Erwan Lecoeur et Sébastien Ravut, deux collègues de Cyril Dion, me couvrent d’éloges (par Nicolas Casaux)

Jean-Marc Gancille a eu l’audace de partager, sur son compte Facebook, ma récente critique du film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Quelques personnes sont venues commenter. Deux individus ont décidé de venir me couvrir de flatteries.

Le premier s’appelle Sébastien Ravut, diplômé de Paris-Dauphine, entrepreneur dans la tech, spécialiste de la communication et du marketing, cofondateur de l’entreprise Broster, une boîte de conseil en stratégie, qui s’est notamment occupée de la com’ du film Demain (tiens donc), et qui compte aussi parmi ses clients présents ou passés France Travail, le Crédit Mutuel ou encore le Groupe Clarins. Ravut est aussi l’auteur d’un livre intitulé Réseaux sociaux, mon amour, publié chez Eyrolles en 2024 et préfacé par nul autre que Cyril Dion, dans lequel il « trace des pistes concrètes et inspirantes pour tirer parti du meilleur de ce [que les réseaux sociaux] ont à nous offrir », en vue d’encourager « une nouvelle révolution digitale, sociale, voire empathique ». Mazette.

Comme on peut le lire sur le site des éditions Eyrolles, « Sébastien Ravut aime à se présenter comme un “geek empathique”, expert en innovations digitales, sociales et environnementales. Passionné par toutes les nouvelles formes de communication qu’a permis le digital, toujours en quête de compréhension, d’action et de prospective, il s’est engagé depuis les années 2000 dans les mouvements citoyens et d’entreprises qui imaginent l’avenir de nos sociétés. Un avenir que l’auteur envisage sous le signe de l’empathie digitale. »

Impressionnant. Voici ce qu’il est venu écrire :

« Quitte à sortir des dossiers tu veux qu’on parle de la haine hystérique et complotiste de Cazeau [sic] vis à vis des personnes trans ? Ce mec est une plaie pour nos mouvements et mis à part des attaques de personnes pseudo documentées, il ne produit rien d’autre que du vomis. C’est sûr que Enercoop ou Veja c’est l’ennemi prioritaire quand le fascisme est à nos portes et va assurément détruire ces projets “wokes” une fois au pouvoir. Et sinon tu viens t’indigner des attaques personnelles d’une bande de jeunes à la fête de l’huma, que je trouve pour ma part débiles, vis à vis de Paul Watson ? Pas cohérent l’ami. »

Plus bas :

« faudra vraiment qu’on discute un jour et que tu m’expliques comment tu peux valider ce psychopathe… »

Mais encore : « Le messager a plus de haine pour les personnes que d’arguments de fond. »

Ravut m’a aussi qualifié de « petit garçon trauma qui n’a que l’insulte et le mépris à la bouche », et s’est offusqué de « tous les relans fascistes qui traînent chez ce mec (sa façon d’écrire, de parler des trans, des militants de gauche écolo, de “l’estreme drouate”, etc) ».

Éblouissant.

Par la suite, un certain Erwan Lecoeur a tenu à me féliciter lui aussi. Lecoeur est un sociologue médiatique (régulièrement invité sur les plateaux des médias d’État, mais pas que, on le voit aussi sur BFM TV par exemple), passé par les Colibris (dont il a été l’un des dirigeants après Cyril Dion), aujourd’hui enseignant à Sciences Po Grenoble, spécialiste (selon les médias et l’institution universitaire) de l’extrême droite, parfaitement intégré à la sphère politico-institutionnelle. Proche d’EELV, Lecoeur était le directeur de communication de la campagne d’Éric Piolle à Grenoble (cf. Le Postillon, Le vide à moitié vert, La gauche rouge-verte au pouvoir : le cas de Grenoble, éditions Le monde à l’envers, 2021).

Et qu’avait donc à dire notre éminent sociologue ? Eh bien :

« Casaux, comme d’habitude, tristement prévisible, hautement pathétique, et ridiculement primitif, bien plus que “primitiviste”. L’amour des petites haines, quoi, qui n’est donc pas réservé à la gauche, puisque des ultra-conservateurs environnementalistes en sont très capables avec tout ce qui est écologiste. »

Il a ensuite soutenu que ma « prose » et mes « ciblages » se rapprochaient « de plus en plus » de l’extrême droite. Et ensuite :

« On m’avait dit que c’était grave, la dégringolade, mais je constate que c’est pire ! Eructivité maladive, confusion des idées quant à ce que serait l’extrême droite et le conservatisme, syndrome de l’espion raté mal soigné, qui fiche et dénonce les gens sur des faits publics (Waou !), aigreur du propos, et niveau primaire de l’insulte (“l’esstrême drouate, c’est çui qui dit qui l’est”)… Lis ce qu’on écrit, si tu veux espérer te faire comprendre et ne pas passer pour un type à côté de la plaque la moitié du temps. Je dis que tu es un environnementaliste conservateur, amoureux d’une nature idéelle, pré-historique, pré-industrielle, qui n’existe pas ; et par ailleurs un pseudo-radical, qui utilise une forme d’agressivité très nuisible et pathétique à l’égard de ceux qui oeuvrent pour une vision écologique adaptée à la situation actuelle (qui tient compte de l’environnement et du social). Et comme beaucoup de gens frustrés pour diverses raisons, tu le fais à l’égard de gens qui ont fait des choses et sont reconnus dans ces domaines, dont Cyril Dion, qui t’énerve, parce que au fond tu es resté un petit garçon envieux des copains de l’école qui passent au tableau. Et je relève par ailleurs que tu utilises des méthodes et des arguments qui sont parfois ceux de l’extrême droite. Mais je ne dis pas que tu ES d’extrême droite, béta ! Bref, elle est sacrément mal barrée, l’écologie soit-disant “radicale”, si c’est toi qui en parles, avec tous ces problèmes de compréhension et d’expression maladroite que tu trimballes ! On a connu mieux, plus structuré et plus fin, en matière d’anarcho-écolo-radicalo-conservateur déglingué. Mais c’était avant… D’ailleurs, sur presque tout, c’était mieux avant, n’est-ce pas ? (ça nous fera un point d’accord). Tout fout le camp, en ce début de XXIème, même les bonnes disputes de bon niveau. Allez, je te laisse, va rejoindre tes copains dans votre hutte finale et votre école de pensée fermée et (très) primaire. Moi je vais continuer à m’occuper de choses plus sérieuses et urgentes, parler d’écologie au quotidien, et de résistance à la montée de l’extrême droite, la vraie, celle qui se fout de nos désaccords ; et ils ont une balle, ou un baillon pour chacun de nous, t’inquiète. »

Sacré Erwan.

Il me semblait intéressant d’archiver ces belles réactions, ces beaux argumentaires, qui en disent long sur une certaine classe ou caste d’individus, qui invoquent machinalement l’essor de l’extrême droite et la « menace fasciste » afin de rejeter toute critique de leurs positions, de leurs agissements, de leurs idées. L’extrême droite grimpe dans les sondages, donc votre critique de la récupération de l’écologie par l’État et le capitalisme, de la nocivité des industries de production d’énergie dite verte, propre ou renouvelable, ou de l’impossibilité de concevoir une civilisation industrielle démocratique ou écologique, aux chiottes !

Le comble, dans tout ça, c’est peut-être qu’EELV et les gens comme Lecoeur et Ravut ont alimenté et alimentent toujours l’essor de l’extrême droite en défendant religieusement les divagations queer et transidentitaires (cf. les chapitres « Transidentité, cancel culture et autoritarisme chez les Verts » et « Le mouvement trans et l’essor de l’extrême droite » de mon livre Ni genre ni maître – cinquante ans d’opposition féministe au mouvement trans, éditions La Trêve, 2025).

Nicolas Casaux

Total
0
Shares
8 comments
  1. Ce qui me marque le plus dans la seconde invective, c’est la suffisance boursouflée qui trahit le mépris narcissique d’un homme d’action qui est persuadé qu’il a de linfluence sur le cours des choses, genre « t’es mon pote, hein, mais t’es à côté de la plaque, mon pote, moi je fais des trucs ! ».

  2. Ho bon sang que ça vole bas quand les nervis s’y mettent.
    Allez ! Deux de plus dans mon bestiaire infernal. Merci Nicolas de faire cette veille sanitaire et ce tri dans le marigot de cette foire numérico-médiatique de la vérité virtuelle.

  3. Non, leur soutien inconditionnel de l’idéologie trans (EELV, Reporterre, je ne parle pas des 2 lascards cités, et même Charlie, et même le Canard …), ou leurs tergiversations sur le nucléaire (c’est-y pas bon quand même ?), ne me feront pas voter RN ; mais j’ai toujours voté (depuis 50 ans) ! Alors je me pose de sacrés problèmes … Vous me direz, il est peut-être temps ! Nicolas, continuez, avec toute notre gratitude pour la qualité et l’ampleur du boulot que vous faites.
    A propos – en quelque sorte – allez aussi voir la vidéo de ce détransitionneur français de 30 ans : négligez le fait que cela vienne de journalistes du Figaro, ce sont vraiment ses mots, on le comprend vite. Son témoignage est je crois très important et de valeur. https://www.youtube.com/watch?v=z7xv6UuzvfU

    1. Salut, je vais regarder ça. Et j’espère bien que tu ne notes pas RN ! Mais le fait est que ces positions ont un effet sur une partie (la partie malléable, indécise, fluctuante) de l’électorat : elles poussent des gens à droite.

  4. C’est marrant, à les lire, c’est plutôt eux qui passent pour deux gamins harceleurs qui s’en prennent à toi dans la cour de récré parce que t’as osé insulter leur pote

  5. Merci Nicolas, tes envolées sarcastiques me font toujours bien pouffer.
    Je n’oublie pas cependant que tu te prends frontalement leur merde, que tu n’as pas à recevoir.
    Force et courage… Un jour ils comprendront qu’un monde remplaçant cette immondice capitaliste et totalisante est possible.

  6.  » Moi je vais continuer à m’occuper de choses plus sérieuses et urgentes, parler d’écologie au quotidien, et de résistance à la montée de l’extrême droite, la vraie, celle qui se fout de nos désaccords ; et ils ont une balle, ou un baillon pour chacun de nous, t’inquiète »

    Traduction :
    Je suis confortablement assis dans une loge de maquillage chez BFM TV et viens palper mon « défraiement » d’ « expert », pour fourguer du greenwashing à la ménagère et convaincre le résident d’éhpad de voter sa procuration pour le ticket Marine/Jordy qui en ont rien à branler de la gueule de personne, et qui n’ont que du rot et du vent pour chacun de nous, sauf pour moi qui suis immunisé dans mon super cinéma mental de sachant chevronné.

    Toi aussi ! viens vapoter l’égotrip d’Erwie Lavacuité : c’est de la méga boooonne quichottesque, en plus (200%Bio de lui-même certifié).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles connexes
Lire

Convergence des luttes : Frapper où ça fait mal (par Theodore Kaczynski)

Il est généralement admis que la variable fondamentale qui détermine le processus historique contemporain repose sur le développement technologique (Celso Furtado). Plus que tout, c’est la technologie qui est responsable de l’état actuel du monde et qui contrôlera son développement ultérieur. De sorte que le bulldozer qu’il nous faut détruire est la technologie moderne elle-même. [...]