Droits sexuels masculins : du bon côté de l’histoire ? (par Audrey A.)

La plu­part des membres de la socié­té indus­trielle, y com­pris la vaste majo­ri­té des femmes elles-mêmes, res­tent sourds et aveugles à la défense des droits des femmes. Les grands mou­ve­ments des droits humains recouvrent toutes les reven­di­ca­tions pos­sibles et visent à légi­ti­mer toutes les exploi­ta­tions supré­ma­cistes ayant cours dans cette culture : l’exploitation et le contrôle des organes sexuels des femmes, l’exploitation et le contrôle de leurs organes repro­duc­teurs et le fruit de ces exploi­ta­tions, la com­mer­cia­li­sa­tion des enfants, etc. Les mou­ve­ments de léga­li­sa­tion du proxé­né­tisme et de la vente d’enfants ont le vent en poupe : comme le dirait le pré­sident Macron, cela repré­sente « un pognon de dingue ». De même que les dis­cours poli­tiques parlent de « vio­lences faites aux femmes » à la forme pas­sive, sans jamais nom­mer les auteurs de ces vio­lences, c’est-à-dire les hommes, les mou­ve­ments en faveur des « droits humains » sus­ci­tés, c’est-à-dire en faveur de la « léga­li­sa­tion de la pros­ti­tu­tion » ou de la « léga­li­sa­tion de la ges­ta­tion pour autrui » dis­si­mulent leurs acti­vistes, les proxé­nètes et les com­mer­çants d’enfants, ain­si que ce qui est réel­le­ment en jeu der­rière leur acti­visme. Il est dif­fi­cile de lut­ter contre ce que l’on ne peut nom­mer. Il est dif­fi­cile de résis­ter contre ce que l’on ne com­prend pas. Trop peu de gens se demandent qui sont les acti­vistes der­rière le der­nier mou­ve­ment de libé­ra­tion en lice, « les droits des per­sonnes trans­genres » et quelles seraient l’étendue et l’application concrète de leurs reven­di­ca­tions. Levons le mys­tère immé­dia­te­ment : il s’agit d’hommes et leurs acti­vismes visent à l’avancement des droits sexuels mas­cu­lins. Mais face à quoi ou qui ces hommes reven­diquent-ils des droits sexuels ? Face aux femmes et aux enfants, et contre les pro­tec­tions légales qui empêchent ces hommes d’accéder aux femmes et aux enfants.

Des scandales à la chaine

Après la fer­me­ture de la cli­nique Tavi­stock, spé­cia­li­sée dans les tran­si­tions de genre pour enfants et ado­les­cents au Royaume-Uni, les scan­dales tou­chant l’organisation cari­ta­tive Mer­maids se sont suc­cé­dés. Mer­maids est l’un des prin­ci­paux orga­nismes bri­tan­niques — notam­ment finan­cé par les contri­buables — dédiés à la défense des per­sonnes trans­genres, adultes et enfants. Rap­pel des faits :

  • L’association de défense des droits des per­sonnes trans­genres Mer­maids a por­té plainte contre la déci­sion de la Com­mis­sion des asso­cia­tions cari­ta­tives d’accorder le sta­tut d’association cari­ta­tive à la nou­velle orga­ni­sa­tion de défense des droits des homo­sexuels LGB Alliance.
  • L’association de défense des droits des per­sonnes trans­genres Mer­maids a été mise en exa­men par la Com­mis­sion des asso­cia­tions cari­ta­tives pour avoir dis­tri­bué des bin­ders (des vête­ments de com­pres­sion de poi­trine) à des mineures à l’insu de leurs parents et gar­diens légaux depuis 2019. Cer­tains employés de Mer­maids se sont fait pas­ser pour des mineurs sur le forum de l’association et entraient en contact avec des pré­ado­les­centes de 12 à 14 ans qu’ils encou­ra­geaient à tran­si­tion­ner. Ils requé­raient ensuite l’adresse phy­sique des filles pour leur faire par­ve­nir les bin­ders par la poste.

  • L’enquête est tou­jours en cours lorsqu’éclate un troi­sième scan­dale : l’un des membres du conseil d’administration de Mer­maids, Jacob Bres­low, est iden­ti­fié comme un acti­viste ouver­te­ment pro-pédo­phile qui a déli­vré une confé­rence lors d’un sym­po­sium orga­ni­sé par B4U-Act — une orga­ni­sa­tion cari­ta­tive fon­dée en 2003 par le pédo­cri­mi­nel condam­né Michael Mel­shei­mer, visant à pro­mou­voir la déstig­ma­ti­sa­tion de la pédo­phi­lie et à légi­ti­mer l’usage sexuel[1] d’enfant comme une « orien­ta­tion sexuelle ». Dans le texte lu à son audi­toire dans le cadre de ce sym­po­sion, Bres­low déclarait :

« Tout comme j’écris que le désir et l’acte d’éjaculer dans une chaus­sure requiert de repen­ser la chaus­sure et de la façon dont elle vient à l’existence, je vais main­te­nant sou­te­nir que le désir et l’acte d’éjaculer sur / voire poten­tiel­le­ment avec un enfant requiert de repen­ser l’enfant — ce que nous venons jute de com­men­cer à faire — et la per­sonne pour qui l’enfant est un fan­tasme sexuel ou un par­te­naire. Contrai­re­ment à l’enfant ou à la chaus­sure, la capa­ci­té à consen­tir ne fait pas intrin­sè­que­ment défaut au pédophile. »

Cela doit-il se pas­ser de com­men­taires ? Non. La pers­pec­tive de cet homme fan­tas­mant sur le fait d’utiliser sexuel­le­ment un enfant exprime on ne peut plus clai­re­ment la rela­tion objec­ti­fiante de l’adulte socio­pathe envers ses vic­times. L’enfant est déshu­ma­ni­sé et objec­ti­fié en un acces­soire de mas­tur­ba­tion. En quoi cette pers­pec­tive est-elle socio­pa­thique ? Elle l’est en ce que le pédo­phile n’attribue pas de sub­jec­ti­vi­té propre à l’enfant, l’enfant n’est pas une per­sonne réelle, mais un objet qu’il va uti­li­ser, un objet auquel il va appli­quer des voli­tions et une sub­jec­ti­vi­té de son choix. En quoi cela dif­fère-t-il de l’approche qu’ont les hommes vis-à-vis des femmes dans notre culture ? Aucu­ne­ment. Il s’agit de la même. En psy­chia­trie, l’on par­le­ra d’un « défaut d’altérité » même si nombre d’hommes consi­dé­rés comme « nor­maux » pré­sentent ce « défaut d’altérité » par leur seule consom­ma­tion de por­no­gra­phie vio­lente et/ou recours à la pros­ti­tu­tion : il s’agit bien d’une com­par­ti­men­ta­li­sa­tion de l’empathie : envers les vic­times des vio­lences sexuelles fil­mées ou sur les­quelles ils exercent direc­te­ment ces vio­lences, ils ne font montre d’aucune empathie.

De manière plus géné­rale encore, l’on peut dire que notre culture tout entière est socio­pa­thique : une classe d’oppresseurs objec­ti­fie une classe d’êtres humains (les femmes et les enfants) que leur pou­voir et pré­émi­nence poli­tique, éco­no­mique, cultu­relle et sociale, leur per­met de vio­ler qua­si­ment en toute impu­ni­té[2].

Tan­dis que nous rédi­gions ceci, un 4ème scan­dale éclate chez Mer­maids : le res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion et des échanges avec le public sur inter­net, du mar­ke­ting et des cam­pagnes pro­mo­tion­nelles, Dar­ren Mew (ci-des­sus), pose tran­quille­ment en tenue féti­chiste d’écolière et par­tage ses auto­por­traits por­no­gra­phiques sur inter­net (par exemple ce pho­to­mon­tage kaléi­do­sco­pique de son pénis en érec­tion et des poses révé­la­trices, au milieu de nuages, de poneys et de cou­leurs pas­tels — bon, d’accord, il n’y a pas de poney).

Pour résu­mer : un pédo­phile et un por­no­graphe féti­chi­sant les éco­lières occu­paient tous deux des postes à res­pon­sa­bi­li­tés dans une orga­ni­sa­tion qui pré­tend conseiller les enfants, tan­dis que des employés adultes se fai­saient pas­ser pour des mineurs et dis­cu­taient de bin­ders avec des pré­ado­les­centes sur la pla­te­forme de l’organisation. Tout va bien.

La pro­tec­tion des enfants reste aujourd’hui encore la der­nière ligne de front fémi­niste occi­den­tal ayant tenu bon, non sans avoir essuyé maints coups de bou­toir de la part des acti­vistes des droits mas­cu­lins (Men’s Rights Acti­vists) durant ces der­nières décen­nies. Aux États-Unis, nous avons per­du le droit à l’avortement, et en Iran, en ce moment même, on observe un immense sou­lè­ve­ment contre le régime hyper­pa­triar­cal qui inter­dit l’éducation des filles et qui tue les femmes pour une mèche de che­veux dépas­sant d’un fou­lard. Jusqu’ici, les ins­ti­tu­tions et les gou­ver­ne­ments, tous aus­si patriar­caux soient-ils, s’accordaient un mini­mum sur la pro­tec­tion des mineurs par le biais de garde-fous et d’obligations juri­diques (âge du consen­te­ment, auto­ri­té paren­tale, etc.). Pas­sons sur le fait que la jus­tice patriar­cale échoue à pro­té­ger l’enfant dans les cas de sépa­ra­tion des parents où l’homme exerce des vio­lences psy­chiques et/ou phy­siques sur la mère. Dans de nom­breux cas de vio­lences mas­cu­lines sur conjoint, le sys­tème juri­dique se fait com­plice de l’agresseur mas­cu­lin au tra­vers de la garde par­ta­gée par défaut. Aujourd’hui encore, cette fra­gile ligne qui pro­tège les enfants est mena­cée par l’activisme en faveur des droits sexuels mas­cu­lins por­tés par l’idéologie tran­si­den­ti­taire et par une renais­sance des mou­ve­ments propédophiles.

L’éternel retour

Il y a à peine 35 ans, sou­te­nir la pédo­phi­lie, c’était se trou­ver du bon côté de l’histoire. Un grand mou­ve­ment pro-pédo­phile ten­tait sa seconde offen­sive pour se gref­fer au milieu d’un mou­ve­ment de libé­ra­tion de la sexua­li­té mas­cu­line, afin d’obtenir une façade de res­pec­ta­bi­li­té. Leur pre­mière offen­sive avait eu lieu dans les années 50 et 60, mais avait été repous­sée par les gays qui sou­hai­taient vivre leur sexua­li­té au grand jour sans être asso­ciés aux vio­leurs d’enfants. Il faut avoir conscience que l’homosexualité était per­çue comme une déviance à cette époque, et que les homo­sexuels n’étaient pas pro­té­gés. Ils pou­vaient appa­raître aux véri­tables déviants (les sexua­li­tés patho­lo­giques qui s’exercent sur des êtres vul­né­rables et /ou qui ne peuvent être en pleine capa­ci­té de juge­ment, comme les enfants, les per­sonnes han­di­ca­pées psy­chiques, les ani­maux…) comme d’opportuns alliés d’infortune. Mais au cours des années 70 et 80, les vio­leurs d’enfants repas­sèrent à l’attaque et furent cette fois tout près de tou­cher au but.

Dans son livre paru cette année, en 2022, inti­tu­lé Penile Impe­ria­lism (Impé­ria­lisme pénien) Shei­la Jef­freys relate les idées de cette époque :

« Le terme pédo­phi­lie, cen­sé véhi­cu­ler autre chose que l’idée des abus sexuels sur enfants, se trou­va par­ti­cu­liè­re­ment asso­cié aux hommes homo­sexuels. Ceux qui se qua­li­fiaient de pédo­philes firent valoir que leur pen­chant n’é­tait qu’une forme rare et par­ti­cu­lière d’ho­mo­sexua­li­té mas­cu­line. Il est avé­ré que de nom­breux mili­tants et théo­ri­ciens homo­sexuels, avant et pen­dant la période de libé­ra­tion gay des années 1970, consi­dé­raient la pédo­phi­lie de cette manière. Theo Sand­fort, dans son article “Pedo­phi­lia and the Gay Move­ment” (La pédo­phi­lie et le mou­ve­ment gay) (1987), explique le pro­ces­sus par lequel la pédo­phi­lie a été nor­ma­li­sée comme une forme ordi­naire d’ho­mo­sexua­li­té aux Pays-Bas en exa­mi­nant la façon dont elle était consi­dé­rée par la prin­ci­pale orga­ni­sa­tion gay du pays, le COC (Cultu­ral and Recrea­tio­nal Cen­ter — le Centre cultu­rel et récréa­tif). Il explique qu’entre 1947 et 1958, les pédo­philes étaient consi­dé­rés comme une part impor­tante du COC, et que les pre­miers maga­zines de l’or­ga­ni­sa­tion étaient fré­quem­ment « agré­men­tés d’illus­tra­tions de jeunes gar­çons » (Sand­fort, 1987 : 90). Au cours de la période sui­vante, de 1959 à 1963, un malaise crois­sant s’est ins­tal­lé face à l’é­ta­blis­se­ment d’un lien entre les abus sexuels sur les enfants et l’ho­mo­sexua­li­té, car cer­tains homo­sexuels sou­hai­taient être accep­tés socia­le­ment. Ain­si, de 1964 à 1974, l’or­ga­ni­sa­tion a com­plè­te­ment reje­té la pédo­phi­lie. De 1975 vers le milieu des années 80, on assiste en revanche à une nou­velle accep­ta­tion crois­sante de la pédo­phi­lie, et en 1981, le COC rédige une décla­ra­tion appe­lant à la libé­ra­tion de la sexua­li­té infan­tile et de la pédophilie.

Un effort consi­dé­rable fut alors déployé pour sou­te­nir les atteintes sexuelles sur les enfants par­mi les théo­ri­ciens et les acti­vistes homo­sexuels mas­cu­lins à par­tir des années 1970. Le phi­lo­sophe fran­çais Michel Fou­cault était l’un d’entre eux (1990). Ses tra­vaux ont été d’une impor­tance capi­tale pour le mou­ve­ment de défense des droits des homo­sexuels et sont à l’o­ri­gine de la théo­rie queer et de l’important cor­pus de tra­vaux qui ont don­né nais­sance aux études queer et aux études de genre [NdLT venant balayer et rem­pla­cer les Women stu­dies]. Fou­cault a expli­ci­te­ment défen­du l’u­sage sexuel des enfants tout comme l’ont fait d’autres homo­sexuels de son époque. À la fin des années 1960 et dans les années 1970, on assiste en France à une vague de sou­tien en faveur de l’u­ti­li­sa­tion sexuelle des enfants, et Fou­cault n’est qu’un par­mi de nom­breux acteurs impli­qués. L’essor du dis­cours pro-pédo­phile s’associait à la révo­lu­tion sexuelle et à l’es­prit révo­lu­tion­naire qui empor­tait la France en réponse aux évé­ne­ments de 1968. L’u­ti­li­sa­tion sexuelle des enfants par les hommes est deve­nue par­tie inté­grante de la révolution. »

Quand Foucault prenait la défense de Polanski

La pen­sée de Michel Fou­cault est à l’origine du cou­rant théo­rique post-moderne dit « queer », un construc­ti­visme social affran­chi de toute maté­ria­li­té, dans lequel le lan­gage a le pou­voir de créer une nou­velle réa­li­té sur­im­po­sée au reste du monde. Il s’agit — à l’évidence — d’une phi­lo­so­phie de pri­vi­lé­giés, de pen­seurs décon­nec­tés de la réa­li­té, confor­ta­ble­ment ins­tal­lés dans le micro­cosme de leur uni­ver­si­té et de leur don­jon BDSM. En outre, il s’agit d’une pen­sée dua­liste patriar­cale typique de sépa­ra­tion du corps et de l’esprit (le « corps sans organes » des com­pères Deleuze et Guat­ta­ri) : le pen­seur patriar­cal objec­ti­fie les autres, il leur retire leur sub­jec­ti­vi­té pour les recons­truire à sa conve­nance à et son seul usage. C’est ain­si que le pen­seur pédo­phile objec­ti­fie l’enfant, pour le recons­truire en tant que « sujet dési­rant » (du pénis d’un homme adulte) afin de pré­tendre vou­loir libé­rer la sexua­li­té de l’enfant pri­son­nière du car­can fac­tice des bonnes mœurs. La seule chose que le pen­seur pédo­phile veut libé­rer, c’est son pénis. Il veut pou­voir uti­li­ser l’enfant comme un acces­soire mas­tur­ba­toire d’assouvissement de son obses­sion et de ses dési­rs per­vers, sans entraves, et sans égard pour les effets que cela aura sur l’enfant en construc­tion, pour les souf­frances ter­ribles aux­quelles il le voue. Les pédo­cri­mi­nels détruisent les vies de leurs vic­times avant que celles-ci n’aient pu com­men­cer. Bien sûr que l’âge de consen­te­ment et la pro­tec­tion de l’enfance repré­sentent pour lui une entrave. Bres­low, qui a récem­ment quit­té le conseil d’administration de Mer­maids, après que son acti­visme pro­pé­do­phile ait été révé­lé, musait dans ses dis­ser­ta­tions uni­ver­si­taires sur la ques­tion de savoir s’il fal­lait « jouir sur l’enfant ou avec l’enfant ». Telles sont les ques­tions que se pose cet homme, dont le temps de loi­sir intel­lec­tuel est finan­cé par l’argent des contri­buables. Voyons main­te­nant le genre de ques­tions que se posait Fou­cault. Jef­freys poursuit :

« Fou­cault a expri­mé son point de vue sur l’usage sexuel des enfants dans plu­sieurs dia­logues publié dans le recueil Phi­lo­so­phy, Poli­tics, Culture (1990). Dans un de ces dia­logues, il dis­cute notam­ment de l’in­cul­pa­tion de Roman Polans­ki, incul­pé pour avoir dro­gué et vio­lé une jeune fille de 13 ans. Fou­cault annonce avec assu­rance : “Elle paraît avoir été consen­tante[3]” (Fou­cault, 1990 : 204). Il sou­tient ce point de vue selon l’affirmation suivante :

“Le pro­blème des enfants, voi­là la ques­tion. Il y a des enfants qui à dix ans se jettent sur un adulte — alors quoi ? Il y a des enfants qui consentent, ravis.” (Ibid)

La posi­tion de Fou­cault était semble-t-il que du moment que l’enfant était “consen­tant” et que l’au­teur n’employait pas de coer­ci­tion phy­sique, un tel usage des enfants était accep­table, et l’âge de consen­te­ment dans la loi n’était pas défendable :

“En tout cas, la bar­rière d’âge fixée par la loi n’a pas beau­coup de sens. Encore une fois, on peut faire confiance à l’en­fant pour dire s’il a subi ou non des vio­lences” (Ibid. : 285). »

Si cela vous rap­pelle l’argumentation des idéo­logues tran­si­den­ti­taire dans leurs ten­ta­tives de construc­tion de l’enfant trans, c’est nor­mal. Le dis­cours est le même. Voi­là ce que dit l’une des papesses du genre, Diane Ehren­saft ; Psy­cho­logue du déve­lop­pe­ment et autrice de The Gen­der Crea­tive Child (L’enfant créa­tif du genre) :

« Les enfants réa­lisent qu’ils sont trans­genres à un très jeune âge. Par­fois non, même s’ils sont vrai­ment transgenres. »

Sur la com­mu­ni­ca­tion pré­ver­bale des enfants entre 1 et 2 ans :

« Dans l’émission de Bar­ba­ra Wal­ters, un enfant por­tait une petite gre­nouillère avec des bou­tons-pres­sion entre les jambes. Et à l’âge d’un an, il les déta­chait pour faire une robe, afin que la robe volette. Cet enfant avait été assi­gné mâle. Il s’agissait d’une com­mu­ni­ca­tion, d’une com­mu­ni­ca­tion pré­ver­bale concer­nant le genre. […] Et les enfants sau­ront [qu’ils sont trans­genres] dès la deuxième année de leur vie… ils le savent pro­ba­ble­ment avant, mais c’est du pré-préverbal. »

Même idée en encore plus extrême dans une vidéo pro­mo­tion­nelle de l’hôpital pour enfant de Bos­ton (récem­ment sup­pri­mée, mais sau­ve­gar­dée ici et là).

La psy­cho­logue déclare très cal­me­ment : « Une grande par­tie des enfants connaissent [leur iden­ti­té de genre] tan­dis qu’ils sont encore dans le ventre de leur mère. (…) Les enfants savent très très très tôt. (…) À la cli­nique nous voyons des enfants de 2 à 3 ans et jus­qu’à 9. »

Voi­ci main­te­nant la tra­duc­tion de ces pro­pos en reven­di­ca­tions légales :

« L’in­té­rêt supé­rieur de l’en­fant doit être consi­dé­ré en pre­mier lieu dans les pro­cé­dures légales, et l’o­pi­nion de l’en­fant doit être dûment prise en compte, en fonc­tion de sa matu­ri­té et de son déve­lop­pe­ment indi­vi­duel. L’in­té­rêt supé­rieur de l’en­fant doit inclure le res­pect du droit de l’en­fant à expri­mer libre­ment son opi­nion et la prise en compte de cette opi­nion dans toutes les ques­tions le concernant.

En pra­tique, cela signi­fie­rait, par exemple, qu’une décla­ra­tion venant d’une auto­ri­té publique qui sug­gé­re­rait que les enfants d’un cer­tain âge sont trop jeunes pour avoir conscience de leur iden­ti­té est en contra­dic­tion avec le prin­cipe de “l’in­té­rêt supé­rieur” et le droit d’être enten­du de l’enfant. Au contraire, l’É­tat doit veiller à ce que l’in­té­rêt supé­rieur de l’en­fant soit appli­qué de manière appro­priée et cohé­rente dans toutes les mesures prises. L’in­té­rêt supé­rieur de l’en­fant soit appli­qué de manière appro­priée et cohé­rente dans chaque action prise par les ins­ti­tu­tions publiques. »

(Extrait du rap­port du cabi­net de conseil juri­dique Den­ton, Only adults ? Good prac­tices in legal gen­der recog­ni­tion for youth)

L’opinion et le consen­te­ment de l’enfant seront sou­vent invo­qués, de même que le consen­te­ment que donnent les femmes aux hommes dans la « pra­tique » du BDSM afin que ceux-ci puissent exer­cer des actes de bar­ba­rie sexuelle, ou encore, le consen­te­ment que les femmes ont don­né aux proxé­nètes de French Buk­kake et de Jac­quie et Michel : que vaut le consen­te­ment d’une femme poly­trau­ma­ti­sée par des hommes, ayant été inces­tée dans l’enfance et ayant déve­lop­pé de pro­fonds troubles dis­so­cia­tifs (et cog­ni­tifs) qui lui font dire, aujourd’hui, expo­sant un pro­lap­sus rec­tal à la camé­ra, après avoir enchaî­né de mul­tiples péné­tra­tions bru­tales par autant d’hommes non pro­té­gés, sur un mate­las sale dans la cave d’un immeuble de cité, qu’elle « aime ça » ? Que vaut le consen­te­ment d’un enfant, un être humain aux capa­ci­tés de réflexion à peine bal­bu­tiantes et au cer­veau com­plè­te­ment imma­ture ? Que vaut le consen­te­ment d’une pré­ado­les­cente qui s’apprête à prendre des blo­queurs de puber­té, et donc, à être sté­ri­li­sée, à ne pas déve­lop­per les tis­sus d’organes sexuels fonctionnels ?

À ce pro­pos, il faut écou­ter ce qu’en dit Daniel Metz­ger, pédiatre et endo­cri­no­logue s’exprimant dans le cadre d’une pré­sen­ta­tion de la WPATH (The World Pro­fes­sio­nal Asso­cia­tion for Trans­gen­der Health, soit l’Asso­cia­tion pro­fes­sion­nelle mon­diale pour la san­té des per­sonnes trans­genres). Les pré­ado­les­cents et ado­les­cents ne sont pas en capa­ci­té de conce­voir ou de com­prendre l’étendue des consé­quences d’un trai­te­ment qui va les sté­ri­li­ser, et moins encore de don­ner un « consen­te­ment éclai­ré ». Ils n’ont lit­té­ra­le­ment pas les cir­cuits neu­ro­naux qui leur per­met­traient d’évaluer les consé­quences de leur décision.


Est-ce que cette femme, cet enfant et cette pré­ado­les­cente sont en capa­ci­té de don­ner leur « consen­te­ment éclai­ré » à ce qui va leur être fait ? La ques­tion est rhétorique.

***

Une gauche politique ouverte à toutes les revendications

Encore une fois, les mou­ve­ments de libé­ra­tion d’hier et le mou­ve­ment tran­si­den­ti­taire d’aujourd’hui prennent leurs fon­de­ments théo­riques dans la « théo­rie queer », issue du cou­rant post-moderne dont le plus célèbre pen­seur était Michel Fou­cault — qui s’est pro­non­cé en faveur de la sup­pres­sion de l’âge mini­mum du consen­te­ment sexuel.

La théo­rie queer consti­tue le ren­ver­se­ment de l’analyse des fémi­nistes radi­cales des années 70 au pro­fit des acti­vistes des droits sexuels mas­cu­lins. Il s’agit en effet de la réap­pro­pria­tion par les domi­nants d’une pen­sée sub­ver­sive for­mu­lée par les oppri­mées, mena­çant l’ordre éta­bli, remise au ser­vice de cet ordre éta­bli et des pri­vi­lèges des domi­nants. La théo­rie queer est en quelque sorte au fémi­nisme ce que la décar­bo­na­tion du capi­ta­lisme est à l’écologie : une arnaque, une mys­ti­fi­ca­tion idéo­lo­gique visant à per­pé­tuer l’exploitation et à camou­fler cette per­pé­tua­tion de l’ordre éta­bli. Ou encore : une mys­ti­fi­ca­tion qui vise à faire croire que tout change lorsque rien ne change ; pire, l’exploitation ne fait que s’étendre, et la des­truc­tion s’accélérer.

Dans un livre à paraître, Der­rick Jen­sen demande à l’une de ses amies, pro­fes­seure d’université, de lui expli­quer ce qu’est la théo­rie queer. Voi­ci sa réponse :

« La théo­rie queer tente essen­tiel­le­ment de se débar­ras­ser de ce qu’elle appelle les oppo­si­tions binaires, en sou­te­nant que ces oppo­si­tions sont intrin­sè­que­ment hié­rar­chiques, dans la mesure où un terme est pri­vi­lé­gié comme pri­maire et l’autre est sim­ple­ment son déviant ou son déri­vé. Par exemple, l’homme est pri­maire et la femme n’est que la néga­tion de l’homme ; en psy­cha­na­lyse par exemple, les femmes ont été théo­ri­sées comme étant sim­ple­ment l’ab­sence de pénis. La théo­rie queer sou­tient donc que nous devons décons­truire toutes les oppo­si­tions binaires : homme/femme, hétérosexuel/homosexuel, naturel/artificiel, nature/culture, etc. Nous y par­ve­nons par le biais du “quee­rage”, qui consti­tue gros­so modo une stra­té­gie de trans­gres­sion des fron­tières concep­tuelles et caté­go­rielles, visant à faire en sorte que chaque caté­go­rie se trouve dénuée de sens et indis­tincte de l’autre. Par exemple, si nous redé­fi­nis­sons l’homme comme n’é­tant pas une per­sonne de sexe mas­cu­lin, mais comme qui­conque “se sent homme”, alors nous avons quee­ri­fié cette caté­go­rie, elle n’est plus dis­tincte de la caté­go­rie femme. Les théo­ri­ciens queers y voient un mou­ve­ment pro­gres­siste qui débar­rasse la socié­té de l’op­pres­sion. Pour­quoi ? Parce que la théo­rie queer consi­dère que l’op­pres­sion ne découle pas de la subor­di­na­tion d’une classe de per­sonnes à une autre et de l’exploitation du tra­vail et des res­sources pour le béné­fice de la classe exploi­teuse (d’ailleurs, elle récuse sou­vent l’idée même qu’il existe des classes, qu’elle consi­dère encore comme une caté­go­ri­sa­tion pro­blé­ma­tique), mais que l’op­pres­sion pro­vient plu­tôt du simple fait d’é­ti­que­ter ces groupes de manière binaire. Cette éti­quette est consi­dé­rée comme res­tric­tive et oppres­sive dans la mesure où les gens ne peuvent pas expri­mer leur moi authen­tique dans cette oppo­si­tion binaire. »

L’homme adulte et l’enfant mineur sont, selon cette pers­pec­tive, pri­son­niers de caté­go­ries binaires et oppres­sives qu’il faut quee­ri­fier, c’est-à-dire trans­gres­ser. Il n’y a plus d’homme adulte ni d’enfant, il n’y a plus de vio­leur d’enfant et d’enfant vio­lé. C’est la « libé­ra­tion de l’oppression ». Der­rick Jen­sen reprend :

« Je n’ai pas pu m’empêcher de répondre : “C’est une mau­vaise farce, non ?”

Elle m’a répon­du : “Si c’est le cas, nous sommes les din­dons de la farce. Lorsque l’op­pres­sion n’est pas consi­dé­rée comme décou­lant des rela­tions maté­rielles de pou­voir et de classe, mais plu­tôt de l’é­ti­que­tage de ces rela­tions de manière binaire — du fait de pla­cer les gens dans des groupes ou caté­go­ries — alors ces rela­tions maté­rielles de pou­voir et de classe sont éli­mi­nées de l’é­qua­tion. Par exemple, Judith But­ler, dans son texte fon­da­teur Trouble dans le genre, publié en 1990 et qui a eu une influence consi­dé­rable sur ce cette pré­ten­due troi­sième vague du fémi­nisme, célèbre le fait que dans la théo­rie queer ‘fémi­niste’, nous ne pou­vons pas iden­ti­fier les hommes en tant que classe comme étant les oppres­seurs des femmes en tant que classe, car, insiste-t-elle, iden­ti­fier les hommes en tant que classe oppres­sive ne fait que ren­for­cer l’op­po­si­tion binaire.”

J’ai com­men­té : “Alors, si je com­prends bien. Même si 25 % de toutes les femmes de cette culture ont été vio­lées au cours de leur vie par des hommes, et que 19 % ont dû repous­ser des ten­ta­tives de viol, cela n’aide pas à…”

“Lorsque les femmes s’u­nissent dans le fémi­nisme, disent les théo­ri­ciens queers, cela ne fait que ren­for­cer la bina­ri­té du genre, qui est la source de toute oppres­sion. Ain­si, selon les théo­ri­ciens queers, parce que les femmes ne sont pas oppri­mées en ver­tu de ces rela­tions maté­rielles de pou­voir, mais par la caté­go­rie de femme elle-même, le fémi­nisme doit, tou­jours selon ceux qui disent cela, pro­cé­der sans réfé­rence à la caté­go­rie femme. Le fait de prendre les femmes pour sujet du fémi­nisme serait ‘excluant’ et ‘oppres­sif’.” »

C’est en s’appuyant sur ce genre d’idées que les pédo­philes ont reven­di­qué un sta­tut de « mino­ri­té sexuelle oppri­mée » (Liz Kel­ly, 1996, sur la construc­tion de la pédo­phi­lie en tant que mino­ri­té sexuelle et orien­ta­tion sexuelle spé­ci­fique). Et que des hommes adultes qui pré­tendent être des femmes reven­diquent aujourd’hui être une mino­ri­té oppri­mée requé­rant des droits spé­ciaux : l’accès aux espaces réser­vés aux femmes et aux enfants. La quee­ri­fi­ca­tion de l’oppression n’est qu’une mas­ca­rade encou­ra­gée par la classe domi­nante dési­reuse de ne pas perdre son pri­vi­lège de vio­ler et d’exploiter les femmes et les enfants. Le dia­logue continue :

« “Donc, ai-je deman­dé, le mou­ve­ment pour l’a­bo­li­tion de l’es­cla­vage aux États-Unis n’au­rait pas dû, selon cette logique, faire réfé­rence au fait que c’é­taient des Blancs qui rédui­saient des Afri­cains en escla­vage ? Et les ten­ta­tives pour mettre fin à la spo­lia­tion des terres et au géno­cide des Amé­rin­diens ne sont pas cen­sées recon­naître l’exis­tence des caté­go­ries ‘colo­ni­sa­teurs’ et ‘indi­gènes’ ? Le pro­blème, c’est l’exis­tence de ces caté­go­ries, pas le fait que les Blancs volent les terres des Amérindiens ?”

“Exac­te­ment, a‑t-elle répon­du. Avec l’essor de la théo­rie queer, le fémi­nisme est deve­nu sym­bo­lique, dans le sens où, selon eux, la guerre que le fémi­nisme doit mener est seule­ment sym­bo­lique, son but est d’effacer cer­taines caté­go­ries du lan­gage par le pro­ces­sus de quee­ri­fi­ca­tion. C’est com­plè­te­ment démen­tiel. Et ça a des consé­quences dans le monde réel.”

“Et c’est stupide !”

“Et ça sert le pou­voir. Disons que deux hommes blancs gays aux États-Unis sou­haitent avoir un bébé. Ils engagent alors une mère por­teuse en Inde pour la ges­ta­tion de leur enfant. Et vu que les ovules de cette femme indienne sont d’une race indé­si­rable (pour eux), ils prennent un ovule d’une femme blanche par un pro­ces­sus d’ex­trac­tion dou­lou­reux et nui­sible pour pou­voir l’im­plan­ter dans l’u­té­rus de la femme indienne. La théo­rie queer ne consi­dé­re­rait pas cette pra­tique comme colo­nia­liste, raciste et mépri­sante envers les femmes (ce dont il s’agit pour­tant), mais plu­tôt comme un mou­ve­ment posi­tif. Il s’agit de ‘quee­ri­fier’ les nais­sances ! Il s’agit d’une remise en ques­tion de la bina­ri­té de la repro­duc­tion sexuelle entre mâle et femelle, ain­si que de la rela­tion entre le natu­rel et l’artificiel !”

“Et le colon et le colonisé !”

“Oui, quelle trans­gres­sion ! Un vrai brouillage de toutes les fron­tières oppressives !”

J’ai cru que mon cer­veau allait explo­ser, mais pas dans le bon sens. J’ai deman­dé : “Com­ment la théo­rie queer peut-elle pas­ser si rapi­de­ment de ques­tions rai­son­nables sur la manière dont cer­taines choses ont été nor­ma­li­sées, à cette défor­ma­tion du lan­gage mise au ser­vice du pouvoir ?”

“La théo­rie queer est très influen­cée par Michel Fou­cault, sou­vent appe­lé le père de la théo­rie queer. Dans le cadre du post-moder­nisme, il a popu­la­ri­sé et renom­mé l’idée nietz­schéenne des généa­lo­gies his­to­riques au tra­vers des­quelles, par exemple, il a écrit L’His­toire de la folie, et L’His­toire de la sexua­li­té, pour mon­trer com­ment la folie et l’ho­mo­sexua­li­té, res­pec­ti­ve­ment, ont été stig­ma­ti­sées. Tout cela repré­sente un tra­vail important.” »

On remar­que­ra que les grands esprits se ren­contrent : si l’on ne peut affir­mer que Fou­cault entre­te­nait des « rela­tions sexuelles » avec des mineurs en Tuni­sie[4], on peut affir­mer qu’il par­ta­geait avec Nietzsche la pas­sion des « éphèbes », euphé­misme dési­gnant les gar­çons ado­les­cents, tous deux fai­sant appel à la culture grecque et de manière plus expli­cite, de la part de Fou­cault, à la pai­deia, pour jus­ti­fier leurs pro­cli­vi­tés. Nietzsche, quant à lui, abon­da de joie au sujet des délices qu’il connut enfin en Ita­lie à Mes­sine, là où les hommes res­pec­tables de la socié­té euro­péenne se ren­daient pour les mêmes rai­sons que les hommes res­pec­tables de la socié­té euro­péenne de 1970 se ren­daient en Afrique du Nord[5]. Le dia­logue conti­nue encore :

« “Mais, comme je l’ai dit, lorsque vous reti­rez de l’é­qua­tion les rela­tions maté­rielles de pou­voir et les rela­tions de classe, lorsque vous vous retrou­vez inca­pable d’identifier une classe d’oppresseurs qui béné­fi­cie de ces rela­tions maté­rielles de pou­voir et de classe, que vous reste-t-il ? Selon Fou­cault, ces normes sont le fruit de ce qu’il appelle ‘la contin­gence’, qui est sa façon fan­tai­siste de dési­gner ‘le hasard’. Ces normes prennent de l’am­pleur, pour une rai­son ou une autre, et conti­nuent, pour une rai­son ou une autre et c’est comme magique, per­sonne ne sait vrai­ment pourquoi.

C’est ain­si que l’on peut se retrou­ver avec des théo­ri­ciens queers comme Judith But­ler qui affirment très sérieu­se­ment que les femmes ne sont pas oppri­mées au pro­fit des hommes, mais que ces normes sont sim­ple­ment appa­rues un beau jour, qu’elles sont très res­tric­tives et qu’elles oppriment les ‘gens’. ‘Les gens’ !” »

Dans Trouble dans le genre Judith But­ler demande : « Le tabou de l’inceste est la loi juri­dique qui pro­hi­be­rait les dési­rs inces­tueux tout en construi­sant cer­taines sub­jec­ti­vi­tés gen­rées par le méca­nisme de l’identification obli­ga­toire. Mais qu’est-ce qui garan­tit l’universalité ou la néces­si­té de cette loi ? » Et comme sou­vent, elle ne for­mule pas même un sem­blant de réponse à ses ques­tions ora­cu­laires. Peut-être pou­vons-nous l’aider à répondre ? La néces­si­té de la loi contre l’in­ceste tient au pré­ju­dice que le viol cause à enfant et à son déve­lop­pe­ment futur, et en par­ti­cu­lier aux consé­quences trau­ma­tiques des atteintes sexuelles inces­tueuses sur les sur­vi­vants, ample­ment docu­men­tées. La loi est éga­le­ment néces­saire en rai­son de la pré­va­lence de ces atteintes. Dans Undoing Gen­der, (Défaire le genre), But­ler affirme : « Je pense qu’il y a des formes d’incestes qui ne sont pas néces­sai­re­ment trau­ma­tiques ou qui ne le deviennent qu’en ver­tu d’une conscience de la honte sociale qui en découle. » But­ler argu­mente donc en faveur d’une déstig­ma­ti­sa­tion des hommes qui uti­lisent sexuel­le­ment des enfants, tant que cela reste en famille. Le dia­logue se poursuit :

« “La théo­rie fémi­niste — et cette fois je ne parle pas de la théo­rie queer ‘fémi­niste’ de la troi­sième vague, mais de la bonne vieille théo­rie fémi­niste — de la construc­tion sociale du genre se base sur la com­pré­hen­sion du fait qu’il existe des humains mâles et des humains femelles. Il s’agit de caté­go­ries réelles d’hu­mains. Le patriar­cat ins­ti­tue ensuite une hié­rar­chie où les hommes en tant que classe ont plus de pou­voir que les femmes en tant que classe. C’est le but du patriar­cat, tout comme le but du supré­ma­cisme blanc consiste à éta­blir une hié­rar­chie où les Blancs en tant que classe ont plus de pou­voir que les per­sonnes de cou­leur en tant que classe. Dans le patriar­cat, les femmes sont ensuite condi­tion­nées pour être (et/ou sont carac­té­ri­sées comme) illo­giques, fri­voles, sou­mises et sexuel­le­ment subor­don­nées aux hommes. Elles sont ‘celles à qui on le fait’. Dans cette construc­tion, les hommes sont carac­té­ri­sés comme étant cou­ra­geux, actifs, intel­li­gents, logiques et lea­ders. Ils sont ‘ceux qui le font à’.” »

La com­pa­rai­son s’arrête là : la dif­fé­ren­cia­tion sexuée tra­verse toute l’humanité, toutes les diver­si­tés eth­niques, elle est d’ailleurs plus géné­rale que toutes les diver­si­tés eth­niques, qui sont cultu­relles, poli­tiques, variables. Aucun peuple, aucune culture ne peut contour­ner la dif­fé­ren­cia­tion sexuelle. Celle-ci n’est pas « soluble dans l’histoire puisqu’elle repose sur l’organisation des êtres humains vivants » (Syl­viane Aga­cins­ki). Fin du dia­logue entre Der­rick Jen­sen et son amie :

« “Au lieu de consi­dé­rer les pro­blèmes comme a) la hié­rar­chie et b) l’ex­ploi­ta­tion de la classe subor­don­née, la théo­rie queer en fait une sorte de com­plot omni­pré­sent visant à enfer­mer des indi­vi­dus com­plexes dans des cases binaires res­tric­tives, ce qui serait en soi oppres­sif. Ce qui signi­fie qu’au lieu de se débar­ras­ser de la hié­rar­chie, il faut ‘quee­ri­fier la bina­ri­té’ en brouillant les dis­tinc­tions. Il en va de même pour toutes les bina­ri­tés. Cela conduit au comble de l’insanité. Par exemple, Eve Sedg­wick et Judith But­ler ont toutes deux affir­mé que l’une des façons de quee­ri­fier la bina­ri­té homme/femme et la bina­ri­té hétérosexuel/homosexuel serait que les les­biennes aient des rela­tions sexuelles avec des hommes. C’est fou. Et bien sûr, c’est juste un moyen de plus de rendre les femmes sexuel­le­ment sou­mises aux hommes.” [NdLT : de les rendre sexuel­le­ment dis­po­nibles. Les hommes reven­diquent le droit et l’accès aux corps des femmes.] 

J’ai rétor­qué : “Tout ceci est un peu trop abs­trait pour moi.”

“C’est jus­te­ment le but. C’est trop abs­trait pour la plu­part des gens. Si plus de gens com­pre­naient vrai­ment ce qu’est la théo­rie queer, la résis­tance s’organiserait dans les uni­ver­si­tés aus­si vite que le tra­vail intel­lec­tuel pou­vant être abat­tu par les seules per­sonnes encore saines d’es­prit du bâti­ment uni­ver­si­taire : les secré­taires de département.” »

Les gays de gauche et la pédophilie

Aujourd’hui, les asso­cia­tions d’homosexuel·les Gays Against Groo­mers et LGB Alliance luttent contre l’instrumentalisation des enfants pour l’avancement des droits sexuels mas­cu­lins. Cela n’a pas tou­jours été le cas concer­nant les hommes homo­sexuels. Dans le cha­pitre inti­tu­lé « La libé­ra­tion des pédo­philes » de son livre Penile impe­ria­lism, Shei­la Jef­freys note :

Times180175 « Lucy Robin­son, dans son livre sur les hommes gays et la gauche poli­tique dans la Grande-Bre­tagne d’après-guerre, décrit le sou­tien consi­dé­rable qui exis­tait en faveur du viol des enfants dans les années 1970 (Robin­son, 2011). Elle explique que le col­lec­tif Gay Left (La gauche Gay) a adop­té la cause de ce qu’ils appe­laient pédo­phi­lie parce qu’ils y voyaient un “nou­veau champ de bataille” à par­tir duquel déployer la libé­ra­tion sexuelle. Dès son troi­sième numé­ro, le maga­zine Gay Left dif­fu­sait des annonces pour le prin­ci­pal groupe pro-pédo­phile, le Pae­do­phile Infor­ma­tion Exchange (PIE). Robin­son relate com­ment une “iden­ti­té pédo­phile” se déve­lop­pa à par­tir du Mou­ve­ment de libé­ra­tion gay. Un cer­tain nombre d’or­ga­ni­sa­tions de cam­pagnes poli­tiques gay par­mi les plus impor­tantes ont créé des pla­te­formes où les pédo­philes pou­vaient s’ex­pri­mer et publier leur maté­riel de cam­pagne, comme l’Al­ba­ny Trust, qui a édi­té une bro­chure sur le PIE avant de perdre ses sources de finan­ce­ment à cause de cela. Elle explique que l’op­po­si­tion fémi­niste orga­ni­sée face aux atteintes sexuelles des enfants l’a empor­té sur les ten­ta­tives de libé­ra­tion des pédo­philes par la Gay Left dans les années 1980, ce qui enté­ri­na défi­ni­ti­ve­ment le divorce entre le mou­ve­ment de libé­ra­tion des femmes et le mou­ve­ment de libé­ra­tion des gays. »

L’opposition des féministes

Un dis­cours sem­blable à celui dont les médias nous abreuvent aujourd’hui était jadis déployé pour muse­ler les oppo­santes au mou­ve­ment des droits sexuels des hommes — oppo­santes qui étaient sur­tout des fémi­nistes. Il s’agissait entre autres choses de les accu­ser d’attiser une « panique morale », de faire preuve de « bigo­te­rie », d’être des « réac­tion­naires », des « conser­va­trices ». Tout cela sonne en effet ter­ri­ble­ment familier.

Ce mou­ve­ment pro-pédo­phile s’inscrivait, comme aujourd’hui, majo­ri­tai­re­ment à gauche. Ses défen­seurs consi­dé­raient que les offen­sives contre le mou­ve­ment de libé­ra­tion pédo­phile étaient « le début d’un affai­blis­se­ment géné­ral des droits et liber­tés sexuelles ».

Par exemple, Ste­phen Gee, dans son live sur la Gay Acti­vist Alliance (dont il était l’un des finan­ceurs), et dans lequel il pré­sente son tra­vail de libé­ra­tion des pédo­philes contre l’oppression, explique tran­quille­ment que « les inquié­tudes des fémi­nistes vis-à-vis du fait de [reti­rer de la loi] l’âge de consen­te­ment n’est qu’une panique morale géné­ra­li­sée autour des enfants ». En effet, selon lui, le mou­ve­ment de libé­ra­tion des gays a créé un sur­saut dans les sphères conser­va­trices de la socié­té, un « choc contre le sys­tème hété­ro­sexuel » qui « se mani­feste en par­ti­cu­lier par un vent de panique morale autour des enfants ».

L’histoire se répète. Un article récem­ment publié par Libé­ra­tion en défense des idées tran­si­den­ti­taires et de l’idéologie trans­genre en géné­ral (un stu­pé­fiant tis­su de men­songes, que nous exa­mi­nons ici) : « Cer­taines fémi­nistes se sentent prises en tenaille entre un mou­ve­ment trans plus visible qu’a­vant, avec des reven­di­ca­tions plus nom­breuses, et d’autre part un mou­ve­ment d’ex­trême droite qui a poli­ti­sé ces ques­tions et qui a four­ni des argu­ments et des clés de lec­ture sui­vant la même logique de panique morale qu’a­vec la can­cel culture et le wokisme. »

La manière dont Ste­phen Gee sus­men­tion­né venait déli­bé­ré­ment confondre et marier de force ses reven­di­ca­tions pédo­philes au mou­ve­ment de libé­ra­tion gay est fla­grante. Aujourd’hui, des hommes pré­sen­tant quan­ti­té de para­phi­lies telles que l’autogynéphilie, le désir de « nul­li­fi­ca­tion » c’est-à-dire d’amputation des organes sexuels (nous par­lons bien du fait d’être exci­té à l’idée de la cas­tra­tion, avec ou sans pas­sage à l’acte), l’apotemnophilie (soit l’excitation sexuelle à l’idée d’être ampu­té d’un ou divers membres sains), des hommes féti­chistes des couches-culottes dits « age­fluid », exci­tés à l’idée d’être trai­tés « comme des enfants », y com­pris sou­hai­tant « jouer » avec des enfants « de leur âge », reven­diquent une déstig­ma­ti­sa­tion avec une pano­plie de droits spé­ci­fiques incluant l’ accès aux espaces réser­vés aux femmes et aux enfants. Les accom­mo­de­ments qu’ils reven­diquent impliquent la des­truc­tion des droits des femmes conquis durant une cin­quan­taine d’années, ain­si que des avan­cées obte­nues par les per­sonnes homo­sexuelles.

***

Qu’en est-il aujourd’hui

Le pédophile, une victime stigmatisée ?

Cer­tains experts auto­pro­cla­més (Jahnke et Hoyer) sou­tiennent que la déstig­ma­ti­sa­tion et l’acceptation sociale des pédo­philes — des hommes qui fan­tasment sur le fait d’utiliser sexuel­le­ment des enfants[6] — contri­bue­raient à pré­ve­nir un pas­sage à l’acte de la part de ces hommes. Or, les cher­cheurs et cher­cheuses ayant étu­dié la rela­tion entre la stig­ma­ti­sa­tion et le contrôle des « impul­sions » pédo­philes ont trou­vé que l’inverse était vrai (Lie­ves­ley et col­lègues). Aucun lien n’a été trou­vé entre l’intériorisation de la stig­ma­ti­sa­tion sociale par les pédo­philes et leur pro­pen­sion à cher­cher de l’aide psy­chia­trique pour cana­li­ser ou sup­pri­mer leurs obses­sions sexuelles envers les mineurs. Leurs résul­tats sug­gèrent plu­tôt que la stig­ma­ti­sa­tion peut favo­ri­ser le self-control des pédophiles.

A‑t-on déjà vu des psy­chiatres pro­mou­voir des espaces vir­tuels d’échanges ou des cri­mi­nels sexuels pou­vaient libre­ment dis­cu­ter de leurs fan­tasmes comme étant un dis­po­si­tif béné­fique à l’estime de soi de ces cri­mi­nels, et contri­buant dès lors à empê­cher leur pas­sage à l’acte ? A‑t-on déjà argu­men­té que don­ner des pou­pées réa­listes à des cri­mi­nels, de manière à ce qu’ils puissent les démem­brer, puisse être un moyen de pré­ven­tion d’éventuels pas­sages à l’acte ? C’est pour­tant le dis­cours que tiennent les sexo­logues pro-pédo­philes. Or, une étude parue en sep­tembre 2022 dément ces affir­ma­tions en fai­sant le constat inverse : il appa­raît que les pédo­philes (qui, afin d’éviter une par­tie de la stig­ma­ti­sa­tion allant de pair avec le terme « pédo­phile », se disent désor­mais « Per­sonnes atti­rées par des mineurs », soit PAM, bien qu’ils soient très majo­ri­tai­re­ment des hommes[7]) pro­prié­taires de pou­pées sexuelles réa­listes figu­rant des enfants, mani­festent des niveaux plus éle­vés de com­por­te­ment sexuel­le­ment objec­ti­fiant et d’excitation anti­ci­pée à l’idée d’établir des contacts sexuels avec les enfants.

En outre, les groupes d’échanges tels que les forums où les hommes donnent libre cours à l’expression de leurs déviances sont — fac­tuel­le­ment — le ter­reau d’une nor­ma­li­sa­tion de leurs déviances, et donc, l’endroit où peuvent se déve­lop­per leurs moti­va­tions à émettre des reven­di­ca­tions légales.

D’après le rap­port du pro­jet « Final redi­rec­tion 2020 – 2022 » sur les uti­li­sa­teurs de CSAM (Child sexual abuse mate­rial, soit du maté­riel pédo-por­no­gra­phique tels que des pho­tos, des vidéos, ou le live strea­ming de vio­lences sexuelles met­tant en scène des enfants ou des hommes et des enfants — tou­jours pro­duits par des hommes), les com­mu­nau­tés vir­tuelles qui per­mettent aux para­philes d’é­chan­ger sur leurs « fan­tasmes » ne font que ren­for­cer et nor­ma­li­ser ces sen­ti­ments para­philes chez les hommes qui les expriment. Notons qu’il en va de même pour les forums des eunuques, auto­gy­né­philes, apo­tem­no­philes (hommes sexuel­le­ment exci­tés à l’idée d’être ampu­té d’un membre en dehors de leur pénis), féti­chistes des couches et autres « bébés adultes » (ou régres­sion infan­tile), entre autres féti­chismes sexuels.

Dans ces com­mu­nau­tés, les para­philes déploient des stra­té­gies de dis­tor­sions cog­ni­tives et d’in­ver­sion, c’est-à-dire des stra­té­gies de désen­ga­ge­ment moral et/ou d’au­to-mys­ti­fi­ca­tion visant à jus­ti­fier et légi­ti­mer leur para­phi­lie : son carac­tère inévi­table (« c’est une orien­ta­tion sexuelle, je suis né avec »), son carac­tère pré­ten­du­ment inof­fen­sif (« les enfants ne souffrent pas vrai­ment » ; eux ne tou­che­raient jamais des enfants et se contentent de consom­mer des viols d’enfants fil­més), ou encore une com­plète inver­sion des réa­li­tés (se défi­nir comme quel­qu’un qui aime et pro­tège les enfants, être un pro­tec­teur et un libé­ra­teur des enfants pri­son­niers de normes rigides).

Ces stra­té­gies leur per­mettent de réduire leur anxié­té à l’idée de com­mettre des actes qui vont à l’encontre des normes de leur socié­té. En effet, détruire des enfants est cen­sé aller à l’encontre des normes de notre socié­té. Pour­tant, à l’heure du scan­dale sani­taire, des pra­ti­ciens tran­sac­ti­vistes conti­nuent de pres­crire des blo­queurs de puber­té et d’opérer des chi­rur­gies de réas­si­gna­tion (le tout appe­lé « thé­ra­pie d’affirmation du genre ») sur des enfants ori­gi­nel­le­ment en bonne san­té. Ce sen­ti­ment de légi­ti­mi­té faci­lite ensuite le pas­sage à l’acte des para­philes. À terme, c’est éga­le­ment ce qui leur per­met d’organiser et de mili­ter pour reven­di­quer des droits spéciaux.

L’organisation Vir­ped (« vir­tuous pae­do­philes ») éta­blit dans ses principes :

« Nous pen­sons que l’ac­ti­vi­té sexuelle entre un adulte et un enfant est tou­jours pré­ju­di­ciable, et nous nous oppo­sons à sa léga­li­sa­tion ou à son accep­ta­tion de quelque manière que ce soit. Nous esti­mons que le maté­riel pédo­por­no­gra­phique met­tant en scène l’exploitation et l’abus d’en­fants réels est tou­jours mau­vais et nous oppo­sons à sa pro­duc­tion, sa dis­tri­bu­tion, sa léga­li­sa­tion et son utilisation. »

Tou­te­fois, comme le fait remar­quer Jef­freys, il y a des limites à la ver­tu des pédo­philes ver­tueux. Elle relève les nuances expri­mées dans la F.A.Q de leur site web (voir cap­ture d’écran) et fait remarquer :

« On peut y lire : “Nous deman­dons ins­tam­ment aux pédo­philes de ne jamais recher­cher ou regar­der du maté­riel illé­gal. Nous sommes conscients que c’est une ten­ta­tion à laquelle de nom­breux pédo­philes sont confrontés.”

Tou­te­fois, d’autres maté­riels sus­cep­tibles de ser­vir et d’en­tre­te­nir leurs pen­chants [NdLT : nous sou­li­gnons] sont accep­tables. Ils disent que :

“Lorsqu’aucun enfant n’est impli­qué dans la pro­duc­tion de maté­riel, c’est moins clair. Cela inclut les fic­tions éro­tiques impli­quant des mineurs, les images géné­rées par ordi­na­teur (por­no­gra­phie dite ‘vir­tuelle’) ou les pou­pées sexuelles pour enfants.” »

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Per­met­trait-on a des cri­mi­nels sexuels et autres psy­cho­pathes de vision­ner du maté­riel pou­vant « ser­vir et entre­te­nir leurs penchants » ?

James Can­tor, sexo­logue spé­cia­li­sé, entre autres, dans l’étude des pédo­philes[8], pro­pose une dis­tinc­tion séman­tique pour une seule et même réa­li­té onto­lo­gique : il y aurait d’un côté l’usage sexuel d’enfants rele­vant d’une offense cri­mi­nelle, et de l’autre, la pédo­phi­lie, rele­vant seule­ment d’un inté­rêt sexuel qui aurait par ailleurs des ori­gines bio­lo­giques — affir­ma­tion qu’il tente tou­jours de prou­ver et qui s’avère très dif­fi­cile à illustrer.

Ce dis­cours déplace l’attention des crimes com­mis, et des hommes qui en sont res­pon­sables, sur la stig­ma­ti­sa­tion sociale de ces hommes qui naî­traient avec une condi­tion appe­lée « pédo­phi­lie », et qui remet­trait en cause la res­pon­sa­bi­li­té de leurs actes.

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Description générée automatiquement Le but louable de James Can­tor est d’intercepter les pédo­philes avant qu’ils ne passent à l’acte et de faire en sorte, par le biais de thé­ra­pies et de pla­te­formes (ver­tueuse) de sou­tien, qu’ils n’y passent jamais. C’est éga­le­ment le but du pro­jet « ReDi­rec­tion finale » dont les cher­cheuses ont réus­si à obte­nir 20 022 réponses de pédo­philes uti­li­sa­teurs (de maté­riel pédo­por­no­gra­phique impli­quant des enfants réels) à l’enquête – tra­duite en 19 langues et dif­fu­sée sur le dark­net – en s’association aux moteurs de recherches du dark­web, ain­si qu’à Meta, dans le web géné­ra­liste. On y apprend que 37% des répon­dants ont décla­ré avoir recher­ché des contacts avec des enfants réels après avoir consom­mé des CSAM. Dans une étude concen­trée sur 1546 des répon­dants qui ont com­plé­té la par­tie « aidez-nous à vous aider », 42% ont décla­ré avoir recher­ché des contacts avec les enfants après le vision­nage de pédo­por­no­gra­phie et 58% res­sen­taient de l’angoisse à l’idée que leur consom­ma­tion les incite à recher­cher des contacts avec les enfants.

La Queerification

L’on pour­rait rai­son­na­ble­ment pen­ser qu’il est doré­na­vant dif­fi­cile de sou­te­nir les argu­ments pro-pédo­philes qu’avançait, entre autres, Fou­cault. En effet, de très nom­breuses études ont per­mis d’établir un consen­sus au sujet des graves psy­cho­trau­ma­tismes engen­drés par les vio­lences sexuelles sur les enfants, sans même par­ler des pro­blèmes de san­té men­tale et phy­sique que ren­con­tre­ront les vic­times tout au long de leur vie, revic­ti­mi­sées par les rela­tions abu­sives dans les­quelles elles repro­dui­ront les trau­ma­tismes ini­tiaux. Aus­si, les dis­cours pro-pédo­philes com­mu­niquent aujourd’hui autour de deux stra­té­gies oppo­sées, mais conver­geant vers un même but. L’on observe d’un côté, une médi­ca­li­sa­tion de leur para­phi­lie au tra­vers de la sexo­lo­gie, de la psy­cho­lo­gie et de la cri­mi­no­lo­gie, et de l’autre, sa nor­ma­li­sa­tion en tant qu’orientation sexuelle. L’objectif est de « déstig­ma­ti­ser » cette para­phi­lie afin que les pédo­philes puissent vivre au grand jour leur pédo­phi­lie auprès de leur famille et amis en tant que « per­sonnes atti­rées par les mineurs », ou encore en tant que « pédo­philes sans contact ». Ce niveau de recon­nais­sance est à ce jour le plus haut atteint par les hommes consom­ma­teurs de maté­riel por­no­gra­phique impli­quant des vio­lences sexuelles sur les enfants ou auteurs de vio­lences sexuelles sur les enfants.

Mais avant d’aborder ces deux stra­té­gies en vogue, pen­chons-nous sur l’argumentation de Kathryn Bond Stock­ton, théo­ri­cienne queer citée dans la thèse de Jacob Bres­low, le pédo­phile qui tra­vaillait, il y a quelques semaines encore, au contact d’enfants vul­né­rables pour l’organisme cari­ta­tif Mer­maids. Voi­ci quelques extraits de The Queer Child (L’enfant queer), paru en 2009, livre nomi­né pour les Lamb­da Lite­ra­ry Award for LGBT Stu­dies (Prix lit­té­raire Lamb­da pour les études LGBT) :

« Les enfants sont pro­té­gés par des lois qui les écartent du mal, bien sûr, mais aus­si de l’a­gen­ce­ment de leur propre plai­sir. (Les lois sur l’âge du consen­te­ment en sont un exemple clair). »

« Qu’en est-il du droit d’être trai­té cruel­le­ment ; du droit d’être bat­tu selon ses dési­rs aux mains des adultes ; ou, en tant qu’en­fant, du droit d’in­fli­ger une telle douleur ? »

« En revanche, le pré­ten­du domi­na­teur d’un enfant inno­cent (c’est-à-dire, le pédo­phile) se bat comme un avo­cat pour les droits et la liber­té de l’enfant de sorte que celui-ci ne soit pas seule­ment consi­dé­ré comme inno­cent. C’est pour­quoi NAMBLA [North Ame­ri­can Man Boy Love Asso­cia­tion soit Asso­cia­tion Nord-Amé­ri­caine d’Amour Homme-Gar­çon] reven­dique le droit des enfants à choi­sir leur édu­ca­tion ; à divor­cer de leurs parents ; à choi­sir ses plaisirs. »

« (…) À quel point l’objet de l’attraction pédo­phile – c’est-à-dire l’enfant – est-il un pro­duit de la loi ? À quel point le pédo­phile a‑t-il besoin de la loi pour pro­duire la sil­houette de l’enfant, et donc, des mesures juri­diques qui pro­filent le libre agen­ce­ment [agen­cy – la facul­té d’agir] de l’enfant qu’il sou­haite désha­biller ? (Autre­ment en quoi serait-il en train de désha­biller un enfant à pro­pre­ment par­ler ?). Et que dire des fan­tasmes de la loi ? De la manière dont elle fabrique l’enfant inno­cent, dont elle en fait un corps néces­si­tant plus de pro­tec­tions que de liber­tés ; la loi a pro­duit l’enfant comme queer (bizarre, étrange) même lorsque la caté­go­rie pro­duite est normative. »

Et voi­là la quee­ri­fi­ca­tion de l’enfant, qui, sans les caté­go­ries nor­ma­tives que sont la loi et les sté­réo­types socio­cul­tu­rels, ne serait pas vrai­ment un enfant. Dans la théo­rie queer, les caté­go­ries sont des construc­tions cultu­relles et tracent des fron­tières arbi­traires entre ce qui est mâle et ce qui est femelle, ce qui est mature et ce qui est imma­ture, ce qui est adulte et ce qui est enfant. L’âge est une conven­tion sociale, tout comme le déve­lop­pe­ment céré­bral. D’ailleurs, ce sont les colons blancs qui ont impo­sé la bina­ri­té adulte/enfant aux peuples indi­gènes, qui sans cela, n’auraient jamais eu conscience d’une dis­tinc­tion entre adultes et enfants. Cet argu­ment est réel­le­ment avan­cé par les idéo­logues (trans)genristes au sujet des deux sexes. En effet, les mêmes argu­ments sont déployés, accom­pa­gnés de pseu­dos­cience et d’une bonne dose de mal­hon­nê­te­té intel­lec­tuelle, au sujet de la notion de sexe : « le sexe (bio­lo­gique) est un spectre », ou encore « il existe plus que deux sexes ». D’ailleurs, puisque le sexe est assi­gné de manière arbi­traire et le résul­tant d’une construc­tion nor­ma­tive, il doit être sup­pri­mé dans la loi, ain­si que tous les droits sexo-spé­ci­fiques « oppres­sifs » (entendre, qui oppriment les hommes en les empê­chant de n’en faire qu’à leurs désirs).

***

Notre socié­té pro­duit des pédo­philes. Il existe une approche rai­son­nable médi­co-judi­ciaire pour ten­ter de neu­tra­li­ser les pédo­philes : un enca­dre­ment thé­ra­peu­tique recon­nais­sant un carac­tère patho­lo­gique, d’origine psy­cho­trau­ma­tique ou non, d’origine bio­lo­gique ou non, repo­sant sur le fait de ne pas encou­ra­ger les pédo­philes dans leur pédo­phi­lie. Il existe notam­ment un ensemble de mesures visant à pro­té­ger les enfants. Ces mesures sont pos­sibles parce que la socié­té recon­naît la para­phi­lie pédo­phile comme une para­phi­lie socio­pa­thique en dépit de l’activisme ayant pour but de sup­pri­mer les « garde-fous » légaux. La pédo­phi­lie est une para­phi­lie qui fabrique des vic­times, non une « orien­ta­tion sexuelle ».

Notre culture – vio­lente, exploi­ta­trice, hié­rar­chique, qui éro­tise les rela­tions de pou­voir et de subor­di­na­tion — pro­duit des para­phi­lies. Des sexua­li­tés patho­lo­giques dont l’intérêt sexuel relève de l’érotisation de la dif­fé­rence de pou­voir. S’il faut pri­vi­lé­gier les approches rai­son­nables de trai­te­ment ou de ges­tion des para­phi­lies et des dys­pho­ries, la pro­tec­tion des per­sonnes vul­né­rables et la pro­tec­tion des enfants, il est dif­fi­cile de consi­dé­rer des chi­rur­gies des­truc­trices et iatro­gènes comme des accom­mo­da­tions rai­son­nables pour les per­sonnes en grande souf­france. Jef­freys rap­pelle que la cli­nique de l’u­ni­ver­si­té Johns Hop­kins, qui fut la pre­mière aux États-Unis à réa­li­ser des chi­rur­gies de réas­si­gna­tion sexuelle

« a été fer­mée en 1979 au motif que les trai­te­ments trans­sexuels n’apportaient aucune amé­lio­ra­tion à la san­té men­tale. Le psy­chiatre en chef qui a pris cette déci­sion, le pro­fes­seur Paul McHugh, a écrit plus récem­ment que l’hô­pi­tal avait “gas­pillé des res­sources scien­ti­fiques et tech­niques et por­té atteinte à notre cré­di­bi­li­té pro­fes­sion­nelle en col­la­bo­rant avec la folie au lieu d’es­sayer de l’é­tu­dier, de la gué­rir et, en fin de compte, de la pré­ve­nir” (McHugh, 2004). D’autres cli­niques ont fer­mé peu de temps après. Mais en 2017, la cli­nique réou­vrait face à une demande énorme, et il était évident que le scep­ti­cisme qui avait jadis moti­vé la déci­sion de fer­me­ture avait été vain­cu (Smith, 2018). »

Paul McHugh a eu l’occasion de tra­vailler avec John Money à l’hôpital. Il fut notam­ment res­pon­sable de la super­vi­sion des publi­ca­tions de John Money vers la fin de sa vie. En tant que conser­va­teur, McHugh s’est oppo­sé au mariage des homo­sexuels. Exé­cu­ter des chi­rur­gies cos­mé­tiques de réas­si­gna­tion de sexe pou­vait avoir du sens pour ce chré­tien tra­di­tio­na­liste étant don­né que ces opé­ra­tions cor­res­pon­daient à des thé­ra­pies de conver­sions hété­ro­sexuelles. Sauf qu’il n’en était rien. Les homo­sexuels ne repré­sentent pas la plus grande par des tra­ves­tis. La majeure par­tie des tra­ves­tis et des hommes qui recherchent un tra­ves­tis­se­ment social per­ma­nent sont des hommes hété­ro­sexuels ayant un inté­rêt sexuel au tra­ves­tis­se­ment, exci­tés à l’idée d’être des femmes (auto­gy­né­philes) comme le montre déjà cette étude de 1987. McHugh déclare qu’il n’y avait pas d’amélioration au niveau de la san­té men­tale après les chi­rur­gies, qu’aucun béné­fice psy­cho­lo­gique n’était consta­té, et que les tra­ves­tis post-opé­ra­toires fai­saient face aux mêmes dif­fi­cul­tés men­tales. Dans un entre­tien pour le Wall Street Jour­nal, il évoque l’étude sui­vie sur 30 ans du Karo­lis­ka Ins­ti­tute de Suède, effec­tuée auprès de 324 trans­sexuels post-opé­rées et qui révèle que dès 10 ans après les chi­rur­gies, les per­sonnes ont com­men­cé à ren­con­trer de plus en plus de dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques et que leur taux de ten­ta­tive de sui­cide était de 20 fois supé­rieur à celui de la popu­la­tion contrôle.

Aujourd’hui, dans le cas de l’autogynéphilie ou de l’apotemnophilie por­tant sur les par­ties géni­tales (« iden­ti­té de genre eunuque »), les pro­tec­tions légales n’existent plus : ni concer­nant les hommes atteints de para­phi­lies auto­des­truc­trices, ni concer­nant leurs vic­times. Les hommes auto­gy­né­philes ont accès aux espaces des femmes, peuvent concou­rir dans leurs sports, prendre leur place sur les listes pari­taires, prendre leurs bourses uni­ver­si­taires, par­ler en leur nom lors d’évènements mon­diaux. Les apo­tem­no­philes sexuels sont consul­tés sur les forums où ils trans­crivent leurs fan­tasmes sexuels de cas­tra­tion d’enfants ou d’autocastration, mêlant des para­phi­lies toutes plus viles les unes que les autres, pour les der­niers pro­to­coles de soins (ver­sion 8) de la WPATH au sujet de leur « iden­ti­té de genre ».

En dépit des 11 études ayant démon­tré que la vaste majo­ri­té des enfants (entre 71 et 88%) désis­taient dans leur désir d’être de l’autre sexe avec le pas­sage de la puber­té, lorsque leurs parents n’avaient pas per­mis de « tran­si­tion sociale », l’approche géné­ra­li­sée dans les années 2000 pour trai­ter la dys­pho­rie « de genre » des enfants a été celle du pro­to­cole d’Amsterdam (Dutch pro­to­col). C’est l’approche qui débou­cha ensuite sur la thé­ra­pie d’affirmation, et qui consiste aujourd’hui encore à admi­nis­trer des blo­queurs de puber­té afin de don­ner aux enfants le temps de chan­ger d’avis et de voir les­quels per­sis­te­raient, et les­quels désis­te­raient. Mais les blo­queurs de puber­té, en « blo­quant la puber­té », risquent d’empêcher la matu­ra­tion céré­brale, et donc éga­le­ment les pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment par les­quels la puber­té peut régler la dys­pho­rie[9]. Dans la seule étude (une dou­zième étude) mon­trant que 97,5% des enfants per­sis­taient dans leur dys­pho­rie après 5 ans, les enfants avaient déjà effec­tué une « tran­si­tion sociale » au départ de l’étude (chan­ger de pré­nom, uti­li­ser les pro­noms gram­ma­ti­caux du genre oppo­sé, s’habiller selon les sté­réo­types sexistes tels que des robes et des couettes avec des chou­chous dans les che­veux pour le genre fémi­nin, et des pan­ta­lons, bas­kets, cas­quette et che­veux courts pour le genre mas­cu­lin). Il s’agissait de la seule dif­fé­rence notable. Dans l’une des 11 études, cer­tains des mineurs avaient par­tiel­le­ment ou entiè­re­ment tran­si­tion­né socia­le­ment, et cette étude était celle qui mon­trait le plus haut taux de per­sis­tance : 29,1%.

Aus­si, les deux études qui mon­traient le plus haut pour­cen­tage de per­sis­tants était celle où les enfants avaient déjà effec­tué une tran­si­tion sociale. Per­mettre chez l’enfant une tran­si­tion sociale « juste pour voir » a de sérieuses consé­quences. La tran­si­tion sociale doit être consi­dé­rée comme fai­sant déjà par­tie du trai­te­ment de la dys­pho­rie de genre. Tout comme les blo­queurs de puber­té, la tran­si­tion sociale a des effets iatro­gènes et influence gran­de­ment le déve­lop­pe­ment psy­chique de l’enfant. La thé­ra­pie « d’af­fir­ma­tion » qui consiste à faire tran­si­tion­ner l’enfant dès que pos­sible au plan social, et qui mène qua­si inva­ria­ble­ment à la médi­ca­li­sa­tion suite au recours aux blo­queurs de puber­té, sui­vis des hor­mones et de la chi­rur­gie, est le plus sûr moyen de fabri­quer des « enfants trans ». Ain­si que de détruire leurs corps, leurs cer­veaux, leur psy­chisme, leur vie. Ici, les garde-fous font clai­re­ment défaut.

La psychologisation

Retour aux stra­té­gies de bana­li­sa­tion de la pédo­phi­lie. « S’engager dans un contact sexuel avec un enfant de quelle manière que ce soit est mora­le­ment indé­fen­dable et doit être puni par la loi. Mais être né avec une attrac­tion sexuelle incon­trô­lable et non vou­lue ne l’est pas. » (Elea­nor Ste­vens et Jane Wood) Le focus sur les enfants dis­pa­raît au pro­fit d’une foca­li­sa­tion sur les vic­times que seraient les pédo­philes eux-mêmes. Il s’agit d’une inver­sion patriar­cale de res­pon­sa­bi­li­té. Les cou­pables sont en fait les vic­times non consen­tantes d’une condi­tion qu’ils déplorent. Admet­tons. Le cas échéant, ces hommes sont atteints d’une grave condi­tion men­tale qui les rend pro­pre­ment inaptes à vivre en socié­té sans super­vi­sion médi­co-judi­ciaire. Ils devraient de fac­to faire l’objet d’un contrôle médi­cal et judi­ciaire, avec des obli­ga­tions spé­ci­fiques telles que l’interdiction d’approcher les écoles, l’interdiction de tra­vailler au contact d’enfants ou dans des ins­ti­tu­tions qui reçoivent des enfants et l’inscription sur un registre de pédo­philes, dès lors qu’ils réa­lisent être sexuel­le­ment atti­rés par les enfants. Un dis­po­si­tif de sui­vi socio-judi­caire a été mis en place en France pour les pédo­cri­mi­nels sexuels, c’est-à-dire pour les pédo­philes qui sont pas­sés à l’acte. Quid de la dif­fé­rence entre pédo­philes et cri­mi­nels sexuels en dehors du pas­sage à l’acte ?

« Les “pédo­philes” consti­tuent une sorte de nébu­leuse exten­sive, bana­li­sée par la média­ti­sa­tion. Les Anglo-Saxons pré­fèrent d’ailleurs par­ler de child moles­ters, d’agresseurs d’enfants. Au sens strict, les per­sonnes [hommes] qui agressent sexuel­le­ment les enfants ne sont pas toutes des pédo­philes, frange infime de la popu­la­tion inté­res­sée de manière exclu­sive par les enfants jeunes et non pubères des deux sexes. Dans nombre de cas, il s’agit de per­sonnes, mariées ou vivant en couple, ayant une vie sexuelle ordi­naire. Et si des actes sexuels peuvent être qua­li­fiés de “pédo­phi­liques”, cela ne signi­fie pas pour autant que leurs auteurs entrent dans la caté­go­rie des pédo­philes stric­to sen­su. De plus, la clas­si­fi­ca­tion des agres­seurs d’enfants est com­plexe, puisqu’elle prend en compte plu­sieurs domaines dont sont issus les cri­tères de caté­go­ri­sa­tion [sic]. On consi­dère sché­ma­ti­que­ment, à pro­pos de l’agresseur, la nature de l’acte, le contexte de l’agression, ses carac­té­ris­tiques psy­cho-com­por­te­men­tales, son his­toire per­son­nelle ; et, à pro­pos de la vic­time : le sexe, l’âge et la nature de ses rela­tions avec l’agresseur. »

C. de Beau­re­paire, Psy­chiatre des hôpi­taux, pra­ti­cien hos­pi­ta­lier, EPS de Mai­son-Blanche, Paris. La Lettre du Psy­chiatre • Vol. VI — n°3 — mai-juin 2010

D’après ce dos­sier thé­ma­tique publié dans La Lettre du Psy­chiatre, tous les agres­seurs sexuels d’enfants ne sont pas for­cé­ment des pédo­philes. Il peut s’agir de pédo­phi­lie oppor­tu­niste de la part de cri­mi­nels sexuels. Mais devrions-nous consi­dé­rer que tous les pédo­philes ne sont pas de poten­tiels vio­leurs d’enfants ? Ou devrions-nous consi­dé­rer les enfants autour des­quels évo­luent les pédo­philes « sans contact » comme de poten­tielles vic­times ? Dans les dis­po­si­tifs exis­tants, il est ques­tion d’empêcher les réci­dives sexuelles. Mais qu’existe-t-il pour empê­cher le pre­mier pas­sage à l’acte ? Dès le moment où un homme à conscience de ses pen­chants, il devrait alors recher­cher de l’aide auprès des ser­vices appro­priés. Et obte­nir un sui­vi. Et faire l’objet d’obligations et de res­tric­tions. Après tout, il s’agit d’une patho­lo­gie qui se mani­feste par un inté­rêt sexuel envers les enfants et rien ne peut dis­tin­guer le pédo­phile abs­ti­nent du vio­leur d’enfant sinon le pas­sage à l’acte. Êtes-vous prêtes à ris­quer l’avenir de vos enfants au nom de la ver­tu d’un pédophile ?

Une orientation sexuelle

L’organisation Pro­sta­sia vise à nor­ma­li­ser la pédo­phi­lie comme une orien­ta­tion sexuelle innée. Leur dis­cours com­pare la pédo­phi­lie à l’homosexualité, au motif que l’homosexualité aus­si était stig­ma­ti­sée avant d’être com­plè­te­ment accep­tée par la socié­té. Shei­la Jef­freys cite Dela­no, un intel­lec­tuel militant :

« Si les pou­pées sexuelles pour enfants sont léga­li­sées, les amants d’enfants [child­lo­vers] le feront avec des pou­pées, au lieu de vou­loir le faire avec de vrais enfants. Cela conti­nuer (sic) pen­dant encore 50 ans, jus­qu’à ce que l’ac­cep­ta­tion des PAMs [per­sonnes atti­rées par des mineurs] atteigne le point où être PAM sera consi­dé­ré comme être gay en 2020. Pour l’ins­tant, être PAM est consi­dé­ré comme être gay au Moyen-Âge. »

Et peu importe la récente étude sus­men­tion­née por­tant sur les effets des pou­pées sexuelles d’enfants réalistes.

Il sem­ble­rait que les pro-pédo­philes, entendre ici les PAM, per­sonnes atti­rées par les mineurs, aient oublié que l’homosexualité concerne des égaux en droit et en capa­ci­té, « homo », soit « le même », tan­dis que la pédo­phi­lie désigne les dési­rs sexuels d’hommes adultes envers des êtres qui ne sont pas en mesure de com­prendre et consen­tir à ce que les adultes veulent leur faire. De tels élé­ments de lan­gage visent à mas­quer la res­pon­sa­bi­li­té des hommes adultes qui dési­rent vio­ler des enfants et à mas­quer les véri­tables vio­lences qu’impliquent leurs déviances sexuelles. Il s’agit d’une mini­mi­sa­tion de vio­lences sexuelles, fan­tas­mées ou non : en effet, la seule chose qui empêche une par­tie de ces hommes de pas­ser à l’acte, c’est la puni­tion, le fait qu’il s’agit d’un crime punis­sable dans la loi — même si comme nous l’avons consta­té, trop peu de vio­leurs d’enfants sont incul­pés. La stig­ma­ti­sa­tion sociale consti­tue l’une des bar­rières qui entravent l’exécution de leurs fan­tasmes, ne la sup­pri­mons pas.

Les droits des femmes – tout le monde s’en fout

Que se passe-t-il lorsque les bar­rières qui pro­tègent les femmes sont reti­rées ? Les hommes para­philes en pro­fitent. C’est d’ailleurs à cette fin qu’ils ont sou­hai­té les abo­lir. Pour conclure cette par­tie, voi­ci la tra­duc­tion de plu­sieurs sous-par­ties du cha­pitre « Le tra­ves­tis­se­ment face à l’effacement des femmes » du livre Penile Impe­ria­lism de Shei­la Jeffreys.

Les espaces non mixtes réservés aux femmes

Les espaces non mixtes réser­vés aux femmes ont été his­to­ri­que­ment éta­blis pour pro­té­ger le droit des femmes à la digni­té et à la sécu­ri­té. Pour les hommes qui res­sentent de l’excitation sexuelle en se fai­sant pas­ser pour des femmes, l’ac­cès à ces espaces est cru­cial, car il confirme leur « fémi­ni­té ». Les pre­miers espaces dans les­quels les tra­ves­tis se sont effor­cés d’entrer sont les toi­lettes pour femmes. Ils se sont bat­tus pour leur « droit » d’y accé­der par le biais d’une dis­crète cam­pagne par­fois bap­ti­sée « le droit de faire pipi » (Jef­freys, 2014b). Les mili­tants tra­ves­tis réclament le droit de « faire pipi » dans les toi­lettes pour femmes parce que, disent-ils, les toi­lettes des hommes ne sont pas des endroits sûrs pour eux, puisqu’ils pour­raient y subir de la vio­lence. Ils n’ont jamais appor­té la moindre preuve de telles vio­lences à leur égard de la part des autres hommes (Cava­nagh, 2010). Les sexo­logues, qui consi­dèrent ces hommes comme des auto­gy­né­philes sexuel­le­ment exci­tés par leur tra­ves­tis­se­ment, pro­posent une expli­ca­tion très dif­fé­rente. Ils affirment que ces hommes sont sexuel­le­ment exci­tés par de telles incur­sions parce qu’elles nour­rissent leur fan­tasme éro­tique d’être admi­rés « en tant que per­so­na fémi­nine, par une autre per­sonne » (Bai­ley et Triea, 2007 : 523), ou parce qu’ils ont besoin d’un public devant le « film » per­pé­tuel qu’ils se font et dans lequel ils paradent « en tant que femmes » : devant des témoins invo­lon­taires, sur­tout leurs épouses, ou les femmes dans les toi­lettes (Came­ron, 2013).

Les toi­lettes pour femmes sont néces­saires aux femmes et aux filles. Elles leur per­mettent de res­ter sur leur lieu de tra­vail, de voya­ger et d’utiliser l’es­pace public. Toute res­tric­tion de leur nombre ou affai­blis­se­ment de leur sécu­ri­té par l’inclusion de cer­tains hommes viole les droits des femmes (Pen­ner, 2001 ; Yard­ley, 2012). Le dan­ger de l’in­tru­sion des hommes appa­raît clai­re­ment sur les nom­breux sites web consa­crés à « l’ups­kir­ting » [sou­lè­ve­ment de jupons] d’après le nom de la pra­tique mas­cu­line sexuel­le­ment vio­lente consis­tant à fil­mer secrè­te­ment les par­ties géni­tales et les fesses des femmes (Jef­freys, 2014a, 2014b).

J’ai mon­tré au pre­mier cha­pitre que les hommes sont par­fois prêts à tout pour satis­faire leur uro­la­gnie et leur copro­phi­lie, allant jusqu’à s’en­fouir dans des fosses sep­tiques [NdLT : et jusqu’à mou­rir, true sto­ry]. Les femmes et les filles ont besoin de toi­lettes non mixtes pour évi­ter le har­cè­le­ment et les agres­sions sexuelles des hommes.

Au Royaume-Uni, en 2018, il a été signa­lé qu’un peu moins de 90 % des plaintes concer­nant les agres­sions sexuelles dans les ves­tiaires, du voyeu­risme au har­cè­le­ment, concer­naient des inci­dents sur­ve­nus dans des ins­tal­la­tions mixtes, et que deux tiers de toutes les agres­sions sexuelles dans les centres de loi­sirs et les pis­cines publiques avaient lieu dans des ves­tiaires mixtes (Hosie, 2018). Les femmes ont éga­le­ment d’autres rai­sons d’a­voir des toi­lettes offrant une cer­taine inti­mi­té, comme le besoin de chan­ger de pro­tec­tion hygié­nique et de mener des conver­sa­tions avec leurs amies à l’é­cart de la sur­veillance mas­cu­line. L’en­trisme des hommes per­turbe tout cela.

Les acti­vistes trans, eux, ne cessent de répé­ter qu’il n’y a aucun dan­ger pour les femmes ou les jeunes filles à croi­ser des hommes dans leurs toi­lettes. Il s’agit d’un argu­ment bien rodé visant à faire honte aux femmes qui s’opposent à leur pré­sence, lais­sant entendre qu’elles sont hai­neuses. Les réserves des femmes à l’é­gard du par­tage des ves­tiaires et toi­lettes avec des hommes sont com­pa­rées aux objec­tions his­to­riques que cer­tains supré­ma­cistes blancs amé­ri­cains ont jadis sou­le­vées au sujet du par­tage des toi­lettes avec des Noirs. L’in­con­fort res­sen­ti par les femmes est le résul­tat de pré­ju­gés simi­laires, a affir­mé l’ex drag queen et « tran­sac­ti­viste » Laverne Cox dans une inter­view accor­dée à l’Obser­ver en 2021 (Wise­man, 2021). L’a­na­lo­gie est cepen­dant vicieuse. Il n’y a aucune équi­va­lence entre le racisme et la peur des femmes face aux agres­sions sexuelles.

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Marie Cau, qui a béné­fi­cié du sou­tien d’une asso­cia­tion d’activistes pour les droits des droits des pères (SOS Exclu­sion paren­tale), vit main­te­nant son fétiche de tra­ves­tis­se­ment de façon per­ma­nente. Dans l’é­mis­sion Quelle époque ! il déclare : « Y’a pas de femme trans qui vont venir vio­ler des femmes dans les toi­lettes et les prisons. »

À la suite de la cam­pagne menée par les acti­vistes des droits des trans­genres, des toi­lettes mixtes ont été ins­tal­lées dans les centres com­mer­ciaux, dans des lieux de diver­tis­se­ment tels que les gale­ries et les théâtres, ain­si que dans les écoles. Ce fut le cas dans de nom­breux pays. Ces ins­tal­la­tions sont moins chères et plus faciles à mettre en place pour les archi­tectes et les auto­ri­tés : elles néces­sitent moins de dépenses et en les pro­po­sant, les per­son­na­li­tés poli­tiques et ins­ti­tu­tion­nelles réduisent les pres­sions qu’exercent les hommes acti­vistes. Mais ces ins­tal­la­tions sont géné­ra­le­ment mal accueillies par les femmes et les jeunes filles, et pour de très bonnes rai­sons. Un groupe de femme gal­loises a réa­li­sé une enquête auprès des parents et des élèves pour savoir s’ils étaient satis­faits du déploie­ment des toi­lettes mixtes dans les écoles ain­si que pour connaître leurs inquié­tudes à ce sujet : « Ce que nous avons recueilli jus­qu’à pré­sent témoigne de filles qui s’abstiennent de boire de l’eau toute la jour­née durant pour évi­ter d’aller aux toi­lettes jusqu’à d’autres qui rap­portent une “honte d’avoir leur règles” induite par la pré­sence des gar­çons » (Pet­ter, 2019). En 2015, l’U­ni­ver­si­té de Toron­to a été contrainte de modi­fier ses toi­lettes pour reve­nir à des ins­tal­la­tions non mixtes après que « de nom­breux étu­diants de la rési­dence Whit­ney Hall de l’u­ni­ver­si­té se soient fait attra­per en train de tenir leurs télé­phones por­tables au-des­sus des cabines de douche des étu­diantes et de les fil­mer pen­dant qu’elles pre­naient leur douche » (Seleh, 2015).

Le gou­ver­ne­ment du Queens­land, en Aus­tra­lie, a été contraint d’a­ban­don­ner son pro­jet de construc­tion visant à équi­per les nou­velles écoles exclu­si­ve­ment avec des toi­lettes mixtes, après les réac­tions défa­vo­rables des parents en 2020 (Ste­vens, 2020).

Au Royaume-Uni, la poli­tique d’installation des toi­lettes mixtes a dû être modi­fiée en réponse aux pré­oc­cu­pa­tions des femmes. Ces toi­lettes mixtes ont été intro­duites dans les bâti­ments gou­ver­ne­men­taux et il a été rap­por­té en 2021 que les employées au minis­tère de l’In­té­rieur ne les uti­li­saient pas et étaient sérieu­se­ment incom­mo­dées par ces ins­tal­la­tions : « Les femmes tra­vaillant au minis­tère de l’In­té­rieur doivent se rendre dans d’autres ser­vices pour uti­li­ser les toi­lettes, car de nom­breuses ins­tal­la­tions du bâti­ment sont mixtes. Quan­ti­té de femmes ont décla­ré qu’elles se sen­taient mal à l’aise dans des toi­lettes mixtes. De longues files d’at­tente se sont alors for­mées devant les der­nières toi­lettes pour femmes » (Dathan, 2021).

La colère des femmes a été effi­cace. En mai 2021, le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique a annon­cé qu’en ver­tu de nou­velles règles, tous les bâti­ments publics neufs et exis­tants seraient tenus de four­nir des toi­lettes non mixtes (Gil­bo­dy-Dicker­son, 2021).

Par ailleurs, les acti­vistes des droits des tra­ves­tis cherchent à per­mettre aux hommes qui disent avoir une « iden­ti­té de genre fémi­nine » d’ac­cé­der aux loge­ments d’ur­gence pour les femmes, y com­pris aux refuges pour les femmes qui fuient la vio­lence mas­cu­line. Les effets de cette mesure sont main­te­nant très clairs : les refuges et les abris, dans le monde entier, admettent des hommes dans ces espaces et exigent, dans cer­tains cas, que les femmes réfu­giées de la vio­lence mas­cu­line par­tagent des chambres et toutes les com­mo­di­tés avec des hommes (Gott­schalk, 2009). Dans un cas, un homme nom­mé Chris­to­pher Ham­brook, au lourd pas­sif de délin­quant sexuel, a été héber­gé (sous le nom de Jes­si­ca) dans plu­sieurs refuges pour femmes à Mont­réal et à Toron­to, où il s’est livré à des actes de voyeu­risme, de har­cè­le­ment sexuel et de viol (Shaw, 2019). Il a fina­le­ment été accu­sé d’in­frac­tions sexuelles, décla­ré dan­ge­reux pour la san­té et la sécu­ri­té des femmes et condam­né à une peine de pri­son à durée indé­ter­mi­née, mais c’é­tait trop tard pour les femmes qu’il avait déjà agressées.

Les pri­sons consti­tuent un autre espace réser­vé aux femmes, éta­bli pour pro­té­ger leur sécu­ri­té, ayant été de plus en plus enva­hi au cours de la der­nière décen­nie par des hommes pré­ten­dant avoir une « iden­ti­té de genre fémi­nine ». Les femmes repré­sentent une petite mino­ri­té de la popu­la­tion car­cé­rale et sont rare­ment incar­cé­rées pour des délits de vio­lence grave. Elles consti­tuent un groupe par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rable, ayant régu­liè­re­ment subi de graves vio­lences sexuelles et phy­siques de la part d’hommes dans leur vie. Plus de la moi­tié des femmes incar­cé­rées au Royaume-Uni ont subi des vio­lences domes­tiques, 53 % ont été vic­times d’a­bus sexuels dans leur enfance et plus d’un tiers ont été vic­times de vio­lences sexuelles à l’âge adulte (Fos­ter, 2014). Des hommes pré­ten­du­ment tran­si­den­ti­fiés en femmes ont agres­sé sexuel­le­ment à la fois les femmes déte­nues et le per­son­nel fémi­nin des pri­sons lors­qu’ils ont été pla­cés dans les bâti­ments pour femmes (Beck­ford et Owen, 2020).

La liberté d’expression

Un autre domaine des droits des femmes lour­de­ment affec­té par la cam­pagne pour les droits des trans­genres est celui de la liber­té d’ex­pres­sion. Les acti­vistes des droits des trans­genres et leurs par­ti­sans ont été impli­qués dans une longue cam­pagne de har­cè­le­ment et d’in­ti­mi­da­tion à l’en­contre des femmes qui n’ac­ceptent pas l’i­déo­lo­gie de l’i­den­ti­té de genre — selon laquelle les hommes peuvent deve­nir des femmes — ou qui cri­tiquent les reven­di­ca­tions des acti­vistes. Par­mi les femmes (et les quelques hommes) ayant été vic­times de ce com­por­te­ment figurent des femmes poli­tiques, des uni­ver­si­taires, des autrices, des per­son­na­li­tés du spec­tacle et des fémi­nistes. Les inti­mi­da­tions ont pris la forme de cam­pagnes d’in­jures sur les médias sociaux, avec de graves menaces de vio­lences, voire de mort.

Il s’agit d’une des rai­sons pour les­quelles l’activisme trans­genre n’a rien à voir avec d’autres cam­pagnes de défense de droits. Les mili­tantes pour les droits des femmes et les droits des homo­sexuels, par exemple, n’ont jamais consi­dé­ré que les menaces et les insultes pou­vaient être un moyen utile d’avancement de leur cause. Elles et ils se sont en revanche appuyés sur des argu­ments. Les acti­vistes pour les droits des tra­ves­tis, en revanche, vont jusqu’à pro­fé­rer des menaces de mort. En février 2021, l’UK Trans­gen­der Alliance (Alliance bri­tan­nique trans­genre) a esti­mé que tous les mou­ve­ments de défense des droits devaient pou­voir employer la vio­lence pour par­ve­nir à leurs fins :

« Chaque mou­ve­ment pour les droits civiques a don­né lieu à des effu­sions de sang ; les groupes ne se contentent pas de s’écarter et d’ac­cep­ter les chan­ge­ments. Lorsque les terfs com­men­ce­ront à être tuées, les lois chan­ge­ront (Shaw, 2021). »

TERF (Trans­gen­der Exclu­sio­na­ry Radi­cal Femi­nists – Fémi­nistes Radi­cales Excluantes des Trans) est un terme uti­li­sé par les mili­tants des droits des tra­ves­tis pour décrire les fémi­nistes qui ne sont pas d’ac­cord avec eux.

Le site web « TERF IS A SLUR » (TERF est une insulte) docu­mente les abus que les femmes subissent sur inter­net de la part des acti­vistes des droits des tra­ves­tis, et l’une des nom­breuses pages du site est consa­crée aux menaces de vio­lences envers les femmes qui se trouvent sur leur che­min. Nombre de ces menaces adjurent les femmes de sucer des bites ou de « s’é­touf­fer avec ma bite de femme » — des menaces très mas­cu­lines et très sexua­li­sées. Cer­tains de ces hommes annoncent qu’ils frap­pe­ront au visage celles qui disent que les tra­ves­tis ne sont pas de vraies femmes ; d’autres les menacent en posant avec des armes telles qu’une batte de base­ball « incrus­tée de clous ». L’un d’eux déclare : « Je poi­gnar­de­rai une TERF dans l’en­tre­jambe et lui don­ne­rai une bonne rai­son d’a­voir besoin d’un tam­pon. » Un autre sug­gère que les « trans meufs » pour­raient arra­cher la langue des TERF et leur cou­per les mains, ce qui per­met­trait de les uti­li­ser comme jouets sexuels, tan­dis qu’un autre homme dit qu’il « com­met­tra un géno­cide de TERF s’il le faut ». Cer­taines des menaces visent des fémi­nistes en par­ti­cu­lier — l’un d’entre eux dit qu’il aime­rait « tran­cher la putain de gorge flasque de Ger­maine Greer ». L’on trou­ve­ra une mul­ti­tude d’images d’armes à feu et autant de sug­ges­tions sur la façon de tuer les TERFS. Des cen­taines de mes­sages extrê­me­ment vio­lents sont ras­sem­blés sur le site, et témoignent du fait que de nom­breux acti­vistes des droits des tra­ves­tis, par leur rage et leur haine des femmes, font par­tie du phé­no­mène incel, ce mou­ve­ment mon­dial très effrayant désor­mais pris au sérieux et consi­dé­ré comme une menace ter­ro­riste (voir cha­pitre 4). Ce type de menaces vise à réduire les femmes au silence. Dans un tel contexte, il leur faut beau­coup de cou­rage pour s’exprimer.

Ces menaces ne sont pas que des menaces en l’air, car les tra­ves­tis com­mettent des meurtres, y com­pris des meurtres de femmes. Nombre de ces meurtres sont épou­van­tables et révèlent un sadisme consi­dé­rable. Le site web « Women are Human » (les femmes sont humaines) docu­mente les meurtres com­mis par des hommes tra­ves­tis au moment des crimes, ou qui ont choi­si de s’i­den­ti­fier en tant que femme au moment de leur arres­ta­tion — ou encore pen­dant leur empri­son­ne­ment (Women Are Human, consul­té le 6 mai 2021). Les hommes réper­to­riés ont assas­si­né des épouses, des petites amies, des filles, des petits amis, des incon­nus au hasard, ain­si que des connais­sances par divers moyens, et par­fois les meurtres étaient multiples.

À l’oc­ca­sion, les meurtres étaient moti­vés par le refus des femmes de se plier aux exi­gences des tra­ves­tis. En 2019, Rode­rick Dea­kin White, un déco­ra­teur de la Royal Ope­ra House, a matra­qué à mort Amy Par­sons avec une barre de métal après qu’elle lui ait annon­cé qu’elle le quit­tait parce qu’elle n’était pas heu­reuse depuis qu’ils se tra­ves­tis­sait (Lowe, 2019). En 2020, un homme qui se fait appe­ler Dana Rivers a été condam­né pour le meurtre, com­mis en 2016, d’un couple de les­biennes et de leur fils ado­les­cent (FLC, 2020). [Le pro­cès a lieu en ce moment même. Pré­ci­sons qu’il s’agit d’un couple de les­biennes noires, et de l’un de leurs fils adop­tifs noirs – Rivers les a tués tous les trois (NdLT)] Rivers était un orga­ni­sa­teur du Camp Trans, qui avait lieu chaque année en face du Michi­gan Womyns’ Music Fes­ti­val [dit Mich Fest], pour pro­tes­ter contre le fait que le fes­ti­val n’accueillait pas offi­ciel­le­ment les tra­ves­tis. De nom­breux tra­ves­tis entraient tou­te­fois sur le site, s’adonnant à beau­coup de har­cè­le­ment (Jef­freys, 2014a). Le fes­ti­val a mis fin à ses 40 ans d’exis­tence l’an­née des meurtres de Patri­cia Wright et Char­lotte Reed, qui étaient des par­ti­ci­pantes régu­lières. Rivers a été retrou­vé sur la scène du crime avec plu­sieurs armes et recou­vert de sang.

Des femmes émi­nentes, outre Ger­maine Greer, ont été la cible d’attaques et de ten­ta­tives de des­truc­tion de leur car­rière pour avoir expri­mé ouver­te­ment leurs cri­tiques. L’autrice de la saga Har­ry Pot­ter, J. K. Row­ling, a fait l’ob­jet d’une cam­pagne de dif­fa­ma­tion parce qu’elle a cri­ti­qué l’ef­fa­ce­ment des femmes dans le lan­gage, effa­ce­ment reven­di­qué par les mili­tants des droits des trans­genres qui uti­lisent, pour dési­gner les femmes, l’expression « per­sonnes qui ont leurs règles ». Les har­ce­leurs ont cher­ché en vain à s’at­ta­quer à la manière dont elle gagne sa vie, en ten­tant de dimi­nuer la vente de ses livres et des films qui en ont décou­lé (BBC News, 2020, 11 juin). La roman­cière nigé­riane Chi­ma­man­da Ngo­zi Adi­chie a éga­le­ment été atta­quée en 2017 pour avoir sim­ple­ment dit « les femmes trans sont des femmes trans ». Cette simple phrase a été consi­dé­rée comme trans­phobe (Free­man, 2021).

Outre la force brute et les cam­pagnes visant à ins­til­ler la peur, des pres­sions et des menaces sont exer­cées sur les salles de spec­tacles, les mai­sons d’é­di­tion et tout autre éta­blis­se­ment ou lieu où les fémi­nistes peuvent s’exprimer et for­mu­ler leurs objec­tions. Des fémi­nistes de renom ayant déjà cri­ti­qué un aspect quel­conque de la poli­tique trans­genre sont dépro­gram­mées des évè­ne­ments et confé­rences, ce qui signi­fie que les invi­ta­tions à s’ex­pri­mer sur quel sujet que ce soit ne leur sont pas envoyées ou sont reti­rées sous la pres­sion des mili­tants trans­genres. Un exemple édi­fiant qui montre jusqu’où cette pra­tique peut aller concerne la jour­na­liste et autrice fémi­niste Julie Bin­del, qui a été pri­vée de plate-forme en 2021, alors qu’elle effec­tuait une tour­née de pro­mo­tion de son livre orga­ni­sée par son édi­teur, Spi­ni­fex Press. Rea­dings, une librai­rie de Mel­bourne où elle s’é­tait ren­due en 2018 pour par­ler de son livre sur la pros­ti­tu­tion, a pré­sen­té ses excuses aux acti­vistes trans­genres trois ans plus tard pour l’a­voir auto­ri­sée à prendre la parole, alors qu’elle avait été accueillie favo­ra­ble­ment à l’é­poque (Ban­ner­man, 2021).

La silenciation des femmes en politique

Les mili­tants tra­ves­tis cherchent à faire taire les femmes poli­tiques qui cri­tiquent l’idéologie et les pra­tiques trans­genres, ce qui consti­tue une menace pour le droit des femmes à par­ti­ci­per à la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. L’une des vic­times est la dépu­tée de Can­ter­bu­ry au Royaume-Uni, Rosie Duf­field, qui a été décrite comme « com­plè­te­ment ter­ri­fiée » par les menaces pro­fé­rées contre sa vie après avoir décla­ré sur Twit­ter que « seules les femmes ont un col de l’u­té­rus », en réponse au fait que les femmes aient été appe­lées « indi­vi­dus avec un col de l’u­té­rus », une expres­sion adop­tée afin d’apaiser les mili­tants des droits des tra­ves­tis (Syl­ves­ter, 2020). Un autre exemple est celui des menaces qui ont été adres­sées à Car­men Cal­vo, Vice Pre­mière ministre d’Es­pagne, qui a cri­ti­qué la légis­la­tion pro­po­sée sur l’au­to-iden­ti­fi­ca­tion dans son pays (El Comun, 2021). Le 19 février 2021, une effi­gie d’elle était pen­due à un arbre d’une place majeure de la Ville de San­tia­go de Com­pos­te­la, bap­ti­sée du nom de la Jour­née inter­na­tio­nale de la femme, Pla­za 8 Mar­zo. L’emplacement avait été choi­si déli­bé­ré­ment, et un mes­sage autour du cou de la pou­pée indi­quait clai­re­ment qu’elle était visée en tant que féministe.

De nom­breuses autres femmes poli­tiques et en vue dans la sphère publique ont été har­ce­lées et mena­cées pour leur pré­ten­due « trans­pho­bie ». Les acti­vistes cherchent à faire taire ces femmes par divers moyens, deman­dant à la police de pour­suivre les mécréantes qui seraient cou­pables de « dis­cours hai­neux », tout en cher­chant à les faire licen­cier et en menant contre elle des cam­pagnes agres­sives de har­cè­le­ment avec menaces de mort sur les réseaux sociaux. Cela a pour effet d’empêcher l’expression de dis­cours fémi­nistes. Dans le cas de la séna­trice Claire Chand­ler en Tas­ma­nie, en Aus­tra­lie, un tri­bu­nal anti-dis­cri­mi­na­tion a été ins­tru­men­ta­li­sé pour la har­ce­ler. En juillet 2020, elle a écrit un article d’o­pi­nion dans lequel elle cri­ti­quait l’i­dée selon laquelle les tra­ves­tis devraient être auto­ri­sés à concou­rir dans les sports fémi­nins, en disant

« Il n’est pas néces­saire d’être un réac’ pour recon­naître les dif­fé­rences entre les sexes mas­cu­lin et fémi­nin et com­prendre pour­quoi les sports fémi­nins, les ves­tiaires et les toi­lettes non mixtes sont impor­tants » (Uhl­mann, 2020).

Un homme lui a envoyé un cour­riel pour se plaindre. Elle a réaf­fir­mé son point de vue dans sa réponse. Il s’est ensuite plaint auprès du Com­mis­saire anti dis­cri­mi­na­tion de Tas­ma­nie qui a déci­dé que le cour­riel pou­vait ame­ner « une per­sonne membre de la com­mu­nau­té LGBTIQ+ et de la diver­si­té des genres » à se sen­tir « humi­liée, inti­mi­dée, offen­sée et insul­tée » (Ibid). La séna­trice Chand­ler a été convo­quée à une réunion devant la Com­mis­sion, mais après une contro­verse consi­dé­rable dans les médias, la plainte pour dis­cri­mi­na­tion a été abandonnée.

L’activisme trans­genre repré­sente une menace sérieuse pour la repré­sen­ta­tion des femmes en poli­tique, et ce de diverses manières. Les par­tis poli­tiques du monde entier adoptent l’i­déo­lo­gie trans­genre et, même lors­qu’ils ne s’en­gagent pas à ins­crire l’au­to-iden­ti­fi­ca­tion du « genre » dans la loi, comme quan­ti­té l’ont déjà fait, ils mettent en place des lois et des pra­tiques qui punissent les femmes qui expriment des opi­nions cri­tiques à l’égard de la poli­tique trans­gen­riste. C’est tout par­ti­cu­liè­re­ment le cas des par­tis qui se consi­dèrent comme pro­gres­sistes ou à gauche de la scène poli­tique, tel que le Par­ti tra­vailliste, le Par­ti des Verts, les Démo­crates libé­raux, le Par­ti pour l’é­ga­li­té des femmes au Royaume-Uni et les Démo­crates aux États-Unis. Ces par­tis semblent dési­reux de pri­vi­lé­gier les poli­tiques en vogue auprès de leurs membres les plus jeunes afin de cour­ti­ser cet électorat.

Le Scot­tish Natio­nal Par­ty (SNP) (Par­ti natio­nal écos­sais) au Royaume-Uni, qui défend l’in­dé­pen­dance de l’É­cosse et se posi­tionne du côté pro­gres­siste de l’échiquier poli­tique, s’est retrou­vé au cœur d’une contro­verse à l’in­té­rieur et à l’ex­té­rieur de ses rangs, en rai­son de sa déter­mi­na­tion à mettre en œuvre un pro­gramme légis­la­tif en faveur des trans­genres. Cela a conduit au limo­geage de la les­bienne et fémi­niste Joan­na Cher­ry de l’avant-garde du par­ti au Par­le­ment de West­mins­ter (Cher­ry, 2021). Cher­ry a fait le com­men­taire suivant :

« Les rai­sons de mon licen­cie­ment n’ont pas été pré­ci­sées, mais je n’ai pas été sur­prise. Depuis un cer­tain temps, une petite cohorte de mes col­lègues du SNP, qui se fait for­te­ment entendre, s’est enga­gée dans une per­for­mance théâ­trale qui rap­pelle les pro­cès des sor­cières de Salem. La ques­tion – croyez-vous ou avez-vous déjà cru que les femmes sont des femelles humaines adultes – est une ques­tion à laquelle je dois répondre par l’af­fir­ma­tive, mais ce n’est pas une réponse très popu­laire auprès de ceux qui ont l’o­reille des dirigeants. »

La nuit où elle a été licen­ciée, elle explique avoir reçu « une série de mes­sages sinistres et mena­çants sur mon télé­phone, culmi­nants en une menace de viol » (Ibid).

La repré­sen­ta­tion poli­tique des femmes est éga­le­ment mena­cée par l’entrisme des tra­ves­tis qui cherchent à obte­nir les places pari­taires réser­vées aux femmes dans l’optique de faire pro­gres­ser la place des femmes en poli­tique, telles que les listes « All Women Short­lists » du par­ti tra­vailliste (listes 100% femmes) au Royaume-Uni. En février 2021, la posi­tion du par­ti tra­vailliste était la sui­vante : « Les listes de sélec­tion des All Women Short­lists du par­ti tra­vailliste sont ouvertes à toutes les femmes, y com­pris les femmes trans qui s’i­den­ti­fient comme telles. » En d’autres termes, il ne s’a­git plus seule­ment de faire avan­cer les inté­rêts des femelles adultes humaines en poli­tique, il s’agit aus­si de faire pro­gres­ser ceux des hommes qui pré­tendent être des femmes (The Labour Par­ty, consul­té le 17 février 2021).

Une même posi­tion a été adop­tée dans toutes les situa­tions où les femmes étaient cen­sées être favo­ri­sées, par exemple vis-à-vis des places réser­vées pour que des femmes soient res­pon­sables de cir­cons­crip­tion, qui peuvent désor­mais être occu­pées par des tra­ves­tis. Le par­ti tra­vailliste bri­tan­nique a consti­tué un envi­ron­ne­ment par­ti­cu­liè­re­ment hos­tile aux femmes qui sou­haitent cri­ti­quer les poli­tiques trans­genres. En sep­tembre 2021, par exemple, à l’oc­ca­sion de la confé­rence annuelle du par­ti tra­vailliste, le Secré­taire d’É­tat à la Jus­tice du cabi­net fan­tôme, David Lam­my, a décla­ré lors d’un évé­ne­ment en marge qu’en ce qui concerne les « droits » des trans­genres, « il y a quelques dino­saures à droite ». Et que « ces dino­saures existent dans notre propre par­ti » et cherchent à « amas­ser des droits » (Politics.co.uk.staff, 2021). Cette décla­ra­tion — selon laquelle les femmes qui veulent pro­té­ger leurs droits fon­da­men­taux refu­se­raient dérai­son­na­ble­ment de les par­ta­ger avec les tra­ves­tis — a sus­ci­té une contro­verse considérable.

(Fin de l’ex­trait du livre de Shei­la Jeffreys)

Une campagne comme les autres

Tout au long de cette pré­sen­ta­tion, les stra­té­gies de com­mu­ni­ca­tion et les dis­cours de tous types d’activistes de droits sexuels mas­cu­lins ont été mis en vis-à-vis. Leur point com­mun, c’est d’en appe­ler aux droits humains. Les acti­vistes des droits sexuels mas­cu­lins cherchent à nor­ma­li­ser et natu­ra­li­ser les para­phi­lies qu’ils défendent de manière à ins­crire leurs reven­di­ca­tions dans le vaste mou­ve­ment des droits humains. Il en va tou­jours ain­si en matière de supré­ma­cisme, qu’il soit mâle ou blanc, il s’agit de faire pas­ser l’exploitation pour un droit. Les cam­pagnes de légi­ti­ma­tion du proxé­né­tisme et de la com­mer­cia­li­sa­tion des enfants (euphé­mi­sés sous les termes de pros­ti­tu­tion et de GPA) ne sont pas dif­fé­rentes : le droit à l’autodétermination est retour­né comme « le droit de mar­chan­di­ser l’intérieur de son corps », « le droit d’être mal­trai­tée, bru­ta­li­sée, mise en dan­ger et désen­fan­tée » ou encore un dan­ge­reux « droit à l’enfant », qui rap­pe­lons-le, n’existe pas. Tout ceci n’est qu’un gro­tesque stra­ta­gème. Ima­gine-t-on les esclaves noirs, il y a 175 ans, reven­di­quer le droit d’être exploi­tés par les colons blancs, fai­sant ce qu’ils veulent de leur corps ? Et les Blancs sou­te­nir ces reven­di­ca­tions – bien sûr qu’ils les auraient sou­te­nues ! Il n’y a qu’en ce qui concerne le corps des femmes que de telles aber­ra­tions sont pos­sibles et pires, qu’elles paraissent sen­sées et légitimes.

Les rares per­sonnes « trans-raciales » ayant ten­té de nor­ma­li­ser leur condi­tion men­tale, telles Rachel Dozeal ou Oli Lon­don, ont été vili­pen­dées, le racisme et l’appropriation cultu­relle sau­tant aux yeux de n’importe qui, aus­si sin­cères et inti­me­ment convain­cues d’être « Noire » ou « Cor­réenne » qu’étaient ces deux per­sonnes atteintes de sérieux pro­blèmes psy­cho­lo­giques. Oli Lon­don a récem­ment annon­cé sa détran­si­tion, pas­sant de « trans-femme » « trans-coréenne » à « homme ». Il dit avec recul : « J’ai été mal­heu­reux tout au long de ma vie par rap­port à mon appa­rence, et j’ai été har­ce­lé quand j’étais gamin. (…) En 2013, j’ai vécu en Corée du Sud et la chi­rur­gie plas­tique y était endé­mique. Je me suis dit “peut-être que je peux chan­ger mon appa­rence et trou­ver le bon­heur”. » Il remarque aus­si : « L’an­née der­nière, quand j’ai fait mon coming out en tant que trans­ra­cial, les gens m’ont atta­qué. Mais ensuite, je suis deve­nu trans[gender], et les gens ont com­men­cé à me célé­brer ; ils m’ont cri­ti­qué pour avoir vou­lu res­sem­bler à une pop star coréenne, mais m’ont féli­ci­té pour être trans[genre]. C’est tel­le­ment hypo­crite. Quand je suis “deve­nu“ une femme, sou­dain, ils se sont mis à m’aimer. C’est un monde dérou­tant[10]. » Exactement.

Il est très dérou­tant de consta­ter que la « race » qui est une construc­tion cultu­relle — les humains modernes étant tous homo sapiens —, est main­te­nant pro­té­gée des idéo­lo­gies nau­séa­bondes grâce à la notion de « racisme » dont la plu­part des gens cen­sés savent recon­naître les occur­rences. Mais le sexe, qui est fon­da­men­tal à l’organisation du vivant et de notre huma­ni­té, et qui tra­verse toutes les « races » et toutes les eth­nies, échappe au « sexisme » que trop peu de gens savent recon­naître. Pour­quoi cela ? Car le sexisme est essen­tiel­le­ment une nui­sance pour les femmes, les hommes n’en souffrent pas : l’exploitation et la haine des femmes (la miso­gy­nie) tra­versent éga­le­ment toutes les cultures et toutes les eth­nies. Les der­nières rares socié­tés et groupes indi­gènes éga­li­taires exis­tant au monde, chez quelques eth­nies de chas­seurs-cueilleurs à retour immé­diat, tels que les Haz­da de Tan­za­nie et les BaYa­ka d’Afrique cen­trale, ou les quelques eth­nies de cultures matri­li­néaires et éga­li­taires pra­ti­quant l’agriculture sou­te­nable telles que les Minang­ka­bau d’Indonésie et les Kha­si de l’Assam (qui ont récem­ment per­du leurs der­niers ter­ri­toires face aux « pro­jets de déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme ») sont les excep­tions qui confirment la règle. Le capi­ta­lisme patriar­cal – pléo­nasme – et son exploi­ta­tion du vivant à mort par laquelle il s’accroît (jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien) a enva­hi la pla­nète entière et colo­ni­sé toutes les cultures humaines. Le contrôle du corps des femmes et de la repro­duc­tion consti­tue la pre­mière exploi­ta­tion patriar­ca­pi­ta­liste humaine. Le contrôle du corps des femmes par les hommes. Autre­ment dit, les droits sexuels mas­cu­lins. Cette exploi­ta­tion et la légi­ti­ma­tion qui en est faite par les hommes sont au fon­de­ment de cette civi­li­sa­tion des­truc­trice des mondes. C’est pour­quoi elle est la plus invisible.

Audrey A.


  1. Comme le rap­pelle la psy­cho­logue Sociale Patri­zia Romi­tro, autrice d’Un silence de morte, la vio­lence mas­cu­line occul­tée, l’expression « abus » sexuels laisse entendre qu’il existe une pos­si­bi­li­té d’utiliser les enfants à des fins sexuelles sans en « abu­ser », ce qui est faux. L’expression « abus » sexuels est donc un abus de lan­gage qui masque une réa­li­té : des hommes uti­lisent des enfants à des fins sexuelles.
  2. En 2020, 0,6% des viols décla­rés par des majeures ont fait l’objet d’une condam­na­tion. http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_Infostat_164.pdf
    « L’ONDRP esti­mait en 2016 que moins de 4% des viols sur mineurs font l’ob­jet de plaintes. 70% de celles-ci sont clas­sées sans suite, et 30% sont ins­truites, mais la moi­tié d’entre elles, sont cor­rec­tion­na­li­sées, selon les chiffres du minis­tère de la Jus­tice publiés cette année. En com­pa­rai­son chez les adultes, on estime que seule­ment 10 % des femmes vic­times de viol portent plainte, et seuls 3 % des viols débouchent sur un pro­cès en cour d’assises. Au final, seuls 10% des plaintes sont jugées pour viol en Cour d’As­sises ou au tri­bu­nal pour enfants soit … 0,3% de l’en­semble des viols. » https://www.tf1info.fr/societe/violences-sexuelles-sur-mineurs-en-france-des-chiffres-tres-sous-estimes-2103628.html
  3. NdLT : le pro­pos entier est le sui­vant : « M. Fou­cault : Elle paraît avoir été consen­tante. Et cela me mène à la seconde ques­tion que je vou­lais vous poser. Le viol peut tout de même se cer­ner assez faci­le­ment, non seule­ment comme non-consen­te­ment, mais comme refus phy­sique d’ac­cès. En revanche, tout le pro­blème posé, aus­si bien pour les gar­çons que pour les filles ‑car le viol pour les gar­çons, cela n’existe pas, léga­le­ment -, c’est le pro­blème de l’en­fant que l’on séduit. Ou qui com­mence à vous séduire. Est-ce qu’il est pos­sible de pro­po­ser au légis­la­teur de dire : un enfant consen­tant, un enfant qui ne refuse pas, on peut avoir avec lui n’im­porte quelle forme de rap­port, cela ne relève aucu­ne­ment de la loi ? »
  4. En 2021, Guy Sor­man, un col­lègue intel­lec­tuel de Fou­cault, a affir­mé qu’il savait que Fou­cault était impli­qué dans l’a­bus sexuel d’en­fants arabes, lui ayant ren­du visite en Tuni­sie en 1969. Sor­man décrit les rela­tions de Fou­cault avec ces enfants : « il y avait des enfants de 8, 9, 10 ans, qui lui cou­raient après. il leur jetait de l’argent en leur disant : « ren­dez-vous à 22 heures à l’endroit habi­tuel ». » Cet endroit s’est révé­lé être le cime­tière local : « Il fai­sait l’a­mour sur les tombes avec de jeunes gar­çons » Le récit de Sor­man a évi­dem­ment été contes­té par le Centre Michel Fou­cault. L’ex­ploi­ta­tion sexuelle de gar­çons en Afrique du Nord par des intel­lec­tuels gays occi­den­taux était cepen­dant une rou­tine à cette époque (Hamil­ton, 2014) https://glreview.org/article/article-678/
    https://www.lepoint.fr/livres/pedocriminalite-guy-sorman-denonce-les-actes-ignobles-de-michel-foucault-30–03-2021–2419958_37.php et contre­point : https://www.nouvelobs.com/idees/20210506.OBS43714/michel-foucault-accuse-de-pedocriminalite-notre-enquete-en-tunisie-aux-origines-de-la-rumeur.html
  5. « Ain­si, me voi­là aux extré­mi­tés de la Terre, où, selon Homère, réside le bon­heur. En véri­té, il ne m’est jamais arri­vé rien d’aussi bon. Depuis la der­nière semaine mes nou­veaux conci­toyens me gâtent et me choyant de la manière la plus déli­cieuse ! » Lettres, Cosi­ma Wag­ner – Frie­drich Nietzsche, intro­duc­tion par Mac Sau­tet, p.41.
  6. Cela devrait aller sans dire, mais un contact sexuel avec un enfant consti­tue de fac­to une vio­lence sexuelle.
  7. « Le sexe de l’agresseur : les hommes sont essen­tiel­le­ment repré­sen­tés, bien que l’on décrive des pédo­phi­lies fémi­nines. Tou­te­fois, dans la plu­part des cas, les femmes agissent sur­tout dans un contexte de dépen­dance et de sou­mis­sion à un par­te­naire, en tant que com­plice et sous emprise. La “pul­sion” pédo­phi­lique est bien rare chez les femmes, encore qu’on l’ait mise en évi­dence. » https://www.edimark.fr/Front/frontpost/getfiles/16465.pdf
  8. J. Can­tor a mon­tré que la pres­crip­tion de blo­queurs de puber­té empê­chait la réso­lu­tion des dys­pho­ries sexuelles chez les enfants, qui avant l’introduction sys­té­ma­tique des blo­queurs de puber­té, se pro­dui­sait pour 60 à 90% des cas. En empê­chant la puber­té, les blo­queurs empêchent éga­le­ment la matu­ra­tion céré­brale qui per­met dans la majeure par­tie des cas une réso­lu­tion du sen­ti­ment de dys­pho­rie et laissent ces enfants deve­nir des ados – sou­vent homo­sexuels – en bonne san­té.
  9. https://cass.independent-review.uk/wp-content/uploads/2022/03/Cass-Review-Interim-Report-Final-Web-Accessible.pdf p.38 et 39
  10. https://www.foxnews.com/entertainment/influencer-oli-london-explains-why-detransitioned-male-blasts-hypocritical-haters?intcmp=tw_fnc&fbclid=IwAR3YI1b8Lj1k0_30HWHppTV5Dp2dcmvg2KKBDnriVznCaBTryHPsRIFrR9o
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