Il aura fal­lu 4 jours à la 6e puis­sance éco­no­mique mon­diale pour inter­dire à la plus grande par­tie de sa popu­la­tion de sor­tir de chez elle. Le décon­fi­ne­ment, quant à lui sera bien plus long, et très cer­tai­ne­ment assor­ti de nom­breuses limi­ta­tions aux liber­tés que nous connais­sions aupa­ra­vant, des liber­tés qui res­tent fon­da­men­tales (quoi qu’en disent les thu­ri­fé­raires de l’hygiénisme qui veulent réduire une socié­té humaine aux seules pré­co­ni­sa­tions sani­taires) pour un régime dont la qua­li­fi­ca­tion de démo­cra­tique est sérieu­se­ment mal­me­née par nos diri­geants (ceux-là même qui théo­ri­que­ment devraient être les garants et les gar­diens des liber­tés fon­da­men­tales de cha­cun)…

Le Pre­mier Ministre a annon­cé « la fer­me­ture effec­tive de tous les lieux publics non indis­pen­sables à la vie du pays » le 14 mars 2020. Mais il était encore pos­sible de se dépla­cer libre­ment, puisque le gou­ver­ne­ment a pris la déci­sion poli­tique de main­te­nir le pre­mier tour des élec­tions muni­ci­pales du 15 mars. L’objectif ne consis­tait pas alors à pri­vi­lé­gier la sécu­ri­té sani­taire, puisque 47,7 mil­lions de Fran­çais étaient appe­lés à se croi­ser dans les bureaux de vote. Bien qu’un cer­tain nombre de pré­cau­tions aient été prises contre le coro­na­vi­rus, à grands ren­forts de décla­ra­tions tran­quilli­santes par l’habituelle caste de com­men­ta­teurs média­tiques, le gou­ver­ne­ment ne pou­vait igno­rer qu’il créait une mul­ti­tude de « clus­ters » pro­pa­ga­teurs de la mala­die, au même titre que le ras­sem­ble­ment évan­gé­lique de Mul­house. Par contre aucun jour­nal n’a titré sur la « bombe ato­mique » que repré­sen­tait la concen­tra­tion des élec­teurs1, et même si l’exercice sta­tis­tique est com­plexe, aucune pros­pec­tive chif­frée n’a été publiée sur le nombre de per­sonnes conta­mi­nées à cause de ces élec­tions. Seules des décla­ra­tions indi­vi­duelles de maires et d’assesseurs, et elles furent nom­breuses, ont fait l’objet de témoi­gnages sur les réseaux sociaux et furent reprises par quelques médias natio­naux2. Le len­de­main de cette dés­illu­sion élec­to­rale, après l’intelligente et salu­taire abs­ten­tion de très nom­breux Fran­çais, l’allocution du Pré­sident de la Répu­blique du 16 mars ins­ti­tue « l’état de guerre sani­taire » et le confi­ne­ment géné­ra­li­sé d’une grande majo­ri­té de la popu­la­tion à par­tir du 17 mars 2020.

Quels ensei­gne­ments peut-on déjà reti­rer de ces 4 jours ?

Tout d’abord qu’un gou­ver­ne­ment dit démo­cra­tique peut obli­ger avec suc­cès ses citoyens à renon­cer à leur liber­té de mou­ve­ment en un temps extrê­me­ment bref. La menace invi­sible (mais bien réelle) du virus secon­dée par l’étalage du bras armé que consti­tuent la police et la gen­dar­me­rie et le déploie­ment d’instruments de coer­ci­tion expé­ri­men­tés en temps réel et en gran­deur nature (per­mis­sions de sor­tie, drones, héli­co­ptères, bar­rages, etc.) démontre à l’évidence que les indi­vi­dus doivent obli­ga­toi­re­ment être dociles, sou­mis, ser­viles, voire alié­nés dans leur rela­tion au pou­voir poli­tique et au sys­tème éco­no­mique qu’il repré­sente. Les alié­nés étant celles et ceux qui dénoncent leurs voi­sins, qui exigent le départ des infir­mières de leur immeuble par crainte d’être conta­mi­nés3, qui tabassent impu­né­ment des gens n’ayant pas leur « per­mis­sion de sor­tie », qui ver­ba­lisent des SDF, la nos­tal­gie psy­cho­gé­néa­lo­gique du régime de Vichy, etc. L’aliénation est ici sociale, la dépos­ses­sion libre­ment consen­tie d’une par­tie de sa pen­sée et de ses actes au pro­fit de la caste diri­geante, laquelle a réus­si à mani­pu­ler ces indi­vi­dus en leur fai­sant croire qu’ils détiennent une véri­té supé­rieure. Dans ce contexte, l’aliénation consiste à « être l’allié de ses propres fos­soyeurs » comme l’énonce Milan Kun­de­ra dans L’immortalité.

On peut ensuite obser­ver que contrai­re­ment aux décla­ra­tions sur la prio­ri­té abso­lue de la crise sani­taire, la géo­mé­trie de la ges­tion de la crise est à dimen­sions plu­rielles dont la varia­bi­li­té dépend de la confron­ta­tion d’enjeux sou­vent contra­dic­toires. Ces incom­pa­ti­bi­li­tés ne sont en rien le fait du hasard ou de l’incompétence (quoique…), elles sont inhé­rentes au fonc­tion­ne­ment d’une socié­té qui se déclare moderne et pro­gres­siste alors qu’elle ne fait que gérer ses inco­hé­rences fon­da­men­ta­le­ment des­truc­trices afin de ne pas s’écrouler (et comme nous allons le voir plus loin, ce phé­no­mène s’accentue davan­tage encore avec le décon­fi­ne­ment).

Ces quelques consi­dé­ra­tions pré­li­mi­naires nous mènent à la per­ver­sion nar­cis­sique éri­gée comme un sys­tème de gou­ver­nance. Le per­vers nar­cis­sique n’est plus seule­ment un indi­vi­du iso­lé, mais son type de com­por­te­ment déviant peut éga­le­ment impré­gner l’ensemble de la caste diri­geante de cer­tains pays. Dans L’Antéchrist de Nietzsche, « là où la volon­té de puis­sance fait défaut, il y a déclin ». La volon­té de puis­sance a tou­jours consti­tué l’une des prin­ci­pales carac­té­ris­tiques du pou­voir poli­tique des civi­li­sa­tions séden­taires, urbaines, et ayant des fron­tières déli­mi­tées. Un pays a l’obligation de pro­gres­ser, de pro­duire tou­jours davan­tage de richesses, sous peine de décli­ner ou d’être domi­né (notam­ment éco­no­mi­que­ment) par d’autres. Les gou­ver­nants (qu’ils s’imposent par la force, par trans­mis­sion fami­liale, ou par des élec­tions) se doivent de sym­bo­li­ser le som­met hié­rar­chique de ce sys­tème. Ce fonc­tion­ne­ment est deve­nu majo­ri­taire au point de croire qu’il n’en existe pas d’autre. L’idée même de remise en cause de ces méca­nismes est qua­si­ment inexis­tante. Les rares ten­ta­tives qui réflé­chissent à la régu­la­tion de la volon­té de puis­sance, aux pos­si­bi­li­tés d’établir une socié­té équi­li­brée basée sur d’autres moda­li­tés que la hié­rar­chi­sa­tion sociale sont qua­li­fiées d’utopistes. Elles sont accu­sées avec une arro­gance dou­blée d’ignorance de pro­vo­quer le désordre, la confu­sion, le chaos, de « reve­nir à l’âge de la bou­gie ». Alors qu’en même temps la civi­li­sa­tion basée sur le pro­grès tech­nique qui asser­vit bien plus qu’il ne libère, sur l’exploitation chao­tique et des­truc­trice des êtres et des res­sources, sur un pro­fit éco­no­mique qui béné­fi­cie à quelques démiurges, cette mer­veilleuse civi­li­sa­tion donc s’efforce de col­ma­ter les brèches de plus en plus nom­breuses et béantes dont elle est elle-même res­pon­sable pour essayer de ne pas s’effondrer sous son propre poids. La seule volon­té de puis­sance, celle qui intrin­sè­que­ment engendre le contrôle et la domi­na­tion, ne suf­fit plus à diri­ger cer­tains pays. Le règne hégé­mo­nique de cer­tains gou­ver­ne­ments ayant adop­té la volon­té de puis­sance connaît depuis peu une évo­lu­tion adap­ta­tive, pour aller encore plus loin, vers une sur­veillance géné­ra­li­sée de la vie pri­vée et une emprise abso­lue sur les indi­vi­dus allant jusqu’à condi­tion­ner et uni­for­mi­ser leurs modes de pen­sée. Pour déployer cette adap­ta­tion encore plus vicieuse du pou­voir il devient néces­saire de contrô­ler les citoyens par la sys­té­ma­ti­sa­tion d’un double lan­gage (les fameuses fake news de Trump, dont la com­mu­ni­ca­tion inverse constam­ment les men­songes et la réa­li­té fac­tuelle jusqu’à induire le déni comme une valeur morale à même de chan­ger un par­fait abru­ti en homme puis­sant et pres­ti­gieux ; une uti­li­sa­tion fré­quente de la nov­langue, des biais de lan­gage des­ti­nés à créer de la confu­sion tout en entre­te­nant le sen­ti­ment d’appartenance à l’élite) et de doubles contraintes per­ma­nentes. Il s’agit là de gar­der les popu­la­tions en otage en ins­tal­lant une menace dif­fuse mais per­pé­tuelle sur les faits et gestes de cha­cun, une épée de Damo­clès ins­ti­tu­tio­na­li­sée. On va vous décon­fi­ner, mais on pré­voit un plan de recon­fi­ne­ment. On ouvre les écoles, mais les enfants doivent être condi­tion­nés pour res­pec­ter la « dis­tan­cia­tion sociale ». Comme il manque de la place, du coup seule une petite par­tie des élèves aura le pri­vi­lège de retour­ner à l’école. Le décon­fi­ne­ment va durer long­temps, on fait ça pour sau­ver des vies mais on en pro­fite pour pas­ser des lois liber­ti­cides et pour sup­pri­mer des mesures pro­tec­trices de l’environnement. Etc. Ain­si, la volon­té de pou­voir « clas­sique », conte­nant déjà en elle-même la hié­rar­chi­sa­tion entre les êtres et l’organisation de la socié­té humaine en classes ou castes, mani­feste un glis­se­ment vers des fonc­tion­ne­ments tou­jours plus patho­lo­giques révé­lés au grand jour par une pan­dé­mie (ce qui ne manque pas d’ironie, mais qui relève aus­si d’une cer­taine logique).

Shi­rin Abe­di­ni­rad

Cette notion de désordre psy­cho­lo­gique est deve­nue une véri­table mode dans cer­tains milieux, et elle a donc été défor­mée et appli­quée un peu n’importe com­ment à n’importe qui. Ce qui a natu­rel­le­ment pour consé­quence de déni­grer la notion avec une faci­li­té mépri­sante et de ren­ché­rir avec la dédai­gneuse calom­nie propre à cer­tains pro­fes­sion­nels de la com­mu­ni­ca­tion. Pour autant, le per­vers nar­cis­sique existe et son influence patho­lo­gique pour­rit la vie quo­ti­dienne de per­sonnes faci­le­ment prises en otage, alors qu’il leur sera très dif­fi­cile de récu­pé­rer leur vie d’avant.

Un per­vers nar­cis­sique est avant tout un mani­pu­la­teur. Il uti­lise toute son intel­li­gence, stra­té­gique et tac­tique, pour exploi­ter sa ou ses proies afin de la (ou les) main­te­nir sous une totale emprise. Son intel­li­gence, ration­nelle et oppor­tu­niste, est d’abord employée à séduire pour s’appliquer à mieux détruire, car son but –incons­cient- est d’affirmer sa supé­rio­ri­té de pré­da­teur pour anni­hi­ler la vic­time qu’il s’est choi­sie. Il est dis­so­cié de ses émo­tions, et par­fois de son corps, n’éprouve aucune empa­thie pour fonc­tion­ner de manière méca­nique avec une ratio­na­li­té cal­cu­la­trice et gla­cée. Maniaque, il s’enrobe de toute-puis­sance et s’empare des biens maté­riels de sa proie. Il com­mence par séduire en valo­ri­sant les qua­li­tés de sa vic­time, mais une fois sa cible mys­ti­fiée et éprou­vant en retour une sorte d’addiction fas­ci­née, peu à peu le dis­cours loquace du per­vers nar­cis­sique se sub­sti­tue à l’existence de l’autre et c’est alors que com­mence son tra­vail de sape et de des­truc­tion, brique après brique, sans jamais se relâ­cher. Lorsqu’il est mis face à ses agis­se­ments, le per­vers nar­cis­sique aura une atti­tude adap­ta­tive de vic­ti­mi­sa­tion, et sou­vent la vic­time devien­dra l’accusé. Il est aus­si extrê­me­ment rare qu’un per­vers nar­cis­sique accepte de se remettre en ques­tion, il n’admettra aucun remords ni aucune res­pon­sa­bi­li­té4.

Le gou­ver­ne­ment s’est tout d’abord mon­tré péda­go­gique, arguant de sa trans­pa­rence et de sa volon­té pri­mor­diale de sau­ver des vies. On peut légi­ti­me­ment saluer cette phase de séduc­tion. Il a valo­ri­sé le monde médi­cal en l’honorant du pié­des­tal du Sau­veur, après plu­sieurs décen­nies de coupes bud­gé­taires appe­lées « ratio­na­li­sa­tion bud­gé­taire » en nov­langue5, de fer­me­tures d’hôpitaux, de déser­ti­fi­ca­tion médi­cale des régions, en fonc­tion­nant en flux ten­du selon les pré­ceptes de la doxa néo-libé­rale, de dimi­nu­tion de la recherche por­tant notam­ment sur les virus, en méca­ni­sant soi­gnants et soi­gnés, en per­met­tant les délo­ca­li­sa­tions en Chine d’une indus­trie phar­ma­ceu­tique pour­tant van­tée comme l’un des fleu­rons éco­no­miques du pays, en fai­sant inter­ve­nir CRS et gen­darmes mobiles ayant reçu l’ordre de matra­quer et de gazer le per­son­nel médi­cal lors de leurs mani­fes­ta­tions pour qu’ils sai­sissent leur peu d’importance et pour les faire ren­trer dans le rang.

Très vite, les Fran­çais se sont cepen­dant aper­çus que quelque chose clo­chait. La ques­tion de l’absence de masques, l’incurie du dépis­tage, ont don­né lieu à un flot conti­nu de cafouillages et de men­songes gou­ver­ne­men­taux. Ces ques­tions ne sont tou­jours pas réso­lues puisqu’il n’est pra­ti­que­ment pas pos­sible d’avouer son igno­rance pour une ins­ti­tu­tion, pour cer­tains cor­po­ra­tismes, pour des « experts » para­dant avec leur fausse gra­vi­té de cir­cons­tance de sur-diplô­més affi­chant en réa­li­té leur bêtise et leur vas­sa­li­té. Les médias ser­viles se sont exta­siés en boucle pen­dant plu­sieurs jours sur le mon­tage par des mili­taires d’une tente de trente lits6, alors qu’ailleurs d’immenses bâti­ments étaient amé­na­gés avec des cen­taines de lits. Les vieilles habi­tudes de mani­pu­la­tion avaient indé­nia­ble­ment repris leur léni­fiant cours quo­ti­dien. Les détour­ne­ments de la réa­li­té ont été trop nom­breux, et sont loin d’être ter­mi­nés, pour ne serait-ce qu’en don­ner quelques aper­çus. En lisant ces lignes, cha­cun trou­ve­ra sans la moindre dif­fi­cul­té plu­sieurs exemples pour illus­trer cette métho­do­lo­gie récur­rente. Ils ont été indi­vi­duels, comme le Pré­fet de Police de Paris, qui a fait son coming out d’apprenti per­vers nar­cis­sique7, et ils ont été ins­ti­tu­tion­nels, comme l’interdiction d’importer des masques non nor­més alors que des mil­liers de res­pi­ra­teurs cette fois conformes aux normes bureau­cra­tiques étaient inuti­li­sables à la suite d’une erreur admi­nis­tra­tive sur le choix du modèle8.

Le confi­ne­ment géné­ra­li­sé a eu l’avantage de ne pas satu­rer les capa­ci­tés hos­pi­ta­lières sub­sis­tant mal­gré l’indigence et l’impréparation face à une pan­dé­mie, qui était pour­tant pré­vi­sible puisque plu­sieurs ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales avaient aler­té les gou­ver­ne­ments mon­diaux à plu­sieurs reprises et depuis plu­sieurs années9 (9). Des épi­dé­mies qui se pro­pagent avec une grande rapi­di­té et qui pro­viennent direc­te­ment de la mon­dia­li­sa­tion des échanges grâce à la mul­ti­pli­ca­tion des moyens de trans­port, à un réseau de plus de cent mille avions cir­cu­lant chaque jour (50 000 voya­geurs, 55 000 de fret). « Les conta­gions, qui exis­taient aupa­ra­vant, sont ampli­fiées par le fait que nous sommes extrê­me­ment nom­breux, et extrê­me­ment connec­tés » comme le pré­cise Kate Jones (chaire d’écologie à l’University Col­lege de Londres)10. Le gou­ver­ne­ment se sert de l’état de guerre sani­taire qu’il a lui-même ins­ti­tué pour en pro­fi­ter comme une oppor­tu­ni­té, le ter­ri­toire fran­çais étant deve­nu un labo­ra­toire pour expé­ri­men­ter la dimi­nu­tion des liber­tés autre­fois consi­dé­rées comme fon­da­men­tales, pour ins­tau­rer un Etat d’exception per­ma­nent lui per­met­tant de prendre par simples décrets des mesures atten­ta­toires au droit com­mun qui n’ont qu’un rap­port loin­tain avec la pan­dé­mie, pour mettre en place un sys­tème répres­sif uti­li­sant les der­niers ins­tru­ments tech­no­lo­giques. Il suf­fit que quelque maire para­noïaque ait l’idée d’utiliser des drones pour sur­veiller ses plages ou ses rues avec suc­cès, pour que l’Etat com­mande immé­dia­te­ment 650 drones. Il y a des domaines où les res­tric­tions bud­gé­taires ne sont pas appli­cables. Et c’est aus­si là que l’on retrouve notre per­vers nar­cis­sique : le minis­tère de l’Intérieur assure tou­te­fois que la com­mande n’a rien à voir avec l’actualité : « Cet appel d’offres est sans lien avec la situa­tion sani­taire actuelle, l’expression de besoin et les spé­ci­fi­ca­tions tech­niques ayant été conso­li­dées au cours du second semestre 2019.11 »

Le tra­çage numé­rique à l’aide d’applications sur smart­phones avait tout d’abord été écar­té par le pou­voir. Comme il n’y a eu que rela­ti­ve­ment peu de réac­tion popu­laire néga­tive et comme d’autres pays avaient réus­si à ins­tau­rer cette mesure, l’État fran­çais a consi­dé­ré que le tra­cking de ses citoyens pou­vait consti­tuer une aubaine en tant qu’instrument de contrôle sécu­ri­taire sup­plé­men­taire, mais aus­si comme une oppor­tu­ni­té éco­no­mique. Les infor­ma­tions recueillies par les appli­ca­tions de tra­çage sont cen­sées être ano­nymes et détruites, s’il faut en croire les belles décla­ra­tions d’intention minis­té­rielles. C’est oublier un peu vite qu’Edward Snow­den a sou­li­gné qu’il était impos­sible de faire dis­pa­raître tota­le­ment les don­nées numé­riques enre­gis­trées, qu’elles relèvent en quelque sorte peu ou prou du domaine public. Pour l’instant, le tra­çage numé­rique est basé sur le volon­ta­riat et trop de dif­fi­cul­tés tech­niques et sociales empêchent la pos­si­bi­li­té d’une mise en œuvre obli­ga­toire. Cepen­dant une fois mises en place, on sait que les mesures liber­ti­cides ne sont jamais aban­don­nées et connaissent des phases pro­gres­sives de déve­lop­pe­ment dont les sur­sauts sécu­ri­taires s’aggravent au fur et à mesure des nou­velles périodes de crise12 (12). Le tra­çage pour­rait faci­le­ment se trans­for­mer en traque.

Pour une gou­ver­nance patho­lo­gique la ten­ta­tion est grande de s’inspirer du régime dic­ta­to­rial chi­nois, et les limi­ta­tions que l’on nous impose nous pressent tous dans un tel gou­lot d’étranglement que les diri­geants fran­çais nous pré­ci­pitent tou­jours davan­tage vers une forme de « cré­dit social » à la chi­noise de nota­tion com­por­te­men­tale des indi­vi­dus. Les cor­beaux et autres déla­teurs ne s’y sont pas trom­pés. Les Chi­nois non plus lorsqu’ils vantent l’efficacité de leur ges­tion de la crise du Covid19 pour en reti­rer des béné­fices géo­po­li­tiques, s’ajoutant au dra­gon éco­no­mique des Grandes Routes de la Soie qui se fau­file vers les richesses des inno­va­tions euro­péennes et vers les terres nour­ri­cières et riches en miné­raux de l’Afrique. Que l’on sac­cage au pas­sage les espaces natu­rels, que l’on éra­dique de nom­breuses espèces vivantes sau­vages n’a pas la moindre impor­tance lorsqu’il s’agit de ration­na­li­ser la ren­ta­bi­li­té éco­no­mique, lorsque les modèles mathé­ma­tiques dictent l’évolution du genre humain. Jean-Pierre Raf­fa­rin a bien recon­nu les simi­li­tudes rap­pro­chant la France et la Chine, la mani­pu­la­tion sys­té­mique, la volon­té de puis­sance dénuée de la moindre empa­thie, leurs peuples consi­dé­rés avant tout comme des tra­vailleurs déshu­ma­ni­sés sou­mis à l’autorité sou­ve­raine d’une caste de para­sites. Mais lui, comme d’autres hommes poli­tiques, est posi­ti­ve­ment fas­ci­né par ce qu’il consi­dère comme un modèle d’efficacité et de ren­ta­bi­li­té. Tou­jours la même ren­gaine qui valo­rise les aspects les plus déshu­ma­ni­sants et qui s’aveugle volon­tai­re­ment sur l’emprisonnement de masse des Ouï­ghours, sur l’invasion et l’assimilation for­cée des Tibé­tains, sur les arres­ta­tions arbi­traires.

La start-up nation rêvée par notre actuel Pré­sident de la Répu­blique connaît une for­mi­dable expan­sion grâce au confi­ne­ment. L’explosion du télé­tra­vail est par­ti­cu­liè­re­ment signi­fi­ca­tive à cet égard, pas­sant de 28 % avant la pan­dé­mie à 41 % actuel­le­ment13. Aupa­ra­vant, mal­gré les cen­taines de mil­liers de per­sonnes cher­chant à trou­ver de nou­veaux ins­tru­ments tech­no­lo­giques suf­fi­sam­ment consom­ma­teurs de bande pas­sante et de don­nées, le déploie­ment de la 5G était ralen­ti et pre­nait du retard. Car depuis déjà plu­sieurs années les indus­triels avaient convain­cu les tech­no­crates qu’il fal­lait d’abord déployer les infra­struc­tures per­met­tant la 5G, et dans un second temps trou­ver les outils jus­ti­fiant l’installation de cette tech­nique. Avec la crise du Covid19, l’accélération du télé­tra­vail et la sco­la­ri­té par l’intermédiaire des outils infor­ma­tiques, et plus géné­ra­le­ment le recours mas­sif à inter­net, sont deve­nus les faire-valoir jus­ti­fiant la 5G. La loi d’urgence du 25 mars 2020, sui­vie d’une ordon­nance du 26 mars 2020, per­met l’installation des antennes-relais en assou­plis­sant consi­dé­ra­ble­ment les pro­cé­dures. Bien que la 5G (ce qu’on appelle actuel­le­ment 5G n’est en fait qu’une ampli­fi­ca­tion des fré­quences de la 4G, le recours aux ondes mil­li­mé­triques, qui est la « véri­table » 5G, ne sera mise en place que plus tard, en s’appuyant sur les antennes-relais pré-édi­fiées, et les satel­lites envoyés par Elon Musk) n’existe encore en France que dans quelques zones tests, la construc­tion d’antennes-relais sans aucune entrave régle­men­taire pour­suit un objec­tif qui concorde par­fai­te­ment avec un maillage très dense vou­lu à la fois par les indus­triels du sec­teur et par l’État. On construit des antennes-relais et on détruit des arbres cen­te­naires, mais on ne fait jamais l’inverse. Alors bien sûr des jour­na­listes-laquais se sont empa­rés du dis­cours de quelques com­plo­tistes dont la vision défor­mée a éta­bli une rela­tion de cause à effet entre le Covid19 et le rayon­ne­ment des antennes 5G, ce qui ridi­cu­lise « en même temps » la grande majo­ri­té de per­sonnes, non com­plo­tistes, qui émettent des réserves ou qui s’opposent à la géné­ra­li­sa­tion mon­diale, sur terre et dans l’atmosphère, de cen­taines de mil­lions d’antennes émet­trices et récep­trices de micro-ondes14. C’est comme cela que la caste au pou­voir pro­cède pour clore toute pos­si­bi­li­té de dis­cus­sion.

D’autres ten­ta­tions séduisent le gou­ver­ne­ment et les « hautes sphères » diri­geantes des plus grandes entre­prises et du MEDEF. Cer­taines d’entre elles ne sont heu­reu­se­ment pas sui­vies d’effets, car le confi­ne­ment a eu l’avantage de don­ner aux citoyens les moins condi­tion­nés le temps de se ren­sei­gner et de réagir mas­si­ve­ment, notam­ment sur les réseaux sociaux. Le temps de cer­veau dis­po­nible ne peut pas être entiè­re­ment absor­bé par l’habituel matra­quage des médias, par les omni­pré­sents com­men­ta­teurs pro­fes­sion­nels qui oscil­lent entre la bien-pen­sance fédé­ra­trice et leur inféo­da­tion à la caste domi­nante. Il n’est donc pas très dif­fi­cile d’identifier les contraintes sou­vent contra­dic­toires, l’emprise par cap­ta­tion, le contrôle maniaque que nous subis­sons, ain­si que les nou­velles atteintes presque quo­ti­diennes à nos droits. L’abandon de cer­taines règles envi­ron­ne­men­tales, le confi­ne­ment des per­sonnes âgées jusqu’en décembre 2020, la créa­tion de milices de chas­seurs char­gées de dénon­cer les dan­ge­reux délin­quants que sont deve­nus les pro­me­neurs dans les bois, les mon­tagnes, les milieux natu­rels ; les déte­nus pri­vés de visites et de par­loir ; la fer­me­ture des mar­chés et des réseaux de dis­tri­bu­tion soli­daires, mais l’ouverture des hyper­mar­chés ; le sou­tien sans aucune contre­par­tie envi­ron­ne­men­tale aux grandes entre­prises les plus pol­luantes ; la réduc­tion de moi­tié de la dis­tance de sécu­ri­té d’épandage de pes­ti­cides près des habi­ta­tions ; l’autorisation gou­ver­ne­men­tale don­née aux pré­fets de déro­ger à cer­taines normes régle­men­taires dans les domaines de l’urbanisme, la construc­tion, l’emploi, le loge­ment, les sub­ven­tions et l’environnement ; l’allongement des déten­tions pro­vi­soires.

Il a déjà été annon­cé que le décon­fi­ne­ment sera pro­gres­sif, ce qui revient à dire que le gou­ver­ne­ment va péren­ni­ser des mesures de contrôle pré­sen­tées dans un pre­mier temps comme tran­si­toires. On ne peut que sou­li­gner la nature patho­lo­gique de diri­geants qui se mêlent de conti­nuer sans limi­ta­tion de temps à res­treindre la vie pri­vée de leur popu­la­tion, qui se per­mettent de contrô­ler l’amitié et les marques d’affection (pro­hi­bi­tion des embras­sades, des poi­gnées de main et des acco­lades), qui insufflent la peur de l’autre (un véri­table rêve deve­nu réa­li­té pour les fas­cistes). La géné­ra­li­sa­tion du port des masques montre sym­bo­li­que­ment que toute la socié­té doit avan­cer mas­quée, enfants en bas âge com­pris, comme des bataillons muets voués à tra­vailler ou à être condi­tion­nés à tra­vailler pour assu­rer le bon fonc­tion­ne­ment du sys­tème capi­ta­liste. Nous devons res­ter cachés der­rière les masques qui nous sous­traient la moi­tié de notre visage pour faire de nous des demi-humains. Les aris­to-tech­no­crates nous contraignent à la dis­si­mu­la­tion des humains que nous sommes et ulti­me­ment tra­vaillent à notre dis­pa­ri­tion Ces masques-là n’ont plus rien à voir avec la come­dia dell’arte, ils sont por­tés devant la bouche pour empê­cher la dif­fu­sion des pos­tillons, mais ils rendent aus­si notre expres­sion moins fluide, moins vraie. Les masques ne nous empêchent pas de par­ler, mais leur simple pré­sence entrave les échanges, la libre cir­cu­la­tion des idées et des mots. Com­ment peut-on entendre un phi­lo­sophe s’exprimant der­rière un masque chi­rur­gi­cal ? Le pou­voir enchaîne notre liber­té d’expression non plus au port obli­ga­toire du masque mais à celui de la muse­lière. Il n’est pas ano­din de rele­ver qu’historiquement les muse­lières devaient être por­tées par des ani­maux, des femmes et des esclaves, le patriar­cat et le colo­nia­lisme ayant tou­jours été créa­tifs pour avi­lir et contrô­ler.

Il s’avère que cette crise sani­taire a de graves consé­quences éco­no­miques et finan­cières, ce qui fait que les gou­ver­ne­ments ne peuvent pas trop long­temps para­ly­ser la machine éco­no­mique sans son com­bus­tible humain. Le prin­cipe de réa­li­té démontre qu’une socié­té de clones vir­tua­li­sés ne peut sub­sis­ter sans l’indispensable contri­bu­tion des « invi­sibles », des « petits », des « sans-dents », des per­sonnes que le pou­voir méprise et/ou ne recon­naît pas en temps nor­mal parce qu’elles ne valent pas la peine qu’on s’en occupe, parce qu’elles devraient être satis­faites, et même recon­nais­santes, de leur SMIC ou de leur retraite de plus en plus maigre pour sur­vivre. Il faut donc que les enfants retournent à l’école pour per­mettre aux adultes de remettre en route une méca­nique capi­ta­liste et consu­mé­riste effi­cace dont le ren­de­ment sera à nou­veau maxi­mi­sé en tenant compte des leçons offertes par la pan­dé­mie. Un per­vers nar­cis­sique ne veut pas éli­mi­ner défi­ni­ti­ve­ment sa vic­time, il doit lui dis­tri­buer quelques miettes pour le main­te­nir en vie. Car si sa proie devait lui échap­per ou se rebel­ler cela mani­fes­te­rait l’échec de son intel­li­gence si ration­nelle, ses cal­culs et ses stra­té­gies si lon­gue­ment et soi­gneu­se­ment mis en place. Par contre la sou­mis­sion abso­lue est une condi­tion non négo­ciable, quels que soient les moyens employés pour y par­ve­nir, bien que l’absence d’affect n’empêche pas d’éprouver une cer­taine satis­fac­tion à uti­li­ser la bru­ta­li­té ou la vio­lence pour pou­voir étu­dier ration­nel­le­ment la souf­france de l’autre, pour le bri­ser métho­di­que­ment jusqu’à ce qu’il accepte sa ser­vi­tude avec joie et recon­nais­sance.

Le décon­fi­ne­ment va main­te­nir la popu­la­tion fran­çaise sous la coupe des déci­sions dis­cré­tion­naires du gou­ver­ne­ment pour long­temps. Chaque alerte d’une poten­tielle nou­velle pan­dé­mie son­ne­ra le retour des lois d’exception. Après la Ter­reur, la peur va régner. La moindre ten­ta­tive de rébel­lion sera dure­ment répri­mée, écra­sée, liqui­dée, dis­cré­di­tée, déni­grée, comme ce fut le cas pour les Gilets Jaunes. Les oppo­sants poli­tiques et les éco­lo­gistes seront sur­veillés, fichés, contrô­lés, sui­vis, écou­tés, pro­vo­qués, ter­ro­ri­sés comme le sont actuel­le­ment les oppo­sants au pro­jet de pou­belle nucléaire de Bure. Le peuple fran­çais devra men­dier, sup­plier, implo­rer, prier, qué­man­der, pleu­rer le retour de cer­taines de ses pré­ro­ga­tives d’avant le Covid19. L’aristo-technocratie va s’appuyer sur l’amplification des tech­no­lo­gies froides et cal­cu­la­trices pour conti­nuer à détruire les milieux natu­rels, pour extir­per tout ce qui est encore sau­vage et libre, pour façon­ner ses « infé­rieurs » à être enthou­siastes de leur ser­vi­li­té, en mul­ti­pliant de nom­breuses injonc­tions contra­dic­toires impos­sibles à res­pec­ter, même pour ceux qui le vou­draient.

La France s’aventure doré­na­vant vers un régime tou­jours plus patho­lo­gique où la volon­té de puis­sance a l’ambition de se trans­for­mer en une bru­tale Toute Puis­sance démiur­gique qui se mani­feste par un empi­le­ment de doubles contraintes. Des doubles contraintes qui mono­po­lisent la réflexion et l’énergie de toute une popu­la­tion prise en otage de res­pon­sables poli­tiques et de repré­sen­tants de l’hygiénisme qui se dis­putent entre incom­pé­tence crasse et satis­fac­tion d’avoir trou­vé une recette durable pour asseoir leur domi­na­tion. Le peuple demande accès aux plages ? On leur accorde ce droit comme un cadeau, le droit de s’allonger dans un enclos aus­si déli­mi­té que celui des truies dans les éle­vages inten­sifs. Le droit consti­tu­tion­nel de mani­fes­ter est sys­té­ma­ti­que­ment inter­dit par les pré­fets qui se retranchent der­rière un risque pan­dé­mique deve­nu qua­si inexis­tant. Les para­noïaques de ser­vice déposent un pro­jet de loi inter­di­sant de fil­mer les forces de l’ordre qui vou­draient jouer aux che­mises brunes. Les quelques enfants ayant le pri­vi­lège de pou­voir entrer dans une école sont sou­mis à de telles contraintes que leurs trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques doivent être trai­tés par des psy­chiatres. Cette pan­dé­mie est une oppor­tu­ni­té pour cer­tains pays, dont la France, d’inaugurer un nou­veau mode de gou­ver­nance : celui de la per­ver­sion nar­cis­sique.

Chris­tophe Thro

Cor­rec­tion : Lola Bear­zat­to


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