Nous repro­dui­sons ici un texte publié par Tomjo sur le site de sa revue, Hors-Sol, en octobre 2019. Le titre (du nouveau maccar­thysme en milieu “radi­cal”) est un ajout. De même que les quelques images.


Du coup

Lille, 2014 – 2019 :

Insultes, rumeurs et calom­nies consé­cu­tives aux débats sur la PMA
Post-scrip­tum à mon passage en milieu ridi­cule

Par Tomjo
Lille, octobre 2019

« Le Parti n’a jamais tort, dit Rouba­chov. Toi et moi, nous pouvons nous trom­per. Mais pas le Parti. Le Parti, cama­rade, est quelque chose de plus grand que toi et moi, et que mille autres comme toi et moi. Le Parti, c’est l’in­car­na­tion de l’idée révo­lu­tion­naire dans l’His­toire. L’His­toire ne connaît ni scru­pules ni hési­ta­tions. Inerte et infaillible, elle coule vers son but. A chaque courbe de son cours, elle dépose la boue qu’elle char­rie et les cadavres des noyés. L’His­toire connaît son chemin. Elle ne commet pas d’er­reurs. Quiconque n’a pas une foi abso­lue dans l’His­toire n’a pas sa place dans les rangs du Parti. »

Arthur Koest­ler, Le zéro et l’in­fini, 1940.

***

Mises bout à bout, les peti­tesses des indi­vi­dus révèlent un milieu, ses fins et ses moyens. Voici quelques épisodes de mon passage dans ce qui s’au­to­dé­signe noble­ment comme le « milieu radi­cal ». S’il s’agit bien d’un « milieu », par sa struc­ture lâche et ses juges offi­cieux, il fonc­tionne néan­moins comme un parti – suppo­sé­ment « liber­taire », mais un parti quand même. S’il se prétend « radi­cal », c’est pour son verbe haut, son esthé­tique et ses postures détèr, son goût du coup de poing. Rare­ment pour ses idées. Le terme qui convient est donc « extré­miste ». Quant aux idées, disons « libé­rales-liber­taires ». Les insultes et menaces que l’on m’a adres­sées depuis le débat sur l’ou­ver­ture de la PMA aux lesbiennes et aux femmes seules à partir de 2014 en consti­tuent une illus­tra­tion.

Si je publie ce témoi­gnage aujourd’­hui, c’est en raison du calen­drier. Il me plaît de rappe­ler aux « radi­caux » que la PMA est sur le point d’être votée par une assem­blée « Répu­blique En Marche », sur propo­si­tion d’Em­ma­nuel Macron, le même qui a ébor­gné gilets jaunes et K-ways noirs tous les same­dis de l’an­née écou­lée. Ce retour de la PMA dans l’es­pace public me valant une nouvelle salve d’in­sultes et de calom­nies depuis cet été, des tags « Tomjo gros mascu », une BD sur le net, une inter­dic­tion de parti­ci­per à une confé­rence.

Ce témoi­gnage, chacun l’en­ten­dra à sa guise, mais les pires sourds, désor­mais, ne pour­ront faire comme si je n’avais rien dit, ni porté les faits à la connais­sance de tout un chacun.

***

Quand on arrive en ville…

J’entre en milieu radi­cal lillois en 2006, au moment du CPE. J’ar­rive d’Amiens, un peu seul dans cette grande ville et mes ques­tions. Je souffre, confu­sé­ment, de cirer les bancs de l’Uni­ver­sité. Ils m’en­voient droit vers un bon diplôme, un bon travail, une bonne voiture, un bon ménage, une bonne réus­site sociale attes­tée par l’achat de breloques ; bref, vers un ennui profond – qui de surcroît préci­pite la date de péremp­tion de l’Hu­ma­nité par les marchan­dises qui le compensent. Les années 90 m’avaient emporté de leur ambiance punk fin-de-siècle, plus éner­vées par l’ab­sence de pers­pec­tives et le refus de parve­nir que par la gagne. Nirvana, Pixies, Thié­faine, Mano Solo en furent la bande sonore, Fight Club, Trains­po­ting, The Big Lebowski, Ameri­can Beauty la mise en images. Au milieu des assem­blées et des blocages de cette année 2006, je rencontre une bande de cyclistes qui s’amusent, de nuit, à détour­ner ou détruire des panneaux publi­ci­taires. Leur truc m’en­thou­siasme tout de suite : il existe sur cette Terre des gens qui sortent des rails du bonheur que me traçaient jusque-là famille, école, publi­ci­tés et poli­ti­ciens. Je trouve des gens et des mots avec lesquels formu­ler mes ques­tions, à défaut de toujours y répondre. J’adhère à une asso­cia­tion de jeunes écolos, liber­taires sur les bords, qui refusent et critiquent plus géné­ra­le­ment le nihi­lisme de la société indus­trielle. C’est le moment de mes premières manifs anti­nu­cléaires en Alle­magne, des manifs anti-OGM en Lozère, et des camps d’été entre écolos cheve­lus. On est entre 2006 et 2010.

Cette effer­ves­cence me libère la parole. Je soigne ma dépres­sion par l’ex­pres­sion, du moins par écrit. Je propose des articles à La Brique, un jeune jour­nal de critique sociale, puis à d’autres comme CQFD, la revue Z, etc. Je découvre mes premiers squats, où s’in­vente une vie la plus éloi­gnée possible de l’usine ou du bureau, « section squat-tout nik-tout » puisqu’il n’y a rien à garder de ce monde. Je navigue quelques années entre écolos rigo­los et anar­chistes en rupture. J’avale le cata­logue des éditions de l’En­cy­clo­pé­die des nuisances, des situa­tion­nistes deve­nus anti-indus­triels ; c’est avec leurs écrits que je me trouve le mieux accom­pa­gné. Des anars, je regrette parfois l’in­con­sé­quence sur cette nouvelle donne qu’est le désastre écolo­gique (nouvelle par rapport à la guerre d’Es­pagne). Des écolos, je regrette le « citoyen­nisme », l’alié­na­tion au Parti de l’État et à ses solu­tions (éner­gies renou­ve­lables, trans­ports « doux », ratio­na­li­sa­tion infor­ma­tique de la société). Je rencontre les Greno­blois de Pièces et main d’œuvre qui publient mon enquête, L’En­fer vert, un projet pavé de bonnes inten­tions, sur leur site et dans leur collec­tion Néga­tif, à L’Échap­pée (2013). Une critique de cet écolo­gisme qui m’exas­père à Lille.

Chemin faisant, et pour entrer dans le vif du sujet, j’ac­com­pagne le signa­taire d’un livre critique de la tech­no­lo­gie PMA dans une tour­née de librai­ries. Il s’agit de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main d’Alexis Escu­dero, co-écrite avec Pièces et main d’œuvre, égale­ment publiée sur le site de PMO, puis aux éditions du Monde à l’en­vers. J’or­ga­nise une présen­ta­tion du livre dans une librai­rie que je squatte et habite. Il ne m’a pas échappé que la France est secouée depuis deux ans par le mariage et la Manif pour tous. J’en­rage qu’au­cun débat n’existe autour des tech­no­lo­gies de repro­duc­tion. S’il y a des méchants, les gentils doivent faire front. Quand le bouquin débarque sur les étals, il rappelle aux mili­tants contre la marchan­di­sa­tion du monde, à ceux qui mani­fes­taient contre les OGM dix ans plus tôt, que la PMA est une tech­nique de sélec­tion, de marchan­di­sa­tion et d’aug­men­ta­tion géné­tique de l’es­pèce humaine. Les indus­triels de la géné­tique sont en passe de faire avec les humains ce qu’ils ont fait avec le soja et les vaches Holstein. Aucune consi­dé­ra­tion sur qui peut baiser avec qui, ni qui peut se marier avec qui. Et pour cause : on s’en fout, tant que les gens prennent du plai­sir…

Page 1 du livre : « Même si tous les marcheurs [de la Manif pour tous] ne sont pas homo­phobes, nombre de ceux qui protestent contre le mariage, l’adop­tion homo­sexuelle, la PMA ou la GPA défilent en fait contre l’ho­mo­sexua­lité. » Nous n’en sommes pas. Le procès en « homo­pho­bie », en « réac­tion » et en « fascisme » qui m’est fait, ainsi qu’à l’au­teur et aux éditeurs, pour­rait s’ar­rê­ter là : page 1.

S’il fallait insis­ter, et appa­rem­ment il le faut, lisons la page 2 : « L’in­sé­mi­na­tion pratiquée à domi­cile avec le sperme d’un proche n’est pas la PMA. La première n’exige qu’un pot de yaourt et une seringue. Elle soulève essen­tiel­le­ment la ques­tion de l’ac­cès aux origines pour l’en­fant : lui dire qui est son père ? La PMA en revanche, pratiquée en labo­ra­toire, soumet les couples à l’ex­per­tise médi­cale, trans­forme la procréa­tion en marchan­dise, place les embryons sous la coupe du biolo­giste et entraîne leur sélec­tion : l’eu­gé­nisme. C’est la PMA que réclame la gauche et la mouvance LGBT. » Le livre est une attaque de la PMA, non du pot de yaourt utilisé par certaines lesbiennes. Le procès en « homo­pho­bie » pour­rait se conclure ici : page 2.

Page 3, ce slogan en guise de reven­di­ca­tion, enfonce le clou : « Ni pour les homos, ni pour les hété­ros : la PMA pour personne ! »

Ce n’est pas compliqué à comprendre. Encore faut-il lire trois pages.

Le livre ne s’en prend jamais au fémi­nisme. Pas une fois. Comme chacun le sait et le rappelle, les mouve­ments fémi­nistes et homo­sexuels sont divers. Certains sont de droite, d’autres libé­raux, de gauche, d’ex­trême gauche, écolos ou liber­taires. C’est comme dans la vie. Or, le livre s’en prend exclu­si­ve­ment aux défen­seurs de la PMA qui viennent majo­ri­tai­re­ment des fémi­nismes dits de la « troi­sième vague », queer, cyborg et ultra-libé­raux. Le problème est qu’ils noyautent, proba­ble­ment sur un malen­tendu, le dit « milieu radi­cal » où j’évo­lue nez au vent.

Le mauvais procès en « anti­fé­mi­nisme » aurait pu s’ar­rê­ter là. Il s’est pour­tant acharné contre moi et mes proches. Parfois violem­ment, souvent comme une rumeur, presque toujours sous couvert de l’ano­ny­mat. En voici un compte rendu approxi­ma­tif.

Le livre en ques­tion

***

15 octobre 2014 – Course au point Godwin

Au début de l’af­faire, j’ha­bite depuis un an dans un squat-librai­rie, L’In­sou­mise. Dans cette vieille bâtisse de briques du quar­tier Moulins, nous nous propo­sons d’ani­mer un squat ouvert à la diver­sité des gens et des opinions, le plus popu­laire et mixte possible. On avait déjà orga­nisé des dizaines de discus­sions et de projec­tions, un bal du 1er mai, et accueilli des dizaines de collec­tifs, des frau­deurs, des inter­mit­tents, des Kurdes, des cantines, etc. Un espace de vie, quoi, malgré le risque d’être réveillés un matin par les dingues du GIGN.

Quelques jours avant le débat sur la PMA, la librai­rie est quali­fiée d’« Insou­mi­so­gyne » (c’est un jeu de mots) dans un commu­niqué anonyme publié, et accepté, par les admi­nis­tra­teurs du site de publi­ca­tion coopé­ra­tif Indy­me­dia Lille, le repaire numé­rique des anars à l’époque. C’est un site anonyme qui permet toute discré­tion vis-à-vis des flics, je ne connais pas l’iden­tité de ses admi­nis­tra­teurs, et ne pour­rai jamais discu­ter in real life de ce qui s’y déverse contre mes amis et moi. Cette librai­rie dans laquelle j’or­ga­nise la rencontre avec Escu­dero serait complice de la « lesbo­pho­bie, l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie » de l’au­teur. Sur quoi nous serions toutes et tous des « anar­cho­pres­seurs » (nouveau jeu de mots) ne valant pas mieux que des « fascistes ». Je vous ai annoncé du verbe haut… Cette première inter­pel­la­tion a la déli­ca­tesse d’une bouse explo­sive sur le crâne d’un nouveau-né.

Le fascisme est, comme on sait, un mouve­ment poli­tique italien tota­li­taire, natio­na­liste, parti­san d’un État fort et d’une écono­mie plani­fiée. À mesure qu’il conquiert l’Éthio­pie (1935) et se rapproche du Parti natio­nal-socia­liste des travailleurs alle­mands (NSDAP), il auto­rise les publi­ca­tions racistes et anti­sé­mites, et finit par adop­ter en 1938 plusieurs lois raciales dont un Mani­feste de la race. Parmi les scien­ti­fiques signa­taires et les prin­ci­pales influences intel­lec­tuelles de ce Mani­feste anti­sé­mite, l’en­do­cri­no­logue eugé­niste Nicola Pende défend une poli­tique nata­liste et « l’amé­lio­ra­tion raison­née de l’homme », après celle des semences agri­coles.

Note aux « anti­fas­cistes » d’Indy­me­dia : nos argu­ments contre le trans­hu­ma­nisme et la PMA sont donc eux aussi, par défi­ni­tion et en tous points, anti­fas­cistes. Mais je vous laisse la jouis­sance du Point Godwin, aussi appelé « Reduc­tio ad hitle­rum ».

***

Début octobre 2014 – L’ex­clu­sion comme mode de régu­la­tion des conflits

Quelques jours avant le débat, et malgré les premières douceurs profé­rées par voie numé­rique, je me rends à une soirée karaoké orga­ni­sée par le centre LGBT dans le cadre d’un festi­val fémi­niste, avec ateliers sur les « conforts affec­tifs » et séances de taïchi. C’est l’oc­ca­sion d’in­vi­ter quelques amis, pardon quelques ami-e-s, et de discu­ter de la PMA. Je n’en aurai pas le temps. Je me fais virer au seuil du lieu par Marie-Cécile, la commis­saire poli­tique[1]. D’après cette socio­logue du genre diplô­mée de sciences-po, ce n’est pas le moment de critiquer la PMA alors qu’il y a tant d’agres­sions homo­phobes. Le « contexte » ne se prête pas à la critique. Au pire cela fait de moi un piètre stra­tège, mais pas un homo­phobe. Je suis tout de même exclu pour Défaut d’ap­pré­cia­tion des condi­tions histo­riques – c’est ainsi que je l’en­tends. Je me souviens d’avoir rétorqué à ladite commis­saire qu’un jour ou l’autre la PMA serait léga­li­sée ; que ce n’est pas la Manif pour tous qui fait l’his­toire mais la Sili­con Valley. C’est un raccourci, hein, mais j’avais raison. Après que François Hollande a lancé l’idée (celui de la loi Travail), le plus tech­no­crate et libé­ral des prési­dents de la Ve Répu­blique est en passe de léga­li­ser la PMA. J’en parle­rai à la contex­to­logue au prochain atelier « conforts affec­tifs », après ses heures de cher­cheuse en « épis­té­mo­lo­gie fémi­niste du point de vue sur les théo­ries poli­tiques ».

***

27 octobre 2014 – La bêtise mili­tante fait obstruc­tion

Le grand soir est arrivé. Quelques copains de L’In­sou­mise commencent à grin­cer des dents sous la pres­sion des calom­nia­teurs anonymes, et proba­ble­ment de leurs potes. À mon arri­vée, un groupe complote au coin de la rue. Je les vois de loin en train de peau­fi­ner leur inter­ven­tion – qui parle ?, qui distri­bue le tract ?, combien de temps on reste dans la salle ? Ils ont l’air grave des jours « d’ac­tion », appe­santi par l’idée qu’ils se font de leur inter­ven­tion, proche de l’af­faire d’État. J’ai bien compris ce qui allait se dérou­ler et j’ai envie de me marrer devant le ridi­cule de la situa­tion. Ils sont une petite dizaine, mili­tantes et mili­tants du Centre cultu­rel liber­taire (CCL) et du centre LGBT. Certains sont encore des copains même si mes liens avec le CCL sont depuis quelques temps disten­dus. Le CCL abrite depuis 1987 une biblio­thèque, une salle de concerts, et une salle de réunion pour les asso­cia­tions. Des punks, des anars, des végans, des fémi­nis­tes… J’y suis donc passé souvent, mais j’en avais ras la capuche de leurs airs consti­pés, peine-à-jouir et flagel­lant, de leur liste de compor­te­ments et de mots inter­dits longue comme le bras (sexistes, racistes, homo­phobes, vali­distes, trans­phobes, spécistes, etc) ; bref : comme disent les pompeux, de leur ortho­praxie de curés. Un an plus tôt, avec La Brique, nous avions programmé le concert d’un groupe potache, The Gendarme, qui mettait en scène des femmes potiches, des poli­ciers beaufs et des tonfas détour­nés de leur usage normal (inutile de faire un dessin, vous connais­sez l’af­faire Théo). Ce troi­sième degré n’était pas du goût des commis­saires artis­tiques (alias gardiens du bon goût) qui ne voyaient là que des propos « sexistes et homo­phobes » et le renfor­ce­ment des « assi­gna­tions sociales ». Il aurait fallu leur expliquer le rôle de la cari­ca­ture et du théâtre, mais ça aurait pris des plombes, genre réunion hyper tendue avec tours de parole à double liste genrée et étalage de « ressen­tis » : « Moi, tu vois, je trouve ça vache­ment violent ce que tu dis… » On a préféré annu­ler le concert.

Au début de l’in­ter­ven­tion d’Es­cu­dero, le groupe de citoyens vigi­lants se pose devant l’au­di­toire et lit son tract avant d’in­vi­ter les gens à quit­ter la salle. Sans rencon­trer un grand succès. À les croire, l’au­teur de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main n’au­rait pas droit à la parole ni même de « produire une critique des tech­no­lo­gies de repro­duc­tion », étant supposé qu’il est « homme blanc cis hétéro univer­si­taire ». Avant d’écrire, celui-ci aurait dû faire son auto­cri­tique à la stali­nienne en « inter­roge[ant] les privi­lèges dont il béné­fi­cie ». Les cathos diraient : confes­ser ses péchés, faire œuvre de péni­tence et de contri­tion.

Les auteurs du tract ne critiquent pas le livre qu’ils n’ont semble-t-il pas lu, ni à l’époque, ni depuis. Ils sont pour­tant bien éduqués. Je recon­nais un histo­rien des sciences de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, un infor­ma­ti­cien, plusieurs socio­logues, mais seule l’iden­tité de l’au­teur leur suffit. Il ne serait permis de parler de la PMA-GPA qu’a­près – prenez une longue inspi­ra­tion – la « critique des privi­lèges blancs, mascu­lins, cisgenre, hété­ro­sexuels, valides, bour­geois, âgiste et d’autres qu’on oublie sûre­ment à cause de nos propres privi­lèges ». Le langage alam­biqué des radi­caux de labos nomme cela « démarche inter­sec­tion­nelle », soit le « croi­se­ment » de diffé­rentes « oppres­sions » et « privi­lèges » iden­ti­taires jusque là rangés en silos. Cette façon de voir le réel vient des campus améri­cains, c’est vous dire si c’est chic et radi­cal. Plus exac­te­ment, c’est la juriste noire améri­caine Kimberlé Cren­shaw, prof à Colum­bia, qui inventa le terme en 1989 après sa thèse de droit à Harvard. Le terme a quitté les campus pour se retrou­ver chez les candi­dats démo­crates Hillary Clin­ton et, dans une moindre mesure, Bernie Sanders, lors des primaires en 2016[2]. Notre « milieu » a donc ceci de « radi­cal » qu’il a au moins deux ans d’avance sur le Parti démo­crate.

Selon les socio­logues post­mo­dernes, la valeur d’un message se mesure à l’aune de son émet­teur (ici, son profil, son « iden­tité »). Rien ne sert d’ap­prendre à lire, à comprendre, distin­guer, compa­rer, hiérar­chi­ser les idées. Rien ne sert de faire preuve d’intel­li­gence, ainsi que l’avoue le post-scrip­tum du tract : « ce texte est perfec­tible mais nous consi­dé­rons que nous avons passé déjà suffi­sam­ment de temps à contrer les problèmes causés par ce livre, son auteur et ce débat. » La lecture et la pensée sont choses négli­geables. L’iden­tité du locu­teur suffit à le décla­rer coupable ou inno­cent.

***

8 novembre 2014 – Insultes en quelques cases

L’au­teure de BD Mawy, qui me reste incon­nue à ce jour, rend compte sur son blog de la soirée à L’In­sou­mise dans une bande dessi­née inti­tu­lée « Anar­couilles 7 »[3]. Mawy est une auteure et mili­tante LGBT++ dont le travail consiste, comme l’in­dique le nom de la bédé, à traquer les compor­te­ments non « safes » et oppres­seurs à l’in­té­rieur de son bocal. Rien n’in­dique, dans ses produc­tions, qu’elle se confronte à autre chose qu’à son milieu, genre des gilets jaunes mal éduqués qui scandent, après les leçons de la Commis­sion « Slogans bien­veillants » : « Les insultes, dans ton cul ! Les insultes, dans ton cul ! »

Dans sa bédé, je reçois entre autres épithètes bien­veillantes des « Alain Soral », « connards », « dégueu­lis », « raclure de fond de bidet », augmen­tés de la menace de voir mes « testi­cules audes­sus de [sa] chemi­née. » Je ne prends pas la menace de mon émas­cu­la­tion au tragique. Comment se soucier de quelqu’un qui ne lit pas la première page d’un livre avant de le conchier, et qui peine à aligner un sujet, un verbe et un complé­ment afin d’ar­ti­cu­ler un argu­ment sous la forme d’une phrase. Pour toute critique litté­raire, Mawy cite quelques extraits de la quatrième de couver­ture de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main qu’elle ponc­tue de « ! ! ! », « Mais wow ! », « What what what ! », « Super clas­se… », et de traits d’iro­nie tels que « Pas funky ». Au contraire, selon Mawy, la revue post-fémi­niste Timult serait une « super revue ».

Deux mois plus tôt, la super revue fémi­niste et inter­sec­tion­nelle greno­bloise se deman­dait si Frigide Barjot, leadeuse de la Manif pour tous, ne serait pas « membre de PMO ? ». La revue défen­dait la PMA et les mères porteuses (GPA) face aux « glis­se­ments vers des posi­tions homo­phobes, anti-fémi­nistes et réac­tion­naires » de PMO et Escu­dero, ainsi que, bien­veillance oblige, leurs idées « mépri­santes et bles­santes ».

***

9 novembre 2014 – Complo­tiste comme un anti­sé­mite

L’au­teur du site d’in­for­ma­tion confi­den­tiel Guer­rier nomade publie lui aussi son compte rendu de la soirée[4]. Je croise le mec de temps en temps, ancien gauchiste devenu mili­tant des droits des chômeurs et des animaux. Lui est resté jusqu’au bout de la soirée à L’In­sou­mise, et semble avoir lu le début du livre. Appa­rem­ment sans bien le comprendre, car selon lui, « Escu­dero croit à des lois de la nature qui s’im­posent à l’homme. L’éman­ci­pa­tion selon lui ne consis­te­rait pas à s’en affran­chir mais à s’y confor­mer. Pour illus­trer son propos il dit plusieurs fois ”je ne serai jamais enceinte.” La phrase peut faire son effet devant une assem­blée cisgenre du Rotary mais elle est fausse. » En effet, comme l’es­père l’au­teur du compte-rendu, l’hu­ma­nité fera peut-être un jour des bébés dans des machines, des utérus arti­fi­ciels, sans corps, sans sexe et sans « nature », ce concept néces­sai­re­ment réac­tion­naire pour les trans­hu­ma­nistes. Mais à ce stade, les critiques de la PMA ne sont encore que des « réac­tion­naires », juste bons à animer des soirées de charité. Passe encore.

Ça se gâte ensuite. D’après notre guer­rier, les « tech­no­cri­tiques » que nous sommes voient des trans­hu­ma­nistes partout, tout comme les « anti­sé­mites » voient partout des Juifs : « les néo-luddites collent l’étoile ”trans­hu­ma­niste” sur des tas de gens pour mieux dénon­cer un complot imagi­naire. » Nous voilà deve­nus complo­tistes et anti­sé­mites en quatre lignes. Encore un peu et nous serons coupables d’avoir rempli des trains. Pour finir nous sommes trai­tés d’« anti-huma­nistes ». Faudrait savoir. Quelques lignes plus haut nous étions coupables de défendre la nature contre la machine. Mais qu’im­porte, le « milieu radi­cal » est connu pour se payer de mots. Des salades et des nuages de mots. Un pseudo-pédan­tisme de demi-culti­vés.

***

19 novembre 2014 – Parole aux oppo­santes

La petite équipe venue à L’In­sou­mise le 27 octobre avec son tract était emme­née par Aude Vidal, la seule « privi­lé­giée » à avoir lu le bouquin. Je connais Aude depuis presque dix ans, nous nous sommes côtoyés à Chiche !, une orga­ni­sa­tion de jeunesse écolo. Aude a beau­coup travaillé, béné­vo­le­ment, pour des revues, passant par EcoRev’, proche des Verts, avant de fonder L’An 02, une autre revue écolo, de passer par CQFD, jour­nal anar marseillais, et Panthère Première, revue entiè­re­ment réali­sée par des femmes et située à « l’in­ter­sec­tion entre ce qui est renvoyé à l’in­time […] et les phéno­mènes qui cherchent à faire système. » Ce qui semblait cohé­rent tant Aude se plai­gnait des rapports de pouvoir dans ces milieux, notam­ment ceux exer­cés par les hommes – ce qu’elle me confiait chaque fois qu’on se voyait, et tarti­nait sur son blog. Je l’ai toujours vue claquer la porte des groupes mili­tants et des revues en allé­guant du même grief. Plus tard, elle quit­tera La Brique avec fracas (au sens propre) à cause d’un édito qui selon elle, et peut-être à raison, par ses réflexes insur­rec­tion­nels faciles et gratuits, était « martial et viri­liste » et « sentait la bite ». Ce qu’elle vécut comme une « agres­sion sexiste » – je ne fais que rela­ter.

À la publi­ca­tion de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle, elle ne tarit pas de critiques à son encontre, le jugeant « anti­fé­mi­niste », « réac », « essen­tia­liste », « machiste », voire engagé sur un terrain glis­sant vers l’ex­trême droite « voisine[5] » – selon les lois de la gravité, proba­ble­ment. L’édi­tion du livre serait par ailleurs bâclée et mal foutue. Ce qui ne l’em­pêche nulle­ment de publier trois ans plus tard, chez ce même éditeur, Égolo­gie, une critique de l’in­di­vi­dua­lisme écolo, et en 2020 une critique du revenu univer­sel. – Non il ne s’agit pas d’une auto­cri­tique, ni même d’un aveu incons­cient. Malheu­reu­se­ment pour vous, amateurs de retour­ne­ments scéna­ris­tiques, toutes ses critiques les plus véhé­mentes ont disparu du forum de discus­sion « Seen­this » où elle sévis­sait à outrance. Le Minis­tère de la vérité a effacé ses traces non correctes. On suppose que cela faisait partie du marché plus ou moins tacite avec les éditeurs du Monde à l’En­vers, qui ne sont pas fiers ni rancu­niers. À moins qu’ils n’aient leurs raisons de faire amende hono­rable envers le « milieu ». On suppose égale­ment que ces innom­brables diatribes sont précieu­se­ment stockées dans quelque mémoire d’or­di­na­teur, n’at­ten­dant qu’une occa­sion propice pour repa­raître.

Quelques jours après le premier débat, Aude m’en propose un nouveau à L’In­sou­mise, qu’elle intro­dui­rait avec Aude Vincent, contri­bu­trice de la revue Offen­sive liber­taire et sociale et auteure d’un livre contre le « publi­sexisme ». Elles avaient co-signé un article dans L’An 02 : « Pour une critique éman­ci­pa­trice de la PMA ». Il devait s’agir, dans ce nouveau débat, de distin­guer insé­mi­na­tion arti­sa­nale et PMA, d’in­ter­dire les critères raciaux sur les cata­logues de gamètes et la détec­tion pré-implan­ta­toire (l’eu­gé­nisme), bref : d’em­bal­ler le busi­ness des banques de sperme et d’ovo­cytes dans une couche d’éthique. Comme si les eugé­nistes et la libre entre­prise allaient manquer une occa­sion de faire du profit et de la sélec­tion d’em­bryons. Mais grosso modo, en défen­dant l’in­sé­mi­na­tion arti­sa­nale contre la repro­duc­tion arti­fi­cielle, les deux Aude rejoignent Escu­dero (page 2). Alors pourquoi tant de hargne et de calom­nies ? Logique de distinc­tion ? De terri­toire ? Senti­ment de propriété exclu­sive sur le sujet, au moins dans le milieu anar­cho-écolo, et fureur de voir d’autres s’en empa­rer ? Jalou­sie devant un livre qu’elles auraient aimé écrire ? Vidal s’était fait écon­duire trois ans plus tôt par PMO quand elle leur avait proposé ses services d’écri­ture, lors d’un salon du livre liber­taire orga­nisé par la librai­rie lyon­naise La Gryphe.

La raison « de fond » (s’il faut en trou­ver une à tout prix) serait que le livre d’Es­cu­dero expé­die – même s’il en défend la possi­bi­lité – la ques­tion du droit des couples homo­sexuels à adop­ter ou à pratiquer l’in­sé­mi­na­tion du pot de yaourt. Ce n’est pas l’objet de son livre. Mais il n’em­pêche personne d’en publier un à ce propos. Reste que dans un milieu affligé d’un taux alar­mant de créti­nisme mili­tant, il n’était que trop facile et tentant, pour Aude Vidal et consorts, de l’as­si­mi­ler à la Manif pour tous. Aujourd’­hui encore, la seule lecture de Vidal suffit à bien des rédac­teurs pour quali­fier la critique de la PMA d’« homo­phobe », comme vient de le faire le site d’in­for­ma­tion écolo­giste Repor­terre[6].

J’ac­cepte néan­moins cette soirée à L’In­sou­mise dont le rôle est juste­ment de faire en sorte que des gens se rencontrent, discutent, s’ac­cordent, ou non. La salle est pleine comme un œuf, les auteurs du premier tract sont présents, la mine renfro­gnée comme il se doit. J’en garde le souve­nir d’un de ces « débats » typiques du milieu où il s’agit de parler avec le moins de convic­tion possible de crainte d’ap­pa­raître comme auto­ri­taire. J’ai surtout la mémoire de Jean-Benoît, cis-hétéro-blanc à lunettes, diplômé de Sciences-po, thésard en socio­lo­gie du mascu­li­nisme et aussi « liber­taire » que son centre cultu­rel, me repro­chant de parler à la place des incon­tour­nables « premiers concer­nés ». Comme si la PMA n’en­ga­geait pas l’en­semble de l’hu­ma­nité à venir, sa marchan­di­sa­tion dès son stade embryon­naire, son orga­ni­sa­tion géné­tico-sociale. Faut-il encore leur lire Le Meilleur des mondes et leur proje­ter Bien­ve­nue à Gattaca ?

Je ne parle pour­tant jamais qu’en mon nom, j’or­ga­nise cette soirée pour que des gens comme lui puissent s’ex­pri­mer, quand bien même ils n’ont rien d’autre à me dire que « tais-toi ! ». Éton­nants liber­taires, qui, pour la troi­sième fois, inter­viennent pour inter­dire la discus­sion.

À Lyon, lors d’un salon d’édi­tions liber­taires, d’autres iront jusqu’à bous­cu­ler, inter­dire un débat et la vente du livre. Le 22 novembre 2014, des mili­tants anar­chistes agressent le stand du Monde à l’en­vers, dénonçant son « idéo­lo­gie nauséa­bonde » (comme on le dit des nostal­giques du Troi­sième Reich). Un mois plus tard, une tribune « Contre la censure et l’in­ti­mi­da­tion dans les espaces d’ex­pres­sion liber­taire[7] » dénonce ces « compor­te­ments auto­ri­taires emprun­tés à la pire tradi­tion stali­nienne ». Tribune que je signe. L’his­to­rienne anar­chiste Anne Stei­ner, à l’ini­tia­tive du texte, explique comment l’hys­té­rie collec­tive se nour­rit de « comptes-rendus de comptes-rendus de comptes-rendus.[8] » De glis­se­ments en pentes glis­santes, d’idées voisines en récu­pé­ra­tions, voilà la recette de la rumeur : PMO, Escu­dero, La Décrois­sance, la Manif pour tous, tous seraient des « défen­seurs de la famille tradi­tion­nelle9 ». À la sortie du salon lyon­nais, un témoin entend les censeurs s’avouer que « Ça serait quand même bien de pouvoir lui répondre sur le fond. » Ça serait bien, oui, mais leur forme trahit l’ab­sence de fond, leur vacuité bruyante, alors n’en parlons plus.

Cet été 2019, le jour­nal La Décrois­sance a publié un dossier sur « la grande confu­sion » alimen­tée par les mouve­ments libé­raux et post­mo­dernes entre Enfant/Adulte, Humain/Animal, Mascu­lin/Fémi­nin, Humain/Machine, etc. Le dossier est discu­table, c’est-à-dire qu’il ne demande qu’à être discuté. Aude Vidal, elle, publie aujourd’­hui un livre chez Syllepse, une maison d’édi­tion crypto-trots­kyste, contre les « dérives libé­rales » des « nouveaux fémi­nismes radi­caux » (queer, déco­lo­niaux, non-binaires, etc)[9], elle n’en défend pas moins ses repré­sen­tants les plus extré­mistes quand ils appellent à brûler La Décrois­sance et à « pertur­ber [leurs] confé­rences[10] ». C’est-à-dire qu’elle dénonce tour à tour ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dénonce, au gré de ses manœuvres tortueuses pour publier à tout prix. A-t-elle oublié les pages « Débat » du mensuel écolo­giste dans lesquelles elle a pour­tant donné par deux fois son point de vue en 2012 et 2018 ? Depuis 2014, cette « tech­no­cri­tique » se trouve toujours du côté des calom­nia­teurs, des parti­sans de l’au­to­dafé et des ultras du cyber-fémi­nisme quand bien même elle s’en défen­drait dans son prochain bouquin. Bon, il ne faudrait pas non plus se tordre les méninges à expliquer un mystère d’une banale bana­li­tude.

Aude bouffe à tous les râte­liers tant que c’est bon pour le film qu’elle se fait et dont elle est l’hé­roïne. Elle fait carrière dans l’éco-fémi­nisme (rayon autrices), et elle revien­dra préci­pi­tam­ment s’as­seoir à la table de La Décrois­sance pour peu qu’on lui ouvre assez la porte pour y glis­ser le pied, comme elle s’est fait publier par Le Monde à l’En­vers, malgré les poubelles qu’elle a versées dessus, ou par L’Échap­pée. Vous voulez avoir la paix avec elle ? Publiez-la et vous êtes tranquille pour un moment. Et puis il faut bien que les librai­ries et les maisons d’édi­tion « alter­na­tives » aient des bouquins à vendre. Aude est tout à fait capable d’en­tas­ser des lieux communs, des ersatz de consom­ma­tion intel­lec­tuelle à desti­na­tion du « milieu ».

Free Speech = liberté d’ex­pres­sion / College = Univer­sité (milieu univer­si­taire) // Aux États-Unis (et au Canada, et dans les pays anglo-saxons en géné­ral), on observe un phéno­mène simi­laire. Ou, plutôt, le phéno­mène vient de là-bas. Il y est quasi­ment impos­sible de critiquer l’idéo­lo­gie queer. Derrick Jensen, par exemple, qui a publié des dizaines de livres en appe­lant à détruire la civi­li­sa­tion, s’est fait reje­ter par sa maison d’édi­tion après lui avoir proposé un livre critique de l’idéo­lo­gie queer. Il figure désor­mais sur une liste noire de ceux qui sont inter­dits de prise de parole. Ses confé­rences ou inter­ven­tions, peu importe leur sujet (même s’il s’agis­sait pour lui de discu­ter de la destruc­tion de la nature), sont régu­liè­re­ment et auto­ma­tique­ment annu­lées, dépro­gram­mées.

***

7 février 2015 – Insulte par la bande

La Brique est un jour­nal lillois de critique sociale, du genre anar-auto­nome, dans lequel j’écris depuis 2008. Quand il décide de s’in­té­res­ser à la PMA, j’en suis déjà parti depuis quelques semaines, agacé par un certain penchant post­mo­derne pour la décons­truc­tion. Pour cari­ca­tu­rer, La Brique troquait ses préten­tions radi­cales contre celles de la gauche bour­dieu­sienne (nous y revien­drons). Le jour­nal était le fruit de quatre-cinq potes qui s’étaient rencon­trés dans un squat, étudiants en rupture et chômeurs profes­sion­nels, il deve­nait peu à peu un jour­nal de thésards en sciences humaines rencon­trés dans des colloques – ce qui n’est pas une tare en soi : « y’en a des biens », comme dirait le philo­sophe et poète Didier Super.

Par feinte poli­tesse, les briqueux Lawrence et Diolto, respec­ti­ve­ment libraire et thésard en science-po récem­ment débarqués dans le jour­nal, m’in­ter­viewent longue­ment avant d’écrire leur papier. Rien de mes propos ne sera publié. L’ar­ticle remâche les récri­mi­na­tions des deux Aude. Au passage, on me fait comprendre que je fais désor­mais partie de leurs « anciens amis », puisque dans la « lignée » de Pièces et main d’œuvre. Peut-être aussi parce que, comme l’au­teur de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’hu­main, je suis moi-même « un homme, blanc, hété­ro­sexuel, et valide », un « mec privi­lé­gié » qui n’a pas suffi­sam­ment décons­truit sa posi­tion de « gardien de l’uni­ver­sa­lisme » – oui, parce que « univer­sa­liste » est devenu une insulte. J’évoquais les tendances post­mo­dernes, en voici une illus­tra­tion, appor­tée par deux hommes blancs hété­ro­sexuels et valides. Aurait-il fallu que l’au­teur de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle soit une trans­sexuelle handi­ca­pée voilée et habi­tante d’un « quar­tier popu­laire » pour avoir la légi­ti­mité d’écrire à propos de la PMA ? Oui.

Je m’étais déjà fait insul­ter et calom­nier sans que ça n’émeuve qui que ce soit dans mon ancien jour­nal. L’in­dé­cence en milieu bien­veillant aurait pu faire l’objet d’un article. Mais La Brique préféra illus­trer son papier d’un dessin de la même Mawy qui m’avait précé­dem­ment insulté et menacé. Comment a-t-elle débarqué là, préci­sé­ment à ce moment-là ? Elle nous en donne l’ex­pli­ca­tion sur son blog : selon elle, ce sont les anima­teurs du jour­nal qui sont venus la cher­cher – et non l’in­verse – tant ils avaient « kiffé Anar­couilles 7 », la bédé qui me menace expli­ci­te­ment. Je comprends mieux désor­mais les sima­grées de la fausse inter­view : comme chez le marchand de voitures d’oc­caz, le boni­ment rodé cache le vice qui ne tardera pas à se décla­rer.

Depuis, les briqueux de cette époque ont soutenu leurs thèses de sciences sociales et monté leur maison d’édi­tion, Les Étaques, pour y publier leurs produc­tions et celles de leurs amis socio­logues de tendance quar­tié­riste. Tel Julien Talpin[11], cher­cheur au CNRS à Lille et colla­bo­ra­teur béné­vole de l’an­cien banquier spécia­lisé en trading algo­rith­mique Marwan Muham­mad[12]. Celui-là même dont l’is­la­miste Tariq Rama­dan dit qu’il est sa « relève ». Talpin est aussi l’im­por­ta­teur en France de la boîte à outils citoyenne et anglo-saxonne dite « Méthode Alinsky ». Ladite méthode s’est fait connaître le 23 juin dernier quand l’Al­liance citoyenne de Grenoble imposa le port du burkini, dans une piscine muni­ci­pale. Ce symbole de « pudeur » que les isla­mistes en Occi­dent et en Orient exigent des baigneuses, comme ils exigent le port du voile, sous peine de n’être, suivant leur rude langage, que des putes ou des salopes.

Formée à la Méthode Alinsky par Julien Talpin et son Insti­tut Alinsky, la diri­geante de l’Al­liance citoyenne et mili­tante isla­miste, Taous Hammouti, consi­dère que Char­lie Hebdo l’a bien cher­ché, pleure la mort du frère musul­man et ancien président égyp­tien Moham­med Morsi, soutient les frères Tariq et Hani Rama­dan (notam­ment quand ce dernier est expulsé de France en raison de ses décla­ra­tions en faveur de la lapi­da­tion des femmes adul­tères), soutient le dicta­teur turc et isla­miste Erdo­gan[13]. Voyez-vous, pour les mili­tants post­mo­dernes, les « quar­tiers » se défi­nissent désor­mais par les origines ethno-reli­gieuses de leurs habi­tants. Que des isla­mistes – qu’on clas­se­rait à l’ex­trême-droite s’ils étaient cathos-français – soient poin­tés du doigt par des libres penseurs, anti­sexistes et anti-cléri­caux, le réflexe islamo-gauchiste réclame de glapir au « racisme ».

Reve­nons à nos moutons. Au sein de La Brique, le ménage est fait. L’or­ga­ni­sa­teur du débat local contre la PMA, par ailleurs auteur d’une enquête sur le rôle des écolo­gistes dans la tech­no­pole lilloise (L’En­fer vert), ne nuira plus à la répu­ta­tion du jour­nal. De toute façon, L’En­fer vert n’est jamais entré dans le cadre bour­di­vin-marxiste de La Brique qui n’a mentionné sa sortie que par une brève. Pas plus qu’il n’entre dans celui des Étaques aujourd’­hui qui, vingt-cinq ans après leur édifi­ca­tion, se posi­tionnent Contre Eura­lille et la « bifur­ca­tion tertiaire » de la « métro­pole »[14]. Soit je suis infré­quen­table, et il est impos­sible de citer la seule enquête publiée à propos de l’époque présente, L’En­fer vert ; soit je ne parle pas assez de la « gentri­fi­ca­tion » des « quar­tiers popu­laires », et les Étaques préfèrent rabâ­cher le sempi­ter­nel « Droit à la ville » quand je trouve absurde de récla­mer tout « Droit à la tech­no­pole ».

Bref, la place est libre pour des colla­bo­ra­teurs moins « clivants » et Aude Vidal peut se radi­ner à la rédac­tion de La Brique – du moins après ses heures de boulot comme char­gée de com’ pour la campagne régio­nale d’Eu­rope Écolo­gie – Les Verts de 2015. Ce dont elle ne dira rien, préfé­rant la sous-critique cultu­relle de l’égo­lo­gie, des petits gestes et de l’in­di­vi­dua­lisme mili­tant, plutôt que la critique concrète de ses employeurs. Chacun sauve la face et les appa­rences, La Brique-EELV, et Aude peut conti­nuer à faire l’an­guille chez les écolos, les anars, les fémi­nistes, les trots­kystes, etc.

***

11 mai 2015 – Diffa­ma­tion

Deux nanas et un mec du Centre Cultu­rel Liber­taire et du centre LGBT, à qui je n’ai jamais parlé et dont j’ai déjà oublié les prénoms, viennent jouer les « lanceurs d’alerte » alors que j’in­ter­viens au cinéma le Kino après un docu­men­taire sur Edward Snow­den. Je serais « contre l’avor­te­ment », accusent-ils devant la salle et ma compagne enceinte jusqu’aux dents. Sans argu­ment, sans preuve. Et pour cause : ni moi ni mes cama­rades de PMO ni Escu­dero n’avons jamais dit un mot là-dessus.

Au contraire même, nous sommes plutôt du genre anti-nata­liste, comme les fémi­nistes qui, début XXème, refu­saient de mettre au monde de la chair à caserne (indus­trielle ou mili­taire). Cette rumeur, qui vient d’un groupe « anti-mascu­li­niste » greno­blois et fait de nous par symé­trie des « mascu­li­nistes », abou­tit, de suppu­ta­tion en suppu­ta­tion, à cette conclu­sion lumi­neuse : ils sont contre l’ar­ti­fi­ciel, donc pour la nature, donc contre l’avor­te­ment, CQFD. Les « anti-mascu­li­nistes », comme d’autres avec eux, n’ont pas compris que notre attaque de la PMA est poli­tique. Nulle part il est écrit que nous donnons une valeur morale et de surcroît supé­rieure à la nature, ni qu’elle est ou bonne ou mauvaise en soi. Nous refu­sons qu’elle dispa­raisse et soit marchan­di­sée, c’est tout (si vous n’ai­mez pas le mot « nature », prenez celui des tech­no­crates, « biodi­ver­sité »). Il n’a par ailleurs jamais été écrit que le genre n’exis­tait pas, ni que la diffé­rence biolo­gique des sexes suppo­sait une hiérar­chie entre eux.

En quit­tant la salle, ma compagne est témoin de la scène du debrief des lanceurs d’alerte. Elle les entend s’avouer que : « La prochaine fois, faudrait quand même qu’on ait des argu­ments. »

Un peu plus tard, début juin, je croise ces fameux « anti-mascus » greno­blois dans un débat orga­nisé par la CNT, rue des Vignolles à Paris. Cinq ou six personnes de noir vêtues, selon l’uni­forme « radi­cal », distri­buent reli­gieu­se­ment un tract juste avant mon inter­ven­tion pour aver­tir l’au­di­toire de ma proxi­mité avec des gens connus pour leur « mascu­li­nisme ». L’au­di­toire lit le tract, le plie en deux, puis en quatre, le range dans sa poche et attend que je commence. Les « anti­mas­cus » se placent au fond de la salle, espèrent un esclandre, quittent la salle, repartent en métro. Quant à moi, je finis ma présen­ta­tion, je prends une bière au frais, je la descends, puis j’en prends une deuxième.

***

Juin 2015 – Puisque « le privé est poli­tique »

Trois semaines après l’al­ter­ca­tion du Kino, ma compagne accouche. « C’est un mec, blond, aux yeux bleus, il n’y a plus qu’à espé­rer qu’il soit pédé », me lance une vague connais­sance, diplô­mée de science-po et fémi­niste, en guise de féli­ci­ta­tions. Mon fils n’a qu’un mois mais est déjà cata­lo­gué blanc hétéro cis-genre, en plus d’être le fils d’un mec « pas clair sur le fémi­nisme ». Pour être sûre de cocher au moins une case domi­née, elle aurait aussi bien pu lui souhai­ter d’être né borgne et handi­capé après un accou­che­ment perturbé par des compli­ca­tions.

Pour reprendre Arthur Koest­ler, cité en exergue, à propos des stali­niens de son époque : « Nous ressem­blions aux grands Inqui­si­teurs parce que nous persé­cu­tions les germes du mal non seule­ment dans les actes des hommes mais aussi dans leurs pensées. Nous n’ad­met­tions l’exis­tence d’au­cun secteur privé, pas même dans le cerveau d’un indi­vidu. » L’idéal restant de préve­nir tout dévia­tion­nisme idéo­lo­gique dès le berceau.

Quant à ma compagne, metteuse en scène avec qui j’écris parfois, elle a le tort impar­don­nable d’avoir eu un enfant avec un « mascu­li­niste », dont il paraî­trait qu’il est contre l’avor­te­ment – il paraî­trait est le condi­tion­nel d’il paraît, c’est-à-dire qu’il paraît qu’il paraît, ou encore qu’il paraît au carré. Bref… Certaines fémi­nistes s’éloignent d’elle aussi et supputent qu’elle s’est fait « retour­ner le cerveau par Tomjo ». Étrange concep­tion du fémi­nisme qui nie la possi­bi­lité pour une femme de dispo­ser de son libre-arbitre. Peut-être devrait-elle laver l’injure en montant une pièce coura­geuse sur les mens­trua­tions, les sorcières ou les canons de beauté pour méri­ter le tampon « fémi­niste ».

Toutes ces allé­ga­tions d’an­ti­fé­mi­nisme découlent, de proche en proche, d’autres suppu­ta­tions d’an­ti­fé­mi­nisme. Par capil­la­rité. Les indices s’agrègent au condi­tion­nel, finis­sant par établir un fais­ceau de présomp­tions, comme disent les juristes, et conduire à une sentence. La méca­nique de la rumeur collec­tive fait son office et le poids des « on dit » finit par convaincre ceux qui n’avaient pas d’avis.

Passé l’orage déclen­ché par le bouquin d’Es­cu­dero, l’af­faire se tasse. Plus personne ne veut en entendre parler, ce serait remuer la merde au sein du « milieu ». Les ques­tions soule­vées par le livre ne sont toujours pas discu­tées. Pour­tant, le pouvoir pour­suit sa poli­tique de marchan­di­sa­tion du vivant et de sélec­tion eugé­niste.

En 2015, l’An­gle­terre auto­rise la produc­tion d’en­fants à trois ADN, c’est-à-dire produits à partir du « maté­riel géné­tique » de trois « parents ». Les Pays-Bas (2016) puis l’An­gle­terre (2018) auto­risent la fécon­da­tion d’em­bryons humains géné­tique­ment modi­fiés à des fins de recherche. En 2017, le brevet des « ciseaux à ADN » CRISPR-CAS9 est déposé. Cette tech­nique permet d’« éditer » du génome pour produire des êtres vivants en dehors de toute réalité géné­tique. En 2018, un méde­cin chinois fait naître des jumelles géné­tique­ment modi­fiées grâce à la tech­no­lo­gie CRISPR et confirme qu’un autre bébé OGM est en gesta­tion. Un cher­cheur améri­cain s’inquiète dans la MIT Review que le méde­cin chinois ait modi­fié leurs capa­ci­tés cogni­tives – le rêve des trans­hu­ma­nistes et des fascistes italiens. En 2019, le Japon auto­rise la fécon­da­tion d’em­bryons animaux-humains (un cerveau humain dans un crâne de souris par exemple – soit l’in­verse de mes calom­nia­teurs).

Cet automne 2019, l’As­sem­blée macron­noise vote sa loi de bioé­thique, un package d’au­to­ri­sa­tions qui vise à mettre la France au niveau d’États plus « avan­cés » en la matière pour ne pas perdre en « compé­ti­ti­vité ». Étant entendu que des « marchés se déve­loppent, des pratiques pros­pèrent dans d’autres pays et que les fron­tières s’ef­facent ». La loi donne désor­mais accès à la repro­duc­tion arti­fi­cielle à toutes les femmes, fertiles ou infer­tiles ; elle auto­rise l’au­to­con­ser­va­tion des ovocytes en vue de futurs « projets paren­taux », la recherche sur la fabri­ca­tion de gamètes arti­fi­ciels et la produc­tion d’em­bryons trans­gé­niques, la créa­tion de chimères humain-animal (rêve anti­spé­ciste), l’uti­li­sa­tion de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle dans les diagnos­tics, les tech­niques de « neuro-modu­la­tion […] visant à modi­fier l’ac­ti­vité céré­brale de sujets sains en vue d’amé­lio­rer leurs capa­ci­tés céré­brales, d’aug­men­ter la concen­tra­tion, le bien-être, le sommeil, les percep­tions ou d’amé­lio­rer leur humeur. »

Ainsi, ce n’était pas le « bon moment », en 2014, de critiquer la PMA. Il était urgent d’at­tendre et d’er­go­ter sur la bonne et la mauvaise PMA. Et surtout de ne pas « coller l’étoile trans­hu­ma­niste » aux persé­cu­tés de la Recherche publique. Tout ce qui précède reste donc, pendant cinq ans, un non-sujet pour le « milieu radi­cal », toujours en retard d’un métro sur le cours des choses.

Désor­mais, les regards se détournent à mon approche. Ma présence paraît aussi lourde qu’un cadavre. Le ballet des corps s’éloi­gnant à mon arri­vée est presque comique : risque­rais-je de salir la répu­ta­tion d’un lieu ou d’un indi­vidu par ma seule présence ? Je peux garder des amis, mais faut pas que ça se voie. J’en­tends parfois que « Tom, il s’est esseulé », « Je pensais que Tom s’était calmé ».

Le temps passe. Et avec lui, espère-t-on, les idées, comme il en est des couleurs. Même s’il a rejeté l’un des siens, le trou­peau aime plus que tout s’at­trou­per. On attend que je « lâche l’af­faire », que je fasse mon auto­cri­tique, que je me range du côté de la force ou que je me taise à jamais. Au détour d’un article sur le trans­hu­ma­nisme ou les villes flot­tantes, j’évoque encore la PMA, mais jamais je ne réponds aux insultes et à la bêtise. Je prends les coups. Je ne les rends pas. Je n’ai jamais tagué un local asso­cia­tif, ni insulté ou menacé qui que ce soit, encore moins anony­me­ment derrière un clavier – je n’y ai même jamais songé. Je prends note de mes excom­mu­ni­ca­tions, toujours offi­cieuses, jamais argu­men­tées. Désor­mais, peu de mes anciens amis conti­nuent de me lire, et encore moins de me parler après m’avoir lu en secret.

***

Prin­temps 2018 – Les mauvais jours n’en finissent pas (#1)

En 2016, j’avais lancé avec mes copains de L’In­sou­mise un festi­val dans le quar­tier Moulins inti­tulé « Les Mauvais jours fini­ront ». Quelques asso­cia­tions du quar­tier et un syndi­cat d’ori­gine liber­taire, la CNT, se regrou­paient face au festi­val muni­ci­pal destiné à allé­cher de futurs et hypo­thé­tiques habi­tants friqués : « Bien­ve­nue à Moulins ».

Deux ans plus tard, en 2018, j’ap­prends que je ne suis plus le bien­venu au salon du livre orga­nisé pendant le festi­val. Qui me reproche quoi ? J’en appren­drai davan­tage lors d’une réunion au local du syndi­cat, décoré des tradi­tion­nels posters clamant que « Le monde n’est pas une marchan­dise ». L’am­biance est pesante, comme toujours au sujet du « fémi­nisme » ou des « luttes LGBT ». À mon arri­vée, tout le monde feint de ne pas être vrai­ment au courant de ce qu’on me reproche et s’em­presse de m’as­su­rer que l’ana­thème n’est le fait que d’une personne dont j’ignore toujours l’iden­tité. Nous l’at­ten­dons. Elle ne vient pas. La personne ayant levé le lièvre de mon « homo­pho­bie » ne s’est pas dépla­cée pour argu­men­ter. Ma place au salon du livre est conser­vée. En sursis.

***

4 février 2019 – Les mauvais jours n’en finissent pas (#2)

Alors que la ville de Lille célèbre l’an­née du Mexique, je propose aux « Mauvais jours » de célé­brer le cente­naire de la mort de Zapata sur la friche Saint-Sauveur. Je ne suis pas toujours le mec le plus perti­nent, certes, mais j’ima­gine que ma propo­si­tion, envoyée à un syndi­cat liber­taire, de commé­mo­rer un révo­lu­tion­naire paysan, et par là-même de défendre un parc plutôt que la béton­ni­sa­tion d’une friche, devrait rece­voir un écho. Je reçois pour toute réponse, mais en loucedé, ce mail d’une certaine Marie-Gontrande, que je ne connais pas :

« Sinon, par rapport à Tom-Jo et Hors-Sol : perso les deux me révulsent profon­dé­ment. Que ce soient les compor­te­ments de l’un ou le contenu des textes de l’autre. J’ai pas du tout envie de voir un anti­fé­mi­niste de base asso­cié au festoche, ou pire, de devoir me colti­ner sa face pendant. On pourra en repar­ler à l’oc­caz mais voilà moi ça me gêne­rait. »

Cette fois mon exclu­sion porte une signa­ture. Sans réponse de la part des orga­ni­sa­teurs, je dois comprendre qu’ils se sont rangés derrière l’avis, non motivé, de cette Marie-Gontrande. En plus de mes « textes », ce sont désor­mais mes « compor­te­ments » qui sont « anti­fé­mi­nistes de base ». Que me reproche la dame ainsi révul­sée ? J’ima­gine la plus sordide des rumeurs, mais je dois conti­nuer à subir cette para­noïa sans pouvoir réagir – je rappelle que j’ai reçu ce mail en « off ». Je pose tout de même la ques­tion à des potes de la CNT, comme ça, entre deux Jupis. Mais rien. Personne n’est au courant, les regards feignent l’éton­ne­ment avant de plon­ger vers le sol. Un mail scan­da­lisé, outragé, indi­gné, que dis-je, offusqué, suffit à m’ex­clure d’un festi­val que j’ai contri­bué à créer. J’y pense­rai la prochaine fois qu’une gueule ne me revient pas, c’est moins fati­gant que de s’éver­tuer à écrire des textes raison­nés. Quelques mots-clés et une indi­gna­tion bien pesée suffisent.

***

Aparté

Ça me rappelle cette histoire d’un dessi­na­teur de la scène punk accusé de viol en 2008. Huit ans après une couche­rie de fin de soirée, dans l’ivro­gne­rie parta­gée, la fille s’es­time victime d’un viol. Le mot est lâché. Une brochure circule dans les squats et salles de concert et finit en ligne (Indy­me­dia, Paris-luttes.infos, Info­kiosques). Sans remettre en cause le récit de la nana, le mec devenu le « punk violeur » estime quant à lui qu’il ne s’agis­sait pas d’un viol. Mon histoire ne mérite pas un procès au pénal, et la quali­fi­ca­tion de viol n’est pas ici mon propos. Je m’in­té­resse aux coutumes du « milieu radi­cal ».

Le mec se fait donc virer des salles de concert qu’il fréquente (le CCL par exemple). Il se fait agres­ser, présenté partout comme un « préda­teur sexuel ». L’af­faire prend de l’am­pleur quand il signe l’af­fiche d’un festi­val anti­fas­ciste à Lyon en 2013. Plusieurs commu­niqués s’en prennent alors au « violeur » et à ses « complices » qui repro­dui­raient les « projets de société prônés par les fascismes » – toujours cette finesse d’ana­lyse. L’ac­cu­sa­tion de viol est enté­ri­née, sans que jamais la version de monsieur ne soit confron­tée à celle de madame. Aucun des sites précé­dem­ment cités n’a accepté de publier sa réponse. C’est de toute façon inutile, selon les « anar­ka­fé­mi­nistes » :

« Nous ne caution­nons pas la justice bour­geoise et patriar­cale et c’est pour cette raison que la parole de la victime nous suffit ! […] La parole de la victime n’a jamais à être remise en ques­tion. »

Mais la « victime » n’a que sa parole, huit ans après les faits, pour établir sa qualité de victime. Et si tous les « plans cul » un peu éthy­liques et foireux peuvent se trans­for­mer, à plus ou moins longue échéance et sans confron­ta­tion avec les faits, en « affaires de viols », ô combien crous­tillantes pour les bignoles du milieu et pour la « victime » qui se rend si inté­res­sante, la fête va tour­ner au goûter de bonne famille sous la surveillance des chape­rons.

La copine de l’ac­cusé doit prendre la parole pour stop­per l’achar­ne­ment collec­tif :

« Quelques mois après que le scan­dale ait éclaté, j’ai commencé à rece­voir, de temps en temps, des messages anonymes ordu­riers sur mon site, m’ac­cu­sant d’avoir des rela­tions avec un VIOLEUR, me deman­dant quel effet ça faisait de coucher avec un VIOLEUR. […] Je vous laisse imagi­ner l’hor­reur psycho­lo­gique de se trou­ver dans une telle situa­tion, dans ce torrent de merde, quand le vernis du mili­tan­tisme ne couvre plus la volonté de nuire… »

On sait combien Inter­net, les réseaux sociaux, et leur anony­mat, favo­risent les lynchages publics. Mais le « milieu radi­cal », plutôt que de s’en éloi­gner et d’en faire la critique, s’en délecte et se joint aux lyncheurs. Bien que des calom­nies colpor­tées sur Twit­ter puissent détruire quelqu’un, le « milieu radi­cal » lui inter­dit de se défendre. Ce serait faire le jeu de la justice bour­geoise et du patriar­cat qui, depuis des siècles et des siècles, etc, vous connais­sez la chan­son.

Cette affaire révèle le mode de pensée « radi­cal », la mauvaise jouis­sance et l’état d’es­prit para­to­ta­li­taire qui règne dans le milieu. Des sché­mas pré-établis s’abattent sur les faits. Des cases abstraites enferment et mutilent les indi­vi­dus réels. Une histoire millé­naire (ou suppo­sée telle) d’op­pres­sion sert à acca­bler des personnes, privées ensuite de tout droit de se défendre ; sans que la réalité ne puisse, ni n’ait le droit, d’in­ter­fé­rer. Il faut bien le dire, les « liber­tés formelles » ont du bon et à côté de la « justice bour­geoise », la « justice » anarco-fémi­niste du milieu est tout au plus une sorte de barba­rie régres­sive et brouillonne.

***

8 mars 2019 – Sur la friche

Jour­née des droits des femmes. Je sors d’une heure d’em­bou­teillages pendant laquelle les jour­na­listes de France Inter et les ministres macron­niens m’ont bourré le crâne avec leurs « femmes qui ont réussi » dans la science et dans la tech depuis que Marie Curie a décou­vert le radium.

Lors de l’al­ter­ca­tion dont je m’ap­prête à vous narrer les meilleurs moments, je suis déjà engagé depuis quelques temps contre l’ur­ba­ni­sa­tion de la friche Saint-Sauveur, vingt-trois hectares vendus à la promo­tion immo­bi­lière pour y construire un quar­tier de la créa­tion et du design : des bureaux, des loge­ments, des commerces, et leurs 9 000 voitures supplé­men­taires par jour. Comme je l’ai déjà dit, j’ai un petit garçon. Et comme d’autres enfants que je rencontre chez des amis, à la crèche, à l’école, il souffre de problèmes respi­ra­toires. Rien qu’en 2018, les méde­cins lui ont pres­crit cinq fois des anti­bio­tiques. Toutes ces grues avec leurs promesses de « pics de pollu­tion » me dégoûtent. Nous avons créé une asso­cia­tion, contesté le projet devant le tribu­nal admi­nis­tra­tif, occupé le lieu, et retardé l’un des plus gros projets immo­bi­liers de ces dernières décen­nies à Lille.

J’in­siste un peu, non pour m’auto-décer­ner quelque trophée, mais pour faire la leçon à celleux dont l’ac­ti­vité mili­tante se résume à mili­ter en milieu mili­tant.

Ce jour-là, j’ar­rive sur la friche Saint-Sauveur avec mon cama­rade d’Hors-sol, notre « super revue ». Deux mecs en uniformes de zadistes, sweats à capuche et godillots, se pointent et me demandent (je la fais courte) :

— C’est toi Tomjo ?
— Heu, ouais…
— C’est toi qui es contre les trans­sexuels ?
— Vous devez parler des trans­hu­ma­nistes ?
— Euh…
— …
— T’es un mec cis-genre hétéro, alors tu fermes ta gueule au sujet de la PMA. Tu laisses parler les gens concer­nés (il doit penser aux lesbiennes).
— Vous savez ce que je dis à propos de la PMA ?
— (L’un) Non mais mes potes m’ont raconté, et je leur fais confiance parce que c’est des gens que j’aime, ça suffit.
— (L’autre) Moi j’ai lu Hors-sol, et vous vous foutez des handi­ca­pés, vous voulez pas qu’ils aient des prothèses, vous êtes vali­distes !
— Je n’ai jamais dit un truc pareil.
— Ouais bah faudrait que je relise mais bon…

L’un n’a rien lu mais sait ce que je pense, l’autre a lu mais ne se souvient plus. Les deux exigent pour­tant que je me taise, me trai­tant au passage de fasciste et d’ho­mo­phobe. Comment réagir ? Je me suis long­temps posé la ques­tion, je me la pose encore. Sur l’ins­tant, j’ai bien essayé d’ar­gu­men­ter, un peu, mais la bêtise asso­ciée à la méchan­ceté m’use assez vite. Leur mettre sur la gueule ? Ce serait s’at­ti­rer la violence du trou­peau qui ne s’en tenait qu’aux mots pour l’ins­tant. Une tarte aux phalanges aurait tôt fait de me rendre coupable de « viri­lisme », ce qui à leurs yeux aggra­ve­rait mon cas.

***

26 juin 2019 – Le Retour de Mawy

Mawy, souve­nez-vous, c’est cette auteure de bédé sans gram­maire ni talent qui m’avait insulté et menacé cinq ans plus tôt. À l’oc­ca­sion d’un compte rendu de la Gay Pride, elle prend à partie je-ne-sais-qui dont elle dit qu’il est un « Tomjo pédé, un bon gros mascu ». Pour les non-initiés des subti­li­tés du « milieu radi­cal », un « mascu » est un mili­tant de la cause des hommes, du pouvoir des hommes, du privi­lège mascu­lin. Je n’ai jamais tenu de tels propos, et je ne les ai d’ailleurs jamais pensés. La critique de la PMA s’at­taque à la sélec­tion des embryons et au commerce de maté­riel humain. Quel rapport avec le pouvoir des hommes ? Nous n’en saurons guère plus. À moins que le présent témoi­gnage n’in­cite la bédéiste, après cinq ans, à dévoi­ler le fond de sa pensée (s’il y a un fond, et s’il y a une pensée).

***

7 Août 2019 – Exclu­sion offi­ciel­leuse (genre d’ex­clu­sion offi­cielle mais non assu­mée)

L’édi­teur de La Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’Hu­main (RAH) a égale­ment publié l’un de mes textes, Au Nord de l’éco­no­mie. Il reçoit l’in­vi­ta­tion d’un certain Thomas, secré­taire régio­nal de la CNT, que je pense n’avoir jamais croisé, à parti­ci­per à un salon liber­taire orga­nisé à Amiens. Chez moi. L’édi­teur me propose, en tant que régio­nal de l’étape, d’y expo­ser mon livre sur l’au­to­ma­ti­sa­tion et l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle au travail, un sujet de première impor­tance pour un syndi­cat de travailleurs. Le secré­taire syndi­cal donne d’abord son accord avant de reve­nir sur sa déci­sion et d’an­non­cer à mon éditeur :

« Après concer­ta­tion avec mes cama­rades nous formu­lons cette réponse : En raison d’un passif problé­ma­tique sur lequel il n’est jamais revenu pour s’ex­cu­ser (ou ne serait-ce que se ques­tion­ner sur ceux-ci) lors d’un événe­ment qu’il avait co-orga­nisé il y a plusieurs années, et de désac­cord de fond comme de forme dans ses prises de posi­tions, nous préfé­rons décli­ner votre propo­si­tion. »

Le syndi­cat CNT est donc d’ac­cord pour invi­ter l’édi­teur de la RAH, mais pas moi. La logique échappe à l’en­ten­de­ment. La « forme » comme le « fond » d’un « passif problé­ma­tique » néces­si­te­raient ainsi que je me « ques­tionne » voire que je « m’ex­cuse » ? Je demande à en savoir plus : de quoi parle-t-on ? Je n’ai toujours pas reçu de réponse. Mon inter­ven­tion sera fina­le­ment rempla­cée par une énième confé­rence patri­mo­niale sur les anar­chistes pendant la guerre d’Es­pagne (il y a quatre-vingts ans).

***

Août 2019 – Dégra­da­tion du Beffroi de Saint-Sauveur

Dans cette lutte contre la densi­fi­ca­tion urbaine et les pollu­tions à Saint-Sauveur, j’ai orga­nisé avec des amis « Elnor­pad­cado », le premier contre-festi­val à Lille3000, qui est la suite de « Lille 2004, capi­tale euro­péenne de la culture ». Un livre était paru en 2005, La Fête est finie, j’ai moi-même rédigé plusieurs articles, confé­rence et brochures, les condi­tions étaient réunies pour parta­ger d’autres imagi­naires que celui du diver­tis­se­ment domi­nant.

Pour l’oc­ca­sion, et mus par notre incli­na­tion au raffi­ne­ment et au bon goût, nous érigeons, dans un esprit potache et liber­taire, un doigt d’hon­neur haut de cinq mètres et tourné vers le Beffroi de la mairie. Nous l’ap­pe­lons le Beffroi de Saint-Sauveur. Le jour de son inau­gu­ra­tion, je lis un discours sur la symbo­lique des beffrois à l’époque des communes médié­vales, une symbo­lique de paix, de frater­nité, de soli­da­rité et d’au­to­no­mie face aux seigneurs. Je m’étais creusé la tête pour appor­ter quelques réfé­rences histo­riques qui nour­ri­raient intel­lec­tuel­le­ment notre lutte en faveur d’une autre ville.

Quelques semaines plus tard, alors que je rentre de vacances, j’ap­prends que notre beffroi a été tagué plusieurs fois « Tomjo gros mascu », repre­nant la rumeur propa­gée par Mawy et d’autres « lanceurs d’alerte ». Les tags ont été effa­cés, puis réécrits, et encore effa­cés par de très chics cama­rades qui n’ont pas eu besoin de connaître le fond de l’his­toire pour consi­dé­rer ces tags comme calom­nieux.

Même répé­tée quarante fois, l’in­sulte ne sera jamais un argu­ment, à peine un borbo­rygme. J’ai presque de la peine pour ses auteurs. Non que leur vide intel­lec­tuel m’inquiète, des insti­tuts spécia­li­sés accueillent ce genre de public, mais parce que nous sommes collec­ti­ve­ment dému­nis pour y faire face. Si je repré­sente, moi Tomjo, l’es­sence du mal domi­nant (du mâââle), un ennemi à salir, à combattre, voire à abattre, la vie des commis­saires poli­tiques modernes semble bien déses­pé­rante, pour ne pas dire déses­pé­rée. À la grande époque du Parti commu­niste, les stali­niens avaient le bloc capi­ta­liste contre eux, un rival un peu consé­quent, et puis en interne leurs « révi­sion­nistes », « liqui­da­teurs du parti prolé­ta­rien », « gauchistes décom­po­sés », « capi­tu­lards », « colla­bo­ra­teurs de classe », « sociaux-traîtres » ou encore « sabo­teurs infil­trés à la solde de l’im­pé­ria­lisme ». La bataille avait de l’en­ver­gure, une certaine gran­deur histo­rique. Main­te­nant, ils ont « Tomjo gros mascu ».

Du coup, de ce qui précède, nous retien­drons que je suis succes­si­ve­ment :

  • Anar­cho­pres­seur
  • Miso­gyne
  • Homo­phobe – Lesbo­phobe
  • Trans­phobe – Fasciste
  • Alain Soral
  • Connard
  • Dégueu­lis
  • Raclure de fond de bidet
  • Pas funky
  • Promis à l’émas­cu­la­tion
  • Réac­tion­naire
  • Digne des anti­sé­mites
  • Complo­tiste
  • Anti-huma­niste
  • Gardien de l’uni­ver­sa­lisme (atten­tion : contra­dic­tion avec l’in­sulte précé­dente)
  • Mec privi­lé­gié
  • Mascu­li­niste
  • Opposé à l’avor­te­ment
  • Pas clair sur le fémi­nisme
  • Clivant
  • Révul­sant
  • Anti­fé­mi­niste de base
  • Cis-genre
  • Vali­diste
  • Problé­ma­tique
  • Bon gros mascu
  • Gros mascu

Certes, ces outrances sont d’une violence stupide, autant que d’une stupi­dité violente, mais elles ont surtout le défaut d’user les mots, de leur faire perdre leur sens et leur charge. Quels mots nous reste­rait-il, si, par aven­ture, un authen­tique parti « fasciste », « réac­tion­naire », « homo­phobe », etc., prenait le pouvoir ? À quoi bon galvau­der des réfé­rences histo­riques qui, même si l’his­toire ne repasse pas les plats, peuvent nous aider à penser le présent ?

Autre chose d’un peu péri­phé­rique attire l’at­ten­tion : le mili­tant du « milieu radi­cal » a ceci de suspect qu’il est indi­gné et pesant dans ses attaques, insen­sible à l’hu­mour, à l’im­pli­cite et au troi­sième degré, inca­pable de lire une litté­ra­ture pamphlé­taire maniant l’iro­nie, la déri­sion et l’au­to­dé­ri­sion, ni de faire la distinc­tion entre un fait et un commen­taire. Une blague sur les femmes insé­mi­nées comme des vaches, une autre sur les taureaux qui ne font pas la vais­selle, et vous voilà suspecté des pires vile­nies. J’ai toujours pensé que cette affec­ta­tion de sérieux et le manque d’hu­mour révé­laient une propen­sion à la bêtise et à la bruta­lité. Mon histoire le véri­fie.

Confor­mé­ment aux ordures énumé­rées plus haut, combien de fois a-t-il été demandé aux gens de se taire ? En ce qui me concerne, huit fois. Et je n’ai pas mentionné les tags sur les librai­ries (à Montreuil par exemple) ni les attaques perpé­trées par d’autres branches post­mo­dernes, les néora­cistes à la librai­rie Mille Bâbords à Marseille en 2016, ou les anti-spécistes aux Rencontres anar­chistes inter­na­tio­nales de Saint-Imier en 2012. Cela traduit une frac­ture nouvelle dans les milieux contes­ta­taires dont je ne peux donner ici que quelques aperçus.

J’ai été lycéen, étudiant, spor­tif, barman, serveur, anima­teur, saison­nier, prof, parent d’élève, je ne me souviens pas d’avoir été confronté dans ces milieux à autant de bruta­lité (mis à part dans certaines cuisines de bras­se­ries). Malgré son idéo­lo­gie de la bien­veillance, son obses­sion pour les « ressen­tis », ses luttes contre-toutes-les-domi­na­tions, le Parti des « bien­veillants » se vautre dans les compor­te­ments qu’il critique par ailleurs. Son contre-monde est souvent pire que le monde qu’il combat. Mais je n’en attends ni excuses ni bien­veillance, je lui laisse ses réflexes niai­seux et ses postures victi­maires.

Essayons plutôt de comprendre. « Le parti se renforce en s’épu­rant », soute­nait Lénine dans Que faire ?. Épura­tion/puri­fi­ca­tion du groupe : le philo­sophe René Girard en a fait la descrip­tion dans La Violence et le sacré, une théo­rie du bouc émis­saire. Selon lui, le sacri­fice du bouc émis­saire permet à une commu­nauté, close par défi­ni­tion, comme un « milieu » ou un parti, d’ex­té­rio­ri­ser la violence intes­tine due à la concur­rence entre ses membres, à leurs désirs inas­sou­vis, et de reje­ter sur la victime émis­saire leurs propres fautes et culpa­bi­li­tés. Jusqu’à la prochaine fois.

Le méca­nisme est vieux comme l’An­cien Testament. Si tel est le cas ici (hypo­thèse), le « milieu » doit savoir que, selon Girard, accor­der tant d’at­ten­tion au bouc émis­saire, « c’est déjà lui recon­naître ou lui accor­der un pres­tige que l’on ne possède pas, ce qui revient à consta­ter sa propre insuf­fi­sance d’être.[15] » Je vous laisse juge.

Au-delà, il s’agit pour les lyncheurs d’im­po­ser la loi du milieu. Leur loi. De montrer qu’ils disposent de cette peine de mort symbo­lique, l’ex­clu­sion, et qu’ils sont près à l’uti­li­ser, y compris de façon injuste et capri­cieuse, pour montrer leur pouvoir. « Égor­ger un poulet pour en effrayer cent », dit un proverbe chinois. Il n’y a aucun doute que s’ils en avaient le pouvoir, ces fana­tiques de la Bien­veillance égor­ge­raient les malveillants dans mon genre. Non pas de façon symbo­lique, mais bien réel­le­ment, comme leurs devan­ciers commu­nistes qui fusillèrent et massa­crèrent d’un bout à l’autre « le camp socia­liste ».

Tentons une autre approche, socio­lo­gique. La corpo­ra­tion des étudiants et des ensei­gnants/cher­cheurs en sciences sociales a réalisé une OPA sur le « milieu radi­cal ». Je pense l’avoir dit plusieurs fois, la majo­rité des offenses furent le fait d’uni­ver­si­taires, de profil socio-sciences po, bibe­ron­nés à Bour­dieu – je le sais, j’ai été coulé dans le même moule. Ce milieu a imposé ses éléments de langage et donc sa manière de comprendre le monde et d’agir dessus. Par l’en­tre­mise de sa novlangue, la critique de l’ap­pro­pria­tion marchande et du capi­ta­lisme, des pouvoirs consti­tués et réels de l’État, de sa bureau­cra­tie, de sa méde­cine, de sa science, a disparu. Elle a été rempla­cée par une sous-critique « cultu­relle », décons­trui­sant tour à tour les « violences symbo­liques », les « goûts », les « habi­tus » et les « domi­na­tions ».

Ainsi, les domi­na­tions et les privi­lèges, toujours au pluriel car infi­nis, sans oublier les repré­sen­ta­tions, stig­ma­ti­sa­tions et autres tares psycho­lo­giques en – phobes, néces­sitent conscien­ti­sa­tion et décons­truc­tion dans le cadre d’un groupe de parole en non-mixité, lequel appel­lera à la plus grande bien­veillance à l’égard des mino­ri­tés, ou leur permet­tra, empo­werment aidant, de gagner en pouvoir et visi­bi­lité. Après le racisme, le sexisme, le vali­disme, le spécisme, l’âgisme, l’hé­téro-cissexisme, même les rapports de classes, jusque-là étudiés sous leur angle maté­riel (et non unique­ment subjec­tif), dans les rapports de produc­tion (possé­dants / exploi­tés), ont été passés à la mouli­nette cultu­ra­liste : il ne s’agit plus d’abo­lir les classes mais le clas­sisme, le mépris de classe.

Pardon si je suis un peu pâteux, mais, vu le terrain, j’ai des excuses.

Or, si la « domi­na­tion » supplante l’« exploi­ta­tion », une classe n’ex­torque plus la plus-value créée par une autre, et la hiérar­chie n’est plus critiquée en tant que telle : les indi­vi­dus sont désor­mais en concur­rence à l’in­té­rieur de leur « champ » (Bour­dieu). C’est ainsi qu’il faut comprendre l’en­goue­ment pour l’empo­werment, que l’uni­vers mana­gé­rial appelle coaching. Fin de la conflic­tua­lité avec le pouvoir, repli sur soi et son milieu, jusqu’à étouf­fe­ment. Il en résulte un milieu « radi­cal » auto-centré, obsédé par ses propres repré­sen­ta­tions et les rapports inter-indi­vi­duels en son sein, sans autre arme pour s’éman­ci­per que le déve­lop­pe­ment person­nel (et le taïchi).

Diffi­cile de ne pas penser au « milieu radi­cal », et d’en attra­per des sueurs froides, lorsqu’on lit cette phrase de Bour­dieu qui fait office de programme poli­tique :

« Seul un véri­table travail de contre-dres­sage, impliquant la répé­ti­tion des exer­cices, peut, à la façon de l’en­traî­ne­ment de l’ath­lète, trans­for­mer dura­ble­ment les habi­tus » (Médi­ta­tions pasca­liennes, 2003).

Ainsi, c’est en se chan­geant soi, ses repré­sen­ta­tions, son mode de vie, qu’on change le monde. Alors que pour la tradi­tion marxiste, ou en tout cas socia­liste, il s’agis­sait de procé­der à l’exact inverse. Le postu­lat est pour le moins effrayant. Il rigi­di­fie les postures morales et fait de chacun un petit flic, un petit juge, un petit curé, comme dans une commu­nauté protes­tante et puri­taine de Nouvelle-Angle­terre (Salem) ou de la Drenthe[16]. Poussé au maxi­mum, ce postu­lat entraîne un contrôle total de tous sur tous et sur tout : les compor­te­ments, les propos, les pensées, les arrières-pensées, et – idéa­le­ment – l’in­cons­cient coupable.

Lisez l’ar­ticle de Dylan Riley « Pierre Bour­dieu, l’uni­ver­si­taire qui se rêvait en mili­tant » sur la revue en ligne Période pour comprendre comment Bour­dieu projette sa perpé­tuelle « réflexi­vité » de socio­logue sur le reste de la société[17]. L’ef­fet bocal trouve ici son expli­ca­tion : Riley parle de « radi­ca­lisme inté­rieur ». Et qui a les armes intel­lec­tuelles suffi­santes pour « trans­for­mer dura­ble­ment les habi­tus » d’une popu­la­tion incons­ciente d’elle-même tant elle est « embourbé[e] dans les eaux du sens commun et de l’ac­cep­tion courante », sinon les socio­logues bour­di­vins qui, pour Riley, endossent le rôle de l’« avant-garde » que jouaient les « révo­lu­tion­naires profes­sion­nels » au temps de Lénine.

Il n’est pas de sujet plus propice aux anathèmes et aux exclu­sions que les « domi­na­tions de genre ». En compa­rai­son, les déchets nucléaires, la sixième grande extinc­tion des espèces ou l’avè­ne­ment de l’eu­gé­nisme comptent pour du beurre. Certes, « il ne faudrait pas hiérar­chi­ser les luttes », mais le sexisme est systé­ma­tique­ment le sujet le plus lourd et le plus explo­sif quand il figure à l’ordre du jour. Et chacun sera bien inspiré, dans ce cas, de peser ses mots au gramme près. Il devient inter­dit de discu­ter des contri­bu­tions d’un « certain fémi­nisme », même avec tous les guille­mets possibles et la voix la plus liquo­reuse, à la perpé­tua­tion d’un monde de marchan­dises. On le voit avec l’élar­gis­se­ment de l’ac­cès à la PMA et la GPA comme sur d’autres sujets plus triviaux tel que, pour prendre le plus récent, le foot fémi­nin, subi­te­ment paré de toutes les vertus éman­ci­pa­trices (empo­werment).

Ce mouve­ment va du « milieu radi­cal » aux studios de France Inter en passant par les bureaux du minis­tère de Marlène Schiappa et bien évidem­ment… l’Uni­ver­sité. Les deux thèmes de recherche que soutient la branche Sciences humaines et sociales (SHS) du CNRS, l’INSHS, sont les « huma­ni­tés numé­riques » et les « études de genre », avec un accent parti­cu­lier porté aux « rela­tions entre intel­li­gence arti­fi­cielle et SHS »[18]. Le discours domi­nant, celui produit par la Recherche d’État, est donc techno-fémi­niste. À l’au­dio­vi­suel d’État ensuite d’en faire la propa­gande, en invi­tant ou en embau­chant ses plus brillants éléments, par exemple sur les ondes de France Culture, qu’on surnom­mera Radio Spécia­listes[19].

Les autres reje­tons de la Recherche d’État pour­ront valo­ri­ser leurs savoir-faire auprès de l’in­dus­trie cultu­relle et le monde des start-up. Que je sache, personne dans cette commu­nauté scien­ti­fique ne s’est ému, ni à Lille ni ailleurs, quand la plus haute instance des Sciences sociales (l’INSHS), qui « depuis 80 ans [bâtit] de nouveaux mondes », est venue orga­ni­ser ses trois jours d’Inno­va­tive SHS, ici cette année, pour « favo­ri­ser le trans­fert » des socio­logues vers le monde de l’in­dus­trie et des start-up : logi­ciels, applis, jeux vidéo, smart city, « rela­tions avatar-humain »[20].

Les scien­ti­fiques de l’Homme et de la Société, par ailleurs si prompts à la « réflexi­vité », n’ont pas jugé utile d’ap­pré­cier la part réelle de leur science parti­cu­lière dans la domi­na­tion du Capi­tal sur les hommes et la société. La seule ques­tion légi­time pour la gauche bour­di­vine, main­te­nant qu’elle a admis sa place spéci­fique, est la part statis­tique de femmes et de « raci­sés » dans la nouvelle écono­mie, et leur visi­bi­lité dans le monde du spec­tacle. C’est-à-dire aussi – surtout – la visi­bi­lité et la domi­na­tion des bour­di­vins dans le « champ univer­si­taire », édito­rial, média­tique, etc. Notre société tech­no­lo­gique, spec­ta­cu­laire et marchande, peut comp­ter sur eux pour appuyer sa domi­na­tion.

Dans son enquête Pourquoi les riches votent à gauche[21], l’Amé­ri­cain Thomas Franck montre comment cette idéo­lo­gie a gagné le Parti démo­crate, celui des époux Obama et d’Hillary Clin­ton. Cette vision de la poli­tique résulte de l’idéo­lo­gie de la compé­tence propre à la socio­lo­gie des « profes­sion­nals » qui ont pris la tête du parti libé­ral, les tech­no­crates, les univer­si­taires, poli­tistes, conseillers finan­ciers, jour­na­listes, ingé­nieurs, hauts fonc­tion­naires, qu’on désigne en France comme les caté­go­ries intel­lec­tuelles supé­rieures, et dont Ivan Illich soutient qu’elles sont déten­trices du « pouvoir de pres­crire[22] ».

Pour ces compé­tents, l’ac­tion poli­tique se résume à ce que la « diver­sité », désor­mais diplô­mée, accède aux postes hiérar­chiques corres­pon­dant à leurs compé­tences. « Parce qu’il [Obama] était lui-même le produit de la grande méri­to­cra­tie améri­caine d’après-guerre, il n’a jamais vrai­ment pu voir le monde autre­ment que du haut de l’échelle sociale sur laquelle il s’était élevé », écrit T. Franck. Ces mili­tants de la cause méri­to­cra­tique cassent donc ce qui pouvait encore carac­té­ri­ser « la gauche ». Non seule­ment ils ont largué, trahi, les classes exploi­tées, récu­pé­rées par Donald Trump, mais ils ont accepté la struc­ture hiérar­chique de la société, notam­ment la divi­sion entre travail intel­lec­tuel et travail manuel, et fina­le­ment le règne de la tech­no­cra­tie. Leur règne. Si la droite défend le pouvoir de l’argent, la gauche défend celui des compé­tents à haut revenu. Et, même si la formule est usée jusqu’à la corde, la lutte des places a remplacé la lutte des classes.

La lutte contre les domi­na­tions et les discri­mi­na­tions est donc l’ul­time déchet du réfor­misme. Il réclame l’ac­cès de tous et toutes aux postes de pouvoir et aux marchan­dises, même les plus alié­nantes. Ce fémi­nisme de « marcheuse » n’in­vite pas les femmes ou les homos à chan­ger la société, mais à y réus­sir. Reddi­tion contre laquelle, à une autre époque, l’éco­fé­mi­niste Françoise d’Eau­bonne, fonda­trice du MLF et du Front homo­sexuel d’ac­tion révo­lu­tion­naire (FHAR), aurait répondu :

« Nous n’al­lons pas inté­grer la société, nous allons la désin­té­grer ! »

Voilà. C’est vite dit, mal dit – que d’autres fassent mieux.

Je ne doute pas que mon témoi­gnage, grif­fonné à la hâte, ne laisse plein de trous et de maladresses suscep­tibles de servir à des ergo­tages et dénis comme j’en ai tant connus depuis dix ans, mais je m’en fous. Je me fous du « milieu radi­cal » et de ses bubons. J’en suis sorti.

Heureu­se­ment, j’avais – j’ai – tous mes amis qui ne m’ont pas lâché durant ces années et avec qui je conti­nue.

Face aux silences des lâches, que ceux qui sont capables d’un sursaut moral et intel­lec­tuel prennent leurs respon­sa­bi­li­tés.

A la bouillie inter­sec­tion­nelle, oppo­sons la critique concrète de la réalité concrète. Sans quoi la pensée s’éva­po­rera, empor­tant dans son brouillard tout espoir d’éman­ci­pa­tion pour tous et toutes.

Insultes, menaces et calom­nies :

hors-sol@­her­bes­folles.org


  1. Prénoms chan­gés. N’ou­blions pas que ces rebelles sont traqués par la milice et la Gestapo. Je ne garde­rai donc que les signa­tures publiques.
  2. The Atlan­tic, 9 mars 2016.
  3. koudav­bine.blog­spot.com/2014/11/anar­couilles-7.html
  4. socie­te­de­l­in­for­ma­tion.word­press.com
  5. Pour une critique éman­ci­pa­trice de la PMA », L’An 02, 2014.
  6. « La PMA, un débat toujours en gesta­tion chez les écolos », Repor­terre, 24 sept. 2019.
  7. Mille­ba­bords.org, 23 décembre 2014.
  8. http://www.mille­ba­bords.org/spip.php?arti­cle27231 9 « Pour une critique… », op. cit.
  9. La Conju­ra­tion des ego, Syllepse, 2019.
  10. La Décrois­sance, ce jour­nal que nous n’achè­te­rons pas », Rebel­lyon, 27/7/19. Voir le compte Twit­ter d’Aude Vidal.
  11. Bâillon­ner les quar­tiers, Julien Talpin, à paraître en 2020.
  12. Quelle métho­do­lo­gie pour la ”Consul­ta­tion des musul­mans” ? », Libé­ra­tion, 4 oct. 2018.
  13. « L’is­la­miste Taous Hammouti porte plainte contre moi pour injure publique », Naëm Bestandji, naem­bes­tandji.fr, 23 sept. 2019.
  14. Contre Eura­lille, Anto­nio Delfini et Rafaël Snori­guzzi, 2019.
  15. Mensonge roman­tique et vérité roma­nesque, Gras­set, 1961.
  16. Bleue comme une orange, Tomjo/PMO, 2019
  17. revue­pe­riode.net/pierre-bour­dieu-luni­ver­si­taire-qui-se-revait-en-mili­tant/
  18. La lettre de l’INSHS, mars 2019.
  19. Combien de « Gilets jaunes » sont passés sur les ondes de Radio France compa­ra­ti­ve­ment aux « spécia­listes des mouve­ment sociaux » et autres « socio­logues des mobi­li­sa­tions » ? À ce titre, Cyril Hanouna remplit sans doute une bien meilleure « mission de service public ».
  20. Lettre d’in­for­ma­tion de l’INSHS, mars 2019.
  21. Agone, 2018.
  22. Disa­bling profes­sions, 1977.

Vous avez réagi à cet article !
Afficher les commentaires Hide comments
Comments to: Du nouveau maccar­thysme en milieu « radi­cal » (par Tomjo)
  • 23 octobre 2019

    Texte intéressant ; je ne connais pas assez ces milieux féministes ou LBGT militants pour me prononcer sur la nature des faits.
    Mais cette absence de débat possible montre bien à quel point le système capitaliste a réussi à brouiller les esprits et les cartes du jeu.
    Le matraquage médiatique, la culture pub-zap-moi je, les egos tant projetés qu’ils deviennent extérieurs, indéfinis, nous renvoient à des comportements de type religieux ou sectaires. Il n’y a plus de place pour le débat, l’analyse confrontée ; c’est alignement ou exclusion.
    Cela rend bien sur difficile toute convergence des luttes; diviser pour rêgner-un grand classique.

    Macron l’a bien compris qui nous balance dans le même temps, les migrants, la PMA et le voile !

    Reply
  • 6 novembre 2019

    Texte très important qui décrit parfaitement comment, dans le présent culte des étiquettes, on s’attarde à présent sur ces dernières (copiées/collées) sans se soucier du fond des discours, (pourtant très intéressant en l’occurrence).

    C’est pour cela que ceux qui se réclament des “anti-fa” sont parfois les pires fascistes en empêchant la parole (comme Etienne Chouard a pu en faire les frais).

    Moi-même j’ai déjà eu affaire à ce genre de comportement de la part de gens connus comme “tenants de l’insoumission”. Déplorable.

    Je te souhaite le meilleur et t’adresse tout mon soutien, Tomjo.

    Merci au site Le Partage de diffuser ce texte.

    Reply
  • 21 novembre 2019

    Soutien à Tomjo qui dépeint ici une triste réalité du “milieu”, tous ces gens seraient incapables de décrire la pensée de Tomjo sur le sujet de la PMA.
    Ces gens qui se disent antifa et qui mettent tous les autres dans des cases sans même savoir pourquoi…

    Reply
  • 9 décembre 2019

    Tomjo, nous nous sommes croisés lors de différentes manifestations dans différents endroits et nous avons des connaissances communes. Si j’ai milité une vingtaine d’années à la CNT-AIT et pendant quelques années à une coordination antinucléaire, depuis un bon moment je ne m’investis plus dans aucune lutte. Ras le bol des autocrates, des autoritaires qui prônent l’auto-organisation, la prise en charge de l’organisation de lutte par tous comme si leurs attitudes méprisantes et autoritaires le permettait. Pointer leurs attitudes méprisantes, leurs contradictions c’est inadmissible pour ce genre de personnes autocentrés sur eux-mêmes. Comme tu peux le constater brièvement, je suis assez ” LAS ” et dans ton texte “maccarthysme en milieu radical” j’ai cru revivre certains épisodes de mon implication dans la CNT en général. Aussi je tiens à te témoigner mon estime dans les positions que tu défends sur la PMA et la GPA mais également dans le courage et la clairvoyance dont tu fais apparemment preuve face à la bêtise qui est de plus en plus arrogante.
    De plus j’ai consulté ton texte sur mon écran d’ordinateur et je ne suis pas très à l’aise afin de le paginer et le tirer, aussi donnes moi des indications sur la possibilité de l’avoir en version papier avec bien entendu une contribution financière à t’envoyer pour cela.
    contacte moi sur ma boite mail, à bientôt et salutations amicales. Jacques

    Reply
  • 13 janvier 2020

    Une réponse de Mawy ici https://koudavbine.blogspot.com/2019/11/retrouver-les-amours-dantan.html

    Comme d’hab, je regrette que le conflit d’égo prenne le pas sur la discussion (chez l’un comme chez l’autre).

    Reply
    • 14 janvier 2020

      Je ne vois pas bien en quoi c’est une réponse.

      Reply
Write a response

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Login

Welcome to Typer

Brief and amiable onboarding is the first thing a new user sees in the theme.
Join Typer
Registration is closed.