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Voi­là ce qu’on demande sys­té­ma­ti­que­ment à toute per­sonne qui cherche à se faire un avis sur la ques­tion de la pros­ti­tu­tion. Il faut écou­ter les concer­nées, mais pas n’importe les­quelles, hein ! Celles et ceux qui mar­tèlent cette injonc­tion redi­rigent tou­jours l’interlocuteur vers cer­taines « concer­nées » triées sur le volet, celles dont le dis­cours va dans le sens du « libre choix », celles qui prennent soin de ména­ger ceux qu’elles appellent leurs « clients », celles qui ne dénoncent jamais les vio­lences omni­pré­sentes dans cet uni­vers, sauf pour en rendre res­pon­sable les abolitionnistes. 
Il aura fal­lu 4 jours à la 6e puis­sance éco­no­mique mon­diale pour inter­dire à la plus grande par­tie de sa popu­la­tion de sor­tir de chez elle. Le décon­fi­ne­ment, quant à lui sera bien plus long, et très cer­tai­ne­ment assor­ti de nom­breuses limi­ta­tions aux liber­tés que nous connais­sions aupa­ra­vant, des liber­tés qui res­tent fon­da­men­tales (quoi qu’en disent les thu­ri­fé­raires de l’hygiénisme qui veulent réduire une socié­té humaine aux seules pré­co­ni­sa­tions sani­taires) pour un régime dont la qua­li­fi­ca­tion de démo­cra­tique est sérieu­se­ment mal­me­née par nos diri­geants (ceux-là même qui théo­ri­que­ment devraient être les garants et les gar­diens des liber­tés fon­da­men­tales de chacun)… 
Il n’aura fal­lu que quelques jours pour pas­ser d’une dédai­gneuse insou­ciance à l’état de guerre sani­taire. L’immense orgueil d’une socié­té mon­dia­li­sée, d’une arro­gance à ce point illi­mi­tée qu’elle s’approprie une ère géo­lo­gique, l’anthropocène, sûre de sa maî­trise tech­no­lo­gique, repo­sant sur une pro­duc­ti­vi­té déme­su­rée, assu­rant une ges­tion mil­li­mé­trée des flux de mar­chan­dises, convain­cue de sa domi­na­tion pla­né­taire, est tota­le­ment bou­le­ver­sé par une autre espèce vivante dont la taille se mesure en nanomètres. 
Dans son allo­cu­tion du mar­di 16 avril, Emma­nuel Macron a van­té la gran­deur de « notre » nation, en fai­sant réfé­rence à « un peuple » et « son his­toire mil­lé­naire », au cours de laquelle « nous avons bâti des villes, des ports, des églises ». Bien évi­dem­ment, il pas­sait sous silence ce que l’historien Howard Zinn rap­pelle dès l’introduction de son livre Une his­toire popu­laire des États-Unis De 1492 à nos jours : […] 
En ces temps de lamen­ta­tions col­lec­tives rela­ti­ve­ment encou­ra­gées voire orga­ni­sées et orches­trées (par les médias de masse, notam­ment, y com­pris via inter­net), en ces temps de déplo­ra­tion de la dégra­da­tion d’un « sym­bole de la nation », ou « de l’Occident », ou « de la foi chré­tienne », d’un bâti­ment qui ferait par­tie du « patri­moine natio­nal », à savoir la cathé­drale de Notre-Dame-de-Paris, il semble oppor­tun de repu­blier un texte de 1978 de l’historien Daniel Her­mant por­tant sur le van­da­lisme (ou ico­no­clasme) révolutionnaire. […] 
L’incendie de la cathé­drale de Notre-Dame-de-Paris a pro­vo­qué, et c’était atten­du, une résur­gence mas­sive du sen­ti­ment natio­na­liste. Ain­si que l’écrivait Orwell, par natio­na­lisme il faut entendre cette « pro­pen­sion à s’identifier à une nation par­ti­cu­lière ou à tout autre enti­té, à la tenir pour étant au-delà du bien et du mal, et à se recon­naître pour seul devoir de ser­vir ses inté­rêts. » Cette résur­gence du natio­na­lisme est éga­le­ment résur­gence mas­sive de l’hubris de l’Oc­ci­dent, de celui de la civi­li­sa­tion, plus lar­ge­ment, et de son culte de l’idée de pro­grès, et de son anthropocentrisme. 

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