel. L’idée selon laquelle des choses comme la dépendance à la nature et aux autres, la vulnérabilité du corps, la finitude, la mort et tout ce qui attache les êtres humains à la terre et à leur corps sont des scandales à supprimer n’est pas universelle. Elle est née au sein de certaines classes sociales, dans certaines sociétés. Nombre de cultures considéraient ces phénomènes comme des composantes normales et acceptables de l’existence.

L’ethnographie nous apprend que bien des sociétés à travers l’espace et le temps ne se pensaient pas dans le manque, ne concevaient aucun impératif de « progrès ». Contrairement à ce que prétend un cliché tenace, les sociétés de chasse-cueillette, par exemple, n’étaient pas en lutte perpétuelle contre le froid, la faim, la maladie. Elles ne possédaient pas beaucoup, mais elles désiraient peu, et satisfaisaient sans peine des besoins qu’elles ne cherchaient pas à multiplier. Et contrairement au cliché qui en faisait des sociétés figées, où rien ne changeait jamais, où rien ne pouvait changer, ces sociétés évoluaient de diverses manières. Elles pouvaient être traversées par des conflits, des inégalités auxquelles on tentait de remédier, on pouvait y concevoir des moyens d’améliorer les conditions sociales à divers égards, mais elles n’envisageaient pas la condition humaine comme un défaut à corriger indéfiniment par le recours au développement industriel ou technologique. Des modes de vie ont ainsi perduré des millénaires sans faire d’une insatisfaction infinie le moteur d’une fuite en avant perpétuelle.

Bien entendu, accepter la mort comme un élément de la vie n’implique pas d’approuver le meurtre ou de se satisfaire de n’importe quelle mort. De même que concevoir la douleur comme une composante de l’existence n’implique pas d’approuver toute souffrance. On peut distinguer deux ordres de maux. Ceux qui tiennent à la condition d’être vivant (la mort, la maladie, la souffrance), qu’il serait absurde de tenir pour des injustices à abolir. Et ceux qui relèvent du contingent, des rapports entre êtres humains (comme la domination, la violence masculine, l’exploitation, l’asservissement d’un être par un autre, les inégalités engendrées par ces rapports), qui constituent des injustices réelles et n’ont évidemment pas à être acceptés. La frontière entre les deux n’est pas toujours simple à tracer, mais elle est cruciale. Les classes dominantes de la civilisation occidentale, cependant, ne le voient pas de cet œil. Elles s’acharnent par exemple à vaincre la finitude, qu’elles considèrent comme une injustice, et s’accommodent d’une domination sociale écrasante (ce qui n’a rien d’étonnant, étant donné que cette domination, ce sont elles qui l’exercent).

Le « père de la sociologie » Emile Durkheim, républicain, membre de l’élite intellectuelle occidentale, ami du Progrès, est entre autres connu pour avoir théorisé le concept de « mal de l’infini ». Il s’agit de l’état d’une société où les désirs, n’étant plus contenus par aucune limite, deviennent illimités et par là même inapaisables. Car ce qui rend malheureux n’est pas forcément de manquer, mais, ayant supprimé toute notion d’un « assez », de n’avoir plus aucun moyen de connaître un jour la satisfaction. Le progrès, c’est l’autre nom du mal de l’infini, qui est aussi au fondement de ce qu’on appelle l’économie, du capitalisme, sous forme de la « croissance ».

Simone Weil l’avait remarqué dans ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934) – un ouvrage brillant dont les idées ont malheureusement été largement ignorées par la gauche. L’ambition, au cœur de l’idée de Progrès, consistant à nous affranchir de la dépendance à la nature, est lourde de conséquences : « il semble que l’homme ne puisse parvenir à alléger le joug des nécessités naturelles sans alourdir d’autant celui de l’oppression sociale, comme par le jeu d’un mystérieux équilibre ». L’équilibre, en fait, n’est pas si mystérieux. Le philosophe Aurélien Berlan l’expose très bien dans son livre Terre et Liberté – la quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance (La Lenteur, 2021). Alléger le joug des nécessités naturelles, autrement dit être « délivré∙e » des charges liées aux nécessités naturelles, suppose des moyens. Ce qu’on n’a plus à faire, ce qu’on ne fait plus, doit être fait par d’autres. Pendant un temps, ce coût correspondait par exemple à la réduction en esclavage pur et simple d’une partie de la population humaine, à laquelle on assignait les tâches liées aux nécessités naturelles (produire la nourriture, les vêtements, etc.). Il correspond aujourd’hui à l’asservissement de toutes et de tous au fonctionnement du capitalisme et du système techno-industriel – à l’esclavage moderne.

La question n’est donc pas « pour ou contre le progrès ». La question, c’est quel progrès, vers quoi, au prix de quoi, et décidé par qui ? La conception du « progrès » que les élites européennes ont forgée à l’aube de l’industrialisme, et dont la gauche a hérité (améliorer la condition humaine, jugée insatisfaisante, en nous affranchissant des nécessités naturelles au moyen de la technologie et de l’industrie, et d’une exploitation et d’une domination toujours accrues de la nature), n’est ni la seule possible, ni la plus juste, ni la plus judicieuse. Au vu de la situation sociale et écologique, elle apparaît même comme extrêmement dommageable, tendance suicidaire.

Quelle « égalité » ?

Si le progrès est une idéologie nouvelle, née des Lumières – et plus précisément de leur courant dominant, de la philosophie des élites éclairées du siècle, qui portent déjà les valeurs de l’ordre bourgeois à venir –, la justice, elle, est « un sentiment que l’on peut dire éternel », relève Jacques Julliard. Elle ne naît ni avec la gauche, ni avec la bourgeoisie. Shlomo Sand associe ce sentiment de justice à ce qu’il appelle l’« imaginaire de l’égalité », soit à un rêve d’égalité qui traverse les siècles, depuis bien avant le capitalisme. Mais cette aspiration correspond-elle vraiment à l’« égalité », comme le prétend Sand ? Ou, pour le dire autrement, de quelle égalité s’agit-il au juste ?

En examinant les soulèvements populaires que Sand range dans l’histoire de « l’imaginaire de l’égalité » – les jacqueries paysannes, les Diggers, la Conjuration des Égaux de Gracchus Babeuf, etc. –, on s’aperçoit que l’égalité y allait très souvent de pair avec l’autonomie, c’est-à-dire la capacité de subvenir soi-même à ses besoins, de ne dépendre d’aucun maître. Refuser les privilèges, l’appropriation des communaux, la propriété seigneuriale ou la confiscation du produit du travail, c’était à la fois refuser qu’un groupe domine les autres et chercher à ne plus dépendre d’un maître. L’égalité empêche certains de s’approprier les conditions d’existence des autres. L’autonomie permet à chacun∙e et à chaque communauté de subvenir directement à ses besoins. La conception du progrès qui se dégage de ces aspirations populaires ne tendait pas vers la « délivrance » que l’on retrouve au cœur de l’idée de Progrès qui s’est imposée et dont la gauche a hérité. Elle tendait plutôt vers l’autonomie.

Comme le note Berlan, l’autonomie à laquelle aspiraient les classes inférieures s’oppose la « délivrance » à laquelle aspiraient les classes dominantes, et qui correspond à la volonté d’être déchargé des tâches liées à la subsistance (« alléger le joug des nécessités naturelles », dans les mots de Simone Weil), en les faisant faire par d’autres : esclaves, serviteurs, femmes, ou machines. (La « délivrance » suppose toujours une domination, puisqu’il faut bien que quelqu’un, ou quelque chose, effectue le travail nécessaire dont on cherche à s’affranchir.)

La distinction est cruciale. Car l’aspiration abstraite à l’égalité est soluble dans le fantasme de délivrance : on peut aspirer à répartir plus justement les fruits de l’appareil industriel sans se soucier de la dépendance – de la perte d’autonomie, de la dépossession – qu’il impose inévitablement. Telle est précisément – et malheureusement – la voie autour de laquelle la gauche a pris corps et qu’elle continue de défendre aujourd’hui. La conception autonomiste de l’égalité, en revanche, est inconciliable avec la délivrance. Elle est même son exact opposé. Elle exige de reprendre en main les moyens matériels de sa propre vie, de prendre en charge soi-même la satisfaction directe de ses besoins fondamentaux, ce qu’aucun système industriel et aucun État, capitaliste ou socialiste, ne peut encourager sans se saborder.

En ne retenant qu’une aspiration abstraite à l’égalité, Sand ne conserve donc de l’histoire qu’il présente lui-même que la part qui l’intéresse. Il ne voit pas l’autonomie, alors même que le premier exemple qu’il évoque dans son livre (premier chapitre) l’incarne flagramment. Les Diggers tentèrent de fonder des communautés agricoles autonomes sur les terres communales d’Angleterre, afin de subvenir à leurs besoins sans dépendre des relations de marché, et de montrer aux classes ouvrières du monde entier qu’il était possible de s’émanciper de l’esclavage. Il s’agissait d’égalité, certes, mais surtout d’autonomie.

La récupération de l’égalité au service de la délivrance bourgeoise

La gauche désigne donc un courant, interne à l’ordre établi en Occident, qui désamorce le potentiel subversif de l’ancienne aspiration populaire à l’égalité en la dissociant du désir d’autonomie qui l’accompagnait, et en la retournant contre elle-même en la coulant dans le moule de l’idéologie dominante du progrès. C’est en partie une frange de la bourgeoisie qui ajoute l’égalité à son programme, et en partie la révolte des dominé∙es qui s’embourgeoise, qui se met à croire que l’émancipation passe par le développement de l’industrie, par la prise de l’État, par le progrès technique, c’est-à-dire par les instruments mêmes de la domination qu’elle prétendait abolir.

Sand en donne, sans le vouloir, une image des plus parlantes. Quand l’anthropologue américain Lewis Morgan soutient, au XIXe siècle, que les anciennes sociétés tribales vivaient dans l’égalité, il note que Marx et Engels s’en emparent aussitôt, mais en affirmant que cette égalité des origines reviendra dans la société communiste, laquelle bénéficiera « en plus de l’abondance matérielle obtenue grâce aux machines créées par le progrès ». « En plus ». Le vieux rêve de la communauté égalitaire se trouve ainsi branché sur la machine. On veut retrouver l’égalité de la commune primitive, mais industrialisée, mécanisée, débordant d’abondance. Et les « machines créées par le progrès » l’ayant en fait été par le capitalisme industriel, on comprend pourquoi Julliard décrit la gauche comme la « fille naturelle de l’industrialisme, sinon du capitalisme ».

Le « progrès » que la gauche célèbre tant, c’est en effet le capitalisme, que Marx et Engels considéraient comme une « nécessité historique », un mal nécessaire, à l’instar de l’esclavage et du colonialisme, posant les bases du communisme – même si le Marx tardif tempèrera sa position sur le sujet. Le marxisme est un des plus fervents héritiers de l’idéologie du progrès.

La majeure partie de l’anarchisme partage le même horizon. L’anarcho-syndicalisme rêvait de l’usine reprise par les travailleurs, de l’autogestion de l’industrie. Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), le « père fondateur » de l’anarchisme classique, que Julliard place au cœur de la « famille libertaire », ou anti-autoritaire, était lui aussi héritier de Saint-Simon, c’est-à-dire de celui qui voulait remplacer l’autorité de l’État par « l’organisation industrielle rationnelle ». A l’instar de Marx, Proudhon dénonce les effets délétères du machinisme naissant (chômage, réduction des salaires, asservissement et dégradation de l’ouvrier), mais les attribue à de mauvais usages liés à la propriété privée capitaliste. Selon lui, comme selon Marx, les machines en elles-mêmes sont de bonnes choses : avec « l’introduction des machines dans l’économie, l’essor est donné à la LIBERTÉ. La machine est le symbole de la liberté humaine, l’insigne de notre domination sur la nature, l’attribut de notre puissance, l’expression de notre droit, l’emblème de notre personnalité. » (Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 1846) Les principaux courants de l’anarchisme rejettent l’État, mais conservent l’horizon industriel, espérant libérer la machine de la propriété capitaliste et de l’autorité patronale.

Autrement dit, c’est la quasi-totalité de la gauche, du centre jusqu’à l’extrême, qui hérite de l’idéologie bourgeoise du Progrès et de sa foi dans la technologie.

Un autre progrès, une autre liberté, une autre gauche ?

« Il n’y a pas de secours à espérer des hommes ; et quand il en serait autrement, les hommes n’en seraient pas moins vaincus d’avance par la puissance des choses. La société actuelle ne fournit pas d’autres moyens d’action que des machines à écraser l’humanité ; quelles que puissent être les intentions de ceux qui les prennent en main, ces machines écrasent et écraseront aussi longtemps qu’elles existeront. […] Les moyens puissants sont oppressifs, les moyens faibles sont inopérants. »

Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, 1936.

Y a-t-il une gauche qui fasse exception ? Pas si l’on retient la définition historique de la gauche comme aspiration à l’égalité interne à la civilisation industrielle, et indissociable de la conception bourgeoise du progrès et de la liberté comme délivrance. On observe cependant, parallèlement à cette gauche, l’existence d’une tradition politique et philosophique également animée par un idéal égalitaire et un souci de justice sociale, mais qui oppose l’autonomie à la délivrance. On peut lui trouver de lointains précédents dans le monde entier, y compris dans la veine anarchisante du taoïsme chinois d’il y a plusieurs millénaires, dont l’idéal était la communauté à échelle humaine, autogouvernée (autonome au sens propre), autosuffisante et égalitaire, aussi respectueuse que possible du monde sauvage. Plus près de nous, on peut y rattacher, à des degrés divers, Henry David Thoreau, William Morris, Léon Tolstoï, Gustav Landauer, les anarchistes naturiens, Simone Weil, Günther Anders, George Orwell ou encore Aldous Huxley.

Dans la mesure où le mot « gauche » est désormais associé, dans ses usages contemporains, à toute revendication en faveur de l’égalité économique ou politique et de la justice sociale, on pourrait parler d’une autre gauche, très minoritaire. D’une gauche qui, précisément par souci d’égalité, de justice sociale, de démocratie réelle et de liberté (entendue comme autonomie), s’est opposée et s’oppose au dogme industrialiste et à la foi dans le progrès technique. D’une gauche que l’on pourrait dire « antiprogressiste », au sens où elle s’oppose à la conception bourgeoise du progrès et à l’identification du progrès humain au progrès technique, mais qui ne propose pas, pour autant, de restaurer des formes anciennes, traditionnelles, personnelles de domination. On pourrait donc parler d’une gauche qui défend une autre conception du progrès.

Cette gauche comprend encore aujourd’hui plusieurs courants, comme l’anti-industrialisme (incarné notamment par l’Encyclopédie des Nuisances, Pièces et Main d’Œuvre, les éditions La Lenteur, Matthieu Amiech ou Aurélien Berlan), l’anarcho-primitivisme (on parle aussi de courant anti-civilisation, parce qu’il voit dans la civilisation, en tant que type spécifique d’organisation sociale, la source de la plupart de nos problèmes), l’anarcho-indigénisme (qui oppose à la civilisation industrielle les rapports à la terre propres à de nombreux peuples autochtones[2]), et l’écoféminisme de la subsistance (représenté notamment par Maria Mies, Vandana Shiva et Veronika Bennholdt-Thomsen). Ces courants prolongent l’ancienne aspiration à l’égalité sans lui adjoindre la foi dans la machine et la volonté de devenir « maîtres de la nature » (Engels, L’anti-Dühring, 1878), sans croire que l’égalité passe nécessairement par le développement de l’industrie. À l’illusoire délivrance par la technologie, ils opposent l’émancipation par l’autonomie.

On pourrait cependant raisonner à l’inverse et considérer qu’élargir le sens du mot « gauche » jusqu’à lui faire désigner ce qui conteste une large partie de ses fondements historiques (la conception bourgeoise du progrès, c’est-à-dire la délivrance et l’industrialisme) est abusif. On en conclurait alors que ces courants n’appartiennent ni à la gauche ni à la droite. L’argument se défend. Il a pour lui l’histoire du partage originel, gauche et droite naissant ensemble en 1789, dans une assemblée bourgeoise, avec l’ordre industriel-progressiste dont elles ne sont que deux modes de gestions rivaux. Mesurer toute position politique sur cet axe implique d’en accepter les termes.

Les Grenoblois de PMO proposent de « superposer à l’ancien clivage droite/gauche, le nouveau clivage technologistes/écologistes, qui traverse également la droite et la gauche ». (Car tous les adversaires de la machine ne s’y opposent pas pour les mêmes raisons. Il existe un rejet effectivement réactionnaire de l’industrie, nostalgique d’ordre et de hiérarchie, qui ne refuse une domination (celle de la machine) que pour en restaurer une autre (monarchie, caste, théocratie). La distinction décisive relève donc de ce au nom de quoi on s’oppose à l’ordre industriel. L’écoféminisme de la subsistance et l’anti-industrialisme que je défends le font au nom de la nature et de la liberté, au nom de l’égalité et du refus de toute domination, de l’humain sur l’humain comme de l’humain sur la nature, ce qui les sépare radicalement de l’anti-modernité de droite.)

En raison de l’évolution du sens du terme et de la configuration politique contemporaine, je penche davantage, cela dit, pour inclure les différents courants égalitaires mais critiques de la conception dominante du Progrès dans la gauche, en tant que sa contestation interne la plus radicale.

Mais cette gauche, notre gauche, a toujours été la mauvaise conscience de la gauche dominante. Les livres d’histoire de la gauche consultés pour cet essai, écrits par des historiens de gauche (Sand, Julliard, Winock, Becker et Candar), en témoignent par leurs silences. On note des omissions pures et simples. Les anarchistes naturiens de la fin du XIXe siècle (Émile Gravelle, Henri Zisly, Sophie Zaïkowska, etc.) qui dénonçaient de front la civilisation industrielle, le salariat, l’urbanisation et la machine, n’y figurent jamais. Bernard Charbonneau, pionnier de la critique de la technique et de l’écologie politique, n’est cité nulle part. Ni Alexandre Grothendieck, l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, qui rompit avec la science et fonda en 1970 le groupe d’écologie radicale Survivre et Vivre. Entre autres.

Le traitement des rares figures anti-industrielles ou technocritiques mentionnées est bâclé. Jacques Ellul, le théoricien du « système technicien », et Pierre Fournier, le dessinateur qui fonda en 1972 le journal d’écologie radicale La Gueule ouverte, n’apparaissent que dans le second tome de Becker et Candar. Et jamais comme critiques de l’industrialisme. Ellul est cité en passant comme l’inspirateur « fort peu sulfureux » de José Bové, Fournier réduit à une « grande gueule » de la presse écologiste des années 1970, à laquelle on reproche surtout son manque de « structures théoriques solides ». Simone Weil est mentionnée par Sand, Becker et Candar et Julliard. Mais jamais un mot sur sa critique de l’industrialisme. Julliard lui consacre un portrait entier et la célèbre comme « génial électron libre du filon libertaire ». Il retient la sainte laïque, la mystique de la grève de 1936, l’éthique du dépouillement, mais ne dit rien de son opposition au « régime même de la production moderne, à savoir la grande industrie », qu’elle considérait comme intrinsèquement oppressif. On peut donc faire entrer Simone Weil au panthéon de la gauche, à condition d’occulter sa critique radicale des croyances fondamentales de la gauche (majoritaire).

Mais quoi d’étonnant dans une histoire de la gauche écrite par des représentants de la gauche technoprogressiste, très bien intégrés aux institutions dominantes, publiés par de grandes maisons d’édition, dont les ouvrages sont parfois subventionnés par l’État, etc. ?

Au bout du compte, la qualité subversive d’un courant se mesure à sa capacité à rompre avec le socle — progrès et industrie — que la gauche partage avec la droite. Mais ce socle est aussi une composante fondamentale de l’idéologie de l’ordre dominant, et donc des institutions qui distribuent la parole : médias, université, grandes maisons d’édition. Il s’ensuit que plus un courant rompt avec lui, moins il est audible. Plus il est subversif, plus il est invisible.

Quel anticolonialisme ? Quel antiracisme ?

Revenons une dernière fois sur l’idée de Progrès que l’on trouve au fondement de la gauche majoritaire et plus généralement de l’idéologie dominante dans la civilisation industrielle. Comme en témoignent les précédentes citations de Condorcet et Ferry, celle-ci est indissociable d’une forme de racisme culturel.

La gauche (dominante) d’aujourd’hui, progressiste, se prétend farouchement anticoloniale, antiraciste, anti-impérialiste. Cependant, la quasi-totalité des gens de gauche semblent toujours croire que les sociétés techno-industrialisées sont en quelque sorte plus avancées (sur la frise chronologique du Progrès) que les dernières petites sociétés autochtones du monde dont les modes de vie demeurent rudimentaires sur le plan technologique et qui n’aspirent pas (forcément) à rejoindre la civilisation industrielle. La quasi-totalité des gens de gauche s’imaginent que la voie – pour ainsi dire – naturelle du développement, pour tous les peuples du monde, implique électrification, etc. L’avenir de tous les peuples du monde passe par une universalisation du mode de vie techno-industriel.

La marche à suivre consiste presque toujours, pour les gens de gauche, à apporter, aux « milliards d’humains qui en sont actuellement privés[3] », selon les mots de l’écosocialiste décroissant Jason Hickel, les « biens et services d’ordre supérieur nécessaires à une vie décente : alimentation nutritive, logement moderne, soins de santé, éducation, électricité, fourneaux propres, systèmes d’assainissement, vêtements, machines à laver, réfrigération, chauffage/refroidissement, ordinateurs, téléphones portables, internet, transports en commun, etc..[4] ». Sans « logement moderne », sans « électricité », « ordinateurs, téléphones portables, internet », etc., il n’est donc pas de « vie décente ». Les populations autochtones du passé et celles du présent qui vivent encore en toute autonomie, directement de la nature, selon un mode de vie low-tech, apprécieront de savoir qu’elles n’ont jamais offert, qu’elles n’offrent pas et qu’elles ne peuvent offrir de « vie décente ».

Officiellement, la « mission civilisatrice » a disparu, mais dans les faits, l’essentiel des dynamiques demeurent inchangées. Le gros de la gauche s’imagine toujours qu’apporter l’électricité et les machines aux populations qui n’en dépendent pas est un progrès. Elle n’hésite d’ailleurs pas à renverser l’accusation. Le racisme consisterait à refuser d’apporter à toutes les populations autochtones du monde les bienfaits de la civilisation (industrielle). Et c’est ainsi que l’ethnocide, la destruction de la diversité culturelle humaine, se poursuit désormais sous couvert d’antiracisme et de progrès, et non plus seulement de colonialisme ou d’impérialisme.

Ne dites plus « civiliser les races inférieures », dites « aider les pays du Sud » à « effectuer leur rattrapage » en assurant un « transfert de technologie ». Tout problème social est machinalement imputé à un défaut de capacités productives, d’infrastructures techno-industrielles et/ou de R&D. Il y a bien, cela dit, une différence avec la mission civilisatrice classique. Les idées de hiérarchie biologique entre races ont disparu et on observe une volonté de reconnaître les crimes coloniaux, une affirmation de la souveraineté des peuples. Mais une norme civilisationnelle demeure. Celle de la civilisation industrielle occidentale. Les peuples sont réputés libres de choisir leur avenir, mais celui-ci doit inévitablement tendre vers l’électrification, les infrastructures industrielles, le développement technoscientifique, le numérique et l’intelligence artificielle.

La gauche contemporaine demeure ainsi profondément héritière du vieil évolutionnisme raciste qu’elle prétend avoir dépassé depuis longtemps. Elle conserve la structure fondamentale de l’ancien schéma : l’idée d’une histoire humaine orientée, suivant laquelle certaines formes sociales seraient plus « avancées » que d’autres et indiqueraient, à celles qui le sont moins, la direction générale de leur avenir. L’électrification, l’industrialisation, l’urbanisation, le développement des infrastructures, de la médecine technoscientifique, du numérique ou de l’intelligence artificielle continuent ainsi d’être conçus comme autant d’étapes d’un développement auquel aucune société n’aurait véritablement de raison de se soustraire. L’évolutionnisme ancien, ouvertement ethnocentré, a simplement muté en évolutionnisme technocentré, plus politiquement correct. La téléologie demeure.

Les populations autochtones du monde qui ne veulent pas de ce mode de développement sont largement ignorées.

Anderson Mutang Urud, du peuple Penan, qui vit sur le territoire revendiqué par l’État de Malaisie (cité par Wade Davis dans son livre Pour ne pas disparaître : Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale, Albin Michel, 2011) :

« Le gouvernement dit qu’il nous apporte le développement. Mais tout ce que nous en voyons, ce sont des routes forestières poussiéreuses et des camps de relocalisation. Pour nous, ce prétendu progrès signifie seulement la famine, la dépendance, l’impuissance, la destruction de notre culture et la démoralisation de notre peuple. Le gouvernement déclare qu’il crée des emplois pour notre peuple. Pourquoi aurions-nous besoin d’emplois ? Mon père et mon grand-père n’ont pas eu à demander du travail au gouvernement. Ils n’étaient jamais sans travail. La terre et la forêt leur fournissaient le nécessaire. C’était une belle vie. Nous n’avions pas faim, nous n’étions pas dans le besoin. Ces emplois forestiers disparaîtront avec la forêt. Dans dix ans, il n’y en aura plus et la forêt qui nous aura nourris pendant des milliers d’années aura disparu avec eux. »

Ati Quigua, autochtone du peuple Arhuaco, vivant sur le territoire appelé Colombie, affirmait en 2016 :

« Nous nous battons pour ne pas avoir de routes et d’électricité — cette forme d’autodestruction qui est appelée “développement” c’est précisément ce que nous essayons d’éviter. »

Il ne s’agit pas de prétendre que le mode de vie penan ou arhuaco devrait être érigé en modèle universel, ce qui reviendrait à verser autrement dans l’idée d’une voie unique. Mais défendre ces peuples et leur autonomie, c’est défendre la pluralité des façons d’habiter la terre contre le système qui partout les anéantit. C’est défendre, donc, la possibilité de concevoir des sociétés égalitaires, démocratiques et soutenables.

Malheureusement, ce genre de perspective, cette aspiration à un mode de vie qui rejette radicalement le « développement » (ou le « progrès ») au sens usuel, la gauche la considère encore comme « réactionnaire » – et quand elle est exprimée par des populations autochtones, du genre de celles qu’elle prétend défendre, elle s’arrange simplement pour l’ignorer. À ses yeux, il n’y a toujours qu’un seul mode de vie digne de ce nom, celui du développement techno-industriel (désormais sous sa déclinaison « décarbonée », « verte » ou « renouvelable »).

Conclusion

« En réclamant le respect de l’écosystème terrestre qui a permis l’apparition de la vie et de l’homme, par cela seul l’écologie met en cause l’état social, bien plus que le socialisme et le communisme, héritiers des valeurs de la société industrielle et bourgeoise, qui se contentent de revendiquer la direction de l’État et la socialisation du développement économique. Ce n’est pas seulement la religion du profit qu’elle rejette mais celle de la production et de la rentabilité, non seulement le règne des multinationales mais celui de l’industrie. Le principe de l’écologie est subversif même si l’écologiste est modéré, il ne peut le rester qu’en trichant avec sa vérité. […] Parti de l’expérience des faits locaux, l’on aboutit aux problèmes universels de la condition humaine. L’écologie est implacable, elle vous mène jusqu’aux questions finales concernant le sens de la vie et le contrat social. »

Bernard Charbonneau, Le Feu vert, 1980.

« Mais dans les forêts du centre de l’Inde et dans de nombreux endroits ruraux, une immense bataille prend place. Des millions de personnes sont expulsées de leurs terres par des entreprises minières, par des barrages, par des compagnies de construction d’infrastructures. Il s’agit d’êtres humains qui n’ont pas été cooptés par la culture de la consommation, par les notions occidentales de civilisation et de progrès, et qui se battent pour leurs terres et pour leurs existences, qui refusent d’être spoliés pour que quelqu’un, quelque part, loin, puisse “progresser” à leurs dépens. […] Leur lutte est une lutte pour l’imagination, pour la redéfinition du sens de la civilisation, du bonheur, de l’épanouissement. […] Voilà pourquoi nous devons nous intéresser de près à celles et ceux dont l’imaginaire est différent, dont l’imaginaire se situe en dehors du capitalisme et même du communisme. Très bientôt, nous devrons admettre que ceux-là […] qui connaissent encore les secrets d’une existence soutenable ne sont pas des reliques de notre passé, mais les guides vers notre futur. »

— Arundhati Roy, entretien avec Arun Gupta, The Guardian, 30 novembre 2011.

La gauche n’est pas le contraire de l’idéologie bourgeoise. Elle n’en est qu’un des multiples visages, celui qui a récupéré à son compte la vieille aspiration à l’égalité des dominé∙es, en la dissociant au passage du désir d’autonomie, pour la connecter sur le progrès technique (et sur l’État). Son conflit avec la droite est une querelle de famille portant sur la gestion du monde-machine (à qui doit appartenir la machine, à quelle vitesse la faire croître, comment continuer à la développer au mieux, comment partager ses produits).

Ce qu’on appelle la gauche désigne d’ailleurs toujours aujourd’hui un ensemble bien intégré au système, aux institutions dominantes : des partis politiques agréés, des médias de masse subventionnés par l’État, une intelligentsia médiatique hautement diplômée, largement liée à l’institution universitaire.

Jacques Julliard note que face à un désastre écologique devenu trop manifeste, la gauche a, bon gré mal gré, dû accueillir « dans ses rangs une formation politique au propos ouvertement conservateur : le Parti écologiste ». Mince alors. Fort heureusement, cela ne l’a pas fait renoncer à ses convictions industrialistes. La gauche s’est assurée que la version de l’écologie officiellement acceptée en son sein – représentée par EELV, devenu Les Écologistes – ne s’oppose pas à l’industrialisme. Nos chers Écologistes™ organisaient début 2026 une « Convention pour une industrie soutenable », où l’on défendait « une nouvelle révolution industrielle », une « réindustrialisation soutenable ».

Toute la gauche, du libéralisme au marxisme, a promis et continue de promettre le Progrès et sa délivrance, l’égalité et la justice sociale, dans le cadre du système techno-industriel. L’égalité ou la justice dans l’asservissement à la machine. Ce que la gauche (dominante) écarte ce faisant, c’est l’autonomie : la capacité de subvenir soi-même à ses besoins, de ne dépendre d’aucun maître ni d’aucune mégamachine. L’autonomie est justement ce qu’aucun marché, aucun système industriel et aucun État ne peuvent concéder, puisqu’elle est leur négation.

L’égalité, la justice sociale, la démocratie réelle et la préservation de la nature ne sont pas à chercher dans la délivrance promise par la gauche technologiste, mais dans l’autonomie défendue par la gauche anti-industrielle.

Nicolas Casaux


  1. « A toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. La classe qui dispose des moyens de production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu’en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. Les pensées dominantes ne sont rien d’autre que l’expression en idées des conditions matérielles dominantes, ce sont ces conditions conçues comme idées, donc l’expression des rapports sociaux qui font justement d’une seule classe la classe dominante, donc les idées de la suprématie. Les individus qui composent la classe dominante ont aussi, entre autres choses, une conscience et c’est pourquoi ils pensent. Il va de soi que, dans la mesure où ils dominent en tant que classe et déterminent une époque dans tout un champ, ils le font en tous domaines ; donc, qu’ils dominent aussi, entre autres choses, comme penseurs, comme producteurs de pensées ; bref qu’ils règlent la production et la distribution des idées de leur temps, si bien que leurs idées sont les idées dominantes de l’époque. » Marx, « L’idéologie allemande » (Manuscrit, 1845-1846) ↑
  2. Cf. le livre d’entretiens réunis et présentés par Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet intitulé L’Anarcho-indigénisme, paru chez Lux en 2019. ↑
  3. Jason Hickel et Dylan Sullivan, « How much growth is required to achieve good lives for all? Insights from needs-based analysis », World Development Perspectives, volume 35, septembre 2024. ↑
  4. Ibid. ↑
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  1. Votre analyse est très pertinente et éclairante. Elle met en mots ce qui est le fil conducteur de mon existence depuis des années, c’est à dire l’autonomie. Mais ceci est aussi profondément décourageant, car nulle issue ne semble possible, (sinon à l’échelle individuelle, ce qui n’est déjà pas si mal). Je n’ai pas vu non plus à travers vos différents écrits que vous envisagiez une sortie de cette civilisation autrement que par un effondrement de celle-ci, effondrement que j’ai du mal à imaginer autrement que catastrophique (en terme de morts humaines entre autre). Je serais intéressé de connaitre vos réflexions sur le sujet et les différentes solutions envisageables de sortie du modèle actuel.

    1. Salut Ronan, c’est la question la plus terrible. Effectivement, la sortie la plus probable ne semble pas volontaire mais subie, effondrement écologique ou social, précipité ou non. Mais avant de se demander comment en sortir, il faut commencer par le vouloir. On travaille surtout cet aspect.

  2. Merci, Nicolas !
    Ca fait du bien au moral de se rappeler quand même qu’on est moins seul quand on lit en 2026 un texte très juste comme le vôtre (on ne remet jamais assez les « pendules à l’heure », hein).
    Pour ma part, cela fait longtemps que j’ai l’habitude de penser et dire que la Révolution française est un échec sur toute la durée historique cumulée depuis, puisque d’abord une confiscation (bourgeoise*) dès le départ ! Une prise d’otage industrialiste. L’on me rétorque que je serais « réactionnaire » – voire « révisionniste » – chaque fois que je prononce cet avis, etc.

    *Et là, ce n’est pas le qualificatif platement démagogique des habituels dudulons ignares à la Framont… Mais bel et bien dans le sens pleinement historien et sociologique du terme.

  3. Nous sommes face à une aporie, pour reprendre le mot de PMO à propos de la puissance : « Comment sortir de la course à la puissance suicidaire, qui ravage le monde et ses habitants, sans utiliser les moyens de la puissance ni succomber à ceux qui les utilisent ? »
    https://www.piecesetmaindoeuvre.com/documents/et-vous-vous-vivez-ou-vous-fonctionnez
    Il n’y a pas d’issue à l’intérieur de la société techno-industrielle, ni de volonté d’en sortir à court et moyen terme. La possibilité même de passer à autre chose se réduit de plus en plus, tant s’accroît la dépendance à l’égard de la Machine à nourrir, habiter, soigner et vivre – il faudrait mettre des guillemets à tous ces mots tant ils perdent leur sens. L’industrie et la technologie ont acquis un tel « monopole radical » (Illich) que la situation semble bloquée. Et plus nous attendons de nous libérer des filets du monde-machine, plus l’entreprise sera difficile, plus y rester sera désastreux.
    Ça me rappelle un débat sur la décroissance : à défaut d’être un choix volontaire, elle sera subie et ses conséquences seront terribles.
    Evoquer cette impasse suscite généralement le rejet et le déni de notre interlocuteur. A une époque, il ne fallait pas désespérer Billancourt, aujourd’hui, il ne faut pas pas désespérer la gauche, le solutionnisme technologique, la réindustrialisation soutenable, l’apocalypse décarbonnée, etc. Personnellement, un tel baratin me désespère infiniment plus que la pensée technocritique. Et quand je lis Nicolas, PMO, La Lenteur, La Décroissance…, je me sens beaucoup moins seul et plein de gratitude.
    Je crois qu’il faut commencer par désespérer des mirages et des illusions. Vous connaissez la phrase de Günther Anders : « Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? »
    Ce qui n’empêche pas de continuer à dire, à opposer un refus, à habiter les interstices encore habitables comme le souligne Ronan, à vivre en humain digne et libre – autant que possible – plutôt qu’à gérer, artificialiser, fonctionner. Sans illusions et sans velléité d’efficacité. Le chemin est étroit et difficile certains jours, mais il existe encore, et s’il existe, c’est aussi parce que des humains libres et autonomes l’empruntent et plus encore, en tracent les contours en avançant.

    1. Bonjour Frédéric.

      Effectivement, les PMO utilisent souvent ce terme d’ « aporie ». Je revois encore Marius Blouin, en 2023, lors d’une causerie publique estivale, restait le visage songeur après avoir conclu par ce mot : « Nous sommes coincés dans une aporie et, maintenant, que pouvons-nous faire ? ».
      Aucune réponse particulière dans l’assistance et tout le monde qui se rue à l’extérieur pour se rafraîchir, éventuellement boire un verre et fumer une clope…
      Sa remarque m’a turlupiné les méninges pendant plus de deux ans, puis, cette année, j’en suis arrivé à la conclusion personnelle que pour s’extraire de l’aporie, ça ne peut passer d’abord que par le salut individuel, intime… Si tu réussis à cultiver durablement de ralentir ton quotidien dans tous ses compartiments : alors tu commences à déjouer – saboter – l’aporie (conditionnée, je le rappelle, d’abord par l’artifice de l’Accélération). C’est aussi le très bon papier de François Jarrige sur l’escargot comme emblème décroissant qui m’a aidé à comprendre comment commence à se désamorcer l’aporie.
      Après, je le reconnais, quand on désamorce l’aporie en premier lieu à sa propre échelle : on est comme le pompier-pyromane Montag dans sa quête de repentir, au fur et à mesure qu’il subtilise et lit des livres : encore plus désarçonné un temps car directement exposé par soi-même aux plus profondes contradictions à la fois personnelles autant que collectives, « sociales »… (Au départ, on est encore plus en colère contre tous les marioles et pantins que Bernanos affichait à juste titre d’ « imbéciles ».)

      Mais bon, ça vaut quand même le coup d’endurer pour savoir qui l’on est foncièrement, non ? Je veux dire, sans plus aucun « filtre » correcteur ou mystificateur…

      1. * »RestER le visage » (saloperie d’AZERTY qui ne sera jamais l’expression spontanée de mes yeux, ma bouche et surtout ma main!)

      2. (Prend un clavier bépo, on y voit bien mieux les caractères pour notre langue usuelle)
        Haaaa, je vois que ça commence à porter ! Ce que je dis depuis tellement longtemps à propos de «Que faire ?»

        Ben rien ! Pardi ! Rien foutre, c’est plus durable et puis pour en dire un peu plus, le faire (ou pire, le faire faire) c’est déjà entrer en scène de ce système: chercher à être, à être communiquant, produire de la data, construire des moyens, les plus efficaces tant qu’à faire et donc jouer ce jeu qui nous détruit et l’alimente.
        Rien faire, c’est l’exact anti thèse de ce système qui fonctionne sur tes besoins de faire, rapidement, dans les normes, toujours plus, dans le moderne, etc. Plus de besoins ? Il ne te sert plus à rien. Des besoins « bas », sans exigences particulières de sa part ? Il n’aura pas plus de portée, car peu enclin à rémunérer comme services d’aussi faible valeur ajoutée pour lui et son énorme besoin de croissance, il faut se débrouiller hors de ses plus gros flux alimentaires (énergies, financiers).

        Que cette mégamachine à vocation mouvement-perpétuel vive avec sa petite élite technocrate-IA-ready ! Je m’en cogne. Un jour, elle lui sera tout autant obsolète. Et tant pis s’il n’y aura aucun survivant, nous sommes déjà tous en sursit. 🙂

    2. Je me souviens d’une article d’Olivier Rey (pas vrainent classable a gauche) dans la decroissance (il y’a bien longtemps), qui disait en gros qu’aucun etat ne pourrais decroitre, car s’etait du suicide pur dans un etat de competition in´ternationale. Cela explique pourquoi la decroissance, bien que souhaitable, ne sera jamais implemente et qu’on court vers une acceleration et un effondrement.
      Evidemment les developement recent lui donne raison (guerre en russie, ai, etcetc).
      Mais tout cela n’a en fait aucune importance. Une societe, parce qu’elle est consruite par des centaine de milliards d’interaction ne peut pas etre rationnelle, intelligente.
      L’intelligence est individuelle, et l’individu face a la taille de ces interactions, n’a aucun pouvoir, strictement aucune influence.
      La politique est une illusion, un mensonge, qui nous fait croire que nous pouvons partciciper, influencer. C’est un mensonge entretenu par des opportunistes qui gagne leur vie grace a ce mensonge mais ne changerons rien a la marche du monde cree par cette societe a 8 milliards. Pas un iota, comme le montre la courbe de CO2 qui n’a pas ete influence d’un pouilleme par les cop.
      Aussi il faut oublier cela, considerer que ce monde sociale (heureusement transitoie cart il va s’effondrer) est comme la pierreet l’eau, une donnee physique incontournale.
      Il faut essayer de prevoir son evolution et s’y adapter.
      Il faut decroite, non pas pour sauver la planete ou encore moins la societe (certains parlent de civilisation), qu’elle creve!, mais parce que c’est la seul facon de garder une autonomie et de survivre sur le long terme.

      1. Olivier Rey avait, a l’epoque , ecrit un boiuquin appele « une question de taille » qui illustrait l’importance du quantitatif, et comment un discours qualitatif peut etre trompeur (a dessein).
        Nous avons tous du mal a percevoir les effets d’echelle, et pensons encore les etats (avec un nombre dementiel de 7 0 000 000 de personnes) avec les affects que nous avons pour une famille ou un groupe d’amis, ce qui est absurde, mais nous ne sommes par equipe pour gerer affectivement ce changement d’echelle (et nous ne le serons heureuesement jamais, cela n’est pas rationnnel et ne peut pas etre pris en compte par un esprit humain).

        Les reseau sociaux et anciennement les media televise et les journaux entretienne cette illususion de la preservation d’une echelle locale. Et cela est necessaire pour maintenir la cohersion du systeme. Grace au numerique, nous connaissons, vivons avec Emmanuel Macron, mais en realite, pour nous il n’existe pas. Il pourrait que cela soit une construction, un artefact, nous n’avons aucun moyen de le verite. D’ou le complotsime, qui n’est pas plus absude que la realite mediatique a notre echelle, puisque tout e cette realite est coinstruite, technique et non reelle.
        Personnellement, c’est du cinema, je n’ai aucune preuve que Francois Hollande, Sarkozy ou Macron existent vraiment. Dans ma vie je n’ai croise que Martine Aubry, Roselyne Bachelot, Elizabeth Borne et Edouard Phillipe (dans des gares), le reste n’existe peut etre pas , ou n’a rien a voir avec des votes que nous posons, si nous en posons.

  4. Nicolas, en lisant ton article, cela m’a fait penser à Jean Claude Michéa. J’en profite pour retracer très brièvement l’histoire du libéralisme mais aussi de la Révolution Française dans ce commentaire. Le but n’est pas d’étaler mes nombreuses lacunes, mais de donner un coup d’éclairage sur la naissance de la modernité. Peut-être qu’il permettra à ceux qui le liront de voir que l’autonomie ne nous concerne pas en tant que population. Bien au contraire.

    Vous connaissez peut-être la thèse de Jean Claude Michéa :

    « La gauche et la droite constituent deux forces politiques qui œuvrent toutes deux au déploiement d’un seul et même projet : le projet libéral. »

    « Contrairement à l’opinion généralement répandue, le libéralisme sociétal de la gauche et le libéralisme économique de la droite ne sont pas adversaires, mais complémentaires. »

    Que nous dit Jean Claude Michéa ? Il nous dit que les libertés individuelles (femmes, homosexuels, genres, religions, ethnies) et les libertés économiques ne sont que les deux revers de la même médaille, et que ces idées sont solubles dans l’idéologie libérale. Au travers d’une généalogie du libéralisme, il met en parallèle la gauche et la droite, qui sous prétexte de défendre des objectifs différents, poursuivent en fait le même but. Celui de la marchandisation totale du monde et de la vie avec le consentement de la volonté générale. Pour situer les prémisses de la naissance du libéralisme du siècle des Lumières, il faut se pencher sur les guerres de religions qui ont dévasté l’Europe au cours du XVIème siècle (Guerre de Trente Ans) et qui ont mis tous les peuples à feu et à sang en faisant des dizaines de millions de morts. Pour la première fois, on voit émerger dans la philosophie des analyses extrêmement pessimistes sur la nature humaine, et « l’homme devient un loup pour l’homme » (Hobbes – Le Léviathan – 1651). Machiavel comme Hobbes, ne sont pas tant préoccupés par le bien être des hommes, mais par le maintient de l’ordre politique pour éviter le chaos. C’est la naissance de l’État moderne dans ce qu’il a de plus autoritaire, la monarchie absolue fondé sur un ordre religieux. Pourtant, les philosophes ne peuvent pas se résoudre à ce statu-quo qui enfreint les libertés humaines et tout un courant de pensée va donner naissance au libéralisme en Europe. On peut citer parmi les penseurs les plus connus de ce courant, Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Smith, Locke, Bentham, et Kant. Que nous disent-ils pour résumer grossièrement leurs pensées ? Ils nous disent que le meilleur moyen d’apaiser les relations humaines, c’est de faire appel à l’intérêt des hommes, c’est à dire, de les laisser contracter des échanges économiques qui vont leur permettre d’apaiser leurs passions, en les obligeant à entretenir un rapport de dépendance réciproque d’intérêts mutuels. Cette nouvelle organisation sociale ne peut se faire que si elle fait disparaître l’ancienne. Il faut exiger que l’État brise ce qui entrave les droits naturels et la liberté de l’individu (caste, statuts, discriminations et privilèges…). Toutes les valeurs morales issues de la religion sont sujettes à caution. L’économie politique naît dans le prolongement de la science moderne qui est entrain d’ébranler profondément la vision du monde (Copernic, Galilée, Kepler, Newton). L’Angleterre fait sa Glorieuse Révolution en 1688 et devient une monarchie constitutionnelle. La main invisible du marché d’Adam Smith peut seule conduire la société sur la voie d’une nouvelle organisation censée pacifier les mœurs. Mais en réalité, cela concerne surtout les marchands, les commerçants et les banquiers, pour les paysans qui sont l’immense classe majoritaire cela ne change rien, mais c’est dans l’intérêt des monarques (Stuart, Bourbons, Habsbourg) de laisser faire parce qu’ils peuvent en tirer des subsides conséquents pour se faire la guerre et étendre leurs colonies. Sauf que cela finira par se retourner contre eux pendant la Révolution Française, inspirée par la Guerre d’Indépendance des États-Unis d’Amérique (1775 -1783) et par la monarchie constitutionnelle anglaise, mais surtout sous le Consulat et l’Empire (1799-1815). Les mauvaises récoltes dues à deux hivers « sibériens » font exploser le prix du pain, la famine éclate et le peuple se soulève. Pour calmer la situation, Louis XVI convoque le Tiers État (noblesse, clergé, bourgeoise). Mais la bourgeoisie ne supporte pas d’être mise en minorité. Elle créait une assemblée Constituante proclame la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, un texte qui défend les intérêts de la bourgeoisie en tant que classe sociale émergente. La propriété privée est mentionné à l’article premier, mais elle ne concerne qu’une minorité de la population. L’immense majorité, les paysans, n’ont guère d’autre propriété que leurs vies. La Constituante abolit l’Ancien Régime, les droits féodaux et les servitudes personnelles. Il y a effectivement deux grands courants qui s’opposent au sein de la Constituante et de la Convention qui lui succède en 1792, les Girondins et les Montagnards (Club des Jacobins), et qu’on peut définir comme la droite et la gauche. Les jacobins sont des affairistes, à l’image de Danton qui est un opportuniste et qui n’hésite pas à tourner sa veste, tantôt du coté de la réaction, tantôt du coté du peuple, en fonction de ses intérêts. Du coté des montagnards, Marat, St Just, et Robespierre sont pour la souveraineté du peuple et fortement influencés par le Contrat Social de Rousseau (1762). La Révolution Haïtienne de Toussaint Louverture éclate à Saint Domingue poussée par les idéaux révolutionnaires en France, mais surtout par des conditions d’exploitation de l’esclavage intolérables. En France, les biens du clergé sont confisqués pour financer la Révolution. Le suffrage « universel » masculin est établi dans les communes, mais il exclu les femmes, les domestiques, et les indigents (personnes sans revenus). C’est un scrutin indirect, les citoyens éligibles votent dans des assemblées primaires pour élire des électeurs. Ces électeurs qui ont des conditions de revenus suffisants se réunissent pour élire les députés de la Convention. Le taux de participation est très faible, les paysans ne se rendent que très peu aux urnes. Après l’échec de la monarchie constitutionnelle en 1792, Louis XVI tente de fuir à l’étranger pour préparer la contre révolution, mais il est arrêté à Varennes, jugé pour haute trahison et décapité. Le Royaume de Prusse attaque la France, la contre révolution déclenche l’insurrection de Vendée. Les jacobins perdent le pouvoir, les montagnards avec à leur tête Robespierre instaure le régime de la Terreur, une mobilisation militaire de masse, repousse les prussiens et écrase les vendéens (Colonnes infernales). L’assemblée déclare l’abolition de l’esclavage. Les montagnards sont ensuite chassés du pouvoir à leur tour. Danton et Robespierre sont décapités (1794). C’est la réaction Thermidorienne du Directoire (1794-1799), extrêmement violente également qui transforme les institutions en supprimant le suffrage « universel » pour instaurer un suffrage censitaire et généralise le système du remplacement dans l’armée. Ce système permet aux bourgeois de payer des sans culottes pour qu’ils aillent se battre à leurs places. Le Directoire s’avère incapable de gouverner, la bourgeoisie ne pense qu’à s’enrichir en faisant de la spéculation sur les assignats (bons du Trésor), ce qui provoque une crise financière et économique. La famine endémique n’est pas résorbée et les menaces venues de l’étranger se font de plus en plus menaçantes. Pour se maintenir au pouvoir tant bien que mal, Thermidor persécute aussi bien les réactions de droite (royalistes) que de gauche (Conjuration des Égaux – Graccus Baboeuf). On parle alors de l’Extrême Centre. Ce système s’effondre avec l’avènement de Napoléon qui prend le pouvoir pendant le coup d’État du 18 brumaire (1799). Il rétablit l’esclavage en 1802 sous la pression des cartels esclavagistes. Il tente de reconquérir St Domingue mais sans succès. Haïti proclame son indépendance en 1804. Napoléon est un personnage arriviste et ambitieux obsédé par la richesse et le pouvoir. Pour bien comprendre la domination que subissent les sans culottes qui n’ont pas d’autre choix que de s’enrôler dans l’armée pour ne pas mourir de faim, il faut voir comment fonctionnait son armée. En théorie, son intendance était assurée par l’organisation d’un ravitaillement centralisé. Dans les faits, il n’en était rien. Seule la Garde impériale était bien nourrie et les simples soldats souffraient de la faim et de la soif, les vivres étant chers et rares. Ils étaient obligés d’avoir recours à la « maraude » et pratiquaient le pillage pour se nourrir sur le dos des populations. Les peuples qui accueillaient les soldats français comme des libérateurs déchantaient vite. 500 000 d’entre eux meurent pendant la grande retraite de Russie (Bérézina). Napoléon capitule définitivement après la bataille de Waterloo. Le traité de Paris est signé en 1815 pour tenter de restaurer l’équilibre entre les puissances européennes. La révolution industrielle débute en Angleterre mais c’est une autre histoire.

  5. J’ai oublié de préciser la thèse centrale de Michea, la religion du progrès. Pour remplacer les anciennes valeurs de la religion, il faut établir des conventions sociales. C’est la naissance du droit moderne. Et effectivement, il y a un côté solennel voire sacrée dans l’institution judiciaire (tribunal, robes, serments etc.)

  6. Je suis d’accord avec certans points de cette analyse, notamment l’autonomie (qui n’est pas du tout une valeur porte par les gauchistes qui sont terrorise par l’independance).
    Mais il me semble qu’elle passe tout de meme a cote de l’essentiel, probablement parce que l’auteur demeure un garcon polie: les politiques, consciemment ou inconsciemment, sont tous des escrocs, et les gens qui nourrissent ce debat tout autant.
    L’escroquerie consiste a parasiter un systeme de production pour en retirer 6000 euros (au minimum) par mois ainsi que de tres nombreux avantages pour ces amis (pantouflage), et ceci depuis que le parlementarisme existe et devient electif, c’est a dire precisemment le moment ou droite et gauche naissent.
    Cela fait des millenaires que des etats se construisent en parasite du systeme de production agricole, puis l’organise comme des fourmis traient les pucerons, pour maximiser les dommages fait a l’environnement et traire un maximum (de travailleur).
    Avec le systeme industriel, on a simplement une acceleration du phenomene et la necessite d,augmenter le parasitisme dans son ampleur.
    La revolution francaise correspond a ce moment precis. La revolution industrtielle a commencer dans les pays du nord, oblige d’exploiter encore plus intensement leur environnement pour survivre face a l’explosion de leur population (plus de bois en angleterre, les pays bas etaient oblige de bruler de la tourbe et perdre des terres precisues). La machine a vapeur, utilise pour asssecher les galleries de mines de charbon de terre, date de 1712.
    Face a cette concurrence effrene la France fait, comme toute l’europe, la guerre, et est elle meme, parce qu’endette du fait de la guerre, oblige d’accellerer brutalement la ponction, le parasitisme, et cela ne peut se realsier qu’en changeant toute les structures de l’etat, d’ou la revolution.
    Depuis 200 ans, ce systeme implacable de racket, d’abord des paysans, puis des ouvriers, enfle jusqu’a atteindre plus de 50 % de prelevement de la production, ce qui est absolument inedit dans toute l’histoire, (mis a part l’esclavage qui a toujours concerne une part reduite et localisee de l’humanite). Dans ce systeme, les politiciens sont les parasites en chefs, les petites mains qui soutiennent activement le systeme.
    La droite et la gauche ne sont qu’un jeu pour creer un faux enjeu (qui trompe de moins en moins mais fait du bruit mediatique) en designant des boucs emissaires differents qui expliqueraient le malheur des populations.
    Pour Antoine Leaument, le mechant c’est le riche. Si on elimine les riches, on aura la prosperite pour tous. Cela a deja ete essaye dans l’histoire, avec des coinsequence diaboliques; quand on elimine les patrons et les koulaks, les apparatchiks prennent leur place et oprganise le systeme industriel encore plus impitoyablement, dans leur seul interet, puis laisse mourrir de faim et de froid leur population. Tout simplement parce que, comme cela l’a ete dit dans ce blog, l’industrie reclame de l’autorite et cree des situation de pouvoir qui profitent toujours a des vrais mechants au final (dependance a l’alcool, a la cociane, psychose etc). Au moins dans le systeme capitaliste, si Elon Musk, meme atteint de psychose et d’autisme, ne vends plus ses Tesla, il doit arreter de faire le guignol a la maison blanche et retourner a ses bureaux pour bosser.
    Pour la droite, l’ennemi jure est l’etat depensier, les fonctionnaires, les parasites et l’im0pots qui empeche la creatiojn de richesse. Evidemment, c’est d’une grande hypocrisie, puisque la droite n’a pas globalement reduit la pression fiscale. Il y’a eu parait il quelques effets pour le smic, mais globallement, les reflexes de pantouflage, copinage, corruption etant universel, la dette a augmente et les depense n’ont pas baisse. La droite ne propose evidemmet pas la disparition de l’etat et donc de la ponction, etant eux aussi des parasites, mais propose de limiter l’etat au regalien. Mais dans les faits c’est toout aussi trompeur, car il n’y a aucune limite entre ce qui est regalien et ce qui ne l’est pas, simplement ce ne sont pas les memes acteurs qui se gavent.
    En effet l’etat doitr organiser l ‘armee, la production d’armes (et filer dui pognon a space X et palantir), organiser le reseau de transport etc etc (meme si il laisse l’execution au privee, c’est lui qui orient notre argent a norte place dans un etat de droite comme de gauche).
    Par ailleurs, qu’elles soient de doite qu de gauche, c’est l’etat qui organise la propriete des moyens de production industriels, pas nous, et pas meme le marche (l’etat decide qu’un supoermarche peut s’installer mais interdire ma vente ambulante).
    Enfin il faut soulgner que le moteur de la croissance des etats est la guerre (souvent cause par des besoins materielle popur l’industrie et justifie a posteriori). Par exemple c’est la guerre 14 qui a vu instaurer l’impot suir le revenui, soi disant transitoirement pour l’effort de guerre.
    Et il n’ya pas de guerre de droite ou de gauche.
    Bref, tout cela est une farce destinee a faire croire qu’il existe un e oppositiuon qui n’existe pas dans les fait. Tous ont besoin de l’etat, de ponction et de nous faire travailler a notre propre destruction.
    Precisement parce qu’ils detestent tous l’autonomie et sont tous des etres ultrasociaux qui ont besoin que quelque chose decide du sens a donner a luer vie, que ce soit l’etat Melenchoniste (qui fera faillitre et sera oblige d’obeir soit au marche soit se vassaliser comme la Coree du Nord) ou le marche (qui est au final de toute facon necessairement regule par l’etat).

    1. J’ai relu votre commentaire. Il y a beaucoup d’approximations et de raccourcis dans ce que vous écrivez, notamment sur l’esclavage et la révolution bolchevik. Mais on ne vas pas rentrer là-dedans ce serait trop long.

      1. C’est un commentaire, il est forcément approximatif. Les thématiques abordées nécessiteraient chacune un développement de plusieurs articles. On ne demande pas (enfin moi, tout du moins) à avoir un argument parfait dans la section commentaires, juste des réactions qui permettent de mettre le doigt là où ça fait mal par rapport à l’article d’origine, soit de donner des éléments supplémentaires pour aller plus loin.
        Dans le premier cas, mission accomplie et dans le second également : la thèse de Michéa devait effectivement être abordée – il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir travaillé sur ce sujet de la convergence entre la droite et la gauche sur la direction empruntée par le Capital.- De plus, le commentaire de Kervennic aborde également des aspects intéressants, qui certes pourraient être développés, mais qui ont déjà été traités par d’autres en mieux (ça ramène au final à la construction de l’état moderne et son rôle dans la mise en cadence du Capital. Pierre Clastres et James C Scott, sans être exhaustif ont déjà bien travaillé le sujet non ?).
        Merci à vous pour les éclairages apportés, mais par pitié arrêtez de vous invectiver « tu vas pas assez loin », « tu devrais pas dire comme ça », « ya machin qui a dit pareil, mais d’une autre façon », « tu aurais du placer la virgule à un autre endroit ».

  7. Autre point. Simone Weil, qui a ete pour moi une lecture importante qui m’a donne de l’assurance dans mon choix de vie, n’est pas une personne de gauche.
    C’est une personne qui a fait le chemin de la gauche (syndicaliste, Marxiste) vers des valeurs qu’on pourrait tres bein qualifier de droite (catholicisme, foi, enracinement).

    Cela correspond a un murissement progressif et un depassement, et cela correspond au cheminement de beaucoup de personne qui ne veulent pas de laisser enfermer dans cette opposition sterile.

    Mon seule objectif est la disparition du systeme industriel et le retour d’une possibilite d’une existence autonome fonde sur une exploitation harmonieuse de l’ecosysteme qui m’entoure, seule facon d’avoir une existence digne.
    Je ne suis pas contre Elon Musk 0ou Donald Trump, car je veux la fin de toutes industrie et selon moi les induistries renouvelable sont pires (plus avance dans le processus de destyructiuon) qu’Aramco ou Total. Donc je ne suis pas de gauche, car il ne faut pas transitioner, c’est une horreur, li vaut mieux laisser le systeme pericliter (et le pousser en resistant a la conssommation).
    Je me fous de savoir si quelau’un est feministe ou raciste etc. Je ne veux pas faire des proces d’ijntention, chasse au sorciere etc. Ce sont des categories mis en place par ses parties pour nous diviser. Je m’associe avec toux ceux qui ont le meme objectifs que moi. La seul chose qui compte c’est qu’il me respecte en tant qu’individus et respectent mes proches.

    Il n’y a qu’un seul combat, celui qui consiste a sauver nos moyens d’exister, c’est a dire la nature (ce qui est cree spontanement et non pas par un systeme humain perissable).

    1. Kervennic,
      Le christianisme n’est ni de droite ni de gauche. C’est un message révolutionnaire contre toutes les formes d’oppression sociale des individus. On y croit ou on y croit pas (personnellement je n’y crois pas.)

        1. La gauche c’est l’ouverture aux autres, meme si on ne les conmnait pas et on ne les connaitra jamais, c’est le voyage, l’avion, le multiculturalisme, la cohabitation heureuse avec ^l’autre »
          Voire la video que J’ai fait sur Francois Gemenne, qui bien qu’officiellement combattant du climat, a dit texto qu’entre un monde sans avion et plus 4 degres, il choisissaait plus 4 degres, car une monde sans avion, c’est le monde du front national.
          C’est ce que pense la gauche qui ne lachera pas la mobilite pour retourner en arriere.

          1. Tu parles du nomadisme moderne qui est une autre valeur cardinale de la gauche, que l’on retrouve chez l’Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme. L’enracinement, c’est l’ancrage individuel au sein d’une communauté de visages familiers sur un territoire circonscrit, la vie au grand air et le travail manuel qui permet de subvenir à ses besoins et assurer la reproduction sociale. Mais cela soulève aussi pas mal de questions. Une parmi tant d’autres, c’est que par le passé, ces communautés ont souvent eu des comportements hostiles les unes envers les autres. L’étranger, c’est celui qui n’est pas de chez nous, donc on s’en méfie, il vient peut-être pour nous voler, ce qui représente un risque pour un équilibre dépendant d’une subsistance frugale, et on a recours à tous les moyens pour s’en débarrasser, y compris le meurtre. Comment pourrait-on dépasser ça ? Comment transfigurer la violence ? Comment les communautés pourraient-elles vivre en paix les unes envers les autres ? En harmonie les unes à coté des autres ? Quelle liberté pour l’individu ? Est ce que son destin est scellé dès la naissance ou pas (comme autrefois) ? Autant de questionnements qui peuvent nous interroger sur le plan politique et philosophique.

        2. Je n’ai pas lu Simone Weil (encore une lacune) mais je connais sa personnalité et son cheminement intellectuel par le biais d’autres combattants révolutionnaires. Elle a notamment hébergé Trotsty qui était en fuite à travers l’Europe avant de rejoindre le Mexique, et elle l’avait engueulé en lui disant que son combat pour la ré-apropriation des moyens de production par les ouvriers était perdu d’avance. Elle avait raison.

  8. Juste pour terminer sur la Révolution Française et la question primordiale de la propriété foncière. Cela permettra d’illustrer l’image frappante de Kervennic des fourmis qui élèvent les pucerons pour les traire avec des faits historiques qui nous touchent directement. A partir de 1789, la classe bourgeoise accorde de nouveaux droits aux paysans, ils accèdent à l’autonomie juridique et politique, et à l’autonomie financière. En tous cas en théorie, mais qu’en est-il réellement ? Avant 1789, ils sont clairement exploités par les seigneurs qui sont propriétaires des terres (droits féodaux, corvées, champarts). Au moment de la Révolution, les biens du clergé et les biens des émigrés (les nobles qui ont fui à l’étranger) sont réquisitionnés. Les droits féodaux sont abolis. Le paysan n’est plus un « sujet » mais un citoyen libre et égal en droits. Sur le plan politique, il gagne en autonomie. Mais qu’en est il réellement de cette autonomie ? La Révolution fait du paysan un propriétaire, mais un propriétaire précaire. Les biens confisqués qui sont les biens communaux, les meilleures terres (blé), sont vendues comme « Biens nationaux ». Et évidemment, c’est la classe bourgeoise qui rafle la mise. Les petits paysans qui sont l’immense majorité de la population accèdent à un lopin mais qui ne leur permet pas d’être autosuffisant. Ils sont donc obligés de vendre leur force de travail en tant que journalier sur les propriétés des grands fermiers. Ils passent de l’exploitation féodale à l’esclavage salarié. Ce paradoxe fait du paysan français tout au long du XIXeme siècle un homme farouchement attaché à son lopin, mais économiquement dépendant et politiquement conservateur. C’est pourquoi, les paysans seront qualifiés de réactionnaires au moment de la naissance du socialisme. Le paysan devient un propriétaire-individu, un esclave moderne. A ce stade, se pose le problème de la gestion des biens communaux, des fameux communs, cela renvoie à l’article précédent sur Murray Boockchin. Mis à part ses divagations sur le progrès technologique et scientifique, et avec lui, celui de nos « amis » de l’Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme, qui n’auront pas été déçu du voyage avec la réponse de Jean Paul Floure (Jean Paul, vous êtes l’Édouard Glissant de la techno-critique !), peut-être que tout n’est pas non plus à jeter dans son travail. En tout cas, je trouve qu’il vaut mieux savoir dialoguer en exposant nos différences, même s’il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord, car nous avons plus besoin d’alliances que d’oppositions.

  9. (Au moment de la prolétarisation massive de la paysannerie pendant les deux grandes vagues d’exodes ruraux (1850-1914 et 1945-1975), les ouvriers garderont l’habitude de cultiver un lopin de terre dans les cités ouvrières.)

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