« Les léninistes fossilisés de notre époque ne sont plus (n’étant pas capables d’une telle chose) l’avant-garde de la contre-révolution que leurs prédécesseurs étaient il y a trente ou même soixante ans, mais leur fonction est toujours la même : travailler pour la domination en tant qu’agents provocateurs. »
Miguel Amoros, « Le léninisme, une idéologie fasciste », 2007.
Il y a quelques jours, des membres de la « PaduTeam », soit l’équipe du youtubeur « Pas Dühring » (ou juste Padu), ont publié une vidéo à charge contre le mouvement Anti-Tech Resistance, et contre toutes celles et ceux qui considèrent l’industrie et la technologie – un certain ensemble de technologies – comme un problème.
La PaduTeam, c’est un groupe de jeunes (moins de 40 ans) marxistes-communistes, tendance léniniste, suivi par près de 90 000 personnes sur YouTube, qui utilise les plateformes vidéo et les réseaux sociaux pour diffuser ses idées. Il comprend entre autres, en plus de Pas Dühring, une « Docteur Zoé », active sur Twitter, et un dénommé Chris, également fondateur de la revue marxiste Positions. La PaduTeam organise aussi des campagnes et des groupes militants en France depuis l’été 2025, par le biais du mouvement « On ne veut plus ! » (onneveutplus.fr).
Je discuterai plus loin de leur critique de la critique de la technologie. Mais d’abord, je voudrais revenir sur Karl Marx, Friedrich Engels, le « communisme » qu’ils ont théorisé, les mouvements qu’ils ont inspirés et leurs héritiers.
Marx et Engels
Karl Marx et Friedrich Engels sont des intellectuels germaniques du XIXᵉ siècle, nés au cœur de la bourgeoisie ascendante qu’ils prétendront pourtant combattre. Marx (1818–1883), fils d’un avocat rhénan converti au protestantisme pour s’intégrer à l’État prussien, traverse l’Europe des révolutions avortées, de l’industrialisation brutale et de la misère ouvrière, vivant lui-même dans une précarité chronique soulagée par le pognon que lui transmettait régulièrement Engels. Engels (1820–1895), héritier d’un industriel textile allemand implanté en Angleterre, observe de l’intérieur le capitalisme industriel à Manchester, véritable laboratoire de la modernité marchande. Tous deux écrivent dans un siècle secoué par l’effondrement des ordres traditionnels, la consolidation de l’État moderne, l’expansion coloniale européenne et la foi quasi religieuse dans le progrès. Et de cette foi quasi religieuse dans le concept de « progrès », qui figurait parmi les idées dominantes de leur époque, Marx et Engels ne se départiront jamais.
Que disait, en gros, la théorie des deux papas du marxisme ?
Marx et Engels conçoivent l’histoire comme un processus orienté vers le développement des « forces productives », régi par des « lois » objectives indépendantes des volontés individuelles, « qui se manifestent et se réalisent avec une nécessité de fer » (Le Capital, tome 1). Ce développement inéluctable de l’histoire est déterminé par un mouvement qu’ils qualifient de « dialectique », selon lequel toutes les formes sociales sont traversées de contradictions internes qui travaillent à leur dissolution et à leur remplacement par une forme sociale supérieure (en tout cas jusqu’à l’avènement du communisme). La stabilité est donc illusoire, l’équilibre impossible. Il est inconcevable que des sociétés humaines aient pu choisir la permanence, l’autolimitation, la continuité — les sociétés chasseuses-cueilleuses sont réduites à un stade infantile condamné à être dépassé. Les sociétés humaines se succèdent donc selon des stades déterminés, inévitables (communautés dites primitives, féodalisme, capitalisme industriel), chacun défini par un mode de production spécifique et par les antagonismes de classes qu’il engendre. Les formes de vie qui ne s’inscrivent pas dans cette dynamique de développement des forces productives sont plus ou moins implicitement jugées « en retard ».
Les théories de Marx et Engels incorporent le finalisme socio-évolutionniste de la mythologie du progrès qui domine leur époque. Ce finalisme hiérarchise les sociétés et les peuples selon leur degré d’industrialisation, érigeant l’expérience occidentale en norme de l’humanité accomplie, et réduisant les autres formes de vie humaine au rang de survivances appelées à être dépassées ou dissoutes. Cette vision des choses correspond peu ou prou au racisme culturel (et non biologique) qui imprègne par exemple la « mission civilisatrice ».
Marx et Engels dénoncent l’exploitation, la misère et l’aliénation que le capitalisme produit, mais le présentent comme une étape inévitable et nécessaire. Selon eux, en développant les « forces productives », en généralisant le salariat et en créant un prolétariat massif, le capitalisme prépare « dialectiquement » les conditions de sa propre abolition. Tout cela amène Marx et Engels à condamner moralement le colonialisme tout en le justifiant historiquement. Le colonialisme détruit, certes, mais il fait avancer l’Histoire. Il développe les « forces productives ». Il arrache les peuples à leur stagnation, à « l’idiotisme de la vie des champs » (Marx et Engels, Manifeste du parti communiste, 1848). Il joue, malgré lui, son rôle dans le plan global. Il accomplit « une double mission […] l’une destructrice, l’autre régénératrice », consistant à poser « la base matérielle du monde nouveau » (Marx, « Les conséquences futures de la domination britannique aux Indes », 1853). Il s’agit donc d’un mal nécessaire.
Le prolétariat est appelé par l’Histoire à renverser l’ordre bourgeois en instaurant une dictature, en s’emparant des moyens de production (industriels), en les socialisant, abolissant ainsi la propriété privée. La dictature du prolétariat liquidera les survivances de l’ordre ancien et permettra l’avènement d’une société sans classes, sans État (lequel s’éteindrait, s’auto-démantèlerait, quelque chose comme ça, de sorte que « les fonctions gouvernementales se transforment en de simples fonctions administratives », comme l’ont écrit Marx et Engels, ce qui changerait évidemment tout !) et sans domination (plus ou moins, ce point n’est pas parfaitement clair). Le communisme. Et alors « les hommes, enfin maîtres de leur propre mode de vie en société, [deviendront] aussi, par là même, maîtres de la nature » (Engels, Anti-Dühring, 1877).
Le marxisme, un culte messianique millénariste
Si cela évoque un genre de millénarisme messianique, c’est parce que c’en est. La dialectique de Marx et Engels est une théologie (une doctrine religieuse) présentée comme une sorte de loi de la thermodynamique, qui prétend que toutes les situations sociales contiennent une contradiction, amenée à se développer jusqu’à sa résolution finale, pour permettre le passage à une forme sociale supérieure. Leur thèse s’apparente à une théodicée (une tentative philosophique ou théologique de concilier l’existence d’un Dieu parfait, en l’occurrence l’Histoire providentielle censée mener au communisme, avec la présence du mal et de la souffrance sur Terre), et à un récit de salut sécularisé. L’Histoire a un sens, une direction et un terme. Toutes sortes d’horreurs et d’ignominies sont justifiées par leur rôle dans l’accomplissement à venir (l’avènement du communisme). En plus de Marx absolvant le colonialisme, on peut citer Engels légitimant l’esclavage :
« Sans esclavage, pas d’État grec, pas d’art et de science grecs ; sans esclavage, pas d’Empire romain. Or, sans la base de l’hellénisme et de l’Empire romain, pas non plus d’Europe moderne. Nous ne devrions jamais oublier que toute notre évolution économique, politique et intellectuelle a pour condition préalable une situation dans laquelle l’esclavage était tout aussi nécessaire que généralement admis. Dans ce sens, nous avons le droit de dire : sans esclavage antique, pas de socialisme moderne.
[…] l’introduction de l’esclavage dans les circonstances d’alors était un grand progrès. C’est un fait établi que l’humanité a commencé par l’animal, et qu’elle a donc eu besoin de moyens barbares, presque animaux, pour se dépêtrer de la barbarie. Les anciennes communautés, là où elles ont subsisté, constituent depuis des millénaires la base de la forme d’État la plus grossière […]. Ce n’est que là où elles se sont dissoutes que les peuples ont progressé sur eux-mêmes, et leur premier progrès économique a consisté dans l’accroissement et le développement de la production au moyen du travail servile. La chose est claire : tant que le travail humain était encore si peu productif qu’il ne fournissait que peu d’excédent au-delà des moyens de subsistance nécessaires, l’accroissement des forces productives, l’extension du trafic, le développement de l’État et du droit, la fondation de l’art et de la science n’étaient possibles que grâce à une division renforcée du travail, qui devait forcément avoir pour fondement la grande division du travail entre les masses pourvoyant au travail manuel simple et les quelques privilégiés adonnés à la direction du travail, au commerce, aux affaires de l’État et plus tard aux occupations artistiques et scientifiques. La forme la plus simple, la plus naturelle, de cette division du travail était précisément l’esclavage. » (Engels, ibid.)
Il fallait dissoudre les anciennes communautés et instaurer l’esclavage. Il fallait. Pour le « progrès ». Pour, au bout du compte, parvenir au Paradis du communisme (industriel). Et faire advenir ledit Paradis, telle est « la mission historique du prolétariat moderne » (Engels, ibid.)
Dans la théologie marxiste, le prolétariat hérite du rôle de messie, de figure sotériologique investie de la mission de rédemption universelle. La révolution et la dictature du prolétariat, annoncées par Marx et Engels comme imminentes à leur époque, font office de temps de purification, d’apocalypse, de moment exceptionnel et légitime de violence censé conduire à la disparition de l’État lui-même, et à l’avènement du Royaume (le communisme, une société d’abondance sans classes, sans domination, sans conflit). « [La] chute [de la bourgeoisie] et la victoire du prolétariat sont également inévitables. » (Manifeste du parti communiste)
Les prophètes Marx et Engels n’ont cessé de prédire l’imminence du Salut. Nombre de leurs textes et des lettres qu’ils s’envoyèrent sont imprégnées de l’idée que la Révolution est proche, que le capitalisme touche à sa fin, que les contradictions vont bientôt éclater (l’imminence est un trait central du millénarisme : le Salut est toujours à portée de main).
Plus d’un siècle et demi plus tard, peu importe que la prophétie ait échoué. Elle n’est jamais abandonnée, seulement ajournée ou réinterprétée. Ses échecs antérieurs sont rationalisés (les conditions n’étaient en fait pas mûres, l’Histoire « bégaye », etc.). Comme dans les sectes apocalyptiques qui survivent à l’échec de la fin du monde en redoublant de ferveur.
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Les idées de Marx et Engels que je décris ici correspondent aux principaux ouvrages pour lesquels ils sont connus. Vers la fin de sa vie, Marx tempèrera une partie de ses analyses et de ses prédictions. Mais ce n’est pas ce qu’on a retenu de lui. En général, ce n’est pas de ses derniers écrits que les marxistes contemporains se réclament.
Les zélotes de la PaduTeam, par exemple, n’adhèrent pas à une vision aussi religieuse, mais continuent tout de même de croire à l’essentiel de la doctrine des Maîtres. Le mode de vie industriel est LA voie à suivre. Hors de la civilisation technologique, il n’y a que des existences atroces, indignes de l’humanité, obsolètes. Aucune technologie n’est à questionner, ni aucune industrie. La techno-industrie est parfaitement « réappropriable » (« neutre » en quelque sorte, n’impliquant rien en elle-même, le seul problème relevant de sa « propriété », de qui la possède). Le prolétariat doit s’emparer des « moyens de production », les « socialiser », instaurer sa dictature, pour nous permettre d’accéder enfin au Paradis (communiste) sur Terre, dans lequel nous n’aurons presque plus à travailler, étant donné que les machines travailleront pour nous. En bon léninistes, ils s’imaginent en outre que pour accomplir sa mission historique, le prolétariat doit être guidé par un Parti d’avant-garde (ça, c’est eux). Et alors nous connaîtrons l’opulence communiste-industrielle, nos usines produiront de l’huile à l’infini (oui, oui, Chris de la PaduTeam l’affirme littéralement), et toutes sortes d’autres choses. Parce qu’il n’y a aucune « limite » à rien. Le concept même de « limite » est suspect (dixit Chris). Jusqu’à l’infini et au-delà !
(Point positif, une partie de celles et ceux qui suivent la PaduTeam ne semblent pas croire à un dogme aussi illuminé. Tout un pan de leur « communauté » a été relativement effaré par les idées assénées dans leur charge contre ATR. Les commentaires en témoignent. La plupart sont négatifs, reprochant ci ou ça à l’un ou l’autre des deux hurluberlus qui s’expriment dans la vidéo.)
Les marxistes, des crypto-bourgeois
Alors qu’il se voulait une « critique impitoyable de tout ce qui existe » (comme disait Marx), le marxisme n’a jamais cessé d’embrasser une grande partie des idées dominantes de son temps. Une grande partie, donc, des idées de la bourgeoisie.
Comme on l’a vu, Marx et Engels croyaient eux aussi en ce qui constitue le noyau du mythe du progrès, fabriqué par la bourgeoisie pour asseoir sa domination. En hommes de leur temps, ils pensaient que l’histoire de l’humanité suivait naturellement une progression logique, qui faisait passer les sociétés humaines de la chasse-cueillette à l’élevage, à l’agriculture, à l’urbanisme puis à l’industrialisme. Une séquence conçue comme universelle, nécessaire et fondamentalement souhaitable. L’industrialisation représentant le stade le plus avancé du développement humain, les sociétés qui s’en écartaient ou qui n’y aspiraient pas étaient jugées archaïques, en retard, condamnées à être rattrapées ou dépassées par l’Histoire, ou simplement vouées à l’extinction.
Marx et Engels partageaient également la vision bourgeoise connexe de la domination de la nature comme condition de la liberté humaine. Nature qu’ils concevaient, encore à l’instar de la bourgeoisie, comme un réservoir de ressources à exploiter rationnellement.
Aujourd’hui, de nombreux marxistes, comme les gens de la PaduTeam, propagent les mythes culturels bourgeois selon lesquels la vie en dehors de la civilisation industrielle ou dans toutes les sociétés (y compris autochtones) du passé était uniformément indigne, horrible et courte. Soit le genre d’idées qui ont servi à justifier le colonialisme et l’impérialisme.
Et puis il y a la critique d’ATR et des « technophobes ». Dans leur condamnation de ces affreux « réactionnaires », les marxistes rejoignent les classes dominantes contemporaines, qui considèrent elles aussi les « anti-tech » comme de dangereux éco-extrémistes.
À défaut de se réapproprier les moyens de production, les marxistes se réapproprient à merveille l’essentiel de la cosmologie bourgeoise.
« L’avenir sera INCROYABLE grâce à l’IA et aux robots qui permettront une ABONDANCE durable pour tous ! »
Un sacré communiste cet Elon Musk, n’est-ce pas ? (Il a publié ça sur X/Twitter le 18 décembre 2025).
Une bonne partie des marxistes espèrent à peu près la même chose. Une « abondance durable pour tous » grâce aux machines. Les techno-marxistes et les techno-capitalistes partagent un même imaginaire, l’imaginaire dominant dans la civilisation industrielle : la religion techno-progressiste.
Un fétichisme de la technologie et de l’industrie
Au cœur de la plupart des différents marxismes existants encore figure toujours une sorte de fétichisme de la technologie et de l’industrie. L’appareil industriel est uniquement considéré comme une chose à reprendre et à « socialiser ».
Comme dans tout fétichisme, les rapports sociaux et les rapports de pouvoir incorporés dans la technique disparaissent derrière l’objet sacralisé. On évite de se demander si la domination pourrait être inscrite dans la forme même des infrastructures, si l’appareil industriel implique intrinsèquement discipline, centralisation du pouvoir, hiérarchies ou dépossession. La division de la société en classes est perçue comme une contingence, une affaire de mauvais usage ou de mauvaise distribution de la « propriété ». Fort logiquement, dans ce cadre, incriminer la technologie revient alors à blasphémer. On ne discute pas le fétiche, on le protège coûte que coûte. La critique de l’industrialisme ou de la technologie est taboue parce qu’elle menace la promesse fondamentale du salut par le développement des forces productives, d’une abondance libératrice rendue possible par la grande machine.
Si la PaduTeam promeut toujours cet horizon de l’abondance universelle, ce n’est plus le cas de tous les marxismes – les « écomarxismes » (on parle aussi d’écosocialisme), par exemple, promettent seulement un minimum de confort techno-industriel pour toutes et tous.
Mais dans tous les cas, l’idée qu’il puisse ne pas être possible de se « réapproprier » les moyens de production et de les « socialiser », de les dissocier d’une division de la société en classes, de l’exploitation et de l’oppression sociales, des inégalités et des hiérarchies auxquels ils sont actuellement liés, n’est jamais sérieusement envisagée. Le fait qu’il puisse y avoir plus qu’une simple corrélation entre le degré de division et de spécialisation du travail au sein d’une organisation sociale et le degré de domination et de dépossession qu’on y observe est machinalement nié. La technologie est « neutre ». Produire des paniers en osier ou des centrales nucléaires, quelle différence ? C’est la même chose. Fabriquer des ordinateurs implique exactement la même chose que tisser des pagnes en fibre végétale, c’est bien connu.
Pire, pour certains marxismes, notamment tendance léniniste, comme celui de la PaduTeam, la domination, l’exploitation et l’oppression sociales, la centralisation du pouvoir, si c’est au nom de la « dictature du prolétariat » ou pour l’administration de la société communiste-industrielle à venir, c’est bien, c’est acceptable. Ils ne le formulent évidemment pas ainsi, ils usent de divers euphémismes, mais c’est à peu près l’idée.
En conclusion
Notre désaccord avec les marxismes se rapporte à deux points principaux (outre leur délire millénaro-messianique) :
- Nous pensons qu’il n’est pas possible de se réapproprier ou de socialiser les moyens de production moderne, d’avoir un système techno-industriel sans exploitation et oppression sociales. Il nous paraît évident que la technologie n’est pas « neutre », et qu’au-delà d’un certain seuil de complexité, elle exige irrémédiablement une division spécialisée du travail tellement étendue, tellement poussée, et donc une organisation tellement disciplinée qu’elle est incompatible avec la démocratie (réelle) et l’égalité politique (lesquelles exigent des sociétés à taille humaine, c’est-à-dire de très petite taille). Un certain nombre de penseurs et de penseuses, des anarchistes naturien∙nes à Maria Mies en passant par Léon Tolstoï, Simone Weil, Lewis Mumford, George Orwell et Aldous Huxley, ont souligné cette aporie de différentes manières. D’autres continuent de ce faire (PMO, Matthieu Amiech, Bertrand Louart, Floraisons, les éditions La Lenteur, les éditions de la Roue, les éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, les éditions L’Échappée, etc.). Il serait bon d’examiner leurs arguments, nos arguments, avec un minimum d’honnêteté (c’est-à-dire de ne pas faire comme ont fait les membres de la PaduTeam face à ATR). La technologie (le système industriel, les technologies « autoritaires » au sens de Mumford) est indissociable de la domination, de l’exploitation et de l’oppression sociales, de la dépossession étatique, du capitalisme et de la course à la puissance. La liberté et l’égalité politique, y compris entre les sexes, sont à rechercher dans la quête d’autonomie, pas dans le fantasme de délivrance, comme l’avaient très justement relevé les écoféministes Maria Mies et Vandana Shiva, et comme le défend Aurélien Berlan à leur suite (cf. Terre et liberté – la quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance, La Lenteur, 2021). Nous pensons que la vie humaine peut tout à fait être bonne, riche, digne d’être vécue, même sans les technologies modernes. (Il me semble même que la vie humaine a rarement été aussi pauvre, indigente et aliénée que depuis l’avènement des technologies modernes.)
- Nous pensons qu’il n’est pas franchement dramatique qu’il soit impossible de se réapproprier ou de socialiser les moyens de production moderne, étant donné qu’ils sont infernaux et que leur fonctionnement implique nécessairement (il en serait ainsi même s’ils étaient susceptibles d’être réappropriés, socialisés, gérés démocratiquement, égalitairement) une dégradation cumulative, croissante, des milieux naturels, une destruction incessante de la vie sur Terre.
ANNEXE
Quelques points supplémentaires pour nourrir la réflexion, qui réagissent aux propos que tiennent les membres de la PaduTeam dans leur vidéo contre les anti-tech :
3. Non, avant l’industrie, l’humanité ne vivait dans la pénurie permanente et n’était pas écrasée par la nécessité de travailler 76 heures par jour. Une telle vision des choses est non seulement fausse, mais en outre elle reproduit le type de racisme culturel qui présidait à la mission civilisatrice. Lire un peu d’anthropologie (Marshall Sahlins, James Suzman ou Bernard Arcand, par exemple), peut aider.
4. Soutenir qu’un certain ensemble ou type de technologie, notamment celles développées suite à la révolution industrielle, exigent exploitation et oppression sociale ne revient pas à prétendre que les êtres humains n’avaient jamais été exploités antérieurement à ladite révolution. Il est franchement idiot de recourir à un tel sophisme.
5. Il est facile de jouer sur l’émotionnel en parlant de la maladie. On peut aussi faire de l’émotionnel en évoquant les coûts écologiques et sociaux de la médecine high-tech, qui repose sur des massacres annuels de millions d’animaux non-humains (les animaux de laboratoire, par exemple, torturés et tués), sur une destruction et une contamination étendue de tous les milieux naturels par des polluants de toutes sortes, sur l’exploitation mondialisée des êtres humains, etc. De plus, les humains ne mouraient pas tous à 30 ans avant la médecine industrielle. C’est encore un mythe issu de l’idéologie bourgeoise, qui confond espérance de vie et âge modal au décès. Bien avant la médecine industrielle, l’être humain vivait couramment jusqu’à 70 ans et même au-delà. Un livre très instructif vient de paraître sur le sujet, intitulé Seven Decades, écrit par Michael Gurven, un anthropologue spécialiste de la question de la longévité humaine. La grande majorité de la mortalité infantile dans les sociétés de chasse-cueillette et pré- ou non-industrielles en général provient d’infections banales rendues mortelles par l’absence d’eau propre, d’hygiène élémentaire et de pratiques sûres au moment du sevrage. La même chose vaut pour la mortalité en couche. La majeure partie de la mortalité en couche dans les sociétés non-industrielles est liée à un défaut de mesures d’hygiènes basiques, comme employer du savon pour se laver les mains, etc. On peut donc avoir des sociétés avec uniquement des basses technologies, des « techniques démocratiques » au sens de Lewis Mumford, et des taux de mortalité infantile et de mortalité en couche relativement bas. (Mais même si tel n’était pas le cas, vu que la conservation de la médecine industrielle exige la conservation d’un ordre social profondément aliénant, inégalitaire, autoritaire, et qui détruit le monde, il ne devrait pas s’agir d’une condition indiscutable des luttes sociales et écologiques.)
6. Médecine encore. La « Docteur Zoé » de la PaduTeam affirme que toutes les médecines ayant existé avant la civilisation industrielle, c’est essentiellement de la foutaise (« jusqu’à il y a cent cinquante ans, on ne savait quasiment rien soigner » ; « les médecins et autres soignants, sorciers et chamanes » ne servaient « quasiment à rien »). Ce dédain pour toutes les sociétés – y compris autochtones – ayant jamais existé est encore un avatar du racisme culturel typique de la mythologie progressiste de la bourgeoisie « civilisée ». De surcroît, c’est faux. Un exemple. Des chercheurs de l’Université de Nottingham ont démontré qu’une recette anglo-saxonne du Xe siècle, issue d’un manuscrit intitulé Bald’s Leechbook, possède une efficacité redoutable contre le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méticilline), une bactérie pourtant ultra-résistante aux traitements modernes. Le vieux remède, composé d’un mélange d’ail, d’oignon (ou poireau), de vin blanc et de bile de bœuf ayant infusé neuf jours dans un récipient en cuivre, parvient à éliminer jusqu’à 90 % des bactéries dans les tissus infectés. Autre exemple. Dans les années 1970, la chercheuse chinoise Tu Youyou a passé au crible plus de 2 000 recettes de la médecine traditionnelle, identifiant une mention de l’armoise annuelle (Artemisia annua) dans un manuscrit du IVe siècle. En suivant les instructions du texte qui préconisait une extraction à l’eau froide plutôt qu’à l’eau bouillante, elle a réussi à isoler la molécule active sans l’altérer par la chaleur. Cette découverte, qui a révolutionné le traitement du paludisme et sauvé des millions de vies, a valu à Tu Youyou le prix Nobel de médecine en 2015, consacrant ainsi l’importance de la pharmacopée ancienne. On pourrait multiplier les exemples. Bien avant que les laboratoires Bayer ne commercialisent l’Aspirine, de nombreuses nations autochtones (comme les Haudenosaunee ou les Cherokees) utilisaient l’écorce de saule, riche en salicine (qui se transforme en acide salicylique dans l’organisme), pour soulager la douleur et la fièvre. Les peuples autochtones des Andes (notamment les Quechuas) utilisaient l’écorce du Quinquina (qui contient de la quinine) pour traiter les fièvres. Etc., etc. Balayer hautainement l’ensemble des savoirs médicaux élaborés par les sociétés humaines avant l’ère industrielle, les renvoyer aux poubelles de l’histoire, c’est honteux. C’est une arrogance indigne héritée de l’idéologie coloniale du progrès.
7. On atteint des summums de délire de toute-puissance quand Chris de la revue Positions affirme qu’il serait très bien de « contrôler le climat » grâce au développement technologique. Bill Gates serait fier de lui.
8. La PaduTeam défend fièrement un anthropocentrisme chimiquement pur : la planète, n’est pas à sauver, elle n’est qu’un caillou (comme si par « la planète », les écologistes n’entendaient pas toute la vie qu’elle abrite, une mauvaise foi risible). En sus, les autres espèces vivantes n’existent que pour servir l’être humain, qu’en tant que stock de ressources. Une vision typiquement marxiste, et typiquement issue de la classe dominante de la civilisation. (Il y a 2300 ans, Aristote : « Les plantes existent pour les animaux, et les autres animaux pour l’homme, les animaux domestiques pour son usage et sa nourriture, les animaux sauvages, sinon tous du moins la plupart, pour sa nourriture et d’autres secours puisqu’il en tire vêtements et autres instruments. Si donc la nature ne fait rien d’inachevé ni rien en vain, il est nécessaire que ce soit pour les hommes que la nature ait fait tout cela. ») S’il faut préserver les autres espèces vivantes, c’est donc uniquement pour s’assurer que les humains puissent continuer de vivre. Un mépris presque total pour la vie non-humaine. Un suprémacisme humain assumé. Chris ajoute même qu’il serait très bon que l’humanité (le communisme industriel) exploite 100% des ressources de la planète (du moment que cette exploitation est soutenable, qu’on utilise « seulement » tout ce que la planète produit chaque année). « Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (Genèse, 1 :28)
Karl Marx est né à Trèves en 1818 dans le Grand Duché du Bas-Rhin (Royaume de Prusse). Il était philosophe, économiste, historien, sociologue, et journaliste. Son père était un avocat juif issu d’une famille de rabbins ashkénazes qui a dû se convertir au protestantisme et changer son prénom de Herschel en Heinrich pour pouvoir exercer sa profession. Sa mère était issue d’une famille juive hollandaise, elle était la grand-tante des frères Gérard Philips et Anton Philips, fondateurs de la société néerlandaise Philips.
Karl Marx a d’abord commencé par des études de droit à Bonn, puis il s’est orienté vers la philosophie jusqu’au doctorat à Berlin. Le sujet de sa thèse était : Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure. Mais il a dû renoncé à l’enseignement par conviction, la société prussienne de son époque l’empêchant d’exprimer ses idées pour gagner sa vie. Il fréquente à l’époque les jeunes hégéliens de gauche qui rêvent de refaire le monde, et notamment Friedrich Engels. Il s’est donc tourné vers le journalisme à Cologne, mais là encore, ses idées démocratiques révolutionnaires sont interdites par le gouvernement prussien qui fait fermer le journal dont il avait pris la direction. Lors des ses reportages, notamment sur les conditions de vie des vignerons de la Moselle, il prends conscience de ses insuffisances en matière d’économie politique, et décide de se consacrer à l’étude de cette discipline.
En 1843, Marx épouse une amie d’enfance, Jenny von Westphalen, avec laquelle il s’était fiancé étudiant. Sa femme est issue de la noblesse rhénane, son frère aîné deviendra ministre de l’Intérieur du royaume de Prusse au cours d’une des périodes les plus réactionnaires que connut ce pays, de 1850 à 1858. Ils auront ensemble 6 enfants, mais 3 seulement atteindront l’âge adulte. Karl Marx aurait également eu un fils naturel, Frederick Demuth (1851-1929), issu d’une relation avec la domestique de la famille, Hélène Demuth. Frederick Demuth fut reconnu par Friedrich Engels.
Les deux premiers gendres de Marx semblent l’avoir beaucoup admiré et s’être inspirés de lui dans leurs engagements, Paul Lafargue (Le droit à la Paresse – 1848) fut même avec Jules Guesde un des fondateurs du Parti socialiste de France, parti marxiste qui fusionna plus tard avec le Parti socialiste français de Jean Jaurès et quelques autres partis de moins grande ampleur en formant la SFIO. Charles Longuet est le père de Jean Longuet qui joua un rôle déterminant durant le congrès de Tours de 1920, dans l’opposition à Lénine et à la SFIC, futur PCF.
Marx s’installe à Paris pour fuir la censure, mais ses activités journalistiques se passent mal en raison de difficulté de distribution logistique clandestine de son journal en Allemagne, et de dissension interne au sein de la rédaction. En 1844 à Paris, Marx revoit Friedrich Engels qu’il n’avait fait que croiser auparavant ; c’est le début d’une profonde amitié. Étudiant par lui-même la philosophie, Engels était devenu partisan de Hegel tout en rejetant le soutien que celui-ci avait apporté à l’État prussien. En 1842, il avait quitté Brème pour prendre un poste dans une firme commerciale de Manchester dont son père était l’un des propriétaires. Là, il avait rencontré la misère prolétarienne dans toute son ampleur et en avait étudié systématiquement les conditions (La condition des classes laborieuses en Angleterre, 1845).
Marx et Engels sont très profondément marqués par les travaux du philosophe Ludwig Feurbach (L’essence du christianisme 1841). Feuerbach considère que le Dieu personnel est une création humaine. Bien qu’il ne se définisse pas comme athée lui-même, il considère que l’athéisme n’est pas condamnable. Tout au contraire, pour lui la morale provient de la raison et la raison est humaine. Il considère que le divin se trouve dans l’essence de l’homme. Pour Feuerbach, croire en Dieu est le signe d’une aliénation de l’homme qui abaisse ses propriétés (liberté, conscience transcendantale, créativité, etc.) pour les projeter sur Dieu. Les déterminations divines sont les déterminations humaines absolutisées. « L’homme est appauvri de ce dont Dieu est enrichi ». L’homme est donc dépouillé de sa vraie nature, rendu étranger à lui-même, c’est-à-dire, au sens propre, aliéné. La tâche de la critique de la croyance en Dieu est de restituer à l’homme son être perdu en Dieu. Dans les Principes, Feuerbach corrige le penchant anthropocentrique que comporte sa philosophie de l’homme, pour faire place à une « nature » non dépendante de la raison humaine, et, dans la Théogonie, les thèmes moraux deviennent prédominants comme dans tous les derniers écrits de Feuerbach.
Marx et Engels prennent une part active dans la vie alors bouillonnante des groupes révolutionnaires parisiens. Sur la demande insistante du gouvernement prussien, Marx, considéré comme un dangereux révolutionnaire, est chassé de Paris en 1845 par le président du Conseil, Guizot. Il arrive alors à Bruxelles. La maison qu’il occupe sert de point de rencontre à tous les opposants politiques. Marx participe à l’Association démocratique de Bruxelles, dont il est élu vice-président. Au printemps 1847, Marx et Engels rejoignent un groupe politique clandestin, la Ligue des communistes. Ils y prennent une place prépondérante lors de son second congrès à Londres en . À cette occasion, on leur demande de rédiger le Manifeste de la Ligue, connu sous le nom de Manifeste du parti communiste (1848).
À l’éclatement de la Révolution française de 1848, Marx quitte la Belgique pour revenir à Paris. Avec l’extension de la révolution à l’Allemagne, il part pour Cologne pour y devenir rédacteur en chef de la « Nouvelle Gazette rhénane » publiée pendant 1 an. Avec la victoire de la contre-révolution, Marx est poursuivi devant les tribunaux, notamment pour avoir publié dans la Gazette une proclamation du révolutionnaire en exil Friedrich Hecker. Il retourne alors à Paris dont il est de nouveau chassé après la manifestation du 13 juin 1849. Il part ensuite pour Londres où il résidera le restant de ses jours. Sa sœur, Louise, lui rend visite dans la capitale anglaise en 1853, alors qu’elle est en route avec son mari pour s’installer dans la colonie du Cap. La vie de Marx en exil est extraordinairement difficile comme en témoigne sa correspondance. Le soutien financier d’Engels, également installé en Angleterre, lui permet de survivre. Malgré ce soutien, Marx et sa famille doivent faire face à une extrême misère. L’un de ses enfants, Edgar, meurt de sous-alimentation.
En 1864, il rédige l’Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs, qui se fonde alors. Cette adresse devient l’âme de cette « Première internationale». Tout l’effort de Marx dans la rédaction de cette inauguration tend à unifier le mouvement ouvrier qui connaît toutes sortes de formes de regroupements se réclamant du socialisme sur des bases diverses et contradictoires (Mazzini en Italie, Proudhon en France, plus tard Michel Bakounine en Suisse, syndicalisme britannique, lassaliens en Allemagne, etc.).
La Commune de Paris est écrasée en 1871. Marx rédige un texte qui est adopté par l’Internationale : La guerre civile en France. Karl Marx tire la conclusion que le prolétariat ne peut pas se contenter de s’emparer de la machine d’État pour la faire fonctionner à son profit : il devra la détruire de fond en comble. Marx salue la nouvelle démocratie apparue avec la Commune : le principe de l’éligibilité et la révocabilité des responsables à tous les niveaux de la société (exécutif, législatif, judiciaire). Ce texte fait grand bruit, et le nom de l’auteur est alors révélé : Karl Marx acquiert pour la première fois une certaine renommée, y compris au sein du mouvement ouvrier.
La santé de Marx est minée par son travail politique inlassable d’organisation de l’Internationale et la rédaction encore plus épuisante de son œuvre. Il laisse pour l’essentiel à Engels le soin de suivre les développements du SPD, même si en 1875 Marx écrit une critique très sévère du programme de Gotha du SPD. Karl Marx se consacre ensuite essentiellement à l’achèvement du Capital, pour lequel il collecte une masse considérable de nouveaux matériaux et, en plus des langues vivantes qu’il maîtrisait déjà (français, anglais, italien et allemand), apprend le russe. Il étudie aussi les sciences exactes ainsi que les travaux en anthropologie économique. Toutefois, sa santé déclinante l’empêche d’achever les deux derniers volumes du Capital. Engels se chargera par la suite de rassembler et de mettre en forme ses notes afin de publier des matériaux partiels.
Les idées de Marx gagnent en notoriété et en influence dans les milieux socialistes, grâce entre autres au travail de vulgarisation accompli par Paul Lafargue, gendre de Marx. Mais Marx lui-même est peu convaincu par le messianisme révolutionnaire et utopiste des disciples du marxisme, notamment français ; commentant aussi bien les travaux de son gendre que les discours de Jules Guesde, il écrit : « Si c’est cela le marxisme, ce qui est certain c’est que moi, je ne suis pas marxiste ».
Jenny, sa femme, qui l’a toujours fidèlement soutenu, meurt le 2 décembre 1881. Marx s’éteint paisiblement dans son fauteuil, le 14 mars 1883, mort de la tuberculose. Il est enterré près de sa femme dans le cimetière de Highgate à Londres. Les deux époux avaient rompu avec leur milieu social et restèrent fidèles, dans l’adversité comme dans la misère, à un idéal d’émancipation humaine. Ironie du sort quand on connaît sa critique de l’argent, depuis l’été 2015, la visite de sa tombe est payante et coûte de quatre à six livres sterling.
Friedrich Engels est né en 1820 à Barmen (Prusse orientale). Il était un philosophe, sociologue, et anthropologue, grand ami de Karl Marx. Il est issu d’une famille d’industriels protestants, son père ayant fait fortune dans l’industrie du textile. Il quitte le lycée d’Elberfeld pour raisons familiales en 1838. Tout en travaillant comme commis dans une société commerciale à Brème, il commence à étudier la philosophie en profondeur. Il se rapproche particulièrement de la philosophie de Hegel, qui prédomine alors dans la philosophie allemande de l’époque, au détriment de celle de Schopenhauer.
En 1842, il s’installe en Angleterre, à Manchester, et travaille dans une société industrielle où son père a des intérêts. Il y fait la connaissance en 1843 de Mary Burns, une ouvrière irlandaise qui l’introduit dans le milieu ouvrier et en particulier dans le mouvement chartiste dont il rencontre quelques dirigeants comme George Julian Harney. Le mouvement chartiste est un mouvement de luttes sociales prolétariennes qui se situe directement dans le prolongement de celui des Luddites et des briseurs de machines (1811-1812) au début de la révolution industrielle en Angleterre. Burns aide Engels à écrire La situation de la classe laborieuse en Angleterre, enquête ethnographique que Engels publie en 1845.
Cet ouvrage suscite l’intérêt de Karl Marx qui propose la même année à Engels de contribuer au journal Annales franco-allemandes qu’il édite et publie à Paris. Les deux hommes se rencontrent à Paris et découvrent qu’ils partagent les mêmes vues et décident de collaborer plus étroitement. Après l’expulsion de Marx hors de France, ils s’installent en Belgique, où la liberté d’expression est plus grande que dans d’autres pays d’Europe.
Engels propose à Marx un voyage en Angleterre. Engels y retrouve Mary Burns avec laquelle il vivra en couple jusqu’à sa mort en 1863. Il s’installe ensuite avec sa sœur Lizzie Burns, jusqu’à sa mort en 1878. Elle est remplacée comme hôtesse chez Engels par Mary Ellen, la fille de Lizzie, surnommée « Pumps ». Marx et Engels retournent à Bruxelles où ils fondent le Comité de Correspondance Communiste. Le but est d’unifier les socialistes des différents pays d’Europe. Influencé par les conceptions de Marx, la Ligue des justes organisation socialiste, se transforme en Ligue des communistes, à laquelle Marx et Engels adhèrent. Sur demande de la Ligue des communistes, Marx commence en 1847 à rédiger un pamphlet fondé entre autres sur les Principes du communisme d’Engels. Cet ouvrage, terminé en six semaines, est écrit de manière à rendre les principes communistes accessibles à tous. Il est intitulé Manifeste du parti communiste (1847).
En raison de la révolution de 1848, Engels et Marx sont expulsés en mars de Belgique. Ils s’installent à Cologne, où ils fondent un nouveau journal, la Neu Rheinische Zeitung (la Nouvelle Gazette rhénane).
Engels participe activement à la révolution de 1848, prenant part à l’insurrection d’Elberfeld (actuelle Wuppertal). Après l’écrasement du soulèvement, il rejoint la révolution en Bade et Palatinat. Il participe aux combats contre l’armée prussienne comme aide de camp d’August Willich, chef d’un corps de troupe des insurgés.
En 1849, Engels et Marx sont contraints de quitter la Rhénanie et partent pour Londres. Les autorités prussiennes pressent le gouvernement britannique d’expulser les deux hommes, mais le Premier ministre John Russel refuse.
Afin d’aider financièrement Marx, Engels retourne travailler avec son père à Manchester, avant de repartir pour Londres en 1870. Il s’intéresse particulièrement au féminisme. Il considère par exemple l’institution du mariage monogame comme résultant de la domination des hommes sur les femmes.
À partir de 1864, il milite au sein de l’Association internationale des travailleurs (appelée rétrospectivement Première Internationale), jusqu’à sa dissolution en 1876. Après la mort de Marx en 1883, il réunit les brouillons de celui-ci pour assurer la publication posthume des livres II et III de l’ouvrage Le Capital. Il assume aussi l’édition et la traduction d’autres écrits de Marx.
Il se charge d’« exposer les résultats des recherches de Lewis Henry Morgan en connexion avec l’étude matérialiste de l’histoire ». Ce sera L’Origine de la famille, de la propriété, et de l’État, paru en 1884. Lewis Henry Morgan, est un anthropologue américain. Il est le premier à mettre en place une étude des systèmes de la parenté, qui est un domaine élémentaire de l’anthropologie sociale et culturelle contemporaine. Il vit parmi les natifs américains iroquois et observe leur vie sociale et culturelle, faisant de sa propre expérience le matériau brut de sa réflexion.
Engels travaille à l’unification des différents partis ouvriers marxistes au sein de la Deuxième Internationale jusqu’à la fin de sa vie. Il meurt à Londres en 1895, sans enfant. Ses cendres sont dispersées en mer. Il laisse à Laura Marx, fille de Marx et épouse de Paul Lafargue, une partie de sa fortune.
Friedrich Engels reste pour beaucoup une référence du marxisme, que cela soit par son militantisme, ses propres écrits et surtout son important travail de publication posthume de textes de Marx. Ce dernier est cependant l’objet de critiques. La publication par David Riazanov des manuscrits originaux de Marx a montré que Engels avait modifié des textes de ce dernier avant de les publier, en altérant parfois le sens.
Je me suis appuyé sur Wikipédia pour faire ces résumés biographiques partiellement remaniés de nos deux compères révolutionnaires à barbe, d’abord pour rétablir certains faits à leurs sujets, car « les faits sont têtus » (Lénine). Ensuite, cette perspective qui peut paraître sans intérêt et inutile, aura au moins le mérite pour ceux qui la lirons, de leur rappeler qu’avant les idéologies et les doctrines, il y avait deux hommes, deux frères de luttes farouchement déterminés à influencer le cours de l’Histoire. Cette perspective nous rappelle que comme eux, nous aussi nous voulons changer le cours de l’Histoire, mais qu’en plus de l’enjeu de l’émancipation humaine que leur combat visait en leur temps, il y a pour nous celui de notre survie. Et notre combat ne fait que commencer.
Désolé, pour le doublon.
L’ecologie est reactionnaire.
Ted Kaczinski n’a pas combattu les droitards mais le gauchisme, qui est le plus sur levier de la transformation du monde en societe anonyme, irresponsable et destructrice.
Par gauchisme il entend hypersocialisation, c’est a dire toute forme d’asscociation moderne ou la responsabililte individuel n’existe plus, de meme que le liberte (individuelle).
La gauche ne fait que recuperer ce combat, de meme qu’elle pretend lutter contre la pauvrete en depossedant les hiommes de leurs facultes propres et en les rendant dependant d’un systeme social litteralement monstrueux, systeme qui n’a eu de succes que grace a l’existence fortuite d’energie fossile et qui commence a derailler.
Meme Marx, qui est petri d’enorme contradiction entre son combat politiqu (manifeste du parti) et son analyse de l’economie, remarquaiit que les patrons sont tout aussi esclave d’uns systeme que les ouvriers. Pourtant les « marxistes » et autres gauchistes, qui sont fondamentalement malhonnetes ou idiots, continuebt a s’attaquer aux riches (comme les socialisles nationalistes allemands se sont attaque aux juifs) en pretendant qu’ils sont la cle du systeme, en oubliant que l’etat preleve ds sommes astronomiques sans avoir reduit notre malheur, a cause d’une corruption atavique permise par la complicite timoree des gauchistes, etr ceci depuis Marx, qui a detournee ses contemporains de la seule alternative possible. le refus de la techno incarne par le luddisme. qui etait son pire ennemi politique.
Les amishs sont les vrais ecologistes, pas les hippies (meme si certains minoritaires sont devenus des « amishs » avec le temps). Iles reagissent a la modernite pour preservr leur humanite et ne se laisse pas submerger tout en vivent au coeur du systeme industriel,
Ce sont les exemlples a copier, les autres ne font qu’agitrer leur bouches et sont insignifiants.
Quand au progres, il existe belle et bien et on y peu evidemment rien. Ce n’est pas de notre faute si le Venezuela a 1500 ans de reserve petroliere pouvant encore nourrir des machines sortant d’un cauchemar. Nous sommes impuissant face au nombre. La seul chose qui ai du sens c’est de faire comme les amishs. essayer de presrver notre part d’humanite. Pendant que d’autres se perdent dans le virtuel et s’autodetrruisent, eux se reproduisent massivement et deviendront a terme une vrai force politique, au moins localement.
Je ne connais pas Ted Kaczinski, mais son rejet viscéral de toutes formes d’organisation étatique me paraît assez séduisante. Henry David Thoreau, en sont temps, avait été arrêté et fait prisonnier parce qu’il refusait de payer ses impôts.
Le mouvement luddite n’a jamais été le « pire ennemi politique » de Marx. Son pire ennemi politique, c’était l’État prussien. Il ne faut pas confondre les faits et les doctrines, surtout quand on a la prétention de vouloir dégager le sens d’une idéologie. Les faits, rien que les faits, et seulement les faits, ça s’appelle faire de l’histoire depuis Hérodote (-400 av JC). Ensuite, je ne suis pas d’accord avec vous, ni non plus avec d’autres, qui prétendent que la lutte des classes est un concept dépassée. Les actionnaires majoritaires des multinationales, qui sont les propriétaires (de fait mais pas de droit) des outils et des machines qui détruisent l’homme et la nature, sont des personnes physiques, extrêmement minoritaires par rapport au reste de l’humanité. Je vous invite à lire les livres des sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot sur le sujet.
Les AMISH que vous admirez tant sont en effet un bon exemple, souvent raillé à tort, de ce qu’il faudrait faire, mais il est malheureusement impossible à suivre pour nous, à moins que nous ne redevenions chrétiens pratiquants, et de plus luthériens orthodoxes (anabaptistes).
« … le Venezuela a 1500 ans de réserves pétrolières pouvant encore nourrir des machines sortant d’un cauchemar… » cela n’arrivera pas. Lire à ce sujet Or noir de Mathieu Auzanneau (histoire), ou « La décroissance – entropie – écologie – économie » de Nicholas Georgescu Roegen.
J’ai lu Mathieu Auzanneau et suivi son blog oil man a ses debuts. Il y a des choses interessantes mais il s’est completement planté sur le shiste. L’homme (social)p a le pouvoir de faire beaucoup de degat pour arriver a ses fins.
Très bien. Alors lisez Georgescu Roegen.
Je tiens a preciser un point, pour enterrer definivement le gauchisme: quand on defait les individus de tout pouvoir (en tuant l’artisanat) d’influence reel sur le processus de production et donc de nuisance, comme l veut la gauche, alors on delegue son pouvoir de facto a ceux qui gere ce systeme, c’est a dire l’etat (c’est la meme critique pour ls libertariens qui veulent un etat regalien car ils n remettent pas en cause la division des tachs). Et ceux qui finnissent toujours par diriger un systeme fonde sur l’impuissance de ses membres, sont les plus violents et corrompus, quelle que soit l’habillage « politique », comme le souligne Ted K.
L’cologie, qui veut mettre a bas ce systeme,.est donc bien reactionnaire, elle est dfendu par ceux qui ne marche pas dans cette combine,
Cad ceux qui presrvent leurs capacites de nuisances reelles: potentiel physique, intellectuel, manuel et relationnel, et ne font pas confiance a c systeme socai de production-
Mes commentaires précédents sur Marx et Engels n’altèrent en rien la rigoureuse véracité de votre analyse à leurs sujets, en particulier sur la question coloniale que Marx édulcorera un peu vers la fin de sa vie comme vous le soulignez (contrairement à Engels).
« Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l’homme dans le monde, l’homme total, se fera avec l’aide décisive des masses européennes qui, il faut qu’elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maîtres communs. Pour cela, il faudrait d’abord que les masses européennes décident de se réveiller, secouent leurs cerveaux et cessent de jouer au jeu irresponsable de la Belle au bois dormant »
Franz Fanon
«… les sociétés humaines, du moins les cultures les plus avancées, ont rarement proposé à l’individu autre chose que l’impérialisme, le racisme et l’ethnocentrisme pour ses rapports avec des cultures “autres”. »
Edward W. Said
« Le vocabulaire de l’émotion se dissipe lorsqu’il est soumis à l’opération de police lexicographique de la science orientaliste, et même de l’art orientaliste. Une expérience est délogée par une définition de dictionnaire : on peut presque voir cela se passer dans les essais de Marx sur l’Inde, où ce qui arrive, en fin de compte, c’est que quelque chose le force à retourner au pas de course vers Goethe, et à rester dans l’Orient orientalisé et protecteur de celui-ci. »
Edward W. Saïd
Je tiens à citer ici Engels pour lui rendre hommage (La situation de la classe ouvrière en Angleterre 1845). Il cite dans cet ouvrage remarquable à la fin du chapitre intitulé « Les différentes branches d’industrie » un poème d’Edward P. Mead de Birmingham qui exprime bien les sentiments des ouvriers de son époque :
Il est un roi, un prince impitoyable,
Non pas l’image rêvée des poètes
Mais un tyran cruel, bien connu des esclaves blancs.
Ce roi impitoyable c’est la vapeur.
Il a un bras, un bras de fer,
Et bien qu’il n’en ait qu’un,
Dans ce bras réside une force magique
Qui a causé la perte de millions d’hommes.
Il est comme le cruel Moloch, son ancêtre
Qui jadis se dressait dans la vallée d’Ammon,
Ses entrailles sont de feu vivant
Et c’est des enfants qu’il dévore.
Un cortège de prêtres, inhumains,
Assoiffés de sang, d’orgueil et de rage,
Conduisent, ô honte, sa main gigantesque
Et changent en or le sang des humains.
Ils foulent aux pieds tous les droits naturels
Pour l’amour de l’or vil, leur dieu,
Et ils se rient de la douleur des femmes
Et ils raillent les larmes des hommes.
A leurs oreilles, les soupirs et les cris d’agonie
Des fils du travail sont une douce mélodie,
Des squelettes de vierges et d’enfants
Emplissent les enfers du Roi-Vapeur.
L’enfer sur terre ! Ils répandent le désespoir
Depuis qu’est né le Roi-Vapeur.
Car l’esprit humain fait pour le Paradis,
Avec le corps est assassiné.
Donc, à bas le Roi-Vapeur, ce Moloch impitoyable,
Vous, les milliers de travailleurs, vous tous,
Liez-lui les mains, ou bien notre pays
Est destiné à périr par lui.
Et ses satrapes abhorrés, les orgueilleux barons d’usine,
Engeance gorgée d’or et de sang,
La colère du peuple doit les abattre
Comme elle abattra leur dieu monstrueux.
@Fred
Et cet autre « hommage », le connaissez-vous ?
(Rhô, ne vous inquiétez pas, je ne vous jette pas la pierre : quand il s’agit d’écrire des fois des conneries plus grosses que moi par élan péremptoire mal placé : je ne suis pas non plus le dernier – mais je me soigne quand même un p’tit peu vu les gifles salutaires que mes aînés bien mieux calés que moi peuvent parfois avoir la gentillesse de me témoigner afin de mieux me ramener dans le droit chemin.)
https://www.piecesetmaindoeuvre.com/documents/de-l-autorite-2034
Pour Fred
Précisons, afin de contribuer à votre hommage vibrant de Engels et n’oublier personne, que l’ouvrage cité, une « réappropriation » des moyens de production de la critique*, est en partie une démarque du livre d’Eugène Buret : « De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France, de la nature de la misère, de son existence, de ses effets, de ses causes et de l’insuffisance des remèdes qu’on lui a opposé jusqu’ici ; avec l’indication des moyens propres à affranchir les sociétés ». Cet ouvrage est cité dans le livre d’Alexandre Skirda : Un plagiat « scientifique » : le copié-collé de Marx, Editions VETCHE, 2019.
Jean-Paul Floure
* A ne pas confondre avec la critique des moyens de production du désastre.