Giraud, Jancovici & Goodvest : les mensonges pervers du capitalisme vert (par Jérémy Désir et Nicolas Casaux)

Le 11 octobre 2021, Gaël Giraud — prêtre jésuite, ex-éco­no­miste en chef de l’AFD[1], tou­jours membre de son comi­té scien­ti­fique, direc­teur de recherche au CNRS, « pro­phète de la sobrié­té encen­sé à gauche » (Le Figa­ro), ex-pro­fes­seur à l’École natio­nale des ponts et chaus­sées, pro­fes­seur invi­té au Sus­tai­na­bi­li­ty Ins­ti­tute de l’université de Stel­len­bosch en Afrique du Sud, fon­da­teur et direc­teur du pro­gramme de jus­tice envi­ron­ne­men­tale de l’université de Geor­ge­town, « fel­low asso­cié » à l’Institut d’études avan­cées de Nantes, fon­da­teur et pré­sident d’honneur de l’Institut Rous­seau, etc., on en passe et des meilleurs — fai­sait la pro­mo­tion, sur Twit­ter[2], de l’entreprise Good­vest, « une assu­rance-vie dont les pla­ce­ments sont vali­dés par Car­bone 4[3] », expli­quait-il, « qui prouve que la finance n’est pas condam­née au greenwashing ».

Car­bone 4 ? Un « cabi­net de conseil indé­pen­dant spé­cia­li­sé dans la stra­té­gie bas-car­bone et l’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­tique » — fon­dé en 2007 par Alain Grand­jean et la star mon­tante de l’écologisme moderne Jean-Marc Jan­co­vi­ci — « qui met son exper­tise au ser­vice d’acteurs éco­no­miques publics ou pri­vés ». En 2018, Alain Grand­jean et Jean-Marc Jan­co­vi­ci sont rejoints par un autre farouche éco­lo­giste, Laurent Morel :

« Ingé­nieur ECP, Laurent Morel a débu­té sa car­rière au sein du groupe Com­pa­gnie Ban­caire dans le domaine du finan­ce­ment des équi­pe­ments pro­fes­sion­nels. Il y a par­ti­ci­pé à la créa­tion puis à la direc­tion de Arval, deve­nu n°1 euro­péen de la ges­tion de flottes auto­mo­biles. En 2005, Laurent Morel a rejoint la fon­cière Klé­pierre pour diri­ger l’activité centres com­mer­ciaux. Pré­sident du direc­toire de 2008 à 2016, il a mené le chan­ge­ment de taille et de sta­tut du groupe pour en faire un des lea­ders de cette indus­trie, inté­grant le CAC 40 en 2015. […] Laurent Morel est notam­ment le Pré­sident de l’Institut fran­çais pour la Per­for­mance du Bâti­ment, une alliance d’acteurs éco­no­miques qui s’attachent à mettre en œuvre les moyens d’une tran­si­tion éner­gé­tique réa­liste et ambi­tieuse. Il est éga­le­ment admi­nis­tra­teur du think tank The Shift Project. »

Think tank — ou « labo­ra­toire d’idées » — finan­cé par de nom­breuses entre­prises (Vin­ci, Bouygues, Spie, etc.) qui siègent à son conseil d’administration, pré­si­dé par Jean-Marc Jan­co­vi­ci (qui fait par­tie de ses fon­da­teurs) et dont Alain Grand­jean et Gaël Giraud sont éga­le­ment membres. Une grande famille.

Mais reve­nons-en à l’entreprise Good­vest, preuve, nous assurent Gaël Giraud et Jean-Marc Jan­co­vi­ci, que la finance verte existe bel et bien.

Good­vest, donc, est par­te­naire de Carbon4 Finance, une filiale de Car­bon 4 créée en 2015, dédiée au sec­teur finan­cier, « à la vente de don­nées cli­ma­tiques basées sur les outils déve­lop­pés par Car­bone 4 » en vue « d’évaluer l’alignement des por­te­feuilles d’investissements avec la lutte contre le chan­ge­ment cli­ma­tique[4] ». En jan­vier 2021, Carbon4 Finance s’enorgueillait de ses par­te­na­riats avec les groupes ban­caires HSBC, Lom­bard Odier, la prin­ci­pale place bour­sière de la zone euro Euro­next, ou encore Capi­tal Fund Mana­ge­ment, l’un des plus gros hedge funds — ou « fonds spé­cu­la­tifs » — français.

D’après l’article de France Culture[5] auquel Gaël Giraud fait réfé­rence dans son tweet, Good­vest aurait même été « adou­bé » par le cabi­net de conseil, « per­sua­dé que la finance verte est un levier impor­tant de la tran­si­tion éco­lo­gique ». Good­vest appa­raît comme une entre­prise pion­nière pour « que les Fran­çais sachent com­ment orien­ter leur épargne », puissent « savoir ce qu’elle finance », abonde la direc­trice de Carbon4 Finance, Marie-Anne Vincent, regret­tant que « la plu­part des éta­blis­se­ments finan­ciers n’offrent ni expli­ca­tion, ni trans­pa­rence juste de la com­mu­ni­ca­tion qui s’apparente le plus sou­vent à du greenwashing ».

Cerise sur le gâteau, « les deux fon­da­teurs de Good­vest annoncent des per­for­mances annuelles moyennes nettes de frais entre 3% et 10% selon les pro­fils de risque », et tiennent à défaire les « idées reçues » : « l’investissement res­pon­sable est rentable ».

Une posi­tion dérou­tante lorsqu’on sait que Jean-Marc Jan­co­vi­ci et Gaël Giraud ont lar­ge­ment contri­bué à dif­fu­ser cette « idée reçue » — selon laquelle crois­sance éco­no­mique, épui­se­ment des res­sources et dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales évo­lue­raient glo­ba­le­ment dans le même sens[6]. Le pre­mier rap­pe­lant à presque cha­cune de ses confé­rences la cor­ré­la­tion entre crois­sance éco­no­mique et éner­gé­tique — et donc, in fine, celle du CO2[7] —, le second allant plus loin via sa démons­tra­tion sta­tis­tique d’un lien de cau­sa­li­té entre ces variables[8].

Quoi qu’il en soit, nous ne sommes qu’au début de nos sur­prises. Que se cache-t-il réel­le­ment der­rière ce vibrant éloge d’une finance verte « garan­tie sans greenwashing » ?

Première approche

Com­men­çons par décor­ti­quer la métho­do­lo­gie grâce à laquelle Good­vest pré­tend « créer auto­ma­ti­que­ment et en toute trans­pa­rence un por­te­feuille 100% en ligne avec l’Accord de Paris ». Pour ce faire, nous avons contac­té Good­vest en nous fai­sant pas­ser pour un client potentiel.

« Au tout début, on part des fonds labé­li­sés », nous explique un char­gé de clien­tèle, « et on enlève tous les sec­teurs qu’on veut plus voir (tabac, arme­ment, production/extraction fos­sile…). Il reste alors envi­ron 10/15% de fonds labé­li­sés qui peuvent ren­trer dans nos por­te­feuilles. Juste pour dire qu’il y a un peu à boire et à man­ger dans ces fonds labé­li­sés. » Doux euphé­misme, comme nous allons le voir.

Les fonds d’investissement sont des ins­ti­tu­tions inter­mé­diaires char­gées d’investir l’argent col­lec­té auprès d’investisseurs dans des pro­duits finan­ciers (actions et obli­ga­tions) afin de géné­rer du pro­fit. En invo­quant ces fonds label­li­sés, Good­vest a la pré­ten­tion de ne finan­cer que « des entre­prises et des pro­jets durables[9] ». Dans l’article célé­brant la col­la­bo­ra­tion entre Good­vest et Carbon4, on peut même lire que « ces fonds sont labé­li­sés ISR [Inves­tis­se­ment Socia­le­ment Res­pon­sable], Finan­sol ou encore le très exi­geant label Green­fin ». Ce der­nier, pré­sen­té par le Minis­tère de la tran­si­tion éco­lo­gique comme le « pre­mier label d’État dédié à la finance verte », défi­nit expli­ci­te­ment les « acti­vi­tés entrant dans le champ de la tran­si­tion éner­gé­tique et éco­lo­gique » comme celles « concou­rant direc­te­ment ou indi­rec­te­ment à une ‘crois­sance verte’[10] ».

Mieux, tou­jours sur la page du Minis­tère, 73 fonds labé­li­sés sont lis­tés. Par­mi les ins­ti­tu­tions finan­cières aux­quelles ces fonds appar­tiennent, on retrouve Allianz, Amun­di, Axa, BNP, Edmond de Roth­schild, HSBC, ou encore Bla­ckrock. Insis­tons sur le fait qu’il s’agisse d’un label jugé « très exi­geant » par Good­vest et Carbon4 Finance. Nous y reviendrons.

Dans sa seconde étape métho­do­lo­gique, Good­vest intègre « ces 10/15% de fonds » jugés res­pec­tueux de leurs cri­tères dans un outil com­mer­cia­li­sé par Carbon4 Finance, afin d’obtenir « le détail de chaque fonds, c’est ultra pré­cis », ain­si que « le lis­ting des entre­prises dans ces fonds-là ». En effet, les ingé­nieurs du cabi­net de conseil de Jan­co­vi­ci tra­vaillent à cal­cu­ler le Scope 3[11] des entre­prises consti­tu­tives des fonds. « Ils sont les seuls à le faire aujourd’hui » abonde Good­vest. Sachant que la divul­ga­tion des Scope 1 (les émis­sions directes de GES résul­tants d’une acti­vi­té) et 2 (les émis­sions indi­rectes liées à la consom­ma­tion d’électricité ou de cha­leur) est obli­ga­toire pour les grandes entre­prises, mais pas celle du Scope 3 (toutes les autres émis­sions indi­rectes inter­ve­nant de la chaîne de valeurs : du fret à l’achat des matières pre­mières jusqu’à l’utilisation des pro­duits vendus).

Illus­tra­tion des acti­vi­tés recou­vertes par chaque « Scope » d’émissions de GES (Source : Good­vest & Carbon4 Finance)

Or, cette infor­ma­tion s’avère indis­pen­sable pour pro­duire un bilan car­bone réa­liste. En effet, d’après Carbon4 Finance[12], « dans le sec­teur auto­mo­bile, les émis­sions liées au Scope 3 […] repré­sentent 95 % du total des émis­sions induites ». Concer­nant le sec­teur du pétrole et du gaz, « le Scope 3 repré­sente à lui seul 85 % des émis­sions du sec­teur. 90 % des émis­sions de Shell, par exemple, pro­viennent de sa chaîne d’approvisionnement et de l’utilisation de ses pro­duits. » Fort de cette exper­tise, le cabi­net de conseil mon­naye ces infor­ma­tions à prix d’or (5000€ H.T. pour le Scope 3 des ins­ti­tu­tions finan­cières fran­çaises et euro­péennes, d’après devis).

Der­nière étape de la métho­do­lo­gie Good­vest : « après avoir pris la tem­pé­ra­ture, on com­pose des por­te­feuilles de manière à ce qu’ils ne dépassent pas 2°C, voire que ce soit en dessous ».

Si, d’un côté, ils prônent une trans­pa­rence abso­lue, peut-on accé­der à l’outil de Carbon4 Finance qui se trouve au centre de tout le pro­ces­sus ? « C’est une bonne ques­tion, mais je ne pense pas, c’est quand même un ser­vice payant » nous rétorque-t-on. En revanche, Good­vest « va déve­lop­per un onglet dans l’espace per­son­nel de chaque client, qui va s’appeler ‘impact’, avec un lis­ting des entre­prises qui vont être dans votre por­te­feuille […] on est je pense les seuls à avoir ce niveau de détail ».

Déçus, nous deman­dons si, au bout d’un an ou deux, par exemple, nous pour­rons connaître l’ampleur de la réduc­tion des émis­sions des entre­prises qui com­posent les fonds (fina­le­ment la seule infor­ma­tion digne d’intérêt si l’on estime que « la finance verte est un levier impor­tant de la tran­si­tion éco­lo­gique »). « Non, mais ça peut être une idée, je vais la noter » répond, comme amu­sé, notre inter­lo­cu­teur. Quel dom­mage [Voir l’Annexe 1 de ce texte pour la dimen­sion frau­du­leuse des pro­messes éco­no­miques de Goodvest].…

Un cour­tier en assu­rance « vert » qui nous invite à le croire sur parole, inca­pable de mesu­rer l’impact cli­ma­tique sup­po­sé­ment finan­cé, s’appuyant sur un label d’État visant la crois­sance verte (célé­brant au pas­sage quelques-unes des pires mul­ti­na­tio­nales finan­cières). Un cabi­net de conseil qui refuse de dévoi­ler ses méthodes. Du sérieux. Jetons main­te­nant un œil aux entre­prises qua­li­fiées de « durables » par tous ces experts.

Concrètement : où va l’argent ?

Afin d’effectuer ses pla­ce­ments, l’épargnant a le choix entre 7 thé­ma­tiques com­po­sées de fonds label­li­sés : envi­ron­ne­ment et tran­si­tion éco­lo­gique, éner­gies vertes, accès à l’eau, emploi et soli­da­ri­té, san­té et recherche, etc. Bien enten­du, Good­vest nous assure que « le thème ‘tran­si­tion éco­lo­gique’ sera pro­po­sé à tous les clients, quel que soit le pro­fil de risque ». Pour ce thème cen­tral, « ce sera des fonds comme Lyxor Green Bond, Miro­va Europe Envi­ron­men­tal Equi­ty Fund ou Amun­di MSCI World SRI » énu­mère notre char­gé de clien­tèle : « Là-dedans, il y a énor­mé­ment de fonds qui res­pectent l’accord de Paris, donc une grosse par­tie du por­te­feuille est dans la tran­si­tion éco­lo­gique ». Une oreille non aver­tie pour­rait ne prê­ter aucune atten­tion à ces appel­la­tions anglo­phones mys­té­rieuses. Nous retrou­vons pour­tant ici nombre d’entreprises très familières.

Lyxor Green Bond, cer­ti­fié par le label Green­fin, est géré par Lyxor Inter­na­tio­nal Asset Mana­ge­ment, une filiale de la Socié­té Géné­rale[13]. Miro­va Europe Envi­ron­men­tal Equi­ty Fund, éga­le­ment labé­li­sé Green­fin (mais aus­si ISR !) est géré par Natixis Invest­ment Mana­gers Inter­na­tio­nal, une filiale du groupe BPCE. Amun­di MSCI World SRI, labé­li­sé ISR, est géré par Amun­di Luxem­bourg SA, dont la socié­té mère n’est autre que le Cré­dit Agricole.

Tiens donc. Trois des plus grandes banques fran­çaises, célèbres pour leur sérieux dans le domaine cli­ma­tique[14], se font le relais de Good­vest à tra­vers leurs filiales de ges­tion d’actifs « res­pon­sables » ! Mais il y a plus.

Sui­vant les conseils du char­gé de clien­tèle, nous réa­li­sons une simu­la­tion sur leur site en cli­quant sur « deve­nir client ». Plu­sieurs ques­tions nous sont posées sur notre situa­tion, tant finan­cière que per­son­nelle, ain­si que sur notre goût du risque. Cinq minutes plus tard, un inves­tis­se­ment per­son­na­li­sé nous est pro­po­sé. Le por­te­feuille est com­po­sé à 58,8% de la thé­ma­tique « tran­si­tion écologique ».

Parts des fonds consti­tuant la thé­ma­tique « tran­si­tion éco­lo­gique » d’un por­te­feuille d’investissement stan­dard chez Good­vest (Source : Goodvest)

Comme pro­mis, Lyxor (« Pro­jets envi­ron­ne­men­taux ») repré­sente la majo­ri­té du por­te­feuille (23,45%), sui­vi de Miro­va (« Europe envi­ron­ne­men­tale », 11,20%) et Amun­di (« Monde éco­res­pon­sable », 7,72%).

Devi­nez qui se cache der­rière « Europe bas car­bone » (9,83% du por­te­feuille) ? Le fonds « Low Car­bon 100 Europe PAB », géré par BNP Pari­bas Asset Mana­ge­ment Luxem­bourg, qui fait bien sûr par­tie du groupe BNP Pari­bas. Entre autres crimes et éco­cides, rap­pe­lons que selon le rap­port Ban­king on cli­mate chaos 2021 « avec près de $41 mil­liards de finan­ce­ments aux éner­gies fos­siles en 2020, BNP Pari­bas est la banque qui a le plus aug­men­té ses sou­tiens entre 2019 et 2020 au niveau inter­na­tio­nal[15]. »

Voyons main­te­nant vers quoi se dirige l’argent qui passe par ces banques, en com­men­çant par Lyxor Green Bond [Voir l’Annexe 2 pour quelques carac­té­ris­tiques et com­men­taires sur Lyxor Green Bond].

L’État fran­çais — recon­nu cou­pable de non-res­pect de ses propres enga­ge­ments cli­ma­tiques en février[16] et condam­né à en répa­rer les pré­ju­dices en octobre der­nier[17] — est en pre­mière posi­tion, avec près de 9% du poids de l’indice. Le Royaume de Bel­gique et le gou­ver­ne­ment des Pays-Bas repré­sentent un peu plus de 2% cha­cun. La Socié­té du Grand Paris — éta­blis­se­ment public à carac­tère indus­triel et com­mer­cial, notam­ment à la manœuvre dans la béto­ni­sa­tion des terres nour­ri­cières du pla­teau de Saclay[18], et la des­truc­tion des jar­dins ouvriers d’Aubervilliers[19] — pèse 3,1%. En dérou­lant encore, les pre­mières entre­prises appa­raissent : Engie (2,2%) et la SNCF (1,42%) sont en tête, sui­vies d’Apple (0,77%), du Cré­dit Agri­cole (0,76%), de la Socié­té Géné­rale (0,54%), ou encore d’EDF (0,53%) et la BNP (0,49%). Plus anec­do­tique, mais non moins sym­bo­lique, on peut éga­le­ment trou­ver les géants ban­caires Citi­group et HSBC, ou le construc­teur auto­mo­bile Volks­wa­gen. Plus exo­tique, la socié­té finan­cière saou­dienne Arab Petro­leum Invest­ments Cor­po­ra­tion, et la banque chi­noise Chi­na Construc­tion Bank — l’une des plus impor­tantes au monde — font aus­si par­tie de l’indice.

Que comptent faire ces gou­ver­ne­ments et mul­ti­na­tio­nales de cet argent ? Comme l’indique Hélène Tordjman :

« Au niveau sec­to­riel, au moins un tiers des pro­jets finan­cés par ces obli­ga­tions vertes [tra­duc­tion de green bonds, elles dési­gnent un type de pro­duit finan­cier (voir l’Annexe 2)] en 2016 et 2017 concernent les éner­gies renou­ve­lables, et presque la moi­tié si on prend en compte les émis­sions depuis jan­vier 2012 [éolien ter­restre et marin, solaire, hydro­élec­trique]. Le deuxième sec­teur finan­cé est celui de l’habitat vert et de l’efficience éner­gé­tique des bâti­ments […]. Suivent les trans­ports […] et le trai­te­ment de l’eau et sa dis­tri­bu­tion […]. L’essentiel des fonds alloués (“use of pro­ceeds”) le sont à ces quatre sec­teurs. Ce qui concerne plus direc­te­ment la pré­ser­va­tion de la bio­di­ver­si­té et de l’eau, les pro­jets d’agriculture propre, de conser­va­tion des res­sources ou de dépol­lu­tion ne compte que pour quelques pour cent du total des émis­sions[20]. »

Outre l’absence de contrainte légale et de dif­fé­rence de prix entre une obli­ga­tion « verte » et clas­sique, Tord­j­man va plus loin en inter­ro­geant la réa­li­té phy­sique par­fois dévas­ta­trice[21] de cet inves­tis­se­ment. D’une manière géné­rale, « les pro­jets can­di­dats au finan­ce­ment sont tel­le­ment peu décrits que toutes les dérives sont pos­sibles ». L’économiste l’illustre, entre autres, avec la réno­va­tion éner­gé­tique des bâti­ments[22]. Enfin, l’identité des por­teurs de pro­jets est elle-même pro­blé­ma­tique. En effet :

« Apple Inc. a émis pour 2,5 mil­liards de dol­lars d’obligations vertes entre février 2016 et juin 2017, pour amé­lio­rer l’efficacité éner­gé­tique de ses bâti­ments, “uti­li­ser des maté­riaux plus verts” et “conser­ver des res­sources pré­cieuses” (rap­port de Sus­tai­na­ly­tics [un cabi­net d’audit néces­saire à la labé­li­sa­tion verte]). Outre le tra­vail des enfants dans les mines de cobalt en RDC […], Apple Inc. est une des cham­pionnes du monde de l’“évitement” fis­cal et a éri­gé l’obsolescence pro­gram­mée en busi­ness model, qui oblige les consom­ma­teurs à renou­ve­ler tablettes, ordi­na­teurs et télé­phones très régu­liè­re­ment. Rap­pe­lons que ces objets sont pleins de métaux et terres rares, dont l’exploitation est une catas­trophe éco­lo­gique et sociale, et ne font que rem­pla­cer un extrac­ti­visme par un autre. […] Comme le montre le cas d’Engie, les fonds peuvent assez faci­le­ment être uti­li­sés pour un autre pro­jet que ceux men­tion­nés dans les docu­ments four­nis lors de l’émission de l’obligation. Le rap­port d’Oekom concer­nant le mil­liard d’euros d’obligations vertes émises par BNP Pari­bas entre novembre 2016 et avril 2018 dit que “si les fonds ne peuvent pas être direc­te­ment affec­tés à un pro­jet vert éli­gible, ils pour­ront être diri­gés vers de l’investissement à court terme. BNP n’a pas encore défi­ni de cri­tères de sou­te­na­bi­li­té dans ce cas-là”. La banque peut ain­si tran­quille­ment spé­cu­ler avec des fonds obte­nus sous cou­vert éco­lo[23]. »

N’oublions pas de pré­ci­ser que toute cette impos­ture a été cer­ti­fiée par le « très exi­geant » label Green­fin, label attri­bué par un col­lège consti­tué du média Nove­thic, de l’organisme Afnor, et de la branche fran­çaise du cabi­net d’audit EY. Membre des « Big 4 » — les quatre plus grands cabi­nets d’audit mon­diaux — EY est « direc­te­ment ou indi­rec­te­ment impli­qué dans des dizaines de scan­dales comp­tables et finan­ciers de grande ampleur[24] ».

Der­rière de pré­somp­tueuses pré­ten­tions, der­rière des mon­tages sophis­ti­qués et des pro­ces­sus com­plexes (voire opaques), se cache une escro­que­rie massive.

Flux finan­ciers d’un inves­tis­se­ment « éco­lo­gique » chez Good­vest : Info­gra­phie réca­pi­tu­la­tive inter­mé­diaire (Sources : Good­vest, Lyxor, Solactive)

Le carac­tère frau­du­leux de ce fonds est repré­sen­ta­tif de tous les autres. À vrai dire, c’est même pire, puisque les autres fonds pro­po­sés par Good­vest dans la thé­ma­tique « tran­si­tion éco­lo­gique » ne sont plus consti­tués d’obligations, mais d’actions. Fon­ciè­re­ment plus ris­quées que les obli­ga­tions, les actions sont des parts d’une entre­prise, conçues pour appor­ter un ren­de­ment et des divi­dendes aux action­naires. Bien que per­sonne ne les pré­tende vertes, ces actions sont asso­ciées, au moyen d’obscurs cal­culs, par des ges­tion­naires d’actifs afin de créer des fonds d’investissement « durables » — et label­li­sés comme tel.

Repré­sen­tant la deuxième part la plus impor­tante du thème « tran­si­tion éco­lo­gique » de notre por­te­feuille, l’« Europe envi­ron­ne­men­tale » com­prend donc un fonds « durable », label­li­sé Green­fin et ISR, inti­tu­lé : Miro­va Europe Envi­ron­men­tal Equi­ty Fund, et géré par une filiale du groupe BPCE. Ce fonds est exclu­si­ve­ment com­po­sé d’actions de mul­ti­na­tio­nales, dont voi­ci les dix prin­ci­pales : Ther­mo Fisher Scien­ti­fic Inc (4,36%) — four­nis­seur de maté­riel de recherche et d’analyse aux labo­ra­toires —, ASML Hol­ding NV (4,22%) — lea­der mon­dial de la fabri­ca­tion de com­po­sants pour l’industrie des semi-conduc­teurs —, Saint-Gobain (4,21%) — pro­duc­teur, trans­for­ma­teur et dis­tri­bu­teur de maté­riaux de construc­tion —, Ves­tas Wind Sys­tems A/S (3,67%) — la plus grande entre­prise d’éoliennes au monde —, Konink­lijke DSM NV (3,2%) — nutri­tion, pro­duits phar­ma­ceu­tiques, matières per­for­mantes et chi­mie indus­trielle —, Cro­da Inter­na­tio­nal PLC (3,14%) — entre­prise chi­mique pro­dui­sant notam­ment des poly­mères addi­tifs de lubri­fiants —, Infi­neon Tech­no­lo­gies AG (2,92%) — l’un des plus grands fabri­cants de puces élec­tro­niques —, Eco­lab Inc. (2,72%) — spé­cia­listes du trai­te­ment de l’eau, pour des appli­ca­tions allant de la nour­ri­ture à l’industrie —, Sym­rise AG (2,58%) — pro­duc­teur de saveurs et de par­fums —, et Euro­fins Scien­ti­fic SE (2,57%) — groupe de labo­ra­toires d’analyses spé­cia­li­sé dans l’agroalimentaire, la phar­ma­cie, l’environnement et la bio­lo­gie médi­cale [Voir l’Annexe 3 pour en savoir plus sur le Miro­va Europe Envi­ron­men­tal Equi­ty Fund].

Quid de l’« Europe bas car­bone », troi­sième plus grosse part de la « tran­si­tion éco­lo­gique », et cor­res­pon­dant au fonds Low Car­bon 100 Europe PAB, géré par la filiale luxem­bour­geoise de ges­tion d’actifs du groupe BNP Paribas ?

Ce der­nier est com­po­sé des actions émises par les mul­ti­na­tio­nales sui­vantes : SAP SE (4,71%) — lea­der euro­péen dans l’édition de logi­ciels d’entreprise, pre­mière entre­prise alle­mande par sa capi­ta­li­sa­tion bour­sière —, Nest­lé S.A. (4,65%) — lea­der mon­dial de l’industrie agroa­li­men­taire —, Novar­tis AG (4,63%) — troi­sième entre­prise phar­ma­ceu­tique au monde —, Dia­geo PLC (4,11%) — lea­der mon­dial sur le mar­ché des alcools et spi­ri­tueux —, LVMH Moet Hen­nes­sy Louis Vuit­ton SE (4,1%) — chef de file mon­dial de l’industrie du luxe —, Novo Nor­disk A/S (4,05%) — entre­prise phar­ma­ceu­tique —, Astra­Ze­ne­ca PLC (3,67%) — entre­prise phar­ma­ceu­tique et bio­tech­no­lo­gique —, Uni­le­ver PLC (2,61%) — qua­trième acteur mon­dial du mar­ché agroa­li­men­taire —, Allianz SE (2,4%) — pre­mier assu­reur euro­péen, qua­trième ges­tion­naire d’actifs au monde —, et Schnei­der Elec­tric SE (2,36%) — lea­der mon­dial des solu­tions numé­riques d’énergie et des auto­ma­ti­sa­tions pour l’efficacité éner­gé­tique et la dura­bi­li­té [Voir l’Annexe 4 pour quelques carac­té­ris­tiques sur le Low Car­bon 100 Europe PAB].

Sans sur­prise, le fonds « Monde éco­res­pon­sable » — alias Amun­di MSCI World SRI —, qua­trième part du thème éco­lo­gique de notre por­te­feuille, et géré par la branche luxem­bour­geoise d’Amundi (filiale du Cré­dit Agri­cole), s’avère du même ton­neau. Nous y retrou­vons des entre­prises mul­ti­na­tio­nales par­mi les plus riches et nui­sibles du monde [Voir l’Annexe 5 pour en savoir plus sur le Amun­di MSCI World SRI]. Tes­la, Micro­soft, Walt Dis­ney, Coca-Cola et Pep­si­co repré­sen­taient, au 31/10/2021, près de 17% du fonds. De manière géné­rale, la tech­no­lo­gie infor­ma­tique repré­sente le sec­teur domi­nant avec envi­ron 20% du poids de l’indice.

Comme dans l’exemple de Lyxor Green Bond [Cf. Annexe 2], ce fonds d’Amundi est en fait un ETF ayant « pour objec­tif de répli­quer la per­for­mance de l’indice MSCI World SRI Fil­te­red ex Fos­sil Fuels », selon la bro­chure d’information. En toute décon­trac­tion, cette même bro­chure spé­ci­fie que :

« L’indice MSCI World SRI Fil­te­red ex Fos­sil Fuels est un indice d’actions basé sur l’indice MSCI World (l’“Indice cadre”), repré­sen­ta­tif des titres de moyenne à grande capi­ta­li­sa­tion de 23 pays déve­lop­pés (en sep­tembre 2020). L’indice offre une expo­si­tion aux socié­tés assor­ties de nota­tions excep­tion­nelles en matière envi­ron­ne­men­tale, sociale et de gou­ver­nance (ESG) et exclut les socié­tés dont les pro­duits ont un impact social ou envi­ron­ne­men­tal négatif. »

Voyez-vous ça ! Les voi­tures élec­triques et leurs bat­te­ries au lithium, les ordi­na­teurs et leurs com­po­santes élec­tro­niques, les sodas et leurs bou­teilles en plas­tique : c’est propre — et même excep­tion­nel­le­ment propre !

Là encore, comme dans le cas de l’ETF de Lyxor, la répli­ca­tion est phy­sique, c’est-à-dire qu’Amundi va ache­ter (presque) toutes les actions qui com­posent l’indice à tra­quer, pour le compte de ses clients, et donc de ceux de Good­vest. Les clients de Good­vest vont donc indi­rec­te­ment finan­cer plu­sieurs des pires res­pon­sables du désastre éco­lo­gique en cours, tan­dis que le ser­vice com­mu­ni­ca­tion de l’entreprise leur assu­re­ra qu’ils sont en train de faire l’inverse, qu’ils peuvent dor­mir tran­quilles, avec la cer­ti­tude de contri­buer au Bien. Peut-on ima­gi­ner plus grande perversion ?

Tou­jours dans la bro­chure d’Amundi : « L’Indice est un Indice divi­dendes nets réin­ves­tis : les divi­dendes nets de fis­ca­li­té ver­sés par les actions com­po­sant l’indice sont inclus dans le ren­de­ment de l’Indice. » De quoi réjouir ces mal­heu­reux qui pen­saient épar­gner de manière « écologique ».

Flux finan­ciers d’un inves­tis­se­ment « éco­lo­gique » chez Good­vest : Info­gra­phie réca­pi­tu­la­tive finale (Sources : Good­vest, Lyxor, Solac­tive, Bour­so­ra­ma, Miro­va, Amun­di, BNP, Euronext)

Une supercherie intégrale

Reve­nons-en à l’entretien que nous a accor­dé un aimable conseiller de Good­vest. Après la thé­ma­tique tran­si­tion éco­lo­gique, il y a « l’emploi et la soli­da­ri­té : là ça va être Miro­va Inser­tion Emplois Dyna­mique, recou­vrant tout ce qui est une entre­prise d’insertion, adap­tée au han­di­cap, asso­cia­tion d’utilité publique, etc. » Dans le top 10 des actions d’entreprises qui com­posent ce nou­veau fonds, encore géré par Natixis (i.e. le groupe BPCE), on retrouve (les très éco­lo­gistes) LVMH, ASML Hol­ding NV ou Euro­fins Scien­ti­fic SE[25]. Le numé­ro un mon­dial de l’industrie cos­mé­tique, L’Oreal SA, figure en 8ème posi­tion. Bien enten­du, « l’empreinte car­bone du fond est ali­gnée avec l’accord de Paris » — puisqu’après tout, pour­quoi pas ? Une fois n’est pas cou­tume [Cf. Annexe 3], dans un rap­port d’impact dis­po­nible sur le site de Miro­va[26], rédi­gé en mars 2021, la filiale de Natixis men­tionne fiè­re­ment son par­te­na­riat avec Car­bone 4 afin de nous assu­rer que ce fonds garan­tit bien les 1,5°C !

« Puis le thème pays émer­gents : com­po­sé d’entreprises issues de 26 pays émer­gents, qui ont obte­nu les meilleures notes sur des cri­tères ESG (pareil, ça c’est le fond Amun­di). » Tiens donc. Pour­quoi chan­ger une équipe qui gagne ?! Mei­tuan (une entre­prise chi­noise spé­cia­li­sée dans la vente en ligne), Tai­wan Semi­con­duc­tor Manu­fac­tu­ring Co Ltd (la plus impor­tante fon­de­rie de semi­con­duc­teurs indé­pen­dante, répu­tée pour fabri­quer les puces d’Apple), NIO Inc ADR (une hol­ding chi­noise qui s’occupe de la concep­tion, de la fabri­ca­tion et de la vente de véhi­cules élec­triques), Naver Cor­po­ra­tion (une socié­té sud-coréenne d’informatique), ou encore LG Chem Ltd (une filiale du groupe sud-coréen LG, spé­cia­li­sée dans la pétro­chi­mie, la pro­duc­tion de bat­te­ries élec­triques et la fabri­ca­tion de com­po­sants auto­mo­biles) font par­tie des poids lourds du fonds[27].

« Ensuite l’accès à l’eau : Lyxor World Water avec majo­ri­tai­re­ment des entre­prises amé­ri­caines » — au tour de Lyxor de reve­nir dans la danse, on pour­ra au moins leur concé­der ce sou­ci per­ma­nent du recy­clage — « puis la san­té et recherche dans les pays déve­lop­pés » — encore Lyxor — « ou enfin l’innovation tech­no­lo­gique, avec le fond MSCI Dis­rup­tive Tech­no­lo­gy, consti­tué d’entreprises qui devraient géné­rer des reve­nus assez impor­tants dans tout ce qui est impres­sion 3D, inter­net des objets, tech­no­lo­gies finan­cières (notam­ment numé­riques), robo­tique, etc. » Puis, comme pour nous ras­su­rer devant ce der­nier fonds déli­rant, notre conseiller pré­cise : « Bien sûr, en fonc­tion de votre pro­fil de risque, vous n’aurez pas accès à tous les thèmes. »

Ultime preuve s’il en fal­lait que les indi­vi­dus qui ont créé cette super­che­rie, mais aus­si (voire sur­tout) les tech­no­crates qui les adoubent, ain­si que les auto­ri­tés éta­tiques qui les labé­lisent, ne com­prennent déci­dé­ment rien aux enjeux socioé­co­lo­giques de l’époque.

De manière très sché­ma­tique, la finance peut être vue comme l’industrie qui ne pro­duit rien, mais qui pro­met aux autres (indus­tries, indi­vi­dus, etc.), qui pro­duisent des mar­chan­dises réelles, d’accroître leur capi­tal par le méca­nisme de la dette. La finance (notam­ment via les banques) per­met donc aux entre­prises de trou­ver des finan­ce­ments qu’elles devront rem­bour­ser avec une valeur ajou­tée (un taux d’intérêt), les condam­nant à croître indé­fi­ni­ment, sous peine de faillite. Ain­si, la finance croît grâce à la crois­sance des autres (entre­prises, États, ménages), en impo­sant sa contrainte accu­mu­la­trice à toutes les acti­vi­tés et à tous les aspects de la vie. Comme une pyra­mide de Pon­zi, si elle cesse de croître : c’est la crise. En d’autres termes, si l’on défi­nit le capi­ta­lisme par : (1) un rap­port social (la pro­prié­té pri­vée des moyens de pro­duc­tion, contrai­gnant les tra­vailleurs d’avoir recours au sala­riat pour vivre), et (2) un cycle infi­ni de valo­ri­sa­tion de la valeur (où l’argent est uti­li­sé comme capi­tal, c’est-à-dire pour pro­duire plus d’argent) ; la finance a pour objec­tif d’optimiser le deuxième aspect tout en for­ma­li­sant, d’un point de vue moné­taire, le premier.

La finance dite d’entreprise va créer ces méca­nismes d’endettement, lorsque la finance dite de mar­ché va se char­ger d’en don­ner un prix. Comme l’analyse le phi­lo­sophe Anselm Jappe (Cré­dit à mort) :

« Lorsque la pro­duc­tion de valeur, et donc de sur­va­leur, dans l’économie réelle stagne (ce qui n’a rien à voir avec une stag­na­tion de la pro­duc­tion de choses – mais le capi­ta­lisme tourne autour de la pro­duc­tion de valeur, et non de pro­duits en tant que valeurs d’usage), il n’y a que la finance qui per­mette aux pro­prié­taires de capi­tal de faire les pro­fits désor­mais impos­sibles à obte­nir dans l’économie réelle. La mon­tée du néo­li­bé­ra­lisme à par­tir de 1980 n’était pas une sale manœuvre des capi­ta­listes les plus avides, un coup d’État mon­té avec la com­pli­ci­té de poli­ti­ciens com­plai­sants, comme veut le croire la gauche “radi­cale”. Le néo­li­bé­ra­lisme était, au contraire, la seule manière pos­sible de pro­lon­ger encore un peu le sys­tème capi­ta­liste. Un grand nombre d’entreprises et d’individus ont pu gar­der long­temps une illu­sion de pros­pé­ri­té grâce au crédit. »

À rebours de cette pers­pec­tive, pour des struc­tures comme Good­vest, Car­bone 4 ou l’Institut Rous­seau, ain­si que pour leurs membres ou employés, comme Joseph Chouei­fa­ty (cofon­da­teur de Good­vest), Jean-Marc Jan­co­vi­ci ou Gaël Giraud, la finance serait un outil poli­ti­que­ment neutre. Dans une vidéo de pré­sen­ta­tion, Joseph Chouei­fa­ty se demande : « Com­ment […] contri­buer à la sur­vie de notre pla­nète ? Étant pas­sion­né par l’entrepreneuriat et l’investissement depuis plu­sieurs années, j’ai com­men­cé à cher­cher une nou­velle solu­tion dans le monde de la finance. Je sais, la finance est un milieu capable du meilleur comme du pire. Mais uti­li­sé à bon escient, c’est un levier incroyable pour chan­ger les choses[28]. »

Nous deman­dons alors à notre conseiller s’il est cer­tain de cette neu­tra­li­té poli­tique de la finance : « Com­plè­te­ment ! Après, encore une fois, on peut tou­jours faire mieux, mais l’idée c’est aus­si que ça prenne, vu que sur la connais­sance de l’ISR, on est en retard en France (30%) par rap­port aux pays nor­diques (50/60% qui ont déjà inves­tis uni­que­ment dans des pro­duits verts). »

Voi­là ce qui anime pro­fon­dé­ment les acteurs de l’investissement durable : « que ça prenne », peu importe com­ment l’argent est inves­ti, ou le but géné­ral de l’opération. Il faut aller vite ! Récol­ter un maxi­mum sous cou­vert de bonne conscience, et sur­tout ne pas trop se poser de questions.

Nous ne pou­vons enfin nous empê­cher de les inter­ro­ger sur une contra­dic­tion mani­fes­te­ment de taille entre leur dis­cours — « Contrai­re­ment aux idées reçues, l’investissement res­pon­sable est ren­table » — et celui de Nico­las Dufrêne, haut fonc­tion­naire et direc­teur de l’Institut Rous­seau (think tank pré­si­dé par Gaël Giraud), cité dans l’article de France Culture :

« On cherche encore des opé­ra­tions d’actifs en faveur de la tran­si­tion éco­lo­gique qui n’auraient pas d’objectif de ren­ta­bi­li­té. On s’aperçoit que tous les acteurs cherchent à faire du ren­de­ment. Le grand défi de la finance verte serait de sélec­tion­ner des fonds durables et res­pon­sables qui auraient des exi­gences de ren­ta­bi­li­tés faibles, très faibles, voire nulles. »

Par­tage-t-on cette ana­lyse chez Goodvest ?

« Pas du tout, mais vrai­ment pas du tout, s’esclaffe notre inter­lo­cu­teur, d’ailleurs, nous sommes per­sua­dés d’une chose : dans les por­te­feuilles que l’on pro­pose, il n’y a pas de toute petite PME ou d’entreprises qui ne sont pas ren­tables aujourd’hui. On est quand même sur des grosses socié­tés qui font des efforts colos­saux pour aller jus­te­ment vers une tran­si­tion éco­lo­gique, et qui vont vrai­ment sur ce che­min là, mais qui ont les moyens de vrai­ment faire chan­ger les choses. Donc l’idée, c’est que plus les Fran­çais seront nom­breux à inves­tir dans ces grosses socié­tés, qui ont ce côté éthique, res­pon­sable [sic], tout en ayant les moyens (puisqu’il faut de l’argent) pour réel­le­ment chan­ger les choses, et avoir un impact sur le mar­ché glo­bal, plus les choses risques de chan­ger. L’argent reste le nerf de la guerre. C’est en assem­blée géné­rale que ça va réel­le­ment changer ! »

« Ça ». L’aspiration prin­ci­pale, le rêve de ces gens-là, la chi­mère qu’ils dési­rent, c’est une civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle durable. La socié­té humaine telle qu’elle existe aujourd’hui, mais en ver­sion sou­te­nable, avec une garan­tie de fonc­tion­ne­ment millénaire.

Et pour­tant, lui rétor­quons-nous, le cœur du pro­pos de Jan­co­vi­ci (la seule chose qui mérite d’ailleurs d’être rete­nue, bien que d’autres auteurs l’aient bien mieux démon­tré que lui[29]) consiste jus­te­ment à dire que, pour une entre­prise, pol­luer moins passe néces­sai­re­ment par consom­mer moins d’énergie, moins de matière, et donc connaître moins de crois­sance, sinon aucune.

« L’idée aus­si c’est que ces entre­prises vont se réin­ven­ter, ajoute notre cour­tier, très ins­pi­ré, et vont aller cher­cher de nou­velles solu­tions. Encore faut-il avoir l’argent néces­saire ! Nous on est sur des mar­chés côtés, donc on ne va pas retrou­ver la petite ferme du Can­tal qui pro­pose dif­fé­rents ser­vices. On est sur des entre­prises assez consé­quentes, mais qui ont été triées sur le volet et dont pas mal de sec­teurs ne font pas par­tie. On peut faire de la per­for­mance et donc faire fruc­ti­fier son épargne de manière éthique et res­pon­sable, voire beau­coup plus que ce qu’on pour­rait faire en banque ou dans d’autres boites qui pro­posent aujourd’hui des solu­tions ISR, où dedans, il n’y pas d’analyse sur les fonds labé­li­sés qui y sont mis. Nous on va plus loin que les labels, pour aller grat­ter, voir ce qu’il y a dedans, si l’entreprise res­pecte les dif­fé­rentes choses mises en place pour que le futur soit un peu meilleur. Voi­là, après, on peut tou­jours faire mieux, mais on reste sur un sec­teur qui est la finance, où c’est dif­fi­cile à bou­ger. Là l’idée, c’est voir où votre argent va réel­le­ment, s’assurer que ce soit cohé­rent avec vos valeurs tout en fai­sant de la performance. »

Au regard de tout ce que nous venons d’exposer, la croyance reli­gieuse de Good­vest en l’innovation tech­no­lo­gique — allant jusqu’à oser l’idée que les plus riches aient besoin d’encore plus d’argent —, leur igno­rance de la vio­lence qui struc­ture l’économie de mar­ché, leur pré­ten­tion insup­por­table à « aller grat­ter » tout et n’importe quoi en sug­gé­rant que cela ren­dra « le futur […] un peu meilleur », relèvent au bas mot de l’obscénité et de l’escroquerie.

Puisque nous ne sommes pas à une mal­hon­nê­te­té près, rap­pe­lons enfin que le label Green­fin auquel notre cour­tier en assu­rance-vie fait régu­liè­re­ment réfé­rence, pré­tend « exclure les fonds qui inves­tissent dans des entre­prises opé­rant dans le sec­teur nucléaire et les éner­gies fos­siles[30] ».

Or, le 10 novembre der­nier, au len­de­main d’une allo­cu­tion pré­si­den­tielle annon­çant que la France allait — sans la moindre consul­ta­tion, bien enten­du — « relan­cer la construc­tion de réac­teurs nucléaires dans notre pays et conti­nuer de déve­lop­per les éner­gies renou­ve­lables », le col­lec­tif étu­diant Pour un réveil éco­lo­gique pro­po­sait un son­dage en ligne : que pen­sez-vous de la relance d’un pro­gramme de construc­tion de réac­teurs nucléaires en France[31] ?

Le PDG et cofon­da­teur de Good­vest, Joseph Chouei­fa­ty, répon­dait publi­que­ment qu’il y était… favorable.

Son­dage en ligne sur le nucléaire, pro­po­sé par Pour un réveil éco­lo­gique (Source : LinkedIn)

Éton­nés (pas tant que ça), nous deman­dons à notre conseiller si, à l’instar de leur CEO, Good­vest était éga­le­ment favo­rable à la relance d’un pro­gramme de construc­tion de réac­teurs nucléaires en France, ain­si qu’une cla­ri­fi­ca­tion sur leur poli­tique d’exclusion du nucléaire dans leurs portefeuilles.

« Il n’y a pas du tout d’exclusion du nucléaire sur nos por­te­feuilles, et on par­tage pas mal l’avis de Jan­co­vi­ci : en gros, le nucléaire ne sera jamais par­fait, mais il sera utile à la tran­si­tion éner­gé­tique. On ne sait pas com­ment, d’un coup, vivre avec des éner­gies renou­ve­lables. Ce n’est pas le sujet, c’est impos­sible. Il fau­dra du nucléaire. »

Il ne s’agit donc pas d’une posi­tion per­son­nelle de la part de Joseph Chouei­fa­ty ? En d’autres termes, Good­vest n’est pas défa­vo­rable au nucléaire ? « Pas du tout ! Il faut juste gar­der les pieds sur terre. C’est même logique qu’on ne puisse pas s’en pas­ser main­te­nant. Ce n’est donc pas d’actualité que ce soit un jour exclu de nos portefeuilles. »

Est-il néces­saire d’en dire plus sur ces char­la­tans ? Pro­ba­ble­ment pas. Cela dit, rap­pe­lons pour­quoi « l’écologie » qu’ils incarnent est un fléau, un ensemble de nou­velles nui­sances s’ajoutant aux anciennes.

Énergies vertes, habitat vert, développement durable, transition écologique, efficacité énergétique, etc.

Si une par­tie de l’argent des clients de Good­vest finance — mani­fes­te­ment — des entre­prises et acti­vi­tés indus­trielles n’ayant aucun rap­port avec l’écologie, aucune pré­ten­tion verte, une autre finance des choses pré­sen­tées et per­çues — pro­pa­gande média­tique aidant — comme éco­lo­giques : le déve­lop­pe­ment des éner­gies dites vertes, propres ou renou­ve­lables, la réno­va­tion ther­mique de loge­ments ou bâti­ments, l’augmentation de l’efficacité éner­gé­tique de diverses tech­no­lo­gies, indus­tries, construc­tions, etc.

En véri­té, rien de tout ça non plus n’est réel­le­ment vert. Tout au contraire.

Toutes les indus­tries de pro­duc­tion d’énergie dite verte, propre ou renou­ve­lable sont syno­nymes de dégra­da­tions éco­lo­giques majeures. La fabri­ca­tion de pan­neaux solaires pho­to­vol­taïques ou d’éoliennes, par exemple, repose, entre autres (et au même titre que la fabri­ca­tion ou construc­tion d’innombrables choses dans la civi­li­sa­tion indus­trielle), sur l’industrie des extrac­tions minières, lour­de­ment des­truc­trice — et par­ler de « mines durables » n’y fait rien[32].

Un rap­port récem­ment rédi­gé à l’attention de l’Union euro­péenne explique que, concer­nant les éoliennes :

« Des aug­men­ta­tions signi­fi­ca­tives de la demande sont atten­dues à la fois pour les maté­riaux struc­tu­rels — béton, l’acier, le plas­tique, le verre, l’aluminium, le chrome, le cuivre, le fer, le man­ga­nèse, le molyb­dène, le nickel et le zinc — et les maté­riaux spé­ci­fiques à ces tech­no­lo­gies, comme des terres rares et divers métaux. »

Et s’inquiète :

« La tran­si­tion de l’UE vers les tech­no­lo­gies de pro­duc­tion éner­gé­tique vertes, selon les scé­na­rios actuels de décar­bo­ni­sa­tion, pour­rait être mise en dan­ger par des fai­blesses dans la sécu­ri­té d’approvisionnement future de plu­sieurs maté­riaux, tels que le ger­ma­nium, le tel­lure, le gal­lium, l’indium, le sélé­nium, le sili­cium et le verre pour les tech­no­lo­gies solaires pho­to­vol­taïques et des terres rares pour les tech­no­lo­gies éoliennes[33]. »

Les extrac­tions minières néces­saires à l’obtention d’une par­tie de ces maté­riaux, ain­si que le recy­clage de maté­riaux déjà extraits, consomment beau­coup d’énergie et génèrent diverses pol­lu­tions, émis­sions de pol­luants et gaz à effet de serre. Par ailleurs, la pro­duc­tion de pan­neaux solaires et d’éoliennes implique des trai­te­ments de mine­rais en usine, du trans­port inter­na­tio­nal de maté­riel, la fabri­ca­tion de câbles et d’appareils connexes (bat­te­ries, ondu­leurs, etc.), qui implique elle-même extrac­tions minières et pol­lu­tions diverses, et ain­si de suite (il fau­drait remon­ter la chaîne jusqu’à exa­men des impacts de la construc­tion des machines qui servent à trai­ter et assem­bler les élé­ments qui consti­tue­ront un pan­neau solaire ou une éolienne, et même, en amont, de la construc­tion des machines qui servent à extraire les mine­rais néces­saires à la construc­tion des pan­neaux solaires et des éoliennes, etc. ; comme pour la plu­part des tech­no­lo­gies modernes, toutes imbri­quées dans un vaste sys­tème d’interdépendances struc­tu­relles, on se retrouve à devoir prendre en compte les effets éco­lo­giques de la civi­li­sa­tion indus­trielle dans son ensemble).

La construc­tion de bar­rages hydro­élec­triques, outre les impacts liés à l’obtention des maté­riaux qui les com­posent (béton, métaux, etc.), génère de graves dété­rio­ra­tions des éco­sys­tèmes aqua­tiques dans les­quels ils sont implan­tés, et des émis­sions mas­sives de gaz à effet de serre. Les cen­trales à bio­masse, qu’il faut aus­si construire (impacts de la construc­tion, de l’obtention des maté­riaux, etc.), car­bo­nisent… de la bio­masse ! On fait dif­fi­ci­le­ment moins éco­lo­gique. Il a été remar­qué qu’elles émet­taient, par ailleurs, beau­coup de gaz à effet de serre aus­si. Bref[34].

L’essentiel devrait être évident — et l’est d’ailleurs : les entre­prises qui fabriquent pan­neaux solaires, éoliennes, cen­trales à bio­masse, bar­rages hydro­élec­triques, etc., recon­naissent bien sou­vent que ce qu’elles font n’est pas vrai­ment éco­lo­gique. Dans le milieu de l’énergie, on entend sou­vent dire que, de toute façon, « la seule éner­gie véri­ta­ble­ment propre est celle que l’on ne consomme pas », manière de recon­naitre qu’aucune indus­trie de pro­duc­tion éner­gé­tique n’est — et ne sau­rait être — réel­le­ment verte ou propre, mais aus­si d’affirmer que l’humanité serait en quelque sorte vouée à détruire, et que l’on devrait donc arrê­ter de s’ennuyer à poin­ter du doigt les dégâts cau­sés par les divers modes de pro­duc­tion d’énergie modernes. Une idée fausse d’un point de vue géné­ral — ain­si qu’en témoigne les der­niers humains vivant en dehors de la civi­li­sa­tion tech­no­lo­gie, les der­nières com­mu­nau­tés autoch­tones de chas­seurs-cueilleurs et autres, il existe évi­dem­ment des manières réel­le­ment propres, sou­te­nables, éco­lo­giques, pour les socié­tés humaines et les humains de pro­duire, d’obtenir et de consom­mer de l’énergie — mais exacte dans le cadre de la civi­li­sa­tion industrielle.

Par sur­croit, l’énergie pro­duite par ces industries/technologies faus­se­ment vertes, propres ou renou­ve­lables ne sert pas à faire fleu­rir les jon­quilles, reve­nir les forêts ou pros­pé­rer les hiron­delles. Elle ne sert, par défi­ni­tion, qu’à la civi­li­sa­tion indus­trielle, qu’à faire fonc­tion­ner des machines, des appa­reils, des engins eux-mêmes issus du sys­tème tech­no-indus­triel, avec tout ce que cela implique d’extractivisme, de des­truc­tions, pol­lu­tions, etc.

Les mesures de type réno­va­tion éner­gé­tique et amé­lio­ra­tion de l’efficacité éner­gé­tique, quant à elle, relèvent, elles aus­si, d’une poli­tique du moindre mal. Rien d’écologique, de vert, de propre, de durable ou renou­ve­lable. & comme l’a noté un célèbre mathématicien :

« Cela semble incroyable que ceux qui prônent les éco­no­mies d’énergie n’aient pas remar­qué ce qui se passe : dès que de l’énergie est libé­rée par des éco­no­mies, le sys­tème-monde tech­no­lo­gique l’engloutit puis en rede­mande. Peu importe la quan­ti­té d’énergie four­nie, le sys­tème se pro­page tou­jours rapi­de­ment jusqu’à ce qu’il ait uti­li­sé toute l’énergie dis­po­nible, puis il en rede­mande encore. La même chose est vraie des autres res­sources. Le sys­tème-monde tech­no­lo­gique s’étend imman­qua­ble­ment jusqu’à atteindre une limite impo­sée par un manque de res­sources, puis il essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les consé­quences[35]. »

Telle est la dyna­mique du capi­ta­lisme, son insa­tiable besoin de crois­sance. Faire en sorte qu’un immeuble soit mieux iso­lé afin que ses habi­tants consomment moins d’énergie pour se chauf­fer n’a stric­te­ment aucun effet sur le carac­tère fon­ciè­re­ment insou­te­nable de sa propre main­te­nance, de la socié­té dans laquelle il s’inscrit, n’a aucun effet sur l’aspect anti-éco­lo­gique de la civi­li­sa­tion, sur la crois­sance du capi­ta­lisme tech­no­lo­gique. Cela ne fait rien contre la défo­res­ta­tion, l’urbanisation (l’étalement urbain), l’extractivisme, la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources natu­relles, les pol­lu­tions diverses et variées, etc.[36]

En réa­li­té : toutes les indus­tries qui consti­tuent la civi­li­sa­tion indus­trielle, toutes, sans excep­tion, impliquent des dégra­da­tions éco­lo­giques. Aucune n’est sou­te­nable, durable, verte ou propre. La civi­li­sa­tion indus­trielle — on peut aus­si par­ler de capi­ta­lisme indus­triel, c’est la même chose — est struc­tu­rel­le­ment, intrin­sè­que­ment insou­te­nable. Par-des­sus le mar­ché (libre ou non), ce que nous men­tion­nons plus haut au sujet des tech­no­lo­gies vaut aus­si pour l’industrie : aucune ne fonc­tionne en vase clos. Toutes sont prises dans un vaste entre­lacs d’industries inter­dé­pen­dantes, si bien qu’estimer les effets d’une seule implique d’évaluer les effets de beau­coup d’autres, sinon de l’ensemble du sys­tème (qui, en train de noyer le monde dans un déluge de pro­duits chi­miques et plas­tiques, vient de fran­chir une nou­velle « limite pla­né­taire »). De part en part et depuis ses ori­gines — de l’industrie phar­ma­ceu­tique à l’industrie de l’armement en pas­sant par l’industrie du bâti­ment, de la construc­tion, de l’automobile, de l’aéronautique, l’industrie spa­tiale, chi­mique, de la mode, tex­tile, etc. — l’industrialisme est un can­cer pour la pla­nète Terre. Voi­là pour l’écologie.

Industrie, finance « verte » & démocratie

Sur le plan social, l’industrie — « ensemble des acti­vi­tés éco­no­miques (carac­té­ri­sées par la méca­ni­sa­tion et l’automatisation des moyens de tra­vail, la cen­tra­li­sa­tion des moyens de pro­duc­tion et la concen­tra­tion de la pro­prié­té des moyens de pro­duc­tion), ayant pour objet l’exploitation des sources d’énergie et des richesses miné­rales du sol ain­si que la pro­duc­tion de pro­duits fabri­qués à par­tir de matières pre­mières ou de matières ayant déjà subi une ou plu­sieurs trans­for­ma­tions[37] » —, qui consti­tue le stade actuel du capi­ta­lisme, repose sur les dis­po­si­tions poli­tiques que l’on sait. Des oli­gar­chies élec­tives (dites « démo­cra­ties ») dans les pays « déve­lop­pés », des oli­gar­chies tout court ailleurs (par­fois dites « démo­cra­tie popu­laire », comme en Chine). Autre­ment dit : une même plou­to­cra­tie, une même absence de démo­cra­tie réelle (plus ou moins pro­non­cée) par­tout, le règne de l’État, des États-nations, du capi­ta­lisme — sur le socle du patriarcat.

Mais, bien enten­du, Gaël Giraud et Jean-Marc Jan­co­vi­ci ne sont pas Louise Michel et Pierre Kro­pot­kine, ne sont pas du genre à remettre en ques­tion les ori­peaux « démo­cra­tiques » de l’État (fran­çais ou non), à nous rap­pe­ler que :

« Ceux que l’on qua­li­fie de “pères fon­da­teurs” des “démo­cra­ties” modernes aux États-Unis et en France, mais aus­si au Cana­da et ailleurs, n’ont jamais pré­ten­du fon­der une démo­cra­tie. Bien au contraire, ils étaient ouver­te­ment et farou­che­ment anti­dé­mo­crates, car ils ne vou­laient pas que le peuple puisse se gou­ver­ner direc­te­ment. Ils étaient en faveur d’une “répu­blique”, terme par lequel ils dési­gnaient un régime dans lequel le pou­voir légis­la­tif se trouve entre les mains des par­le­men­taires aux­quels le pou­voir exé­cu­tif — le gou­ver­ne­ment — doit rendre des comptes et, très sou­vent, deman­der d’approuver le bud­get et le choix des ministres. Leur modèle n’était pas Athènes, mais bien Rome, avec son sénat, ses élec­tions et l’absence d’assemblées popu­laires. À Rome, déjà, Quin­tus Cicé­ron expli­quait aux can­di­dats, dans son Petit manuel de cam­pagne élec­to­rale, que l’électorat pré­fère “un men­songe de ta part plu­tôt qu’un refus” et que “ce qui est indis­pen­sable, c’est de connaître le nom des élec­teurs, de savoir les flat­ter, d’être assi­du auprès d’eux, de se mon­trer géné­reux, de soi­gner sa répu­ta­tion et de sus­ci­ter, pour la manière dont on condui­ra les affaires de l’État, de vifs espoirs”. Le par­le­men­ta­risme s’inscrit donc dans une vieille tra­di­tion de l’Antiquité, mais qui n’a rien à voir avec Athènes et sa démo­cra­tie (directe). La caste par­le­men­taire ne com­men­ce­ra à se pré­tendre “démo­crate” et à uti­li­ser le mot “démo­cra­tie” pour par­ler de l’État que deux géné­ra­tions après la fon­da­tion des États-Unis d’Amérique ou de la pre­mière Révo­lu­tion fran­çaise, et aus­si tar­di­ve­ment que vers 1917 au Cana­da. Cette nou­velle ter­mi­no­lo­gie ne s’est accom­pa­gnée d’aucun chan­ge­ment ins­ti­tu­tion­nel venant ren­for­cer la capa­ci­té du peuple de par­ti­ci­per direc­te­ment à la poli­tique. Il s’agissait avant tout d’une stra­té­gie de mar­ke­ting poli­tique en période élec­to­rale : se dire démo­crate per­met­tait de séduire les foules et de se pré­sen­ter comme un vrai défen­seur des inté­rêts du peuple[38]. »

C’est ain­si que la plu­part des ins­ti­tu­tions qui consti­tuent aujourd’hui l’État fran­çais sont héri­tées de la dic­ta­ture bona­par­tiste, voire de régimes d’époques anté­rieures que per­sonne n’oserait pré­tendre démo­cra­tiques[39].

Certes, on ne repro­che­ra pas à la finance (faus­se­ment) verte de n’être pas plus démo­cra­tique que l’officiellement non-verte. Elle ne le pré­tend pas. Mais le fait est que, maquillé de pré­ten­tions vertes ou non, le capi­ta­lisme (comme l’industrie, à laquelle il a don­né nais­sance) est inex­tri­ca­ble­ment lié à l’État, à une dépos­ses­sion struc­tu­relle, à des dis­po­si­tions sociales fon­da­men­ta­le­ment anti­dé­mo­cra­tiques, inéga­li­taires (par­mi les­quelles la pro­prié­té pri­vée et héré­di­taire de la terre, le sala­riat, l’usage de l’argent comme égaliseur/aplatisseur uni­ver­sel, dont découle le prin­cipe de la mar­chan­dise[40], la délé­ga­tion obli­ga­toire de notre pou­voir au tra­vers de l’élection, soit l’aliénation obli­ga­toire de notre droit légi­time à par­ti­ci­per nous-mêmes, direc­te­ment, à la fabrique de la socié­té dans laquelle on vit, à la fabrique de notre quo­ti­dien, etc.) — toutes choses dont les zéla­teurs de la finance verte se fichent et/ou qu’ils occultent largement.

Au-delà de Goodvest

Dans la lignée de Good­vest, d’autres entre­pre­neurs peu scru­pu­leux, ayant flai­ré l’odeur de l’argent, s’efforcent de pour­suivre cette chi­mère d’une finance plus juste, plus durable et plus verte.

OnlyOne[41], « le 1er éco-compte à impact posi­tif » nous pro­met que « [n]otre compte [ban­caire] peut aus­si ser­vir à pro­té­ger la bio­di­ver­si­té et réduire les inéga­li­tés ». Com­ment ? « Un geste simple : ouvrir un compte cou­rant éco­lo­gique et éthique. » Bon sang, mais c’est bien sûr. Pour l’heure, trois par­te­naires accom­pagnent cette jeune pousse : pour sécu­ri­ser vos paie­ments, ce sera Mas­ter­card ; pour garan­tir et sécu­ri­ser vos dépôts, la Socié­té Géné­rale ; et si vous vou­lez avoir un retour sur inves­tis­se­ment (c’est-à-dire un compte épargne, chose qu’ils ne pro­posent pas encore direc­te­ment), ce sera… Good­vest. Le monde est petit.

Autre concur­rent : Helios[42], « le compte de ceux qui s’engagent ». Si « vous ne vou­lez plus que votre argent à la banque finance l’extraction pétro­lière, l’élevage inten­sif ou encore les pes­ti­cides chi­miques », alors « repre­nez le pou­voir avec votre compte Helios, le pre­mier compte cou­rant qui se sou­cie de l’environnement » ! Le pro­jet est si mena­çant pour les inté­rêts du capi­ta­lisme qu’après BFM TV[43] ou France Info[44], le Finan­cial Times[45] et Forbes[46] ont récem­ment fait l’éloge de cette « éco-banque qui ambi­tionne de deve­nir la pre­mière banque durable d’Europe ». Là encore, il s’agit d’un compte cou­rant, c’est-à-dire sans pers­pec­tives de ren­de­ments. Mais soyez sans crainte, le compte épargne est pré­vu pour début 2022. Pour l’instant, deux pro­jets ont été finan­cés par Helios, grâce aux frais d’interchange (une com­mis­sion per­çue par la banque à chaque paie­ment par carte) : la cen­trale solaire Kwi­ta Wije[47] en Nou­velle-Calé­do­nie, déve­lop­pée par l’entreprise fran­çaise Akuo Ener­gy ; ain­si que le construc­teur fran­çais de véhi­cules 100% hydro­gène, Hopium[48] — de l’hydrogène « vert », cela va de soi. Tou­jours plus de machines fabri­quées, tou­jours plus d’énergie pro­duite pour ali­men­ter d’autres machines. Le salut de la pla­nète se rapproche.

Men­tion­nons enfin Green Got[49] qui, comme Helios, pro­pose des comptes cou­rants cer­ti­fiés bio, éthique et sans pes­ti­cides, tout en finan­çant — tou­jours grâce à ces fameux frais d’interchanges — des indus­triels de la pro­duc­tion d’énergie dite renou­ve­lable en Inde et en Tur­quie[50]. Car c’est ça « la puis­sance de la finance ! […] Elle est mon­dia­li­sée, elle est glo­ba­li­sée, et contrai­re­ment à la poli­tique, [la finance] peut inter­ve­nir et aller chan­ger des choses en Afrique, en Inde, en Chine : là où se joue l’avenir cli­ma­tique de notre pla­nète. Parce qu’en France, même si on devient de par­faits élèves, et bien, on ne repré­sente que 1% des émis­sions de CO2 du monde[51]. » Comme Helios éga­le­ment, Green-Got ne vise pas encore la ren­ta­bi­li­té avec cette offre de compte cou­rant. En revanche ce sera l’objectif de leur offre à venir (jan­vier 2022) de compte épargne. Sur leur site, après une fable on ne peut plus gro­tesque[52], assi­mi­lant l’investissement bour­sier à « la vie des écu­reuils » [sic] et le capi­tal finan­cier à des « noi­settes » [re-sic], on apprend que pour s’assurer du carac­tère « vert » d’un fonds d’investissement, Green-Got s’appuiera sur les labels ISR ou Green­fin[53], et fera « confiance à des entre­prises spé­cia­li­sées comme Car­bone 4 Finance ». Cela vous rap­pelle-t-il quelque chose ? On ne s’étonnera pas non plus de ce que Green-Got ait été pro­mu une pre­mière fois par Forbes en février 2021[54], avant d’avoir sa double page sur papier gla­cé dans un numé­ro d’automne. Leur cofon­da­trice a éga­le­ment été sélec­tion­née par­mi les Forbes 30under30 2021[55] (dont HSBC était par­te­naire pour l’édition 2019[56]) avant d’être récem­ment mise à l’honneur par Le Figa­ro aux côtés d’autres révo­lu­tion­naires, dans un article célé­brant les “néo-entre­pre­neurs en quête de sens[57].

L’écologie selon deux néo­banques verte : des machines & des pay­sages cou­verts de machines (Source : Helios, Green-Got)

Déci­dé­ment, le capi­ta­lisme vert a de beaux jours devant lui.

Le seul horizon souhaitable (et viable) : sortir du capitalisme & de la civilisation industrielle

Rien de ce que nous avons dis­cu­té ou expo­sé ici n’est par­ti­cu­liè­re­ment caché, ou dif­fi­cile à décou­vrir. Ni la réa­li­té des inves­tis­se­ments d’une entre­prise comme Good­vest (il aura suf­fi d’un coup de télé­phone), ni la réa­li­té des impacts des indus­tries de pro­duc­tion d’énergie pré­ten­du­ment verte ou propre, ni la réa­li­té des usages de l’énergie dans la civi­li­sa­tion indus­trielle. Tout en super­fi­cia­li­té, même le média le plus incon­tour­nable des inté­rêts finan­ciers com­mence à abor­der l’escroquerie que repré­sente les labels propres à la finance verte. En effet, le 10 décembre der­nier, Bloom­berg publiait un article inti­tu­lé « The ESG Mirage » (Le mirage ESG) exhi­bant les véri­tables inten­tions de ses pro­mo­teurs[58] : « Il n’y a pra­ti­que­ment aucun lien entre le mar­ke­ting du “monde meilleur” de MSCI [pour Mor­gan Stan­ley Capi­tal Inter­na­tio­nal, nous l’avons évo­qué à plu­sieurs reprises dans le pré­sent article : il s’agit de la plus grande socié­té de nota­tion ESG] et sa métho­do­lo­gie. Cela s’explique par le fait que les nota­tions ne mesurent pas l’impact d’une entre­prise sur la Terre et la socié­té. En fait, elles mesurent l’inverse : l’impact poten­tiel du monde sur l’entreprise et ses action­naires. » Cette inver­sion des réa­li­tés à laquelle s’adonne MSCI est éga­le­ment carac­té­ris­tique des autres orga­nismes de nota­tion ESG, mais aus­si de toutes les acti­vi­tés qui gra­vitent autour de la finance verte. L’objectif étant de pré­ser­ver la socié­té indus­trielle capi­ta­liste mal­gré les ravages que cette der­nière inflige inexo­ra­ble­ment au vivant. Une équa­tion impos­sible. Une mys­ti­fi­ca­tion nuisible.

Mais dans l’océan d’information mass-média­tique en expan­sion constante, dans lequel nous nous noyons tous et le monde avec nous, les infor­ma­tions qui ne sont pas déli­bé­ré­ment et spé­ci­fi­que­ment mises en avant se retrouvent imman­qua­ble­ment occul­tées. C’est ain­si qu’obéissant aux inté­rêts du monde qui les a ins­ti­tués, du sys­tème qui les fait vivre, des magnats qui les pos­sèdent, les médias nous masquent effi­ca­ce­ment les véri­tés et les réa­li­tés les plus urgentes, conti­nuent inlas­sa­ble­ment à fabri­quer les prin­ci­pales opi­nions publiques, le consen­te­ment des foules[59]. Même si, bien enten­du, les médias ne sont pas le seul fac­teur d’endoctrinement : ils s’inscrivent dans un vaste sys­tème de condi­tion­ne­ment cultu­rel, ins­ti­tu­tion­nel, qui com­mence par l’école, de spec­tacle et de diver­tis­se­ment omni­pré­sents, per­ma­nents, d’abrutissement par le tra­vail et la technologie.

Quoi d’étonnant à ce qu’un éco­no­miste prêtre jésuite et un ingé­nieur poly­tech­ni­cien défendent pour l’essentiel le monde qui les a hau­te­ment for­més et qui les sala­rie, dans lequel ils occupent des posi­tions de choix ?! Rien. « Ce n’est pas mys­té­rieux : la domi­na­tion pro­duit les hommes dont elle a besoin, c’est-à-dire qui aient besoin d’elle[60] », note Bodinat.

Que, selon toute pro­ba­bi­li­té, le sys­tème tech­no-indus­triel capi­ta­liste ne puisse être ren­du vert, éco­lo­gique, ne devrait pas nous affli­ger le moins du monde. Son exis­tence est syno­nyme — tri­bu­taire — d’une domi­na­tion sociale écra­sante, d’une dépos­ses­sion presque totale, de la dou­lou­reuse impuis­sance que nous sommes nom­breux à res­sen­tir au quo­ti­dien face à l’inexorable avan­cée du rou­leau com­pres­seur appe­lé civi­li­sa­tion, « pro­grès tech­nique » ou « déve­lop­pe­ment », qui mul­ti­plie les catas­trophes éco­lo­giques (sixième extinc­tion — ou pre­mière exter­mi­na­tion — de masse des espèces, pol­lu­tions et dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales diverses et variées) et humaines[61] (épi­dé­mies, pan­dé­mies, « mala­dies de civi­li­sa­tion » — dia­bète, asthme, athé­ro­sclé­rose, obé­si­té ou sur­poids, mala­dies car­dio-vas­cu­laires, can­cer, myo­pie et autres troubles ocu­laires, dépres­sion, etc. — tou­jours plus nombreuses).

Comme le remarquent le phi­lo­sophe Auré­lien Ber­lan & l’économiste Jacques Luzi, l’idéal de la liber­té qui règne dans la socié­té indus­trielle se fonde sur « la volon­té d’être déchar­gé du besoin et du tra­vail, qui est au cœur de l’idéologie aris­to­cra­tique antique (déli­vrance maté­rielle), et le désir d’être libé­ré des lour­deurs de la vie poli­tique qui hante le mes­sage chré­tien (déli­vrance poli­tique) – lequel char­rie aus­si, comme bien des reli­gions, un fan­tasme de déli­vrance exis­ten­tielle com­plète (dépas­ser la mort, la souf­france, l’imperfection). Ces trois quêtes de déli­vrance se sont rejointes dans le monde moderne et indus­triel : la déli­vrance maté­rielle par la capi­ta­li­sa­tion mar­chande, la déli­vrance exis­ten­tielle par la tech­no­lo­gie et la déli­vrance poli­tique par l’administration éta­tique[62]. »

En effet, ain­si que le note Auré­lien Ber­lan dans un récent et brillant ouvrage auquel nous vous ren­voyons pour appro­fon­dir la cri­tique du capi­ta­lisme indus­triel que nous ébau­chons ici, ce der­nier cherche effec­ti­ve­ment à nous per­sua­der que la liber­té, le bon­heur et la des­ti­née humaines se trouvent dans le déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique et indus­triel, notam­ment parce qu’il nous délivre des tâches liées à la sub­sis­tance, à la vie dans ce qu’elle a de plus élé­men­taire, comme « se pro­cu­rer de quoi man­ger, boire et se chauf­fer, faire la cui­sine, le ménage, la vais­selle et la les­sive, s’occuper des per­sonnes dépen­dantes qui nous entourent (jeunes enfants, parents âgés, proches malades ou han­di­ca­pés, etc.), construire et entre­te­nir son habi­tat, etc. », ain­si que « du poids des acti­vi­tés poli­tiques, avec ce qu’elles impliquent de conflits et de com­pro­mis avec les autres, d’assemblées inter­mi­nables et de “dis­cus­sions journalières” ».

Sous cou­vert de déli­vrance, note Ber­lan, le sys­tème tech­no-indus­triel « va sur­tout per­mettre au dis­po­si­tif de pou­voir imper­son­nel et indi­rect du mar­ché de prendre une dimen­sion uni­ver­selle, inten­si­fiant à un degré inouï l’exploitation du monde et ses consé­quences socio-éco­lo­giques désas­treuses ». L’essor de l’organisation indus­trielle est aus­si celui de la vaste divi­sion hié­rar­chique du tra­vail et de l’écrasante domi­na­tion de classe qui va avec.

En effet,

« en pra­tique, la déli­vrance maté­rielle passe par la domi­na­tion sociale. Elle en consti­tue même le signe dis­tinc­tif, plus sûr que la vio­lence phy­sique. Car une per­sonne en posi­tion de domi­na­tion peut ne jamais avoir à recou­rir elle-même à la force, soit parce qu’elle la délègue, soit parce que la conscience que la vio­lence plane au-des­sus de leur tête suf­fit pour que les domi­nés acceptent de prendre en charge une par­tie des besoins de leurs maîtres. Par contre, l’histoire montre que les domi­nants se sont tou­jours déles­tés d’un cer­tain nombre de tâches maté­rielles sur les groupes qu’ils domi­naient, qu’il s’agisse des femmes, des esclaves, des serfs ou des ouvriers. Ils leur font faire les tâches domes­tiques rou­ti­nières et les tra­vaux pénibles et, dans l’idéal, ils font faire le tra­vail de sur­veillance et de répres­sion de leurs subor­don­nés à cer­tains d’entre eux, qu’il s’agisse d’intendants, de contre­maîtres ou de poli­ciers, afin d’être déli­vrés éga­le­ment de ces tâches poli­tiques fas­ti­dieuses et pénibles.

Domi­ner, c’est donc faire faire. Dans cette expres­sion, les deux occur­rences du verbe “faire” n’ont pas le même sens. Alors que la seconde désigne un “faire” réel, c’est-à-dire une acti­vi­té phy­sique (en géné­ral, cette occur­rence est rem­pla­cée par le verbe dési­gnant la pra­tique en ques­tion : faire laver ses vête­ments, construire sa mai­son, etc.), la pre­mière est en fait syno­nyme de “don­ner l’ordre de”. Celui qui “fait faire” les choses aux autres ne fait rien, il se contente de leur dire ce qu’il faut faire. En arti­cu­lant la ques­tion du com­man­de­ment à celle de la déli­vrance, cette expres­sion consti­tue la for­mule clef de la domi­na­tion sociale, qui repose tou­jours sur la sépa­ra­tion entre exé­cu­tants qui font et diri­geants qui font faire. »

Aus­si, en « met­tant le tra­vail des uns à dis­po­si­tion de ceux qui ont les moyens finan­ciers de se l’approprier, le mar­ché met de fait les pauvres à dis­po­si­tion des riches. C’est un dis­po­si­tif qui accroît le pou­voir de ceux et celles qui ont de l’argent, sur les choses comme sur les personnes. »

Ain­si :

« À défaut d’avoir appor­té, enfin, la liber­té à toutes et à tous, la moder­ni­té occi­den­tale a en fait dif­fu­sé une concep­tion désas­treuse de l’émancipation dans laquelle l’exonération des tâches liées à la sub­sis­tance, qui a tou­jours carac­té­ri­sé les classes domi­nantes, a fini par éclip­ser l’objectif ori­gi­nel d’abolir les rap­ports de domi­na­tion sociale. Et en sou­te­nant, sur le plan de l’imaginaire, le déve­lop­pe­ment indus­triel, cette concep­tion est aus­si l’un des vec­teurs du désastre éco­lo­gique en cours. Voi­là pour­quoi la “ques­tion natu­relle” ne peut être sépa­rée de la “ques­tion sociale” : “Fin du monde, fin du mois, même combat !” »

C’est pour­quoi, à rebours du capi­ta­lisme indus­triel, nous défen­dons une éman­ci­pa­tion qui consiste à abo­lir les rap­ports de domi­na­tion et à se réap­pro­prier les moyens de défi­nir — et de sub­ve­nir nous-mêmes à — nos propres besoins :

« […] pour nom­mer cette liber­té, nous par­lons sou­vent d’autonomie. Mais il ne s’agit pas seule­ment de “se don­ner ses propres lois”, comme le sug­gère l’étymologie. Sous ce sens juri­di­co-poli­tique, il y a désor­mais une signi­fi­ca­tion maté­rielle : “pour­voir à ses propres besoins”. Par­ler d’autonomie ali­men­taire ou éner­gé­tique, c’est en effet vou­loir reprendre ses condi­tions de vie en main, renouer avec les pra­tiques de sub­sis­tance qui ont carac­té­ri­sé les modes de vie des classes popu­laires occi­den­tales, notam­ment pay­sannes, jusqu’au milieu du XXe siècle — et qui carac­té­risent encore une par­tie de la popu­la­tion des pays du Sud. »

Cela dit, comme le note Auré­lien Ber­lan, « pour renouer mas­si­ve­ment avec l’autonomie, il va fal­loir des luttes d’ampleur, notam­ment autour du fon­cier : reprendre la terre aux machines (indus­trielles, éta­tiques, tech­nos­cien­ti­fiques, etc.) qui la détruisent […] et la rendre aux humains qui veulent vrai­ment chan­ger de mode de vie[63] ».

Jéré­my Désir & Nico­las Casaux

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Apos­tille : Le 5 sep­tembre 2021, sur Twit­ter, Gaël Giraud louan­geait Del­phine Batho pour sa « cohé­rence : inutile de (faire) croire au “capi­ta­lisme vert” ou à la “crois­sance verte” — des oxy­mores sans réalité ».

En 2010, dans un article inti­tu­lé « Peut-on réfor­mer le capi­ta­lisme ? », co-écrit avec Cécile Renouard, il van­tait pour­tant les mérites d’un « capi­ta­lisme vert, équi­table et plu­ra­liste[64] ». À la fin de sa pré­face du livre L’Illusion de la finance verte (Les Edi­tions de l’Atelier, 2021), co-écrit par Alain Grand­jean (asso­cié fon­da­teur de car­bone 4) et Julien Lefour­nier, Gaël Giraud affirme que si beau­coup de choses asso­ciées à la finance verte ne le sont pas réel­le­ment, une « finance res­pon­sable est à la fois indis­pen­sable et possible ».

Prompt à dénon­cer l’odieux green­wa­shing des fonds « verts » de banques suisses finan­çant des cimen­tiers et des pétro­liers (cf. Tweet ci-des­sous du 3 novembre 2021), notre éco­no­miste en chef ne semble pas être pareille­ment ému par la pré­sence d’Apple, Miche­lin, LVMH, Coca-Cola, etc., dans les fonds « éco­lo­giques » (Good­vest) qu’il pro­meut par ailleurs.

Si tout ce que pro­meuvent ces gens, qui excellent dans le boni­ment, n’a et n’aura sans doute jamais rien de vert (à moins qu’ils ne connaissent une recon­ver­sion pro­fes­sion­nelle radi­cale), on leur recon­nai­tra cepen­dant un culot indé­nia­ble­ment renouvelable.


Annexe 1 : Une promesse doublement frauduleuse

Frau­du­leuse d’un point de vue cli­ma­tique, la pro­messe de Good­vest s’avère éga­le­ment un non-sens éco­no­mique. En effet, contrai­re­ment aux futures baisses d’émissions de GES sup­po­sé­ment finan­cées, les ren­de­ments, eux, semblent bien connus — et ce sur un hori­zon aus­si loin­tain que 8 ans.

Comme nous pou­vons le voir dans la simu­la­tion ci-des­sous, extraite du site de Good­vest : avec un pre­mier ver­se­ment de 10 000€ et des men­sua­li­tés de 50€ sur 8 ans (soit un total de 14 800€ sur 8 ans), nous pou­vons nous faire, de manière qua­si cer­taine (à 95%), un pro­fit de plus de 5 000 € — soit, au bas mot, près de 4% de ren­de­ment annuel moyen, le tout net de frais ! Dif­fi­cile de riva­li­ser, même pour un éta­blis­se­ment finan­cier traditionnel.

(Source : Goodvest)

Intri­gués, nous inter­ro­geons Good­vest sur les per­for­mances excep­tion­nelles qu’ils pro­mettent (+7% de ren­de­ment annuel moyen, net de frais, avec un pro­fil de risque médian), bien supé­rieures à leur concur­rence dans la finance traditionnelle.

« Nos frais sont infé­rieurs à ceux de nos concur­rents, car on ne pro­pose que des uni­tés de compte (UC) » nous confie-t-on. « Dans tous nos por­te­feuilles, il n’y aura pas de fonds en euros. Les fonds en euros c’est ce qu’il se trouve sur un livret A par exemple, c’est-à-dire de l’argent qui dort et où, annuel­le­ment, vous aurez 0,5% de per­for­mance. Les fonds en euros c’est une garan­tie d’argent que vous ne pour­rez pas perdre. Les UC, c’est là où on va aller cher­cher de la per­for­mance, mais où donc rien n’est garan­ti. Comme on ne pro­pose que des UC, for­cé­ment, y’a plus de perf’. Dans les autres pro­duits pro­po­sés par des ban­quiers ou autres assu­reurs, y’a tou­jours une par­tie de fonds en euros, et une autre par­tie UC, mais du coup la perf’ est divi­sée par 2 ou 3. »

Dit autre­ment, comme l’indique Good­vest sur son propre site[65]: « Nous avons d’un côté une option misant davan­tage sur la sécu­ri­té, et donc avec un ren­de­ment peu inté­res­sant [les fonds en euros], ou bien au contraire une prise de risque plus éle­vée avec un poten­tiel de ren­de­ment plus attrac­tif [les uni­tés de compte]. […] Mais bien enten­du, rien ne vous oblige à choi­sir uni­que­ment l’un ou l’autre. Chez Good­vest, lorsque l’on consti­tue votre por­te­feuille, nous pre­nons jus­te­ment en compte vos objec­tifs et besoins afin que la prise de risque soit en adé­qua­tion avec votre pro­fil et vos objectifs. »

Nous ne com­pre­nons plus très bien si nous avons le choix ou pas entre ces deux options : le site nous dit que oui, mais notre char­gé de clien­tèle nous dit que non (« dans tous nos por­te­feuilles, il n’y aura pas de fonds en euros […] on ne pro­pose que des uni­tés de compte »).

Cette inco­hé­rence fla­grante suf­fit à jeter un nou­veau doute sur l’honnêteté de ce pro­jet, mais il y a pire. Les deux options évo­quées par Good­vest ren­voient à une notion élé­men­taire en éco­no­mie, le couple ren­de­ment-risque : l’un ne va pas sans l’autre. Or ici, notre char­gé de clien­tèle nous pro­met le beurre et l’argent du beurre. D’un côté, une per­for­mance excep­tion­nelle (+7% de ren­de­ment annuel moyen sur 8 ans) per­mise grâce à une option ris­quée, où notre capi­tal n’est pas garan­ti, mais est sujet aux fluc­tua­tions des mar­chés finan­ciers. De l’autre, la qua­si-cer­ti­tude (à 95%) de ne pas perdre notre capi­tal… Et même mieux, d’empocher au mini­mum près de 4% de ren­de­ment annuel moyen !

Trop incroyable pour être vrai. On frise la fraude financière.

À l’échelle natio­nale, la per­for­mance annuelle moyenne sur 10 ans (2009–2018) des fonds en euros s’élevait à 2,60%, contre 3,88% pour les UC. Sur une période de 5 ans (2014–2018), les UC, péna­li­sées par la mau­vaise année bour­sière de 2018 n’ont offert qu’une per­for­mance annuelle moyenne de 1,70%, contre 2,06% pour les fonds en euros.

Un détail qui ne semble pas gêner la cam­pagne com­mer­ciale de Goodvest.

(Source : Fédé­ra­tion Fran­çaise de l’Assurance (FFA))

Annexe 2 : Sur Lyxor Green Bond

Sa fiche des­crip­tive, dis­po­nible sur le site de Lyxor,[66] nous apprend qu’il s’agit d’un ETF (Exchange Tra­ded Fund). Éga­le­ment appe­lé tra­cker, un ETF est un titre finan­cier « qui cherche à suivre le plus fidè­le­ment pos­sible l’évolution d’un indice bour­sier, à la hausse comme à la baisse », explique l’Autorité des Mar­chés Finan­ciers[67]. Les ETF sont donc « des fonds d’investissement, émis par des socié­tés de ges­tion [qui] ont pour par­ti­cu­la­ri­té […] d’être cotés en conti­nu c’est-à-dire qu’ils peuvent être ache­tés ou ven­dus tout au long de la jour­née ». En l’occurrence, notre ETF cherche à repro­duire un indice appe­lé Solac­tive Green Bond EUR USD IG Index. Cet indice est com­po­sé d’obligations vertes (ou green bonds), c’est-à-dire de titres de dette émis par des gou­ver­ne­ments, des col­lec­ti­vi­tés publiques ou des entre­prises. Pour défi­nir ce qui est « vert », le label de la Cli­mate Bonds Ini­tia­tive (CBI) — « résul­tant d’une coor­di­na­tion entre États, fon­da­tions, pro­grammes des Nations unies, ONG et firmes mul­ti­na­tio­nales[68] » — tend à deve­nir la réfé­rence. Or, comme l’ont mon­tré à deux reprises Julien Lefour­nier et Ivar Eke­land[69], le qua­li­fi­ca­tif « vert » n’apporte abso­lu­ment rien. En effet, « la pro­messe “verte” liée à une telle obli­ga­tion n’a pas de valeur juri­dique » et « sur le plan pra­tique », les cher­cheurs ne décèlent « aucune dif­fé­rence de prix entre les obli­ga­tions “vertes” et clas­siques », les ame­nant fina­le­ment à « se poser la ques­tion d’un green­wa­shing fonc­tion­nel ». Nous pour­rions donc nous en arrê­ter là, mais il est ten­tant de savoir à qui pro­fite le crime.

Pour connaître la com­po­si­tion exacte de cet indice — et donc les ins­ti­tu­tions qui en béné­fi­cient — il faut se rendre sur le site de la socié­té Solac­tive[70]. Plu­sieurs cen­taines d’organisations sont lis­tées qu’il est pos­sible de clas­ser en fonc­tion de leur poids relatif.

(Source : Solactive)

Réca­pi­tu­lons : quelques-unes des ins­ti­tu­tions, publiques ou pri­vées, par­mi les plus puis­santes au monde, sou­haitent emprun­ter de l’argent sur les mar­chés finan­ciers. Elles vont donc émettre des obli­ga­tions. Sou­cieuses de leur image, ces ins­ti­tu­tions aime­raient en pro­fi­ter pour faire un coup mar­ke­ting — pou­vant poten­tiel­le­ment leur atti­rer encore plus de prê­teurs. Elles vont alors qua­li­fier leurs obli­ga­tions de « vertes ». Après tout, ça ne leur coûte rien : cette qua­li­fi­ca­tion est cer­ti­fiée par un label (CBI) qu’elles coré­digent entre elles, et n’est assor­tie d’aucune obli­ga­tion légale ni d’aucun sui­vi sérieux. Conscientes que les éner­gies fos­siles se raré­fient, ces ins­ti­tu­tions vont, dans la majo­ri­té des cas, orien­ter l’argent emprun­té vers des indus­tries de pro­duc­tion d’énergies dites « renou­ve­lables », afin d’alimenter leur crois­sance éco­no­mique. Elles pour­ront donc rem­bour­ser leur emprunt, sou­vent asso­cié d’un inté­rêt qui offre ain­si un ren­de­ment au prêteur.

Heu­reu­se­ment pour nos ins­ti­tu­tions, des socié­tés finan­cières (comme Solac­tive) vont opé­rer de savants cal­culs pour mélan­ger toutes ces obli­ga­tions vertes et en extraire un nou­veau pro­duit finan­cier, appe­lé indice bour­sier. Au prix d’une couche d’opacité sup­plé­men­taire (notre Solac­tive Green Bond EUR USD IG Index est com­po­sé de plus de 600 obli­ga­tions vertes), cet indice per­met aux inves­tis­seurs de diver­si­fier leur panier et donc, en théo­rie, de réduire leurs risques.

En vue de réduire les frais d’accès à cet indice, de pou­voir l’acheter ou le vendre à tout moment, d’autres socié­tés finan­cières (dites ges­tion­naires d’actifs, comme Lyxor) — sou­vent affi­liées à des banques d’importance sys­té­mique (pour Lyxor : la Socié­té Géné­rale) — rentrent en jeu. Celles-ci créent des pro­duits appe­lés ETF (on parle aus­si de fonds d’investissement), ayant pour but de répli­quer le plus fidè­le­ment pos­sible l’indice bour­sier sou­hai­té. Pour y arri­ver, le ges­tion­naire d’actif peut soit « ache­ter effec­ti­ve­ment tous les com­po­sants [de l’indice], ou du moins un sous-ensemble repré­sen­ta­tif, afin d’en repro­duire le ren­de­ment[71] » (la répli­ca­tion est dite « phy­sique »), soit pas­ser par des mon­tages com­plexes que nous ne détaille­rons pas (la répli­ca­tion est dite « syn­thé­tique »). Dans le cas pré­sent, Lyxor passe par une répli­ca­tion phy­sique : tous les com­po­sants (ou presque) de l’indice Solac­tive Green Bond (les obli­ga­tions vertes de l’État fran­çais, d’Engie, Apple, etc.) sont effec­ti­ve­ment ache­tés par Lyxor pour le compte de ses clients. Ou plu­tôt, devrions-nous dire, pour le compte des clients de Goodvest.


Annexe 3 : Sur Mirova Europe Environmental Equity Fund

(Source : Boursorama)

Ces dix mul­ti­na­tio­nales, qui exhibent un chiffre d’affaires annuel cumu­lé d’environ 126 mil­liards de dol­lars, sont donc repré­sen­ta­tives de ce que Miro­va (la BPCE), les attri­bu­teurs du label Green­fin (Nove­thic, Afnor et EY France) et Good­vest consi­dèrent comme des acti­vi­tés environnementales.

Dans un docu­ment inti­tu­lé « Repor­ting label Green­fin », en date de 2019, dis­po­nible sur le site de Miro­va[72], nous en appre­nons un peu plus sur les res­sorts tech­niques de cet enfu­mage. Nous décou­vrons par exemple que « Miro­va et Car­bone 4 ont décidé en 2015 de créer un par­te­na­riat afin de déve­lop­per une nou­velle métho­do­lo­gie capable de four­nir une mesure car­bone en ligne avec les enjeux d’une éco­no­mie bas-carbone ».

Grâce à une for­mule secrète éla­bo­rée par Car­bone 4, le fonds de Miro­va passe subi­te­ment d’un « impact cli­mat » de 3°C en 2015 à 1,59°C en 2016 ! Il se main­tient même « sous 2°C » pen­dant trois ans, pour atter­rir sur un par­fait 1,5°C au 15 juin 2019. Quelle chance.

(Source : Mirova)

Pour­tant, même un orga­nisme éta­tique comme l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maî­trise de l’énergie), affi­lié au Minis­tère de la tran­si­tion éco­lo­gique, remarque que « l’objectif de neu­tra­li­té car­bone [néces­saire à la limi­ta­tion du réchauf­fe­ment cli­ma­tique sous 2°C] n’a donc réel­le­ment de sens qu’à l’échelle de la pla­nète », ou encore que « les acteurs éco­no­miques, col­lec­ti­vi­tés et citoyens qui s’engagent pour la neu­tra­li­té car­bone, ne sont, ni ne peuvent deve­nir, ou se reven­di­quer, ‘neutres en car­bone’, ce qui n’a pas de sens à leur échelle[73] ».

Ce qui n’empêche nul­le­ment ce même Minis­tère d’accepter que son label (Green­fin) soit attri­bué à une socié­té finan­cière pré­ten­dant avoir créé un fonds d’investissement garan­tis­sant l’objectif de 1,5°C — et donc, théo­ri­que­ment, neutre en carbone.

Enfin, comme le ridi­cule ne tue pas, le rap­port co-écrit par Miro­va et Car­bone 4 liste les entre­prises qui com­po­saient le fonds au 15 juin 2019 : Air Liquid, Cré­dit Agri­cole, Danone, Das­sault Sys­tèmes, Miche­lin, ou encore Schnei­der Electric.


Annexe 4 : BNP Paribas Low Carbon 100 Europe PAB

(Source : Boursorama)

Ces dix mul­ti­na­tio­nales — près de 40% du fonds — exhibent un chiffre d’affaires annuel cumu­lé d’environ 500 mil­liards de dollars.


Annexe 5 : Amundi MSCI World SRI

Pour le plai­sir des yeux, voi­ci les dix pre­mières qui com­posent l’indice :

(Source : Amundi)

Annexe 6 : Infographie récapitulative


  1. L’AFD, Agence Fran­çaise de Déve­lop­pe­ment (dont la nais­sance remonte à 1941 et la créa­tion de la Caisse cen­trale de la France libre (CCFL), deve­nue Caisse cen­trale de la France d’Outre-mer (CCFOM) en sep­tembre 1944, puis Caisse cen­trale de coopé­ra­tion éco­no­mique (CCCE) en 1958, Caisse fran­çaise de déve­lop­pe­ment (CFD) en 1992 et enfin AFD en 1998) est un orga­nisme néo­co­lo­nial et impé­ria­liste au tra­vers duquel la France a pu et peut conti­nuer d’investir dans ses anciennes colo­nies et ailleurs dans le monde, et qui favo­rise ain­si l’expansion du capi­ta­lisme indus­triel.
  2. https://twitter.com/GaelGiraud_CNRS/status/1447549866956238855
  3. http://www.carbon4finance.com/collaboration-goodvest/
  4. https://www.carbone4.com/nomination-de-marie-anne-vincent-directrice-developpement-commercial-de-carbon4-finance
  5. https://www.franceculture.fr/economie/goodvest-une-assurance-vie-pour-financer-la-transition-ecologique
  6. On dit alors que ces variables sont « cou­plées ». À l’inverse, lorsqu’on pense qu’il est pos­sible de faire plus de crois­sance avec autant, voire moins de res­sources, et donc d’impacts envi­ron­ne­men­taux, on parle de « décou­plage », ou encore de « crois­sance verte ». Par­mi les récentes études cri­tiques du décou­plage : « Decou­pling Debun­ked » (2019) de l’European Envi­ron­men­tal Bureau, « A sys­te­ma­tic review of the evi­dence on decou­pling of GDP, res­source use and GHG emis­sions » de D. Wie­den­ho­fer (2020), « Growth without eco­no­mic growth » (2021) de l’European Envi­ron­ment Agen­cy, mais aus­si « Décou­plage et crois­sance verte » (2021) de Car­bone 4.
  7. Pour n’en citer qu’une, voir « Jan­co­vi­ci : CO2 ou PIB, il faut choi­sir — Sciences Po — 29/08/2019 » https://www.youtube.com/watch?v=Vjkq8V5rVy0&ab_channel=Jean-MarcJancovici
  8. https://www.parisschoolofeconomics.eu/IMG/pdf/article-pse-medde-juin2014-giraud-kahraman.pdf
  9. Cf. Réfé­rence iii.
  10. Voir l’annexe 1 du docu­ment réfé­ren­tiel (octobre 2021) du label Green­fin sur le site du Minis­tère de la tran­si­tion éco­lo­gique : « Entrent dans le champ de la tran­si­tion éner­gé­tique et éco­lo­gique, les acti­vi­tés concou­rant direc­te­ment ou indi­rec­te­ment à une ‘crois­sance verte’, en déve­lop­pant les éner­gies renou­ve­lables (éolienne, solaire, géo­ther­mique, hydrau­lique, marine, issue de la bio­masse, etc.), l’efficacité éner­gé­tique et la faible empreinte car­bone des bâti­ments et pro­ces­sus indus­triels, l’économie cir­cu­laire, les trans­ports propres, l’agriculture et la fores­te­rie, les infra­struc­tures d’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­tique, etc. […] ».
  11. Ce terme « Scope » ren­voie aux trois grandes familles d’émissions de gaz à effet de serre d’une orga­ni­sa­tion (col­lec­ti­vi­té, entre­prise, etc.) défi­nies par le stan­dard inter­na­tio­nal du Green­house gaz pro­to­col (GHG Pro­to­col)
  12. http://www.carbon4finance.com/article-scope‑3/
  13. Le 31 décembre 2021, en pleine rédac­tion de cette enquête, Amun­di fina­li­sait l’acquisition de Lyxor pour 825 mil­lions d’euros auprès de le Socié­té Géné­rale (dont Lyxor fut la créa­tion et la pro­prié­té pen­dant plus de 20 ans) https://www.lefigaro.fr/societes/amundi-finalise-l-acquisition-de-lyxor-filiale-de-societe-generale-20211231 Compte tenu des liens de pro­prié­té au moment de son inté­gra­tion dans l’offre pro­po­sée par Good­vest, nous conti­nue­rons d’évoquer Lyxor comme une filliale de la Socié­té Géné­rale par la suite.
  14. https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2020/10/rapportBanque_OXFAM_v5.pdf
  15. https://reclaimfinance.org/site/2021/03/24/banking-on-climate-chaos-2021-rapport-sur-le-financement-des-energies-fossiles/
  16. https://www.franceinter.fr/environnement/l‑affaire-du-siecle-l-etat-condamne-pour-son-inaction-climatique-decision-historique
  17. https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/cop26/affaire-du-siecle-la-france-condamnee-a-reparer-le-prejudice-cause-par-le-non-respect-de-ses-engagements-dans-la-lutte-contre-le-rechauffement-climatique_4807157.html
  18. https://nonalaligne18.fr/zaclay-occupons-les-champs/
  19. https://www.jardinsaubervilliers.fr/ et https://reporterre.net/Grand-Paris-la-lutte-contre-le-betonnage-du-plateau-de-Saclay-reprend-du-souffle
  20. Hélène Tord­j­man, La Crois­sance verte contre la nature : cri­tique de l’écologie mar­chande, Edi­tions La Décou­verte, 2021, p. 258
  21. Elle rap­pelle ain­si un exemple de pro­jet mené par la firme Engie, lors de sa pre­mière émis­sion d’obligation verte en 2014. « Il s’est avé­ré qu’Engie, GDF-Suez à l’époque, avait uti­li­sé une par­tie de ces fonds pour finan­cer la construc­tion du bar­rage de Jirau, au sud-ouest de la forêt ama­zo­nienne au Bré­sil, ouvrage énorme, catas­trophe sociale et envi­ron­ne­men­tale. Plu­sieurs grèves ont écla­té durant la construc­tion de ce bar­rage, des oppo­sants ont été assas­si­nés, les popu­la­tions locales ont été dépla­cées, y com­pris des peuples qui vivaient là en iso­le­ment volon­taire. Au niveau envi­ron­ne­men­tal, les effets de ce bar­rage gigan­tesque (cin­quante tur­bines, plu­sieurs kilo­mètres de long) sont dra­ma­tiques. En amont, des zones fores­tières encore rela­ti­ve­ment intactes de la Boli­vie risquent d’être inon­dées, l’eau ne s’écoulant plus natu­rel­le­ment. En aval, les mil­liers de tonnes de sédi­ments nour­ri­ciers qui ali­mentent l’Amazonie et les popu­la­tions côtières qui en vivent seront rete­nus par le bar­rage. L’écosystème, l’un des plus riches et plus divers du monde, s’appauvrira, ain­si que tous les peuples qui y habitent. Sans par­ler des plus de 2 000 kilo­mètres de lignes à haute ten­sion qui ache­mi­ne­ront cette élec­tri­ci­té à Sao Pau­lo. » — Ibid, Tord­j­man, p. 262–263
  22. Très sou­vent, cette acti­vi­té « fait un grand usage de poly­sty­rène, non seule­ment fabri­qué à base de pétrole (envi­ron 1 tonne de pétrole pour 1 tonne de poly­sty­rène), mais dont la pro­duc­tion consomme 1,7 tonne de pétrole. Il faut donc 2,7 tonnes de pétrole pour pro­duire 1 tonne de poly­sty­rène, ce qui est com­plè­te­ment contre-pro­duc­tif. Mais les rap­ports n’entrent jamais dans les détails des pro­cé­dés et des maté­riaux uti­li­sés. » — Ibid, Tord­j­man, p. 263
  23. Ibid, Tord­j­man, p. 264–265
  24. https://fr.wikipedia.org/wiki/EY_(entreprise)
  25. https://www.boursorama.com/bourse/opcvm/cours/composition/MP-542774/
  26. Indi­ca­teurs ESG : label ISR — https://www.mirova.com/en/funds/shares/157/insertion-emplois-dynamique
  27. https://www.boursorama.com/bourse/trackers/cours/composition/1rTEMSRI/
  28. https://goodvest.fr/a‑propos/
  29. Voir les réfé­rences pré­cé­dem­ment évo­quées concer­nant le décou­plage pour une pré­sen­ta­tion très aca­dé­mique, et Gué­rir du mal de l’infini (2019) par Yves-Marie Abra­ham pour une approche plus poli­tique.
  30. https://www.ecologie.gouv.fr/label-greenfin
  31. https://www.linkedin.com/posts/pour-un-reveil-ecologique_nuclaezaire-fossiles-neutralitaez-activity-6864154017354801152-ttGg/
  32. Sur le men­songe gro­tesque des « mines durables », lire cette excel­lente inter­view réa­li­sée par Célia Izoard pour Repor­terre : https://reporterre.net/Les-ravages-ignores-de-l-activite-miniere
  33. “Raw mate­rials demand for wind and solar PV tech­no­lo­gies in the tran­si­tion towards a decar­bo­ni­sed ener­gy sys­tem” (« Demande de matières pre­mières pour les tech­no­lo­gies éoliennes et solaires pho­to­vol­taïques dans le cadre de la tran­si­tion vers un sys­tème éner­gé­tique décar­bo­né ») : https://eitrawmaterials.eu/wp-content/uploads/2020/04/rms_for_wind_and_solar_published_v2.pdf
  34. Quelques docu­men­taires sont récem­ment sor­tis qui exposent ces grands men­songes verts, les illu­sions vertes que consti­tuent les éner­gies dites vertes, propres ou renou­ve­lables, par­mi les­quels Pla­net of The Humans de Zeh­ner, Gibbs et Moore (« Pla­nète des humains », à voir ici : https://www.partage-le.com/2020/04/24/planete-des-humains-ou-comment-le-capitalisme-a-absorbe-lecologie-par-michael-moore-jeff-gibbs-ozzie-zehner/), La face noire des éner­gies vertes réa­li­sé pour la chaîne M6 (à voir ici : https://www.partage-le.com/2021/12/16/la-face-noire-des-energies-vertes-par-nicolas-casaux/), La face cachée des éner­gies vertes de Guillaume Pitron, copro­duit par Arte (à voir ici : https://www.partage-le.com/2021/05/10/a‑propos-de-la-face-cachee-des-energies-vertes-par-nicolas-casaux/), Blue Heart, réa­li­sé par Pata­go­nia, sur les impacts des bar­rages (https://www.youtube.com/watch?v=OhmHByZ0Xd8), et Bright Green Lies (« De grands men­songes verts ») de Julia Barnes (à voir ici : https://vimeo.com/ondemand/brightgreenlies). Quelques livres existent aus­si sur le sujet dont La Guerre des métaux rares de Guillaume Pitron. Enfin, de nom­breux textes publiés sur le site Le Par­tage (www.partage-le.com) l’abordent aus­si, par­mi les­quels « Confu­sion renou­ve­lable et tran­si­tion ima­gi­naire », « L’étrange logique der­rière la quête d’énergies “renou­ve­lables” », « Sur les illu­sions renou­ve­lables », « L’écologie™ du spec­tacle et ses illu­sions vertes (espoir, “pro­grès” & éner­gies “renou­ve­lables”) ». Sur les bar­rages, spé­ci­fi­que­ment, voir « Com­ment les bar­rages détruisent le monde natu­rel (et non, le Cos­ta Rica n’est pas un para­dis éco­lo­gique) » et « Dans la famille des fléaux tech­no­lo­giques, voi­ci les bar­rages ».
  35. Theo­dore J. Kac­zyns­ki, Révo­lu­tion Anti-Tech : Pour­quoi et com­ment ?, Edi­tions Libre, 2021.
  36. À ce sujet, il faut lire le texte de Max Wil­bert inti­tu­lé « Pour­quoi l’efficacité éner­gé­tique ne résout rien, bien au contraire ».
  37. Défi­ni­tion du CNRTL
  38. Fran­cis Dupuis-Déri, Nous n’irons plus aux urnes, Lux, 2019.
  39. https://www.partage-le.com/2018/08/01/de-la-royaute-aux-democraties-modernes-un-continuum-antidemocratique-par-nicolas-casaux/
  40. Sur le concept de mar­chan­dise, on peut lire le texte « Domi­na­tion de la mar­chan­dise dans les socié­tés contem­po­raines » de Gérard Briche : http://www.palim-psao.fr/article-domination-de-la-marchandise-dans-les-societes-contemporaines-par-gerard-briche-36950483.html
  41. https://onlyonecard.eu/
  42. https://www.helios.do/
  43. https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/good-morning-business/la-pepite-la-neobanque-helios-developpe-un-modele-bancaire-qui-se-veut-transparent-et-durable-par-lorraine-goumot-18–09_VN-202009180021.html
  44. https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/l‑eco/l‑eco-du-mercredi-26-mai-2021_4638141.html
  45. https://www.ft.com/content/5edf3789-c0fc-4c69-966a-9ab9a5ce5184
  46. https://www.forbes.fr/entrepreneurs/helios-leco-banque-qui-ambitionne-de-devenir-la-premiere-banque-durable-deurope/
  47. https://blog.helios.do/notre-premier-financement-centrale-solaire-kjwita-wije/
  48. https://blog.helios.do/impact-hopium-financement-premiere-voiture-hydrogene/
  49. https://green-got.com/
  50. https://green-got.com/articles/projet-denergies-renouvelables-en-inde-and-turquie
  51. Co-fon­da­trice de Green-Got https://www.youtube.com/watch?v=U8ZyL6QnF7c&ab_channel=TEDxTalks
  52. https://green-got.com/articles/investir-responsable-est-ce-rentable
  53. Dans un autre article, ini­tu­lé « Label Green­fin : la garan­tie d’une finance verte » https://green-got.com/articles/le-label-greenfin, Green Got n’hésite pas à qua­li­fier EY comme « répu­té pour être un des acteurs finan­ciers les plus sérieux ».
  54. https://www.forbes.fr/environnement/banque-nouvelle-generation-%E2%80%A8et-sil-ny-avait-pas-que-les-billets-qui-etaient-verts/
  55. https://www.forbes.fr/classements/30-under-30-maud-caillaux-green-got/
  56. https://www.forbes.fr/30under30-2021/
  57. https://www.lefigaro.fr/entrepreneur/les-neo-entrepreneurs-en-quete-de-sens-20211104
  58. https://www.bloomberg.com/graphics/2021-what-is-esg-investing-msci-ratings-focus-on-corporate-bottom-line/
  59. Cf. La Fabri­ca­tion du consen­te­ment de Her­man et Chom­sky, et La Socié­té média­ti­sée de Ber­nard Char­bon­neau.
  60. Bau­doin de Bodi­nat, La Vie sur Terre : Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes, édi­tions de L’Encyclopédie des Nui­sances, 1996.
  61. Pour plus, lire cette « brève contre-his­toire du “pro­grès”, de la civi­li­sa­tion et de leurs effets sur la san­té » : https://www.partage-le.com/2017/09/03/une-breve-contre-histoire-du-progres-et-de-ses-effets-sur-la-sante-de-letre-humain/
  62. Jacques Luzi & Auré­lien Ber­lan, « La tech­no­lo­gie n’émancipe pas, elle délivre — La quête de déli­vrance et l’imaginaire du capi­ta­lisme indus­triel », Éco­lo­gie & Poli­tique n° 61 (2020).
  63. Auré­lien Ber­lan, Terre et Liber­té, édi­tions La Len­teur, 2021.
  64. https://www.cairn.info/revue-etudes-2010–1‑page-19.htm
  65. https://goodvest.fr/blog/assurance-vie/unites-de-compte-ou-fonds-en-euros/
  66. https://www.lyxoretf.fr/fr/instit/produits/etf-obligataires/lyxor-green-bond-dr-ucits-etf-acc/lu1563454310/eur
  67. https://www.amf-france.org/fr/espace-epargnants/comprendre-les-produits-financiers/placements-collectifs/trackers-etf
  68. Ibid, Tord­j­man, p. 255
  69. Ici http://www.chair-energy-prosperity.org/wp-content/uploads/2019/06/publication2019_obligation-verte_ekeland-fournier.pdf et là http://www.chair-energy-prosperity.org/wp-content/uploads/2019/06/ObligationVerte_Ekeland_Lefournier.pdf
  70. https://www.solactive.com/Indices/?index=DE000SLA2514
  71. https://www.lyxoretf.fr/pdfDocuments/Lyxor_Pragmatic%20replication%20guide.pdf
  72. https://www.mirova.com/fr/fonds/3038/mirova-europe-environmental-equity-fund
  73. https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/avis-ademe-neutralite-carbone-2021.pdf

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  1. Tra­vail très inté­res­sant et docu­men­té. Avez-vous fait le même pour Time4theplanet ? J’ai la sen­sa­tion que nous sommes dans le même type de supercherie…

  2. Vous êtes quand même un peu durs avec Jan­co­vi­ci (et Giraud). Ses ana­lyse très détaillées des dif­fé­rents moyens de pro­duc­tion de l’éner­gie sont très bien faites (à part sa pré­di­lec­tion pour le nucléaire, dis­cu­table, ses cal­culs sont cor­rects, au moins ceux que j’ai contrô­lés par moi même). Il a le mérite de dire la véri­té sur les renou­ve­lables et il ne cache pas que notre sys­tème n’est pas sou­te­nable dans le long terme, quoi que l’on fasse, si on reste dans sa logique. Son défaut prin­ci­pal à vos yeux, de ne pas pro­po­ser la fin du capi­ta­lisme, est consub­stan­tiel à sa for­ma­tion d’in­gé­nieur, cher­chant des solu­tions tech­niques à des pro­blèmes qui dépassent lar­ge­ment la tech­nique. Il ne faut non plus être trop sévères avec Gaël Giraud, un des rares éco­no­mistes qui cherchent à pro­po­ser des alter­na­tives à la vision offi­cielle. Sa crois­sance verte est certes, pas assez radi­cale pour chan­ger vrai­ment la donne. Mais n’ou­blions pas que même la crois­sance verte payée par le grand capi­tal, même cette toute petite adap­ta­tion pro­ba­ble­ment sans consé­quence posi­tive ni sur le cli­mat ni sur l’é­co­lo­gie, est impro­po­sable et inau­dible pour les éco­no­mistes mains­tream. Ce sont des gens qui ont le mérite de lan­cer le débat au sein des ins­tances qui comptent. Giraud a accès à la banque mon­diale etc., ça ne sert pro­ba­ble­ment à rien, mais au moins il faut prendre acte de leur bonne volon­té et d’une cer­taine intel­li­gence et ori­gi­na­li­té de pen­sée, en plus d’un cer­tain tra­vail intel­lec­tuel ; bien mieux que la moyenne des char­la­tans inter­net qui ne se donnent pas la peine de tes­ter leurs hypo­thèses, se limitent à répé­ter sans com­prendre ce que disent les autres.

    1. Les bonnes volon­tés ne suf­fisent pas. Et il y’a deja tout un tas d’e­co­no­mistes hete­ro­doxes, mar­xistes, qui font le tra­vail de Giraud en bien mieux et plus sincèrement..

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