La pres­sion aug­mente pour la réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre, afin de ralen­tir le chan­ge­ment cli­ma­tique. La plu­part des gens sug­gèrent pour cela de quit­ter les com­bus­tibles fos­siles pour se diri­ger vers des alter­na­tives comme le vent, le solaire, la marée et la géo­ther­mie. De telles sources alter­na­tives d’énergie sont sou­vent décrites comme « renou­ve­lables », ou « sou­te­nables ». Cette ter­mi­no­lo­gie implique pour la plu­part des gens que de telles alter­na­tives peuvent répondre à notre demande en éner­gie à per­pé­tui­té, sans pol­luer l’environnement. C’est faux, et cela va entrai­ner de graves erreurs dans les prises de déci­sions.

L’énergie géné­rée pour l’usage humain ne peut pas être « verte », « propre », « renou­ve­lable » ou « sou­te­nable ». Ces mots font tous par­tie du voca­bu­laire du Green­wa­shing (éco­blan­chi­ment) « édul­co­rant », uti­li­sé pour ser­vir les inté­rêts poli­tiques ou cor­po­ra­tistes, ou sim­ple­ment uti­li­sés en rai­son d’une mau­vaise com­pré­hen­sion. Ils n’ont aucun fon­de­ment dans le lan­gage ou la pen­sée scien­ti­fique rigou­reuse.

« Je veux que tu passes à l’éner­gie solaire »

Pour faire simple, la Terre peut être consi­dé­rée comme un sys­tème de ther­mo­dy­na­mique ouvert en termes d’énergie mais fer­mé en ce qui concerne la matière. Le soleil conti­nue à envoyer de l’énergie à la Terre, et de l’énergie est réémise dans l’espace, à un taux ne variant plus ou moins pas. Sur une très longue période (plu­sieurs mil­lions d’années) il y a une aug­men­ta­tion pro­gres­sive de l’entropie et une perte d’énergie nette de la Terre vers le reste de l’Univers, mais ce pro­ces­sus natu­rel n’est pas signi­fi­ca­tif à l’échelle de la vie humaine.

Cepen­dant, les êtres humains sou­haitent de plus en plus conver­tir les radia­tions solaires en dif­fé­rentes formes d’énergie comme l’électricité ou les car­bu­rants solaires, qui peuvent accom­plir un tra­vail. Cela ne peut être accom­pli qu’en créant des appa­reils ou des machines capables de conver­tir une forme d’énergie en une autre, les matières pre­mières ser­vant à construire ces engins étant extraites de la couche ter­restre. Ces dis­po­si­tifs ont une durée de vie limi­tée et dépendent à leur tour d’une infra­struc­ture (trans­port, villes, usines, uni­ver­si­tés, police, etc.) pour leur main­te­nance et leur mise en œuvre, qui a, elle aus­si, une durée de vie limi­tée. Cela requiert conti­nuel­le­ment raf­fi­nage, extrac­tion minière et pro­ces­sus de fabri­ca­tion.

Dans une usine de pan­neaux solaires, en Chine.

La quan­ti­té d’énergie solaire cap­tée par ces dis­po­si­tifs ne sera jamais suf­fi­sante pour res­tau­rer la Terre dans sa condi­tion ini­tiale. Ceci en rai­son du second prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique. C’est-à-dire que les pro­ces­sus d’extraction minière, de construc­tion et d’assemblage, pour conver­tir et uti­li­ser l’énergie, épuisent et dégradent inexo­ra­ble­ment les res­sources miné­rales de la Terre. Irré­ver­si­ble­ment et de manière insou­te­nable. Qu’il s’agisse du solaire, de l’éolien, de l’hydraulique, du char­bon, des bio-car­bu­rants, du nucléaire ou de la géo­ther­mie. Elles sont toutes insou­te­nables selon les lois de la phy­sique.

Le second prin­cipe de la ther­mo­dy­na­mique nous explique éga­le­ment que nous ne pou­vons pas com­plè­te­ment recy­cler les res­sources qui ont été extraites de la Terre et trai­tées pour uti­li­sa­tion (comme les métaux, l’hélium ou l’engrais phos­phate). Plus le pour­cen­tage de ce que nous sou­hai­tons recy­cler aug­mente, plus le coût éner­gé­tique aug­mente de manière dis­pro­por­tion­née. Peu importe, donc, que les res­sources que nous sou­hai­tons uti­li­ser soient tou­jours dans le sol ou en cir­cu­la­tion à la sur­face, l’industrie humaine épui­se­ra et per­dra inévi­ta­ble­ment ces res­sources.

Agbog­blo­shie, au Gha­na, cime­tière élec­tro­nique. Mais C’est cool, c’est recy­clé, n’est-ce pas.

Plus il y a d’êtres humains sur Terre, plus nous consom­mons d’énergie, et plus la dégra­da­tion des res­sources de la Terre est rapide et éten­due. L’humanité [NdT : la civi­li­sa­tion indus­trielle, plus pré­ci­sé­ment] est comme une immense machine orga­nique, uti­li­sant de l’énergie pour extraire et épui­ser les miné­raux. Plus nous ali­men­tons ce sys­tème en éner­gie, plus la vitesse de la dégra­da­tion aug­mente. L’énergie issue de la fusion nucléaire, si elle venait à exis­ter, s’avèrerait par­ti­cu­liè­re­ment com­pé­tente en terme de dégra­da­tion des res­sources et de l’environnement (l’une des consé­quences d’une telle tech­no­lo­gie peut être de conver­tir nos réserves de lithium en hélium qui s’échapperait de l’atmosphère ter­restre et serait per­du pour tou­jours).

L’énergie pro­duite pour l’usage humain est aus­si insou­te­nable et aus­si non-renou­ve­lable que l’extraction minière. Par­ler d’énergie « renou­ve­lable », ou « sou­te­nable » est un oxy­more, tout comme « l’extraction sou­te­nable » ou le « déve­lop­pe­ment durable/soutenable ». Plus nous uti­li­sons d’énergie, moins l’humanité est sou­te­nable. Plus vite les gens com­prennent ça, plus vite nous pour­rons nous pla­cer sur le che­min de la réduc­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique, au lieu de nous accro­cher aux chi­mères des sources d’énergie alter­na­tives qui per­pé­tuent l’insoutenable.

Dans de futurs articles je mon­tre­rais que les limites seront ren­con­trées d’ici quelques décen­nies, et non quelques siècles, et que la lutte pour les res­sources aug­men­te­ra la demande en éner­gie issue de com­bus­tibles fos­siles.

Ste­ven Smith


Ste­ven Smith est pro­fes­seur de bio­lo­gie à l’u­ni­ver­si­té d’Aus­tra­lie-Occi­den­tale.

Source : Article ori­gi­nal.

Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

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